Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

03 décembre 2022

3 décembre: A la recherche de Lucien porté disparu en 1914 (réactualisation 2022).

La journée du 3 décembre est un jour particulier pour moi.
Cette année, il y aura très exactement 107 ans que disparaissait mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau.
Au travers de ce message, je vais donc reprendre la quasi intégralité des messages que j’ai jusqu’alors rédigé sur ce sujet. Je souhaite les rassembler en un seul et en profiter pour les compléter et présenter ce qui synthétise mes recherches entamées à l'aube des années 2000, ces recherches ayant connues des hauts, des bas, des moments d'intense émotion notamment lors de la découverte de nouvelles informations.

Ce 3 décembre 1914, le 290ème RI et surtout la 17ème Cie eurent à subir de lourdes pertes dans les tranchées de Zonnebecke. Le JMO relève pas moins de 17 tués, 65 blessés et 54 disparus. L'un d'eux était mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. Il est à l'origine de ce blog. En effet, tout commença vers 2001, j’effectuais alors l’arbre généalogique de la famille. Je suis d'ailleurs membre de la Société de Généalogie du Bas-Berry depuis l’année 2000 (SGBB 00-27)

En 1996, j’avais racheté la maison de mes grands parents et, dans les papiers de Fernande, ma grand-mère paternelle, je retrouvais quelques documents qui concernaient mes arrières grands-parents Bessonneau. Ma sœur Isabelle, quelques années auparavant avait eu la bonne idée de faire identifier par notre grand-mère, divers clichés en sa possession dont certains lui venaient directement de ses parents, les époux Louis Bessonneau et Marguerite Privat. Dans ces documents, se trouvaient quelques vieilles lettres. A l'aube des années 2000 donc, lors de la mise en place des données en ma possession, j’analysais celles-ci et commençais la numérisation de ceux-ci..

R066_BessonneauLucen2 R066_BessonneauLucen3
2 clichés annotés "Oncle Lucien Bessonneau"

Un personnage m’apparaissait, il s’agissait de Lucien Bessonneau le frère de Louis, or je n’en avais jamais entendu parler.

Après quelques questions dans le cercle familial, il ressortait que celui-ci était mort à la guerre et qu’on ne savait ce qu’il était devenu ; « Il est peut-être mort à Verdun ». Aucunes autres précisions.
Sachant que les Bessonneau étaient originaires de Cuzion (36), je me rendais donc à la mairie de ce lieu pour au final ne rien découvrir. Il ne figurait ni sur le monument et aucun acte de décès n’était inscrit sur le registre. A l’époque, il était difficile d’effectuer des recherches, mais les prémices de l’internet grand public commençaient à permettre l’ouverture de certaines portes.

En préparant ce message, dans les profondeurs du net et de mon disque dur , tel un archéologue, couche par couche, je finis par retrouver mon premier message internet sur le sujet. Celui date du 29 janvier 2001 :

CaptureFR_REC_GENEA

Ne sachant pas comment rechercher, je cherchais de l’aide. Il apparut bien vite qu’il était nécessaire de se déplacer aux Archives Nationales pour pouvoir consulter le fichier des Morts pour la France.
Sur des micro films, il était possible de visualiser les fiches maintenant en ligne sur le site Mémoires des Hommes. J'étais alors à mille lieux de penser que 20 ans plus tard en 3 clics on pouvait maintenant obtenir le précieux document.


La version 2022:
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239d948ed554/5242bc3e5e35e

Quelle ne fut pas ma surprise et la joie de découvrir de nouveaux éléments. Lucien Bessonneau, rattaché au 290ème RI, avait été porté disparu à Zonnebecke (Be) le 3 décembre 1914. Son acte de décès était à Badecon, dans la commune donc. Il suffisait donc que je fasse 1 km et je trouverai l'acte.

La fiche que je m’empressais de rédiger à mon retour du CARAN, rue des Francs Bourgeois (lieu de consultation):

CaptureFiche_CARAN

Maintenant que j’avais les informations que je recherchais, il me fallait comprendre. Je me mettais à la recherche du 290ème RI, dont je n’avais jusqu’alors jamais entendu parler. Je dirais même que l'organisation militaire d'alors m'était complétement inconnue.
On me dirigea vers le Service Historique de l’Armée de Terre, mais en avril 2001, la réponse me vint, toujours par l’intermédiaire d’internet, par un mail de Stephan Agosto

CaptureMail Stephan

A partir de là, tout se précipita, et commença l’aventure dont vous consulter le résultat.

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Intéressons nous maintenant à Lucien Bessonneau.

Lucien Bessonneau est né le 4 octobre 1887 à Cuzion, Indre. Sa famille est originaire de Saint-Plantaire, Gargilesse et si l’on remonte un peu plus, elle a pour souche la commune de Châteauponsac dans la Haute Vienne.
Il est le fils de Silvain Bessonneau qui est décédé en 1891, il était alors déclaré comme maçon. Lucien avait donc 4 ans lors du décès.  Silvain était marié à Angéle Blanchard originaire de Cuzion. La famille demeurait alors à Bonnu, sur la commune de Cuzion.
De ce couple, 3 enfants dont Lucien naquirent : Félicie Allanie (1881) et Louis Auguste (1884). Ce dernier est mon arrière grand-père.

En 1891, la famille figure sur les recensements de la commune de Cuzion. Silvain, le père est alors décédé, laissant Angèle seule avec les 3 enfants.

CaptureCuzion_Recensement1891
Sources AD36

Je perds ensuite la trace de Lucien dans les recensements.
Je ne retrouve les deux autres enfants, qu’en 1901, au sein de la famille Gaudeberge (oncle et tante), à Chatillon, commune de Badecon le Pin.

CaptureRec1901_Chatillon
Sources AD36

Découvrant au fur et à mesure, les fonds d’archives existant, en 2006, je me rendais aux Archives Départementales pour me procurer la fiche matricule de celui-ci.
En voici la transcription que j’en avais fait, à cette époque :

CaptureFicheMatricule

On note tout d’abord qu’il avait effectivement effectué son service militaire au 66ème RI et les photos de lui correspondent bien à cette période.

R066_BessonneauLucen1
Lucien Bessonneau (1er à gauche debout)
Service militaire Tours 66e RI

On note aussi qu’il réside avant le conflit à Paris, dans le 15ème arrondissement qui vit d’ailleurs aussi son frère Louis s’y implanter. Ma grand-mère y vécue et mon père Jean y naquit d’ailleurs.
Les maçons de Paris qui ne furent bien souvent pas que des limousins, venaient aussi des premiers contreforts du Massif Central qu’est le sud du département de l’Indre. Voici d’ailleurs une photo de mon arrière grand père Louis qui pose avec ses camarades sur un chantier (3ème en partant de la gauche).

CaptureLouisBessonneau

 

  • Lucien BESSONNEAU dans la Grande Guerre.

Considéré comme réserviste. Lucien est affecté au 290ème Régiment d’Infanterie. On imagine le voyage en train depuis la gare d’Orsay et l’arrivée à Châteauroux :

Le lieutenant SOHIER du 290ème rapporte :
« Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique
en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu’a l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante. »

« Un commandant nous fait une conférence. « N'oubliez jamais que la meilleure défensive c'est l'offensive. En avant, toujours en avant, à la baïonnette.
On nous emmène au terrain de manœuvre de Châteauroux. Une zone pierreuse sans rien pour se défiler. On simule une attaque. Le régiment est déployé. Vite, j'établis la liaison avec des réserves imaginaires. Je rends compte au colonel. Quelles réserves ? Où sont-elles ? Là-bas, je suppose, et je vais établir la liaison avec les troupes en ligne. Le colonel sourit, ironique. Je suis un peu vexé. On verra bien.
Le régiment s'élance à l'assaut. « Ils ne courent guère, dit le colonel. » Mais un berrichon a-t-il jamais couru ?
Sous la mitraille on verra bien.
Il ne courra pas mais il arrivera. »

« L'aspect de Châteauroux ne change pas en ces jours de fièvre.
Un instant pourtant, il y a du brouhaha. Une bousculade, des cris, des injures, des coups. Une bagarre éclate soudain. C'est simplement un député pacifiste que l'on veut jeter... au front. Eh, eh, nos berrichons! Mais vite la ville reprend son allure. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable.
Tout cela a duré longtemps. Oh! oui! quatre jours, je crois.
Et un soir la cour c'est encore embrasée aux feux de l'acétylène. Le régiment s'est rangé. Il n'y a pas de manquants. Le berrichon aime le pinard, mais dans les grandes occases il sait se tenir. Une allocution du colonel, brève, simple, vibrante. La musique sonne :Aux Champs, le drapeau se déploie aux mains de l'ami de Tarlé. Silence. Un pincement violent au cœur, quelques larmes aux bords des cils. Un ordre bref, et le régiment s'ébranle. On se redresse, on se recueille.
Et dans la ville, le régiment défile. Je suis en tête de mon petit peloton, tout en queue de la grande troupe. La foule suit et accompagne. Puis, par une route sans lumière, on gagne la gare d'embarquement, et les civils ne laissent guère de place pour que mes hommes restent en rang. Je grogne. On ne grogne pas. »

Le régiment part donc les 9 et 10 aout, par deux convois ferrés, direction le Grand Couronné de Nancy.

Retrouvez des traces du parcours d’un combattant au sein d’un régiment est peu aisé. Il apparait parfois au fil des lignes du Journal de marche, mais c’est alors soit par souci de reporter un exploit et bien plus souvent, il apparait dans les notes reportant les pertes du régiment.

Lors de la bataille de la Marne, le patronyme Bessonneau apparait dans la liste des blessés du 9 septembre 1914:

CaptureJMO_19140909
Sources SHD JMO 290ème RI

La mention suivante est en date du fatidique 3 décembre 1914 :

CaptureJMO_19141203
Sources SHD JMO 290ème RI

Cette fois, c’est fini. Lucien Bessonneau est reporté dans la colonne « Disparu ».

  • Que se passa-t-il ce jour là ?

Comme je l’indiquais, un peu plus haut, pour connaitre ce qui se passa ce jour là, il est tout d’abord nécessaire de relire le Journal de Marche et Opérations du régiment :

« 3 décembre 1914:
La situation devient de plus en plus critique pour la 17e Cie. Dans la soirée, 17h, le petit poste d’écoute placé dans une maison qui était à l’Est de la tranchée de la 17e Cie était surpris par les Allemands qui par des boyaux étaient arrivés jusqu’à quelques mètres de la maison. Ce petit poste eut un homme fait prisonnier, le caporal et les autres soldats purent se réfugier dans les tranchées.
De cette maison les Allemands qui y étaient arrivés en nombre lancèrent des grenades et par des meurtrières rapidement fermées tiraient sur les occupants.
Cette situation dura toute la nuit malgré les efforts des hommes à la compagnie pour empêcher les Allemands de jeter des bombes et de tirer sur eux. Des bombes leur furent également lancées.
Malgré deux retours offensifs exécutés simultanément par une fraction du 68e, la 17e Cie et une section de la compagnie de réserve, il fut impossible de déloger l’ennemi.
Au jour, le Commandant de la Cie pour éviter les pertes qui se faisaient déjà sentir cruelles fit renforcer les pare-balles au moyen de sacs à distribution et même de havresacs et de toiles de tentes remplies de terre. Malgré ces efforts, les tirs d’enfilade très meurtriers empêchaient les hommes de relever la tête pour tirer.
Vers huit du matin, les Allemands réussissaient à sauter dans la tranchée entre le 68e et le 290e et profitaient d’une contre sape faite par le génie et aboutissant au point de liaison des deux compagnies, armés de boucliers et de bombes ils se ruent sur les hommes occupant la tranchée et, après une lutte qui dura plusieurs heures, se maintiennent entre le 68e et le 290e, prenant plutôt le terrain du 290e.
Le Commandant de la Cie fit faire un barrage, mais ce barrage n’empêchait pas l’ennemi d’enfiler les tranchées et de rendre la situation intenable.
Par une autre maison sise près de la voie ferrée, les Allemands opéraient le même mouvement.
Le Commandant de la Cie voyant qu’il allait être complètement cerné par sa droite et sa gauche fit évacuer la tranchée par le boyau de communication la reliant avec la 20e Cie d’une part, et le poste de commandement du chef de bataillon du 68e. Il était 10h30 environ.
Le Cdt la Cie et ses hommes se maintinrent dans ce boyau jusqu’à la nuit.
A minuit le 114e relève le 268e et la Cie du 290e qui sont au nord de la voie ferrée. »

Ne pouvant déterminer qu’elle était la compagnie d’affectation de Lucien, évitons les approximations et contentons nous des faits relatés, ce qui permet déjà  de définir le contexte.
Une autre source provient des témoignages existants :
Tout d’abord commençons par celui du Colonel EGGENSPIELR, le chef de corps du 290ème RI:

« 3 et 4 décembre
La situation de la 17e devint de plus en plus critique.
La Compagnie avait un petit poste dans une maison située en avant de la droite de son front. Les Allemands, qui s'étaient approchés en sape tout près de la maison, avaient profité de l'obscurité, le 3 au soir, pour sauter dans la maison. Ils ont réussi à enlever un homme, les autres avec le caporal ayant pu regagner la tranchée principale. Les Allemands envahirent la maison en nombre. Ils se mirent aussitôt à y percer des créneaux, d'où ils lançaient sans cesse des grenades sur les portions de tranchée à leur portée. Malgré deux contre-attaques exécutées par la 17e, une section de la Compagnie de réserve, une fraction du 68e, il fut impossible de déloger les Allemands de la maison.
Cette situation dura jusqu'au 4 au matin. … »

On prendra soin de préciser que le Col EGGENSPIELER n’était pas en poste à cette date et qu’il se contente à s’inspirer du JMO et du témoignage Lieutenant Sohier ci-dessous:
Le lieutenant Sohier (déjà cité) écrit aussi sur cette journée, on notera au passage qu’il n’est pas tendre avec la hiérarchie du régiment et le 68ème RI :

« La nuit du 3 au 4 décembre est abominable. Le journal de marche relate assez exactement les faits. Mais un point est à préciser. Les Allemands ont sauté dans la tranchée du 68 qui prolonge les nôtres. De pauvres gosses de la jeune classe ont été coincés. Jamais le 68 n'a voulu en convenir. Et lorsque la 17e, attaquée par cette tranchée, après une lutte épique, est obligée de refluer, c'est nous que l'on accuse de fléchissement. Comment tenir pourtant, prise d'enfilade, refoulée vers la voie ferrée, tandis que d'une maison sise contre la voie, les Allemands, par infiltration, essayent de couper la gauche. Bien plus, un poste d'écoute, qui aurait pu être de quelque secours a été enlevé, les Allemands s'étant glissés par des boyaux bien dissimulés jusque dans la maison qu'il occupait.
Au P. C. c'est angoissant. Je suis toutes les péripéties en communication constante avec de Lavarène. Je préconise une contre-attaque pour prendre les boches au delà des lignes, en franchissant la voie ferrée. Mais celle-ci est repérée, flanquée, et pas un homme ne peut passer. Quand la 17e reflue il faut même couper la communication établie un peu en arrière, par un passage sous la voie, et bourrer de sacs à terre le couloir. C'est par la droite que se font les contre-attaques, vaines d'ailleurs. Pendant tout le temps qu'a duré l'ultime bagarre le commandant Renard a ronflé, ronflé et chaque fois que je le réveillais, il m'envoyait... péter. Le colonel Michel, dont le P.C. est joint au nôtre (le 268 est à notre gauche), me soutient et m'encourage. Mais que faire? »

Il existe aussi des témoignages indirects qui relatent les circonstances :
Le général Dubois (chef du 9e CA) signale une attaque du 290e le 3 décembre dans la région de Nieuvemollen.


Le tambour Retailleau dans les "carnets de Léopold Retailleau du 77e RI":
« Vendredi 4 décembre 1914: Journée assez mouvementée par le bombardement des Boches. Ils incendient trois ou quatre maisons dans Ypres. Nous apprenons que le 290e s'est fait esquinter dans une attaque à la baïonnette au clair de lune ...»

En 2022, même si le recensement des soldats indriens n'est pas terminé, il est déjà possible d'établir une liste de 45 noms de soldats indriens du 290e RI tombés le 03/12/1914, on pourrait éventuellement y rajouter certains décès de blessés qui succombèrent ensuite). Deux soldats ont été retrouvés comme soldats mobilisés au 290e et non originaires du département. Ce qui porte le total à 47 décédés

ALADENISE Auguste - BESSONNEAU Lucien Jean Baptiste - BLONDET Pierre Marcel - CADET Desire Ernest Auguste - CAPLANT Vincent Francois - CHARBONNIER Pierre - CHARPENTIER Adolphe Maurice Sylvain - CHAUVEAU Gilbert Augustin - CHICAUD Alphonse Clement Auguste - CHIPAULT Eugene - COTINEAU Louis - DAUDU Edouard Emile - DEBILLON Louis Henri - DESCHATRES Helie Adrien - DUPLAIX Ernest Andre - GRENOUILLAT Alphonse - JOURNOUX Henri Desire - LAGAUTRIERE Jean - LAGRANGE Marcel Simon - LEAUMENT Alfred Louis - LEMORT Arthur - LIMBERT Jules Emile - LUNEAU Jules Camille - MASSET Ernest Jules - MERY Robert Louis - MOREAU Georges - MOULIN Stanislas - NICOLAS Joseph - PACAUD Louis - PASQUET Jules - PETOIN Gustave - PILORGET Lucien Ambroise - PLISSON Alphonse Emile - POIRIER Jean Arthur - POIRIER Simon Auguste - POURNIN Adolphe - PRIVAT Alphonse - PUIVIN Auguste Jean - RAVAUX Octave - REIX Jean - ROUSSEAU Louis Rene - SAVOUREUX Eugene - SOULAS Francois Georges - TIXIER Alexandre - TOURY Louis.

A noter que les 2 non-originaires de l'Indre sont l'adjudant BACLE et de le Sergent-Major TABOURDEAU. Ttous les autres sont indriens ce qui dénote de la régionalisation du recrutement des soldats des régiments de réserve (série 200 et au delà).

  • Où se trouve le secteur de disparition ?

Dans les sources écrites, je n’ai pas cité le JMO du 68ème RI, car le texte ne nous apporte rien. Cependant, une carte très importante est visible dans ce JMO, elle permet de situer le secteur : voir ICI

Le secteur:

Zonnebeke_Relief
Sources GoogleEarth

Ce travail de positionnement n’aurait pu se faire sans l’aide des amis du Forum Pages1418 et notamment Annie qui fit un repérage des lieux avant que j'entreprenne un voyage en Belgique

  • Que reste-t-il de Lucien ?

Sur place, à Zonnebecke, il ne reste rien. Je m'y suis rendu par trois fois, une première fois en 2006, une deuxième fois en 2008, la dernière fois, ce fut en 2019. Malheureusement tous mes clichés pris lors du deuxième séjour ont été perdus suite à une panne informatique, ce que j'essayais de compenser au mximum lors de mon dernier séjour

2019 Un séjour en Flandres sur les traces de Lucien, Louis et Denis.

Le soldat Lucien BESSONNEAU aurait donc été porté disparu dans le champ de droite visible sur le cliché ci-dessous. Le chemin visible sur la photo est le parcours de l’ancienne voie ferrée.

Broodseinde_Voie ferrée

Une visite virtuelle à 360° est possible grace au site GoogleMaps: voir ICI

La dernière lettre de Lucien :
De Lucien Bessonneau, je n'ai qu’une lettre. Cette lettre, écrite depuis la Belgique, était adressée à sa belle-soeur, mon arrière-grand-mère Marguerite Privat (épouse Bessonneau).
Le maçon de Paris, que Lucien était, essaye, malgré les limites de son orthographe, de rassurer la famille restée en Berry et de donner des nouvelles.
Datée du 19 novembre 1914, Lucien ne se doutait certainement pas qu'il serait "porté disparu", quinze jours plus tard.

LettreLucien

Jeudi 19 novembre 1914
Cher Belle soeur

Je ten voi ses deux
mot se pour que je si
a popringe belgique
en aton le canon de
loin je nesipas encor ses
la ilge ?? il i y a encor
pour une journé de
marche
tou va bien pour le
momont ton bell beau
frère qui non brasse
bien unsi que ta
petit fil

Bessonneau Lucien

L’acte de décès :
En 1921, en l'absence de corps et au vu des documents fournis par l'armée, le tribunal de La Châtre émet un jugement permettant de dresser l'acte de décès en la commune du Pin et la transcription de la mention de Mort pour la France sur les documents administratifs.
« Au nom du Peuple Français, le Tribunal civil de La Châtre (Indre) a rendu le jugement dont la teneur suit:
Vu la requète qui précède Qui M. Souffron, président du tribunal en son rapport et M. le procureur de la République en ses conclusions le tribunal après en avoir délibéré a rendu le jugement suivant:
Attendu qu'il résulte des pièces mentionnées dans la requête présentée par M. le procureur de la République que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean baptiste du 290e RI, né à Cuzion le 17 octobre 1887 de Silvain et de BLANCHARD Angèle, célibataire, domicilié à Le Pin a disparu le 3 décembre 1914 à Zonnebecke (Belgique). Vu la loi du 25 juin 1919 art. 9 Par ces motifs, le tribunal dit que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean Baptiste est "Mort pour la France" le 3 décembre 1914 ) Zonnebecke (Belgique). Ordonne que le présent jugement sera transcrit sur le registre de décès de l'année courante de la commune de Le Pin et que mention de ce jugement sera faite à la date que l'acte de décès aurait du occuper tant sur le double du registre des décès qui existe à la mairie de Le Pin que sur celui déposé au Greffe du Tribunal conformément à l'article 92 du Code-Civil ... »

Le diplôme de Mort pour la France :
La préfecture de l’Indre tenait donc une comptabilité de la remise de ce diplôme, ce qui permet de connaitre la liste des récipiendaires. Cela permet donc d'avoir une liste de presque 9500 noms d'Indriens. Mais, il est cependant assez difficile de se retrouver dans cette liste, le point d’entrée est la date de jugement ou de transcription.
Mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. tout d'abord, voici sa fiche "Mémoires des Hommes" :

DiplomeMPF
Sources Mémoires des Hommes et AD36 R982

Le jugement eut lieu en décembre 1920, pour une transcription sur les registres du Pin en janvier 1921. Il fallut attendre le 25 octobre 1921 pour une prise en compte par la Préfecture. Lucien Bessonneau se vit attribuer le numéro 8244.
Il semblerait que les diplômes étaient envoyés aux communes, à elles la charge de les remettre aux familles, au vu des nombreux documents joints à cette cote de la série R.
Qu'est devenu le diplôme de Lucien Bessonneau? Je ne le sais pas.

 

Les décorations :
Un ami, Jean Pierre Létang recherchait dans le Journal Officiel des traces de médaillés. Or, en consultant le J.O. du 17 septembre 1924, il a eu la surprise de découvrir un patronyme qui lui disait quelque chose. Bessonneau!!! Non pas le célèbre industriel angevin, mais le grand-oncle d'un de ses correspondants, c'est à dire moi-même. Il m'en avertit alors.
Autant vous dire, que j'ai eu un sacré frisson lorsque j'ai lu et relu le mail.

Decorations
Sources GallicaBNF

Le Livre d'Or communal:Via le site des Archives Nationales, il est possible de retrouver le livre d'or communal, sur lequel figure le nom de Lucien.

 

CaptureJCh

Le lieu de repos de la dépouille:
Soldat disparu au combat, Lucien est vraisemblablement sans sépultures, quelque part du côté de Broodseinde. Cependant, lors de ma visite, je ne pu m'empêcher de penser à lui lors de ma visite de la nécropole Saint Charles de Potyze à Ypres (Sur la route entre Zonnebeke et Ypres).

Il s'agit du lieu de Mémoire incontournable de ce secteur qui connu les combats de 1914 à 1918. Peut-être y est il, peut-être pas.

060419 010 060419 111
Entrée de la nécropole                                                         Le Monument et l'ossuaire

060419 272

 

Le monument aux morts
Sur le monument communal, le nom Bessonneau ne figure pas. Courant 2012, je le signalais au maire de la commune. Or, le  11 novembre 2012, le premier magistrat de la commune, après le dépôt de gerbe et le discours habituel reprit la parole pour annoncer son intention de faire rajouter le nom de Lucien sur le monument ainsi que ceux de 2 autres soldats ne figurant pas sur le monument.

11 novembre

 

Depuis cette promesse faite en public, neuf ans se sont écoulés et rien n’a été fait … "No comment" ...

 

Petit rajout de fin de journée:

Aujourd'hui, 3 décembre 2014, sur le site GoneWest.be, Lucien Bessonneau est apparu sur le monument virtuel. il figurait dans la liste des 355 morts recensés de ce jour.

CaptureJH1


 

2018, Redonnons un peu de couleur à Lucien
Merci à Alain d'Amato pour son superbe travail
http://www.couleursdupasse.fr/

LucienBesreduit1

 


 

2019, une troisième séjour en Belgique

Juste quelques clichés

P1080261
Le champ, la voie ferrée (piste cyclable), les maisons.

IMG_20190817_104526
Depuis Tyne Cote, le champ de bataille. Zonnebeke, à gauche et Ypres à droite.

IMG_20190815_104833
La grand place d'Ypres, les soldats passaient par ici pour la montée en ligne (la route pour Zonnebeke dans le dos du photographe).

P1080270
Les clochers d'Ypres vus depuis Tyne Cote

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09 novembre 2022

11 novembre, l'Armistice mais aussi le Souvenir de 12.320 soldats indriens (Réactualisé 2022).

Pour les soldats pris dans la mitraille d'aout 1914 en Lorraine, dans les bombardements de 1916 à Verdun ou en Somme, dans le froid et la boue d'avril 1917 dans l'Aisne et la Marne, que ce mot Armistice fut attendu. Une pensée pour eux et un bilan mémoriel:


Alors qu'en 2020 Châteauroux Métropole et la SGBB ont inauguré un monument virtuel en ce jour d'Armistice, je pense aux 3 soldats indriens décédés en ce 11 novembre 1918:

Pensées pour Albert BLANCHARD de Châteauroux, décédé en captivité au lazaret de Stade Hambourg (Allemagne)

Pensées pour Louis CORNET de Urciers décédé de ses blessures à Renaucourt (Aisne)

Pensées pour Jules GIRAULT de Lingé décédé de maladie à Billy-le-Grand (Marne)

Nous aurons aussi une pensée pour les quelques 680 soldats indriens (chiffre à minima) qui décéderont dans les mois suivant cet armistice.

Nous aurons aussi une pensée pour les 4 frères PETOIN d'Arthon qui détiennent le triste record départemental de la plus grosse fratie touchée par le conflit. 

CapturePETOIN


 

Revenons à Argenton et au 11 novembre. Comme à son habitude quotidienne et matinale,  Raymond Rollinat tient à jour son journal et écrit:

Capture2
Sources Carnets Rollinat Cercle Histoire Argenton

"Chacun en s'éveillant pense que la journée
qui commence marquera dans l'histoire
et verra peut-être la fin de l'effroyable guerre
Quel soulagement, si l'on apprend que l'Armistice est signé ..."

 

L'armistice fut officiellement signé à 11 heures

Pour découvrir la suite de cette journée, je conseille la lecture des carnets de Raymond Rollinat sur le site du cercle d'histoire d'Argenton


Au pays, à Argenton, l'annonce provoque le regroupement des familles au devant de la mairie, les chemisières ont quitté les usines, la journée sera chômée. Les anciens, les enfants les rejoignent et manifestent en ville.

Sur les clichés disponibles, que la population semble paisible, plus que de la joie, du soulagement. "Enfin, c'est terminé"

DSCN1374

DSCN1376


Ces 2 premiers clichés pris sur la place de la République viennent de faire l'objet d'une publication par le Cercle d'Histoire d'Argenton (Clichés Rollinat récemment acquis)

(Il est à noter que les clichés Rollinat nous montre une foule moins expansive que celle sur les clichés pour les fêtes de la Victoire le 24 juin 1919). On espère, on doute encore ...

 

Argenton_Quesnel_19181111_NB
Cliché Quesnel Argenton - le 11 novembre 1918 rue Gambetta - Collection de l'auteur

En ce 11 novembre, le photographe argentonnais Quesnel a juste à sortir de son magasin (à gauche) et a posé son appareil au milieu de la rue Gambetta. Les drapeaux ornent les balcons et fenêtres. La population manifeste sa joie à l'annonce de ce moment tant attendu. On notera que seuls, 2 hommes figurent au premier plan.

Pendant ce temps, au front, voici le témoignage du capitaine Laurentin qui se trouvait alors au 219e RI suite à la dissolution du 268e en juin 1918:

Le bataillon retourne à l’arrière, à Guignicourt, nous voici arrivés dans le village tout endormi. Un cycliste passe et affirme : « L’armistice est signé. »
Dieu, si c’était vrai !
7 h. 30. - « Armistice, armistice ! » Tout le monde le dit ; on se félicite, on s’interroge : « Qui te l’a dit. Un cycliste. – Un lieutenant de la lourde. – Un téléphoniste. » Le soldat n’en demande pas plus. Voici une troupe du 93 qui revient, boueuse et lasse, des premières lignes : « C’est fini, leur crie-t-on, c’est signé ! » Les figures s’illuminent de sourires épanouis : « Oh mon vieux ! »
C’est tout. Rien des bruyantes manifestations d’enthousiasme qui saluèrent la déclaration de guerre. Ils ne jettent point leurs armes pendantes. Ils ne quittent pas le rang ; seulement ils relèvent la tête, des têtes joyeuses de braves gens, incapables de désordres et d’excès, même au milieu de la victoire.
Ah ! Ma chère France !


 

L'armistice du 11 novembre ne constituait pas une réelle surprise mais bien plutôt un soulagement. L'Armistice n'était pas la fin de la guerre, mais bien celle des combats. Il était certes souhaité, mais il était devenu prévisible au vu des aléas de l'armée allemande suite à l'échec des offensives Ludendorf. En relisant la presse d'alors, voici par exemple ce qu'écrivait en première page, la presse indrienne (Le Blanc) une semaine avant la date tant attendue.
  

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BNF Gallica


11 novembre 1918, fête de la Saint-Martin

"L'armistice est conclut!"
- "Qui te l'a dit?"
- "Un major de cantonnement"
Le soldat hoche la tête; l'autorité ne lui parait pas suffisante pour une si grande chose; le dénouement d'un lustre de cataclysmes ne peut-être aussi simple. Quoi! à l'heure où nous pouvons écraser pour toujours un ennemi à notre merci, et bâtir la Paix à Berlin, nous irions lui accorder une trève? La capitaine annonce au contraire que, dès la pointe du jour, les Françias attaqueront pour de nouveaux succès.
"Armistice! Le sergent vaguemestre le crie à tous en pédalant!"
"Ah! mais alors, c'est peut-être vrai?"
L'esprit doute, mais le coeur s'émeut. Sans cesse accourent de nouveaux messagers: "C'est signé, je le tiens du cuisinier du général!"
Tel est près du troupier le crédit de cette bouche de la Renommée qu'il n'est plus besoin de confirmation: le bonheur est certain, l'enthousiasme éclate.
Et lorsque la nouvelle est publique, voici que l'officier de renseignement, essouflé, proclame l'avis officiel: Toute hostilité cesse à 11 heures. les fusils doivent maintenant se taire.
"Allez coureurs, portez la paix"
On songe à  des drapeaux qui vont couvrir de flammes tricolores les ruines, à des sourires qui illumineront des visages douloureux sous leurs crêpes de deuils, à la paix des héros qui expirèrent pour que lui ce jour.
"Soldats!" crie-t-on à des compagnies qui reviennent des premières lignes et qui ne savent pas encore leur félicité "la guerre est finie!" - Non! Vrai?" - "La victoire!"
Les visages s'illuminent de rires épanouis. Vainement le fantassin cherche le mot et le geste qui exprimerait son éllégresse. Elle est trop inattendue pour qu'il en mesure si vite la portée. Il tend la main à celui - chef ou camarade - qui annonce la fin de la misère et il lâche un soupir de soulagement.
Aucune des bruyantes manifestations qui saluèrent la déclaration de guerre ne retentit à son dernier matin. Ceux de l'arrière seront sans doute plus démonstratifs. Ici, plus de vin dans les caves.

Maurice Laurentin - La victoire des morts, récits de guerre d'un officier de troupe

Bloud et Gay, Editeurs 1920 

Maurice Laurentin fut officier au 268ème RI, passé au 219ème RI au moment de la dissolution du régiment du Blanc en juin 1918.

 

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Sources SHD 26N657

 

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Sources: SHD 26N668

 

DI017_19181113_CroixDeGuerreDrapeau_68eRICollection de l'auteur

 


 

Combien de soldats de l’Indre sont morts pendant le conflit 1914/1918? 

Pour répondre à une telle question, on pourrait se contenter des chiffres avancés par la presse de l’époque.

 Journal
Journal du Département de l’Indre – 7 novembre 1932 – collection AD36 R909_3

 Cependant, lors des différentes recherches entreprises, il n’a pas été possible de retrouver une source officielle indiquant le nombre de décès, mais surtout indiquant la procédure de calcul et les sources d’un tel chiffre.
Tout d’abord, avant de commencer un éventuel comptage, il est nécessaire de définir qu’est ce qu’un « Indrien » ?

 S’agit-il d’un natif ?

  • Mais s’il est resté juste un mois après sa naissance, est il encore du département?

 S’agit-il d’un résidant ?

  • Mais alors combien de temps faut-il résider pour être comptabilisé?

 A-t-il eu son acte de décès transcrit dans le département ?

  • Certains soldats morts dans des hôpitaux du département eurent leur acte de décès transcrit sur le lieu même, ainsi le tirailleur LAMA Bamba dont la transcription eut lieu à Argenton.

 Doit-on considérer le moment du recrutement militaire comme position de référence ?

  • Mais dans le cas de ces lieux de recrutement Châteauroux / Le Blanc, ce dernier lieu englobe aussi bien des cantons de l’Indre que des cantons d’Indre et Loire et de la Vienne.

 

A vrai dire, je ne sais clairement le définir, et la solution de facilité consiste à se limiter aux sources rapidement accessibles et ainsi de se contenter des natifs du département issus de la base de Mémoires des Hommes.

 J’ai cependant voulu aller un peu plus loin en m’appuyant sur les listes existantes, certes imparfaites, mais donnant déjà un bon angle de vue. Ceci permet de trouver d’autres cas de soldats.

 Reprenons maintenant, les différents fonds répertoriés et connus :

 

Les monuments aux morts (MAM) :

 Il s’agit là de la source la plus visible, puisque présente tous les jours dans toutes les communes de France.
Je me suis appuyé sur les données issues du site Mémorial Gen Web. Le département de l’Indre est entièrement relevé. Cela permet d’obtenir une liste de 11.775 noms sur les 248 communes du département. Ce comptage a des limites en l’absence d’écrits concernant l’élaboration des listes. Ce chiffre est aussi à prendre avec précaution, car c’est notamment celui-ci qui permettait de calibrer la subvention versée par l’Etat aux communes conformément à l’article 81 de la loi du 31 juillet 1920. Certaines communes semblèrent « abusées » de ce fait, car de nombreux noms gravés sont finalement restés sans réponse au regard du recoupement avec les autres sources
On ne peut que constater des incohérences (noms sur plusieurs monuments, noms inconnus, certaines familles refusèrent l’inscription de leur enfant sur le monument communal). Le chiffre issu des monuments a vraisemblablement inspiré le journaliste de 1932.

 

Le Livre d’or départemental (LO) :

 Le texte de loi régissant ce Livre d’Or, étant plus strict dans son application (uniquement natif ou résident) que celui régissant la gravure des noms sur les monuments aux morts. Il est donc potentiellement une meilleure source que celui régissant le monument où le Maire était plus libre pour l’inscription (Certains non-Morts pour la France furent inscrits, mais dans la commune d’à côté).
La mise en ligne des Livres d'Or par le site des Archives Nationales permet de cibler 9.643 noms.

 

Les fiches Mémoires des Hommes (MDH) :

 Sur le site ministériel, les critères de recherche sont multiples, mais le seul champ actuellement et valablement renseigné est celui du département de naissance.
Les fiches accessibles sont celles des soldats « Morts pour la France » (MPF), mais aussi celles provenant du  deuxième fichier dit des « Non mort pour la France » (NMPF).
Il faut cependant se méfier du laïus « NMPF » des dites fiches qui a été rajouté car ce 2ème fichier contient aussi des MPLF (Pour rappel, l’acte de décès est la seule pièce administrative ayant valeur juridique concernant la mention « Mort pour la France »).
Nous obtenons donc 10.944 cas différents (A la date du jour, de nombreuses fiches du site sont en doubles et une opération de nettoyage est d’ailleurs prévue par l’administration du site, le décompte présenté tient compte de ces doublons).

 

Les fiches matricules (FM) :

 Le Centenaire 1914-1918 est passé et l'accès aux fiches matricules peut maintenant s'effectuer via le net. La base du classement étant le recrutement militaire (Châteauroux et Le Blanc), les fiches sont réparties sur plusieurs départements en ce qui concerne le recrutement du Blanc, il est actuellement impossible d’établir une étude fiable, car cela nécessiterait de compulser un très grand nombre de fiches matricules, une à une.
L'idée d'un sondage au 1/10e ou moins a été envisagé, mais faute de temps, l'étude n'a pas été entrepris. Seule une étude non diffusée sur la Classe 1911 de recrutement Châteauroux a été commencée et non publiée. 

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 Si on considère le département de l'Indre, ce sont 60.024 (Châteauroux) et 42.563 (Le Blanc 36), soit 102.587 fiches matricules qu'il faut analyser.
La répartition géographique des bureaux de recrutement Chateauroux et le Blanc:

 

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 Le diplôme de Mort pour la France :

 Aux Archives départementales de l’Indre, en série R892, deux cahiers comptabilisent les remises de diplômes qui furent transmis aux communes pour être remis aux familles de soldats « Mort pour la France ». Cette liste s’arrête en 1924. Le compte est alors de 9.449 diplômes remis. Une fois compilées en tenant compte des doublons et des envois dans les autres départements suite à mauvaise orientation, nous obtenons 9.341 noms.
Il s’agit donc là du chiffre bas de notre estimation, certaines fiches n'ont qu'un lien ténu avec le département. On visualise, par exemple, des cas concernant des familles de réfugiés des territoires occupés qui reçurent les diplômes sur le lieu de leur hébergement, donc dans le département.

 

Les listes de retour des corps :

 Dans les années 1920, il fut donné la possibilité aux familles de rapatrier au « Pays » le corps des défunts. Du fait que les frais engendrés étaient remboursés par l’Etat, la Préfecture de l’Indre tenait à jour une comptabilité de ces retours, cela permet de compléter les listes existantes. ces listes sont conservées aux Archives départementales de l'Indre sous la forme de 2 cahiers.
Au final, seuls 1.707 retours eurent lieu (du moins furent enregistrés). A la suite de quelques visites dans les cimetières départementaux, il apparait que d’autres eurent bien lieu (avant/après ?), mais ne furent pas enregistrés dans le cadre de cette opération administrative.

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 De telles incertitudes ne permettent pas actuellement d’annoncer un chiffre précis. L’étude que j’avais entrepris depuis plusieurs années et que je vous présente ci-dessous est le fruit d’un recoupement entre ces 5 sources (Mémoires des Hommes, Mémorial-Gen-Web, Livre d’Or, Remise de diplômes de MPF et Retour des corps).
Cela consiste donc en un subtil recoupement entre toutes ces données, tout en définissant un cadre strict (Par exemple, une homonymie ne suffit pas pour rassembler 2 cas). Le travail étant terminé depuis quelques jours seulement, nous arrivons à quelques 13.908 cas différents, induisant, à coup sur que le nombre est inférieur.

 Petit à petit, recoupement par recoupement, la liste actuellement diffusée s'établit à 12.320 fiches. Parmi ces fiches, 6585 lieux de sépultures ou de Mémoire (Rappel du défunt et absence de corps) ont été recensés.

 La nouvelle phase d’évolution de ce fichier est donc de compléter avec le lien vers les fiches matricules mises en ligne par les Archives Départementales, de la généalogie ascendante ainsi que la recherche des actes de décès, car il est bon de rappeler que du point de vue de la loi française, seule la mention Mort Pour la France sur l’acte de décès est preuve de l’obtention de cette mention.

 Comme il ne m'appartient pas de définir qui est un Indrien (natif? résidant? ...), tous les cas repris dans le lien présenté ci-dessous concernent le département de l'Indre plus ou moins directement.
Par exemple vous trouverez les noms de soldats du Nord de la France, dont les familles hébergées dans l'Indre pendant le conflit reçurent le diplôme de MPF sur leur lieu d'hébergement (donc dans l'Indre). Je ne pouvais décemment les ignorer et ainsi les retirer de la base que j’essaye de constituer, ce d’autant que pour certains, ils figurent alors sur un MAM de l’Indre mais aussi dans leur département d’origine.
La saisie s'effectue au fil de l'eau et de temps disponibles.

 

Le monument virtuel des soldats indriens morts en 14/18
Cliquez ICI pour y accèder

 Essayons maintenant d’effectuer une rapide analyse dans la mesure de ce qui est possible grâce à ces données collectées :

 Les « Natifs de l’Indre » :
Volontairement, je prend comme référence la liste des natifs que l’on obtient à partir des différentes sources et ce malgré tout, en faisant fi des avertissements précédemment signalés.

 10.944 cas différents de natifs de l’Indre sont en base dont 10.591 figurent dans le fichier principal de Mémoires des Hommes et 339 figurent dans le fichier secondaire dit des « NMPF ». On notera cependant que 14 soldats ne figurent dans aucun fichier sur Mémoires des Hommes (0,13%).

 Si nous connaissons la date de naissance, nous ne connaissons la date de transcription de l’acte de décès que pour 9800 et seuls 7869 ont vu leur acte de décès transcrit dans le département de l’Indre.

 Toujours concernant les 10.944 « natifs de l’Indre », 90% soit 9.871 sont inscrits sur 1 monument aux morts (MAM) dont 8.851 sur un MAM implantés dans le département. On notera d’ailleurs que 676 sont inscrits sur au moins 2 monuments et parmi eux 11 sont présents sur 3 monuments différents.

 A partir de la liste des Natifs de l’Indre, observons le lieu de leur décès :

 Capture_DepartDeces

 

Sans grande surprise, il est à noter que les secteurs de combats les plus représentés sont : La Meuse, la Marne et la Belgique qui constituent le trio de tête.
A noter cependant que derrière la présence de la Meuse cache une réalité bien souvent oubliée. En effet, 35% des pertes en Meuse sont liées aux combats des années 1914 et 1915 et donc ne sont pas liées à la bataille de Verdun qui ne se déclencha qu’en février 1916. Ce sont les victimes des secteurs de Marbotte, Lachalade.

 De cette liste de pertes, il est possible d’observer leur chronologie :

 RepartitionAnnuellesNatifs

 

CaptureChronologie

 Les principales pertes concernent la période 1914, en effet, la retraite, la bataille de la Marne tout d’abord puis le début de l’hiver 1914 furent des périodes où les pertes furent nombreuses, tant pour les hommes mobilisés au sein du 9e corps qui combattirent dans la Marne puis dans le secteur d’Ypres que pour ceux du 8e corps qui combattirent en Woëvre et en Meurthe et Moselle.

 Les pics suivants correspondent principalement aux engagements liés aux grandes batailles (Champagne 1915, Verdun 1916, Somme 1916, Aisne 1917, …).

 Si dans le cadre de cette étude, nous étudions les soldats natifs de l’Indre et morts lors du conflit, par l’intermédiaire de la fiche MDH, il est possible de connaitre le bureau de recrutement. Cette donnée permet de connaitre la position géographique d’un soldat à l’âge de 20 ans.
Ceci est pertinent pour connaitre l’attache d’un soldat au moment du conflit, mais est à relativiser en fonction de l’âge du soldat. Plus le soldat est ancien, plus l’époque du recrutement s’éloigne et plus il a de chances d’avoir changé de résidence entre la conscription et la mobilisation de 1914.

 CaptureRecrutement

 88% des natifs de l’Indre étaient encore dans le département lors de leur conscription (63% Châteauroux et 25% Le Blanc). Les migrations s’effectuent naturellement vers les départements limitrophes (Cher, Creuse, Loir et Cher, Indre et Loire, Loir et Cher), mais surtout sur la grosse métropole que représente la région parisienne (Bureaux de la Seine, de Versailles).

 Maintenant regardons les lieux de transcription, qui sont donc les lieux de rattachement des soldats au moment de leur décès.

 Nota : Les fiches MDH ont une particularité. Nombreuses sont celles où figure la mention DC dans la zone de transcription (Cas 1), dans certaines il s’agit d’envoi mais la mention DC n’est pas indiquée (cas 2), les dates indiquées sont celles de l’envoi de la transcription à la mairie concernée et non la date de la transcription elle-même (Cas 3 et 4).

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 Sur les 10.944 natifs de l’Indre, 8.626 ont une transcription de l’acte de décès qui eue lieu dans le département et 2.107 eurent leur acte de décès transcris dans d’autres départements. Seuls pour 281 cas, le lieu de transcription est non renseigné.

 Capture_Transcription

 Sans grande surprise, Paris notamment et la région parisienne figurent en bonne place dans les destinations de résidence suite à des choix de migrations, une volonté de quitter le pays pour tenter sa chance. Les départements limitrophes (18, 23, 37, 41, 86) sont légitimement des départements que l’on trouve dans le haut de ce classement.

 A toute cette statistique, je rajoute le travail (incomplet) que j'avais effectué en 2012 en recoupant les nombres de noms sur les monuments aux morts du département et les effectifs de population des communes du département recensés en 1911 (dernier recensement avec le conflit)

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Word Art (1)

06 novembre 2022

Les premiers décédés à Argenton et dans l'Indre d'Aout et septembre 1914

Après les départs de la mobilisation, les convois de chemin de fer militaires passant en gare d'Argenton et allant vers Paris et le front, vint le temps des convois, dans l'autre sens, toujours le long de la ligne de chemin de fer, apportant des blessés évacués du front.
Nota: Dans la fin de ce message, il est intéressant de noter que concernant les 47 décès dans l'Indre, 46 eurent lieu dans des communes le long de la ligne Paris-Limoges, axe principal des transports d'alors traversant notre département.
Dès le 4 aout, 15 infirmiers militaires sont affectés à la gare d'Argenton et sont logés dans des wagons à l'arrière de l'infirmerie tout juste installée. Une ambulance fut ensuite implantée à la gare avec du personnel bénévole et l'hôpital d'Argenton se vit attribuer rapidement des soldats blessés.

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17 aout 1914, les officiels à l'infirmerie de la gare d'Argenton - Cliché Rollinat 2211

14 septembre 1914, les obsèques du soldat Bimes décédé le 12 septembre. Le convoi mortuaire partit de l'hôpital-hospice d'alors (ex Dispensaire, maternelle Rollinat, logements sociaux actuels) pour rejoindre le cimetière municipal.
Dès le lendemain, la population argentonnaise se regroupait de nouveau et conduisait le défunt capitaine Devin au cimetière qui lui est déclaré comme étant décédé le 11 septembre.
Un contretemps familial fit décaler au 15 septembre son inhumation et ce fut donc l'enterrement du soldat Bimes qui précéda celui du Capitaine Devin, bien que ce dernier soit décédé avant.

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Concernant Bimes, il s'agit d'un décès qui fut ensuite qualifié de non Mort pour la France (blessure volontaire)
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/.../5242...
La fiche matricule précise seulement qu'il est décédé des suites de blessures de guerre 
https://archives.gironde.fr/.../vta2b960e8087a.../daoloc/0/1
Pour éclaircir l'affaire, voici ce qu'écrivit Raymond Rollinat dans son journal:
"Lundi 14 septembre 1914 - Foule énorme à 9 heures, à l'enterrement du soldat Bimes Jean, qui, souffrant cruellement, s'était suicidé à l'hôpital. Beaucoup de fleurs sur le cercueil et quatre soldats du poste avec leur fusil escortaient le corbillard ..."
Rollinat écrit aussi: "Un autre soldat est mort aujourd'hui à dix heures à l'hôpital: Marcel Lucien Crételet, blessé, est mort du tétanos. Sa mère est arrivée de Paris peu après sa fin.
Un soldat d'artillerie coloniale "soulevé" par un obus mais non blessé, est mort à l'hôpital à onze heures et demie"

Le soldat Crételet est plus exactement Marcel Lucien Crétenet du 16e BCP, sa fiche indique un décès à l'hôpital de la gare d'Argenton
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239e161496c2/5242bd1f1a2a3
Sa dépouille fut vraisemblablement rapatriée à Maison Alfort par sa mère et repose toujours au sein du carré des corps restitués de cette commune.
L'artilleur est Emile Auguste Guillemette 3e RAColonial, il était originaire de Charente.
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239ed303b1b2/5242be2762ad9
Sa dépouille repose au carré militaire du cimetière Saint Paul d'Argenton
Pendant tout le mois de septembre 1914, ce sont 8 militaires qui succombèrent à Argenton:
  • Artigaut Osmin (9e RI) 13/09/1914
  • Bimes Jean (220e RI) 12/09/1914
  • Chollet Auguste (135e RI) 21/09/1914
  • Cretenet Marcel (16e BCP) 14/09/1914
  • Devin Adrien (21e RAC) 11/09/1914
  • Guillemette Emile (3e RAColoniale)14/09/1914
  • Hannequin Alfred (8e RI) 27/09/1914
  • Heban Lucien (110e RI) 27/09/1914

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Le soldat BIMES repose encore de nos jours au carré militaire du cimetière communal Saint-Paul d'Argenton

Le capitaine DEVIN repose au cimetière communal d'Argenton dans la sépulture familiale

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Concernant les lieux de soins à Argenton, on signalera donc la présence de l'Ambulance à la gare mais aussi d'autres établissements

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Sources: Collection auteur - Cercle Histoire Argenton
Bibliographie: Argenton 1914-1918 - Librairie Guénégaud 1999

Pour aller un peu plus loin, au niveau départemental, il est à noter 47 soldats décédés dans le département durant les mois d'aout et septembre 1914.
Les 2 premiers le furent lors de la mobilisation, alors qu'ils étaient en service de garde du tunnel de Chabenet. Ensuite vinrent des décès de mobilisés de la région militaire et affectés au sein de la garnison de Châteauroux. Le 31 aout 1914, à Châteauroux, nous trouvons le premier soldat blessé, évacué du front succombait de ses blessures.
De manière globale, nous trouvon ainsi 10 soldats décédés au mois d'aout dans le département et 37 concernant le mois de septembre. En voici donc la liste:
  • TAUVY Jean (Indre) + 02/08/1914 à Pont-Chrétien Chabenet
  • FLORENT Jean Baptiste (Indre) + 03/08/1914 à Pont-Chrétien Chabenet
  • RONDELOT Célestin (Vienne) + 04/08/1914 à Châteauroux
  • GAUTRON Henri (Indre) + 08/08/1914 à Châteauroux - Caserne Bertrand
  • BRECHET Ernest (Maine-et-Loire) + 12/08/1914 à Châteauroux
  • NAUDET Louis (Indre) + 18/08/1914 à Châteauroux - Hopital
  • DUBOIS Charles (Maine-et-Loire) + 19/08/1914 à Châteauroux - Hopital
  • LASNIER Auguste (Vienne) + 21/08/1914 à Châteauroux - Hopital
  • PAQUIER Armand (Deux-Sèvres) + 26/08/1914 à Châteauroux
  • LAURENT Camille (Meurthe-et-Moselle) + 31/08/1914 à Châteauroux

  • LEREAUX Joseph (Indre) + 02/09/1914 à Châteauroux
  • AUBIJOUX Auguste (Loiret) + 07/09/1914 à Châteauroux
  • BENET Jules (Deux-Sèvres) + 07/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • CAMBRAY Emile (Paris) + 11/09/1914 à Châteauroux - HC29
  • DEVIN Adrien (Somme) + 11/09/1914 à Argenton - Hopital
  • BIMES Jean (Gironde) + 12/09/1914 à Argenton - Hopital
  • BLOUDEAU Louis (Maine-et-Loire) + 12/09/1914 à Châteauroux
  • ARTIGAUT Osmin (Gers) + 13/09/1914 à Argenton
  • MARTINE Michel (Pyrénées-Atlantiques) + 13/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • BAHON Jean Marie (Morbihan) + 14/09/1914 à Châteauroux - HC29
  • CRETENET Marcel (Paris) + 14/09/1914 à Argenton - Hopital gare
  • GUILLEMETTE Emile (Charente) + 14/09/1914 à Argenton - Hopital
  • PINOTEAU Alfred (Cher) + 14/09/1914 à Châteauroux - HT25
  • GRUSON Jules (Nord) + 15/09/1914 à Châteauroux - Hopital mixte
  • LE GOUGE Jean (Côtes-d'Armor) + 16/09/1914 à Châteauroux - Hopital 108
  • LEMAIRE Emérant (Nord) + 17/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • MORIN Marie (Indre) + 17/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • LECLERCQ Victor (Pas-de-Calais) + 18/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • PAINS Jules (Eure) + 19/09/1914 à Le Blanc - Hopital
  • CHOLLET Auguste (Maine-et-Loire) + 21/09/1914 à Argenton - Hopital
  • BERNARD Jean Marie (Morbihan) + 22/09/1914 à Châteauroux - HC29
  • CORDIER Louis (Nord) + 23/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • GAUTRON Jean (Indre) + 23/09/1914 à Châteauroux - Hopital militaire
  • LAPLANCHE Léon (Calvados) + 24/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • PAYEUR Auguste (Meurthe-et-Moselle) + 24/09/1914 à Issoudun - Hopital
  • LEMERCIER Jules (Yonne) + 25/09/1914 à Issoudun - HT23
  • ROUSSEL Joseph (Morbihan) + 25/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • TACHON Emile (Landes) + 25/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • TOMBETTE Georges (Calvados) + 25/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • LIBES Joseph (Hérault) + 26/09/1914 à Châteauroux - Hopital mixte
  • PEPIN Arsène (Calvados) + 26/09/1914 à Châteauroux - Hopital militaire
  • BREBION Emile (Pas-de-Calais) + 27/09/1914 à Issoudun - Hopital mixte
  • CHAYE Jean (Gironde) + 27/09/1914 à Châteauroux - HT25
  • HANNEQUIN Alfred (Nord) + 27/09/1914 à Argenton - Hopital
  • HEBAN Lucien (Nord) + 27/09/1914 à Argenton - Hopital
  • SALESSES Emilien (Lot) + 28/09/1914 à Châteauroux - HA7
  • JACQUIN Pierre (Indre) + 30/09/1914 à Celon

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29 septembre 2022

Hommage à Paul MOULIN de Cluis (et pour les 12 ans de @Indre1418) - réactualisé 2022

Quasi totalement accaparé par le blog des Soldats de l’Indre, j’en viens à manquer de temps pour le reste de mes activités 14/18. Cependant, une question me taraudait depuis quelques temps :

  • Que pouvais-je vous présenter pour clore cette deuxième année du Centenaire ?
  • Que pouvais je vous faire partager pour fêter dignement les 12 ans de ce blog ?

Et oui, car en cette fin décembre, nous fêtons aussi l’anniversaire (Je sais j'ai un peu d'avance) de ce qui nous regroupe ici, c’était alors le JOUR J, nous étions alors en 2004 Certes, ce n'était pas le début de l'aventure 14/18, puisqu'elle avait commencée quelques années plutôt, mais c'était bien celui de l'aventure éditoriale sur le net. Publié regulièrement, sans lasser les lecteurs et aussi sans se lasser, ce fut parfois une gageure. Certains messages furent de vraies aventures, d'autres juste des petits rappels historiques. Rencontrer, 35 ans plus tard, son ancien prof d'histoire du collège et s'entendre dire: "Jérôme, vous avez fait du bel ouvrage", cela m'a laissé pantois. En 2014, cotoyer les Historiens du département, mes idoles de lecture d'antan et d'aujourd'hui, fut aussi un grand moment. Mais le plus grand plaisir est finalement le partage et les rencontres occasionnées par ces publications.
En bref, 12 ans, ce n’est pas rien. Pas loin de 600 messages, pas moins de 1500 images partagées, mais que diable pouvais-je donc vous présenter ?

Non, je ne vous infligerai pas l'écoute de l'enregistrement audio de ma conférence au CES de Châteauroux en 2014, je le garde pour moi. Je pensais plutôt à quelque chose de plus dans les cordes de ce blog. Une bonne petite analyse de document, un de ces documents que j'adore essayer de faire parler.

En remontant dans la chronologie des publications, je me souvins d’un message autour de la mise en ligne du fonds Valois, et me rappelais que j’avais passé pas mal de temps sur le site de la BDIC à regarder image par image si d’autres clichés pourraient m’intéresser pour alimenter ce blog et vous permettre avec moi de partager la vie, la mort des combattants des régiments de l’Indre.
Après quelques recherches fructueuses, je pris donc la décision de rester en Artois, comme pour l’analyse du cliché précédent ayant trait au séjour du 68e RI dans le secteur de Loos et de vous faire partager un moment de vie et de mort.

Si la fois précédente, nous avions abordé le séjour en première ligne, cette fois, je souhaite aborder un sujet plus douloureux et qui malheureusement suivait ce séjour en tranchée, à savoir le décès, la disparition et le devenir du corps du combattant, dans un secteur jouxtant directement les premières lignes. Pour cela, je ne vais analyser qu’un seul cliché mais je vous proposerai ensuite de découvrir le reportage complet fait par l’opérateur photographique qui produisit une quarantaine de clichés sur la même période et au même endroit.

Le cliché que je vous propose est celui pris lors de l’enterrement de soldats, vers la fin mai 1915 à Noeux les Mines (62).

BDIC_VAL_305_003
Sources BDIC Fonds Valois BDIC_VAL_305_003

Pourquoi ce cliché ? Tout de suite, l’association faite entre la présence d’enfants et le port de croix de bois m’a interpellé.
En regardant plus en détail, aussitôt, un fait attire l’œil « Qu’est-il écrit sur les Croix de bois ? » La réponse me convainc de m’intéresser plus précisément à ce cliché, notamment lorsque je découvris sur la croix de droite la mention du 68ème Régiment d’Infanterie.

CaptureCroix

Aussitôt, de nouvelles questions jaillissent :

  • Quel était le contexte du secteur et pourquoi l’opérateur avait pris ce cliché précisément ? Hasard fortuit lié au passage du photographe au bon moment, mais alors pourquoi prendre tant de clichés pendant ces journées de mai 1915 ?
  • Qui était ce Paul MOULIN ? Quels étaient les combattants dont les noms apparaissaient aussi sur le cliché ?
  • Que s’était-il passé au 68e RI dans cette période ?

Je vais donc tâcher de répondre à certaines de ces questions, à partir des données collectées 100 plus tard.

Le contexte de la prise de vue:

En cette fin mai 1915, le 68e RI (Le Blanc et Issoudun) et le 90e RI (Châteauroux), formant la 33e Brigade de la 17e Division d’Infanterie sont en secteur au devant de Liévin, vers la Cité Calonne, face aux Ouvrages Blancs plus précisément. Cette cité ouvrière correspond à la carte ci-dessous

CaptureAngresLievinCalonne1Sources Eggenspieler et Géoportail IGN

Noeux les Mines est à quelques kilomètres en arrière de la ligne de front. La ville n’est pas au contact direct avec les premières lignes, mais toute l’organisation logistique du 9e CA est organisée autour de ce secteur et Noeux les Mines est un point central, notamment concernant le Service de Santé. En effet, dans les murs de l’hôpital local se trouvait un HOE (Hôpital d’évacuation) et l’ambulance 2/66 comme l’indique un schéma du secteur dans le Journal de Marche du Service de Santé du 9e Corps d’Armée.

CaptureServSante_9eCA_Mai1915
Sources SHD JMO Service de Santé du 9e Corps d'Armée 26N132-036

Dans l’album Valois, le cliché est daté du 23 mai 1915 et est situé au devant d’une église. Après une petite recherche sur le net, il apparait que plusieurs églises existent à Noeux les Mines et qu’il s’agit plus précisément de l’église « Sainte Barbe » dite « des Mines » Il est possible de la visualiser actuellement via le site Google Street View. Elle est reconnaissable notamment grâce aux 2 coupoles ornant les absides de chaque côté du porche principal.

NoeuxlesMines_EgliseSainteBarbe
Eglise Sainte Barbe de Noeux les Mines

Noeux lesMines Hopital
Hôpital de Noeux les Mines (voir aussi Clichés Valois présentés en fin de message)

 

Qui était Paul MOULIN?

Sur le cliché, 3 noms sont aisément lisibles de gauche à droite : RABUSSIERE Albert, LANERIC (LANERIE?) et MOULIN Paul. Seul pour ce dernier l’unité est clairement identifiable.
Une rapide recherche sur le site Mémoires des Hommes (M.D.H.) nous permet de retrouver 2 d’entre eux, en effet, le soldat LANERIC (LANERIE?) n’apparait pas dans les fiches du Site Mémoires des Hommes. Il n'apparait pas non plus dans les données du site MémorialGenWeb.

En regardant ces fiches M.D.H., il apparait tout de suite un hic dans la datation des clichés. Le fonds Valois date le cliché du 23 mai 1915 et les fiches Mémoires des Hommes donnent une date de décès identique aux deux soldats identifiés, à savoir le 27 mai 1915. Théoriquement, le cliché serait donc datable du 27 mai à minima.


 

Retificatif 2022: Profitant d'une modification et d'une nouvelle publication, les yeux acérés de Huguette Mauduit et Laurent Roy, par 2 canaux différents, m'informent que le soldat LANERY Georges est bien celui que j'avais en vain chercher en 2016.

Celui-ci figure bien sur Mémorial Gen Web et sur GénéanetCimetière et confirme l'inhumation au cimetière de Noeux les Mines (62)
fiche MdH http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f15973ed0
fiche matricule http://archives.nievre.fr/ark:/60877/a011410878704Gezt9g/1/728 

Un autre soldat semble identifié par Laurent et ses données correspondent aussi: Pierre MORIN, issu du 289eRI et aussi décédé à l'hopital 25 de Noeux
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f8a241f61/5242bf717f206

Laurent, continuant dans son analyse propose:
derrière Rabussière, j'ai 3 candidats en "Pet" :
- Henri Petit décédé le 26/05
- Jules Petronin décédé le 23/05 (ça fait trop tôt je pense)
- et Arsène Petitnicolas décédé le 27/05 https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=6074607

Pour terminer, je ne sais pas si c’est raisonnable, mais V… décédé le 27/05/1915, j’ai 2 candidats :
- Robert Vanson https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=5653855
- Henri Virevialle https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=1856016
https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=8836895 un gars du 90e RI…

 


 Concernant Paul MOULIN, la fiche Mémoires des Hommes nous apprend qu’il est originaire de l’Indre et plus précisément de Cluis, autant dire qu’il est pour moi un « Pays ».

A partir de la fiche M.D.H., il est alors aisé de retrouver sa fiche matricule sur le site des Archives Départementales de l’Indre. http://archives36.fr/ark:/30439/s005a81a40d3b854/5a81a40e928c4

CaptureAD36_MoulinPaul1

Classe 1902, il est rappelé le 11 août 1914 au sein du Régiment d’Infanterie de Châteauroux. Rien ne permet de préciser une affectation au 90e ou au 290e RI. Il part « aux armées » donc au front le 22 mars 1915et est affecté au 68e RI ce même jour.
On constate alors une incohérence  sur la fiche matricule, il y est écrit « Il arrive au corps le 29 mai 1915 » et « Il décède le 27 mai ». Cette date de décès est conforme à la fiche M.D.H. La date d’arrivée au corps n’est donc pas correcte.

La fiche matricule nous permet aussi de découvrir les circonstances de la blessure et sa gravité.

« Décédé le 27 mai 1915 Hôpital temporaire de Noeux les Mines B. de guerre. Blessé le 25-5-1915 à Calonne ouvrage de cornouailles (P.deC.) Plaie lombaire plaie mollet gauche. »

CaptureAD36_MoulinPaul2

A priori, le dit « hôpital temporaire » n’est pas connu du service de Santé du 9e Corps d’Armée, il s’agit donc vraisemblablement du H.O.E. de Noeux les Mines, cité plus haut.

Le cliché représentant une scène d’enterrement, nous sommes donc dans les heures qui suivirent ce 27 mai 1915. Les corps furent ensuite emmenés au cimetière de Noeux les Mines.
Paul MOULIN y repose encore de nos jours.

 

SepNoeuxlesmines_RI068_MoulinPaul

On notera le mauvais état de la croix de béton qui ornait la sépulture lors de la prise de vue en 2005.
Un nouveau cliché pris en 2022, nous confirme que la croix a, depuis, été réparée.

MOULIN Paul de cluis à noeud les mines 01 (1)_2
Cliché Bernard GATY - Alain GIROD

Son nom figure sur le Monument de Cluis dont voici 2 clichés

 P1060926 P1060928_1

 Sa fiche sur le Mémorial du département de l'Indre (Cliquez ICI)

 

Que se passa-t-il au 68e RI vers le 27 mai 1915? 

Pour découvrir ce qui se passa les 25 et 26 mai à la cité Calonne, il est possible de s’appuyer sur diverses sources, les plus intéressantes sont bien évidemment les Journaux de Marche et Opérations (J.M.O.) des unités concernées.
L’objectif de l’attaque est d’enlever le secteur appelé « Les Ouvrages Blancs » qui est un secteur que les troupes allemandes ont fortifiés. Une mine a été creusée sous les lignes allemandes en prévision de l’attaque. L’assaut est lancé à midi 10 au moment où cette mine explose. La charge s’effectua au son du tambour et du clairon.
Pour le détail, je vous renvoie vers le J.M.O. du 68e R.I. consultable sur le site Mémoires des Hommes.

Il est à noter que dans ce J.M.O., un croquis des positions d’attaque est consultable (Sa pagination ne correspond pas au calendrier et se retrouve en fin de volume)

SHDGR__GR_26_N_657__bis_24__0073__T
Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Un autre plan avec la numérotation des points d'attaques, est consultable dans la Journal de Marche du 9e Corps d'Armée.

Dans les "Armées Françaises pendant la Grande Guerre" sur Mémoires des Hommes, 2 cartes sont consultables et concernent les Ouvrages Blancs en cette période de mai 1915

AFGG_TIII_Carte3_ExtraitAFGG Tome III Carte n°3 (extrait) - SDH/MDH

AFGG_TIII_Carte2
AFGG Tome III Carte n°2 (extrait) - SDH/MDH

Pour résumer voici ce qu’en dit la version héroïque de l’historique du régiment :

Fosse Calonne, 25 mai. - Après une période de demi calme, le 25 mai, à ces hommes qui se sont battus sans discontinuer, qui ont passé l'hiver dans une mer de boue, aux hommes de l'attaque du 9 mai, on allait demander un nouvel effort.
Le 25, à 11h50, le 68e attaque les Ouvrages Blancs dans le secteur de la Fosse Calonne. Le 3e bataillon s'empare de la première ligne ennemie et s'y maintient pendant deux jours. Laissons parler le communiqué officiel qui dit :
« Les échecs subis hier par l'ennemi, dans la région d'Angres et au nord du massif de Lorette, ont déterminé de sa part une réaction extrêmement violente. On s'est battu furieusement dans la soirée et pendant la nuit; nous avons conservé tous nos gains. Nos troupes ont fait preuve d'un courage et d'une ténacité magnifiques. Les Allemands ont d'abord contre-attaqué l'ouvrage conquis par nous au nord-ouest d'Angres et ont multiplié, pour le reprendre, des efforts acharnés. Malgré le bombardement exceptionnellement intense auquel nous avons été soumis, nous avons gardé la totalité de nos nouvelles positions. »
Et la consécration de ce succès, c'est la citation à l'ordre de l'armée du 3e bataillon :
Le 3e bataillon du 68e régiment d'infanterie, le 25 mai, sous l'impulsion énergique de son chef de bataillon, le commandant Potron, s'est emparé d’un ouvrage allemand fortement organisé et vaillamment défendu; s'y est maintenu pendant quarante-huit heures malgré un bombardement très violent, défendant le terrain pied à pied contre de nombreuses contre-attaques allemandes qui lui ont fait éprouver de fortes pertes.

Ce que ne dit pas l’historique officiel, ce fut la contre attaque, les bombardements et ce furent surtout les pertes du régiment.
Voilà telles qu’il est possible de les visualiser sur le J.M.O. du 68ème RI

CapturePertesJMO
Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Et les voici telles que l’on peut les retrouver au travers des fiches du site Mémoires des Hommes :

CaptureMDHPertes

Paul MOULIN fut l’un d’eux.

Pourquoi le photographe était il là ce jour et pourquoi a t il pris ce cliché?

Le fonds Valois est un fonds photographique pris par des opérateurs patentés qui avaient pour but de documenter le conflit en cours.
Les clichés du fonds Valois nous intéressant possèdent tous un numéro de classement de la forme VAL304, VAL305, VAL306 …Cependant, il est à noter qu’il y a des discordances dans la numérotation des clichés. Ainsi, VAL305.066 date du 02/12/1917 alors que VAL305/064  date du 20/01/1918.

CaptureJCClassementValois

 

Pour notre petite enquête, les clichés sont situés en début de la série VAL305.
J’ai donc retenu une série de 42 photos, numérotées de VAL305/002 à VAL305/043 directement prises à Noeux les Mines et concernant la période allant du 21 mai 1915 au 23 mai 1915.
Ces 42 photos permettent de mieux visualiser le quotidien  d’une ville située juste à l’arrière de la ligne de front, les civils et surtout les militaires se côtoient.

Le fait marquant de ces journées pendant la période où fut présent le photographe des Armées fut un enterrement, mais pas celui de Paul Moulin et de ses camarades, mais celui du Général Jean Baptiste MOUSSY, qui était le chef de la 33e Brigade dont dépendait les 68 et 90e R.I.

Moussy

Son dossier de Légion d’Honneur sur la base LEONORE
Celui-ci décède le 21 mai 1915 à Grenay des suites de « Blessures de guerre ». Le J.M.O. du 9e Corps d’Armée, nous apprend que ses obsèques eurent bien lieue le 23 mai 1915 à 8h à Noeux les Mines.

CaptureJMO9eCA
SHD JMO 9e Corps d'Armée 26N131-2

 

Pour découvrir ce reportage photographique, je vous invite donc à vous rendre sur le site de la BDIC et de saisir les mots clés suivants dans le module de recherche :

VAL305 002, VAL305 003, …. jusqu’à  VAL305 0043 (Je vous laisse changer les valeurs dans la barre de recherche. Vous pouvez même continuer votre promenade en continuant la numérotation ... )

 

Une simple erreur de date en guise de conclusion?

Nous avons vu que si nous sommes sûr des dates de décès de chacun, tant général que simple soldat, il y a de fortes chances que l’opérateur se soit trompé dans la datation lors de la mise en album des clichés. Concernant la fiche matricule, l'erreur de date démontre l'importance des recoupemts et du danger de ne s'appuyer que sur une seule source pour établir un fait.
Hormis ces erreurs que je qualifierais cependant de bénignes, il est intéressant de voir comment à partir d’un simple cliché, et à partir des sources mises en ligne récemment, il est possible de faire parler les images, de décrypter de vieux clichés et surtout de faire ressurgir la vie de ces combattants, mais aussi leurs morts.
Il est aussi à signaler qu'il est toujours agréable de se promener au gré des clichés souvent de qualités que ce fonds Valois contient.

 

Au terme de ce message, je tiens à saluer Stéphan AGOSTO, il comprendra. 12 ans, mon petit gars!
OK, c'était plutôt vers le 30 décembre, mais je préfère m'y prendre un peu à l'avance.

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20 septembre 2022

Louis Meunier, le tambour-major du 90e (réactualisé 2022)

Régulièrement, je trouve de vieilles photos du 90ème RI. Il s'agit là d'une marotte parfois onéreuse, mais pleine de rebondissement. Bien que n'étant pas très physionomiste, il m'arrive de retrouver certains visages régulièrement.

Le dernier en date est un moustachu du 90ème RI. Pas n'importe lequel, un sous officier de la musique du régiment de Châteauroux. Par deux fois, j'ai diffusé son portrait via ce blog, mais cette fois, un troisième cliché le représente à nouveau. On fini par s'attacher.

Voici donc le tambour-chef Louis Meunier:

RI090_SousOff_Musique1909

Pourquoi lui? Où l'ai-je déjà vu?

Notre première rencontre se fit via l'album du régiment de 1904:


RI090_SousOff_Musique1904

Ensuite, deux cartes-photos me permirent de l'identifier nommément. Ces deux clichés le représentent avec ses hommes pendant des pauses casse-crôutes effectuées lors de manoeuvres en 1909 et 1910.
La carte de 1909 dont j'avais effectué la mise en ligne l'été dernier, est de sa main et permet de lui donner un nom.

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Pique-nique de la musique du 90e RI - 9 juin 1909

 


63146676_p

 

Celle trouvée il y a moins d'un mois est celle qui a été le déclencheur de ce rapprochement. Encore lui! me suis-je alors dis.
Toujours en pîque-nique, voici à nouveau notre tambour-major:

63146750_p 63393071_p

Louis Meunier, tambour-major de 1904 à 1910 connut il le conflit? La réponse malheureusement est très certainement oui, mais en l'absence de données concrètes, il est difficile de plus repondre.

 

Rajout 30 juin 2011

Décidement, il y a des personnes comme le tambour-major Louis Meunier qui me poursuivent. Récemment, j'ai à nouveau mis la main sur une nouvelle carte où ce dernier apparait.

RI090_EcoleMusique_Recto_Resize

L'intitulé "90e d'Infanterie - l'Ecole" est clair et précis. Notre tambour-major a en charge la formation des clairons et tambours du régiment.

La correspondance au verso est de l'ordre privé, mais nous permet de déterminer des éléments sur notre chef de musique.
Léon est vraissemblablement marié. La carte est signée "Julie Jeanne et Léon" et débute ainsi "Chers cousins". Nous sommes bien dans le cadre d'une correspondance familiale, mais rien ne certifie qu'il s'agisse bien de notre tambour, d'autant que se prénommant Louis, il serait bizarre de signer Léon.

RI090_EcoleMusique_Verso_Signature

En réalité, il s'agit de la deuxième de ce type. Sur la précédente, je n'avais pas prêté attention à la signature "JJ et Léon"

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Dans les deux cas, la carte est adressée à la même famille (Cousins, famille) ou peut-être des amis.

A quand de nouvelles informations concernant Louis Meunier? Je ne sais. En attendant, je passe le blog en mode "vacances" et vous retrouverai certainement aux alentours de fin août, début septembre.

Rajout 20 octobre 2012

Il y a des personnes qui vous poursuivent, Louis Meunier est de ceux-là.
Regardez bien, il est là au centre de cette carte des sous-officers du 90e RI en 1906, au premier rang.

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Il s'agit donc de la quatrième photo où apparait notre tambour-major favori.

Rajout 12 juin 2015

Décidemment Louis Meunier devient la mascotte du forum. Il y a moins d'une semaine, j'ai trouvé un cinquième cliché le concernant. Ce cliché possède le même tampon encreur que sur le cliché en extérieur diffusé en 2011 où se trouve indiqué " 90e d'infanterie - L'école"

RI090_EcoleMusique1_RectoNB

CaptureMeunier1

Malheureusement, le texte accompagnant ce dernier cliché n'apporte pas d'élément supplémentaire.

Rajout 20/09/2022

Dernière nouvelles, une petite mise à jour s'impose. La fiche matricule retrouvée aux AD36, il est possible de prénommer notre tambour major. Nous avons là Louis MEUNIER, natif de Châteauroux et qui épousa aussi à Chateauroux, en 1901, Albertine Jeanne BEAUDET.
Je reviendrai plus tard avec des données complémentaires.


Sources:
Collection personnelle de l'auteur

 

 

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25 août 2022

« Je compte encore du 587 demain matin après le jus et la Fuite » Alexandre Loppe, les fantômes de la classe 1911

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Il est une classe d’âge que je m’efforce d’étudier, c’est la classe 1911 car elle est celle qui resta certainement le plus longtemps sous les drapeaux. Après avoir effectué un relevé statistique complet de la classe 1911 du recrutement de Châteauroux, j’avais étudié l’été dernier un cliché lié au conseil de révision à Levroux, de cette même classe.

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Cette année, je souhaite m’intéresser à un cliché récemment acquis qui concerne un soldat classe 1911 du 90e RI pendant l’année 1913, au-delà, je souhaite suivre son parcours qui fut particulier. Je vais donc m’appuyer sur un cliché souvenir de manœuvres terrain et dont la correspondance est datée du 9 février 1913, à Châteauroux.

Tout d’abord, certains lecteurs me demanderont pourquoi utiliser le terme de « fantômes » dans le titre de l’article ? Il s’agit là de ma première impression lorsque je découvris le cliché (voir photo ci-dessus). La présence de la brume, les visages flous et parfois tout juste visibles m’ont immédiatement donné cette impression. Cette impression se renforça toutes ces études et surtout tous ces soldats sont mes fantômes de cette période. On les connait, on les ignore, on les découvre, on les oublie. Ils ne me laissent pas indifférent.

C’est donc pour cela que j’ai entrepris l’étude du cliché, de la correspondance et ce d’autant que le soldat « expéditeur du courrier » était parfaitement identifiable et de la classe 1911.
Voici donc la carte que nous allons analyser :

MontageCPA_1

Un groupe de 20 soldats pose pour le photographe alors qu’ils sont en sortie terrain et qu’ils sont en train de manger. Un point particulier est à signaler dès à présent. Concernant l’image entière, on note la présence d’un repère que j’avais sciemment enlever dans le cliché « fantôme ». L’expéditeur du cliché se signale, il est donc aisé d’identifier LOPPE Auguste. Je reviendrai un peu plus tard sur son cas personnel.

Dans le détail, le groupe est constitué de 20 soldats, sur la plupart des uniformes, aucune marque nette de grade est visible. Seul le soldat assis à côté de la gamelle est un caporal. Dans tous les cas, nous avons affaire à des militaires du rang.
L’unité est rapidement identifiée, il s’agit du 90ème Régiment d’Infanterie, qui est en garnison à Châteauroux (Caserne Bertrand)

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Même s’il y a ici plus de personnes que dans l’effectif théorique, nous avons vraisemblablement ici affaire à une section d’infanterie. Suivant les règlements, l’escouade est l’élément organique le plus simple d’un régiment d’infanterie, elle est composée de 13 à 15 soldats et on trouve un caporal à sa tête (effectif de guerre). Cet effectif est ramené à 8 soldats en temps de paix. La structure de temps de paix est donc complétée au moment de la Mobilisation par l’arrivée des réservistes des classes les plus récentes.
Dans l’organigramme régimentaire réglementaire, il est nécessaire d’avoir 2 escouades pour former une demi-section (Sergent), deux demi-sections pour former une section (Lieutenant, S/Ltn ou Adj.) et 4 sections pour former une compagnie (Capitaine).
Le règlement stipule très exactement:


Article II – Formations de la section, Rassemblement, Marche sans cadence.
134 – La section comprend 2 escouades en temps de paix et quatre en temps de guerre ; elle se subdivise alors en demi-sections.
La section se rassemble et manœuvre en ligne sur deux rangs et en colonne par quatre.

 

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L’idée de l’escouade est confirmée par le rôle que tient le caporal. Etant le plus gradé, il a pour responsabilité de s’assurer que son groupe est convenablement nourri, logé, …. Sur le cliché, son rôle de responsabilité est confirmé par son attitude. Il est à côté des deux gamelles et du bouthéon, s’assurant de la bonne cuisson.

S’il s’agit bien de 2 escouades de temps de paix, il devrait y avoir un deuxième caporal parmi les militaires présents, mais le cliché ne permet d’identifier clairement si d’autres grades sont présents.

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Le caporal à gauche (Galon rouge en diagonale de bas de manche)

Nous sommes vraisemblablement le matin et il s’agit de l’heure du jus ou bien celui de la soupe. Le repas semble léger.
Les quarts et les gamelles sont de sortie. On a aussi sorti les miches de pain qui viendront compléter l’alimentation. Certains ont sorti le couteau et s’apprêtent à couper allègrement les miches.

Chaque soldat, dans sa dotation individuelle se voyait remettre une fourchette et une cuillère. Ces couverts étaient règlementaires. Le couteau est individuel et chaque soldat se devait de se fournir son propre canif. Dans le cadre des attributions individuelles, ils se voyaient aussi attribuer un quart individuel modèle 1865 et une gamelle individuelle modèle 1852.
Le bouthéon et la grande gamelle sont des équipements collectifs typiques du bivouac. La dotation réglementaire prévoyait 2 jeux pour une escouade soit 2 grandes gamelles et 2 bouthéons modèle 1887.
Concernant les tenues, les effets d’habillement sont réglementaires, ainsi que les brelages, cartouchières, ceintures, musettes. Nous avons bien affaire à des appelés affectés dans un régiment d’active, ceci à mettre en opposition avec certains clichés montrant des réservistes en sortie terrain avec des équipements déclassés.
Un soldat possède une ceinture en bandoulière que je n’ai pu identifier. Si un lecteur de cet article a une idée …

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Ce type de cliché possède une symbolique importante. Si elle constitue un souvenir d’une manœuvre avec les « copains » de la classe, elle possède aussi une signification induite. Tous ces gestes sont importants. Les soldats au travers de leurs poses envoient un message au photographe ou plutôt aux destinataires du cliché. Ces destinataires seront bien souvent la famille.
« Tout va bien », « Regardez comme on mange bien » …

Sur le cliché, il est un personnage qui m’intrigue et qui est au premier plan au centre. Il ne porte aucune gamelle, aucun quart. Il n’a pas de marques de grade, mais son attitude, bien positionné au centre, traduit un personnage important pour le groupe. A la main, il semble avoir une sorte de carnet, peut-être un portefeuille. Une intuition me dit que nous avons là le commanditaire du cliché. Celui-ci, un peu plus fortuné que ses camarades, a hélé le photographe de passage et à effectuer la commande du cliché souvenir, tout en ayant prévu plusieurs tirages qu’il a ensuite remis à ses camarades proches.
Il est à noter que le passage du photographe n’était pas nécessairement fortuit. Non, dans la campagne berrichonne, on ne rencontre pas des photographes au détour d’un chemin. Certains de ces professionnels se déplaçaient en suivant les troupes et proposaient ainsi leur service photographique aux soldats rencontrés sur le terrain. Le militaire étant un bon client, avide de souvenirs du temps passé avec les « copains » de régiment.

Après avoir détaillé le cliché, intéressons-nous donc maintenant à notre expéditeur, Auguste LOPPE.
Commençons par l’étude du texte de la missive.

« Châteauroux le 9 février 1913
Chers oncle et tante
Je mets la main à la plume pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes et je désire que ma carte vous trouve de même. Vous pouvez dire que je suis un peu flémard pour vous écrire. Enfin je vous dirai que je suis bien accoutumé au métier par force je vous envoie ma tête un jour que l’on a boulotter en plein air.
Votre neveu qui vous embrasse Loppe Auguste au 90e de Ligne 11e compagnie Châteauroux (Indre) »

A ce texte, il ajoute « Je compte du 587 demain matin après le jus et la fuite »

Le texte est anodin, il n’y a pas grand-chose à en tirer, si ce n’est qu’il nous informe du nom de l’expéditeur marqué au recto et nous donne son affection dans une compagnie d’active. Nous avons bien affaire à un appelé au service militaire. A partir des données, sa fiche matricule est très rapidement retrouvée grâce à la première recherche qui consiste à se poser la question « A-t-il survécu au conflit ? » La réponse est rapide et négative. Il est décédé en 1918 au sein du 68e Régiment d’Infanterie, le régiment frère de brigade et basé au Blanc et à Issoudun.

SHD_archives_H330224R

A partir des données de la fiche Mémoires des Hommes, il ne reste qu’à rechercher la fiche matricule qui se trouve aux archives départementales d’Indre et Loire.

https://archives.touraine.fr/ark:/37621/lps9bj20vr34/14770b05-ec01-4a35-a91d-bd8d541731c2

Avant de continuer l’analyse, il est nécessaire de rappeler que l’effectif principal d’un régiment d’active, avant le conflit, n’est pas nécessairement lié le bassin local (départemental) mais qu’il faut chercher bien souvent dans la région militaire, voir la région militaire voisine. A titre d’exemple, la classe 1911 de recrutement Châteauroux se trouvait répartie ainsi au moment de son incorporation au service militaire (les proportions seront les mêmes au moment de la mobilisation d’Août 1914) :
Ainsi, pour les 1724 soldats du recrutement de Châteauroux, classe 1911, seuls 7,37% sont affectés au régiment de ce même bureau. 

MontageCPA_3

FDP_UnitésIncorporation_1

Présentons maintenant Auguste LOPPE et son parcours.

Auguste LOPPE (Loppé) est né le 27 octobre 1891 à Chenu dans la Sarthe, Il est fils de Auguste Pierre et de COMPAGNON Madeleine. Au moment de sa conscription, en mars 1912, il demeure à Villiers au Bouin dans l’Indre et Loire. Il demeure là avec ses parents. La conscription eut lieu au chef-lieu de canton à Château-la-Vallière pour une incorporation au mois d’octobre suivant. Sa fin de service militaire est donc programmée pour octobre 1914, la classe 1911 n’étant pas concernée par le passage aux 3 ans de service au lieu de 2.

CaptureFrise_Incorporation

Son niveau d’instruction lui permet une correspondance sans trop de fautes et d’une écriture aisée. D’après sa fiche matricule, il a un niveau d’instruction 3 (Sait lire, écrire et compter). Cette information était transmise par l’instituteur à la mairie au moment de la préparation des dossiers en vu du conseil de révision.
Il est donc incorporé au 90e Régiment d’Infanterie à compter du 8 octobre 1912.

Cela fait donc 4 mois que Auguste est sous les drapeaux lorsque le cliché présenté est pris. Notre soldat n’attend qu’une seule chose, la « Fuite » dans 587 jours, il compte déjà le nombre de jours qui lui reste à effectuer jusqu’à son retour à la vie civile en octobre 1914.

869_001_8619-envoyee-de-verdun-le-24-avril1914-le-pere-150-pour-la-classe-1911-ont-ils-pu-en-voir-le-terme

 

Mais très rapidement, la chance va tourner. Alors que tout va bien en février 1913, au moment du cliché, la fiche matricule nous apprend qu’en octobre 1913, Auguste est réformé n°2 par la commission de réforme de Châteauroux et ce pour « tuberculose pulmonaire ». La réforme n°2 sous-entend que la cause de réforme n’est pas liée au service. Il est donc renvoyé chez lui.

BNFGallica_ReformeN2_Septembre1915
Sources Gallica BNF

 

Arrive la tempête d’août 1914. Réformé, Auguste n’est donc pas concerné par la mobilisation au contraire de ses camarades restés au service, qui, eux, voient au fil du temps, disparaitrent leurs espoirs de libération pour octobre 1914.
Si Auguste n’est pas concerné par la mobilisation et l’entrée en guerre, il est très rapidement concerné par les conséquences de cette entrée en guerre. Au vu des très nombreuses pertes, il apparait très rapidement qu’il va falloir revoir les motifs d’exemption, de non-envoi au service armé. Il faut des renforts, quite à reconsidérer les modalités et les critères des exemptions jusqu'alors attribuées. Vulgairement, "on racle les fonds de tiroir".
Dans un décret en date du 9 septembre 1914, rappel tous les exemptés et réformés à passer devant un conseil de réforme afin de valider ou non la cause de réforme. Dans le cas de la non-validité de la cause de la réforme, le soldat est soit classé Service Armé, soit Service Auxiliaire.

BNFGallica_CommissionReforme_Septembre1914
Sources BNF Gallica

 

A ce titre, Auguste LOPPE passe devant le conseil de révision d’Indre et Loire le 12 octobre 1914. Le conseil maintient la cause de réforme liée à la tuberculose qui le rend inapte au service actif, Auguste reste donc chez lui.
Le temps passe, les pertes de l’armée française continue d’augmenter, la non présence au front de certains font que en 1915 avec la loi DALBIEZ puis en 1917 avec la loi MOURIER, la pêche à l’embusqué continue et se renforce. Des campagnes de presse sont régulièrement lancées pour débusquer l’embusqué.

La loi Dalbiez :

BNFGallica_LoiDalbiez1915
Sources BNF Gallica

https://combattant14-18.pagesperso-orange.fr/Club14-18/Methodologie/Dalbiez.html

N° 8961. - Loi assurant la juste répartition et une meilleure utilisation des hommes mobilisés ou mobilisables.
Du 17 Août 1915.
(Promulguée au Journal officiel du 19 août 1915.)

LE SÉNAT ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS ONT ADOPTÉ,
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE PROMULGUE LA LOI dont la teneur suit :

ART. 1erLes hommes qui, en vertu de l'article 142 de la loi du 21 mars 1905, sont autorisés à ne pas rejoindre leur corps immédiatement ou sont mis à la disposition des ministres de la guerre ou de la marine, ainsi que ceux placés en sursis d'appel pour le service des administrations publiques (État, départements, communes), seront, s'ils n'appartiennent pas au service auxiliaire ou à la réserve de l'armée territoriale, incorporés après avoir été remplacés conformément aux dispositions de l'article 2 ci-après. Si leur remplacement est de nature à entraver le fonctionnement des services, ils pourront être maintenus à leur poste, par une décision motivée du ministre de la guerre, sur la proposition du ministre compétent.

La loi Mourier:

BNFGallica_LoiMourier1917
Sources BNF Gallica

https://combattant14-18.pagesperso-orange.fr/Club14-18/Methodologie/Mourrier.html

N° 10762. - Loi relative à la visite, par les commissions spéciales de réforme, des exemptés et réformés du 20 Février 1917
(Promulguée au Journal officiel du 21 février 1917)

LE SÉNAT ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS ONT ADOPTÉ,
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE PROMULGUE LA LOI dont la teneur suit :

 ART. 1er. Tous les hommes exemptés ou réformés n° 2 avant la mobilisation, appartenant aux classes 1896 à 1914 incluse, qui ont été visités par application du décret du 9 septembre 1914, ratifié par la loi du 30 mars 1915, et maintenus dans leur position, seront soumis à l'examen de commissions de réforme, dont la composition est déterminée à l'article 2.
Ces hommes devront faire, dans le délai de quinze jours à partir de la promulgation de la présente loi, une déclaration de situation militaire à la mairie du lieu de leur résidence actuelle.

 

A propos de la « chasse aux embusqués », je conseille la lecture de l’article Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Embusqu%C3%A9

Pour la troisième fois, Auguste passe donc devant une commission de réforme, celle d’Indre et Loire, qui le 26 mars 1917 le déclare apte au service. La tuberculose pulmonaire qui le frappait a soit été guérie, soit à été ignorés par le conseil de révision. Ce d’autant qu’il s’agit au réformé de fournir les pièces justificatives prouvant sa maladie et donc sa réforme.
Auguste est donc rappelé au service au sein du 66e Régiment d’Infanterie de Tours, qui est d’ailleurs son unité départementale où il arrive le 23 mai 1917. Par décision de la 9ème Région Militaire, il passe au 68e RI à compter du 18 octobre 1917. Sur la fiche matricule, rien n’indique le moment où celui-ci est affecté en première ligne.
Sous le drapeau du régiment d’Infanterie du Blanc, il participe aux combats et tombe le 25 août 1918 à L’Orme de Montécouvé, dans l’Aisne.

A propos de la bataille de l’Aisne et des combats de l’Orme de Montécouvé, les participations des 68 et 90e RI
http://indre1418.canalblog.com/archives/2020/04/23/38226082.html

Que devint Auguste Loppé ? Aucune dépouille ne fut rapatriée, aucune dépouille ne fut inhumée tant au pays que sur le champ de bataille.
la transcription de son décès est bien dans les registres de l’état-civil de Villiers au Bouin (37), cette transcription est accessible via le site des Archives Départementales de l’Indre et Loire.

AD37_19190622_TranscriptionActeDC
Sources AD37

Auguste figure sur le monument de Villiers au Bouin (37).

MonumentVilliers_0

On notera au passage sur ce monument récent que Auguste LOPPE est classifié sous l’entête de la bataille de la Somme (sic).

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Auguste Pierre LOPPE (1891-1918)

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Le cimetière provisoire de Montécouvé

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Général Dubail, Maréchal Fayolle, "La guerre racontée par nos généraux" (1920).

 

Quelques sources consultées ou à consulter:

  • Manuel d’Infanterie à l’usage des sous-officiers et caporaux – Editions Charles Lavauzelle – 1911
  • Mirouze – Dekerle – L’armée française dans la première guerre mondiale – Uniformes, équipements, armements (Tome 1) – 2007
  • Gazette des uniformes – L’uniforme du Poilu 1914-18 HS n°19 – 2005
  • Gazette des uniformes – L’équipement du Poilu 1914-18 HS n°24 – 2008
  • Indispensable, le site de Arnaud Carrobi: https://combattant14-18.pagesperso-orange.fr/
  • Le scandale des embusqués. Le Parlement français dans la tourmente (1914-1918) – Charles Ridel 2008https://www.cairn.info/revue-parlements1-2008-2-page-31.htm
  • Les monuments aux Morts - Lille3 https://monumentsmorts.univ-lille.fr/

 

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01 août 2022

A Châteauroux, Le Blanc, Ardentes, Argenton et Eguzon: Les témoins de la mobilisation d'août 1914.

En novembre 2014, un cycle de conférence se tint à Châteauroux sous l’égide du Centre de recherches, d'études et de documentation de l'Indre (CREDI). Jean Pierre Surrault, président du CREDI, me confia la lourde tâche de faire l’ouverture de la journée, en ayant pour mission de présenter la mobilisation militaire d’août 1914. Après en avoir écouté la captation audio qu'un ami et collègue en avait fait, je me suis replongé dans les témoignages d'alors. Ce fut très rapide car, ceux-ci sont peu nombreux et de plus, sont assez brefs. Ils méritent cependant une mise en valeur.
La conférence avait fait l’objet d’une publication en 2016, au travers d’un ouvrage reprenant les versions écrites de chaque intervention. Je ne vais pas reprendre ici mon texte d'alors, mais juste en extraire la partie liée aux témoignages, juste histoire de hûmer et d'apprécier le parfum de cette période.

Le 1er août 16h00, un télégramme annonçant la mobilisation pour le lendemain est envoyé par le Ministère de la Guerre. Les unités militaires sont destinatrices de ce télégramme qui est aussitôt transmis au chef de corps.

Capture21_JMO90eRI
L'arrivée du télégramme à la caserne Bertrand de Châteauroux- SHD Journal de Marche du 90eRI 

 

En parallèle, ce télégramme est envoyé dans toutes les brigades de gendarmerie de France, chaque brigade de gendarmerie correspondant à un canton. Aussitôt, les gendarmes sortent de leur coffre-fort les enveloppes contenant les consignes à tenir en cas de mobilisation générale.
Dans cette enveloppe, les gendarmes trouvent un certain nombre d’affiches qui sont à placarder dans les communes desservies par la brigade. L’affiche de la mobilisation est accompagnée de celle ayant trait aux réquisitions. Avant d’être placardée par les gendarmes, l’affiche, d’un type imprimé en 1904, est complétée de la date effective de la mobilisation.
Une fois avertie soit par télégramme ou par les gendarmes, les municipalités font sonner le tocsin pour avertir les habitants du drame se jouant.

A propos de l'arrivée dudit télégramme dans les communes et de l'apposition des affiches de mobilisation, il est intéressant de se reporter aux documents mis en ligne par le site "Le Blanc 1418 à travers les archives"

CaptureTelegrammeLB CaptureAfficheLB
Extraits sources:  "Le Blanc 1418 à travers les archives"
Cliquez sur les images et profitez-en pour regarder en amont et en aval du message du 2 août

En même temps, du côté d'Ardentes et de Châteauroux, voici comment Eugène Hubert, l’archiviste départemental, décrit la situation :

P1060970
Notes Eugène Hubert AD36 R971

"Samedi 5 heures du soir - Ardentes. Proclamation de la mobilisation : vicaire d'Ardentes sonnant du clairon ; un des chantres, Aucouturier, en bras de chemise, battant du tambour, suivi d'une troupe de gamins ; le tocsin... Tristesse générale ; groupe de femmes les yeux mouillés de larmes, grande résignation, grand élan parmi les groupes d'hommes... Idem à Châteauroux. Temps superbe, sur la route d'Ardentes à Châteauroux, les moissons à peine commencées, trois faucheuses mécaniques seulement aperçues sur la route. Vers Clavières, à 5 heures, un conducteur de machine me dit « on prend mes chevaux après demain » (donc il était déjà avisé de la réquisition).
Châteauroux, samedi soir, voir Journal du Centre. Grand enthousiasme sur la place, retour de la retraite au flambeau, cris nourris de « Vive l'armée, etc ». Entrain admirable.
Samedi - Il est arrivé à Châteauroux, depuis midi jusqu'au soir, une quantité considérable de trains de voyageurs, venant de Paris, les vigies, les water-closed, les fourgons, pleins de voyageurs comme dans le métro. Dimanche, idem. Capitaine Beulay parti le dimanche pour Le Blanc à 5 heures ; pas de billet de quai.
De samedi, bruits stupides - Attaque par les Prussiens du fort de Longwy, 30 000 Allemands massacrés, 3 000 Français. Zeppelin allemand crevé par un avion qui se laisse choir dessus à Belfort (tirage au sort des aviateurs qui devront sacrifier leur vie pour détruire les dix zeppelins allemands (voir « la guerre fatale »). De tous côtés, on arrête : Châteauroux, des espions allemands qui déboulonnent les rails et placent des cartouches de dynamite pour faire sauter le pont de Notz et le pont de La Châtre. L'espion prussien, officier (pont de La Châtre), sera fusillé ce soir au verger le 4 août 1914. Alabonneau, mort depuis un an, a été tué le 2 août à Lothiers au moment où il déboulonnait les rails de chemin de fer et coupait les fils télégraphiques.

[Dimanche 2 août 1914]
À l'usine Balsan, les territoriaux et réservistes de la territoriale restent pour fabriquer du drap de troupe.
Prix des denrées - Tous se précipitent dans les épiceries pour acheter des provisions, le sucre est rare. Tandis que les Docs du Centre le vendent 16 sous au lieu de 14, Belloy le vend 24 sous. Les commandes d'épicerie sont tellement nombreuses que les épiciers ferment leurs boutiques pour avoir le temps de livrer. Je connais tel bourgeois qui le dimanche m'a montré une facture d'épicerie de 260 francs.
Idem pour le charbon sans augmentation de prix"

Notre archiviste départemental, soucieux et conscient du moment historique de l'instant, pousse son action de collectage jusqu'à récupérer des affiches et documents dans certains établissements réquisitionnés pour loger la troupe mobilisée qui ne cesse d'affluer à Châteauroux.

AD36_EugeneHubertAffiches_R971 Documents trouvés à Léon XIII - AD36 - R971 - Fonds Eugène Hubert

Au sud du département, une scène digne des grands moments des livres d'histoire se produit à Eguzon. On y joue l'union sacrée, elle y est de rigueur. Voici ce qu'écrit Alfred Garreau, le propriétaire de l'hôtel de France dans son journal, ce dernier est aussi officier de réserve et sera ensuite mobilisé au 65e Territorial de Châteauroux.

EguzonGarreau

« Eguzon 1 août 1914 La mairie est avertie par un télégramme, les affiches sont posées, le tocsin sonne, tous les habitants de notre petit bourg sont sur le pas de leur porte ; dans les rues, les femmes pleurent, et, pourquoi le taire, les hommes ont aussi les larmes aux yeux.
J
e cours aussitôt préparer mes effets militaires et faire ma valise, puis je redescends car je ne rejoins mon corps que le 2e jour, c’est-à-dire demain.
Dans la rue, je trouve Monsieur Dauthy, maire d’Eguzon, un vieil adversaire politique auquel je n’ai adressé la parole depuis bien longtemps. Il est très ému, me serre la main, et nous causons un moment sur la réconciliation nécessaire de tous les Français dans un moment aussi critique.
Triste soirée, que celle de ce 1er août 1914, car, quoique les affiches mentionnent : « La mobilisation n’est pas la guerre ! », nous savons bien que nous ne pouvons pas l’éviter. »

Capture23_IndependantBerry19140809
Indépendant du Berry 7août 1914 - BNF Gallica



Au même moment, cette fois, à Argenton, Raymond Rollinat, comme tous les jours complète ses carnets:

« Argenton, Dimanche 2 août 1914 premier jour de la mobilisation. Un détachement de 12 hommes réservistes du 90e vient à Argenton pour le service d’ordre de la gare.
Des commerçants d’ici ayant augmenté leurs denrées dès le début de la mobilisation, M. le maire, Léon Pacton, les a, de suite, rappelé à l’ordre … ».

Fait remarquable, en tant que photographe amateur, il réalise alors une série de clichés dont un, représentant le voisin de Raymond Rollinat, Eugène Brisse posant avec sa fille, devant l’affiche de mobilisation et celle des réquisitions et qui ont été collées sur la bascule du champ de foire, dès l’annonce de la mobilisation. Il photographia aussi le départ des réservistes à la gare d'Argenton.

text819

 Si Raymond Rollinat prend en photo le départ des mobilisés, il est intéressant de connaitre le témoignage de l'un d'entre eux, comme l’écrit Alfred Garreau, ensuite vint le temps du départ :

« Eguzon L’aurore du 2 août me trouva debout ; la nuit a été mauvaise, et il me fallait songer au départ. Je repris mon uniforme que j’avais quitté si peu de temps avant, mais cette fois pour combien de jours ? trois mois ? quatre mois ? la fin de l’année peut-être ? Dieu que ce serait long une telle absence loin des siens !
La voiture est prête, c’est fini, adieu à tous, et, avant que les larmes ne coulent, la route.
J’arrive à la gare. Déjà un certain nombre de réservistes sont là, et je décide de monter avec eux pour abréger la route. La plupart sont tristes d’avoir quitté femmes et enfants, mais le moral semble bon, et puis, ils espèrent que tout sera finit rapidement … »

 MontageEguzon_Gare


 

 Les soldats, les sous-officiers et officiers de réserve rejoignent donc leur garnison tant à Châteauroux, Le Blanc ou Issoudun, mais aussi parfois situées dans d'autres régions militaires. En chemin inverse, des berrichons de Paris, notamment, reviennent au "pays" et rejoignent directement les casernes du département. Il en est de même pour certains officiers de réserve appelés à former l'encadrement des 68e, 90e, ainsi que leurs régiments de réserve (268e et 290e RI) et territoriaux (65e et 66e RIT). Le même schéma se produit pour les unités castelroussines comme le 9e Escadron duTrain, le dépôt de la 9e Section d'Infirmiers Militaires ou au dépôt d'artillerie de l'avenue des Marins.
Ainsi, un officier parisien, le lieutenant Sohier, mobilisé au 290e RI et qui a déjà effectué des périodes d'exercices à Châteauroux nous raconte cette arrivée:

 "Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu’a l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante.
Puis ce sont les préparatifs du départ du régiment de réserve. Je suis affecté au service téléphonique. Il faut connaître les hommes, le matériel. Les hommes : braves gens sur qui on peut certainement compter. Le matériel : c'est avec cela qu'il faudra faire quelque chose ? Car je veux faire quelque chose, je m'imprègne de mon rôle, je pompe ma théorie. Dans la guerre moderne quel rôle merveilleux devra jouer le téléphone! Oui, c'est bien cela..., je vois, j'imagine les diverses situations possibles. Puis je regarde, morne, le matériel. Quatre vieux appareils et quelques bobines de fil verni, quasi rigide. Je reste rêveur, un peu découragé. On verra bien."

En parallèle, à Châteauroux, le sergent-fourrier Marc MICHON nous raconte sa « mobilisation » alors qu’il est déjà sous les drapeaux et s’en revient à peine d’une manœuvre au camp de la Courtine avec des éléments du 90ème RI.

"Au retour de la Courtine, que nous fîmes par voie ferrée, j’eus enfin la joie d’avoir une chambre pour moi tout seul. Par l’intermédiaire d’un camarade, j’empruntai cent francs à une banque de la rue Grande, afin de pouvoir m’installer confortablement. Je fis repeindre les murs, cirer le parquet et suspendis au mur une reproduction d’un tableau d’Eugène Delacroix que j’aimais beaucoup : « Entrée des croisés à Constantinople.
A peine avais-je fini mon emménagement qu’une avalanche nous tomba sur la tête. Le premier août 1914, vers cinq heures de l’après-midi, une affiche blanche était apposée à la mairie et à l’hôtel des Postes : La mobilisation générale était déclarée.
Le premier août au soir, je gagnais Buxières à bicyclette pour aller embrasser les miens. Mon père, lui aussi avait collé la grande affiche blanche sur la porte. A l’église, le tocsin sonnait sans arrêt ; ma mère, mes sœurs pleuraient. Dans la nuit, le cœur en écharpe, je regagnai la caserne Bertrand.
Longtemps à l’avance, le plan de mobilisation avait déterminé le poste que chacun devait occuper et fixé jour par jour, heure par heure, ce qu’il convenait de faire. Etant sergent-fourrier, j’étais appelé à prendre ce poste à la 19e compagnie du 290e régiment d’infanterie, le régiment de réserve du 90e. Ainsi le destin avait voulu qu’au lieu de partir à la guerre avec mes camarades de l’active, je fusse désigné pour combattre avec des réservistes.
Malgré les événements, déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie, mobilisation russe et allemande, puis mobilisation française, certains voulaient encore garder l’espoir. « La mobilisation n’est pas la guerre. » Mais je ne partageais pas leur optimisme.
Tout se passait dans l’ordre. La mobilisation avait été préparée jusque dans ses moindres détails et la machine, bien huilée, tournait rond. Les corvées partaient aux heures prescrites chez l’armurier, à la manutention, pour toucher armes, munitions et vivres. Je garde le souvenir de montagnes de boites de conserve et de sucre cristallisé et je n’ai pas oublié l’odeur poivrée des potages condensés, ni celle, entêtante de la naphtaline dans le magasin d’habillement.
Au jour et à l’heure dite, chacun remplissait la tâche pour laquelle, dès le temps de paix, il avait été désigné et, bientôt, tous nos réservistes furent habillés, équipés et armés. La 19e compagnie put alors se rassembler dans la cour du quartier, sous les ordres lieutenant De la Varenne, afin de présenter les armes au régiment d’active qui partait s’embarquer. Mes meilleurs camarades me quittaient, Vidal, Theuret, Couvrat et Lavaud qui venait d’être admis à Saint-Maixent et avait été nommé aspirant la veille.
Un jeudi, mon père vint au quartier pour me voir une dernière fois. Je l’accompagnai dans la rue George Sand jusqu’à l’angle de la rue de la Manutention. Le moment était venu de se quitter. Il ma prit dans ses bras et, d’une voix qui tremblait d’émotion, me dit : « Va mon petit, fais ton devoir ». Puis, après m’avoir glissé deux Louis dans la main, mon père s’éloigna d’un pas lourd, sans se retourner pour ne pas me montrer ses larmes et je revois ses épaules un peu voutées qui marquaient tout le poids de sa peine.
Quelques jours plus tard, le treizième de la mobilisation, le tour arriva pour le 290e de s’embarquer. Entre deux haies serrées de femmes, d’enfants, de vieillards, sous les acclamations, nous gagnâmes la gare au pas cadencé".

marc-michon
Marc Michon (1893-1982)




 

RI068_Mobilisation_3eSectionMitrailleuses_Recto2
La 3ème section de mitrailleuses, au Blanc, la veille du départ pour le front

Monsieur Alexandre Triptolème
à Brissais Canton de Béruges
par Poitiers Vienne

J’ais reçu votre argent. Je vous en remercie beaucoup nous partons ce soir sur les 2 heures pour la frontière mais ne vous faites pas trop de chagrin pour moi car j’ai tout espoir de revenir
Votre fils qui vous aimera toujours Emile Triptolème
N’écrivez pas on ne peut déjà pas recevoir les lettres
Je vous conseille de garder cette carte avec précaution car ce sera un souvenir pour plus tard.


 

SIM009_9eSection_Phemoland_19140811_RectoNB
Une ambulance de la 9ème section d'Infirmiers en partance de Châteauroux


 

RIT066_1914_DepartSoldats_recto


Des "pèpères" du 66e RIT du Blanc prêts à en découdre et à aller chercher la "tête à Guillaume"

C(h)er camarade je
par demain chercher la
tête à Guillaume pour
t en apporter un petit morceau
pour en faire manger les chiens


 

Pour des raisons de praticité, d'organisation, il n'était pas possible de faire venir tous les mobilisables dès le 2 août dans les casernements, l'appel se fit donc sur plusieurs jours jusqu'au 16 aout 1914 suivant le profil tant du soldat que de son unité à laquelle il était rattaché. La date étant indiquée sur le livret de mobilisation propre à chaque soldat "Mobilisable le 3ème jour ...".

 Capture31_TableauConcordance

Sources biblio:
Alfred GARREAU - Mes mémoires de guerre - Auto-édition familiale 2011
E. SOHIER - 1914-1915 - Auto-édition non datée
Marc MICHON - "Mes guerres et mes prisons" Imprimerie Lecante - Guéret 1980


 

109530664
Credi-Editions, 90 boulevard François Mitterand, 36000 Châteauroux Tel. 02 54 08 52 92.

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14 juillet 2022

Fêtes de la Victoire, le 14 juillet 1919 à Argenton et Clion

Après le conflit, vient le temps des commémorations, de la joie du retour des soldats, de la peine du retour des défunts. Les soldats survivants seront progressivement démobilisés entre novembre 1918 et juin 1920 pour les classes les plus "jeunes". Sur ce blog, nous avons déjà abordés le retour des unités par le biais du retour du 90e RI à Châteauroux le 24 août 1919. Concernant les défunts, des retours de corps furent organisés dès 1921, sous la pression des demandes de famille.

Cet été 1919 fut un long chemin mémoriel menant à ce retour. 6 mois sont passés et on fédère la population autour des soldats survivants, mais aussi autour de ceux dont ont fait le deuil.
Dans le cadre d'un autre message, nous avions évoqué les Fêtes de la Victoire qui se tinrent dans les communes avec pour exemple l'analyse des clichés du 3 août 1919 à Martizay.

Martizay: Fêtes de la Victoire, le 3 aout 1919 (Réactualisé 2020)

Aujourd'hui, je souhaite m'intéresser au premier volet de ces Fêtes de la Victoire qui se tinrent le 14 juillet 1919.
La Fête Nationale sert alors de moment de rassemblement autour des soldats et de l'armée française, tout en restant une fête populaire "traditionnelle", au contraire du 3 août 1919 plus réglementaire et plus mémoriel.

Pour débuter,  voici un cliché issu de ma collection personnelle et concernant Clion et sa version du 14 juillet 1919.
Alors qu'à Paris, le grand défilé de la Victoire est organisé et voit les troupes victorieuses défiler à l'Arc de Triomphe et sur les Champs-Elysées, dans les petites villes des défilés populaires sont organisés.

Une simple photo datée du 14 juillet 1919 à Clion (Indre) et son pendant actuel. La place présentée fut celle où le Monument aux Morts fut érigé. La décision de cette érection est validée par la commune dès juin 1919.

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Intéressons-nous maintenant à Argenton et aux clichés Rollinat. Pour cela, j'ai repris 4 clichés de Raymond Rollinat illustrant cette journée. Ces clichés permettent de visualiser l'implication de la population argentonnaise et d'aussi visualiser  divers éléments de la ville d'alors. 
Au fil de la journée, je compléterai donc le message en retranscrivant l'intégralité de ce qu'écrivit Raymond Rollinat en cette journée dans ses carnets et qui permettront de comprendre le contexte tant ses carnets sont détaillés. Je me limite donc volontairement à une explication sommaire du contexte argentonnais d'alors.


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Lundi 14 juillet.
cette nuit +5° soleil et nuages A midi, à l'ombre +21° A midi, pluviométrie Eau= 0,0
C'est aujourd'hui la fête de la Victoire. La population d'Argenton saura montrer son patriotisme. A 6h du matin, salve des canons de la ville. Dès 9h30, les sociétés et groupes se rassemblent sur la place de la République et se forme le cortège qui ira se rendre au cimetière pour honorer les morts des deux grandes guerres.
A 10h départ. En tête la compagnie de sapeurs pompiers, ses tambours exécutent les roulements funèbres réglementaires. Les enfants des écoles communales, ceux des écoles libres, conduits par les instituteurs et institutrices; les mutilés conduits par le président d'honneur, M. Fernand Gautier, capitaine de la Territoriale, chevalier de la Légion d'Honneur, décoré de la Croix de Guerre et 2 fois blessé, son président M. Jules Auclair, atrocment mutilé, son vice-présidentM. Auclair avec ses deux yeux de verre. C'
est avec émotion et respect qu'on voit passer nos jeunes hommes aux jambes de bois, aux bras artificiels rigides, malgré les progrès de la science orthopédique et facilement reconnaissables. Le drapeau de l'ancienne société de tir et de gymnastique, celui que nous avions, nous les vieux, dans notre jeunesse, du temps de feu M. Pierre Juillet, maire qui l'offrit et de mon regretté ami Paul Herpin qui dirigeait cette société. ce vieux drapeau voilà de crèpe est porté et encadré par les jeunes gens du groupe d'instruction et d'entrainement physiques d'Argenton.
M. Paul Hautreux, conseiller municipal faisant fonctions de maire, ayant près de lui M. Labruère, conseiller général du canton d'Argenton et président du conseil général de l'Indre et suivi de la fraction du conseil municipal non démissionnaire, tous les fonctionnaires , la gendarmerie, etc ... formaient un groupe qui précédait les pères, mères, veuves et enfants des soldats de la commune d'Argenton morts pour la France. Puis venaient les sociétés des combattants de 1870-1871, des vétérans des armées de terre et de mer avec leurs drapeaux voilés de crèpe; la société de secours mutuels et les autres sociétés de notre ville, les soldats permissionnaires et les soldats démobilisés; plus de 3000 personnes suivaient.
La magnifique couronne offerte par la ville aux morts de la guerre 1914-1919 et la superbe palme, aussi offerte par la ville aux morts de la guerre 1870-1871 étaient portées par les mutilés ou plutôt entre le drapeau de la société de tir et de gymnastique et le groupe de mutilés.
Au cimetière, MM. Paul Hautreux, Joseph Labruère et Fernand Gautier prononcèrent des discours. Ils parlèrent de l'effroyable guerre qui vient de se terminer par notre victoire, de nos morts, de nos blessés, de la bravoure, de la ténacité de nos admirables soldats, de nos alliés, de nos devoirs pendant les longues années qui vont suivre. Je me trouvais près du groupe des parents des morts et j'entendais les sanglots des mères et des veuves, je voyais les larmes couler sur la face des pères de ceux qui ne reviendront plus.
La couronne fut placée sur la croix de de la tombe du centre de la partie réservée aux morts de la guerre qui vient de se finir; la palme fut accrocher au monument élevé à la mémoire de nos morts de 1870-1871
La foule, recueillie, émue autant qu'il est possible de l'être se retira lentement du champ du repos.Je crois qu'Argenton ne vit jamais cérémonie plus imposante. Quoique cette cérémonie n'ait aucun caractère religieux, M. le curé d'Argenton y assistait; il était près du groupe des parents des morts.
Dans la matinée, à la mairie, du pain avait été distribué aux indigents et il y avait un concours de tir pour les jeunes gens deu groupe d'instruction et d'entrainement physiques, aprsè les devirs rendus aux morts, les jeunes gens continuèrent le concors de tir.
A 1h30, allant vers le Nord, passe un train de voyageurs et à marchandises, vides et en grande partie démolis
Au train de service de 3h47, un wagon de soldats français armés et équipés.
De 3 à 4h30, courses de bicyclettes au champ de foire; foule énorme; balançoires, chevaux de bois, loteries sur les promendes et le champ de foire. A 4h30, concours de bicyclettes fleuries, défilé en ville et au champ de foire, c'est Mlle Germaine Tissier, ma voisine qui a remporté le 1er prix. A 6h, place de la République, mat de cocagne. La musique d'Argenton s'est fait entendre au cimetière, au champ de foire et sur la place de la République. La musique dans la matinée avait attendu le cortège au cimetière et avait joué une marche funèbre ...
Dans la soirée, illuminations et concert sur la place de la République; la musique joue ses plus brillants morceaux et les enfants des écoles chantent des airs patriotiques. Jamais la place de la République n'a été aussi bien illuminée. La façade de la mairie, le kiosque resplendissent de feux [illisible] des guirlandes d'ampoules électriques traversant une partie de la place, face au Pont-Neuf et à la rue Gambetta. nombre de maisons sont illuminées à l'électricité et à l'aide de lanternes vénitiennes dans la plupart des cas. Foule énorme au concertsur la place, ensuite les [illisible] se rendent aux Promenades, brillamment illuminées à l'électricité et aux lanternes multicolores en papier; on se bouscule aux loteries, aux chevaux de bois; par sacs, les confettis sont lancés sur les promeneurs. Au restaurant du champ de foire, la jeunesse danse.
Il a été impossible de se procurer un feu d'artifice, mais sur le champ d efoire, des tubes fortement chargés lancent des bombes qui éclatent en l'air. Pendant la plus grande partie de la nuit, les tapage dure. Les parents des morts de la guerre étaient pour la plupart restés chez eux."

Ensuite, Raymond Rollinat note des nouvelles de France et du Monde.

 

Le premier cliché:
Place de la République, le bâtiment des Docks du Centre qui deviendra bientôt le nouveau bureau des Postes a subi un incendie l'année dernière, la toiture a complétement disparue. Le kiosque de musique est visible sur la droite, il sera remplacé par le Monument aux Morts, décidé en 1920 et inauguré en 1922.
Aucun soldat n'est visible sur le cliché (contrairement au 3 août 1919 à Martizay). Sur les 13 plaques photographiques existantes de ce moment, trois soldats "bleu horizon" seulement sont visibles. Les drapeaux sont ceux des associations patriotiques locales et donc portés par des "civils, soit anciens combattants, soit mutilés démobilisés. La couronne de fleurs est identifiée comme étant portée par les mutilés démobilisés. Elle sera déposée au cimetière d'Argenton en hommage aux combattants.

Le deuxième cliché:
Au cimetière communal, après avoir déposer les fleurs et couronnés au pied du monument 1870-1871, les civils viennent fleurir les tombes de soldats décédés qui sont regroupées dans ce qui sera le futur carré militaire du cimetière d'Argenton.

Le troisème cliché:
Au devant de l'ancien hôtel de vielle et actuel siège du syndicat d'initiative (et du Cercle d'Histoire d'Argenton) sur la place de la République, les 6 candidates au concours de bicyclettes fleuries

La quatrième cliché:
Sous les ombrages de la place du champ de foire, la foule regarde et encourage les coureurs dans la ligne droite traversant le champ de foire. 

 

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Mlle Germaine TISSIER, 1er prix du concours de bicyclettes fleuries du 14 juillet 1919

 

Merci au Cercle d'Histoire d'Argenton pour la mise à disposition des clichés. J'invite les personnes intéressées à se procurer le fascicule "Argenton sur Creuse 1914-1918 La guerre au jour le jour" auprès du Cercle d'Histoire d'Argenton

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Posté par Indre1418 à 10:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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