En 2008, un correspondant (dont j’ai perdu la trace, mais qui peut me contacter s’il se reconnait) me transmit des scans d'une série de cartes postales, alors que nous échangions sur la guerre de 14 ou  sur Malicornay, le village de ma branche maternelle, je ne me souviens plus très bien. je n'avais alors prêté attention plus que cela à cette série de scans.

Quel est le rapport entre cette série de cartes et mes aieux, hormis que cela concerne Malicornay?

Ces cartes ont toutes été envoyées par 2 soldats répondant au patronyme de Plantureux, Louis et Alexandre à leur maitre d’école, M. Suire, qui fit sa carrière à l’école communale de Malicornay.

M. Suire figure sur une des rares cartes postales du village. Sur le cliché, on l'identifie tout de suite sur la droite du cliché. Il pose d'ailleurs juste devant ce qui était alors l'école communale et on reconnait aisément son statut social. Ceci étant dû à l’importance de l’instituteur dans la vie villageoise de l’époque.
Ceci se retrouve dans l'importance qu'apportent nos 2 soldats à transmettre des nouvelles à celui qui fut leur "Maître"

Malicornay1

Revenons, à cette série de cartes et surtout à celles d’Alexandre. Effectivement, parmi mes aïeux, il est un de mes arrières grands-pères.

Alexandre Plantureux est né le 26 février 1874 à Chavin (36) (Lien vers acte de naissance) et est décédé le 19 juillet 1929 à Malicornay (36). Il est de cette génération qui connue la Grande Guerre. Si en 2013, un passage aux Archives départementales ne m’avait pas permis de retrouver sa fiche matricule, surtout par faute de temps, il est maintenant aisée de le trouver via le Grand Mémorial et ainsi d'accèder à sa fiche matricule aux Archives Départementales de l'Indre. Il est ainsi classé  Classe 1894 Recrutement de Châteauroux matricule 570 (lien vers sa fiche)

On notera un parcours très "plat" mobilisé au 9e Train, il y restera jusqu'en 1919. Le type d'unité d'affectation est cependant peu en accord avec le texte des missives envoyées et retranscrites ci-dessous, les "tringlots" n'étaient pas considérées comme des troupes combattantes.

Capture9eETE

 

Intéressons-nous donc aux deux cartes envoyées par Alexandre, je vous laisse effectuer l'analyse du contenu:

plantureux-alexandre-1-recto

Le 29 mars 1915,
Cher Maître
Merci bien de votre aimable lettre qui ma rendu heureux de m’apprendre ou était une partie de mes camarades. Car depuis la campagne, je n’est reçue aucune de leurs nouvelles. Cher maître, vous me dite que vous seriez heureux de mettre un Boche au bout de votre canon. Oui je le pense bien , mais plus on nan tire, plus y sonts nombreux. Mais j’espère bien que bientôt nous en verront la fin. Et que nous aurons malgré çà la victoire. Mais elle serat chère. Vous verrez sur cette carte où je me suis battue que ce n’est pas ricolo. Allon au revoir cher vieux maître, Recevez mes meilleurs amitiés.
Plantureux Alexandre

plantureux-alexandre-2-recto

Le 1 juillet 1915,
Cher monsieur Suire, vous êtes forcés de me dire que je suis paresseux, même très paresseux. Et pourtant en ce moment je suis très heureux, très tranquille. Ce matin je suis aller dire bonjour au cousin Réné Gauthier qui est toujours très heureux lui aussi tous près des Boches. Ne lui empêche qu’il a le tonneau toujours plein de vin. Je puis vous dire quil se porte bien il est toujours très gros. Ou l’on est en ce moment c’est très calme. Mais nous en avons assez vu cette hivers. Et nous avons toujours bonne espoir. Et il y a qu’une seule chose dans ce long et difficile passage, c’est l’espoir. Espérons toujours  à une fin prochaine, Mon cousin ce join à moi pour vous envoyez son aimable bonjour ainsi qu’à Mme Suire. Vos anciens élèves qui vous serre  cordialement la main.
A Plantureux

 

Au-delà des fautes d’orthographe qui devaient nécessairement titiller le maitre d'école qu'était M. Suire, il est intéressant de noter la lucidité du combattant. En juillet 1915, il ne lui reste déjà que l’espoir.