Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

26 mai 2018

La garnison du Blanc (vue par le guide de l'officier d'infanterie)

Autour de 1900, des guides étaient publiés afin de présenter les différentes garnisons françaises aux officiers d'active recherchant une nouvelle affectation.
Ainsi, on pouvait se procurer le "Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie".

 

(Mes copies sont non datées, si vous avez quelques informations de dates précises concernant ce document, merci de me contacter)

 

"LE BLANC (68e régiment)

Situé sur la Creuse, le Blanc est un chef-lieu d'arrondissement de l'Indre de 7.000 habitants environ. Le climat y est sain et tempéré malgré les brouillards fréquents du printemps qui séjournent le matin dans la vallée.

Le Blanc possède un vieux château transformé en école primaire de garçons. A 500 mètres à l'ouest de la ville se trouve un viaduc, ouvrage d'art remarquable d'une longueur de 520 mètres et de 45 mètres de haut, qui relie les collines des deux rives de la Creuse et sur lequel passe le chemin de fer de Poitiers au Blanc.

LeBlanc_Chateau

La ville possède un collège de garçons, deux pensionnat de jeunes filles, un laique et un religieux.

La garnison comprend un bataillon du 68e et une compagnie du 4e bataillon.

Le séjour au Blanc est, assez agréable; la ville offre peu de relations mondaines, mais les habitants se montrent affables envers l'armée. Les officiers mondains trouvent des distractions dans les nombreux châteaux des environs.

Les bords de la Creuse présentent de beaux paysages. On y fait de belles promenades et la plus intéressante est celle de Fontgombault, où se trouve une abbaye de trappistes importante, située à 9 kilomètres de la ville

Fontgombault_Abbaye

Les amateurs de pèche et de chasse trouvent à satisfaire leur passion, le pays est giboyeux et la Creuse est une rivière des plus poissonneuses.

Les pensions sont bonnes à 75 francs pour les lieutenants et 80 fr. pour les capitaines.

Les logements garnis se paient 30 fr. et les officiers mariés trouvent facilement des maisons coquettes avec jardins depuis 300 fr. jusqu'à 1.000 fr.

Les vivres ne sont pas chers; les boucheries ne possèdent du bœuf qu'une fois par semaine.

Les communications sont difficiles dans toutes les directions. On met 7 heures pour aller à Paris (333 kilomètres) 2 heures pour aller à Poitiers (61 kilomètres), et 3 heures pour se rendre à Tours (110 kilomètres)".

Blanc_Caserne

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La garnison d'Issoudun (vue par le guide de l'officier d'infanterie)

Autour de 1900, des guides étaient publiés afin de présenter les différentes garnisons françaises aux officiers d'active recherchant une nouvelle affectation.
Ainsi, on pouvait se procurer le "Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie".

(Mes copies sont non datées, si vous avez quelques informations de dates précises concernant ce document, merci de me contacter)

Le 68e RI avait depuis son installation dans l'Indre, deux garnisons, une au Blanc et l'autre à Issoudun. Soit 90 km entre les deux composantes du régiment.

 

"ISSOUDUN (68e régiment)

Garnison. - La garnison ne comprend que le 68e Régiment d'infanterie (État-major, deux bataillons et deux compagnies du 4e Bataillon). La portion centrale du régiment est au Blanc.

Le bataillon du Blanc est relevé tous les deux ans, la compagnie du 4e Bataillon qui s'y trouve également, n'a pas été encore relevée.

 

Description.- Issoudun (les Issoldunois), est la première sous-préfecture du département de l'Indre avec une population de 14.000 habitants.

La ville est bâtie sur la Theols, rivière peu importante dont les bords marécageux ont été assainis dans certaines parties et transformés en jardins fertiles.

La contrée est humide, malgré la rareté des brouillards: le climat y est tempéré et se rapproche de celui de la Touraine.

Issoudun, après avoir eu des seigneurs particuliers, fut achetée en 1221 par Philippe-Auguste. Pendant les guerres de religion, La Châtre s'en empara par trahison au profit de la Ligue, mais la garnison qu'il y laissa, fut expulsée par les habitants. Pendant la Fronde, elle prit le parti du roi et fut mise en cendres.

Issoudun possède trois places mal entretenues, un boulevard peu fréquenté et un joli petit jardin où joue la musique du 68°, deux fois par semaine. La ville est boueuse et mal bâtie. Quelques rues seulement sont pavées.

Issoudun présente peu de curiosités par suite de l'incendie presque totale de la ville, sous Louis XIII. Saint-Cyr, la seule église paroissiale, est inachevée et située au centre de la ville. Le vaste et magnifique établissement des Missionnaires du Sacré-Cœur avec sa riche basilique, attire à Issoudun de nombreux pèlerins, notamment le 8 septembre.

 

 

Issoudun_SacreCoeur

 

 

Moyens de communication. - Issoudun est à 236 kilomètres de Paris, sur la grande ligne Paris-Limoges. La durée du trajet, est de 4 heures environ.

 

Alimentation. - Les officiers ont leur cercle au café du Théâtre, sur le boulevard Baron.

Les pensions sont bonnes et leurs prix modérés : 75 francs pour les lieutenants et 80 francs pour les capitaines. Les vivres ne sont pas chers. principalement les volailles.

 

Logement. - Les logements garnis se paient 30 francs environ. Les officiers y trouvent des maisons, la plupart sans jardins, dont le loyer varie de 500 francs a 1300 francs.

 

Industrie et commerce. - La principale industrie de la ville est la parcheminerie, on y trouve également plusieurs tanneries, des moulins importants et deux malteries.

 

Enseignement. - Issoudun dépend de la faculté de Poitiers et possède un collège de garçons, un établissement secondaire de garçons dirigé par les frères du Sacré-Cour, une école de frères de la doctrine chrétienne, une école laïque pour les filles et un pensionnat tenu par les Sœurs de la Charité de Bourges.

 

Distractions. - Les distractions d'Issoudun sont peu nombreuses et les relations mondaines presque nulles. D'ailleurs, les habitants se montrent indifférents pour ne pas dire hostiles envers les étrangers et principalement envers l'armée. Les officiers du 68e ont organisé un lawn-tennis qui est fréquenté assidûment.

La ville posséde un théâtre où viennent jouer de temps en temps des troupes de passage. Les représentations sont peu suivies.

Les environs d'Issoudun sont monotones, le pays est plat,dénudé et peu fertile. Les routes sont nombreuses et leur état d'entretien permet, en été, d'y faire des promenades en voiture, à cheval et à bicyclette.

Une forêt bien percée se trouve à 11 kilomètres de la ville.

 

Issoudun_Theols

 

 

Le pays est giboyeux, mais les chasses sont en partie gardées. La Théols ayant été empoisonnée, est peu poissonneuse, les amateurs de pèche vont satisfaire leur plaisir sur les bords de l'Arnon, rivière située à 10 kilomètres de la ville et qui renferme une grande quantité de poissons.

 

En résumé le 68e occupe une garnison médiocre, de plus les déménagements continuels présentent de grands inconvénients pour les officiers mariés".

 

Sources:"Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie"

 

Issoudun_Marche

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25 mai 2018

La garnison de Chateauroux (vue par le guide de l'officier d'infanterie)

Autour de 1900, des guides étaient publiés afin de présenter les différentes garnisons françaises aux officiers d'active recherchant une nouvelle affectation.
Ainsi, on pouvait se procurer le "Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie".

(Mes copies sont non datées, si vous avez quelques informations de dates précises concernant ce document, merci de me contacter)

"CHATEAUROUX (90e Régiment)

Garnison. - Au point de vue mililaire, Chateauroux fait partie du 9e Corps d'armée. Il est le chef-lieu de la 17e Division et de la 33e Brigade d'infanterie. Outre ces deux états-majors, la garnison se compose des corps et services ci-après :

Le 90e Régiment d'infanterie en entier (13 compagnies), le 9e Escadron du train des Équipages en entier (3 compagnies), le Dépôt de la 9e section d'Infirmiers militaires, une annexe d'artillerie, dépendant de l'école de Poitiers, un bureau de recrutement, une sous-intendance, une manutention militaire, un service du génie, le commandant et le trésorier de la gendarmerie de l'Indre ainsi que le capitaine commandant l'arrondissement.

Enfin, c'est à Châteauroux que doivent se former le régiment de réserve alimenté par le 90e Régiment d'infanterie, le 65e Régiment territorial d'infanterie, le 9e Escadron territorial du train.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut le régiment d'infanterie et l'escadron du train ne fournissent aucun détachement.

 

Description.-Châteauroux (les Châteauroussins) sic, chef-lieu du département de l'Indre, doit son nom au château (Château-Raoul) élevé sur les bords de l'Indre vers 927, par Raoul-le-Large, seigneur de Déols (localité existant encore aujourd'hui près de Chàteauroux, pour défendre ses États contre les invasions des Normands, qui signalèrent le règne de Charles-le-Chauve.

Autour de ce château qui fait aujourd'hui partie de la Préfecture vinrent se grouper peu à peu les divers établissements, et habitations qui devaient former plus tard la ville dont nous nous occupons, laquelle ne comptait encore à l'époque de la Révolution que 8000 habitants (actuellement 24000).

 

Chateauroux_Prefecture

 

Lors de la division de la France en départements, Châteauroux fut choisi comme chef-lieu par les électeurs de l'Indre, au détriment d'Issoudun qui réclamait également cette faveur comme ayant une population supérieure de 2000 habitants environ, mais occupait une situation moins centrale.

Suivant le mode adopté à cette époque, de doter chaque département d'un evéché, il en fut institué un à Châteauroux, mais il fut supprimé deux ans plus tard au profit de l'archeveché de Bourges.

Les principales curiosités de Châteauroux sont le château, élevé, comme nous l'avons dit plus haut, vers 927, détruit par un incendie en 1366 et reconstruit quelques années plus tard. Pendant la première période, ce château eut à subir deux sièges, très importante, le premier par le roi Philippe-Auguste en 1187, le deuxième par le Prince de Galles en 1356. Ni l'un ni l'autre ne purent s'en rendre maître, et ce dernier pour se venger de son échec, incendia la ville. Depuis sa reconstruction, le château servit de prison pendant 23 ans à Claire Clémence de Maillé-Brézé, nièce de Richelieu, épouse du prince de Condé qui l'avait répudiée.

C'est également dans ce château qu'est né le 18 mars 1773 celui qui devait être plus tard le fidèle compagnon d'exil de l'empereur Napoléon 1er à Sainte-Hélène, le célèbre général Bertrand, dont une statue orne aujourd'hui une place de la ville, à laquelle on a donné le nom de Sainte-Hélène. Une plaque commémorative en marbre, indique encore aujourd'hui la chambre où est né le général Bertrand.

Signalons encore : l'église Saint-André, élevée sur une très grande place, près de la gare, et dont la vue frappe les voyageurs arrivant de la direction de Paris. Bien que de construction récente, son architecture et son style gothique, ainsi que sa situation spéciale au milieu de la plus grande place de la ville, en font un monument d'un très joli effet. L'église Notre-Dame également récente, est moins curieuse.

L'hôtel de ville, datant de la Révolution, est sans style particulier. Il s'y trouve une bibliothèque assez importante.

Enfin on peut encore citer le jardin public où va jouer la musique deux fois par semaine; une partie de ce jardin a été plantée récemment.

La vieille ville est bâtie le long de l'Indre et sur l'élévation qui domine cette rivière, au sud. Une des plus anciennes rues de la ville longe son cours et porte son nom. Des maisons construites sur le côteau, on domine toute la vallée vers Déols et Saint-Christophe. A sa sortie de la ville, l'Indre coule devant les bâtiments de la Préfecture et l'ancien château où sont aujourd'hui réunis tous les services de cette dernière, elle longe ensuite une superbe avenue plantée de marronniers puis enfin passe devant le parc et la manufacture Balsan"

Les habitants de Châteauroux sont les Castelroussins.

"Moyens de communication. - Châteauroux est à 363 kilomètres de Paris. Des trains très commodes faisant le trajet en 4 heures environ permettent de partir le matin et de revenir le soir en passant presque toute la journée à Paris. Il existe en outre des communications faciles avec Orléans, Tours, Poitiers, Limoges et Montluçon, permettant ainsi de partir aisément dans toutes les directions. 

Alimentation.- La vie pour les ménages parait relativement bon marché, surtout lorsqu'on vient du Nord ou de l'Est. Il faut ajouter que les personnes arrivant du Midi disent généralement le contraire. On peut s'approvisionner assez facilement en toutes sortes de choses.

Les officiers ont un cercle de garnison assez bien installé, situé au-dessus du grand café, au centre de la ville. Les pensions sont bonnes et les prix varient de 75 à 90 francs.

Logement. - Les logements garnis coûtent de 23 à 35 francs pour deux ou trois pièces. Il n'y a pas en général d'appartements pour les officiers mariés; la plupart occupent des maisons particulières, dont les prix s'élèvent de 600 à 1.900 francs.

Le loyer s'augmente dans certains cas, de l'impôt des portes et fenêtres et de l'abonnement à l'eau de la ville. Dans le centre on ne trouve guère d'habitations ayant un jardin, ou alors il est généralement exigu.

Industrie et commerce. - Au point de vue industriel, Châteauroux peut être considéré comme un centre relativement important. On y trouve plusieurs ateliers de construction de machines agricoles, une fonderie, plusieurs brasseries, une fabrique de biscuits, une importante manufacture de draps, une sucrerie, l'atelier de confection des magasins des 100000 chemises, de Paris, enfin la manufacture des tabacs qui occupe plus de 1400 ouvriers.

 

Vue d'ensemble

Enseignement. - Châteauroux dépend de la Faculté de Poitiers et possède un lycée de garçons, assez renommé ou l'enseignement est divisé en classique et en moderne. On y reçoit les enfants, dés l'âge de 5 ans, dans des classes spéciales fort bien dirigées.

Chateauroux_JeanGiraudoux

Une école normale primaire d'instituteurs et d'institutrices. Un cours secondaire (d'enseignement) pour jeunes filles avec, comme au lycée, une classe enfantine. Des établissements primaires privés, laïques et religieux en assez grand nombre pour garçons et filles.

Cultes. - On trouve dans la ville trois paroisses Saint-André, Notre-Dame et Saint-Christophe; il existe aussi plusieurs chapelles, dont une tenue par des Pères Rédemptoristes. Il y a également un temple protestant.

Distractions.- Les distractions sont peu nombreuses et les rues désertées de bonne heure. Les officiers n'ont d'autres ressources que les quelques relations mondaines qu'ils peuvent se créer dans le monde officiel et dans quelques familles de la ville et des environs où ils sont assez bien accueillis.

Le théâtre, peu confortable, ne possède pas de troupe permanente. Pendant l'hiver, des artistes de passage viennent jouer les pièces à succès de la capitale, mais réussissent assez rarement à faire de bonnes salles, les officiers comme les familles aisées avant le loisir, en raison des communications assez faciles, de voir ces mêmes pièces sur les scènes parisiennes.

 

Chateauroux_Theatre

Pendant la belle saison, les amateurs de bicyclette ou de cheval trouvent une compensation dans les nombreuses promenades qu'ils peuvent faire dans les environs. En effet si Châteauroux n'offre par lui-même rien de bien attrayant à ses visiteurs; ceux-ci peuvent se dédommager en se transportant à quelques kilomètres dans les environs. Des routes magnifiques partent dans toutes les directions et les cyclistes surtout peuvent en donner tout à leur aise, le Berry abondant en sites et en châteaux remarquables et très curieux. En descendant vers le sud, on rencontre la vallée de la Creuse et de ses affluents qu'il est regrettable de voir tant ignorée des touristes Français. Dans cette région, on se trouve au milieu des merveilles si bien décrites par George Sand; on peut aisément en vérifier l'exactitude et revivre ainsi presque tous ses romans.

Les cavaliers peuvent trouver dans la forêt, située à quelques kilomètres, des promenades tout à fait agréables, parmi les superbes et nombreuses avenues qui la sillonnent dans tous les sens.

Les excursions à pied sont moins faciles et les amateurs de grand air qui veulent s'en aller un peu loin, sont obligés de combiner leur promenade en faisant une partie du trajet en voiture ou en chemin de fer. Un tramway électrique est bien projeté pour se rendre au bord de la forêt, au Poinçonnet (le Robinson de Châteauroux), mais rien ne fait encore prévoir l'époque de son exécution.

Les amateurs de pèche et de chasse trouvent facilement les moyens de satisfaire leurs plaisirs. L'Indre est très poissonneuse et peuplée de presque toutes les espèces de poissons. La Creuse et ses affluents renferment de belles et excellentes truites.

 

Chateauroux_Chasse

Chateauroux_Peche

Les environs de Châteauroux sont très giboyeux et si l'on ne peut que difficilement se procurer de chasse personnelle, il est assez facile d'obtenir des invitations qui peuvent donner d'autant plus de plaisir que, outre le gibier commun, on peut souvent tirer le faisan, le chevreuil, le sanglier et même le cerf. De nombreux marais permettent aussi de tirer le gibier d'eau qui s'y rencontre en abondance, En résumé, à part les distractions qui y sont vraiment trop rares, Châteauroux est une assez bonne garnison, offrant l'avantage, si considérable pour les ménages, de ne pas être exposé à changer continuellement pour le roulement des détachements et permettant de trouver sur place a peu près toutes les choses essentielles, tant pour les moyens d'existence que pour l'éducation des enfants".

Sources:"Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie"

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09 mai 2018

9 mai 1915 - Attaque de Loos par Marcel Carpentier "C’est une folie. Mais c’est l’ordre" [Réactualisé]

Avec les beaux jours, les idées d'une grande offensive reprennent. Le 9e CA par le biais entre autres des 68 et 90e RI prend sa part dans les offensives d'Artois. Voici ce qu'en rapporte l'officier Carpentier:

9 mai 1915. Nous nous mettons en route à 2 heures du matin. Les hommes ont touché deux jours de vivres de réserve. Une heure après, le bataillon est en position derrière le crassier 7bis.

Les deux premiers bataillons sont premières vagues d’assaut. L’objectif est le village de Loos et la cote 70 qui domine ce village.

 

 Loos_Montage

A notre gauche, le 114e, à notre droite un régiment de réserve. Vers 4 heures du matin le bombardement devient intense loin à notre gauche, dans le secteur des Anglais.

C’est un bruit sourd ininterrompu, comme un roulement de grosses voitures. Devant nous les canons de tout calibre continuent leur œuvre de destruction. Les 155 nettoient les tranchées. Les 270 écrasent Loos.

 

Les batteries de 75 tirent par rafales.

L’ordre d’attaque arrive. C’est pour 10 heures. Je monte sur le crassier pour observer la bataille. La journée est splendide, le ciel limpide. Depuis le matin, nos avions tournent au-dessus de nos positions, repérant les batteries ennemies qui ne répondent que mollement. Autos-canons et autos mitrailleuses, avec leurs escortes de cyclistes, se placent derrière le crassier, prêts à intervenir. Devant moi le champ de bataille se déroule dans toute son ampleur. A notre droite, le crassier double s’avance, menaçant, vers nos lignes. Au fond, les cités St Pierre et St Laurent.

En face, la cote 70, Au pied de la cote 70, Loos, avec son double pylône de fer. Vers la route de Loos, les tranchées sont assez rapprochées, 150m à 200m environ, mais elles s’écartent jusqu’à 600m à la droite du bataillon d’attaque.

 

 

Loos_9mai2015 007le 9 mai 2015, j'y étais

 

 Les batteries tirent de plus en plus vite. 9h50 Plus que dix minutes. C’est un enfer. La tranchée allemande disparaît dans la fumée des éclatements d’obus. Plus que cinq minutes. Les hommes assujettissent leurs baïonnettes, chacun est à son poste.

Plus que trois minutes…, deux minutes…, une minute…
1
0 heures. Une tête, puis deux, puis à perte de vue toute la ligne sort, et se précipite tête baissée. C’est sublime. Elle avance … avance … et disparaît dans la fumée. L’artillerie a allongé son tir. On saute la première tranchée, et nous voici à la deuxième ligne. Très peu de pertes jusqu’à présent. Mais à droite et à gauche les choses n’ont pas été si bien. La droite de notre bataillon d’attaque n’a pu atteindre son objectif, arrêtée par les feux croisés des mitrailleuses du crassier double et du chevalement de Loos, et est restée entre les deux lignes, couchée dans les herbes.
Il faut rester là pour le moment.  Les prisonniers commencent à affluer. Ils ont l’air complètement abrutis par le bombardement et filent tête baissée tout le long des boyaux.

11 heures. L’artillerie allemande se ressaisit et nous arrose de 105 fusants. Mon bataillon reçoit l’ordre de se préparer. Nous voici dans la parallèle de départ. Les nouvelles circulent déjà. Tués : le commandant Robillard du 1er bataillon ; sous lieutenant R… de la 1ère compagnie ; lieutenant M… de la 4e et combien d’autres ! Du résultat de l’attaque rien de bien précis.

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Sépulture du Commandant Robilliart au cimetière de Bully Grenay

15 heures. Le 2e bataillon reçoit l’ordre d’attaquer. C’est une folie. Mais c’est l’ordre. Les Allemands sont à 600m ; il n’y a pas eu de préparation d’artillerie. Donc aucune chance de réussite.  Malgré cela les hommes partent avec un ensemble remarquable. Cent mètres plus loin, la 5e compagnie était couchée toute entière entre les lignes ; son capitaine, Paquet, tué. La 8e compagnie, avec le capitaine de Froment, suit la route de Loos.Le capitaine est tué ; le sous-lieutenant B… est blessé. La 7e compagnie n’est pas plus heureuse.

17 heures. Le commandant Royné m’appelle à son abri. J’y retrouve les autres commandants de compagnie. Le commandant est sombre. « Mes amis, nous dit-il, nous allons attaquer ! » « Mais c’est de la folie, nous récrions nous ! N’y a-t-il pas assez de morts depuis ce matin ? »
Il n’y a plus rien à faire, nous le sentons bien. L’attaque est enrayée ! Il faut la reprendre demain, profiter de la nuit pour remettre de l’ordre dans les unités, prendre liaison avec l’artillerie ! Attaquer maintenant, c’est nous envoyer à la mort et pour quel résultat ! Le commandant Royné a écouté en silence le capitaine de Verdalle qui parlait en notre nom à tous. Il hoche tristement la tête. « Tout cela, je le sais. Je l’ai dit au colonel. Il n’y a rien à faire. C’est l’ordre. Le colonel Alquier lui-même a protesté auprès de la division sans succès. L’ordre a été maintenu On a l’air de croire en haut lieu que nous avons peur ». Quelle ironie ! Se faire tuer pour la France dans une attaque bien montée, oui ; ce matin, par exemple, avec l’espoir au cœur. Se faire tuer ce soir, avec la certitude que cela ne servira à rien, c’est trop bête … Mais c’est l’ordre ! Et pour quelle heure, mon commandant, l’attaque ? 17h30. Décidément ces gens de l’état-major sont fous. Nos compagnies ne sont pas en place, et il est 17h25 ! Justement quelques coups de canons passent au-dessus de nos têtes ; c’est ça la belle préparation annoncée à l’extérieur ? En tout cas, nous ne sortirons pas cette fois-ci, puisque nous sommes tous au PC du commandant et que nos compagnies ne sont pas prévenues. C’est toujours cela de gagné !

La sonnerie grêle du téléphone retentit. Le commandant Royné prend l’appareil. C’est le colonel Alquier. Nous devinons le dialogue : « Eh bien Royné, et l’attaque ? Impossible, mon colonel, prévenu trop tard, les compagnies n’étaient pas prêtes. J’insiste sur ce que je vous ai dit tout à l’heure. C’est de la folie ; nous allons nous faire hacher sans profit aucun. – Je le sais, mon pauvre ami ! Mais c’est l’ordre ! Je vais encore faire effort à la division et vous rappellerai ».
Nous attendons anxieux. C’est notre sort qui se dessine, vie ou mort !
Le téléphone ! – Le commandant bondit à l’appareil, nous scrutons son visage Il se rembrunit. Nous avons compris. « Bien mon colonel » dit il. Il repose l’appareil. « Nous attaquerons à 18 heures ». Alors j’ai une idée. « Mon commandant, à 18 heures nous allons tous y rester. Il fait encore jour. Laissez nous attaquer à 19 heures, de nuit, sans préparation d’artillerie. Au moins si nous ne réussissons pas, nous aurons moins de pertes ! » Le commandant Royné réfléchit un instant. « J’accepte, dit il. Retournez à vos compagnies ». 17h55. Notre artillerie commence la préparation avec quelle imprécision ! 18 heures … nous ne sortons pas.

18h15. Un agent de liaison arrive essoufflé. Il y a contre ordre mon lieutenant. On n’attaque pas ! Quel soupir, mais tout de même, si nous avions exécuté l’ordre, combien d’entre nous seraient étendus sans vie entre les lignes !

Un bataillon du 68e vient relever notre 2e bataillon.

 


 

Message de l'auteur:
A l'heure où ces lignes sont diffusées sur le blog, en 2015, j'étais présent à Loos en Gohelle. En effet, à 10h30, en ce 9 mai 2015, un hommage était rendu aux soldats de la 17e Division par la municipalité de Loos en Gohelle et les autorités locales, par le biais de l'inauguration d'une plaque souvenir sur le lieu même de cette attaque du 9 mai.
Dans l'après-midi, je me rendais dans les secteurs du Bois en Hache et Lorette, notamment
.

 

Loos_9mai2015 020

 

 

Sources: Général Marcel Carpentier "Un Cyrard au Feu" Berger Levrault 1964
Remerciement Spécial à Olivier Jupon pour ses sources documentaires.

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9 mai 1915, Christian Mallet au 90e RI "J'ai la responsabilité de la vie de 50 hommes."

9 mai 1915. 4 heures et demie du matin. - Ordre me vient de mettre mes hommes en ligne. Une compagnie du génie prend place avec nous pour creuser un boyau aussitôt que nous aurons débloqué. Loin sur la gauche - probablement du côté des Anglais le canon crache sans interruption : c'est un grondement sourd, mais ininterrompu.
A 5 heures un quart, pas d'ordre d'attaque; il commence à se faire tard. Le canon tonne toujours à gauche, mais les nôtres restent silencieux. Je donnerais cher pour savoir!

7 heures. - Voici les ordres : l'attaque à 10 heures juste. Pas de signal, toutes les montres sont réglées. On sortira tous ensemble à la même heure de la tranchée. Nous bombardons violemment pendant une heure, nais comme c'est trop peu, on doit bombarder de 9 à 10. Les grosses bombes à ailettes font un tonnerre; on les voit monter dans l'air comme des volants, et retomber à terre légèrement; on croirait qu'elles vont rebondir, mais elles éclatent aussitôt, comme un volcan en miniature qui ferait éruption.
Pour la deuxième fois, je m'étonne d'être si calme. Je ne peux pas réaliser que dans quelques instants (qu'est-ce que deux heures?) il va y avoir une course éperdue, un corps à corps, des cadavres hideux et défigurés, et peut-être la mort pour moi. Je n'ai qu'une idée fixe, c'est que tout marche bien. Je me souviens que j'ai la responsabilité de la vie de 50 hommes.

Loos_Geoportail2

13 mai 1915. - Blessé au début de l'attaque, seul survivant de tous les officiers de la compagnie et d'une compagnie voisine, appartenant au ... régiment de ligne, j'ai cependant pu continuer à commander jusqu'à 8 heures du soir, et j'ai écrit ce qui suit à Rennes, à l'hôpital auxiliaire n°101.
Je reprends les événements depuis le moment où j'ai interrompu mon journal dans la tranchée, c'est-à-dire une heure environ avant l'attaque.
A 9 heures, je précipite la solution d'ammoniaque. Tous les hommes y trempent leur tampon. Chacun a ses bombes; pendant que j'achève les derniers préparatifs, les obus et les bombes semblent écraser les lignes ennemies. Le bruit assourdit, la fumée suffoque et aveugle. Je voudrais fermer les yeux pour repasser chaque scène de ce qui a suivi, et n'en oublier aucune. Je pense avoir vécu le summum de la vie pendant quelques instants.
A 10 heures moins le quart, toute la section est en ligne, sac au dos; la section du génie se colle contre le boyau du fond pour ne pas gêner nos mouvements. Placé au centre, je sors ma montre : encore dix minutes. J'appelle à haute voix : « Cinq minutes, deux minutes », . Je regarde les hommes à la dérobée: je vois sur leur figure une expression tellement tendue, quelque chose de tellement fixe, que cela ressemble à une transe.
Au moment où je crie : Plus qu'une demi-minute, j'aperçois la gauche de la compagnie qui part; ils ont quelques mètres d'avance sur moi. Il faut à tout prix conserver la liaison Je crie : « En avant! » et je cours droit à la première ligne allemande sans rien voir, sans rien entendre. J'ai vaguement conscience que le 75 n'a pas encore allongé son tir, mais nous ne sommes plus nos maîtres : ce sont des milliers de volontés fondues, qui tendent vers le même but, comme aveuglément.
J'arrive aux premiers fils de fer allemands et me retourne : tout le monde a suivi. Mes hommes sont là, sur mes talons. Une seconde après, nous bondissons par-dessus le parapet de la première ligne ennemie. Je hurle : N'entrez pas dans les boyaux, la tranchée est vide, il n'y a plus que des isolés; emparons-nous des deuxièmes lignes ».
Les capotes bleues font un bond en avant, on voit luire toutes les baïonnettes. Sous le soleil brûlant, le ciel n'a pas un nuage. Maintenant, nous entrons tête baissée dans la zone de l'enfer.
Il n'y a pas de mot, pas de son, pas de couleur qui puisse en donner une idée. Pour nous empêcher d'avancer, les Allemands font un tir de barrage. Il faut entrer dans une sorte de vapeur suffocante; on pénètre dans des gerbes de feu où éclatent percutants, fusants, bombes, et à des intervalles si rapprochés que le sol s'entr'ouvre à chaque instant sous les pas. Comme dans un rêve, je vois les petites silhouettes enivrées par le combat, qui chargent au milieu des panaches de fumée.
Des Allemands épouvantés, pris entre leurs feux d'artillerie et nos baïonnettes, surgissent de partout; les uns crient « Grâce! » , les autres tournent en rond comme des fous; d'autres se jettent sur nous pour nous repousser.
Les obus ont fait des ravages dans les rangs. J'ai vu des groupes de cinq ou de six, fauchés, broyés. Un instant j'aperçois P..., le caporal, à la tête d'un groupe d'hommes, et j'oublie tout pour lui crier : « Hardi, bravo, P... ! ». Son fusil fait des moulinets. Son torse d'hercule moulé dans un maillot de laine, il est monté sur un tertre. Insouciant des obus et des balles, il semble l'incarnation même de la guerre; sa terrible baïonnette ruisselle de sang. Toute ma vie je le verrai, se détachant contre le ciel bleu, tête nue, couvert de sueur et de sang, entraînant les autres au carnage.
Ma section et moi, nous progressons toujours. Nous sommes à quelques mètres des dernières lignes allemandes. A chaque pas maintenant surgissent des uniformes gris. Je décharge mon revolver à droite et gauche. Il y a des plaintes, des cris noyés dans le bruit infernal de la lutte.
Dans une seconde nous allons occuper les dernières positions ennemies. Ce qui reste de ma section me suit aveuglément ; je mets le pied sur le parapet, et je crie : « En avant, les gars, nous y sommes ! ». Mais il me semble qu’on me donne un brutal coup de crosse dans le dos ; je lâche mon revolver et la bombe de cheddite que je tenais de la main gauche, et je roule au fond d’un trou d’obus.
Je suis touché.
Dans un éclair, je me souviens d’une phrase de mon ordonnance, entendue hier par hasard : « S’il arrive quelque chose au petit lieutenant, on ne le laissera pas en arrière » ; et l’instant d’après le brave garçon, blessé lui-même au bras, est à côté de moi, avec deux ou trois autres qui me portent jusque dans le boyau. Devant nous, plus rien : pas une défense, pas un réseau de fils de fer. Nous avons conquis les lignes allemandes jusqu’aux dernières limites.
Nous commençons immédiatement à nous retrancher. Tous les hommes qui ne creusent pas des abris veillent. Nous nous demandons par où les Allemands vont tâcher de nous déborder, car nous ne connaissons rien des tranchées  conquises. Tout à coup j’en vois deux qui débouchent d’un petit boyau, baïonnette en avant. Je brûle la cervelle du premier ; le second, un véritable gosse de seize ans environ, a une expression d’épouvante que je n’oublierai jamais. Il hurle, et son cri strident fait frémir ; mais le coup est parti, et il tombe, figure contre terre.
Pendant toute l’attaque, pas n instant je n’ai aperçu le commandant de la compagnie, et je me demande où il se trouve. Mon sergent-major m'annonce que le commandant du bataillon et lui sont tués; le lieutenant D... est grièvement blessé; il ne reste plus que le lieutenant R... et moi à la compagnie. R... prend le commandement. Assis sur le parapet, il surveille les préparatifs de défense. Le canon s'est tu... Seul, le sifflement des balles se fait entendre, et des cris d'alarme s'élèvent : « Attention à gauche, attention à droite, ils viennent par tel boyau, etc ».
Une balle frappe R... en pleine tête; il roule à mes pieds, et je reste seul pour tout commander. Blessé moi-même, le sang me coule dans le dos et mes mouvements se paralysent. Mes hommes veulent que je m'en aille; je me raidis avec une énergie de désespoir. Quelqu'un me passe un flacon d'éther, et je m'accote contre un parapet. Je suis seul, j'ai encore toute ma tête, je resterai là, advienne que pourra.
Jusqu'à 2 heures, rien. On creuse fébrilement des abris pour tirer; des parados pour protéger la tranchée prise en partie en enfilade. Jusqu'à la route tout va bien, mais à partir de cet endroit, la liaison est rompue; le reste du 90e est en arrière, et, parallèlement à moi, à quelques mètres, les Allemands ont conservé leurs positions. Ils sont là tout près, sans qu'on puisse les voir, cachés, terrés, prêts à bondir sur nous.
Impotent au fond de la tranchée, je transmets mes ordres qui sont exécutés par tous, avec une présence d'esprit remarquable.
Les heures s'écoulent, lentes, énervantes. Le soleil brûle la tranchée, des cadavres ont pris une teinte jaune foncé, et les blessures sont horribles.
Pour arrêter nos renforts, les Allemands bombardent en arrière des premières lignes. Dans les boyaux où sont massés le génie, le 125e et le 66e, cela doit frapper dur. Dans la tranchée même, des bombes tombent en avant ou en arrière; j'ai trois hommes de tués. G... a la tête emportée.

Midi. - Une sorte de détente. On s'arrête un peu de travailler, les hommes fouillent les cagnas ; P... m'apporte des cigares; Henri Clay, des cigarettes égyptiennes. M... me fait un pansement sommaire en passant sa main dans le trou de ma capote. L'ouverture est large comme le poing, je souffre horriblement.
Le sergent-major et moi, nous explorons pourtant le secteur conquis; les boyaux sont défoncés par les obus. A de certains endroits, on se trouve en terrain découvert pendant vingt-cinq mètres; à d'autres, les cadavres obstruent le boyau. Sur notre passage, quelques Allemands, couchés sur le dos, en plein soleil, ouvrent les yeux et disent : « Ich durste ». Pas le temps de s'arrêter, le bombardement peut reprendre d'un moment à l'autre et il est urgent de trouver un moyen de communiquer avec le colonel.
Quand je reviens parmi mes hommes, je ne trouve rien de changer. Le brave M... veille sans arrêt. La tranchée qui barre la route est consolidée, on y a placé une mitrailleuse. Je prends le commandement d'une compagnie à ma gauche qui n'a plus d'officier.

Une heure et demie. - Une sorte d'agitation, de frémissement, court d'homme en homme ; on dirait que toute la compagnie a reçu une secousse électrique, et pourtant pas un cri encore, pas un coup de fusil; tout le monde a compris néanmoins que la contre-attaque allait se déclencher.
Je suis littéralement émerveillé de la bonne humeur et de la gaieté qui règnent. Je veux dire quelques mots aux hommes sur leur conduite, mais je n'ai guère besoin de soutenir leur moral. Ils me ferment la bouche en criant : « Vive le lieutenant! » J'ai trop d'émotion pour leur répondre.
Tout à coup la fusillade éclate. Elle part sans hésitation, nette et brutale. On sent que ce n'est pas une fusillade due à l'énervement des hommes tirant dans le vide, mais que chacun vise un objectif. Je regarde à la jumelle dans la direction; c'est sur ma gauche, à trois cents mètres environ. Les Allemands, qui sont maîtres d'un boyau perpendiculaire à la tranchée, en débouchent et tentent de se ruer sur nous en colonnes par quatre. Ils ne gagnent pas un pouce de terrain. Chaque fraction de quatre est fusillée, foudroyée.
Il n'est que juste de rendre hommage à ces soldats. Toute leur compagnie y a passé, pas un ne s'est relevé, mais pas un n'a reculé. La deuxième contre-attaque se produit sur la droite dans les mêmes conditions. Les Allemands sont massés dans le boyau parallèle à la route. Un peu plus tard enfin, sur la gauche encore, l'ennemi profite d'un petit bois pour y concentrer les hommes et tenter par là une sortie arrêtée net.
Ils ont l'air de se résoudre à faire ce que nous faisons. Avec le périscope, on les aperçoit jusqu'à la ceinture. Ils fument et ils attendent. Il fait mauvais mettre sa tête au dehors. M... est couché juste en face du parapet, dans l'herbe, la figure contre terre. Il a déjà une couleur de cire, je le ferai ramasser cette nuit.

3 heures. - Le colonel m'envoie la 7e compagnie de renfort avec le capitaine D... ; je lui fais part de mon désir de rester à l'emplacement où je me trouve. Ce sont mes hommes et moi qui avons conquis ce terrain, il est à nous. Le capitaine s'installe sur la droite; au moins, je ne suis plus tout à fait seul.
Le silence complet de l'artillerie allemande ne nie dit rien qui vaille. Il y a un va-et-vient de chariots sur la hauteur, qui me semble présager un renfort de munitions. Impossible, hélas, de communiquer avec les artilleurs. Assis dans le fond de la tranchée, je commence à sentir que ma tête s'en va. On me demande des ordres et j'ai beau me creuser la cervelle, je ne trouve plus ce qu'il faut dire. J'essaie de plaisanter avec les hommes : en réalité une tristesse affreuse m'étreint, je comprends que je ne sers plus à rien.

7 heures du soir. - Ordre d'attaque : « Le troisième bataillon va se porter à l'attaque du village de Loos, en prenant comme point de direction le clocher, et se reliant à gauche avec le ... . Les éléments de première ligne : 3e, 7e, 4e et 8e compagnies, seront poussés en avant par le bataillon d'attaque. Se préparer à faire ce mouvement le plus tôt possible, mais attendre l'ordre de départ pour l'exécuter ». Signé : A...
La nuit descend rapidement. Désireux de parler au colonel avant la nouvelle attaque, si le passage est praticable, je passe le commandement à M... ; ma blessure me fait terriblement souffrir. Il me semble qu'on me tire l'épaule gauche et qu'on l'écartèle. Je doute d'arriver, mais je sais ce qu'on peut faire sous l'empire de la volonté. Hélas, je ne devais plus revoir la compagnie, pas plus que je ne devais réussir à trouver le colonel.
Chemin faisant, je vais comme un homme ivre, vacillant d'une paroi de boyau à l'autre. Tantôt, il faut franchir des pyramides de cadavres, tantôt sortir du boyau complètement, parmi le sifflement des balles et le fracas des obus qui éclatent de tous côtés. Je songe avec une certaine mélancolie à la bêtise d'être tué là, tout seul, après avoir été si miraculeusement protégé pendant le combat. Je rencontre des hommes du génie, des prisonniers, des messagers; chacun se hâte, pressé, et à chacun je répète automatiquement la même phrase : Prenez garde, je suis blessé, ne me bousculez pas. Je me demande si c'est possible de souffrir plus que je ne souffre. Une sorte de gémissement ininterrompu s'échappe de ma bouche, je n'y vois plus clair; je marche comme dans le délire.
Je tourne plusieurs fois autour du même secteur; je demande à tout le monde où est le colonel. On me dit : Quel colonel? Je ne sais plus, et puis tout devient très vague; je rencontre deux hommes, baïonnette au canon, avec trois prisonniers; ils me donnent du vin rouge et m'entraînent.
Nous passons une usine dont je vois les machines brisées se profiler dans la nuit; des brancardiers me ramassent et me portent au poste de secours voisin, d'où l'on m'expédie en ambulance aux brancardiers divisionnaires à Mazingarbe, où je passe la nuit.
L'ambulance est plongée clans une obscurité complète par crainte d'être repérée. Nos grosses pièces de 120 long tirent tout près. A chaque coup qui part les murs tremblent et les vitres sonnent. On se croirait encore en pleine bataille. Le bruit de la fusillade semble partir du jardin, et je conserve du spectacle que j'y ai vu le souvenir le plus sinistre de la journée.
Par terre, sur la paille, se détachant à peine dans la pénombre, les blessés sont alignés. On voit juste leurs silhouettes : des fantassins, des artilleurs, des tirailleurs algériens, sur lesquelles tranche le blanc des pansements, et parmi le fracas du canon, il s'élève une longue plainte et des gémissements coupés de phrases incohérentes. Tous délirent. Officiers et soldats revivent la bataille du matin, et l'on entend des commandements brefs, qui sont infiniment douloureux : « Marchez en tirailleurs, attention à droite! La mitrailleuse aux armes! » etc...
Je m'étends sur la paille dans un coin moins encombré, grelottant de fièvre. Le lendemain matin on nous embarquait pour Nœux-les-Mines, et, de là, nous prenions le train pour une destination inconnue.

FIN

Le sous-lieutenant MALLET, après une période de convalescence, il quitte le 90e RI en février 1916 et est alors affecté comme observateur à l'escadrille SPA15. En juin 1916, il passe alors à l'escadrille C43, toujours observateur.

015_Slt_Mallet_Obs
Le SLt Mallet à la SPA15 en 1916

 

 Sources: Etapes et combats, [Christian Mallet] – Plon - 1916

Sources http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrille015.htm

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08 mai 2018

8 mai 1915, le 90e RI en Artois "Un carnage se prépare pour demain!"

8 mai 1915. - Sauf contre-ordre, l'attaque devra avoir lieu demain, à 8 heures du matin, après quatre heures de bombardement consécutif. Il y a mille canons derrière nous, à raison d'une pièce pour battre 50 mètres de terrain.
Dans la matinée, rien. On distribue de nouvelles bombes (chaque homme en aura au moins une). A partir de 2 heures de l'après-midi, l'artillerie règle son tir, ce qui équivaudrait en temps ordinaire à un bombardement très violent.
De mon parapet, je suis les phases du réglage. Le redan de la route de Lens saute (2 heures), les défenses devant ma tranchée sont saccagées. En ce moment, 7 heures moins 20, l'artillerie tire un peu court. Les hommes ne peuvent manger la soupe dans le boyau, ils sont couverts de terre et de pailles d'acier, les corvées d'eau ont reçu des éclats; - deux blessés à la 5e.
J'ai touché pour ma section : 7 bombes asphyxiantes, 9 bombes Bezozzi, 48 grenades à main et 5 terribles bombes de cheddite que j'ai moi-même amorcées et dont je veux emporter deux échantillons sur moi.
Un carnage se prépare pour demain !  Je me souviens de la prophétie du père Johannés : « On n'enterrera plus que les grands princes et les grands capitaines; il y aura tant de morts et de blessés que les cadavres seront brûlés sur des bûchers, dont la flamme montera jusqu'au ciel! »

Sources: Etapes et combats, [Christian Mallet] – Plon - 1916

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04 mai 2018

Les soldats des Régiments Indriens (68, 90, 268 et 290e RI - 65 et 66e RIT)

A l'heure où le dépouillement et la saisie des données par l'élan @1J1P sont enfin terminés, et ce avant la fin des commémorations du Centenaire, on ne peut que regretter que la mise à disposition des données saisies par les indexeurs bénévoles, ne semble pas une priorité pour le Ministère.

En tout cas, félicitations à tous ceux qui participèrent à toute cette aventure. Ma participation se limita 4500 fiches saisies, mais l'essentiel est de participer.

Voici donc ma contribution complémentaire: la mise à disposition des données concernant les soldats des régiments d'Infanterie de l'Indre. Toutes les données des fiches ont été saisies, ainsi que divers renseignements complémentaires, ce, dès la mise en ligne des données sur Mémoires des Hommes en 2005.

Ces données permettent des statistiques intéressantes dont voici quelques exemples:

Les défunts des régiments d'Issoudun et Le Blanc (68 et 268e RI)
Capture

 

Le bilan de 1914
Capture1

 

Les origines des soldats des régiments indriens
Capture3

 

 Le monument aux morts virtuel des régiments indriens
Capture4

 

La répartition géographique et chronologique des pertes des régiments indriens
Capture1

 

Ces extractions permettent aussi par exemple de déterminer, à l'échelle locale, de petites statisitiques très parlantes:

RepartitionDate_DC_NatifsIndre_1

Capture14_RM1914_RepartDeces1914

CaptureCausesDECES


Ces dernières données issues d'un autre fichier concernant les soldats issus du département de l'Indre
http://indre1418soldats.canalblog.com/

 

Le fichier sources (en libre accès)
Merci simplement de citer vos sources

MPLF_Régiments_IndreListeInfanterie.xls

 

Si vous trouvez des erreurs, des manques, des oublis, merci de me les signaler
que j'incrémente le fichier avec de nouvelles données

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03 mai 2018

Le 9e Corps d'Armée dans la première bataille d'Ypres 23/10 au 31/10/1914 [Réactualisation 2018]

Après l'échec de la bataille de la Marne, l'armée allemande entreprend "la course à la mer". Les Français et les Anglais se positionnent, au fur et à mesure, en face des armées allemandes, en direction de la mer du Nord.
Dans la région d'Ypres, les dragons français (2e corps de cavalerie) arrivent le 14 octobre. Ils s'établissent, avec les territoriaux des 87e et 89e DI dans le secteur Zonnebeke-Passendale. Ils défendent Roulers, le 19 octobre, puis se replient, sous le nombre vers Passendale et Staden. Passendale tombe le 20 octobre.
Les positions allant de Bikschote à Mesen sont alors occupées par l'armée anglaise qui y a engagé toutes ses réserves.
Le 22 octobre, les généraux French (Commandant du Corps Expéditionnaire Britannique), Douglas Haig (Cdt 1er Corps Britannique) et Rawlisson (4e Corps Britannique) envisagent de se retirer. Les généraux de Mitry (2e Corps de Cavalerie Français) et Bidon (Cdt militaire de Dunkerque) leur rappellent la promesse du général Joffre de fournir une aide militaire supplémentaire.
Les premiers éléments français (9e Corps) sont d'ailleurs arrivés en Belgique, ou dans le Nord de la France. Ceux-ci sont partis de Mourmelon depuis le 20 octobre.

Les troupes anglaises, étirées sur un front étendu et composées dans une forte proportion de cavalerie, demandaient qu'on les appuyât. Elles étaient notamment très menacées dans la région de Zonnebeke - Becelaere - Gheluvelt.

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Le secteur d'Ypres
Ypres2_19141023

 

 

Les unités du 9e CA arrivent dans la région d'Ypres à partir du 23 octobre. Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un accident ferroviaire.
68e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
90e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Boeschèpe et Berthen le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
114e RI: parti de Sept-Saulx le 19/10, arrivée à Cassel Bailleul le 22, puis cantonnement à Clyte-Kemmel.
125e RI: parti de Saint Hilaire le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis cantonnement à Dranoutre-Locre.
32e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Strazeele le 24, puis transport par bus à Dikkebus.
66e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 23 puis cantonnement à Poperinghe.
77e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 24, puis transport par bus à Dikkebus-Voormezele.
135e RI: parti de Mourmelon le 21/10, arrivée à Steenwerck le 23, puis transport par camion à Ypres-Vlamertinge.
Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un incident lors du transfert en train.

Le but est clair, il faut renforcer nos alliés anglais. Pour cela, l'ordre d'opérations n°1 du détachement d'armée en date du 22 octobre, 19 heures, prescrivit une offensive immédiate et générale:
1°) Dans la direction d'Ypres-Passendale-Roulers, par la 17e DI et les 6-7e DC mises à la disposition du 9e CA.
2°) Dans la direction de Dixmude-Thourot, par les troupes belges et les fusiliers marins
3°) Dans la direction Nieuport - Ghistelles, par la 42e DI et les troupes belges.
Pour le 9e CA plus précisement:
Le Général Dubois, disposant de la 17e DI et de deux DC, attaquera dans les conditions suivantes:
17ème Division, d'Ypres à Passendale;
Une division de cavalerie appuyant à droite cette attaque, en prenant comme point de direction Zonnebeke et Moorslende
Une division de cavalerie opérant de même, à gauche, sur Weestroosebeke.
Les éléments de tête de la 17e division déboucheront à 9 heures d'Ypres, que les deux divisions de cavalerie devront avoir dégagé auparavant.
Général d'Urbal

Un groupement d'artillerie lourde (Groupement Blumer) est mis à la disposition du 9e CA (2 batteries de 105, 1 de 155 Rimailho et 1 de 120). On recommande d'être économe en munitions, ne pouvant garantir le réapprovisionnement.

Ypres_155Rimailho

 

A l'heure prévue, 9h, à peine arrivée, la 17e DI traverse Ypres et exécute son mouvement. A midi, l'avant-garde atteint la ligne anglaise, à Fortuin. Zonnebeke est aux mains des Allemands depuis la veille.

Le général Guignabaudet déploie la division. 3 régiments sont en première ligne et un en réserve de division.
Le 68e reçoit Wallemolen comme objectif, le 90e reçoit Gravenstafel et le 114e reçoit Zonnebeke. Le 125e est maintenu au nord de Wietlje.

 

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Les 68 et 90e, sous le barrage ennemi, progressent jusqu'aux tranchées principales allemandes. De son côté, le 114e engage 2 bataillons pour investir Zonnebeke. Dans le bourg, un des principaux de résistance est la gendarmerie. Les Allemands ont organisé défensivement Zonnebeke et ses abords.
Au nord et au sud, les divisions de cavalerie ne peuvent appuyer l'attaque, elles viennent en aide aux divisions anglaises qui subissent à leur tour des attaques.

A 15h30, la 17e division reçoit l'ordre de relève suivant:
"La 17e Division doit effectuer, dans la nuit du 23 au 24, la relève de la 2e division anglaise qui occupe le front Passage à Niveau - rivière à 1500 mètres au sud de Langemarck, soit en s'établissant en avant de sa ligne, soit en se substituant à elle dans ses tranchées."
Général d'Urbal

Cette relève nécessite une réorganisation des emplacements et des missions du 9e CA. Le 125e RI qui devait être engagé offensivement se voit donc attribuer un autre rôle.

Dans la soirée du 23 octobre, le général Dubois (9e CA) reçoit le message suivant du général commandant le détachement d’Armée :
"Ordre Particulier
Au point où nous en sommes, la plus petite rupture d’équilibre sur un point peut faire définitivement pencher la balance en notre faveur. Les troupes que vous avez devant vous et sur votre gauche paraissent appartenir pour la plupart à des corps de nouvelle levée sans grande valeur.
Profitez-en pour prononcer votre offensive sur Roulers avec la plus grande vigueur, sans vous inquiéter de savoir si vous êtes en flèche ou non.
Flanc-gardez vous à droite et à gauche et pousser de l’avant, quoi que fassent vos voisins de droite ou de gauche, sans vous inquiéter autrement d’eux que pour savoir ce qu’ils font. Tâchons de faire le trou.
Attaquez demain, aussitôt qu’il vous sera possible.
Général d’Urbal
Le 24 au matin, une instruction arrive du Détachement d’Armée :
Roosbrugge, 24 octobre 9h30
Instruction personnelle et secrète.
« D’après un renseignement obtenu cette nuit, les XXVIe et XXVIIe Corps allemands, partant de la région de Courtrai, attaqueraient sur Boesinghe et Ypres. Cette action est extrêmement favorable à l’attaque actuellement en cours. Il est, en effet, préférable pour notre offensive de rencontrer des troupes en mouvement plutôt que des troupes établies solidement sur un front défensif.
Il y a donc lieu de profiter de cette situation pour attaquer vigoureusement et repousser, sans leur permettre de s’accrocher au sol, les adversaires, dont les formations sont peu consistantes, qu’on rencontrera »
V. d’Urbal

Le général Foch y va aussi de son couplet :
Général Foch à général commandant le 9e Corps, le 24 octobre à 12 heures
Tous les éléments du 9e Corps sont actuellement débarqués ; prendre toutes les dispositions (transport en autos, etc…) pour que tous ces éléments soient utilisés aujourd’hui et que l’action en reçoive une nouvelle impulsion. Il nous faut de la décision et de l’activité.
J. Foch

A 7 heures, la préparation d’artillerie se déclenche. Une fois terminée, les attaques sont lancées.
Les 66e et 125e avancent d’un kilomètre vers Poelkapelle. Le 68e poursuit son avance de la veille et gagne ainsi 500 nouveaux mètres. Les tranchées allemandes sont enlevées à la nuit.
Le 90e gagne du terrain.
Dans Zonnebeke, le 114e mène un combat de rue, progressant de maison en maison. Ayant amené un 75 en première ligne, la caserne de gendarmerie cède enfin.

Vers 11 heures, une sérieuse contre attaque allemande se fait sentir sur les 90e et 114e. Des éléments de la 18e DI sont engagés afin de couvrir le flanc droit de la 17e DI. Deux bataillons du 135e sont ainsi engagés à au sud de la route de Passendale.

A 18 heures, le colonel Briant, chef de corps du 114e, rend compte qu’il tient tout le village de Zonnebeke.
Les combats continuent toute la nuit. .

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L’offensive française se poursuit
5 bataillons de la 18e DI entrant en action. De plus, l’affectation de 2 bataillons territoriaux au 9e Corps, permet de libérer la 17e DI des tâches de renforcement et de terrassement de la ligne de front. Au 268e RI, deux bataillons sont alors affectés à la première ligne.
Dans la nuit, le 90e RI échoue dans sa prise de Gravenstafel et le 66e doit repousser plusieurs attaques allemandes.
A 7h du matin, l’offensive reprend. Sous un barrage ennemi violent, la progression est lente. Des soucis dans l’avancement entre le 66e et le 125e sont signalés et empêchent la progression.
9e Corps d’Armée
Etat-major
Ypres, 25 octobre, 13h30
Ordre au général commandant la 7e Division de cavalerie
-   Le 66e rend compte qu’il ne peut progresser parce que le 125e ne marche pas. Le 125e ne marche pas parce que le 66e ne marche pas non plus. Et c’est ainsi de la gauche à la droite.
Cela peut durer longtemps.
-   L’ordre est formel : Le 66e attaquera sans tarder Poelkapelle.
Général Dubois
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A 14 heures, le 268e et le 68e ont progressé d’environ 1 kilomètre, le 90e de 500 mètres.
Le 114e a débouché de Zonnebeke. Le 135e entre en ligne.
Les 68e et 268e atteignent le Stroombeek, le 90e occupe Gravenstafel. Le 114e a dépassé Broodseinde.
La 18e division a achevé son déploiement, ainsi le 77e s’installe dans les tranchées situées à l’est de la route de Beselare.
L’attaque conjointe des 66e, 125e et du groupe cycliste de la 7e division de cavalerie progresse faiblement dans la direction de Poelkapelle.

Le 9ème corps d'Armée est enfin au complet et complètement déployé. Malheureusement, les unités sont dispersées, en effet, 2 brigades ont leurs régiments séparés et placés aux extrémités du front.

Jusqu'à présent Paschendaele avait été l'objectif principal des attaques françaises. A partir du 26, Poelcapelle devient l'objectif principal, ce changement est effectué en lien avec la nécessité de venir plus directement en aide aux forces franco-belges du secteur de l'Yser.

Détachement d'Armée de Belgique
Etat-Major
Au quartier général, 25 octobre 18 heures
Instruction particulière pour M. le général Dubois, commandant le 9e corps d'Armée.
Il importe de profiter de l'avance gagnée par le 9e corps pour déclencher, à l'est de la foret d'Houthulst, une attaque en forces destinée à dégager le front de l'armée belge et à élargir la trouée déjà faite dans la ligne ennemie.
A cet effet, M. le général dubois, avec tous les éléments dont il dispose et la 31e division d'infanterie, qui débarquera dans la région d'Ypres et qui sera en mesure de se mettre en mouvement le 26 octobre à partir de midi, prononcera ce jour-là, sur l'axe Staden-Cortemarck, une offensive qui devra être menée avec la plus grande vigueur. Cette attaque sera préparée, dès le matin du 26, par une attaque sur Poelcapelle.
L'attaque sur Passchendaele sera vigoureusement continuée par les unités déjà engagées sur ce point.
V. d'URBAL
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Dès 15 heures, les 125 et 66e RI déclenchent l'attaque, progressant très lentement par infiltration. A 18 heures, l'assaut vient s'échouer sur les barrières de fil de fer allemands. La participation de la 31e division ne s'effectua pas, la pagaille dans la transmission des ordres, l'inorganisation firent que celle qui devait apporter l'élan supplémentairene fut même pas engagée, les premières unités arrivant à Saint Julien à 17 heures.

Au centre, la 17e Division, déjà éprouvée, poursuit son offensive. Les 268 et 68e RI réalisent un gain de mille mètres, alors que les 90 et 114 e RI ont aux un gain de 300 mètres. Une centaine de prisonniers est réalisée. Engagées depuis 4 jours et 4 nuits, les troupes accusent la fatigue.

A droite, les troupes de la 18e DI doivent se retirer du sud de la voie ferrée, le commandant de la 7e division anglaise se plaignant du fait que ses troupes sont gênées par la présence des troupes de la 18e DI qui ne devraient se trouver là.
Ce jour, le lieutenant-colonel Maury, chef de corps du 135e RI, tombe à l'ennemi en entrainant ses troupes lors d'une attaque.

Chaque camp a des missions offensives. Chacun attaque et finalement neutralise l'adversaire. A chaque fois les résultats sont partiels. Malgré cela, les ordres sont toujours offensifs:

26 octobre, 20 heures.
Points d'attaque (ne pas permettre qu'on les perde de vue):
17ème division: Passchendaele puis Roulers
31ème division: Westroosebeke puis Staden
Groupe Hély-d'Oisel: Poelcapelle, puis Sud-nord (liaison avec le corps de Mitry)
Action vigoureuse, incessante, à fond partout. Citations à la première compagnie qui entrera à Poelcapelle et à la première compagnie qui entrera à Passchendaele et s'y maintiendra.
Me proposer pour croix et médaille militaire tous ceux qui se seront fait remarquer par leur vigueur.
V. d'URBAL.

Le commandant du 9e CA prescrit alors de reprendre les attaques dès 6h.30 le 27 octobre.
Les gains du jour sont maigres. Quelques maisons au 114e RI, quelques tranchées au 77e, très légère avance au 66 et 125e RI et faible progression à la 31e DI, vers Spriet.

Les 28 et 29 octobre, les ordres sont les mêmes.

Détachement d'Armée de Belgique
Rousbrugge, 28 octobre, 21h30
L'offensive continue demain, 29 octobre, sur tout le front, dans les mêmes conditions que le 28.
la densité actuelle des effectifs de votre secteur permet d'espérer que nous pourrons faire un grand pas en avant.
V. d'URBAL

Le 66e perd quelques tranchées suite à une attaque allemande puis les reprend en milieu de journée. La 31e DI occupe une ligne de tranchée ennemie mais ne peut déboucher. Les contre attaques ennemies pèsent sur les actions de la 17e DI, dont les gains sont maigres. A la 18e DI, les combats sont confus et violents.

Le statu-quo régne donc sur le front du 9e corps d'Armée, malgré les appels à l'offensive.

En ce 30 octobre 1914, les attaques incessantes des deux côtés continuent.
Dans la nuit du 29 au 30, une attaque des 114 et 90e RI permet le gain d'un bois au nord de Graventafel. les ordres pour le 30 demandent de continuer les attaques. Un groupement regroupant la 31e division (81, 122 et 142e RI) et le détachement Hély-d'Oisel (66, 125e RI et 7e division de cavalerie) est constitué sous les ordres du général Vidal en vue de pousser dans l'axe de la route de Saint Julien à Poelcapelle.

Ypres2_19141030

Pendant ce temps, les attaques allemandes continuent. Le 135e RI subit 3 heures durant une offensive qui durait jusqu'à 9h.00. La 18e DI amorçait un mouvement vers l'avant vers midi, mais une contre attaque se produisait sur la droite du 77e RI. Alors que le 16e corps d'Armée arrivait vers le milieu de la matinée en vue de complèter les mouvements offensifs du 9e CA, de graves complications survenaient brusquement.

A 11 heures, le 1er corps anglais fait savoir que la pression est de plus en plus grande sur son front. A 15 heures, la demande de secours est pressante. Hollebeke est perdu. Une brigade de la 6e Division de cavalerie est envoyée aux alentours d'Hooge. Les 2ème et 7ème divisions anglaises se sont repliées l'une à Saint Eloi, l'autre à Klein-Zillebeke. Devançant l'urgence, le commandant du 9e CA avait déjà émis l'ordre suivant, car Ypres est directement menacé:

9e Corps d'Armée
Etat-Major
3e Bureau
Poste de commandement Ypres - 3à octobre 13h30
Les deux bataillons du 68e et le bataillon du 268e formant réserve à la disposition du commandant du corps d'armée, sous le commandement du lieutenant-colonel Payerne, se porteront au reçu du présent ordre, par Saint Jean et Potijze, sur Zillebeke où ils se mettront à la disposition du général commandant le 1er corps anglais
Général DUBOIS

Malgré le départ des troupes de secours, les combats continuent néanmoins. Le 290e RI, par un brillant combat, se rend maître des tranchées couvrant Vallemolen. Lancée à 17 heures, l'attaque permit le gain de la première ligne de tranchées ainsi que quelques maisons du village.

Une période critique commence pour les unités alliées. Le XVe corps allemand est entré en action, accompagné par une partie du IIe corps bavarois et du XIIIe corps d'armée. Ils pésent sur le secteur anglais, ce qui déséquilibre le positionnement allié. De plus, l'Yser étant maintenant inondés, certaines unités sont utilisées pour peser sur le saillant d'Ypres.

Cela se ressent tout de suite dans les ordres données aux troupes du 9e corps d'Armée. Le détachement Payerne devient le détachement Moussy avec l'arrivée de renfort prélevés sur les lignes de front.

9e Corps d'Armée
Etat-Major
Ypres, 30 octobre, 22h30
Ordre particulier aux généraux commandant les 17e et 31e divisions d'infanterie
Par ordre du commandant de l'armée, il sera formé demain, 31 octobre, sous les ordres du général Moussy, un détachement comprenant cinq bataillons, trois batteries, six escadrons, pour être mis à la disposition du 1er corps anglais. ce détachement sera constitué ainsi qu'il suit:
1) Détachement Payerne (2 bataillons du 68e, 1 bataillon du 268e), déjà à la disposition du 1er corps anglais;
2) Un bataillon du 68 et un bataillon du 268e, à relever cette nuit par la 31e division;
3) Une brigade de la 6e division de cavalerie, déjà à la disposition du 1er corps anglais;
4) Un groupe d'artillerie de corps pris parmi ceux de la 31e division;
Le général Moussy viendra de suite à Ypres (Hotel de ville) prendre les instructions du général commandant le 1er corps anglais.
La relève des bataillons du 68e et du 268e sera faite par deux bataillons de la 31e division, après ententes avec les deux généraux de division.
Ces différents éléments seront mis en route de manière à se trouver à Zillebeke à 6 heures. itinéraire: Saint-Jean, Potijze, Halte de Zillebeke
Général DUBOIS
.

Au final, les 2 bataillons des 68 et 268e RI furent remplacés par deux bataillons du 90e RI.
Le 9e corps ne possèdait alors plus de réserve, hormis le 7e Hussards à Saint-Jean.
Pendant ce temps, le 1er corps anglais fut violemment attaquer à Gheluvelt. Malgré une forte résistance, la ligne anglaise dut reculer jusqu'à un bois entre Hooge et Veldhoek.

Ypres1_19141031

Un fait décisif se produisit alors. Il est reporté ainsi dans les Mémoires du général Dubois:

"...
Pendant cet entretien, le commandant Jamet, demeuré devant le poste de commandement, voit passer l'automobile du maréchal French qui rentrait à son quartier général. faisant à nouveau preuve d'initiative, il l'arrête, lui fait connaitre que le général Foch se trouve là et lui expose qu'étant donnée la situation, celui-ci serait sans doute très désireux de s'entretenir avec lui. les commandants des forces françaises et anglaises se trouvent ainsi réunis.
Concours de circonstances providentiel qui met en présence sur le terrain d'action, à un instant critique où il fallait une décision immédiate, les deux chefs dont les quartiers généraux étaient éloignés de 40 kilomètres! Ainsi put être tranchée en quelques minutes une question qui, autrement, n'eut pu être solutionnée en temps utile.
Le général Foch annonce au Maréchal que le 9e corps vient d'envoyer à sir Douglas Haig sa réserve qui va arriver sur le théatre de l'action. Des forces importants, ajoute-t-il, sont en cours de débarquement, qui viendront appuyer l'armée anglaise au point du jour. Il obtient du maréchal French que celui-ci retire l'ordre de retraite donné aux troupes anglaises.
...."

Ypres en fut certainement sauvé. le positionnement des renforts français permit alors aux troupes anglaises de se ressaisir et ainsi de se fortifier, donc d'opposer une barrière aux attaques toujours grossissantes des Allemands.

Mais les combats autour d'Ypres continuèrent pour le 9e Corps et ce jusqu'en mai 1915, pour certaines unités (152e DI - 304 Brigade - 268 et 290e RI) qui virent rappelée en secteur suite aux attaques aux gaz d'avril 1915.

Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983

 

Posté par Indre1418 à 09:33 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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