"Le 9, le 6e bataillon va occuper la tranchée de Combles. De mon côté je m'installe au P.C. du Bois de la Haie où je vais relever le Général Lasson, Commandant la 33e Brigade. Du bois je n'ai plus vu aucune trace. Quant à l'abri il était creusé profondément dans un roc calcaire. Il n'était pas confortable, mais solide, On ne pouvait pas en sortir le jour. Le soir je sortais pour faire mon tour d'horizon et comparer le régime de tir de la Somme avec celui de Verdun. Il m'a paru qu'à l'époque où nous y étions les tirs de jour de la Somme étaient moins intenses et violents que ceux de Verdun, et inversement, que dans cette dernière place on tirait moins de nuit que dans la Somme. Quand le soir je quittais mon abri je voyais le ciel sillonné par les éclairs des canons, dans toutes les directions de l'horizon. Le spectacle revêtait même un certain caractère de grandeur.
Le 11, le 5
e bataillon relève en première ligne un bataillon du 268e au Nord-Est de Sailly-Saillisel. Le lendemain 12, le 6e bataillon relève l'autre bataillon du 268e à l'Ouest de Sailly-Saillisel. Je relève en même temps le Lieutenant-Colonel du 268e au P.C. 185. Le secteur qui nous est dévolu est en très mauvais état, Nous y entrions après une longue série de pluis. Mon P.C. était au bas d'un chemin creux. Il en descendait une véritable mer de boue, dix fois comme celle du Bois Saint-Pierre. Des corps étaient immergés dans cette boue. Il y en avait un juste à l'entrée du P.C. Toutes les corvées de mulets qui se rendaient en ligne lui passaient sur le dos. Pour tout habillement il n'avait plus que son pantalon. Comme il avait encore des boutons à sa ceinture, un homme de ma suite qui en manquait, lui en a détaché un avec son couteau de poche. Il n'avait aucune crainte des microbes".

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI un régiment de réserve du Berry