21 juin 2009

Le lieutenant de Diesbach Belleroche, tombé le 10 juillet 1916 devant Saint Hilaire le Grand.

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Dans les jounaux de marche et opérations des unités combattantes, les opérations sont reportées d'une façon très reglementaire, un peu sèche et peu détaillée:

Nuit du 10 au 11 juillet 1916
Un coup de main est tenté sur les lignes allemandes à la tombée de la nuit par un groupe de volontaires à la tête desquels se trouve le lieutenant de Diesbach de Belleroche. Il est précédé d’un violent bombardement, mais le but poursuivi, capture de prisonniers, n’est pas atteint.
Disparu : lieutenant de Diesbach
Tué : Commandant Gobert
Le capitaine Pougnon prend le commandement du 1er bataillon en attendant l’arrivée du commandant Jumelle, chef d’état-major à la 17e division, qui doit remplacer le Cdt Gobert.

Parfois, il nous arrive d’avoir un peu plus de détails grâce aux témoignages de l’époque. Voici donc le report effectué par le commandant Bréant, dans son ouvrage « De l’Alsace à la Somme »

10 juillet. - Ce soir, un détachement du régiment ira faire un nettoyage des tranchées d'en face. L'ordre d'attaque est bien conçu, mais les moyens en artillerie lourde me paraissent insuffisants.
Le détachement sera commandé par le sous-lieutenant de D..., un ancien sous-officier de cavalerie. C'est souvent à lui de marcher! Il est venu me soumettre un cas de conscience. Le colonel l'a désigné; cette fois, cela pouvait en toute justice revenir à un autre. Or la mère de D.... est malade et il allait partir en permission: S'il en fait la demande, un de ses camarades prendra sa place ; mais s'il arrive quelque chose à son suppléant, D... me dit qu'il ne s'en consolera, pas.. J'ai longtemps hésité. Et puis je lui ai conseillé de se soumettre à la décision du colonel ; il ira donc (1). Il a écrit à son chef de bataillon une lettre que celui-ci vient de me montrer. Elle est aussi noble pour le fond qu'elle est simple et calme dans la forme.
11 juillet. - J'avais envoyé mon cycliste au secteur avec mission de me tenir au courant ; il me réveille à deux heures du matin.
Résultats de l'opération : mon pauvre D... tué d'une balle au front ; le chef de bataillon G... tué par un obus avec tous ses hommes de liaison. Prisonniers boches zéro.

(1). Lorsque de D... est venu me demander conseil, je savais celui qu'il attendait.

Au cours du coup de main, le Lieutenant de Diesbach-Belleroche, du 2e Bataillon, tombe glorieusement. Il est cité avec le motif suivant :
« Officier de Cavalerie d'une énergie, d'un sang-froid et d'un cran merveilleux, blessé grièvement au début de la campagne et passé dans l'infanterie, s'est imposé de suite comme un Chef d'une trempe supérieure, adoré de sa section qui le suivait partout. Tombé glorieusement le 10 Juillet 1916, alors que, debout sur le parapet de la deuxième ligne allemande, le revolver au poing et tirant sur une ligne d'ennemis à six pas devant lui, il entraînait ses hommes électrisés par son exemple. Cité au Corps d'Armée et deux fois à la Division ».

Le lieutenant Ernest de Diesbach Belleroche était le fils de Charles de Diesbach Belleroche et Marie Vermeulen de Mianoye et est né à Gand (Belgique).Il est arrivé au 90e RI suite aux attaques infructueuses d'Artois, à la fin 1915, il sera affecté successivement aux 6ème, 7ème puis 5ème compagnie du 2ème bataillon.
Ernest de Diesbach Belleroche est le cousin de l'aviateur Louis de Diesbach


Sources JMO et fiche « Mort pour la France »: Mémoires des Hommes
Sources photo : La Sabretache
Merci à Benoît de DIESBACH BELLEROCHE pour ses renseignements http://www.diesbach.com/

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10 juin 2009

Villégiature en rhénanie

En 1919, la 17e division est en Rhénanie. Elle participe à l’occupation du territoire allemand.
Le 68e RI a ainsi pour garnison la ville d’Ems.

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En avril de cette même année, le général Haller, commandant les troupes polonaises en France, rentre en Pologne. De Paris à Varsovie, le train qui l’emmène passe par Ems, où le journaliste Robert Vaucher de l’Illustration écrit ceci :
A Travers l'Allemagne avec le Général Haller
Dans les Pays Rhénans Occupés

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18 avril 1919
Quel enchantement, ce matin, au réveil, après avoir traversé Metz dans la nuit, de longer le cours de la Moselle, de jouir de ce paysage ravissant et pittoresque où le khaki des uniformes américains des troupes d'occupation nous rappelle seul que nous sortons de la plus effroyable des guerres.
A toutes les portières, officiers et soldats admirent cette charmante contrée. Tour à tour très large, avec ses coteaux couverts de vignobles, ses jolis villages aux toits d'ardoises, ses châteaux pittoresques aux tours massives, puis se resserrant soudain et prenant un caractère âpre et clos, la vallée de la Moselle n'est jamais ennuyeuse.
A Cochem, le train s'arrête quelques instants. Nous marchons plus rapidement qu'hier. Il faut de l'eau pour la machine. Les soldats américains qui occupent la gare s'empressent autour de notre train. Ils examinent avec beaucoup d'intérêt le wagon où se trouvent réunies les quatorze jeunes dames dactylographes du quartier général, et s'étonnent de voir que ces dames, tout en ne portant pas l'uniforme, sont soumises à la discipline la plus stricte. En effet, quelques-unes d'entre elles, arrivant avec dix minutes de retard au wagon-restaurant pour y prendre leur petit déjeuner, sont renvoyées par le commandant Girault, commandant le quartier général, qui ne connaît que la consigne et ne se laisse toucher par aucun doux sourire: « Il est huit heures et demie passées, c'est trop tard, à demain le café. » Mais les Américains se hâtent d'aller à leur cantine et en rapportent pour les retardataires force gâteaux, petits pains, galettes, brioches dorées et confitures.
On repart bientôt. Le soleil vient de percer les nuages et met de la gaieté sur le paysage printanier. A midi, nous arrivons à Coblence et, avec émotion, nous voyons notre train s'engager sur le long pont du Rhin. Nous ne sommes plus bien loin de l'Allemagne. En traversant le Rhin, plusieurs officiers, instinctivement, remettent leur épée au côté et leur revolver au ceinturon. Après le coup d'œil grandiose sur le fleuve jaunâtre, roulant ses flots boueux entre deux rives verdoyantes parsemées de villas et dans le fond les silhouettes pittoresques du Vieux Coblence, nous nous engageons dans le défilé de la Lahn.
Tout à coup, pendant que nous déjeunons, le train ralentit. La Marseillaise éclate soudain, répétée par l'écho de roche en roche. Des soldats en bleu horizon présentent les armes. Le tricolore français flotte partout. Nous sommes à Ems.
Le colonel Burtschell, commandant le 68 régiment occupant Ems, nous a réservé une surprise. Avant que nous quittions le territoire occupé pour entrer en Allemagne il a voulu, en compagnie de tous ses officiers, nous fêter encore et nous souhaiter bon voyage.

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Sur la hauteur, à mi-pente, au-dessus des rochers dominant la ville d'hôtels qu'est Ems, un grand drapeau français flotte gaiement. Il est hissé tous les jours en grande pompe, tandis que les tambours battent aux champs et que la musique joue. Il s'élève, triomphant, au-dessus du monument de Bismarck sur lequel nos deux divisions d'occupation ont inscrit, après la liste des victoires allemandes commençant par Gravelotte, les victoires de la grande guerre auxquelles contribuèrent les 48e et 17e divisions.
Nos poilus sont enchantés d'occuper Ems, car cette ville de baigneurs, qui peut recevoir jusqu'à 12.000 personnes en temps normal, est actuellement déserte. Chaque soldat a sa chambre d'hôtel et, après les dures années de campagne, l'occupation de cette contrée pittoresque est une véritable villégiature.
Le général Andrieu, commandant la 17e division, vient à la rencontre du général Haller. Dans le grand buffet de la gare, au-dessous d'un portrait de Guillaume II en pied qui regarde la scène d'un air tragique, le général français porte son toast au chef polonais et à ses glorieuses troupes. Il boit à la restauration de la Grande Pologne. Le général Haller lui répond: « Quelle agréable surprise, au moment de notre passage à Ems, ville dont le nom est tristement célèbre en Pologne comme en France, d'entendre le son des clairons français qui est le son de la gloire française! En attendant l'alliance prochaine qui unira nos deux gouvernements, je bois à la camaraderie d'armes franco-polonaise et à la victorieuse armée française. »
Il faut remonter en wagon. Il est une heure, la musique joue Sambre-et-Meuse et l'écho répète les sonneries de nos clairons. Tout le long du quai, des officiers, au garde à vous, saluent.
Décidément nos soldats ont une passion pour la pêche à la ligne; jusqu'au dernier poste français, nous apercevrons des poilus installés au bord de la Lahn. C'est à peine si, au passage de notre train, ils daignent nous faire un petit salut amical.

De la revue 'l'Illustration' No. 3974, 3 mai 1919


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