27 juin 2007

Je sais tout "l'hôpital belge de Fontgombault"

Toujours extrait de la revue "Je sais tout", voici l'article concernant l'hôpital belge de Fontgombault qe nous avions déjà abordé dans ce message en juin 2005

Les Convalescents Belges à Fontgombault

C'est à Fontgombault, dans une vieille abbaye qui est un monument historique des plus curieux et des mieux restaures — elle appartient a M. Bonjean, le magistrat et le philantrope parisien bien connu — que le gouvernement belge a installé une de ses plus importantes stations de convalescents. Au bord de la Creuse et dans un étranglement de la vallée, entre le Blanc et Tournon-Saint-Martin, à côté d'une boutonnerie coopérative où l'on retrouvait une partie des grévistes de Méru, s'élève l'ancienne abbaye dont le Kirsch fut célèbre longtemps. Des premiers ermites du XIe siècle jusqu'aux convalescents belges d'aujourd'hui, le monastère a subi bien des vicissitudes.
Les restaurations et réparations faites par M. Bonjean ont admirablement prédisposé le monastère à sa nouvelle destination. En effet, de vastes lavabos, des salles d'infirmerie, des dortoirs aérés et vastes, l'eau, l'électricité, la cité-jardin, les salles de fêtes, les cours, les cuisines, tout s'y trouve. Une installation de bains-douches a complété l'aménagement.
Au début de la guerre, on avait logé à l'abbaye tout un bataillon de prisonniers boches. Le local était vraiment trop beau pour de pareils oiseaux et, d'ailleurs, il ne se prêtait peut-être pas à une surveillance de tous les instants.
On les avait placés dans l'admirable chapelle aux stalles sculpées et aux hauts vitraux; on avait protégé par des planches les sculptures. Aujourd'hui les chasseurs poméraniens et les fantassins hanovriens ont laissé la place à des blessés belges des batailles de l'Yser et à ces malades atteints de bronchites graves, contractées dans les boues des tranchées, devant Ypres.
Cinq cents soldats sont là, soignés par cinq médecins-majors sous la direction du médecin principal Glaudot, de la 1re division de l'armée royale.
— Ici, nous avons surtout pour but de rétablir des anémiés, de faire de la suralimentation pour des hommes très affaiblis.
Un des majors me montre le régime des convalescents.
Par jour: 2 ou 3 œufs ou 2 œufs et une demi boîte de sardines; 2 ou 3 bols de riz au lait; 700 grammes de viande; 800 grammes à 1 kilo de pain; 1 bouillon; 1 kilogramme de légumes; 1 à 3 litres de lait; 1/2 litre de bordeaux vieux.
— Vous le voyez, lorsque l'estomac est bon, l'homme est vite restauré et va rapidement reprendre sa place au front.
Dans le vaste réfectoire où jadis les moines silencieusement mangeaient, ceux que le grand Verhaeren appelle:
Ceux dont l'esprit, sur les textes préceptoraux, S'épand comme un reflet de lumière inclinée.
à présent, les gas flamands et wallons d'Ypres et d'Anvers et de Charleroi jouent des mâchoires avec beaucoup d'entrain. D'autres sont installés dans la chapelle même. Des lits sont alignés dans le chœur, au long de l'autel.
Après le déjeuner, ils vont faire un somme de quelques heures, puis se promener à travers champs, péchant, rêvant, musant. Dans les jardins et les cours, des jeux de croquet, de teams et de tonneau sont installés.
Un prêtre, décoré de la croix de guerre, la soutane relevée, joue avec les soldats comme un enfant.
Ce que j'ai admiré le plus, c'est la sérénité, le calme et la force d'âmes de ces hommes qui, presque tous, ont leurs maisons occupées ou détruites par les Allemands, qui, la plupart, sont sans nouvelles de leurs familles, et qui, presque tous, ont vu de près les terribles atrocités de Louvain et Termonde.
La phrase qui revient le plus souvent dans leur conversation est celle-ci:
— Quand les Boches auront fui de chez nous.
Ah! ils ne sont pas pessimistes, ceux-là qui ont tout perdu et qui ont tout à reconquérir.

Fontgombault_Deambulatoire
Abbaye de Fontgombault - Le déambulatoire

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f620.table

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22 juin 2007

Je sais tout "Les prisonniers"

Le reporter de "Je sais tout" après avoir traité le sujet des hôpitaux du Blanc, parcoure la campagne à la "poursuite" des prisonniers allemands
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Les Prisonniers Travaillent à la Ferme

II arrive que la vie d'un petit village ou même d'une métairie résume en elle toute celle de la France d'aujourd'hui. C'est le cas d'une ferme berrichonne, visitée à la fin de cet été. A côté de la grande maison des métayers où j'entrai et où l'aïeul me reçut, habitaient dans une maisonnette des réfugiés belges dont les enfants jouaient avec ceux de la ferme, en gardant les chèvres.
A mon arrivée, je vis un caporal de R. A. T. à table avec un jeune permissionnaire retour du front, très gai, dans une capote bleu horizon. Autour d'eux, des hommes qui travaillaient à la batteuse, deux Belges de 70, des vieux, des jeunes de la classe 17 et l'engraîneur. Les femmes actives, bras et cou nus, servaient le repas de midi.
— Nous avons à faire les repas chaque jour pour quarante-cinq personnes, me dit la femme du permissionnaire. Je la regardai et je retrouvai ces yeux mélancoliques et beaux que j'ai souvent admirés chez ces filles de la Brenne, ce pays de plaines ondulées et grises, où le soleil, comme en Bretagne semble toujours voilé, à part quand il sombre parmi d'étranges flamboiements, dans l'eau morte des étangs immobiles. C'est le pays de Rollinat, celui qu'a célébré souvent George Sand. En été, les blés donnent plus de gaieté à ce paysage — et ce jour-là, à table, les conversations s'émaillaient de sourires.
Les hommes se versaient le petit vin blanc des vignobles locaux. On écoutait le récit de quelques épisodes héroïques des trois journées de Carency d'où arrivait le permissionnaire. Il parlait à voix très haute, plus haut qu'il n'est coutume de le faire pour des interlocuteurs attentifs et muets. J'en compris la raison en sortant.
Dans la cour, deux tables attirèrent mon attention. A l'une, deux territoriaux déjeunaient, tandis qu'un troisième surveillait l'autre table appuyé sur son fusil, la baïonnette au canon.
A celle-là, dix prisonniers allemands, — la moitié d'une équipe, —s'alignaient. Car une équipe de prisonniers compte vingt hommes, mais l'employeur a le droit de la diviser pour les besoins du travail à condition de les réunir, le soir, dans un même cantonnement.
A mon approche, les prisonniers se levèrent et, comme j'examinais leur repas, j'en fus surpris.
Certes, ils pouvaient le trouver « sehr gut » et « sehr schon »! Il comprenait, en septembre 1915, chez un simple paysan: du poisson frit, de l'oie aux navets, des pommes de terre au lard et une bouteille de vin pour quatre.
Je manifestai mon étonnement à la fermière:
— J'admets qu'on soit humain, lui dis-je, mais il me semble que ce repas est bien copieux et bien soigné pour des prisonniers. Croyez-vous que les nôtres jouissent de si bons repas?
— C'est par économie, me répondit-elle simplement, et elle se retira. Elle revint un instant après, apportant le règlement militaire qui fixe la nourriture des prisonniers employés aux travaux agricoles comme suit:

PAR JOUR
200 grammes de viande, les jours de travail.
125 grammes, les jours de repos.
850 grammes de pain.
1 kilo de légumes.
7 grammes de café.
8 grammes de sucre.
Graisse et beurre nécessaires.
Eau bouillie, si l’eau du pays n'est pas saine.

— Eh bien, m'écriai-je, en quoi vous oblige-t-on à donner du poisson et de l'oie?
— Je dois donner de la viande. Le boucher le plus proche est à sept kilomètres d'ici. Nous n'avons pas le temps d'aller à la ville en ce moment. Le poisson n'a rien coûté puisqu'il a été pêche dans l'étang, hier soir, après la journée finie. Quant à l'oie, il en court bien deux cents dans la ferme. Ça se nourrit tout seul. Le lard vient des cochons tués l'hiver dernier. Nous récoltons les pommes de terre. Le pain se fait ici. Nous n'avons rien acheté. Le dimanche seulement, nous mangeons de la viande de boucherie, car en semaine, on a trop souvent besoin du cheval et de la carriole. Si les prisonniers mangent de la dinde, de l'oie ou du canard, c'est qu'il m'est impossible d'acheter de la viande. D'ailleurs, puisqu'ils doivent travailler, il faut bien les nourrir!
Je regarde le feldwebel allemand. Il s'appelle W... Sch... Avant la guerre, il était contremaître dans un établissement d'automobiles à Paris. Il a rejoint son corps, fin juillet, et a été fait prisonnier en décembre 1914.
Il est grand, vigoureux, les traits réguliers et beaux, les yeux bleus et froids. Son costume de toile est d'une irréprochable propreté. On le sent volontaire et calme, et il répond à mes questions avec une grande politesse.
— Vous traite-t-on bien ici? êtes-vous content?
— Nous sommes bien; nous sommes contents.
— Je voudrais bien que nos prisonniers soient aussi bien traités chez vous que vous l'êtes chez nous!
— Ils le sont, monsieur, ils le sont. Une de mes parentes vient de m'écrire; elle a eu des prisonniers près de Dusseldorf: ils sont devenus gras.
— Croyez-vous toujours que l'Allemagne remportera la victoire?
— Pour l'instant, non. Mais nous ne savons rien ici.
— Alors, qu'est-ce qui vous fait perdre l'espoir?
— En Allemagne, aussi bien qu'en France, le peuple a marché parce qu'on lui en a donné l'ordre [sic). Nous ne voulions pas la guerre dans le peuple. On nous a attaqués (sic): il fallait bien se défendre [sic)!
A ce moment, les neuf autres Allemands se mettent à parler. Le feldwebel traduit:
— Ils disent que tout le monde enviait l'Allemagne. Il y a eu une conjuration contre l’Allemagne (sic). Mais nous travaillerons tellement que tous les pays qui ont combattu l'Allemagne seront à nous par notre seul travail {sic).
— En attendant, nous serons vainqueurs!
— C'est bien possible. Depuis que ce soldat en bleu est arrivé, j'en ai l'idée.
— Qu'est-ce qu'il a dit?
— Il n'a rien dit: il est gai. J'ai beaucoup travaillé dans des ateliers français. Je savais que ni les hommes, ni les femmes ne voulaient la guerre. Vous paraissiez en avoir peur. Ah! bien! oui! tous les soldats qui reviennent du front sont contents. Vous êtes un peuple bien original. En Allemagne, les soldats sont tristes. — Est-ce que vous préférez être ici ou dans les tranchées?
— Dans les tranchées!
— Pour tuer des Français?
— Pour être libres.
Un coup de sifflet strident nous interrompt. C'est l'heure du travail. Les prisonniers partent en tête, puis les deux réfugiés d'Ypres, puis les gens de la ferme et le permissionnaire. Je remarque que personne ne parle aux prisonniers. Une belle jeune fille qui servait à table détourne la tête à leur passage, en murmurant:
— Ils partiront sans avoir vu mes yeux.
Le bruit de la batteuse domine tout. Je regarde et me sens ému: ces prisonniers, ces réfugiés, ces vieux, cet adolescent, ce soldat, travaillent ensemble pour battre le beau blé de France...
— Il n'y a guère de blé, mais il y aura bien autant de paille que l'an dernier, remarque le permissionnaire.
Une femme allaite un enfant au pied de la meule. Il sourit et de ses petites mains potelées presse le sein.
— Il est né dans une cave à Ypres, me dit la femme. Il se porte bien tout de même.
Et j'admire le soleil qui luit sur tout cela.

JeSaisTout_PrisonnierChamp
"Les Boches dans les champs du Berry"

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f598.table

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17 juin 2007

Je sais tout "Hôpitaux mixtes"

Pendant le conflit, la revue "Je sais tout" publie des reportages que ses journalistes effectuent sur le territoire français. En 1915, plusieurs articles concernent le département de l'Indre.
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Les Hopitaux Mixtes

La plupart des villes de garnison de province ont un hôpital mixte, civil et militaire, administré par une commission civile pour les salles civiles. Dès le mois d'août 1914, la plupart des salles civiles furent réquisitionnées par l'autorité militaire. La salle d'opération fut mise aux mains des majors. D'ordinaire, on ne laissa pour la population civile, en vue de cas urgents, qu'une petite salle pour les hommes et qu'une petite salle pour les femmes.
Dans ces hôpitaux mixtes, on a laissé à leur tâche les infirmières religieuses ou laïques en leur adjoignant des infirmiers de la section afférente au corps d'armée. Depuis quelques mois, ces infirmiers font tous partie des services auxiliaires. Des majors appartenant à la réserve ou évacués du front assurent la direction du service. Des circulaires ont prévu que ces majors ne soient pas des médecins mobilisés appartenant à la région où ils exerçaient.
C'est eux qui ont été chargés de certaines opérations, non seulement sur les blessés, mais encore sur des hommes reconnus aptes au service armé par le conseil de revision de décembre 1914, qui visita les exemptés et réformés.
Ces opérations concernaient les ablations d'hernies et les paquets variqueux.
Un coiffeur jadis exempté, et qu'une opération chirurgicale (ablation d'un paquet variqueux) rendait apte au service armé et envoyait au front me déclarait:
— Quelle chance! me voilà gaillard! Je pais courir tout comme un autre et l'on m'a fait, pour rien, une opération qui, dans le civil, m'aurait coûté au moins mille francs.
On opéra également, avant le départ pour les tranchées, un certain nombre « d'orteils en marteau » et « d'ongles incarnés ».
En septembre 1915, les docteurs Picot et Benoit, à l'hôpital du Collège, au Blanc (Indre), ont pratiqué une opération qui restera célèbre dans les annales chirurgicales.
Le soldat Louis Rochet, du 68e, avait été évacué du front pour appendicite. Il n'avait aucune blessure. L'intestin ouvert, on y trouvait un éclat d'obus,gros comme un œul de pigeon. Rochet contait que, pendant un bombardement allemand, lui et ses compagnons avaient mangé la soupe au milieu des éclats d'obus. Sans doute un morceau d'acier, provenant d'une marmite boche, avait-il pénétré dans la marmite du potage et, dans un pareil moment, Rochet n'y avait pas regardé de si près. Il s'était contenté de dire:
— Je crois que le cuistot n'a pas désossé le pot-au-feu aujourd'hui?
En réalité, les hôpitaux de l'arrière, après les premiers mois de guerre, ont eu peu d'amputations à faire et la mortalité y a été très réduite. Encore faut-il considérer que les décès y ont eu plus souvent pour cause des épidémies — vite enrayées — que des suites de blessures de guerre.
Nous avons eu peu de mortalité chez nos blessés à l'arrière.

RI068_Hopital
Dans un hôpital de l'arrière
Soldat du 68e RI (devant avec une canne)

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f620.table

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11 juin 2007

La boue des Flandres

Le 12 novembre 1914, voici comment le colonel Eggenspieler décrivait les conditions de vie dans le secteur d'Ypres. La pluie, la boue ...

"Pour comble de malchance, la pluie se mit à tomber abondamment. Elle envahit tout, les tranchées, les boyaux et la campagne. Impossible pour les hommes de se coucher. Ils restèrent debout dans l'eau et dans la boue jour et nuit. L'état sanitaire du régiment ne tarda pas à se ressentir de cette situation. Les hommes avaient les pieds macérés par l'eau froide. Ils étaient enrhumés et perclus de douleurs. Les médecins étaient sur les dents".

Voici une des visions que l'on pouvait alors avoir des tranchées du secteur de Zonnebeke (Belgique)

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Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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05 juin 2007

Le triste bilan

Le cap des 7000 morts pour la France, au sein des régiments d'infanterie du département, vient d'être franchi. De multiples recherches m'ont permis ce sinistre rescencement. De nombreuses heures seront encore nécessaire afin d'obtenir une liste plus complète.
La nouvelle version du fichier excel est disponible dans la colonne de droite du blog.

Le triste bilan:

68e RI:

2294

90e RI:

2564

268e RI:

1129

290e RI:

1081

Sepultures

Merci à tous pour vos participations

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