27 novembre 2006

Le capitaine de Tarlé, le 22 novembre 1914

"La relève était terminée sans incident le 22 à 1 heure du matin.
Le 5e bataillon était en première ligne. Il était établi au Nord ,de la voie ferrée. Il y appuya sa droite et était en liaison de ce côté avec le 3e bataillon du 66e.
Le 6e bataillon était en réserve au Nord-Ouest de Zonnebeke.
Le séjour dans ce secteur était calme. Les Allemands bombardaient surtout les arrières.
La vaste plaine ondulait éclatante de blancheur sous une vive lumière. C'était Ypres qui flambait au loin. De temps en temps on entendait passer deux par deux, très haut dans le ciel, les gros voyageurs de Krupp. C'étaient les messagers de la «Kultur» allemande, qui allaient écraser la Cathédrale, les Halles et les maisons d'Ypres.
Au cours d'une reconnaissance effectuée le long de la voie ferrée par le Capitaine de Tarlé et le Lieutenant Carré, ces deux Officiers furent blessés. L'agent de liaison du 68e qui les accompagnait fut tué. Le sous-lieutenant Jaillet, de la 17e, essaya, malgré les balles, de leur porter secours. Les trois officiers n'eurent d'autre ressource que de se plaquer dans la neige, et d'attendre dans la plus grande immobilité que la nuit fut arrivée pour sortir de leur position critique"
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Né à Gisors en 1879, Jean de Tarlé, officier de réserve, fut affecté au 290ème Régiment d'Infanterie, à Châteauroux, d'où il partit en 1914. Il était le porte-drapeau du 290e RI
Grièvement blessé à la jambe droite, il resta de nombreuses heures sans pouvoir être secouru. Il dût la vie au froid et à la neige qui coagulèrent ses plaies.
Il retourna au front avant d'être déclaré inapte pour les opérations subies à sa jambe entre 1914 et 1916. Il fut nommé capitaine le 9 novembre.
Jean de Tarlé était Croix de Guerre et Chevalier de la Légion d'Honneur.
Il s'éteignit en 1970 à Mâron (Indre)

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Jean de Tarlé (Sources: Illustration)

"Jean de Tarlé, capitaine au 290e d'infanterie, blessé grièvement le 22 novembre (1914) au cours d'une reconnaissance qu'il faisait en vue d'une attaque, a dû rester couché sur la neige pendant plus de deux heures en attendant la nuit, à cause de la fusillade des Allemands".

Sources:
Site concernant Jean de Tarlé: http://detarle.club.fr/famille/index.htm
Récit: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry, le 290e RI
Portrait et citation: Illustration
Fiche de Mort pour la France: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

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21 novembre 2006

Frères de sang

"On a rapporté récemment un cas de transfusion effectué avec plein de succès à Montpellier par le docteur Jeanbrau et le professeur Hedon. Notre photographe représente les deux frères d'armes, devenus frères de sang, vingt-cinq jours après la transfusion qui sauva l'un grâce au sacrifice de l'autre: à gauche, le soldat réserviste Créchet, du 68e de ligne, amputé après une terrible hémoragie; à droite, le "donneur", Emile Barthélémy, du 81e de ligne, légèrement blessé à Gerbeviller"

RI068_Blesse_Crechet

Au vu des fiches consultables sur Mémoires des Hommes, le soldat Créchet s'en tira. L'opération, risquée pour l'époque, fut donc une réussite.

Voici ce que rapportait le journal local "L'indépendant du Berry"

IndependantBerry_19141115_CrechetTransfusion

Sources:
L'Illustration 21 novembre 1914 n°3742 page 394
L'indépendant du Berry 15 novembre 1914

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15 novembre 2006

La boue de la Somme

"Dans le secteur que nous occupions la terre était tellement désagrégée que tous les objets dont se servait la troupe, objets de campement et munitions, y disparaissaient. Il était très difficile de maintenir les armes en état de fonctionnement. Les hommes, plus que dans aucun autre secteur, étaient recouverts d'une véritable carapace de boue. Le ravitaillement, la moitié du temps n'arrivait pas, ou arrivait incomplètement. Il se faisait de nuit par corvées de mulets. On m'a dit que les territoriaux qui conduisaient les animaux, pour ne pas aller jusqu'au bout, entaillaient les sangles. Au premier heurt, celles-ci se rompaient et le chargement s'en allait dans la boue. Les mulets délestés s'enfuyaient à l'arrière et la corvée était faite. Dans ces conditions, il m'a paru que c'était pur entêtement de vouloir continuer les opérations sur un terrain pareil où tout disparaisait dans la boue, et où le ravitaillement de la première ligne présentait des difficultés presque insurmontables. Le Général Niessel, pour se rendre compte du degré d'’henvahissement de la boue, avait prescrit que chaque fois qu'une troupe était relevée, un ou deux Officiers se présenteraient à son P.C. dans l'état où ils étaient en quittant les lignes".

BoueTranchees

"Dans ce terrain de boue, si profondément bouleversé, il était très difficile de faire des croquis exacts des lignes occupées par les bataillons. On avait bien certains points qui paraissaient nettement dans les photos aériennes, mais pour les trouver sur le terrain c'était presque impossible. Il y avait cependant des officiers qui s'adonnaient particulièrement à cette tâche d'identification. Au régiment j'avais chargé le Lieutenant Brisson d'identifier des emplacements de batteries allemandes qui apparaissaient bien sur les photos. Il était en contradiction dans ses conclusions avec le Lieutenant-Colonel d’artillerie Biraud. Cet artilleur remarquable tenait absolument à avoir le tracé exact de nos premières lignes pour éviter toute erreur dans les tirs de barrage. Pour y parvenir sûrement, il parcourut lui-même les lignes pendant des journées entières. Le pauvre officier trouva la mort dans l'accomplissement de sa tache ingrate.
Au Corps d'Armée il y avait un Capitaine du nom de Boll qui avait également la spécialité des reconnaissances en ligne. Il y fut du reste tué. Il venait des zouaves et était déjà blessé de guerre inapte au service de la troupe".
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Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI
Cliché et légende d'Yves Troadec : Verdun - Un agent de liaison qui préfére emprunter la tranchée pleine de boue et prendre un bain de pieds plutôt que que de se faire démolir le portrait sur la plaine.

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12 novembre 2006

En ligne à Sailly Saillisel

"Le 9, le 6e bataillon va occuper la tranchée de Combles. De mon côté je m'installe au P.C. du Bois de la Haie où je vais relever le Général Lasson, Commandant la 33e Brigade. Du bois je n'ai plus vu aucune trace. Quant à l'abri il était creusé profondément dans un roc calcaire. Il n'était pas confortable, mais solide, On ne pouvait pas en sortir le jour. Le soir je sortais pour faire mon tour d'horizon et comparer le régime de tir de la Somme avec celui de Verdun. Il m'a paru qu'à l'époque où nous y étions les tirs de jour de la Somme étaient moins intenses et violents que ceux de Verdun, et inversement, que dans cette dernière place on tirait moins de nuit que dans la Somme. Quand le soir je quittais mon abri je voyais le ciel sillonné par les éclairs des canons, dans toutes les directions de l'horizon. Le spectacle revêtait même un certain caractère de grandeur.
Le 11, le 5
e bataillon relève en première ligne un bataillon du 268e au Nord-Est de Sailly-Saillisel. Le lendemain 12, le 6e bataillon relève l'autre bataillon du 268e à l'Ouest de Sailly-Saillisel. Je relève en même temps le Lieutenant-Colonel du 268e au P.C. 185. Le secteur qui nous est dévolu est en très mauvais état, Nous y entrions après une longue série de pluis. Mon P.C. était au bas d'un chemin creux. Il en descendait une véritable mer de boue, dix fois comme celle du Bois Saint-Pierre. Des corps étaient immergés dans cette boue. Il y en avait un juste à l'entrée du P.C. Toutes les corvées de mulets qui se rendaient en ligne lui passaient sur le dos. Pour tout habillement il n'avait plus que son pantalon. Comme il avait encore des boutons à sa ceinture, un homme de ma suite qui en manquait, lui en a détaché un avec son couteau de poche. Il n'avait aucune crainte des microbes".

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI un régiment de réserve du Berry

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11 novembre 2006

11 novembre 2006 - Souvenons nous

En ce jour de 11 novembre, souvenons nous

Ayons une pensée particulière particulière pour Maurice Floquet mort hier à 111 ans.
Respect aux 4 derniers combattants de 14-18 encore vivants, Louis de Cazenave, Jean Grelaud, Lazare Ponticelli et René Riffaud.

BleuetDeFrance

Le Bleuet de France, c'est notre manière de leur dire " je n'oublie pas ".

Mémoire et Solidarité

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06 novembre 2006

6 novembre 1916, confusion en 1ère ligne

Aux armées le 10 novembre 1916
Rapport du chef d’escadron Breant commandant le 1er bataillon du 90e R.I. relatif à un incident survenu au cours de la nuit du 6 au 7 novembre 1916.
9e CA ; 17e division; 33e brigade; 90e R.I.

Au cours de la nuit du 6 au 7 novembre, la 2e compagnie se portait en avant du boqueteau (point 0505) dans la partie du terrain où la 17e D.I. se reliait avec la 18e.
Pendant le mouvement en avant, une demi-section commandée par le sergent-fourrier Aubron dépasse légèrement la ligne à atteindre et tomba sur une tranchée allemande occupée. Les Allemands se rendirent sans combattre et le sergent-fourrier Aubron les ramena, mais il obliqua à gauche et se présenta devant le front d’une section de la 1 ère compagnie commandée par le sous-lieutenant Caillou.
Un sous-officier, le sergent Maerten, apercevant le groupe, et reconnaissant très nettement les uniformes des Allemands, ne sachant pas que ceux-ci étaient accompagnés, leur cria :”camarades” en leur faisant signe de lever les bras. Brusquement, les huit hommes qui étaient en tête firent demi-tour.
Le sergent et quelques hommes qui étaient près de lui voyant les boches s’enfuir, tirèrent dans leur direction, le sergent-fourrier Aubron cria alors :”Ne tirez pas, nous sommes des Français qui ramenons des Boches!” Le feu cessa, mais les Allemands avaient disparu à l’exception de cinq.
Il résulte des déclarations du sous-lieutenant Caillou qu’il n’y a eu aucun affolement, mais que le sergent Maerten et ses hommes étaient en première ligne, avaient réellement cru se trouver en présence d’une patrouille ou d’une reconnaissance ennemie égarée.
Cette erreur, au dire du sous-lieutenant Caillou dont le sang-froid s’est affirmé dans ces périodes de combat, est explicable, attendu que les Allemands formaient un groupe suffisant pour que les uniformes français fussent, pour ainsi dire, cachés par les uniformes allemands.
Le sergent Maerten, sous-officier grenadier, a donné maintes preuves d’énergie qui excluent l’idée d’affolement.
Signé : Breant
Vu et transmis :
Il y a là un incident de guerre regrettable mais qui ne me paraît mériter aucune sanction.
Le sergent Maerten, sous-officier grenadier du bataillon est connu pour son courage. Quant au sous-lieutenant Caillou nouvellement arrivé au régiment, il s’est fait remarquer par son sang-froid au cours de cette période.
P.C. le 11 novembre 1916
Le lieutenant-colonel Jumelle commandant le 90e RI.
De l’enquête exposée ci-dessus et dont les résultats sont conformes aux faits dont il m’a été rendu compte, il résulte, à mes yeux que dans des circonstances infiniment difficiles, des gradés du 90e R.I. se sont employés avec audace et énergie. Une erreur regrettable s’est produite, on ne peut le nier, mais on ne saurait accuser d’affolement aucun gradé responsable. Chacun a cherché à s’employer au-delà de son devoir et a dignement porté le poids des responsabilités qui lui incombe.
L’honneur au régiment n’y a rien perdu, au contraire.
Signé : le général Lasson commandant la 33e brigade, PC le 11 novembre 1916

Merci à Alain Malinowski pour cet interressant document (Sources SHD)

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04 novembre 2006

Les abris Favieres

"Le 4 novembre nous sommes retournés au Camp 15 et de là nous nous sommes rendus le 5 aux abris Favières. Ces abris se trouvaient dans un bois rectangulaire de haute futaie, encore bien garni d'arbres. Les abris étaient en tôle ondulée recouverte de terre. Comme ils avaient été construits par les Allemands leur ouverture était tournée vers eux. Pour commencer, je couchais sous une tente, Il pleuvait à ce moment tellement que j'ai dû évacuer ma tente et me réfugier dans l'abri habité par les Officiers du 5e bataillon.
Tous les matins les Allemands nous sonnaient le réveil exactement à la même heure, entre 6 et 7 heures. Ils nous envoyaient deux obus, puis ils ne tiraient plus jusqu'au lendemain matin. J'ai pensé que c'était deux coups de réglage que les Allemands tiraient régulièrement sur le bois. Heureusement qu'aucun de ces coups n'est jamais entré dans un abri".

Sources: Colnel Eggenspieler - Le 290e RI, unrégiment de réserve du Berry

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