28 août 2008

Le 3e bataillon du 90e RI à l'Orme de Montécouvé

L’Ennemi, attaqué par l’Armée Mangin entre l’Oise et l’Aisne, le 18 Août, avait dû, bien qu’il s’attendit à cette attaque et eut pris toutes les mesures possibles en conséquence, lâcher le terrain auquel il s’accrochait depuis si longtemps.
La ligne de résistance qu’il espérait tenir au Nord-Est du grand vallon de Nampcel à Morsains fut enlevé et nos troupes débouchèrent sur le grand plateau, faisant des milliers de prisonniers et capturant 200 canons. La tâche était encore singulièrement difficile car le terrain, parsemé de boqueteaux à la tête des ravins, offrait aux défenseurs l’abri de petites forêts et obligeait l’assaillant à franchir de vastes surfaces découvertes formant glacis.
L’ennemi escomptait que la force extraordinaire des positions lui permettrait d’arrêter notre offensive et donnerait ainsi au Haut Commandement allemand, le temps nécessaire pour opérer toute retraite tactique que les évènements pourraient conseiller ou exiger. Le mordant de nos troupes déjoua ce calcul. Malgré l’accablante chaleur de ces derniers jours, notre infanterie traversa le plateau et s’approcha de l’Ailette à la hauteur de Guny. Si cette progression continuait, la situation des divisions allemandes qui résistaient encore au Nord-Ouest de Soissons pouvait devenir tragique. Elles n’auraient jamais le temps d’évacuer leur matériel. Il fallait à tout prix empêcher l’artillerie française d’avoir des vues sur la vallée.
Dominant les derniers contreforts du grand plateau du Soissonnais avant leur descente sur l’Ailette, à l’Ouest de la grand’route de Coucy-le-Château à Soissons, s’élève une hauteur connue sous le nom de l’Orme de Montecouve. Une petite voie ferrée qui longe le canal de l’Oise à l’Aisne et grimpe sur le plateau par le vallon de Crecy-au-Mont, contourne la hauteur et, à son pied bifurque, lançant une de ses voies au travers du plateau vers l’Ouest et aiguillant l’autre sur la tête des ravins de Juvigny, Chavigny, Vauxrézis, au nord de l’Aisne.
L’Orme de Montecouvé devait être le bastion qui serait, à tout prix, défendu. L’ennemi, qui avait espéré retarder notre avance par des arrières gardes largement dotées de mitrailleuses, fut dans l’obligation d’engager non seulement des bataillons de chasseurs, troupe d’attaque, mais une division nouvelle. En fin de journée, au parc des prisonniers d’une seule division française ; il y avait des spécimens de régiments de trois divisions allemandes et de deux bataillons de chasseurs.
Nous tenions à la hauteur de Montecouvé autant que l’ennemi. Nous avons eu le dernier mot. Répondant à l’appel du Commandement malgré l’extraordinaire difficulté du terrain, malgré la chaleur torride, les régiments de la 17e Division firent des prodiges. La réaction allemande fut violente et acharnée. Ses aviateurs de chasse mitraillèrent nos vagues d’assaut, ses canons crachèrent de l’ypérite, obligeant le port du masque, véritable supplice par cette température torride. Rien n’y fit, et nous avons pris la hauteur de l’Orme de Montecouvé

Les conséquences de ce brillant fait d’armes, qui semble évidemment un simple incident dans l’ensemble des opérations, se feront bientôt sentir. Un point d’appui enlevé vaut quelquefois plus que la conquête d’une localité connue.

Montecouve_Mouvements

Contre attaque effectuée le 25 août 1918 par le 3e bataillon, sur l’Orme de Montecouvé
Le 3e bataillon occupait depuis la veille au soir, la Chaussée Brunehaut, en soutien du 2e bataillon qui, le matin, s’était emparé des hauteurs de l’Orme de Montecouvé.

Après une nuit passée au travail sur les pentes du coteau (le bataillon devait amorcer au plus vite un boyau lui permettant de gagner la position de résistance sous les tirs les plus violents d’artillerie), gradés et hommes s’étaient endormis au petit jour.
Le calme ne fut pas de longue durée.
Avec le jour, commençait un tir d’artillerie des plus violents, exécuté par toutes les batteries ennemies sur les pentes de l’Orme, la Chaussée Brunehaut et les ravins de la ferme Mareuil
Une contre attaque ennemie allait elle se produire ?
Les appels lumineux, lancés de nos premières lignes pour demander le barrage, témoignaient de l’anxiété des occupants.
Ceux de la Chaussée Brunehaut étaient aussi anxieux et surveillaient attentivement les sommets mystérieux de la colline, toute embrumée de fumée et de poussière. Le bataillon devait contre attaquer en cas d’irruption ennemie dans les positions françaises : son intervention n’allait pas tarder à devenir nécessaire.
Vers six heures, les mitrailleuses allemandes commencent à se faire entendre ; leur bruit se fait bientôt plus rapproché les balles commencent à balayer la chaussée. Des blessés du 2e bataillon redescendent de l’Orme ; le tir d’artillerie ennemie se fait moins violent sur le sommet du plateau, mais aussi nourri à l’arrière. Plus de doute, le Boche s’apprête à envahir les hauteurs de Montecouvé.
La contre attaque est à exécuter sans retard !
Les deux compagnies de la Chaussée Brunehaut (9e et 11e), alertées, sont aussitôt debout sur la Chaussée au cri de « En avant », lancé par le Chef de Bataillon et la ruée se fait aussitôt vers le sommet, sous les balles de mitrailleuses qui, rageuses, essaient de claquer plus fort pour arrêter l’élan des assaillants.
Ceux-ci montrent un entrain remarquable ; ils sont immédiatement suivis de la 10e Cie, qui était en réserve, à l’Est de la ferme de Mareuil, et de la compagnie de Mitrailleurs. Tout le bataillon, en masse, court à la crète. Ceux qui tombent dans les hautes herbes du coteau sont assez nombreux ; qu’importe !
La tranchée « Bastringue », déjà garnie de mitrailleuses allemandes, va être atteinte. Les F.M. entrent en action, les grenadiers paralysent les premiers éléments ennemis abordés crânement ; le nettoyage se poursuit rapidement. La première tranchée est reprise ; une cinquantaine de prisonniers sont expédiés vers l’arrière.
Les Allemands tentent de venir au secours de leurs éléments avancés et remontent par la voie ferrée et le boyau venant de l’Est vers la tranchée Bastringue : les nôtres s’y opposent vigoureusement et continuent leur progression. Nos tirs précis de F.M. et le concours d’une section de mitrailleurs déjà installée sur les pentes Est de l’Orme, viennent à bout des efforts des assaillants, qui, devant les pertes par eux subies, se retirent en désordre sous notre feu.
Il y eut là des luttes endiablées : corps à corps, baïonnette, grenade. La résistance ennemie fut opiniâtre :
L’Allemand avait envoyé, pour cette opération, ses meilleures troupes (Chasseurs et éléments de la 1ère Division de la Garde). Le nombre de cadavres qu’il laissa sur le terrain prouve que la consigne était de tenir, coûte que coûte.
L’ennemi éprouva dans cette matinée du 25 Août une véritable défaite.
Les pertes du 3e bataillon furent les suivantes :
7 Officiers dont 2 tués
135 S/- officiers, caporaux et soldats (54 tués et 81 blessés)

Le 25 Août, les Compagnies étaient commandées :
La 9e par le lieutenant CHICOT
La 10e par le capitaine LEBLANC
La 11e par le capitaine BRIGAUDET
La C.M. par le lieutenant AMIEL

Le soir même paraissait cet ordre du Général Commandant la 17e DI

17e DIVISION D’INFANTERIE
ETAT-MAJOR
N°190B
ORDRE

Depuis huit jours, la Division a marché ou combattu sans trève : elle a, en fin de compte, gagné la bataille de l’Orme de Montecouvé.
Il suffit de jeter les yeux sur une carte pour se rendre compte de l’importance de cette position qui donne des vues jusqu’à la route de Coucy à Soissons. L’ennemi a fait tous ses efforts pour la défendre et il a employé, pour la reprendre, des éléments de ses meilleures divisions : Divisions de Chasseurs et 1ère Division de la Garde.
Ses efforts sont restés vains devant la ténacité, l’audace et l’initiative des 68e et 90e Régiments (dont je ne sépare pas les 27e et 78e B.T.S) aidés par une artillerie – le 20e R.A.C. et le 6e groupe du 109e – vigilante, active et toujours prête aux plus beaux efforts pour aider son infanterie.
A tous, j’adresse mes plus chaleureuses félicitations et je tiens à le faire par la voie de l’ordre afin que reste dans les archives des Régiments de la Division le souvenir de cette opération victorieuse de l’Orme de Montecouvé, au cours de laquelle sont tombés beaucoup de nos Camarades.

Au Q.G., le 25 août 1918
Général GASSOUIN
Commandant la 17e Division d’Infanterie

En notifiant cet ordre, le lieutenant-colonel DETANGER, commandant le 90e Régiment d’Infanterie, exprimait à tous son admiration pour les efforts fournis :

« La troupe a victorieusement résisté à l’écrasante fatigue de ces jours derniers : les Chefs ont remarquablement manœuvré.
L’ennemi vous a trouvés tenaces dans la défensive, mordants dans l’offensive ; vous avez battu ses meilleures troupes.
Il y a là des gages précieux pour l’avenir ».

Lieutenant-colonel DETANGER
Commandant le 90e Régiment d’Infanterie

A la suite de l’affaire de Montecouvé, une proposition de citation à l’Ordre de l’Armée fut faite par le colonel DE RIENCOURT, commandant l’I.D. 17, en faveur du 90e.
Le rapport à l’appui de la proposition contient ce passage :

« … Mais tel est le prix attaché par l’ennemi à cette position  qu’il ne peut se résigner à l’abandonner sans tenter encore une fois la chance.


Il s’est retiré dans la nuit parce qu’il se voyait cerné, mais en même temps, il faisait appel à de nouvelles troupes et, à si heures, se lançait à l’assaut après une violente préparation.

Pliant un instant sous l’effort, les éléments avancés des 68e et 90e cèdent quelque terrain, perdant ainsi la crête.
Mais nos troupes ne l’entendent pas ainsi et le bataillon de soutien  met, dans le déclenchement de la contre attaque, une telle rapidité et un tel élan que les positions sont reprises et le mouvement en avant se continue au-delà même des positions primitives.
Surpris par cette fougue, tous les occupants sont tués ou faits prisonniers et parmi ces derniers se trouvent un officier et plusieurs soldats du 1er Régiment de la Garde … »

Le 24 Août au soir, un ordre parvenu en pleine nuit par la chaîne des coureurs avait prescrit :

« … La position de l’Orme de Montecouvé est une position de toute première importance que le Régiment a le devoir de conserver à tout prix.
Le III/90 étudiera des contre attaques pour repousser immédiatement toute tentative ennemie ayant pour but soit l’Orme lui-même, soit le Ravin de la Carrière, soit le nœud de chemin de fer … »

Tout cela fut exécuté : les pages qui précèdent disent comment fut gardée la position de l’Orme de Montecouvé.
Inutile d’insister sur les résultats heureux qu’eut la réoccupation de l’Orme pour les fractions diverses qui l’occupaient avant l’attaque allemande et que celle-ci avait complètement désorganisées et séparées.
Sans l’intervention de la contre attaque, l’ennemi eut fait de nombreux prisonniers : il était venu en force, avec des troupes d’élite.

Quelques jours plus tard, l5 septembre, le Bataillon étant en réserve pouvait rendre les derniers devoirs aux Camarades tombés, le 25 Août, au champ d’honneur.
Dans le petit cimetière de la Chaussée Brunehaut, béni par l’Aumônier du Régiment, ils dorment en paix, à l’abri du talus de la Chaussée, qui, quelques jours auparavant, les avait protégés une journée entière.
L’Orme de Montecouvé a retrouvé son calme, les obus allemands n’en labourent plus le sol. Le grand calvaire du cimetière étend ses bras compatissants sur les tombes fleuries de nos Morts.
Que Dieu leur donne le grand repos.

Et là-haut, sur la colline, la modeste pyramide de pierre, commencée le soir de la bataille, porte ces deux inscriptions, hâtivement tracées par un pionnier du Régiment.

 

A NOS GLORIEUX MORTS
LE 90e REGIMENT D’INFANTERIE, 17e DIVISION
A ENLEVE L’ORME DE MONTECOUVE
ET L’A CONSERVE
23-24-25 AOUT 1918

 

 

Officiers, Sous-officiers, Caporaux et Soldats
Tombés au Champ d’Honneur
du 23 au 29 Août 1918

 

 

MOUSSEY Antonin sous-lieutenant 9e Cie
MOTTEL Henri   sous-lieutenant  11e Cie
PHILIPPON Jacques   sous-lieutenant   C.M.3
MEUNIER Léon    Adjudant-chef   9e Cie
RAYMOND Louis    Sergent    9e Cie
LEBRUN Léopold    Sergent    9e Cie
JOSSE Auguste    Sergent    9e Cie
BARTHES Antoine    Sergent    10e Cie
ROBIN Georges    Sergent    10e Cie
BRIGAND Henri    Sergent    11e Cie
JACQUELIN François    Sergent    11e Cie
MANTEAU Albert    Sergent    11e Cie
COUTURIER Paulin    Caporal fourrier    10e Cie
POINT Eugène    Caporal    10e Cie
LABALETTE Georges    Caporal   10e Cie
TARDIVEL Félix    Caporal   10e Cie
BEROUSSEAU Jean    Caporal   10e Cie
LABRU Clément    Caporal    11e Cie
POILLOT Alfred    Caporal    11e Cie
GABARD Roger    Soldat    9e Cie
GUYOT Maurice    Soldat    9e Cie
HENOCQ Emile    Soldat    9e Cie
JAMET Jean    Soldat    9e Cie
MONTEAUDON Edouard   Soldat    9e Cie
GANGNEUX Henri    Soldat    9e Cie
GUILLOCHON Roger    Soldat    9e Cie
CAILLAUX Louis    Soldat    9e Cie
CHOLET Clément    Soldat    9e Cie
MAHONIN Eugène    Soldat    10e Cie
GARRAUD Alexis    Soldat    10e Cie
CHEVALIER Eugène    Soldat    10e Cie
RIGOLET Louis    Soldat    10e Cie
PINON Gaston    Soldat    10e Cie
ROULLE Joseph    Soldat    10e Cie
DUCHIRON Auguste    Soldat    10e Cie
GUIGNAUDON Pierre    Soldat    10e Cie
LECOUVEY Pierre    Soldat    10e Cie
DION Albert    Soldat    10e Cie
SARRAZIN Alphonse    Soldat    10e Cie
DUPUYCHAFFRAY Marcel    Soldat    10e Cie
LANGLOIS Alfred    Soldat    10e Cie
OURSEAU Emile    Soldat    10e Cie
MOULIN Alphonse   Soldat    10e Cie
FLAVIEN Louis    Soldat    10e Cie
VIAL Etienne    Soldat    10e Cie
GARDEAU René    Soldat    10e Cie
CHARTIER Honoré    Soldat    10e Cie
SIARD René    Soldat    10e Cie
MARSAULT Antoine    Soldat    10e Cie
GALLERA Léon    Soldat    11e Cie
BOYER Eugène    Soldat    11e Cie
ROTGE François    Soldat    11e Cie
DOARE René    Soldat    11e Cie
DUPONT Joseph    Soldat    11e Cie
LEVITE Désiré    Soldat    11e Cie
CHARCELAY Victor    Soldat    11e Cie
NICAUD Louis    Soldat    11e Cie
PATROUILLOT Roger    Soldat    11e Cie
LABBE Alfred    Soldat    11e Cie
GONON Camille    Soldat    11e Cie
GUIGNAT Michel    Soldat    11e Cie
MURATORE Auguste    Soldat    11e Cie
CHASSELAY Paul    Soldat    11e Cie
PELLERIN Louis    Soldat    C.M.3
GASNIER Auguste    Soldat    C.M.3
CADON Henri    Soldat    C.M.3

Sur les lieux des combats de la 17e DI, dans le secteur de Montecouvé, une pyramide fut dressée en hommage aux combattants du 3e bataillon

RI090_OrmeDeMontecouve

Malheureusement, ce monument est actuellement disparu. Gageons qu'une restauration sera, un jour, entreprise.

Le 68e RI eut lui aussi de grosses pertes dont celle de son chef de corps, le lieutenant-colonel Rosset. Une stèle rappelle sa mémoire et celle des combattants du 68e RI tombès en ces jours de fin aout 1918.

 

RI068_Stele_Montecouve

Sources: Le 3e bataillon, à l'Orme de Montecouvé, le 25 aout 1918

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