23 mars 2008

A l'instruction

A proximité de nos cantonnements fonctionnait un centre d'instruction d'armée. Il était dirigé par le Lieutenant-Colonel d’infanterie coloniale Jacobi. Nous étions rattachés à ce centre et nous devions faire de l'instruction pendant tout notre séjour à Remoncourt et environs. Cette mise à l'instruction nous parut un peu suspecte, d'autant plus que des rumeurs de dissolution se propagèrent dans les deux régiments, 268e et 290e. Ces bruits me parurent d'autant plus fondés que peu de temps après notre arrivée, le G.A.E. m'avait invité reverser nos équipages. C'était un très mauvais présage. Je me suis alors rappelé la maxime du Commandant de La Bastide qui ne voulait jamais exécuter un ordre avant d'avoir contre-ordre. Dans la circonstance je fis comme lui, et j’attendis le contre-ordre.
En attendant nous nous mîmes à l'instruction avec le plus grand zèle.
J’établis un programme d'instruction générale qui servit de base aux programmes hebdomadaires que devaient établir les chefs de bataillon et les Commandants de compagnie. Je touchai là à un point de l'instruction de la troupe, que mes commandants de compagnie, dont aucun n'était de carrière, avaient ignoré jusque là, c'était l'établissement de programmes d’instruction méthodiques et complets tels qu'on les établissait à la caserne en temps de paix. Les premiers programmes qui me furent adressés laissaient évidemment à désirer, comme tout travail de débutant. Mes officiers avaient beau être dans leur cinquième année de guerre, les méthodes d'instruction avaient encore des secrets pour eux. Les qualités pour faire un bon instructeur sont tout autres que celles qui sont nécessaires pour conduire sa troupe au feu. J'ai du reste eû l'occasion pendant la campagne de constater l'exactitude de cet aphorisme. Malgré qu’ils ne fûrent par des professionnels, mes Commandants de compagnie firent de rapides progrès dans l'établissement de leurs programmes. Au bout de peu de temps ils étaient au point. Pour que nos moyens d'instruction fussent au complet, il nous manquait un champ de tir. Nous eûmes vite fait d'en organiser un dans une vieille carrière. La carte au 80000e nous a suffi pour en établir le régime, nous n'éprouvions aucun besoin de remplir toutes les formalités prévues au B. O. du temps de paix. Nous avons tiré tous les jours pendant au moins un mois; il n'y eut ni accident ni incident.
Un jour que je reçus de nouveau la visite d'un officier du G.A.E., il me demanda si nous avions encore nos équipages. Je lui répondis que nous les avions toujours. « Tant mieux, s'écria-t-il, on ne sera pas obligé de vous en redonner. » Il m'annonça ensuite que nous allions faire un mouvement pour nous rendre dans les Vosges. Je me félicitais d'avoir suivi le précepte du Commandant de La Bastide. On aurait peut-être eu la possibilité de me redonner des voitures convenables, mais je n'aurais plus reçu des attelages comme ceux que nous avions
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Sources: Colonel Eggenspieler - le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

RI090_GroupeMitrailleurs_Instruction

Un groupe de mitrailleurs du 90e RI à l'instruction avant 1914.
Réservistes, ils seront vraisemblablement affectés au 290e en aout 14
Merci à Emmanuel

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17 mars 2008

A la disposition du GAE (2)

Le 4 février une dernière étape nous a amenés à Remoncourt où nous devions séjourner provisoirement. Notre itinéraire nous a fait traverser Mirecourt. En sortant de la ville nous avons aperçu à droite de la route les bâtiments d'un vaste couvent où, à ce qu'on m'a dit, se trouvait le Q.G. du Général de Castelnau, commandant le G.A.E.
Arrivés à destination on nous a affecté trois localités pour cantonner : Remoncourt, Petit-Ménil et Rozerotte. La localité principale était Remoncourt où je me trouvais personnellement. Les trois cantonnements étaient très confortables. Ils avaient du reste été aménagés par le service des cantonnements dont le représentant se trouvait près de moi à Remoncourt. Ce chef de service était passablement insupportable. Il s'imaginait que le régiment était entièrement à sa disposition. Je dus le faire rappeler à l'ordre par un officier du G.A.E. Les officiers du Q.G. de Castelnau vinrent me voir très souvent. Ils s'informaient fréquemment de notre situation et de nos besoins. Nous trouvions une différence avec la 8e Armée où on ne pensait qu'à nous exécuter. A Remoncourt nous correspondions directement avec le G.A.E.
Dans notre cantonnement de Remoncourt nous avons eu l'occasion de faire une cure d'eau, Nous nous trouvions à peine à 10 kilomètres de Vittel et nous avions dans notre localité une source réputée encore meilleure et plus efficace que celle de Vittel même. Celui qui à la popote a de beaucoup le plus absorbé d'eau minérale était notre Médecin-Chef le Docteur Dubreuil. Il faut croire que ce régime lui convenait.

Remoncourt_SourceRey


Sources: Colonel Eggenspieler - le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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29 février 2008

A la disposition du GAE

"Le 2 février, nous nous mettions en route, sans avoir vu qui que ce soit de nos anciens supérieurs. La campagne avait toujours son aspect hivernal.
Les deux bataillons se dirigeaient sur Nancy, le 5e et l'E.-M. par Agincourt et Essey, le 6e par Custines et Champigneulles. Quels souvenirs pour moi en traversant la capitale de la Lorraine, que dans ma jeunesse j'ai eû l'occasion de parcourir tant de fois comme potache d'abord, comme sous-lieutenant au 26e et lieutenant au 69e ensuite. Pendant sept ans, j’ai usé mes souliers sur toutes les routes de la garnison. Les premiers soldats que j'ai commandés faisaient cinq et quatre ans de service. Il est vrai que pendant la dernière guerre il y en a qui ont fait sept, comme pendant les campagnes du Second Empire.
Les deux bataillons ont traversé la ville par des itinéraires différents. Le 5e bataillon et l’E.-M. sont entrés par la vieille Saint-Georges et sont ressortis par le faubourg Saint-Jean. Le 6e bataillon est entré par la porte moderne de Désiles. Il a longé le cours Léopold et est ressorti également par le Faubourg Saint-Jean. Les deux bataillons sont ainsi passés sur le pont de chemin de fer d'où on avait jeté des fleurs et des friandises aux soldats de 1914.
Au mois de février 1918 la physionomie de la ville était morne. Peu de monde dans les rues. Beaucoup de maisons fermées. Le magasin de mobilier artistique Majorelle était démoli du haut en bas. Dans le quartier de la Gare pas mal de maisons avaient reçu des bombes. L'E.-M. et le 6e bataillon se sont arrêtés à Villers-les-Nancy où ils ont cantonné. Le 5e bataillon a poussé jusqu'à Ludres et Messein sur la Moselle".

Nancy_Majorelle


"Le lendemain 3 février nous avons continué notre marche vers le Sud. Nous nous sommes arrêtés en fin de journée à Diarville et Marainville-sur-Madon, à 10 kilomètres au Nord de Mirecourt. En cours de route nous sommes passés à Flavigny, siège du Q.G. de la 8e Armée, puis à Tantonville, siège de la célèbre brasserie du même nom."

Tantonville_Tourtel

Sources: Colonel Eggenspieler - le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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24 février 2008

Le départ de la division, sans regrets

Le 2 février 1918 nous sommes sortis définitivement des liens de la 17e D.I. et du 9e C.A. C'était sans regrets, quoique personnellement j'eusse joui de la sympathie de la plupart des chefs qui ont commandé ces grandes unités. Mais dans cette guerre où la distribution des récompenses constituait un régime de foire d'empoigne, les sympathies ne pouvaient pas suffire, aussi le régiment en tant que corps constitué, n'a-t-il jamais rien obtenu. J'ai déjà indiqué quelques-unes des raisons qui nous ont fait traiter en parents pauvres. Mais la principale, résultait de l'organisation même du Corps d'Armée. Celui-ci comprenait organiquement ses deux Divisions, 17e et 18e. A la mobilisation on lui adjoignait deux de ses régiments de réserve, les 268e et 290e, qui y jouèrent un peu le rôle de troupes haut le pied. Quoique les régiments formassent Brigade à partir de 1915, ils n'ont jamais combattu comme telle. Bref, en 1918, on nous a laissé partir sans nous adresser le moindre ordre d'adieu. On aurait même dit qu'on était content de se débarrasser de nous. La 17e D.I. était enfin une Division normale avec son I.D.

En attendant notre première tâche allait consister à nous mettre en route pour les Vosges. Un premier bond devait nous porter aux environs de Mirecourt où nous devions passer un mois dans un centre d'instruction. Un deuxième bond devait nous porter à la « ligne bleue des Vosges » d'où les Berrichons pourraient contempler à leur tour le pays, éternelle pomme de discorde entre Français et Allemands.


Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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25 janvier 2008

Dufayel, le roi de la débrouille

En parlant du personnel administratif, il me paraît juste de dire un mot du soldat Forest, auquel on avait donné le sobriquet de « Dufayel », parce que chez lui on pouvait se procurer tout ce qu'on voulait. Je crois intéressant de rapporter quelques traits de son débrouillage.

Un jour à Ogéviller, nous étions quelques officiers qui causions à un Chef de bataillon du 268e, celui-ci était en admiration devant nos chaussures. Il disait qu'il lui était impossible de s'en procurer à son régiment. Vint à passer le soldat Forest, je lui demandai s'il n'avait pas une paire de chaussures pour le Commandant du 268e. Il lui demanda sa pointure, le temps d'aller et de revenir, et le Commandant avait une superbe paire de brodequins. Enhardi par ce premier succès, le Commandant se risqua à demander à Forest s'il ne pourrait pas lui procurer des pellicules photographiques. Forest lui demanda quel genre il désirait et le lendemain le Commandant avait ses pellicules.

Pour obtenir ce qu'il nous fallait, Forest n'hésita pas à aller solliciter les grands Chefs de l'administration. Il savait mieux qu'eux ce qu'il y avait dans leurs magasins. Un jour, il alla demander des chaussures à un Intendant. « Je n'en ai pas », lui répondit celui-ci. « Et si j'en trouve, me les donnerez-vous ? », demanda-t-il. Sur la réponse affirmative de l'intendant, Forest lui signala une baraque qui en contenait. fut autorisé à les emporter.


Au régiment nous étions toujours les premiers à être pourvus de tout ce qui arrivait dans les magasins du Génie et l'Intendance. Forest était un pourvoyeur de premier ordre.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

Nul doute que Forest devait aussi fréquenter l'épicerie Morel d'Ogeviller (54)

Ogeviller_EpicerieMorel

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15 janvier 2008

Repos et grands changements

Le 10 janvier, le 5e bataillon est revenu au régiment. Il est venu cantonner à Bouxières, où il a occupé les locaux du 6e bataillon qui lui, s'est transporté à Montenoy, de l'autre côté du plateau de Faux.
Dans ce secteur, nous n'avons pas occupé de tranchées. Celles-ci, qui, d'une manière générale, suivaient le cours de la Seille, étaient tenues par le 112e R.I. (Antibes, en temps de paix), qui cantonnait à Bouxières en même temps que nous.
Pendant que les hommes exécutaient des travaux de défense en deuxième ligne, les cadres du régiment, et moi en particulier, nous faisions des reconnaissances sur notre front et dans les secteurs voisins.
Comme visite éloignée, j'ai eu à reconnaître le secteur de Flircy-Limey, sur la route de Commercy à Pont-à-Mousson. C'était un secteur à aspect désolé, sans la moindre verdure, partout je ne voyais que des amas de pierres.

Limey_Tranchee

A proximité de Bouxières, j'ai parcouru fréquemment l'éperon de la Rochette, qui formait la pointe Nord-Est du plateau de Faux. Elle cotait 406 mètres. On y avait une vue étendue sur la vallée de la Seille.
C'est à Bouxières que s'achevèrent les mesures de rajeunissement entreprises par le Général Gérard. Le Colonel de Montluisant fut remplacé par le Colonel Goureau, de deux ans plus jeune que moi. Le Général Lancrenon, qui fut nommé divisionnaire à T.D, n'en prit pas moins, lui aussi, le chemin de l'intérieur. Le Colonel Mariani, du 268e, fut remplacé par Lieutenant-Colonel Détanger, qui venait de l'E.-M. du général Gérard. Le Lieutenant-Colonel Détanger passa au bout de peu de temps au 90e, où il prit la place du Lieutenant Colonel Cambel qui, lui, passa au 268e.
Le Général Hirschauer quitta le corps d'armée pour prendre le Commandement d'une Armée. Il fut remplacé à la tête du corps d'armée par le Général Mangin.
Le Colonel Goureau était à peine arrivé que la 304e Brigade fut dissoute. La 17e D.I. fut alors formée à trois régiments sous le commandement du Général Gassouin avec le Colonel de Riencourt comme Commandant de l'I.D.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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10 janvier 2008

Retour au point de départ

Le 4 janvier, toujours par un froid intense, l'E.-M., la C.H.R., le 6e  bataillon se rendirent à Moyen dans la vallée de la Mortagne, où ils s'embarquèrent. Nous passâmes à Gerbéviller, détruit par les Allemands au début de la guerre. Du train on apercevait un certain nombre de constructions neuves à forme cubique, qui ne rappelaient en rien la physionomie du village d'avant-guerre. Nous sommes ensuite passés à Nancy. Vers 16 h. 30, le train s'est arrêté à Champigneulles, où nous avons débarqué. Nous nous sommes mis aussitôt en route pour gagner Bouxières-aux-Chênes par Lay-Saint-Christophe et Eulemont. Les routes couvertes de neige et de glace étaient très mauvaises dans ce pays accidenté, surtout pour nos équipages. Il faisait nuit noire quand nous sommes arrivés.
A Bouxières, nous nous trouvions entre les hauteurs fameuses du Grand-Mont d'Amance et du plateau de Faux. Nous nous trouvions cette fois à l'extrémité gauche du Grand Couronné de Nancy, dont le régiment a tenu la droite au Rambétant en août 1914. Qui est-ce qui y pensait encore ?

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI un régiment de réserve du Berry

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21 décembre 2007

Bonnes fêtes

Ici, tout va tant bien que mal. Notre 4ème Noel approche. Ici, dans le secteur de La Chapelotte - Badonviller, nous sommes correctement installés dans nos gourbis.
Pourvu que ce Noel 1917, soit le dernier dans les tranchées. Cette année a été riche en évennements, que de camarades disparus.

A vous qui vivrez dans 90 ans, n'oubliez pas d'avoir une petite pensée pour nous.

RI068_Cadre

Passez de Bonnes Fêtes de fin d'année

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