Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

04 avril 2017

Aisne, Oulches, Hurtebise, une surprise ministérielle en première ligne pour le 290e RI.

Pendant son séjour dans l'Aisne, le 290e RI eut une visite originale sur son front du Chemin des Dames, en voici le report par le Lieutenant-colonel Eggenspieler, chef de corps du régiment:

Dans l'après-midi du 14 juillet je fus appelé au téléphone par le Commandant de Corps d'Armée. Il me tint des propos énigmatiques auxquels je ne comprenais rien. Il me questionna sur mon P.C., sur mon approvisionnement en couvertures, etc... Puis il en resta là. Je ne pensais plus à rien quand le soir vers 21 heures, en me tenant sur le chemin devant mon P.C., je vis arriver le Général Niessel accompagné d'un Monsieur en civil et d'un Chef de Bataillon en tenue kaki. Je compris alors la conversation au téléphone de l'après-midi. Dans le Monsieur en tenue civile je reconnus facilement le Ministre de la Guerre, quoiqu'il eût un casque de soldat sur la tête.

paul_painleve_v

Le Général me présenta à ces Messieurs et me dit que le Ministre passerait la nuit avec moi, qu'il désirait assister à une relève (il y en avait une dans la soirée) et qu'il visiterait les tranchées le lendemain matin. Là-dessus le Général se retira, non sans m'avoir fait remarquer que, jusqu'à son retour le lendemain matin, j'étais responsable du sort du Ministre. Bigre, jamais pareille responsabilité ne me fut échue pendant toute la campagne. J'étais très flatté que le régiment ait été choisi pour recevoir cette visite de marque. Si le Ministre est venu chez nous c'est qu'on était sûr que tout ce qu'il verrait au régiment serait bien. Peut-être aussi est-il venu dans notre secteur par une délicate attention du Commandant de Corps d'Armée qui me connaissait et qui voulut m'être agréable.
Je n'ai prévenu personne de l'arrivée du Ministre, d'abord par précaution, ensuite pour que M. Painlevé vit la troupe et la vie en secteur telle qu'elle était, sans aucun apparat, ou comme nous disions entre nous, sans fumisterie.
En attendant la relève, nous sommes allés voir les cuisines établies dans le talus Nord du chemin d'Oulches. Le Ministre a été frappé de leur ingénieuse installation. Elles étaient à la fois abritées contre les vues des avions et contre les obus. Le Ministre a questionné les cuisiniers sur les repas qu'ils confectionnaient, il a été très satisfait des réponses qu'il a obtenues. La visite des cuisines, terminée, nous sommes remontés sur le plateau. A ce moment la relève arrivait. C'était un bataillon du 68e (Bourgoin je crois) qui venait relever le 5e bataillon (Gagnier) du 290e. Le bataillon du 268e s'est très bien présenté. Le Ministre a remarqué l'allure martiale du Commandant du bataillon, qui, si je me rappelle bien, venait des Chasseurs à pied. Les hommes ont eu une allure très correcte. La plupart d'entre eux cependant n'ont pas dû voir le Ministre parce qu'il commençait déjà à faire sombre. A la queue de la colonne quelques hommes se disputaient. Ils avaient sans doute un peu trop arrosé leur retour en ligne. Quand on leur a fait remarquer que le Ministre se trouvait au bord du chemin pour voir passer, l'un d'eux a dit : « Eh ! ben quoi, il n'est pas malheureux le Ministre ! » Un autre a accentué la note. Il a demandé qu'on le regarde bien, parce que c'était lui le plus c... du Corps d'Armée. Personne ne lui ayant dit le contraire, il continué paisiblement son chemin. Le Ministre s'est bien aperçu du léger mouvement qui s'était produit à la queue de la colonne. Il m'a demandé ce que les soldats disaient. Je lui répondu que c'était des hommes qui en raison du 14  juillet discutaient un peu fort. C'était la note gaie du défilé.
Le bataillon montant étant passé, nous sommes entrés dans mon P.C. où j'ai fait la présentation de mes officiers. En attendant le passage du bataillon descendant (5e du 290e) on a causé. Le Ministre ne semblait pas être très causeur, tout en se montrant doux et affable. On n'a dit que des banalités. A un moment donné cependant, le Ministre s'est moqué des Russes qui, disait-il, faisaient soviet.

 

Quand le 5e bataillon du régiment fut annoncé, nous reprîmes notre poste au bord de la route. Le bataillon s'est présenté dans une belle attitude, le Commandant Gagnier en tête. Le Ministre a fait venir près de lui un certain nombre de sous-officiers au fur et à mesure qu'ils passaient. Il paraissait un peu embarrassé pour leur causer. On voyait qu'il n'avait pas l'habitude de converser avec les habitants de la tranchée. A chaque sous-officier qu'il a vu, le Ministre a donné en souvenir une montre en argent. Le défilé du bataillon s'est achevé dans le plus grand ordre et dans le plus profond silence. Le Ministre a pu voir que l'état physique et l'état moral de tous ceux qu'il a interrogés étaient bons, malgré les fatigues de la vie agitée des tranchées.
Après le passage du bataillon, nous nous sommes rendus à ce que j'appelais mon observatoire de nuit, d'où en temps ordinaire j'observais les obus et les combats à la grenade. C'était simplement le dessus de mon P.C. Nous y avons eu un spectacle splendide. Si j'avais eû la possibilité de le faire sur commande, il n'aurait pas pu être mieux réussi.

 

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Juillet 1917 - Le ministre Painlevé en première ligne au chemin des Dames
(Sources: Illustration 27 juillet 1917)

 

La nuit quoique noire était très belle. Sur tout le pour tour de l'horizon on voyait des fusées aux plus belles couleurs s'élancer vers le ciel. Dans la plaine à l'Est de Craonne on vit à un moment donné se produire dans un rayon restreint des éclatements de couleur orange. Les éclatements s'intensifièrent rapidement, puis on vit monter des fusées au même endroit. Après les fusées d'autres éclatements plus importants vinrent se superposer aux premiers. C'était un combat à la grenade. Les combattants avaient demandé le barrage, les éclatements des obus étaient venus se mêler à ceux des grenades. Des signaux lumineux en forme de chenille apparurent ensuite dans le ciel. Pendant que nous contemplions ce spectacle féérique, de gros obus passaient avec un bruit sourd haut au-dessus de nous. Ils allaient si loin à l'arrière qu'on n'en entendait pas les éclatements. Le Ministre était visiblement intéressé par la vie intense de nuit de notre secteur de combat. Tard dans la nuit, il fallut que l'Officier d'ordonnance du Ministre (commandant Helbronner je crois) insistât pour l'arracher à sa contemplation.
On rentra au P.C. où j'engageai le Ministre à aller prendre peu de repos parce qu'il n'y avait plus que deux ou trois heures avant le lever du jour, par conséquent avant le départ pour les tranchées. Je conduisis le Ministre dans son abri. Il était très profond et fatalement un peu humide. En tout cas, on y était à l'abri des obus.

Le lendemain nous nous réunissions autour de la table à déjeûner pour déguster un jus bien noir, sans gnole, et y tremper une bonne tranche de pain de troupe sans beurre. Le ministre voulut bien trouver ce petit déjeûner de soldat à son goût.
Le jus absorbé, je partis avec le Ministre et son officier d'ordonnance visiter les premières lignes. Je les conduisais à la tranchée des Charentes. Elle était au centre du front, facile à atteindre et à parcourir. Chemin faisant, je montrais au ministre les points intéressants du terrain. La tranchée de première ligne française au 17 avril, la première tranchée allemande à la même date, le Chemin des Dames que M. Painlevé désirait voir. Je le reconnaissais au tronc d'un cerisier couché à terre au point où le boyau que nous suivions coupait le chemin. A ce moment je montrais également au Ministre la cathédrale de Laon dont on distinguait légèrement la silhouette dans le lointain.

Au croisement de notre boyau et d'une tranchée inoccupée, nous nous sommes heurtés inopinément au Chef d'Etat-Major et au Capitaine titulaire de l'Etat-Major de la Division. Je me rappelle que le Chef d'Etat-Major portait son brassard rouge. Le Ministre leur a dit quelques mots. Quand les officiers de la Division se furent éloignés, l'officier d'ordonnance dit à M. Painlevé : « Vous voyez, Monsieur le Ministre, on dit toujours que les officiers d'Etat-Major ne viennent pas dans les tranchées, vous venez d'en rencontrer deux ». Je n'ai pas voulu relever les paroles de l'officier d'ordonnance parce que les deux officiers de la Division étaient de braves garçons, et qu'en aucune façon j'aurais voulu leur nuire. Mais si le Ministre était venu la veille sans qu'on l'eût su, ou s'il était revenu de même, le lendemain, il n'aurait vu que des officiers de troupe. La besogne de bureau qu'avaient à accomplir les officiers des Etats-Majors ne leur permettait guère de visiter les secteurs. Il eût fallu dans chaque Etat-Major une section des tranchées. Elle aurait pu confectionner une bonne partie du papier qu'on demandait aux Colonels. La liaison entre la troupe et les Etats-Majors ne se faisait qu'avec du papier, elle aurait dû être assurée par des représentants du Commandement.

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Le ministre Painlevé dans les tranchées de première ligne
(Sources: Le Miroir 26 août 1917)

Arrivé à la tranchée de première ligne, le Ministre a pu se rendre compte de son organisation. Je ne sais pas ce qu'il en, a pensé, il ne m'a fait aucune réflexion. Pour mon compte, étant donné les larges intervalles entre les hommes, la tranchée avait bien plus l'air d'une ligne de surveillance que d'une ligne de défense. Le Ministre a adressé la parole aux soldats, aux sous-officiers et aux officiers près desquels il est passé. Tout en longeant tranquillement la tranchée, nous voyions tout d'un coup le Ministre enjamber le parapet pour passer de l'autre côté. Nous n'avons eû que le temps de le retenir par les basques de son habit. Il n'y avait pas à plaisanter, se montrer au-dessus du parapet d'une tranchée de première ligne était un geste très dangereux: Il y en a plus d'un qui a reçu une balle danss la tête pour moins que cela. Vraiment, ce jour-là, le ministre n'a pas fait honneur à son prénom (Prudent).
Quand l'heure du retour fut arrivée, je ramenai le Ministre et son officier d'ordonnance à mon P.C. A quelques pas plus loin j'aperçus le Général de Division dans une auto dissimulée dans les arbres. Le Ministre et son officier d'ordonnance prirent aimablement congé de moi et de mes officiers. Ils montèrent dans l'auto du Général de Division et disparurent dans le bois. Telle fut la visite du Ministre de la Guerre, M. Painlevé, dans le secteur du 290e R.I. au Chemin des Dames les 14 et 15 juillet 1917. Le principal était maintenant de rendre compte.
Je fis donc un compte-rendu relatant tous les faits et gestes du Ministre, dans un style simple et modeste. En haut lieu on ne le trouva pas assez ronflant. Mon rôle n'était cependanit pas de faire un éloge dithyrambique de l'audace du ministre. Tout le monde m'aurait pris pour un fumiste, le ministre le premier.
L'épilogue de la visite ministérielle consista en une caisse de six bouteilles d'excellent Champagne (du Périer si je me rappelle bien) qui nous fut transmise par le Corps d'Armée. L'envoi était accompagné d'un mot aimable du Ministre en souvenir de la soirée qu'il avait passée avec nous. Pendant six jours consécutifs nous avons bu à la santé du Ministre.
Nous avons voulu que M. Painlevé ait lui aussi un souvenir de son passage au plateau triangulaire. Un de nos artistes a gravé sur une plaque de cuivre découpée dans une douille de 75 l'attestation que le 14 juillet 1917 M. Painlevé, Ministre de la Guerre, avait passé la nuit dans le secteur du 290e au Chemin des Dames. Un officier allant en permission a remis la plaque à un officier du cabinet du Ministre. Nous n'avons jamais su si la plaque était bien arrivée aux mains de M. Painlevé. Celui-ci a peut-être craint qu'en répondant nous ne devenions importuns et que par exemple une deuxième caisse de Périer eût été la bienvenue.

 

Voici le compte-rendu de tout ceci sur le JMO du 290e RI:

 

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On remarquera que cette visite sembla convenir à notre ministre, les retombées arrièrent dès le lendemain:

 

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Sources: Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI - Colonel Eggenspieler
Crédit photo: www.assemblee-nationale.fr

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26 mars 2017

L'hommage de Charles à Charles. La Somme rend hommage aux soldats du Berry

Parmi les messages que je reçois, il en est certains qui me touchent car chargés d’émotion.
Il y a peu de temps, la semaine dernère précisement, j’ai reçu un mail d’un correspondant de la Somme qui m’envoyait la photo de la sépulture d’un soldat du 90e RI qui repose à la nécropole de Rancourt. Charles Pelletier domicilié à Coulemelle (80), entretient et fleurit la sépulture de son homonyme à la nécropole de Rancourt (80), et ce, avec l’aide de sa fille âgée de 11 ans.

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Et oui, vous avez bien lu, il a choisi d’entretenir la sépulture de Charles Pelletier, originaire de Crevant (36) et qui décéda le 8 novembre 1916 à Sailly-Saillisel (80).

Sa fiche sur le mémorial départemental : http://indre1418soldats.canalblog.com/archives/2016/11/08/34503574.html

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Charles Pelletier figure sur le monument aux morts de Crevant et sur le monument commémoratif du cimetière communal

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Photos sources Mémorial Gen Web - Crédit Bernard Butet

 

Merci à Charles, merci à sa fille, une pensée pour Charles.

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07 mars 2017

Les CPA de la Marne: Le commandant JETTE (17e DIvision) [Actualisation 2017]

Toujours dans mes cartes postales anciennes, je viens de faire une petite trouvaille [Message d'origine datant de 2008]
Alors que je pensais avoir la série complète, je viens de trouver récemment une nouvelle carte qui m'était inconnue et au combien intéressante, car pour une fois, il est possible de la commenter, de la compléter.

Pour la série complète voir: ICI

Jette

Jette_3

 

La sépulture du premier plan est celle du Commandant Jette de l'Etat-major de la 17e DI. Les autres sont celles de soldats du 90e RI

 

DI017_TH_Jette   DI017_MPLF_JetteMarieEtienneHenri
Sources: Tableau d'Honneur - L'Illustration  / Sources: Mémoires des Hommes

On notera l'erreur de date de décès sur le Tableau d'Honneur de l'Illustration, il faut lire 1914 et non 1915 (coquille de l'imprimeur).

CaptureAD86_Jette
Sa fiche matricule aux AD86

 

Voici comment le JMO rapportait les faits:

7 septembre – Le 1° bataillon s’établit sur la ligne droit Ferme Grand ferme de Morains le Petit, 3° bataillon au Nord de Bannes, 2° bataillon en réserve au NE du mont Août. La préparation du combat est faite par l’ennemi au moyen d’une canonnade intense qui dure de 9 H du matin à 8 H du soir . Le bataillon établi devant Bannes conserve ses positions avec peiner. Le 1° bataillon subit des pertes sérieuses dans ses tranchées. Le 3° bataillon (Cdt Reynes) après une attaque de nuit à 16 H 25 sur Aulnizeux où il rencontre une résistance acharnée de la garde prussienne. Par trois fois nos troupes se lancent à la baïonnette dans les rues du village dont une partie est incendiée. Le Cdt Regné est blessé à la tête et le Cdt Jette, Chef d’Etat Major de leur Division, qui avait rassemblé à son commandement les sections de différentes compagnies, est frappé mortellement en les menant au combat. Aulnizeux n’en reste pas moins aux mains de l’ennemi.

 


 

Actualisation mars 2017

Un peu plus de cent plus tard, par le biais d'une discussion sur les sépultures de ces journées de septembre 1914 via le forum Pages1418, Jean Luc, un correspondant spécialiste du secteur me fait parvenir un cliché qui vient compléter cet article:

100 ans plus tard, même si elle menace ruine, la batisse qui se trouve sur la carte présentée ci-dessus existe toujours:

 

DSCF08111
Merci à Jean Luc (Artiflot02) pour le cliché

Le champ par devant le bâti est maintenant retourné à un usage agricole, malheureusement, le lieu des sépultures actuelles est inconnu.

Furent-elles rapatrié au pays par les familles ou bien furent-elles regroupées dans des nécropoles ou cimetières proches?

 

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31 décembre 2016

Un assassinat officiel ? [Réactualisé 2016]

[rapport du maréchal des logis commandant le détachement de la prévôté au quartier général de la 152e DI] 
"Le 26 mai 1915 à 20h30, nous avons reçu l'ordre de faire amener à la prison du QG de la 152e DI le soldat H., Raoul, du 268e RI, qui venait des premières lignes en face de l'ennemi ou il refusait d'exécuter les ordres qui lui étaient donnés. Nous avons trouvé ce militaire, couché dans un pré, où il a formellement refusé de se lever et de nous suivre.
Mr Isay, médecin aide-major de 1re classe au 49e RA, qui nous avait accompagné, a constaté que ce militaire n'était pas malade et, par les questions posées et les réponses faites par H., il a conclu qu'il jouissait de toutes ses facultés.
La mauvaise volonté était évidente et nous avons essayé d'amener H. par la force, mais il s'y est non seulement refusé, mais il nous a opposé la plus vive résistance. Il nous a de plus adressé des propos injurieux, ainsi qu'au médecin militaire qui nous accompagnait. Toujours accompagné de monsieur Isay, nous avons rendu compte de notre mission au général commandant la 152e DI, qui nous a immédiatement remis un ordre écrit, nous prescrivant de forcer la résistance de ce militaire et de lui brûler la cervelle, s'il persistait dans son refus.
Cet ordre a été lu trois fois à H., en présence du sergent et d'un militaire du 268e qui l'avait amené, ainsi que six militaires de la prévôté. H. est resté couché et à la troisième lecture de l'ordre ci-dessus, il a non seulement persisté dans son refus en nous montrant sa poitrine, mais il nous a répondu par des propos injurieux.
Conformément à l'ordre écrit, dont nous avions donné lecture à H., trois fois de suite, nous lui avons brûlé la cervelle en lui tirant six balles de revolver dans la tête à 21 heures.
Monsieur le médecin aide-major de 1re classe Isay, du 49e RA, qui nous avait assisté, a constaté la mort en notre présence. Le corps a été inhumé immédiatement sur place, dans un pré à Brieleu (Belgique)
[Nota JC: Brielen]. La plaque d'identité porte les renseignements suivants : H. Raoul, classe 1894, Tours, 987."(1)

(1) SHAT, 22 N 2041, 36e CA dossier 2, Justice militaire et prévôté.

Sans commentaires ???

Assassine

Voici la fiche du même soldat, notez bien l'intitulé du type de mort. Et oui, il est "Tué à l'ennemi"

Sources biblio: Olivier Buchbinder, "Gendarmerie prévôtale et maintien de l'ordre (1914 - 1918)" Maisons-Alfort : Service historique de la Gendarmerie nationale, 2004.
Sources Fiche MDH: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/


Mise à jour 31 décembre 2016:
Chose impossible à l'époque de la première mise en ligne de cet article, aujourd'hui, beaucoup de registres matricules sont accessibles aisément et celui de notre soldat nous permet de changer le regard sur un évennement brut:

 CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_1


Le parcours judiciaire, notamment, de notre homme permettent ainsi de tenter de comprendre les motivations et le refus d'obtempérer de notre soldat.
En effet, le détail permet d'envisager de comprendre la capacité de refus de l'autorité de la part de ce soldat. Nous avons là un homme qui a déjà eu maille à partir avec la justice et dont l'autorité est nécessairement amoindrie:

 CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_2

 

CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_3

 

CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_4

A noter que s'il fut appelé le 17 août 1914 (1er encart ci-dessus), a priori dans le dernier encart le 27 octobre 1914, il est déclaré à Rivesaltes (66).

Aurions nous finalement affaire à un insoumis et non à une simple victime de ce que l'on appelait pas encore le "Shell Schock"? Pourtant on constate que rien de répréhensible n'est signaler entre son incorporation et la date de l'incident

Ceci, bien évidemment, n'enlève rien au jugement que l'on peut avoir concernant les méthodes expéditives d'alors (mais néanmoins ici couvertes par ordres).

 

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15 décembre 2016

Hommage à Paul MOULIN de Cluis (et pour les 12 ans de @Indre1418)

Quasi totalement accaparé par le blog des Soldats de l’Indre, j’en viens à manquer de temps pour le reste de mes activités 14/18. Cependant, une question me taraudait depuis quelques temps :

  • Que pouvais-je vous présenter pour clore cette deuxième année du Centenaire ?
  • Que pouvais je vous faire partager pour fêter dignement les 12 ans de ce blog ?

Et oui, car en cette fin décembre, nous fêtons aussi l’anniversaire (Je sais j'ai un peu d'avance) de ce qui nous regroupe ici, c’était alors le JOUR J, nous étions alors en 2004 Certes, ce n'était pas le début de l'aventure 14/18, puisqu'elle avait commencée quelques années plutôt, mais c'était bien celui de l'aventure éditoriale sur le net. Publié regulièrement, sans lasser les lecteurs et aussi sans se lasser, ce fut parfois une gageure. Certains messages furent de vraies aventures, d'autres juste des petits rappels historiques. Rencontrer, 35 ans plus tard, son ancien prof d'histoire du collège et s'entendre dire: "Jérôme, vous avez fait du bel ouvrage", cela m'a laissé pantois. En 2014, cotoyer les Historiens du département, mes idoles de lecture d'antan et d'aujourd'hui, fut aussi un grand moment. Mais le plus grand plaisir est finalement le partage et les rencontres occasionnées par ces publications.
En bref, 12 ans, ce n’est pas rien. Pas loin de 600 messages, pas moins de 1500 images partagées, mais que diable pouvais-je donc vous présenter ?

Non, je ne vous infligerai pas l'écoute de l'enregistrement audio de ma conférence au CES de Châteauroux en 2014, je le garde pour moi. Je pensais plutôt à quelque chose de plus dans les cordes de ce blog. Une bonne petite analyse de document, un de ces documents que j'adore essayer de faire parler.

En remontant dans la chronologie des publications, je me souvins d’un message autour de la mise en ligne du fonds Valois, et me rappelais que j’avais passé pas mal de temps sur le site de la BDIC à regarder image par image si d’autres clichés pourraient m’intéresser pour alimenter ce blog et vous permettre avec moi de partager la vie, la mort des combattants des régiments de l’Indre.
Après quelques recherches fructueuses, je pris donc la décision de rester en Artois, comme pour l’analyse du cliché précédent ayant trait au séjour du 68e RI dans le secteur de Loos et de vous faire partager un moment de vie et de mort.

Si la fois précédente, nous avions abordé le séjour en première ligne, cette fois, je souhaite aborder un sujet plus douloureux et qui malheureusement suivait ce séjour en tranchée, à savoir le décès, la disparition et le devenir du corps du combattant, dans un secteur jouxtant directement les premières lignes. Pour cela, je ne vais analyser qu’un seul cliché mais je vous proposerai ensuite de découvrir le reportage complet fait par l’opérateur photographique qui produisit une quarantaine de clichés sur la même période et au même endroit.

Le cliché que je vous propose est celui pris lors de l’enterrement de soldats, vers la fin mai 1915 à Noeux les Mines (62).

BDIC_VAL_305_003
Sources BDIC Fonds Valois BDIC_VAL_305_003

Pourquoi ce cliché ? Tout de suite, l’association faite entre la présence d’enfants et le port de croix de bois m’a interpellé.
En regardant plus en détail, aussitôt, un fait attire l’œil « Qu’est-il écrit sur les Croix de bois ? » La réponse me convainc de m’intéresser plus précisément à ce cliché, notamment lorsque je découvris sur la croix de droite la mention du 68ème Régiment d’Infanterie.

CaptureCroix

Aussitôt, de nouvelles questions jaillissent :

  • Quel était le contexte du secteur et pourquoi l’opérateur avait pris ce cliché précisément ? Hasard fortuit lié au passage du photographe au bon moment, mais alors pourquoi prendre tant de clichés pendant ces journées de mai 1915 ?
  • Qui était ce Paul MOULIN ? Quels étaient les combattants dont les noms apparaissaient aussi sur le cliché ?
  • Que s’était-il passé au 68e RI dans cette période ?

Je vais donc tâcher de répondre à certaines de ces questions, à partir des données collectées 100 plus tard.

Le contexte de la prise de vue:

En cette fin mai 1915, le 68e RI (Le Blanc et Issoudun) et le 90e RI (Châteauroux), formant la 33e Brigade de la 17e Division d’Infanterie sont en secteur au devant de Liévin, vers la Cité Calonne, face aux Ouvrages Blancs plus précisément. Cette cité ouvrière correspond à la carte ci-dessous

CaptureAngresLievinCalonne1Sources Eggenspieler et Géoportail IGN

Noeux les Mines est à quelques kilomètres en arrière de la ligne de front. La ville n’est pas au contact direct avec les premières lignes, mais toute l’organisation logistique du 9e CA est organisée autour de ce secteur et Noeux les Mines est un point central, notamment concernant le Service de Santé. En effet, dans les murs de l’hôpital local se trouvait un HOE (Hôpital d’évacuation) et l’ambulance 2/66 comme l’indique un schéma du secteur dans le Journal de Marche du Service de Santé du 9e Corps d’Armée.

CaptureServSante_9eCA_Mai1915
Sources SHD JMO Service de Santé du 9e Corps d'Armée 26N132-036

Dans l’album Valois, le cliché est daté du 23 mai 1915 et est situé au devant d’une église. Après une petite recherche sur le net, il apparait que plusieurs églises existent à Noeux les Mines et qu’il s’agit plus précisément de l’église « Sainte Barbe » dite « des Mines » Il est possible de la visualiser actuellement via le site Google Street View. Elle est reconnaissable notamment grâce aux 2 coupoles ornant les absides de chaque côté du porche principal.

NoeuxlesMines_EgliseSainteBarbe
Eglise Sainte Barbe de Noeux les Mines

Noeux lesMines Hopital
Hôpital de Noeux les Mines (voir aussi Clichés Valois présentés en fin de message)

 

Qui était Paul MOULIN?

Sur le cliché, 3 noms sont aisément lisibles de gauche à droite : RABUSSIERE Albert, LANERIC (LANERIE?) et MOULIN Paul. Seul pour ce dernier l’unité est clairement identifiable.
Une rapide recherche sur le site Mémoires des Hommes (M.D.H.) nous permet de retrouver 2 d’entre eux, en effet, le soldat LANERIC (LANERIE?) n’apparait pas dans les fiches du Site Mémoires des Hommes. Il n'apparait pas non plus dans les données du site MémorialGenWeb.

En regardant ces fiches M.D.H., il apparait tout de suite un hic dans la datation des clichés. Le fonds Valois date le cliché du 23 mai 1915 et les fiches Mémoires des Hommes donnent une date de décès identique aux deux soldats identifiés, à savoir le 27 mai 1915. Théoriquement, le cliché serait donc datable du 27 mai à minima.

La fiche Mémoires des Hommes de Paul Moulin nous apprend qu’il est originaire de l’Indre et plus précisément de Cluis, autant dire qu’il est pour moi un « Pays ».

A partir de la fiche M.D.H., il est alors aisé de retrouver sa fiche matricule sur le site des Archives Départementales de l’Indre. http://archives36.cg36.fr/VisuPlugin/frmVisualisation.aspx?Type=M&ID=2086 (Page 511)

CaptureAD36_MoulinPaul1

Classe 1902, il est rappelé le 11 août 1914 au sein du Régiment d’Infanterie de Châteauroux. Rien ne permet de préciser une affectation au 90e ou au 290e RI. Il part « aux armées » donc au front le 22 mars 1915et est affecté au 68e RI ce même jour.
On constate alors une incohérence  sur la fiche matricule, il y est écrit « Il arrive au corps le 29 mai 1915 » et « Il décède le 27 mai ». Cette date de décès est conforme à la fiche M.D.H. La date d’arrivée au corps n’est donc pas correcte.

La fiche matricule nous permet aussi de découvrir les circonstances de la blessure et sa gravité.

« Décédé le 27 mai 1915 Hôpital temporaire de Noeux les Mines B. de guerre. Blessé le 25-5-1915 à Calonne ouvrage de cornouailles (P.deC.) Plaie lombaire plaie mollet gauche. »

CaptureAD36_MoulinPaul2

A priori, le dit « hôpital temporaire » n’est pas connu du service de Santé du 9e Corps d’Armée, il s’agit donc vraisemblablement du H.O.E. de Noeux les Mines, cité plus haut.

Le cliché représentant une scène d’enterrement, nous sommes donc dans les heures qui suivirent ce 27 mai 1915. Les corps furent ensuite emmenés au cimetière de Noeux les Mines.
Paul MOULIN y repose encore de nos jours.

 

SepNoeuxlesmines_RI068_MoulinPaul

On notera le mauvais état de la croix de béton qui ornait la sépulture lors de la prise de vue en 2005.

Son nom figure sur le Monument de Cluis. Concernant les soldats de cette charmante bourgade, je conseille le site http://ete1915.weebly.com/ dont proviennent les 2 clichés suivants :

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Sources Clichés: Patrick Bléron "Eté1915"

 Sa fiche sur le Mémorial du département de l'Indre (Cliquez ICI)

 

Que se passa-t-il au 68e RI vers le 27 mai 1915? 

Pour découvrir ce qui se passa les 25 et 26 mai à la cité Calonne, il est possible de s’appuyer sur diverses sources, les plus intéressantes sont bien évidemment les Journaux de Marche et Opérations (J.M.O.) des unités concernées.
L’objectif de l’attaque est d’enlever le secteur appelé « Les Ouvrages Blancs » qui est un secteur que les troupes allemandes ont fortifiés. Une mine a été creusée sous les lignes allemandes en prévision de l’attaque. L’assaut est lancé à midi 10 au moment où cette mine explose. La charge s’effectua au son du tambour et du clairon.
Pour le détail, je vous renvoie vers le J.M.O. du 68e R.I. consultable sur le site Mémoires des Hommes.

Il est à noter que dans ce J.M.O., un croquis des positions d’attaque est consultable (Sa pagination ne correspond pas au calendrier et se retrouve en fin de volume)

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Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Un autre plan avec la numérotation des points d'attaques, est consultable dans la Journal de Marche du 9e Corps d'Armée.

Dans les "Armées Françaises pendant la Grande Guerre" sur Mémoires des Hommes, 2 cartes sont consultables et concernent les Ouvrages Blancs en cette période de mai 1915

AFGG_TIII_Carte3_ExtraitAFGG Tome III Carte n°3 (extrait) - SDH/MDH

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AFGG Tome III Carte n°2 (extrait) - SDH/MDH

Pour résumer voici ce qu’en dit la version héroïque de l’historique du régiment :

Fosse Calonne, 25 mai. - Après une période de demi calme, le 25 mai, à ces hommes qui se sont battus sans discontinuer, qui ont passé l'hiver dans une mer de boue, aux hommes de l'attaque du 9 mai, on allait demander un nouvel effort.
Le 25, à 11h50, le 68e attaque les Ouvrages Blancs dans le secteur de la Fosse Calonne. Le 3e bataillon s'empare de la première ligne ennemie et s'y maintient pendant deux jours. Laissons parler le communiqué officiel qui dit :
« Les échecs subis hier par l'ennemi, dans la région d'Angres et au nord du massif de Lorette, ont déterminé de sa part une réaction extrêmement violente. On s'est battu furieusement dans la soirée et pendant la nuit; nous avons conservé tous nos gains. Nos troupes ont fait preuve d'un courage et d'une ténacité magnifiques. Les Allemands ont d'abord contre-attaqué l'ouvrage conquis par nous au nord-ouest d'Angres et ont multiplié, pour le reprendre, des efforts acharnés. Malgré le bombardement exceptionnellement intense auquel nous avons été soumis, nous avons gardé la totalité de nos nouvelles positions. »
Et la consécration de ce succès, c'est la citation à l'ordre de l'armée du 3e bataillon :
Le 3e bataillon du 68e régiment d'infanterie, le 25 mai, sous l'impulsion énergique de son chef de bataillon, le commandant Potron, s'est emparé d’un ouvrage allemand fortement organisé et vaillamment défendu; s'y est maintenu pendant quarante-huit heures malgré un bombardement très violent, défendant le terrain pied à pied contre de nombreuses contre-attaques allemandes qui lui ont fait éprouver de fortes pertes.

Ce que ne dit pas l’historique officiel, ce fut la contre attaque, les bombardements et ce furent surtout les pertes du régiment.
Voilà telles qu’il est possible de les visualiser sur le J.M.O. du 68ème RI

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Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Et les voici telles que l’on peut les retrouver au travers des fiches du site Mémoires des Hommes :

CaptureMDHPertes

Paul MOULIN fut l’un d’eux.

Pourquoi le photographe était il là ce jour et pourquoi a t il pris ce cliché?

Le fonds Valois est un fonds photographique pris par des opérateurs patentés qui avaient pour but de documenter le conflit en cours.
Les clichés du fonds Valois nous intéressant possèdent tous un numéro de classement de la forme VAL304, VAL305, VAL306 …Cependant, il est à noter qu’il y a des discordances dans la numérotation des clichés. Ainsi, VAL305.066 date du 02/12/1917 alors que VAL305/064  date du 20/01/1918.

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Pour notre petite enquête, les clichés sont situés en début de la série VAL305.
J’ai donc retenu une série de 42 photos, numérotées de VAL305/002 à VAL305/043 directement prises à Noeux les Mines et concernant la période allant du 21 mai 1915 au 23 mai 1915.
Ces 42 photos permettent de mieux visualiser le quotidien  d’une ville située juste à l’arrière de la ligne de front, les civils et surtout les militaires se côtoient.

Le fait marquant de ces journées pendant la période où fut présent le photographe des Armées fut un enterrement, mais pas celui de Paul Moulin et de ses camarades, mais celui du Général Jean Baptiste MOUSSY, qui était le chef de la 33e Brigade dont dépendait les 68 et 90e R.I.

Moussy

Son dossier de Légion d’Honneur sur la base LEONORE
Celui-ci décède le 21 mai 1915 à Grenay des suites de « Blessures de guerre ». Le J.M.O. du 9e Corps d’Armée, nous apprend que ses obsèques eurent bien lieue le 23 mai 1915 à 8h à Noeux les Mines.

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SHD JMO 9e Corps d'Armée 26N131-2

 

Pour découvrir ce reportage photographique, je vous invite donc à vous rendre sur le site de la BDIC et de saisir les mots clés suivants dans le module de recherche :

VAL305 002, VAL305 003, …. jusqu’à  VAL305 0043 (Je vous laisse changer les valeurs dans la barre de recherche. Vous pouvez même continuer votre promenade en continuant la numérotation ... )

 

Une simple erreur de date en guise de conclusion?

Nous avons vu que si nous sommes sûr des dates de décès de chacun, tant général que simple soldat, il y a de fortes chances que l’opérateur se soit trompé dans la datation lors de la mise en album des clichés. Concernant la fiche matricule, l'erreur de date démontre l'importance des recoupemts et du danger de ne s'appuyer que sur une seule source pour établir un fait.
Hormis ces erreurs que je qualifierais cependant de bénignes, il est intéressant de voir comment à partir d’un simple cliché, et à partir des sources mises en ligne récemment, il est possible de faire parler les images, de décrypter de vieux clichés et surtout de faire ressurgir la vie de ces combattants, mais aussi leurs morts.
Il est aussi à signaler qu'il est toujours agréable de se promener au gré des clichés souvent de qualités que ce fonds Valois contient.

 

Au terme de ce message, je tiens à saluer Stéphan AGOSTO, il comprendra. 12 ans, mon petit gars!
OK, c'était plutôt vers le 30 décembre, mais je préfère m'y prendre un peu à l'avance.

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13 décembre 2016

Un graffiteur berrichon en Artois

Un ami artésien, Thierry Cornet, me signale la présence d'un graffiti qui ne pouvait que m'interresser.

 

Capture

 

Sur le mur d'une grange de Tilloy les Hermaville (2km de Aubigny en Artois), un soldat du 268e avait laissé une superbe trace de son passage.

 

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Une déduction logique nous amène à penser que le prénom de Ragot doit être Joseph, le H après le J.

Mais qu'était devenu Joseph Ragot, qui occupait son temps de repos à graver la pierre tendre de la région?

La consultation du JMO du 268e avec ses listes de pertes, ne nous amène aucune réponse. Aucune trace de Joseph Ragot.
Après consultation de Mémoires des Hommes, le seul Joseph Ragot disparu est soldat au 290e RI, mais pas au 268e RI. Les deux régiments formant la même brigade, un mouvement est largement possible entre ses deux unités.
Une consultation des registres matricules de Chateauroux allait peut-être nous donner une indication.

La fiche de Joseph RAGOT de Crevant (36) sur le site des AD36 (page 110)

Et si le tailleur de pierre qu'était Joseph Ragot de Crevant était le Joseph Ragot qui avait laissé une trace de son passage sur la grange de Tilloy?
Joseph RAGOT du 290e RI est décédé le 1er novembre 1914, à peine arrivé en Belgique, non loin de Ypres, à Wallemolen. Il y a donc peu de chances qu'il s'agisse de lui.
Peut-être que notre graffiteur a survécu au conflit?

Beaucoup de points restent donc sans réponses. D'autres recherches complémentaires seront à entreprendre afin d'éclaircir notamment la présence d'éléments du 268e RI en 1914, à l'ouest d'Arras, du côté de Tilloy les Hermaville. Rien dans le JMO ne laisse présager d'une telle présence.
Un mystère, ...

Merci à Thierry Cornet pour sa précieuse aide

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03 décembre 2016

L'eau d'och mare (Le cidre de la Somme est goutu)

Aujourd'hui est un peu particulier, il y a 102 ans disparaissait Lucien, mon arrière grand oncle, à qui j'ai dédié ce blog.

Il y a 100 ans aujourd'hui, le 290e RI, dans la Somme, découvrait le repos après un dur séjour dans le secteur de Sailly-Saillisel. Le colonel Eggenspieler, quand à lui, découvre les plaisirs du cidre avec "l'eau d'och mare".

"Le 4 décembre le régiment est transporté en camions-autos à Lignières-Châtelain et à Coullière, à la limite Sud du département de la Somme. A ma rentrée de permission je trouve le régiment installé dans ces deux localités. Les cantonnements sont bons. Les hommes s'y refont rapidement, d'autant mieux que les permissions jouent à plein".

LignieresChatelain_Place
Lignières Chatelain (Somme) La Poste et la Halle

"Personnellement j'étais logé chez des personnes fort aimables qui m'ont fait le meilleur accueil. En causant, le maître de la maison m'a confié qu'il avait constaté de grandes différences dans les manières de se comporter des officiers qu'il avait eu à loger. Ainsi, peu avant moi, il a eu à héberger un grand chef de chasseurs à pied dont il a été particulièrement mécontent.
En visitant un cantonnement, j'ai eu l'occasion de recueillir quelques précisions sur la manière de faire le cidre dans le pays. Je me trouvais dans la cour d'une grande ferme. Au centre de la cour se trouvait une mare énorme. Le Lieutenant Maître qui se tenait près de moi me posa une colle. Il me demanda avec quelle eau je croyais qu'on faisait le cidre.
Sur mon geste, qui voulait dire que je n'en savais rien, il me dit que c'était avec celle que j'avais devant moi, « l'eau d'och mare ». Comme je ne voulus rien en croire et d'autant moins qu'à ce moment le bétail se promenaient dans la mare, on fit appel au témoignage du fermier. Celui-ci confirma purement et simplement les dires de Maître. Le fermier ajouta même que le cidre fait avec « l'eau d'och mare» était bien plus moelleux que celui fait avec l'eau de fontaine la plus pure. Pour me convaincre il m'en offrit un verre. Je dois reconnaître qu'il était très clair et très bon".

Il est à noter qu'avant le conflit, le colonel Eggenspieler était de garnison à Cherbourg, il faut certainement y voir là, la source de son intérêt pour cette boisson et le pourquoi il nous livre cette anecdote.

Sur le sujet des boissons on lira avec intérêt l'article de Stéphane Le Bras intitulé "Été 1916. Le cidre est-il soluble dans le pinard ?" sur le site "En Envor" (Cliquez sur le lien).
Cet article est d'ailleurs agrémenté de jolis clichés sur la fabrication du cidre, au front, provenant du fonds Valois de la BDIC

Sources texte: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry, le 290e RI

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11 novembre 2016

11 novembre 1918, liesse dans les rues d'Argenton et joie mesurée sur le front.

 

Argenton_Quesnel_19181111_NB

 

En ce 11 novembre, le photographe argentonnais Quesnel a juste à sortir de son magasin (à gauche) et à poser son appareil au milieu de la rue de la Gare. Les drapeaux ornent les balcons et fenêtres. La population manifeste sa joie à l'annonce de ce moment tant attendu. On notera que seuls, 2 hommes figurent au premier plan.

Voici ce que Raymond Rollinat inscrit dans son journal:

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Sources Carnets Rollinat Cercle Histoire Argenton

"Chacun en s'éveillant pense que la journée
qui commence marquera dans l'histoire
et verra peut-être la fin de l'effroyable guerre
Quel soulagement, si l'on apprend que l'Armistice est signé ..."

Pour découvrir la suite de cette journée, je conseille la lecture des carnets de Raymond Rollinat sur le site du cercle d'histoire d'Argenton



Pendant ce temps, au front, voici le témoignage du capitaine Laurentin qui se trouvait alors au 219e RI suite à la dissolution du 268e en juin 1918:

Le bataillon retourne à l’arrière, à Guignicourt, nous voici arrivés dans le village tout endormi. Un cycliste passe et affirme : « L’armistice est signé. »
Dieu, si c’était vrai !
7 h. 30. - « Armistice, armistice ! » Tout le monde le dit ; on se félicite, on s’interroge : « Qui te l’a dit. Un cycliste. – Un lieutenant de la lourde. – Un téléphoniste. » Le soldat n’en demande pas plus. Voici une troupe du 93 qui revient, boueuse et lasse, des premières lignes : « C’est fini, leur crie-t-on, c’est signé ! » Les figures s’illuminent de sourires épanouis : « Oh mon vieux ! »
C’est tout. Rien des bruyantes manifestations d’enthousiasme qui saluèrent la déclaration de guerre. Ils ne jettent point leurs armes pendantes. Ils ne quittent pas le rang ; seulement ils relèvent la tête, des têtes joyeuses de braves gens, incapables de désordres et d’excès, même au milieu de la victoire.
Ah ! Ma chère France !

Maurice Larentin, "Carnets d’un fantassin de 1914", Editions Arthaud, 1965, p. 237

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