Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

18 mars 2021

1.707 retours de corps en Bas-berry, il y a 100 ans (Réactualisation 2021)

17, 18, 19 mars 1921. Voilà une période bien particulière, nous en fêtons le centenaire en ce moment. Ces dates sont à retenir, car elles correspondent aux dates de l’arrivée du premier convoi officiel de « retours de corps » depuis les différents champ de bataille.
Au fil des décès, au fil du conflit, certaines dépouilles avaient effectué le voyage de retour au pays, mais cela supposait un décès en dehors de la Zone des Armées, bien souvent dans un hôpital bien loin du front. Seulement dans ces cas, les familles avaient l’autorisation de rapatrier le corps du défunt et ce à leurs frais.
Ces retours de corps restent difficiles à appréhender et à détecter, en l’absence de sources fiables, qui auraient permis une comptabilité précise.

Or en avril 2013, sur les conseils de M. Lacour de Châteauroux, j’entrepris de dépouiller et saisir en base de données les 1707 retours de corps officiels qui eurent lieu tout au long des années 1921 et 1922.
En effet, sous la pression des politiques locaux, aux mêmes sous la pression des familles, l'Etat autorisa le retour des corps des défunts, depuis le front jusqu'aux communes des familles. Cette prise en charge était effectuée par l'Etat, à la demande des familles. Les frais engendrés étant à la charge de l’Etat, des factures sont envoyées à la préfecture afin de remboursements, tant des frais engagés par les communes ou par les intermédiaires.

Pour comprendre cette opération logistique de grande envergure, je vous conseille la lecture de "Corps perdus, corps retrouvés. Trois exemples de deuils de guerre". de Stéphane Audouin Rouzeau In: Annales. Histoire, Sciences Sociales, 55e année, N. 1, 2000. pp. 47-71.

Mais aussi de cet article :

Le transfert des corps des militaires de la Grande Guerre Par alain-raoul (15/12/2015)

Dans le cas du département de l'Indre, les transferts s'effectuèrent sur les 2 années 1921 et 1922. Le premier convoi est parti en date du 16 mars 1921 et le dernier en date du 27 décembre 1922. Ce ne sont pas moins de 1707 corps qui revinrent ainsi dans le département, par le biais de 74 convois. On trouve dans ces dossiers, une foultitude de mentions intéressantes (adresse familles, horaires des trains locaux, fiches de coût de prise en charge par les autorités locales, demandes de renseignements par des familles, ...)

Revenons donc à la date du 17 mars 1921. Cette date correspond à l’arrivée dans le département d’un convoi en provenance de la Gare de Répartition de Creil (Oise). Ce convoi d’abord à destination de la gare régionale de répartition de Vierzon et qui, à partir de là, se dirige vers Châteauroux et ce afin d’y arriver le 17 mars 1921 à 13h41. Ce sont donc 68 cercueils qui arrivèrent à la gare « Paris-Orléans » de Châteauroux. Une fois arrivés, les cercueils sont transbordés vers les différentes lignes locales, afin d’arriver dans les communes de destination des cercueils, à la demande des familles.

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Azay le Ferron (1), Argenton (4), Ardentes (1), Ambrault (1), Arthon (1), Baraize (1), Chabris (1), Cluis (1), Chatillon (1), Chitray (1), Chasseneuil (2), Châteauroux (5), Chantôme (1), Chaillac (2), Déols (1, Diors (1), Eguzon (1), Gargilesse (1), Issoudun (2), Lureuil (1), Lingé (1), Le Blanc (2), Levroux (1), Le Péchereau (1), La Berthenoux (1), La Châtre (1), Lourdoueix-Saint-Pierre (1), Le Pin (1), Méasnes (1), Mézières-en-Brenne (2), Moulins-sur-Céphons (1), Neuillay-les-Bois (1), Neuvy-Pailloux (1), Neuvy-Saint-Sépulchre (2), Orsennes (1), Orville (1), Préaux (1), Reuilly (2), Sazeray (1), Sainte-Lizaigne (1), Saint-Marcel (1), Sainte Sévère (1), Sainte-Gemme (1), Saint Hilaire (1), Saint-Benoit-du-Sault (1), Tournon-Saint-Martin (1), Thizay (1), Thenay (1), Vicq-sur-Nahon (2), Vatan (1), Villentrois (1), Vineuil (1), Villedieu (1).

Toute cette liste de communes destinatrices des dépouilles ne présage pas de la gare de destination suite au transbordement. Ainsi, les cercueils à destination de Gargilesse et du Pin sont envoyés à la gare du Menoux.  Dans le même ordre d’idée, à la gare de La Châtre sont affectés le cercueil à destination de La Châtre mais aussi celui à destination de La Berthenoux.

Les communes de Lourdoueix-Saint-Pierre et Méasnes, bien que situées dans la Creuse, font l’objet d’un transbordement à Châteauroux avec transfert vers la gare d’Aigurande. 

De Châteauroux nous avons donc 5 départs dans 5 directions qui sont prévus :

  • En direction de Limoges, train n°1903 du 19 mars 1921 à 4h05 – 24 cercueils, 11 wagons (gares d’Eguzon, Argenton, Chitray, Le Menoux, Le Péchereau, Cluis, Tournon-Saint-Martin, Saint-Gaultier, Le Blanc, Chabenet, Saint Hilaire)
  • En direction de Vierzon, train n°1854 du 19 mars à 5h34 – 10 cercueils, 5 wagons (Reuilly, Sainte-Lizaigne, Issoudun, Neuvy-Pailloux, Montierchaume)
  • En direction de Tours, train 788 du 18 mars à 6h15 – 11 cercueils, 3 wagons (Vendoeuvres, Buzançais, Saint Michel-en-Brenne, Lingé, Ecueillé, Chatillon, Villedieu)
  • En direction de Montluçon, train 2261 du 19 mars à 6h15 – 10 cercueils, 5 wagons (Champillet, Urciers, La Châtre, Aigurande, Neuvy-Saint-Sépulchre, Ardentes)
  • A destination de Châteauroux (en local ou transit) – 13 cercueils, 5 wagons (Valençay, Vicq-sur Nahon, Moulins-sur-Céphons, Levroux, Vineuil). Les destinations vers Châteauroux, Arthon et Déols induisent un transfert local sans moyens de transport par chemin de fer.

 Ces listes sont accompagnées de divers papiers liés à l’activité préfectorale et sont ainsi stockées aux Archives Départementales. En effet, l’Etat prenant en charge les frais engendrés, on trouve ainsi des états de dépenses communaux qui sont envoyés à la préfecture pour remboursement. A titre d’exemple, nous trouvons pour la commune d’Argenton, un « Relevé des sommes dues aux manutentionnaires ayant effectué à Argenton, le transbordement du réseau P.O. sur le réseau des tramways, des cercueils contenant les restes des militaires « Morts pour la France » et restitués à leurs familles».

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A partir de là, au moment de l’arrivée en gare, les cercueils sont pris en charge par la commune et les familles pour ensuite une inhumation au cimetière communal. Dans ces journaux, Raymond Rollinat note en date du 19 mars 1921, « Obsèques des soldats Varaillon, Demay, Petit et Dubois, tués à l’ennemi. Argenton, gare et cimetière » De là, il prend une série de (clichés ayant trait aux cérémonies).


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Voici donc, par communes, la liste des corps rapatriés dans le département. Je reste bien évidemment à votre disposition pour de plus amples renseignements.

Sources: Archives départementales Indre 791W118 à 120

 Pour des raisons de lisibilité du message, j'ai enlevé la (trop) longue liste et mis à dispo mon fichier. Pour visualiser ce fichier excel complet (feuille protégée):

cliquez -> Classeur_RetourCorps_VersionBlog

Avant d'entamer la liste: quelques explications supplémentaires, pour les statisticiens :-)

A la question souvent posée concernant les pourcentages et les données départementales, voici quelques chiffres que je vous laisse malaxer:

  • Recensement de 1911: 287.673 habitants dans l'Indre
  • Classes 1878-1919 (classes mobilisées pendant le conflit): 141.771 Fiches matricules (mais pas tous mobilisés)
  • Sur les monuments aux morts: 11.646 noms mais la disparité des noms, les doublons, les manques laissent présager un chiffre à relativiser
  • Dans les fiches MDH: 10601 fiches de natifs du 36, mais seulement 9.682 fiches ont un recrutement "Chateauroux + Le Blanc".Et oui, l'exode rural (vers Paris notamment) était déjà d'actualité.
  • Il y a certainement eu d'autres retours de corps, mais combien?
    Concernant ceux-ci, il est à noter que de nombreux cas rencontrés correspondent à des décès dans des hôpitaux de l'arrière. La famille eut donc la possibilité de rapatriement du corps sans en passer par la voie ministérielle.

Donc si je vois large: 1700 retours de corps pour environ 11 à 12000 tués soit environ 15% et c'est un minimum.

En 2019, suite à un collectage de pas moins de 8000 clichés (Merci notamment à Alain Bréjaud et Huguette Mauduit) un recensement des sépultures et des lieux de mémoire sur le territoire national est entamé. A la date du 31/04/2019, pas moins de 6200 sépultures ou lieux de mémoire étaient recensés au niveau national puisqu'incluant les sépultures en nécropoles nationales.

100 ans après, une sépulture berrichonnne quasi oubliée (collection de l'auteur)

Sep2018

 

 

 

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18 février 2021

Les JEUDIS de L'HISTOIRE 01 - Vivre à Saint-Gaultier pendant la Grande Guerre.

Une première pour l'association historienne galtoise.

Conférence de Daniel BERNARD
Vivre à Saint-Gaultier pendant la Grande Guerre
le 18/02/2021 à 18h30

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19 janvier 2021

Aux soldats de Sougé tombés au Champ d’Honneur 1914-1918: "Tempête au vieux moulin"

Poème aux soldats - Betty Jacquey (J'ai glané pour vous) - 1963 -2

 

Quanq’ et l’vent s’éleuve en tempête,Sougé 14-18 - Cliché Alain Bréjaud
On dirait la voex d’un j’teu d’sort
A chant’ pour moé des chous’s secrètes
L’ieau qui coul’ sous l’vieux moulin mort.

Am’ dit : « rappell’ toé d’un’ journée,
Qu’t’endais des pâs dans l’chémin,
C’atait l’soer à la nui tombée ;
Des gâs qu’allint vers leu destin ».

Des enfants dé nout’ bounn’ vieille terre,
Attachés à yeu vieux Berry,
Et qui partint pour fair’ la guerre,
Mais qui d’vint pus jamais r’veni.

C’était à l’époqu’ des tranchées,
Dans l’ieau, la bornill’ jusqu’aux g’noux.
Les polus, pendant des années,
Ont défendu l’sol dé cheux nous.

Des foés, quaq’ c’est qué j’voés des nuages,
Rog’s sang à l’horizon bleuté,
J’cré aparcevoir les visages,
D’ceux de Sougé qui s’sont en allés.

Il ‘ tint heureux dans nout’ village,
J’les voés encor rir’ et chanter,
Y travaillint anq’ tant d’courage,
La terre à l’omb’ dé ieu clocher.

Y en a t’y encor qui y r’pense ?Sougé 14-18 - Cliché Claude Nivet
J’avons vu tant d’affer’s depuis,
Qué j’ons pu’l’culte dé la souv’nance,
Pourtant des jours coumme aujord’hui.

Quanq’ et l’vent baliy’ les feuill’s mortes,
Et qu’l’avers’ tombe au vieux moulin,
Tout douc’ment j’entrouvert’ ma porte,
J’écoute en r’gardant dans l’chémin.

J’cré entendr’ dans l’bruit d’la rafale,
Des pâs dans l’mystèr’ dé la nuit,
J’les r’connais les ombr’s qui dévalent,
C’est ceux pour gâs qui d’vont r’veni !

Sous l’poummier près d’la grand’ bouchur’,
Un oésieau d’nuit hulul’ si fort,
Qué son cri s’entend’ j’en suis sûre,
Jusque là-bas, au boés d’Vilord !

Les âb’es dans la foret vosine,
En s’penchant y causons tout bas,
Tremblants jusqu » dans leux racines,
Ieux branch’s craqu’nt, résoun’nt coumm’ des glas.

On dirait des esprits en peine,
dans les éléments déchainés,
Pour moé, j’cré qu’la tempête rameine,
 L’âm’ de ceux qui s’sont sacridiés.

Quanq’ et l’vent s’éleuve en tempête,
Qué parsounn’ veur s’risquer déhors,
A m’en racont’ des chous’s secrètes,
L’ieau qui cou’ sous l’vieux moulin mort.

Poème aux soldats - Betty Jacquey (J'ai glané pour vous) - 1963 - imprimerie Mollé Frères (Angers)

Poème aux soldats - Betty Jacquey (J'ai glané pour vous) - 1963 - imprimerie Mollé Frères (Angers)


A propos de Betty JACQUEY, je conseille la lecture de la notice qui a été rédigée par la compagnie des Sans-lacets en 2015, nous presentant entre autres le parcours et un portait de Betty Jacquey:

http://les-paniers-paysans-du-giennois.fr/wp-content/uploads/2015/02/dossier-de-presse-les-confidences_du_berry.pdf

En 2017, le spectacle a été joué à Déols

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Derrière cette poésie patoisante, se trouve donc Betty JACQUEY, poétesse peu connue et de son nom de jeune fille Berthe CHASTRE.

Celle-ci naquit à Sougé en 1898, fille de Arthur et de Angèle CHARON et décéda à Angers en 1980. Le 14 novembre 1922, elle épousa à Sougé (36) Paul JACQUEY, qui fut engagé volontaire en 1918, qui combattit et fut fait prisonnier en 39/45.

Elle était donc du même âge que les soldats qui furent appelés lors du conflit. Sans nul doute, elle cotoya à Sougé les jeunes soldats des classes 1914 à 1918, qui furent ses camarades d'école et qui partirent au front lors du conflit alors qu'ils étaient à peine agés de 20 ans (A partir de la classe 1916, ils furent appelés avant leurs 20 ans).

 

Grand merci à Claude Nivet pour toutes les informations apportées

 

 

 

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11 novembre 2020

11 novembre, l'Armistice et le Souvenir de 12.320 soldats indriens.

Pour les soldats pris dans la mitraille d'aout 1914 en Lorraine, dans les bombardements de 1916 à Verdun ou en Somme, dans le froid et la boue d'avril 1917 dans l'Aisne et la Marne, que ce mot Armistice fut attendu. Une pensée pour eux et un bilan mémoriel:


Alors que la ville de Châteauroux inaugure son monument virtuel en ce jour d'Armistice, je pense aux 3 soldats indriens décédés en ce 11 novembre 1918:

Pensées pour Albert BLANCHARD de Châteauroux, décédé en captivité au lazaret de Stade Hambourg (Allemagne)

Pensées pour Louis CORNET de Urciers décédé de ses blessures à Renaucourt (Aisne)

Pensées pour Jules GIRAULT de Lingé décédé de maladie à Billy-le-Grand (Marne)

Nous aurons aussi une pensée pour les quelques 680 soldats indriens qui décéderont dans les mois suivant cet armistice.

Revenons au 11 novembre, comme à son habitude quotidienne et matinale,  Raymond Rollinat tient à jour son journal et écrit:

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Sources Carnets Rollinat Cercle Histoire Argenton

"Chacun en s'éveillant pense que la journée
qui commence marquera dans l'histoire
et verra peut-être la fin de l'effroyable guerre
Quel soulagement, si l'on apprend que l'Armistice est signé ..."

 

L'armistice fut officiellement signé à 11 heures

Pour découvrir la suite de cette journée, je conseille la lecture des carnets de Raymond Rollinat sur le site du cercle d'histoire d'Argenton


Au pays, à Argenton, l'annonce provoque le regroupement des familles au devant de la mairie, les chemisières ont quitté l'usine, la journée sera chômée. Les anciens, les enfants les rejoignent et manifestent en ville.

Sur les clichés disponibles, que la population semble paisible, plus que de la joie, du soulagement. "Enfin, c'est terminé"

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Ces 2 premiers clichés pris sur la place de la République viennent de faire l'objet d'une publication par le Cercle d'Histoire d'Argenton (Clichés Rollinat récemment acquis)

(Il est à noter que les clichés Rollinat nous montre une foule moins expansive que celle sur les clichés pour les fêtes de la Victoire le 24 juin 1919). On espère, on doute encore ...

 

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Cliché Quesnel Argenton - le 11 novembre 1918 rue Gambetta

En ce 11 novembre, le photographe argentonnais Quesnel a juste à sortir de son magasin (à gauche) et a posé son appareil au milieu de la rue Gambetta. Les drapeaux ornent les balcons et fenêtres. La population manifeste sa joie à l'annonce de ce moment tant attendu. On notera que seuls, 2 hommes figurent au premier plan.

Pendant ce temps, au front, voici le témoignage du capitaine Laurentin qui se trouvait alors au 219e RI suite à la dissolution du 268e en juin 1918:

Le bataillon retourne à l’arrière, à Guignicourt, nous voici arrivés dans le village tout endormi. Un cycliste passe et affirme : « L’armistice est signé. »
Dieu, si c’était vrai !
7 h. 30. - « Armistice, armistice ! » Tout le monde le dit ; on se félicite, on s’interroge : « Qui te l’a dit. Un cycliste. – Un lieutenant de la lourde. – Un téléphoniste. » Le soldat n’en demande pas plus. Voici une troupe du 93 qui revient, boueuse et lasse, des premières lignes : « C’est fini, leur crie-t-on, c’est signé ! » Les figures s’illuminent de sourires épanouis : « Oh mon vieux ! »
C’est tout. Rien des bruyantes manifestations d’enthousiasme qui saluèrent la déclaration de guerre. Ils ne jettent point leurs armes pendantes. Ils ne quittent pas le rang ; seulement ils relèvent la tête, des têtes joyeuses de braves gens, incapables de désordres et d’excès, même au milieu de la victoire.
Ah ! Ma chère France !

 


Combien de soldats de l’Indre sont morts pendant le conflit 1914/1918? 

Pour répondre à une telle question, on pourrait se contenter des chiffres avancés par la presse de l’époque.

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Journal du Département de l’Indre – 7 novembre 1932 – collection AD36 R909_3

 Cependant, lors des différentes recherches entreprises, il n’a pas été possible de retrouver une source officielle indiquant le nombre de décès, mais surtout indiquant la procédure de calcul et les sources d’un tel chiffre.
Tout d’abord, avant de commencer un éventuel comptage, il est nécessaire de définir qu’est ce qu’un « Indrien » ?

 S’agit-il d’un natif ?

  • Mais s’il est resté juste un mois après sa naissance, est il encore du département?

 S’agit-il d’un résidant ?

  • Mais alors combien de temps faut-il résider pour être comptabilisé?

 A-t-il eu son acte de décès transcrit dans le département ?

  • Certains soldats morts dans des hôpitaux du département eurent leur acte de décès transcrit sur le lieu même, ainsi le tirailleur LAMA Bamba dont la transcription eut lieu à Argenton.

 Doit-on considérer le moment du recrutement militaire comme position de référence ?

  • Mais dans le cas de ces lieux de recrutement Châteauroux / Le Blanc, ce dernier lieu englobe aussi bien des cantons de l’Indre que des cantons d’Indre et Loire et de la Vienne.

 

A vrai dire, je ne sais clairement le définir, et la solution de facilité consiste à se limiter aux sources rapidement accessibles et ainsi de se contenter des natifs du département issus de la base de Mémoires des Hommes.

 J’ai cependant voulu aller un peu plus loin en m’appuyant sur les listes existantes, certes imparfaites, mais donnant déjà un bon angle de vue. Ceci permet de trouver d’autres cas de soldats.

 Reprenons maintenant, les différents fonds répertoriés et connus :

 

Les monuments aux morts (MAM) :

 Il s’agit là de la source la plus visible, puisque présente tous les jours dans toutes les communes de France.
Je me suis appuyé sur les données issues du site Mémorial Gen Web. Le département de l’Indre est entièrement relevé. Cela permet d’obtenir une liste de 11.775 noms sur les 248 communes du département. Ce comptage a des limites en l’absence d’écrits concernant l’élaboration des listes. Ce chiffre est aussi à prendre avec précaution, car c’est notamment celui-ci qui permettait de calibrer la subvention versée par l’Etat aux communes conformément à l’article 81 de la loi du 31 juillet 1920. Certaines communes semblèrent « abusées » de ce fait, car de nombreux noms gravés sont finalement restés sans réponse au regard du recoupement avec les autres sources
On ne peut que constater des incohérences (noms sur plusieurs monuments, noms inconnus, certaines familles refusèrent l’inscription de leur enfant sur le monument communal). Le chiffre issu des monuments a vraisemblablement inspiré le journaliste de 1932.

 

Le Livre d’or départemental (LO) :

 Le texte de loi régissant ce Livre d’Or, étant plus strict dans son application (uniquement natif ou résident) que celui régissant la gravure des noms sur les monuments aux morts. Il est donc potentiellement une meilleure source que celui régissant le monument où le Maire était plus libre pour l’inscription (Certains non-Morts pour la France furent inscrits, mais dans la commune d’à côté).
La mise en ligne des Livres d'Or par le site des Archives Nationales permet de cibler 9.643 noms.

 

Les fiches Mémoires des Hommes (MDH) :

 Sur le site ministériel, les critères de recherche sont multiples, mais le seul champ actuellement et valablement renseigné est celui du département de naissance.
Les fiches accessibles sont celles des soldats « Morts pour la France » (MPF), mais aussi celles provenant du  deuxième fichier dit des « Non mort pour la France » (NMPF).
Il faut cependant se méfier du laïus « NMPF » des dites fiches qui a été rajouté car ce 2ème fichier contient aussi des MPLF (Pour rappel, l’acte de décès est la seule pièce administrative ayant valeur juridique concernant la mention « Mort pour la France »).
Nous obtenons donc 10.944 cas différents (A la date du jour, de nombreuses fiches du site sont en doubles et une opération de nettoyage est d’ailleurs prévue par l’administration du site, le décompte présenté tient compte de ces doublons).

 

Les fiches matricules (FM) :

 Le Centenaire 1914-1918 est passé et l'accès aux fiches matricules peut maintenant s'effectuer via le net. La base du classement étant le recrutement militaire (Châteauroux et Le Blanc), les fiches sont réparties sur plusieurs départements en ce qui concerne le recrutement du Blanc, il est actuellement impossible d’établir une étude fiable, car cela nécessiterait de compulser un très grand nombre de fiches matricules, une à une.
L'idée d'un sondage au 1/10e ou moins a été envisagé, mais faute de temps, l'étude n'a pas été entrepris. Seule une étude non diffusée sur la Classe 1911 de recrutement Châteauroux a été commencée et non publiée. 

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 Si on considère le département de l'Indre, ce sont 60.024 (Châteauroux) et 42.563 (Le Blanc 36), soit 102.587 fiches matricules qu'il faut analyser.
La répartition géographique des bureaux de recrutement Chateauroux et le Blanc:

 

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 Le diplôme de Mort pour la France :

 Aux Archives départementales de l’Indre, en série R892, deux cahiers comptabilisent les remises de diplômes qui furent transmis aux communes pour être remis aux familles de soldats « Mort pour la France ». Cette liste s’arrête en 1924. Le compte est alors de 9.449 diplômes remis. Une fois compilées en tenant compte des doublons et des envois dans les autres départements suite à mauvaise orientation, nous obtenons 9.341 noms.
Il s’agit donc là du chiffre bas de notre estimation, certaines fiches n'ont qu'un lien ténu avec le département. On visualise, par exemple, des cas concernant des familles de réfugiés des territoires occupés qui reçurent les diplômes sur le lieu de leur hébergement, donc dans le département.

 

Les listes de retour des corps :

 Dans les années 1920, il fut donné la possibilité aux familles de rapatrier au « Pays » le corps des défunts. Du fait que les frais engendrés étaient remboursés par l’Etat, la Préfecture de l’Indre tenait à jour une comptabilité de ces retours, cela permet de compléter les listes existantes. ces listes sont conservées aux Archives départementales de l'Indre sous la forme de 2 cahiers.
Au final, seuls 1.707 retours eurent lieu (du moins furent enregistrés). A la suite de quelques visites dans les cimetières départementaux, il apparait que d’autres eurent bien lieu (avant/après ?), mais ne furent pas enregistrés dans le cadre de cette opération administrative.

 ______________________________________

 De telles incertitudes ne permettent pas actuellement d’annoncer un chiffre précis. L’étude que j’avais entrepris depuis plusieurs années et que je vous présente ci-dessous est le fruit d’un recoupement entre ces 5 sources (Mémoires des Hommes, Mémorial-Gen-Web, Livre d’Or, Remise de diplômes de MPF et Retour des corps).
Cela consiste donc en un subtil recoupement entre toutes ces données, tout en définissant un cadre strict (Par exemple, une homonymie ne suffit pas pour rassembler 2 cas). Le travail étant terminé depuis quelques jours seulement, nous arrivons à quelques 13.908 cas différents, induisant, à coup sur que le nombre est inférieur.

 Petit à petit, recoupement par recoupement, la liste actuellement diffusée s'établit à 12.320 fiches. Parmi ces fiches, 6585 lieux de sépultures ou de Mémoire (Rappel du défunt et absence de corps) ont été recensés.

 La nouvelle phase d’évolution de ce fichier est donc de compléter avec le lien vers les fiches matricules mises en ligne par les Archives Départementales, de la généalogie ascendante ainsi que la recherche des actes de décès, car il est bon de rappeler que du point de vue de la loi française, seule la mention Mort Pour la France sur l’acte de décès est preuve de l’obtention de cette mention.

 Comme il ne m'appartient pas de définir qui est un Indrien (natif? résidant? ...), tous les cas repris dans le lien présenté ci-dessous concernent le département de l'Indre plus ou moins directement.
Par exemple vous trouverez les noms de soldats du Nord de la France, dont les familles hébergées dans l'Indre pendant le conflit reçurent le diplôme de MPF sur leur lieu d'hébergement (donc dans l'Indre). Je ne pouvais décemment les ignorer et ainsi les retirer de la base que j’essaye de constituer, ce d’autant que pour certains, ils figurent alors sur un MAM de l’Indre mais aussi dans leur département d’origine.
La saisie s'effectue au fil de l'eau et de temps disponibles.

 

Le monument virtuel des soldats indriens morts en 14/18
Cliquez ICI pour y accèder

 Essayons maintenant d’effectuer une rapide analyse dans la mesure de ce qui est possible grâce à ces données collectées :

 Les « Natifs de l’Indre » :
Volontairement, je prend comme référence la liste des natifs que l’on obtient à partir des différentes sources et ce malgré tout, en faisant fi des avertissements précédemment signalés.

 10.944 cas différents de natifs de l’Indre sont en base dont 10.591 figurent dans le fichier principal de Mémoires des Hommes et 339 figurent dans le fichier secondaire dit des « NMPF ». On notera cependant que 14 soldats ne figurent dans aucun fichier sur Mémoires des Hommes (0,13%).

 Si nous connaissons la date de naissance, nous ne connaissons la date de transcription de l’acte de décès que pour 9800 et seuls 7869 ont vu leur acte de décès transcrit dans le département de l’Indre.

 Toujours concernant les 10.944 « natifs de l’Indre », 90% soit 9.871 sont inscrits sur 1 monument aux morts (MAM) dont 8.851 sur un MAM implantés dans le département. On notera d’ailleurs que 676 sont inscrits sur au moins 2 monuments et parmi eux 11 sont présents sur 3 monuments différents.

 A partir de la liste des Natifs de l’Indre, observons le lieu de leur décès :

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Sans grande surprise, il est à noter que les secteurs de combats les plus représentés sont : La Meuse, la Marne et la Belgique qui constituent le trio de tête.
A noter cependant que derrière la présence de la Meuse cache une réalité bien souvent oubliée. En effet, 35% des pertes en Meuse sont liées aux combats des années 1914 et 1915 et donc ne sont pas liées à la bataille de Verdun qui ne se déclencha qu’en février 1916. Ce sont les victimes des secteurs de Marbotte, Lachalade.

 De cette liste de pertes, il est possible d’observer leur chronologie :

 RepartitionAnnuellesNatifs

 

CaptureChronologie

 Les principales pertes concernent la période 1914, en effet, la retraite, la bataille de la Marne tout d’abord puis le début de l’hiver 1914 furent des périodes où les pertes furent nombreuses, tant pour les hommes mobilisés au sein du 9e corps qui combattirent dans la Marne puis dans le secteur d’Ypres que pour ceux du 8e corps qui combattirent en Woëvre et en Meurthe et Moselle.

 Les pics suivants correspondent principalement aux engagements liés aux grandes batailles (Champagne 1915, Verdun 1916, Somme 1916, Aisne 1917, …).

 Si dans le cadre de cette étude, nous étudions les soldats natifs de l’Indre et morts lors du conflit, par l’intermédiaire de la fiche MDH, il est possible de connaitre le bureau de recrutement. Cette donnée permet de connaitre la position géographique d’un soldat à l’âge de 20 ans.
Ceci est pertinent pour connaitre l’attache d’un soldat au moment du conflit, mais est à relativiser en fonction de l’âge du soldat. Plus le soldat est ancien, plus l’époque du recrutement s’éloigne et plus il a de chances d’avoir changé de résidence entre la conscription et la mobilisation de 1914.

 CaptureRecrutement

 88% des natifs de l’Indre étaient encore dans le département lors de leur conscription (63% Châteauroux et 25% Le Blanc). Les migrations s’effectuent naturellement vers les départements limitrophes (Cher, Creuse, Loir et Cher, Indre et Loire, Loir et Cher), mais surtout sur la grosse métropole que représente la région parisienne (Bureaux de la Seine, de Versailles).

 Maintenant regardons les lieux de transcription, qui sont donc les lieux de rattachement des soldats au moment de leur décès.

 Nota : Les fiches MDH ont une particularité. Nombreuses sont celles où figure la mention DC dans la zone de transcription (Cas 1), dans certaines il s’agit d’envoi mais la mention DC n’est pas indiquée (cas 2), les dates indiquées sont celles de l’envoi de la transcription à la mairie concernée et non la date de la transcription elle-même (Cas 3 et 4).

 CaptureFicheDC_1 CaptureFicheDC_2

 

CaptureFicheSansDC_1 CaptureFicheSansDC_2

 Sur les 10.944 natifs de l’Indre, 8.626 ont une transcription de l’acte de décès qui eue lieu dans le département et 2.107 eurent leur acte de décès transcris dans d’autres départements. Seuls pour 281 cas, le lieu de transcription est non renseigné.

 Capture_Transcription

 Sans grande surprise, Paris notamment et la région parisienne figurent en bonne place dans les destinations de résidence suite à des choix de migrations, une volonté de quitter le pays pour tenter sa chance. Les départements limitrophes (18, 23, 37, 41, 86) sont légitimement des départements que l’on trouve dans le haut de ce classement.

 A toute cette statistique, je rajoute le travail (incomplet) que j'avais effectué en 2012 en recoupant les nombres de noms sur les monuments aux morts du département et les effectifs de population des communes du département recensés en 1911 (dernier recensement avec le conflit)

 CaptureMGW

 

Word Art (1)

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11 Novembre, je me souviens: Les 3 frères AUGUE d'Eguzon

Fragments de vie, fragments de mort n°5.
Nous sommes le 11 novembre, je me souviens des soldats du canton Argenton-Eguzon.
Ils étaient 3 frères, tous 3 natifs de Paris 15, tous 3 résidants à Eguzon au moment de leur conscription et tous 3 inscrits sur le monument d'Eguzon.
Les 3 frères AUGUE, les 3 enfants de Jean et Marie GUYOTON: Amédée, Marcel et Maurice.

Eguzon 14-18 (3)
Cliché Alain Bréjaud

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10 novembre 2020

11 novembre, je me souviens: Sylvain Maugrion de Tendu

Fragments de vie, fragment de mort n°4
On approche du 11 novembre, je me souviens des soldats du canton Argenton-Eguzon.
Sylvain MAUGRION
Natif de Velles, décéda en février 1916 à Saint Anne d'Auray dans le Morbihan. Il succomba d'une pharyngite chronique liée à son séjour aux armées.
Sa dépouille demeure en Bretagne, mais une plaque émaillée perpétue son souvenir au cimetière de Tendu. Peu à peu, la plaque s'efface.
Sa fiche sur Indre1418soldats
Tendu 14-18 (3)
Cliché Alain Bréjaud

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09 novembre 2020

11 Novembre, je me souviens: Eugène Militon du Pont-Chrétien

Fragments de vie, fragments de mort n°3
On approche du 11 novembre, je me souviens des soldats du canton Argenton-Eguzon.
Eugène MILITON
Natif de Saint-Marcel (36), lors de sa conscription il fut recruté à Versailles, il était alors employé par l'Institut Pasteur à Toulouse (31).
Il tomba en Artois le 3 juillet 1915, il avait 20 ans depuis une semaine. Sa dépouille fut identifiée à Neuville Saint Vaast en 1919 et rapatriée au cimetière du Pont-Chrétien Chabenet en 1922, à la demande de la famille.
Il est à noter que si la commune de naissance est Saint-Marcel, on peut présumer qu'il était du Pont-Chrétien Chabenet. Cette dernière commune ne fut créée qu'en 1912 en partition de celle de Saint Marcel.
Sa fiche fiche sur Indre1418soldats
Le Pont Chrétien 14-18 (8) a
Le Pont Chrétien 14-18 (8) b1
Cliché Alain Bréjaud

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08 novembre 2020

11 Novembre, je me souviens: Pierre NEVEU de Ceaulmont les Granges

Fragments de vie, fragments de mort n°2
On approche du 11 novembre, je me souviens des soldats du canton Argenton-Eguzon.
Pierre NEVEU
Originaire de Ceaulmont, vraisemblablementpassé par le 290e RI (Photo), il tomba au sein du 90e en octobre 1918. Sa femme Clémentine décéda cette même année 1918, le 21 septembre (Le sut-il?).
La dépouille de Pierre fut rapatriée le 11 novembre 1921 et il rejoignit alors Clémentine au cimetière des Granges à Ceaulmont.
Sa fiche sur Indre1418soldats
Ceaulmont (Les Granges) 14-18 (2)1
Cliché Alain Bréjaud

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