Le 290e RI et le 9ème corps d'Armée de manière plus générale commencent à faire mouvement pour alimenter le "tourniquet" de la fournaise meusienne qu'est Verdun.

"Le 13 avril au matin, nous nous rendions à Tricot pour nous embarquer. A ce moment, nous étions fixés sur notre destination finale.

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Sur le quai de la gare en attendant le départ - Ltn Jabien 268e RI

Nous nous sommes embarqués en trois trains, ce sera la règle dorénavant. Nous avons débarqué à Sommeilles-Nettancourt, au Nord de Revigny. Nous sommes allés cantonner l'E.-M., la C.H.R. et le 6e bataillon à Chardogne (Nord-Ouest de Bar-le-Duc), le 5e bataillon à Laimont (Est de Revigny). Pour nous rendre dans nos cantonnements nous sommes passés à Brabant-le-Roi, où le 21 février nos artilleurs avaient abattu un des Zeppelins qui étaient venus annoncer l'offensive allemande sur Verdun. Nous avons été bien accueillis dans ces premiers cantonnements de la Meuse".

Le 17, nous quittions nos cantonnements et nous revenions sur nos pas. Nous allions cantonner à Brabant-le-Roi et à Villers-aux -Vents. De là nous avons gagné Vaubécourt et Pretz-en-Argonne. J'étais personnellement logé à Vaubécourt, qui semblait avoir été un joli chef-lieu de canton. Les Allemands l'avaient quelque peu transformé. Beaucoup de maisons avaient été démolies à coups de canon et incendiées. Les habitants étaient pour la plupart restés dans la localité.

Mon gîte se trouvait dans une maison importante habitée par une dame veuve âgée. Elle avait dans sa maison un grand nombre de chambres inoccupées. Elle voulait bien me loger, mais elle ne voulait pas de mon Officier adjoint, le Lieutenant Davaillaud. Je parlementais d'abord poliment, mais quand je vis que cette vieille tourterelle ne voulait rien entendre, je lui déclarai que mon Officier resterait dans sa maison et que le drapeau, que j'y avais fait déposer, s'en irait dans une maison plus hospitalière. Là-dessus la bonne dame feignit de se trouver mal, elle eût quand même encore assez d'esprit pour me dire que les Allemands avaient été bien plus polis que nous. « En effet, lui dis-je, je n'ai qu'à regarder les décombres d'en face pour être fixé; je n'ai qu'un regret, c'est que votre maison ne soit pas dans le même état, cela nous aurait évité toute discussion.
Je tournai les talons et ne revis plus cette patriotique propriétaire"

De Vaubécourt nous nous sommes rendus à Nubécourt (E.-M., C.H.R. et 6e bataillon) et Bulainville (C.M. et 5e bataillon). Nous nous trouvions alors dans la riante vallée de l'Aire; nous y sommes restés pendant quelques jours. Les habitants étaient de braves gens qui nous ont fait le meilleur accueil. Comme à Maignelay, ils savaient où nous allions. Leurs relations avec le régiment étaient empreintes d'une certaine pitié.

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI