"Dans le secteur que nous occupions la terre était tellement désagrégée que tous les objets dont se servait la troupe, objets de campement et munitions, y disparaissaient. Il était très difficile de maintenir les armes en état de fonctionnement. Les hommes, plus que dans aucun autre secteur, étaient recouverts d'une véritable carapace de boue. Le ravitaillement, la moitié du temps n'arrivait pas, ou arrivait incomplètement. Il se faisait de nuit par corvées de mulets. On m'a dit que les territoriaux qui conduisaient les animaux, pour ne pas aller jusqu'au bout, entaillaient les sangles. Au premier heurt, celles-ci se rompaient et le chargement s'en allait dans la boue. Les mulets délestés s'enfuyaient à l'arrière et la corvée était faite. Dans ces conditions, il m'a paru que c'était pur entêtement de vouloir continuer les opérations sur un terrain pareil où tout disparaisait dans la boue, et où le ravitaillement de la première ligne présentait des difficultés presque insurmontables. Le Général Niessel, pour se rendre compte du degré d'’henvahissement de la boue, avait prescrit que chaque fois qu'une troupe était relevée, un ou deux Officiers se présenteraient à son P.C. dans l'état où ils étaient en quittant les lignes".

BoueTranchees

"Dans ce terrain de boue, si profondément bouleversé, il était très difficile de faire des croquis exacts des lignes occupées par les bataillons. On avait bien certains points qui paraissaient nettement dans les photos aériennes, mais pour les trouver sur le terrain c'était presque impossible. Il y avait cependant des officiers qui s'adonnaient particulièrement à cette tâche d'identification. Au régiment j'avais chargé le Lieutenant Brisson d'identifier des emplacements de batteries allemandes qui apparaissaient bien sur les photos. Il était en contradiction dans ses conclusions avec le Lieutenant-Colonel d’artillerie Biraud. Cet artilleur remarquable tenait absolument à avoir le tracé exact de nos premières lignes pour éviter toute erreur dans les tirs de barrage. Pour y parvenir sûrement, il parcourut lui-même les lignes pendant des journées entières. Le pauvre officier trouva la mort dans l'accomplissement de sa tache ingrate.
Au Corps d'Armée il y avait un Capitaine du nom de Boll qui avait également la spécialité des reconnaissances en ligne. Il y fut du reste tué. Il venait des zouaves et était déjà blessé de guerre inapte au service de la troupe".
.

.
Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI
Cliché et légende d'Yves Troadec : Verdun - Un agent de liaison qui préfére emprunter la tranchée pleine de boue et prendre un bain de pieds plutôt que que de se faire démolir le portrait sur la plaine.