Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

03 décembre 2017

3 décembre: A la recherche de Lucien porté disparu en 1914.

La journée du 3 décembre est un jour particulier pour moi.
Cette année, il y aura très exactement 103 ans que disparaissait mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau.
Au travers de ce message, je vais donc reprendre la quasi intégralité des messages que j’ai jusqu’alors rédigé sur ce sujet. Je souhaite les rassembler en un seul et en profiter pour les compléterbet qui synthétise environ 16 ans de recherches, ces recherches ayant connues des hauts, des bas, des moments d'intense émotion lors de la découverte de nouvelles informations.

Ce 3 décembre 1914, le 290ème RI et surtout la 17ème Cie eurent à subir de lourdes pertes dans les tranchées de Zonnebecke. Le JMO relève pas moins de 17 tués, 65 blessés et 54 disparus. L'un d'eux était mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. Il est à l'origine de ce blog. En effet, tout commença vers 2001, j’effectuais alors l’arbre généalogique de la famille, je suis d'ailleurs membre de la Société de Généalogie du Bas-Berry depuis l’année 2000.

En 1996, j’avais racheté la maison de mes grands parents et, dans les papiers de Fernande, ma grand-mère paternelle, je retrouvais quelques documents qui concernaient mes arrières grands-parents Bessonneau. Ma sœur Isabelle, quelques années auparavant avait eu la bonne idée de faire identifier par notre grand-mère, divers clichés en sa possession dont certains lui venaient directement de ses parents, les époux Louis Bessonneau et Marguerite Privat. Dans ces documents, se trouvaient quelques vieilles lettres. A l'aube des années 2000 donc, lors de la mise en place des données en ma possession, j’analysais celles-ci et les intégrais dans mon logiciel.

R066_BessonneauLucen2 R066_BessonneauLucen3
2 clichés annotés "Oncle Lucien Bessonneau"

Un personnage m’apparaissait, il s’agissait de Lucien Bessonneau le frère de Louis. Je n’en avais jamais entendu parler.

Après quelques questions dans le cercle familial, il ressortait que celui-ci était mort à la guerre et qu’on ne savait ce qu’il était devenu ; « Il est peut-être mort à Verdun ». Aucunes autres précisions.
Sachant que les Bessonneau étaient originaires de Cuzion (36), je me rendais donc à la mairie de ce lieu pour au final ne rien découvrir. Il ne figurait ni sur le monument et aucun acte de décès n’était inscrit sur le registre. A l’époque, il était difficile d’effectuer des recherches, mais les prémices de l’internet grand public commençaient à permettre l’ouverture de certaines portes.

En préparant ce message, dans les profondeurs du net, j’ai d’ailleurs retrouvé mon premier message sur le sujet. Celui date du 29 janvier 2001 :

CaptureFR_REC_GENEA

Ne sachant pas comment rechercher, je cherchais de l’aide. Il apparut bien vite qu’il était nécessaire de se déplacer aux Archives Nationales pour pouvoir consulter le fichier des Morts pour la France.
Sur des micro films, il était possible de visualiser les fiches maintenant en ligne sur le site Mémoires des Hommes.

Quelle ne fut pas ma surprise et la joie de découvrir de nouveaux éléments. Lucien Bessonneau, rattaché au 290ème RI, avait été porté disparu à Zonnebecke (Be) le 3 décembre 1914. Son acte de décès était à Badecon, dans la commune.

La fiche que je m’empressais de rédiger à mon retour du CARAN, rue des Francs Bourgeois (lieu de consultation):

CaptureFiche_CARAN

Maintenant que j’avais les informations que je recherchais, il me fallait comprendre. Je me mettais à la recherche concernant le 290ème RI, dont je n’avais jusqu’alors  jamais entendu parler.
On me dirigea vers le Service Historique de l’Armée de Terre, mais en avril 2001, la réponse me vint, toujours par l’intermédiaire d’internet, par un mail de Stephan Agosto

CaptureMail Stephan

A partir de là, tout se précipita, et commença l’aventure dont vous consulter le résultat.

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Intéressons nous maintenant à Lucien Bessonneau.

Lucien Bessonneau est né le 4 octobre 1887 à Cuzion, Indre. Sa famille est originaire de Saint-Plantaire, Gargilesse et si l’on remonte un peu plus, elle a pour souche la commune de Châteauponsac dans la Haute Vienne.
Il est le fils de Silvain Bessonneau qui est décédé en 1891, il était alors déclaré comme maçon. Lucien avait donc 4 ans lors du décès.  Silvain était marié à Angéle Blanchard originaire de Cuzion. La famille demeurait alors à Bonnu, sur la commune de Cuzion.
De ce couple, 3 enfants dont Lucien naquirent : Félicie Allanie (1881) et Louis Auguste (1884). Ce dernier est mon arrière grand-père.

En 1891, la famille figure sur les recensements de la commune de Cuzion. Silvain, le père est alors décédé, laissant Angèle seule avec les 3 enfants.

CaptureCuzion_Recensement1891
Sources AD36

Je perds ensuite la trace de Lucien dans les recensements.
Je ne retrouve les deux autres enfants, qu’en 1901, au sein de la famille Gaudeberge (oncle et tante), à Chatillon, commune de Badecon le Pin.

CaptureRec1901_Chatillon
Sources AD36

Découvrant au fur et à mesure, les fonds d’archives existant, en 2006, je me rendais aux Archives Départementales pour me procurer la fiche matricule de celui-ci.
En voici la transcription que j’en avais fait, à cette époque :

CaptureFicheMatricule

On note tout d’abord qu’il avait effectivement effectué son service militaire au 66ème RI et les photos de lui correspondent bien à cette période.

R066_BessonneauLucen1
Lucien Bessonneau (1er à gauche debout)
Service militaire Tours 66e RI

On note aussi qu’il réside avant le conflit à Paris, dans le 15ème arrondissement qui vit d’ailleurs aussi son frère Louis s’y implanter. Ma grand-mère y vécue et mon père Jean y naquit d’ailleurs.
Les maçons de Paris qui ne furent bien souvent pas que des limousins, venaient aussi des premiers contreforts du Massif Central qu’est le sud du département de l’Indre. Voici d’ailleurs une photo de mon arrière grand père Louis qui pose avec ses camarades sur un chantier (3ème en partant de la gauche).

CaptureLouisBessonneau

 

  • Lucien BESSONNEAU dans la Grande Guerre.

Considéré comme réserviste. Lucien est affecté au 290ème Régiment d’Infanterie. On imagine le voyage en train depuis la gare d’Orsay et l’arrivée à Châteauroux :

Le lieutenant SOHIER du 290ème rapporte :
« Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique
en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu’a l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante. »

« Un commandant nous fait une conférence. « N'oubliez jamais que la meilleure défensive c'est l'offensive. En avant, toujours en avant, à la baïonnette.
On nous emmène au terrain de manœuvre de Châteauroux. Une zone pierreuse sans rien pour se défiler. On simule une attaque. Le régiment est déployé. Vite, j'établis la liaison avec des réserves imaginaires. Je rends compte au colonel. Quelles réserves ? Où sont-elles ? Là-bas, je suppose, et je vais établir la liaison avec les troupes en ligne. Le colonel sourit, ironique. Je suis un peu vexé. On verra bien.
Le régiment s'élance à l'assaut. « Ils ne courent guère, dit le colonel. » Mais un berrichon a-t-il jamais couru ?
Sous la mitraille on verra bien.
Il ne courra pas mais il arrivera. »

« L'aspect de Châteauroux ne change pas en ces jours de fièvre.
Un instant pourtant, il y a du brouhaha. Une bousculade, des cris, des injures, des coups. Une bagarre éclate soudain. C'est simplement un député pacifiste que l'on veut jeter... au front. Eh, eh, nos berrichons! Mais vite la ville reprend son allure. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable.
Tout cela a duré longtemps. Oh! oui! quatre jours, je crois.
Et un soir la cour c'est encore embrasée aux feux de l'acétylène. Le régiment s'est rangé. Il n'y a pas de manquants. Le berrichon aime le pinard, mais dans les grandes occases il sait se tenir. Une allocution du colonel, brève, simple, vibrante. La musique sonne :Aux Champs, le drapeau se déploie aux mains de l'ami de Tarlé. Silence. Un pincement violent au cœur, quelques larmes aux bords des cils. Un ordre bref, et le régiment s'ébranle. On se redresse, on se recueille.
Et dans la ville, le régiment défile. Je suis en tête de mon petit peloton, tout en queue de la grande troupe. La foule suit et accompagne. Puis, par une route sans lumière, on gagne la gare d'embarquement, et les civils ne laissent guère de place pour que mes hommes restent en rang. Je grogne. On ne grogne pas. »

Le régiment part donc les 9 et 10 aout, par deux convois ferrés, direction le Grand Couronné de Nancy.

Retrouvez des traces du parcours d’un combattant au sein d’un régiment est peu aisé. Il apparait parfois au fil des lignes du Journal de marche, mais c’est alors soit par souci de reporter un exploit et bien plus souvent, il apparait dans les notes reportant les pertes du régiment.

Lors de la bataille de la Marne, le patronyme Bessonneau apparait dans la liste des blessés du 9 septembre 1914:

CaptureJMO_19140909
Sources SHD JMO 290ème RI

La mention suivante est en date du fatidique 3 décembre 1914 :

CaptureJMO_19141203
Sources SHD JMO 290ème RI

Cette fois, c’est fini. Lucien Bessonneau est reporté dans la colonne « Disparu ».

  • Que se passa-t-il ce jour là ?

Comme je l’indiquais, un peu plus haut, pour connaitre ce qui se passa ce jour là, il est tout d’abord nécessaire de relire le Journal de Marche et Opérations du régiment :

« 3 décembre 1914:
La situation devient de plus en plus critique pour la 17e Cie. Dans la soirée, 17h, le petit poste d’écoute placé dans une maison qui était à l’Est de la tranchée de la 17e Cie était surpris par les Allemands qui par des boyaux étaient arrivés jusqu’à quelques mètres de la maison. Ce petit poste eut un homme fait prisonnier, le caporal et les autres soldats purent se réfugier dans les tranchées.
De cette maison les Allemands qui y étaient arrivés en nombre lancèrent des grenades et par des meurtrières rapidement fermées tiraient sur les occupants.
Cette situation dura toute la nuit malgré les efforts des hommes à la compagnie pour empêcher les Allemands de jeter des bombes et de tirer sur eux. Des bombes leur furent également lancées.
Malgré deux retours offensifs exécutés simultanément par une fraction du 68e, la 17e Cie et une section de la compagnie de réserve, il fut impossible de déloger l’ennemi.
Au jour, le Commandant de la Cie pour éviter les pertes qui se faisaient déjà sentir cruelles fit renforcer les pare-balles au moyen de sacs à distribution et même de havresacs et de toiles de tentes remplies de terre. Malgré ces efforts, les tirs d’enfilade très meurtriers empêchaient les hommes de relever la tête pour tirer.
Vers huit du matin, les Allemands réussissaient à sauter dans la tranchée entre le 68e et le 290e et profitaient d’une contre sape faite par le génie et aboutissant au point de liaison des deux compagnies, armés de boucliers et de bombes ils se ruent sur les hommes occupant la tranchée et, après une lutte qui dura plusieurs heures, se maintiennent entre le 68e et le 290e, prenant plutôt le terrain du 290e.
Le Commandant de la Cie fit faire un barrage, mais ce barrage n’empêchait pas l’ennemi d’enfiler les tranchées et de rendre la situation intenable.
Par une autre maison sise près de la voie ferrée, les Allemands opéraient le même mouvement.
Le Commandant de la Cie voyant qu’il allait être complètement cerné par sa droite et sa gauche fit évacuer la tranchée par le boyau de communication la reliant avec la 20e Cie d’une part, et le poste de commandement du chef de bataillon du 68e. Il était 10h30 environ.
Le Cdt la Cie et ses hommes se maintinrent dans ce boyau jusqu’à la nuit.
A minuit le 114e relève le 268e et la Cie du 290e qui sont au nord de la voie ferrée. »

Ne pouvant déterminer qu’elle était la compagnie d’affectation de Lucien, évitons les approximations et contentons nous des faits relatés, ce qui permet déjà  de définir le contexte.
Une autre source provient des témoignages existants :
Tout d’abord commençons par celui du Colonel EGGENSPIELR, le chef de corps du 290ème RI:

« 3 et 4 décembre
La situation de la 17e devint de plus en plus critique.
La Compagnie avait un petit poste dans une maison située en avant de la droite de son front. Les Allemands, qui s'étaient approchés en sape tout près de la maison, avaient profité de l'obscurité, le 3 au soir, pour sauter dans la maison. Ils ont réussi à enlever un homme, les autres avec le caporal ayant pu regagner la tranchée principale. Les Allemands envahirent la maison en nombre. Ils se mirent aussitôt à y percer des créneaux, d'où ils lançaient sans cesse des grenades sur les portions de tranchée à leur portée. Malgré deux contre-attaques exécutées par la 17e, une section de la Compagnie de réserve, une fraction du 68e, il fut impossible de déloger les Allemands de la maison.
Cette situation dura jusqu'au 4 au matin. … »

On prendra soin de préciser que le Col EGGENSPIELER n’était pas en poste à cette date et qu’il se contente à s’inspirer du JMO et du témoignage Lieutenant Sohier ci-dessous:
Le lieutenant Sohier (déjà cité) écrit aussi sur cette journée, on notera au passage qu’il n’est pas tendre avec la hiérarchie du régiment et le 68ème RI :

« La nuit du 3 au 4 décembre est abominable. Le journal de marche relate assez exactement les faits. Mais un point est à préciser. Les Allemands ont sauté dans la tranchée du 68 qui prolonge les nôtres. De pauvres gosses de la jeune classe ont été coincés. Jamais le 68 n'a voulu en convenir. Et lorsque la 17e, attaquée par cette tranchée, après une lutte épique, est obligée de refluer, c'est nous que l'on accuse de fléchissement. Comment tenir pourtant, prise d'enfilade, refoulée vers la voie ferrée, tandis que d'une maison sise contre la voie, les Allemands, par infiltration, essayent de couper la gauche. Bien plus, un poste d'écoute, qui aurait pu être de quelque secours a été enlevé, les Allemands s'étant glissés par des boyaux bien dissimulés jusque dans la maison qu'il occupait.
Au P. C. c'est angoissant. Je suis toutes les péripéties en communication constante avec de Lavarène. Je préconise une contre-attaque pour prendre les boches au delà des lignes, en franchissant la voie ferrée. Mais celle-ci est repérée, flanquée, et pas un homme ne peut passer. Quand la 17e reflue il faut même couper la communication établie un peu en arrière, par un passage sous la voie, et bourrer de sacs à terre le couloir. C'est par la droite que se font les contre-attaques, vaines d'ailleurs. Pendant tout le temps qu'a duré l'ultime bagarre le commandant Renard a ronflé, ronflé et chaque fois que je le réveillais, il m'envoyait... péter. Le colonel Michel, dont le P.C. est joint au nôtre (le 268 est à notre gauche), me soutient et m'encourage. Mais que faire? »

Il existe aussi des témoignages indirects qui relatent les circonstances :
Le général Dubois (chef du 9e CA) signale une attaque du 290e le 3 décembre dans la région de Nieuvemollen.


Le tambour Retailleau dans les "carnets de Léopold Retailleau du 77e RI":
« Vendredi 4 décembre 1914: Journée assez mouvementée par le bombardement des Boches. Ils incendient trois ou quatre maisons dans Ypres. Nous apprenons que le 290e s'est fait esquinter dans une attaque à la baïonnette au clair de lune ...»

  • Où se trouve le secteur de disparition ?

Dans les sources écrites, je n’ai pas cité le JMO du 68ème RI, car le texte ne nous apporte rien. Cependant, une carte très importante est visible dans ce JMO, elle permet de situer le secteur : voir ICI

Le secteur:

Zonnebeke_Relief
Sources GoogleEarth

Ce travail de positionnement n’aurait pu se faire sans l’aide des amis du Forum Pages1418 et notamment Annie qui fit un repérage des lieux avant que j'entreprenne un voyage en Belgique

  • Que reste-t-il de Lucien ?

Sur place, à Zonnebecke, il ne reste rien. Je m'y suis rendu par deux fois, une première fois en 2006 et une deuxième fois en 2008. Malheureusement tous mes clichés pris lors de ce deuxième séjour ont été perdus suite à une panne informatique.

Le soldat Lucien BESSONNEAU aurait donc été porté disparu dans le champ de droite visible sur le cliché ci-dessous. Le chemin visible sur la photo est le parcours de l’ancienne voie ferrée.

Broodseinde_Voie ferrée

Une visite virtuelle à 360° est possible grace au site GoogleMaps: voir ICI

La dernière lettre de Lucien :
De Lucien Bessonneau, je n'ai qu’une lettre. Cette lettre, écrite depuis la Belgique, était adressée à sa belle-soeur, mon arrière-grand-mère Marguerite Privat (épouse Bessonneau).
Le maçon de Paris, que Lucien était, essaye, malgré les limites de son orthographe, de rassurer la famille restée en Berry et de donner des nouvelles.
Datée du 19 novembre 1914, Lucien ne se doutait certainement pas qu'il serait "porté disparu", quinze jours plus tard.

LettreLucien

Jeudi 19 novembre 1914
Cher Belle soeur

Je ten voi ses deux
mot se pour que je si
a popringe belgique
en aton le canon de
loin je nesipas encor ses
la ilge ?? il i y a encor
pour une journé de
marche
tou va bien pour le
momont ton bell beau
frère qui non brasse
bien unsi que ta
petit fil

Bessonneau Lucien

L’acte de décès :
En 1921, en l'absence de corps et au vu des documents fournis par l'armée, le tribunal de La Châtre émet un jugement permettant de dresser l'acte de décès en la commune du Pin et la transcription de la mention de Mort pour la France sur les documents administratifs.
« Au nom du Peuple Français, le Tribunal civil de La Châtre (Indre) a rendu le jugement dont la teneur suit:
Vu la requète qui précède Qui M. Souffron, président du tribunal en son rapport et M. le procureur de la République en ses conclusions le tribunal après en avoir délibéré a rendu le jugement suivant:
Attendu qu'il résulte des pièces mentionnées dans la requête présentée par M. le procureur de la République que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean baptiste du 290e RI, né à Cuzion le 17 octobre 1887 de Silvain et de BLANCHARD Angèle, célibataire, domicilié à Le Pin a disparu le 3 décembre 1914 à Zonnebecke (Belgique). Vu la loi du 25 juin 1919 art. 9 Par ces motifs, le tribunal dit que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean Baptiste est "Mort pour la France" le 3 décembre 1914 ) Zonnebecke (Belgique). Ordonne que le présent jugement sera transcrit sur le registre de décès de l'année courante de la commune de Le Pin et que mention de ce jugement sera faite à la date que l'acte de décès aurait du occuper tant sur le double du registre des décès qui existe à la mairie de Le Pin que sur celui déposé au Greffe du Tribunal conformément à l'article 92 du Code-Civil ... »

Le diplôme de Mort pour la France :
La préfecture de l’Indre tenait donc une comptabilité de la remise de ce diplôme, ce qui permet de connaitre la liste des récipiendaires. Cela permet donc d'avoir une liste de presque 9500 noms d'Indriens. Mais, il est cependant assez difficile de se retrouver dans cette liste, le point d’entrée est la date de jugement ou de transcription.
Mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. tout d'abord, voici sa fiche "Mémoires des Hommes" :

DiplomeMPF
Sources Mémoires des Hommes et AD36 R982

Le jugement eut lieu en décembre 1920, pour une transcription sur les registres du Pin en janvier 1921. Il fallut attendre le 25 octobre 1921 pour une prise en compte par la Préfecture. Lucien Bessonneau se vit attribuer le numéro 8244.
Il semblerait que les diplômes étaient envoyés aux communes, à elles la charge de les remettre aux familles, au vu des nombreux documents joints à cette cote de la série R.
Qu'est devenu le diplôme de Lucien Bessonneau? Je ne le sais pas.

 

Les décorations :
Un ami, Jean Pierre Létang recherchait dans le Journal Officiel des traces de médaillés. Or, en consultant le J.O. du 17 septembre 1924, il a eu la surprise de découvrir un patronyme qui lui disait quelque chose. Bessonneau!!! Non pas le célèbre industriel angevin, mais le grand-oncle d'un de ses correspondants, c'est à dire moi-même. Il m'en avertit alors.
Autant vous dire, que j'ai eu un sacré frisson lorsque j'ai lu et relu le mail.

Decorations
Sources GallicaBNF

Le Livre d'Or communal:Via le site des Archives Nationales, il est possible de retrouver le livre d'or communal, sur lequel figure le nom de Lucien.

 

CaptureJCh

Le lieu de repos de la dépouille:
Soldat disparu au combat, Lucien est vraisemblablement sans sépultures, quelque part du côté de Broodseinde. Cependant, lors de ma visite, je ne pu m'empêcher de penser à lui lors de ma visite de la nécropole Saint Charles de Potyze à Ypres (Sur la route entre Zonnebeke et Ypres).

Il s'agit du lieu de Mémoire incontournable de ce secteur qui connu les combats de 1914 à 1918. Peut-être y est il, peut-être pas.

060419 010 060419 111
Entrée de la nécropole                                                         Le Monument et l'ossuaire

060419 272

 

Le monument aux morts
Sur le monument communal, le nom Bessonneau ne figure pas. Courant 2012, je le signalais au maire de la commune. Or, le  11 novembre 2012, le premier magistrat de la commune, après le dépôt de gerbe et le discours habituel reprit la parole pour annoncer son intention de faire rajouter le nom de Lucien sur le monument ainsi que ceux de 2 autres soldats ne figurant pas sur le monument.

11 novembre

 

Depuis cette promesse faite en public, cinq ans se sont écoulés et rien n’a été fait …

 

Petit rajout de fin de journée:

Aujourd'hui, 3 décembre 2014, sur le site GoneWest.be, Lucien Bessonneau est apparu sur le monument virtuel. il figurait dans la liste des 355 morts recensés de ce jour.

CaptureJH1


 

2018, Redonnons un peu de couleur à Lucien
Merci à Alain d'Amato pour son superbe travail
http://www.couleursdupasse.fr/

LucienBesreduit1

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11 novembre 2017

11 novembre 1918, liesse dans les rues d'Argenton et joie mesurée sur le front.

 

Argenton_Quesnel_19181111_NB

 

En ce 11 novembre, le photographe argentonnais Quesnel a juste à sortir de son magasin (à gauche) et à poser son appareil au milieu de la rue de la Gare. Les drapeaux ornent les balcons et fenêtres. La population manifeste sa joie à l'annonce de ce moment tant attendu. On notera que seuls, 2 hommes figurent au premier plan.

Voici ce que Raymond Rollinat inscrit dans son journal:

Capture2
Sources Carnets Rollinat Cercle Histoire Argenton

"Chacun en s'éveillant pense que la journée
qui commence marquera dans l'histoire
et verra peut-être la fin de l'effroyable guerre
Quel soulagement, si l'on apprend que l'Armistice est signé ..."

Pour découvrir la suite de cette journée, je conseille la lecture des carnets de Raymond Rollinat sur le site du cercle d'histoire d'Argenton



Pendant ce temps, au front, voici le témoignage du capitaine Laurentin qui se trouvait alors au 219e RI suite à la dissolution du 268e en juin 1918:

Le bataillon retourne à l’arrière, à Guignicourt, nous voici arrivés dans le village tout endormi. Un cycliste passe et affirme : « L’armistice est signé. »
Dieu, si c’était vrai !
7 h. 30. - « Armistice, armistice ! » Tout le monde le dit ; on se félicite, on s’interroge : « Qui te l’a dit. Un cycliste. – Un lieutenant de la lourde. – Un téléphoniste. » Le soldat n’en demande pas plus. Voici une troupe du 93 qui revient, boueuse et lasse, des premières lignes : « C’est fini, leur crie-t-on, c’est signé ! » Les figures s’illuminent de sourires épanouis : « Oh mon vieux ! »
C’est tout. Rien des bruyantes manifestations d’enthousiasme qui saluèrent la déclaration de guerre. Ils ne jettent point leurs armes pendantes. Ils ne quittent pas le rang ; seulement ils relèvent la tête, des têtes joyeuses de braves gens, incapables de désordres et d’excès, même au milieu de la victoire.
Ah ! Ma chère France !

Maurice Larentin, "Carnets d’un fantassin de 1914", Editions Arthaud, 1965, p. 237

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06 novembre 2017

Les affiches de la Guerre - Saint Plantaire (36) Expo

Au terme d'un grand rangement de ses archives municipales, la commune de Saint Plantaire a, en cette année 2017, l'originalité de nous faire vivre le conflit au travers des affiches qui furent placardées sur les murs du bourg. Une autre vision de l'impact du conflit sur la vie d'une commune du département.

Du 11 novembre 2017 au 19 novembre 2017
ouverture de 14 h à 18 h

Exposition à la salle des fêtes des Bordes

 

affiche

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01 novembre 2017

Comprendre les Monuments aux Morts de nos villes et campagnes (via CNRS)

Le mois de novembre est devenu dans le département, un mois propice au souvenir. Les associations patriotiques se retrouveront le 11 devant le monument, les associations d'Histoire locale et/ou de Généalogie produisent des expositions, des conférences sur le conflit.
Lors de chaque commémoration, lors du passage dans un des bourgs de nos villages, nous sommes toujours confronté à ce qui reste un des piliers de la Mémoire des conflits et des pertes associées. Ce pilier est particulièrement bien représenté dans nos communes par le monument aux morts communal.

Pourquoi des monuments? Pourquoi y a-t-il une liste de noms (ou pas d'ailleurs), y sont-ils tous? Que représente la statuaire du monument de ma commune? Voilà de nombreuses questions que nous nous sommes tous poser.

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En 2014, un film intitulé "Rendez-vous aux monuments aux morts" aborda la symbolique et nous permet de les comprendre au travers des explications de nos historiens comtemporains. Le CNRS, via son site, nous permet de visionner divers extraits concerant des thématiques:

"Pourquoi les monuments aux morts?": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4708

"Les noms des monuments aux morts": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4710

"Histoires singulières": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4711

"Mémoires et monuments aux morts": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4712

"Typologie des monuments aux morts": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4714

 

Pour visionner l'intégralité du film "Rendez-vous aux monuments aux morts", on pourra suivre le lien en cliquant l'image ci-dessous: 

Capture

 

 

 

 

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26 octobre 2017

Martizay: le retour au pays, le 3 aout 1919 (Réactualisé 2017)

Après la longue coupure estivale, qui fut riche en émotions. Le Centenaire m'ayant occupé durant ce mois d'Aout, je reprend maintenant mes activités.

Je collectionne depuis longtemps les documents de l’époque 1880-1918. Il y a quelques temps déjà, sur un site internet, alors même que la vente était encore en cours, un cliché m’intrigua. Il était sobrement décrit comme « CPA Photo – fête du 3 aout 1919 » . Le vendeur indiquait seulement que la famille était originaire de l’Indre et que le cliché était du 3 aout 1919, mais quelque chose me disait qu’il était important concernant l’histoire du département et du conflit.
Lorsque j’ai eu la carte en main, aussitôt de multiples détails m’apparaissaient. Notamment, au verso, je découvrais une indication primordiale :

« Souvenirs de la fête du 3 aout 1919 – Martizay ».

Le vendeur n’avait pas attaché d’importance à ce dernier mot, qui pour moi était une des clés. Nous avions le lieu de la prise de vue. Des tenues typiquement berrichonnes (Coiffes, biaudes, …)  sont  présentes dans la foule, des militaires en bleu horizon forme le premier plan. Après cette première analyse, je m’empressai donc de le scanner afin de voir les détails qui me permettront d’affiner la compréhension du cliché.

Découvrons donc ce cliché :

Martizay_19190803_Defile_Recto_VueGenerale

Essayons tout d’abord de confirmer le lieu. Le cliché a-t-il bien été pris à Martizay ?
Hormis l’indication sur le verso du cliché, un détail confirme le lieu. En effet, au premier plan deux hommes portent une couronne sur laquelle, il est possible de lire : « Martizay à ses fils »

Martizay_19190803_Defile_Recto_IdentificationLieu1

Grâce à Internet, et notamment le site GoogleMaps et son application Street View, il est possible de se promener au fil des routes et rues de notre région.
Afin d’éviter de déambuler virtuellement pour rien dans les rues de Martizay, il est nécessaire d’identifier des points remarquables afin d’éventuellement les retrouver dans le paysage actuel.

Martizay_19190803_Defile_Recto_IdentificationBatiments2

Maintenant, il ne reste plus qu’à se promener dans Martizay pour trouver éventuellement le point de vue. Après quelques hésitations, le lieu était identifié. Voici donc la vue via Google en décembre 2010 :
https://www.google.fr/maps/@46.806769,1.044294,3a,75y,133.31h,87.14t/data=!3m4!1e1!3m2!1s81TPBojFFdkUgfml2_wzvA!2e0?hl=fr

Le cliché fut donc pris "rue de la Poste". Le porche sur la droite est reconnaissable, et en partie caché par le poteau électrique actuel. Le bâtiment bicolore est celui de cette même poste, toujours existante et dont les encadrements sont composés d’une alternance de calcaire et de briques, donnant ce côté bicolore. Le lieu étant confirmé, nous allons pouvoir essayer d’analyser l’élément le plus important, les personnages.

Comme dans bons nombres de défilés, les personnes se regroupent par affinité ou conformément à un protocole défini. Or, ici, il ne s’agit pas là d’un mouvement de foule spontané et cela correspond très précisément à une manifestation qui suit un protocole bien défini.

Voici donc les différents groupes identifiables et leur position dans ce défilé:

Martizay_19190803_Defile_Recto_IdentificationGroupes

Essayons donc de voir le rôle, la fonction et la composition de chaque groupe.

Groupe 1:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe1

En tête de défilé, on retrouve 3 personnes. On notera tout d’abord qu’il semblerait que ce soit des anciens combattants, du moins des soldats 14-18, mais déjà démobilisés. Deux portent des décorations dont un, la Médaille Militaire et une Croix de Guerre.
La première personne, sur la droite, est le porteur du drapeau national. Comme tout défilé patriotique, les couleurs de la Nation sont en tête. Deux porteurs l’accompagnent, ceux-ci portent une couronne mortuaire sur laquelle on peut lire « Martizay à ses fils ». Il est à rappeler qu’au moment du cliché, les monuments aux morts n’étaient pas encore de rigueur. Que devint cette gerbe ? Fut-elle déposée au cimetière, à l’église. Je n’ai pas la réponse.
Pour rappel, Martizay, lors de l’érection du monument, inscrit 98 noms de ses fils sur le monument, soit 6% de sa population recensée en 1911.

Groupe 2:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe2

Juste derrière les « nouveaux » anciens combattants figurent 4 soldats en uniformes qui sont fêtés par la population. Chacun s’est vu remettre un bouquet fleuri. Qui sont-ils ? Essayons d’analyser les uniformes et leurs équipements pour mieux comprendre.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe2_1

De la gauche vers la droite, on peut donc voir 4 tenues typiques des années de fin de conflit. Celles-ci sont entièrement bleu-horizon. Les tenues et coiffures sont intéressantes car si aucun grade n’est visible sur les bas de manche, on notera leur diversité. La tenue de gauche est une tenue de sortie. Le képi pourrait celui d’un officier ou d’un sous-officier, il s’agit vraisemblablement d’un képi de type « manchon ». Au contraire le 3ème soldat, lui, porte une vareuse standard dite « toutes armes » typique avec un képi troupe. Les deux autres soldats sont aussi vêtus de leurs tenues de sortie et sont équipés de bonnets de police, modèle 1918 pour le soldat n°2 et modèle « Empire » pour le 4ème, sur lequel d’ailleurs, on peut apercevoir une grenade d’infanterie. Ce dernier soldat est remarquable par son jeune âge apparent.
Concernant les décorations, on notera que deux d’entre eux (1 et 4) portent la fourragère sur leur épaule gauche. Le premier soldat est titulaire de la Croix de Guerre avec palme et étoile. Il est donc au moins titulaire d’une citation à l’ordre de l’Armée.
Le premier soldat est vraisemblablement du 66ème RI (Numéros de col et de képi). Malgré un scan au maximum, il est impossible de déterminer les numéros des unités des soldats 2 (10 ?) et 3 ( ??).

Groupe 3 et 4:

 

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe3_4

 

 

La figure de la République, Marianne est entourée par les enfants, on devine les costumes alsaciens et de lorrains, symboles des provinces retrouvées par la « Mère-Nation ». Juste à l’arrière, les demoiselles d’honneur accompagnent le groupe. Le blanc de la virginité et de la pureté sont de rigueur et l’écharpe tricolore de circonstance.
Sur la droite, un groupe de 3 hommes, brassard au bras, surveillent et semblent réguler le cortège. Leurs tenues laissent deviner des notables locaux, dépositaire de l’autorité. Deux d’entre eux ont semblent-ils des décorations sur le revers de leurs vestes. S’agit-il de représentants municipaux, le maire et ses adjoints ? D’autorités issues d’une association patriotique ? Malheureusement, je n’ai pas d’éléments suffisants pour aller plus loin. Il est cependant à noter que sur tout le cliché, au moins 5 personnages avec un brassard sont visibles, répartis le long du cortège.

Groupe 5 et 7:

Occupons nous d’abord du groupe 5.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe5

Ce groupe de personnages est constitué de 10 soldats et de quelques hommes en civil. Sur le veston de quelques-uns de ces derniers, ce qui ressemble à des Croix de Guerre semble être visibles. Nous avons donc là un groupe de combattants démobilisés ou non. Pour une raison qui m’échappe, ceux-ci ne sont pas avec les groupes 1 et 2.
Parmi les militaires en tenues, un chasseur est reconnaissable grâce à sa tarte (béret de Chasseur) et à sa tenue plus foncée. Un deuxième militaire à la tenue foncée semble être un soldat des troupes coloniales (tenue moutarde ressortant foncée sur un cliché N&B.

Un militaire est à part et apparait sur le cliché. Il constitue un groupe à lui-seul, de part sa position dans le cortège.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe7

Isolé parmi les civils, au milieu des femmes, malgré les défauts du cliché, il semblerait bien que nous ayons là un gradé de la Gendarmerie (liseré blanc du képi). Malgré les décorations porté par notre gendarme, ceux-ci ne furent que rarement reconnus comme combattants et de ce fait, il semblerait que le protocole ne l’inclut pas dans le cortège.

Avant d’analyser le groupe 6 (foule civile) intéressons-nous aux deux groupes situés en fond de scène.

Groupe 8:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe8

 

Les enfants ont été regroupés, le blanc est de rigueur. Ils sont encadrés par un homme qui porte le brassard que nous retrouvions dans le groupe n°4.

Groupe 9:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe9

S’il est assez difficile d’identifier ce groupe, il est cependant nécessaire de ne pas le confondre avec le reste de la foule. L’oriflamme annonce une confrérie locale, une harmonie municipale ou plus simplement l’association des anciens combattants de 1870. Difficile de se prononcer.
En général une harmonie est en début de cortège, je vois mal une confrérie locale dans un défilé patriotique, s’il s’agit d’une association d’anciens combattants, l’étendard alors utilisé est confectionné sur la base du drapeau tricolore. Ce groupe reste donc mystérieux.

Groupe 6:

Intéressons maintenant à la foule qui constitue le groupe 6 et qui est bien évidemment le plus divers.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe6_Veuves

Même au sein de cette foule, des groupes se sont constitués. Le plus voyant est celui des veuves, des personnes en deuil. Celles-ci sont reconnaissables par leurs tenues noires et leurs voilettes.
Il est à noter la séparation entre femmes et hommes, chacun occupe un côté de la rue de la Poste. Il est intéressant de comparer ce rituel, avec celui alors en vigueur lors des cultes, dans les églises. La séparation se poursuit dans le cérémonial républicain.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe6_SexeMF

Il est aussi plaisant de voir certains personnages constituant cette foule.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe6_Vetements

Tous les tenants de la population sont là. La biaude côtoie le châpeau melon. Les coiffes et les capelines donnent la réplique aux chapeaux dernier cri, "à la mode de Paris".

Il est intéressant de noter que nulle part, on remarque la présence du clergé. Il s’agit bien d’un cortège « républicain ».

Voilà une étude qui se termine et que je sais d’avance imparfaite, je vous laisse la main si jamais vous avez des remarques.

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Mars 2015:

Un ajout essentiel à la compréhension de l'évennement grâce à l'envoi d'un correspondant du blog. Eric Bernard collectionne lui aussi les photographies d'époque. A la recherche d'informations, il est tombé sur ce message et nous fait profiter de sa trouvaille: 3 photos de ce même 3 aout 1919, à Martizay. Comme pour mon cliché, il s'agit de tirages photographiques, sans indications au dos, mais le point de vue permet de déterminer qu'il s'agit bien du même photographe.

Les 3 clichés viennent confirmer l'analyse déjà effectuée et les hypothèses émises en 2014,(voir ci-dessus). Voici donc les 3 clichés:

EricBernard1_resize

EricBernard2_Resize

EricBernard3_Resize

Concernant l'oriflamme cloturant le défilé, il est maintenant plus facilement déchiffrable. Certes pas entièrement, mais divers éléments permettent de percevoir le rôle de l'association concernée.

Vraisemblablement, il s'agit d'une association d'entraide (le dessin représente une poignée de main), de plus la date de création de l'association est clairement lisible (1895)

EricBernard3_Extrait

Grand merci à Eric pour son aide et son partage désintéressé de documentation.

 

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Octobre 2017:

Voici un article du "Journal du département de l'Indre" du 8 août 1919 évoquant la journée du dimanche 3 août 1919 désignée sur le plan national pour être la Fête de la Reconnaissance nationale (envers les Poilus entrés en guerre 5 ans plus tôt) qui m'a été transmis par Jean Louis Laubry, un historien local et ancien directeur du Centre d'Etudes Supérieures de Châteauroux (Merci à lui).

Celui-ci me rajoute dans son mail: "Les "grandes" villes ne la firent pas, réservant leur énergie pour accueillir le retour de leur(s) régiment(s), les petites communes rarement. Ce sont surtout les gros bourgs (de type chef-lieu de canton) qui marquèrent cette journée".

Martizay faisait donc parti de ceux là.

JournalduDepartement8-08-1919MartizayFete3aoutReconnaissanceNationaleNG1

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JournalduDepartement8-08-1919MartizayFete3aoutReconnaissanceNationaleNG5

 

 

 

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22 octobre 2017

Exposition Indre 1914/1918, Oulches 11 et 12 novembre 2017

Après l'expo de Thenay, voici le temps de celle de Oulches (36).

CaptureOulches

 

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19 octobre 2017

Exposition Indre 1914/1918, Thenay 11 au 19 novembre 2017

Une expo dans le département à retenir. Elle se tiendra à Thenay du 11 au 19 novembre 2017.
Je retiendrai notamment la participation des enfants de l'école de cette commune.

 

Thenay

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20 septembre 2017

Les monuments indriens (11) Gargilesse-Dampierre

Cette rubrique ayant trait aux monuments aux morts du département n’avait pas fait l’objet de mise en ligne depuis longtemps. Ayant profité de l’été, je m’attèle donc à vous faire partager une nouvelle page et un nouveau monument.
Pour faire simple, voici un monument que j'ai souvent l'occasion de voir en tant que voisin, celui de la commune de Gargilesse Dampierre.

Cette commune est le fruit de la fusion en 1823 de la commune de Gargilesse et de celle de Dampierre. Elle ne prit le nom de Gargilesse Dampierre qu’en 1947.

Aucun monument 14/18 n’est visible à Dampierre. Quelques plaques individuelles sont visibles au cimetière. A Gargilesse, il n’a pas été trouvé de plaque paroissiale dans l’église Notre Dame, seules quelques plaques sont visibles au cimetière du bourg sur les sépultures individuelles.

Seul le monument non loin de l’ancienne école et surplombant l’actuelle mairie a été trouvé. Ce monument m’a toujours intrigué car il est d’un accès peu pratique et semble posé sur la corniche, donc rendant peu pratique le cérémonial qui s’y tient aux diverses dates des commémorations.

Pourquoi a-t-on perché là ce monument?

P1050821 MonumentGargilesse1

Lors d’anciennes recherches aux Archives départementales de l’Indre, j’avais trouvé un recensement des monuments du département (R909-3) effectué à la demande du Préfet, en 1932, la fiche ayant trait à Gargilesse indiquait :

- Existe-t-il un monument ou une plaque commémorative ? Oui
- Description sommaire : Simple stèle en schiste du pays surmonté d’un couronnement de granit surmonté d’un vase funéraire. Aspect à la fois sobre et impressionnant. Hauteur 3m40 largeur à la base 2m25
- Dans quels lieux sont-ils érigés ? A mi- pente sur un terrain dominant le bourg par la route Argenton-Gargilesse. Escalier d’accès bordé d’obus reliés par une chaine trainante.
- Combien de noms y sont gravés ? Trente-cinq noms.
- Quel en a été le coût ? Approximativement 6000 francs
- Par qui la dépense a-t-elle été supportée ?
                    Souscription publique néant
                    
Subvention de l’Etat 320 francs
                    
Budget communal 5500 francs environ

- Date d’inauguration Non inauguré, cérémonie remise

24 juillet 1932 Le Maire

On peut tout d’abord tirer plusieurs renseignements de ce document:

A la date du document, soit 1932, 14 ans après l’armistice, le monument n’est toujours pas inauguré en tant que tel. On notera aussi que le financement est quasi purement local, l’aide de l’Etat représentant environ 5% du cout total et que seul le budget municipal fut sollicité.

Avec ce document, était joint un plan de situation (en bleu) du monument qui permet donc à la préfecture de visualiser ledit monument. Une carte postale fut aussi éditée attestant de la réalisation.

P1060345_gargilesse_1 P1060345_gargilesse_2

MAM_Gargilesse

Lorsque je découvris ces documents, je compris alors que la position n'était pas si incongrue que je le pensais.
En effet, en l'absence des données trouvées aux Archives Départementales, je restais sur un non-dit concernant ce positionnement. Pourquoi avoir l'idée de mettre ce monument en ce lieu?
Quasiment en face de l'école, en visu depuis l'église et depuis la mairie, le monument tient son rôle. Un chemin existe encore depuis la mairie montant à ce Monument et est dans la continuité supposée de l'escalier menant au monument.

Cependant l'escalier, les chaines, les obus ont disparus. On notera aussi que tant sur les plans, sur la carte postale et sur le monument existant actuellement, l'urne funériare n'apparait pas. La symbolique en a donc été modifiée et rend plus difficile la lecture du monument.
Concernant la typologie des monuments, il est possible de se reporter au classement qu'en fit l'historien Antoine Prost et qui est détaillée ici: https://www.fontesdart.org/la-typologie-des-monuments-aux-morts/

Le temps passant, les besoins et usages changeant, l’escalier permettant l’accès au monument a disparu. Vraisemblablement suite à l’élargissement de la route située juste au pied afin de correspondre aux besoins de locomotion actuels, l’accès au monument fut donc transformé. L’accès se fait maintenant depuis le haut du monument et seule la petite plateforme située devant permet de se tenir face au monument.

CaptureGargilesse1

D'autres détails concernant ce monument (démarches administratives jusqu'en 1921) sur la base des Monuments aux Morts de Lille 3

Sources:
Collection de l'auteur
Archives départementales Indre R909-3

 

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