Dans la nuit du 29 au 30 juillet le 6e bataillon a été relevé par un bataillon colonial. Il est allé cantonner à Beaurieux.
Le 5e bataillon a été relevé le lendemain; il est allé cantonner à Maizy.
Le jour suivant je fus relevé à mon tour.
Au cours de cette longue série de luttes qui se sont déroulées sur notre droite, sur notre gauche et sur une partie de notre propre front, le régiment a fait bonne contenance. Rien n'a plus subsisté du souffle défaitiste qui l'avait effleuré au Grand-Hameau, ni de la dépression morale que m'avait signalée la Division.
Nous avons soutenu nos voisins efficacement chaque fois qu'ils furent menacés. Dans la tourmente du 26 nous avons conservé intacte l'importante position de Hurtebise, malgré les tentatives répétées des Allemands pour s'en emparer. Quand je fis remarquer au Général de Division que c'était le Chef de Bataillon qu'il ne pouvait pas voir, qui s'était maintenu à Hurtebise, il me répondit : « Je me demande comment il a fait ». Pour toute notre longue intervention au Chemin des Dames nous n'avons pas récolté le moindre remerciement, alors que le bataillon du 68e qui a fait 100 mètres après son débouché du boyau Brignon a été cité à l'Ordre de l'Armée (Ordre n° 297 du 26 août 1917 de la 10e Armée).
Je ne suis nullement jaloux du 3e bataillon du 68e, mais pour l'honneur de ma troupe je suis obligé de relever ces différences de traitement. Nous étions les éternels sacrifiés, depuis le début de la campagne, et cela toujours pour la même raison. Le régiment n'a jamais été engagé sous les ordres du commandant de Brigade. Toujours il a été à la disposition d'autres Brigadiers, les nôtres étaient systématiquement évincés du commandement de leurs régiments. On conçoit que la Brigade, quoique sœur, faisait avant tout récompenser et mousser ses propres troupes, plutôt que celles des régiments voisins qui n'étaient en somme que des concurrents.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry