04 avril 2017

Aisne, Oulches, Hurtebise, une surprise ministérielle en première ligne pour le 290e RI.

Pendant son séjour dans l'Aisne, le 290e RI eut une visite originale sur son front du Chemin des Dames, en voici le report par le Lieutenant-colonel Eggenspieler, chef de corps du régiment:

Dans l'après-midi du 14 juillet je fus appelé au téléphone par le Commandant de Corps d'Armée. Il me tint des propos énigmatiques auxquels je ne comprenais rien. Il me questionna sur mon P.C., sur mon approvisionnement en couvertures, etc... Puis il en resta là. Je ne pensais plus à rien quand le soir vers 21 heures, en me tenant sur le chemin devant mon P.C., je vis arriver le Général Niessel accompagné d'un Monsieur en civil et d'un Chef de Bataillon en tenue kaki. Je compris alors la conversation au téléphone de l'après-midi. Dans le Monsieur en tenue civile je reconnus facilement le Ministre de la Guerre, quoiqu'il eût un casque de soldat sur la tête.

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Le Général me présenta à ces Messieurs et me dit que le Ministre passerait la nuit avec moi, qu'il désirait assister à une relève (il y en avait une dans la soirée) et qu'il visiterait les tranchées le lendemain matin. Là-dessus le Général se retira, non sans m'avoir fait remarquer que, jusqu'à son retour le lendemain matin, j'étais responsable du sort du Ministre. Bigre, jamais pareille responsabilité ne me fut échue pendant toute la campagne. J'étais très flatté que le régiment ait été choisi pour recevoir cette visite de marque. Si le Ministre est venu chez nous c'est qu'on était sûr que tout ce qu'il verrait au régiment serait bien. Peut-être aussi est-il venu dans notre secteur par une délicate attention du Commandant de Corps d'Armée qui me connaissait et qui voulut m'être agréable.
Je n'ai prévenu personne de l'arrivée du Ministre, d'abord par précaution, ensuite pour que M. Painlevé vit la troupe et la vie en secteur telle qu'elle était, sans aucun apparat, ou comme nous disions entre nous, sans fumisterie.
En attendant la relève, nous sommes allés voir les cuisines établies dans le talus Nord du chemin d'Oulches. Le Ministre a été frappé de leur ingénieuse installation. Elles étaient à la fois abritées contre les vues des avions et contre les obus. Le Ministre a questionné les cuisiniers sur les repas qu'ils confectionnaient, il a été très satisfait des réponses qu'il a obtenues. La visite des cuisines, terminée, nous sommes remontés sur le plateau. A ce moment la relève arrivait. C'était un bataillon du 68e (Bourgoin je crois) qui venait relever le 5e bataillon (Gagnier) du 290e. Le bataillon du 268e s'est très bien présenté. Le Ministre a remarqué l'allure martiale du Commandant du bataillon, qui, si je me rappelle bien, venait des Chasseurs à pied. Les hommes ont eu une allure très correcte. La plupart d'entre eux cependant n'ont pas dû voir le Ministre parce qu'il commençait déjà à faire sombre. A la queue de la colonne quelques hommes se disputaient. Ils avaient sans doute un peu trop arrosé leur retour en ligne. Quand on leur a fait remarquer que le Ministre se trouvait au bord du chemin pour voir passer, l'un d'eux a dit : « Eh ! ben quoi, il n'est pas malheureux le Ministre ! » Un autre a accentué la note. Il a demandé qu'on le regarde bien, parce que c'était lui le plus c... du Corps d'Armée. Personne ne lui ayant dit le contraire, il continué paisiblement son chemin. Le Ministre s'est bien aperçu du léger mouvement qui s'était produit à la queue de la colonne. Il m'a demandé ce que les soldats disaient. Je lui répondu que c'était des hommes qui en raison du 14  juillet discutaient un peu fort. C'était la note gaie du défilé.
Le bataillon montant étant passé, nous sommes entrés dans mon P.C. où j'ai fait la présentation de mes officiers. En attendant le passage du bataillon descendant (5e du 290e) on a causé. Le Ministre ne semblait pas être très causeur, tout en se montrant doux et affable. On n'a dit que des banalités. A un moment donné cependant, le Ministre s'est moqué des Russes qui, disait-il, faisaient soviet.

 

Quand le 5e bataillon du régiment fut annoncé, nous reprîmes notre poste au bord de la route. Le bataillon s'est présenté dans une belle attitude, le Commandant Gagnier en tête. Le Ministre a fait venir près de lui un certain nombre de sous-officiers au fur et à mesure qu'ils passaient. Il paraissait un peu embarrassé pour leur causer. On voyait qu'il n'avait pas l'habitude de converser avec les habitants de la tranchée. A chaque sous-officier qu'il a vu, le Ministre a donné en souvenir une montre en argent. Le défilé du bataillon s'est achevé dans le plus grand ordre et dans le plus profond silence. Le Ministre a pu voir que l'état physique et l'état moral de tous ceux qu'il a interrogés étaient bons, malgré les fatigues de la vie agitée des tranchées.
Après le passage du bataillon, nous nous sommes rendus à ce que j'appelais mon observatoire de nuit, d'où en temps ordinaire j'observais les obus et les combats à la grenade. C'était simplement le dessus de mon P.C. Nous y avons eu un spectacle splendide. Si j'avais eû la possibilité de le faire sur commande, il n'aurait pas pu être mieux réussi.

 

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Juillet 1917 - Le ministre Painlevé en première ligne au chemin des Dames
(Sources: Illustration 27 juillet 1917)

 

La nuit quoique noire était très belle. Sur tout le pour tour de l'horizon on voyait des fusées aux plus belles couleurs s'élancer vers le ciel. Dans la plaine à l'Est de Craonne on vit à un moment donné se produire dans un rayon restreint des éclatements de couleur orange. Les éclatements s'intensifièrent rapidement, puis on vit monter des fusées au même endroit. Après les fusées d'autres éclatements plus importants vinrent se superposer aux premiers. C'était un combat à la grenade. Les combattants avaient demandé le barrage, les éclatements des obus étaient venus se mêler à ceux des grenades. Des signaux lumineux en forme de chenille apparurent ensuite dans le ciel. Pendant que nous contemplions ce spectacle féérique, de gros obus passaient avec un bruit sourd haut au-dessus de nous. Ils allaient si loin à l'arrière qu'on n'en entendait pas les éclatements. Le Ministre était visiblement intéressé par la vie intense de nuit de notre secteur de combat. Tard dans la nuit, il fallut que l'Officier d'ordonnance du Ministre (commandant Helbronner je crois) insistât pour l'arracher à sa contemplation.
On rentra au P.C. où j'engageai le Ministre à aller prendre peu de repos parce qu'il n'y avait plus que deux ou trois heures avant le lever du jour, par conséquent avant le départ pour les tranchées. Je conduisis le Ministre dans son abri. Il était très profond et fatalement un peu humide. En tout cas, on y était à l'abri des obus.

Le lendemain nous nous réunissions autour de la table à déjeûner pour déguster un jus bien noir, sans gnole, et y tremper une bonne tranche de pain de troupe sans beurre. Le ministre voulut bien trouver ce petit déjeûner de soldat à son goût.
Le jus absorbé, je partis avec le Ministre et son officier d'ordonnance visiter les premières lignes. Je les conduisais à la tranchée des Charentes. Elle était au centre du front, facile à atteindre et à parcourir. Chemin faisant, je montrais au ministre les points intéressants du terrain. La tranchée de première ligne française au 17 avril, la première tranchée allemande à la même date, le Chemin des Dames que M. Painlevé désirait voir. Je le reconnaissais au tronc d'un cerisier couché à terre au point où le boyau que nous suivions coupait le chemin. A ce moment je montrais également au Ministre la cathédrale de Laon dont on distinguait légèrement la silhouette dans le lointain.

Au croisement de notre boyau et d'une tranchée inoccupée, nous nous sommes heurtés inopinément au Chef d'Etat-Major et au Capitaine titulaire de l'Etat-Major de la Division. Je me rappelle que le Chef d'Etat-Major portait son brassard rouge. Le Ministre leur a dit quelques mots. Quand les officiers de la Division se furent éloignés, l'officier d'ordonnance dit à M. Painlevé : « Vous voyez, Monsieur le Ministre, on dit toujours que les officiers d'Etat-Major ne viennent pas dans les tranchées, vous venez d'en rencontrer deux ». Je n'ai pas voulu relever les paroles de l'officier d'ordonnance parce que les deux officiers de la Division étaient de braves garçons, et qu'en aucune façon j'aurais voulu leur nuire. Mais si le Ministre était venu la veille sans qu'on l'eût su, ou s'il était revenu de même, le lendemain, il n'aurait vu que des officiers de troupe. La besogne de bureau qu'avaient à accomplir les officiers des Etats-Majors ne leur permettait guère de visiter les secteurs. Il eût fallu dans chaque Etat-Major une section des tranchées. Elle aurait pu confectionner une bonne partie du papier qu'on demandait aux Colonels. La liaison entre la troupe et les Etats-Majors ne se faisait qu'avec du papier, elle aurait dû être assurée par des représentants du Commandement.

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Le ministre Painlevé dans les tranchées de première ligne
(Sources: Le Miroir 26 août 1917)

Arrivé à la tranchée de première ligne, le Ministre a pu se rendre compte de son organisation. Je ne sais pas ce qu'il en, a pensé, il ne m'a fait aucune réflexion. Pour mon compte, étant donné les larges intervalles entre les hommes, la tranchée avait bien plus l'air d'une ligne de surveillance que d'une ligne de défense. Le Ministre a adressé la parole aux soldats, aux sous-officiers et aux officiers près desquels il est passé. Tout en longeant tranquillement la tranchée, nous voyions tout d'un coup le Ministre enjamber le parapet pour passer de l'autre côté. Nous n'avons eû que le temps de le retenir par les basques de son habit. Il n'y avait pas à plaisanter, se montrer au-dessus du parapet d'une tranchée de première ligne était un geste très dangereux: Il y en a plus d'un qui a reçu une balle danss la tête pour moins que cela. Vraiment, ce jour-là, le ministre n'a pas fait honneur à son prénom (Prudent).
Quand l'heure du retour fut arrivée, je ramenai le Ministre et son officier d'ordonnance à mon P.C. A quelques pas plus loin j'aperçus le Général de Division dans une auto dissimulée dans les arbres. Le Ministre et son officier d'ordonnance prirent aimablement congé de moi et de mes officiers. Ils montèrent dans l'auto du Général de Division et disparurent dans le bois. Telle fut la visite du Ministre de la Guerre, M. Painlevé, dans le secteur du 290e R.I. au Chemin des Dames les 14 et 15 juillet 1917. Le principal était maintenant de rendre compte.
Je fis donc un compte-rendu relatant tous les faits et gestes du Ministre, dans un style simple et modeste. En haut lieu on ne le trouva pas assez ronflant. Mon rôle n'était cependanit pas de faire un éloge dithyrambique de l'audace du ministre. Tout le monde m'aurait pris pour un fumiste, le ministre le premier.
L'épilogue de la visite ministérielle consista en une caisse de six bouteilles d'excellent Champagne (du Périer si je me rappelle bien) qui nous fut transmise par le Corps d'Armée. L'envoi était accompagné d'un mot aimable du Ministre en souvenir de la soirée qu'il avait passée avec nous. Pendant six jours consécutifs nous avons bu à la santé du Ministre.
Nous avons voulu que M. Painlevé ait lui aussi un souvenir de son passage au plateau triangulaire. Un de nos artistes a gravé sur une plaque de cuivre découpée dans une douille de 75 l'attestation que le 14 juillet 1917 M. Painlevé, Ministre de la Guerre, avait passé la nuit dans le secteur du 290e au Chemin des Dames. Un officier allant en permission a remis la plaque à un officier du cabinet du Ministre. Nous n'avons jamais su si la plaque était bien arrivée aux mains de M. Painlevé. Celui-ci a peut-être craint qu'en répondant nous ne devenions importuns et que par exemple une deuxième caisse de Périer eût été la bienvenue.

 

Voici le compte-rendu de tout ceci sur le JMO du 290e RI:

 

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On remarquera que cette visite sembla convenir à notre ministre, les retombées arrièrent dès le lendemain:

 

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Sources: Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI - Colonel Eggenspieler
Crédit photo: www.assemblee-nationale.fr

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13 décembre 2007

Une visite vite interrompue

Décidement, en ce mois de juillet 1917, le moral préoccupe le monde politique, peu après la visite du Ministre de la Guerre, une deuxième visite eu lieue. Celle-ci fût très vite encadrée par la hiérarchie militaire.
Voici ce qu'en rapporte le colonel Eggenspieler:

Un bel après-midi, pendant une période de repos à Beaurieux, je reçus la visite de deux membres du Parlement. Ces Messieurs ont décliné leur qualité et m'ont exposé fort courtoisement le but de leur visite. Ils désiraient être renseignés sur l'état moral de la troupe, sur les conditions matérielles de son existence en ligne et au repos. J'ai répondu le mieux que j'ai pu aux questions qu'ils m'ont posées. Pendant que je donnais mes renseignements, le Commandant de Corps d'Armée est arrivé, il a pris aussitôt la parole à ma place et il la prenait bien. Ces Messieurs du Parlement ne trouvèrent plus rien à dire. Finalement le Général les emmena visiter une formation sanitaire.

Sources: Colonel Eggenpieler - Un régiment de réserve du Berry

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21 octobre 2007

Relève du 290e et amertume du colon

Dans la nuit du 29 au 30 juillet le 6e bataillon a été relevé par un bataillon colonial. Il est allé cantonner à Beaurieux.
Le 5e bataillon a été relevé le lendemain; il est allé cantonner à Maizy.
Le jour suivant je fus relevé à mon tour.
Au cours de cette longue série de luttes qui se sont déroulées sur notre droite, sur notre gauche et sur une partie de notre propre front, le régiment a fait bonne contenance. Rien n'a plus subsisté du souffle défaitiste qui l'avait effleuré au Grand-Hameau, ni de la dépression morale que m'avait signalée la Division.
Nous avons soutenu nos voisins efficacement chaque fois qu'ils furent menacés. Dans la tourmente du 26 nous avons conservé intacte l'importante position de Hurtebise, malgré les tentatives répétées des Allemands pour s'en emparer. Quand je fis remarquer au Général de Division que c'était le Chef de Bataillon qu'il ne pouvait pas voir, qui s'était maintenu à Hurtebise, il me répondit : « Je me demande comment il a fait ». Pour toute notre longue intervention au Chemin des Dames nous n'avons pas récolté le moindre remerciement, alors que le bataillon du 68e qui a fait 100 mètres après son débouché du boyau Brignon a été cité à l'Ordre de l'Armée (Ordre n° 297 du 26 août 1917 de la 10e Armée).
Je ne suis nullement jaloux du 3e bataillon du 68e, mais pour l'honneur de ma troupe je suis obligé de relever ces différences de traitement. Nous étions les éternels sacrifiés, depuis le début de la campagne, et cela toujours pour la même raison. Le régiment n'a jamais été engagé sous les ordres du commandant de Brigade. Toujours il a été à la disposition d'autres Brigadiers, les nôtres étaient systématiquement évincés du commandement de leurs régiments. On conçoit que la Brigade, quoique sœur, faisait avant tout récompenser et mousser ses propres troupes, plutôt que celles des régiments voisins qui n'étaient en somme que des concurrents.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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04 octobre 2007

L'attaque du 26 juillet 1917

Le 26 à 4 heures du matin le tir allemand reprit de plus belle. Bientôt tout le plateau sur notre gauche disparut dans la poussière et dans la fumée. Au bout de deux ou trois heures de préparation, l'infanterie allemande, masquée par la fumée des obus, aborda le front du 90e ainsi que Hurtebise. La tranchée de première ligne du 90e, dont les défenseurs n'avaient pas vu venir les Allemands, fut enlevée en un clin d'oeil.
Chez nous la tranchée de première ligne du Capitaine de Verneuil qui tenait Hurtebise se défendit énergiquement. Mais les tranchées du 90e étant tombées les Allemands purent prendre la compagnie de Verneuil à revers et en enlever la valeur d'une section et demie. La pente du terrain était tellement forte que de la deuxième ligne on ne pouvait pas voir ce qui se passait sur la première. Mais la compagnie à droite du Capitaine de Verneuil (compagnie Prudhomme, je crois) voyant sa voisine en danger se porta à son secours et toutes deux regarnirent les tranchées qui avaient été vidées. En Deuxième ligne, la compagnie Poirier occupa le boyau Brignon, de façon à cloisonner le secteur à gauche et le mettre à l'abri de toute action de flanc des Allemands. Tous ces mouvements furent exécutés instantanément par simple réflexe tellement le sens tactique s'était développé dans la troupe au cours de la guerre.
Malheureusement nos fractions établies dans les tranchées de Dusseldorf et de Spire durent les évacuer momentanément à cause des obus qu'y envoyait notre grosse artillerie qui croyait sans doute que les Allemands y étaient. Le tir ne fut rectifié qu'après que le Capitaine de Verneuil eût rencontré un Lieutenant observateur auquel il fit connaître l'erreur que commettaient nos batteries.
Aussitôt après l'attaque, les faux bruits se répandirent en arrière des lignes. Ces bruits sont en général les premières nouvelles que reçoivent les P.C. éloignés des brigades et des divisions. A les en croire, les Allemands descendaient en masse par la vallée d'Oulches. Si la nouvelle était vraie, la situation était très mauvaise pour ceux qui se trouvaient sans défense sur le trajet, Brigade et Division. Je fus donc interrogé aussitôt par ces deux Etats-Majors sur un ton des plus aimables. Pour empêcher la catastrophe de se propager réellement par les fonds de la vallée d'Oulches, on mit à ma disposition toutes les unités qu'on avait disponibles sous la main, une compagnie du 68e, une du 268e et jusqu'à la compagnie territoriale du Génie qui travaillait dans la vallée. Celle-ci la trouva mauvaise de se voir tout à coup transformée en unité combattante. Avec la compagnie du 68e je rétablis la soudure entre ma gauche et les troupes suivantes, qui étaient je crois aussi du 68e. La compagnie du 268e formait soutien en arrière de Hurtebise. La compagnie du Génie occupa plus en arrière encore des tranchées qui barraient la vallée d'Oulches. Mes sapeurs territoriaux n'étaient pas rassurés : à plusieurs reprises, ils me demandèrent d'être relevés de leur mission. Ils n'eurent pas à intervenir. Une fois en possession de la crête du Chemin des Dames, les Allemands se sont arrêtés. Ils ne visaient qu'à être maîtres de la crête; c'était dans leur manière. Cependant pour en être bien maîtres il eut fallu qu'ils enlevassent l'éperon d'Hurtebise. Celui-ci n'étant pas tombé du premier coup grâce à la résistance des compagnies du 6e bataillon, les Allemands revinrent à la charge. Heureusement que mes liaisons téléphoniques avec le 6e bataillon et avec l'artillerie étaient restées intactes. Ces liaisons me permirent d'une part, d'être renseigné exactement sur les tentatives des Allemands par le Commandant Orléans du 6e bataillon, qui avait des vues sur le terrain, et, d'autre part, de pouvoir actionner instantanément mon artillerie.
Vers 10h, le Commandant Orléans m'annonça que de nombreuses vagues allemandes longeant les pentes Est de l'éperon du Doigt se dirigeaient sur la ferme de Hurtebise. Je les fis aussitôt prendre sous le feu du 75; elles furent dispersées en un clin d'œil. Vers 11 heures, de nouvelles vagues allemandes apparurent, mais cette fois à l'Ouest du Doigt, se dirigeant comme la première fois sur Hurtebise. Aussitôt nouvelle douche du 75 et nouvelle fuite des assaillants. Ce manège se renouvela trois ou quatre fois, après quoi les Allemands en avaient assez. Pour mon compte je trouvais ce petit jeu plutôt amusant. Ce fut en tout cas une confirmation de ma théorie de Verdun, que pour rendre service à son régiment le Colonel doit avoir une bonne liaison avec son artillerie et avoir des vues sur le terrain soit par lui-même, ce qui est préférable, soit par l'intermédiaire d'un observateur. C'est ce qui fit ma supériorité dans cette journée sur la brigade et la division, qui étaient loin en arrière et qui ne voyaient rien.
..........
L'après-midi s'acheva en canonnades. Il n'y eût plus d'attaques. Les Allemands dûrent profiter du reste de la journée pour consolider leurs gains. On sait qu'en cette matière ils allaient particulièrement vite en besogne. Les camarades dûrent en apercevoir dans les efforts qu'ils eûrent à déployer pour entrer en possession de leurs tranchées. Elles n'étaient pas encore reprises quand nous avons quitté le secteur le 30 juillet.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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Le secteur Heurtebise - Craonnelle - Avril 1917

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29 septembre 2007

Veille d'attaque sur la crête

Le 23 (juillet 1917) nous étions en ligne avec les deux bataillons. La deuxième quinzaine de juillet était particulièrement agitée. L'infanterie allemande était nerveuse, elle était engagée dans de violents combats sur .le plateau des Casemates. Elle demandait â chaque instant des barrages à son artillerie. Nous nous tenions sur nos gardes.
Le 25 l'intensité des tirs s'accentuait. Un violent bombardement s'établit sur tout le front compris entre le Doigt et le plateau des Casemates. On avait donné le nom de Doigt à un boyau situé sur l'éperon au Nord-Ouest de Hurtebise et qui avait vaguement la forme d'un doigt replié au bout. Un déserteur vint se rendre dans nos tranchées. C'était signe d'un événement prochain. Le déserteur nous fit en effet connaître qu'une attaque générale allemande aurait lieu dans la soirée. Vers la fin de la journée un violent tir de préparation s'abattit sur le secteur à notre gauche, tenu par le 90e, et sur Hurtebise qui était dans notre propre secteur. Nous nous tenions prêts, mais aucune attaque ne se déclencha. Le Commandement ne bougea pas. Il n'avait rien à nous dire. Cette situation me rappelait les thèmes tactiques d'avant-guerre où toutes les deux ou trois heures on recevait un renseignement, après lequel il fallait chaque fois dire ce qu'on faisait. Dans le thème du 25 au soir, on ne faisait rien.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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15 septembre 2007

Secteur du Chemin des Dames

En ce mois de juillet 1917, le 290e RI se trouve à prendre son tour sur le Chemin de Dames. Il est alors dans le secteur tristement célèbre situé entre la Ferme d'Hurtebise et le plateau de Californie, faisant face au Plateau des Casemates, voici ce qu'en rapporte le colonel Eggenspieler:

Nos tranchées s'appuyaient à droite au plateau de Californie et au Moulin de Vauclère, dont on ne voyait plus trace, à gauche elles aboutissaient à la Ferme de Hurtebise dont on ne distinguait plus que les murs de fondation dans la cave. Nos tranchées portaient les noms de Tranchée des Charentes, des Basques, de Spire et de Hurtebise.
Pour nous rendre en ligne, ou en sortir, nous disposions, en cas de bombardement, outre le chemin de Beaurieux, du très bon boyau de Saint-Quentin. Le P.C. de notre Division devait se trouver à Beaurieux, celui de la 18e (à ce moment Général Dillmann) se trouvait au Château du Blanc-Sablon à 100 mètres en arrière du mien.
Celui de la 33e Brigade, dont je relevais pendant les opérations, se trouvait dans le site plaisant du Moulin-Rouge, caché sous une énorme futaie. Quant à notre Brigade à nous, j'ignore où elle se tenait, je n'ai jamais eu à communiquer avec elle. Le P.C. du régiment quand nous étions en ligne se trouvait au plateau triangulaire à 1500 mètres environ au Sud de la bifurcation des deux chemins d'Oulches et de Craonnelle. Je pouvais venir en plein jour et à cheval à 500 mètres; du P.C.
Nos cuisines roulantes avaient trouvé des emplacements très bien défilés dans des abris creusés dans le talus Nord du chemin allant du plateau triangulaire à Oulches.

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Devant nos tranchées de première ligne, nous avions un bas-fond dans lequel on ne distinguait à peu près rien, à cause de la haute futaie qui le couvrait. Dans ce fond se trouvait la clairière des Frères Anciaux. La crête du Chemin des Dames la dominait d'environ 120 mètres. De notre tranchée de première ligne, on ne voyait rien des lignes allemandes, à cause des arbres et de la forte pente du terrain. C'est à peine si on apercevait de la terre fraîchement remuée sur les pentes Nord de l'Eperon de Californie. La situation de notre première ligne en courtine entre cet Eperon et celui de Hurtebise, n'était pas favorable à une attaque directe. Aussi les Allemands n'y sont-ils jamais venus. Leurs efforts portaient surtout sur les deux Eperons, sur celui de Californie, encore plus que sur celui de Hurtebise.

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Chemin des Dames - Hurtebise

Comme dans la plaine devant Juvincourt, je me suis intéressé ici à notre travail de préparation d'attaque. Les tranchées allemandes n'étaient de loin pas bouleversées comme celles de la plaine, et cependant les Allemands n'y avaient fait aucuns travaux de bétonnage, et les abris profonds y étaient rares. Il est évident que sur cette hauteur en dos d'âne le réglage du tir d'artillerie a dû être difficile, et pour ainsi dire impossible dans le terrain boisé au delà de la croupe. D'où il ressort que le meilleur terrain pour une préparation d'artillerie est le terrain plat et découvert. Aussi l'attaque a-t-elle progressé bien plus dans la plaine de la route 44, que sur les hauteurs du Chemin des Dames.
Dans les bois du plateau triangulaire, j'ai vu des abris de surface pour des pièces d'artillerie française, qui étaient très bien construits en rondins. Les Allemands ont dû les repérer assez vite parce qu'un certain nombre d'entre eux étaient bien démolis.
Si les Allemands n'ont pas multiplié les abris profonds dans les tranchées, ils ont, par contre, creusé un certain nombre d'abris tunnels qui traversaient tout le plateau d'un versant à l'autre. Ces abris étaient de véritables casernes souterraines. On pouvait y loger des réserves nombreuses et les soustraire aux effets du bombardement.

Le plus fameux souterrain était celui qu'on appelait « La Grotte du Dragon ». Son entrée Sud se trouvait à la Ferme de la Creute, à 800 mètres Ouest de la Ferme de Hurtebise.

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Vue prise à l'intérieur de l'entrée principale de la
vieille carrière éboulé par les Allemands le 25 janvier 1915

 

Elle fut enlevée le 25 juin, pendant que nous étions à Chéry-Chartreuse, par les troupes de la Division Gaucher, qui, à la suite de ce brillant fait d'armes, s'appela la Division du Dragon. Le Général Gaucher était un ancien camarade de régiment que j'ai revu avec plaisir à Beaurieux.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

 

Sur la Caverne du Dragon et le secteur Hurtebise,  on lira avec intérêt le livre d'Alain Malinowsky "Le Chemin des Dames : 1. La caverne du Dragon".
Cet ouvrage aborde les journées des 25 au 28 juillet 1917. Les messages suivants n'auront pour but que d'exprimer la vision "forcément restreinte" du colonel Eggenspieler.

9782846730334

http://www.ysec.fr/livre.php?id=65

Plus généralement, pour faire un tour au Chemin des Dames: http://www.chemindesdames.fr/

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26 mai 2007

La marche des Tanks (2)

C'est le 16 avril 1917 que, pour la première fois, l'artillerie d'assaut française fut engagée sur le front. Dans le cadre de l'offensive Nivelle du Chemin des Dames, cent-vingt-huit chars Schneider, répartis en deux groupements, participèrent à cette attaque.
Embarqués sur voie ferrée à Champlieu, à la lisière de la forêt de Compiègne, là où se trouvait le camp d'entraînement de cette arme nouvelle, le 11 avril, les engins furent rassemblés à l'ouest et au sud-ouest de Cuiry-les-Chaudardes, village proche des zones d'engagement.
Deux groupements furent mis en place:
Le groupement le plus important était celui du commandant Bossut, soit un total de quatre-vingt chars.
Le second groupement "Chaubès", composé de quarante-huit chars Schneider, dont huit s'embourbèrent au cours du trajet et ne purent participer à l'attaque, répartis en trois groupes, quitta sa position d'attente, dans les bois de Beaumarais, à six heures vingt et progressa en une seule colonne dans le secteur de la ferme du Temple. A six heures cinquante, sous le bombardement ennemi, la colonne fut arrêtée sur la dernière tranchée française, où le passage prévu n'était pas encore terminé, et perdit, à cette occasion, ses deux premiers chars. A sept heures quinze, ses éléments de tête parvenaient face à la première ligne de tranchées allemande.
Ce groupement accompagnait l'attaque de la 10e DI (5e CA, 5e armée).

Chars_Batailledu16

Les premiers chars français:

Char_St_Chamond_tank
Le Saint Chamond

Char_Schneider_CA1_M16_tank
Le Schneider

Sources: Wikipédia et "Le premier engagement des chars français (16 avril 1917) par le Lieutenant-Colonel J. Perre in Revue de l'infanterie

Merci spécial à J.Y. Rio pour la carte extraite des cours 1921-1922 de Saint Maixent
http://vannes1418.canalblog.com/

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20 mai 2007

La marche des Tanks (1)

"Au cours de mon séjour dans le secteur de la route 44 j'ai pu examiner à loisir la portion du terrain d'attaque qui s'y trouvait.
La première ligne allemande passait à l'Ouest de la route 44, et la deuxième à l'Est. Les Allemands y avaient construit des abris profonds comme celui du point 7.707, qui pouvaient recevoir d'assez gros effectifs. Dans la tranchée ils avaient établi d'assez nombreux blockaus en ciment armé, pour mitrailleuses et guetteurs
Notre tir de préparation était bien fait. Il était limité nettement aux tranchées à enlever, comme en Artois et en Champagne. Les abris bétonnés pour mitrailleuses avaient été soulevés par nos gros obus et projetés hors de la tranchée, où il ne devait certainement pas faire bon. Les abris souterrains par contre sont restés intacts. Peut-être que notre artillerie ne les connaissait pas. Les tranchées de deuxièmes lignes ont été beaucoup moins maltraitées. Elles paraissaient même ne pas avoir souffert du tout. Dans ces tranchées il n'y avait pas d'abris. C'est sur le terrain plat entre les deux lignes opposées, françaises et allemandes, qu'eût lieu notre première attaque par les tanks. Elle n'a pas réussi. Les pauvres chars gisaient là dans la plaine après qu'ils eûrent pris feu sous les obus allemands. D'après ce que j'ai vu, un seul tank a atteint la première tranchée allemande. Tous les autres étaient échelonnés entre cette tranchée et le centre Marceau, comme dans un peloton de coureurs, le plus grand nombre étant en tête. Un des derniers était resté en panne juste au-dessus du P.C. Marceau, et près de lui gisait un canon de 75. D'autres pièces de 75 et des cadavres de chevaux étaient couchés sur le terrain derrière le groupe des tanks les plus avancés. Les chars qui étaient de forte taille formaient des masses très visibles au milieu de la plaine. Les Allemands ne s'en occupaient plus, du moment qu'ils avaient flambé, ils étaient bien certains qu'ils ne bougeraient plus."

AttaqueChars1917

AttaqueChars1917_2

Sources: Colonel Eggespieler - Un régiment de réserve du Berry - le 290e RI

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15 mai 2007

Secteur de la route 44

"Le secteur affecté à la 17e D.I. s'étendait sur le terrain compris entre Pontavert, Craonne et la route 44 (de Laon à Reims).
Il y avait deux positions. La première était parallèle à la route 44 et à l'Est de celle-ci. Elle la traversait au Sud de Corbény pour se diriger vers l'éperon de Craonne. Elle faisait face à Juvincourt, Corbény et Chevreux. Elle était dominée de près, à droite et à gauche de la route 44 par les buttes du bois de la Carrière et du bois de l'Enclume. Au loin et à l’ouest se dressait la masse imposante de l'éperon de Craonne. Les Allemands y étaient restés accrochés malgré toutes les tentatives faites pour les en déloger.
La deuxième position traversait les bois de Pontavert et de Beau-Marais. Elle était constituée par une série de centres qui portaient des noms de villes de Normandie. Ceux que nous avons occupés s'appelaient centres d'Evreux et de Rouen. Ils étaient situés au Nord-Ouest de Pontavert."

CraonneVilleAuxBois_19170514
Positions du 9e CA (14/05/1917)

"Entre les deux positions se trouvaient un certain nombre de points marquants comme la Ferme du Temple, entièrement démolie, la butte de l'Edmond où se trouvait le P.C. de la Brigade, les buttes de la Ville-aux-Bois. Tout le terrain en deçà et au delà de la route 44 a été conquis le 17 avril par les régiments de la 10e  D.I. (31e, 46e, 89e). Le 31e a enlevé la Ville-aux-Bois. Il y a fait à lui seul 1500 prisonniers.
Le P.C. de la Division se trouvait dans un abri souterrain tout près du centre de Rouen. J'y fus fréquemment appelé pendant mon séjour au centre.
Les deux régiments, 268e et 290e, qui alternaient dans ce secteur, ont eu deux P.C. différents. Au début et à la fin de l'occupation du secteur le P.C. était au centre Marceau, dans l'ancienne première ligne française. Au milieu de l'occupation le P.C. se trouvait au point 7.707 dans l'ancienne première ligne allemande. Le P.C. Marceau était très petit, avec une protection illusoire, mais il était sain. Le P.C. allemand était profond et vaste. Il avait une couverture à l'épreuve des obus, du reste notre tir de préparation ne l'avait pas entamé. Du temps allemand il était éclairé à l'électricité. Mais il avait un vice profond. Il était rempli de puces qui avaient dû jeûner, parce qu'elles nous dévoraient littéralement. De plus, elles avaient la vie dure. Aucun désinfectant n'a pu en venir à bout. Le poste ayant été allemand avait son ouverture tournée vers les lignes allemandes. Des hommes ayant été blessés à l'entrée, je décidai de la rectifier. On avait à peine donné quelques coups de pioches, qu'on vit apparaître les pieds d'un Allemand qui remplît tout le poste d'une telle puanteur, qu'il a fallu plusieurs jours d'assainissement pour rendre l'air de nouveau respirable. Aussi a-t-on rebouché au plus vite le travail commencé".

Sources: "Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI" Colonel Eggenspieler

Merci à Louis pour la carte du secteur

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01 mai 2007

Le camp du Faité

"Dans la nuit du 19 au 20 avril, nous sortons de notre bois par la piste de clayonnage réfectionnée. Arrivés au bas de la hauteur, nous marchons dans une boue épaisse. Le désordre recommence. Nous nous heurtons à des colonnes qui vont à travers champs dans toutes les directions. On s'interpelle. Chacun réclame la priorité du passage. A la longue l’écheveau des colonnes d'infanterie finit par se dénouer. Nous arrivons à l'entrée de Guyencourt. Nouvel arrêt. Ce sont des convois de voitures et d'autos qui sont bloqués dans les rues du village. Nous nous faufilons comme nous pouvons le long des voitures et après beaucoup de heurts, nous finissons par déboucher de l'autre côté du village. Ici la route est libre et nous allons pouvoir marcher à notre aise. Nous passons à Bouvancourt, Bourgogne, Ventelay. Le 5e bataillon marchait en tête, le 6e était assez loin en arrière par suite de l'encombrement qu'il avait rencontré à Guyencourt. Je savais par les liaisons qui furent établies qu'il suivait sans difficulté. Il avait pour consigne de nous rejoindre au Faîté.
....
Comme conclusion, nous n'en étions pas moins installés le 20 au soir dans les baraques du Camp du Faîté. Ce Camp était établi sur une crête au Nord du village de Ventelay et à l'Ouest de la ferme du Faîte où était installé le P.C. du Corps d'Armée.

FERMEFAITE4
La Ferme du Faité en 1998

Les baraques étaient assez confortables, on y était à l'abri des intempéries. Le camp quoiqu'il fût bien en vue sur la crête n'était pas canonné. Nous y étions bien tranquilles dans la journée. Il n'en était pas de même la nuit. Le temps s'était remis au beau et toutes les nuits les avions allemands venaient nous survoler deux et trois fois dans la même nuit pour nous jeter des bombes. On ne pouvait plus dormir tranquille. Les hommes avaient bien creusé des tranchées autour des baraques, mais la plupart préféraient passer la nuit dans les ravins et trous profonds, couverts de broussaille qui se trouvaient à l'Ouest du camp. Pour plus de sécurité ils y avaient établi des petites niches individuelles. Nous avons passé dix jours dans cette situation. Nous finissions par en être fatigués. Pour rompre un peu la monotonie de notre séjour nous explorions les environs du camp. Tout près de nous, nous avions les carrières et le village de Roucy. Dans les carrières il y avait de nombreux abris occupés par des troupes. Plus loin nous avions la vue de la magnifique vallée de l'Aisne et de son canal latéral. De nombreuses passerelles, dont quelques-unes très larges, permettaient de franchir la rivière et le canal et même une partie de la vallée en cas d'inondation. Le site de Pontavert était particulièrement joli. Mais la localité ainsi que le château étaient complètement démolis".

Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

Merci à Stephan, Alain et Louis pour leur aide

Posté par Indre1418 à 17:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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