30 décembre 2013

Eté 1915 (en 2014, en Berry)

Petit message hivernal sur la période estivale, histoire de se réchauffer.
En général, lorsque je pense à cette saison qu'est l'été, je pense au soleil. Mais si je rajoute la date 1915, bien sûr, je vois le soleil mais je vois aussi la plaine de Neuville Saint Vaast et le carrefour des 5 chemins. Là, où le 90e et le 68e essuyèrent de lourdes pertes dans des attaques peu sensées. Les unités se relayèrent et se cassèrent sur les écueils des défenses du bois de la Folie.

Pour une autre raison, plus artistique (quoique), je découvre que l'Eté 1915 m'évoque des souvenirs agréables. Un soir, au sein de la forteresse de Cluis, je me suis trouvé transporté sur le front. Certes, la photo, au premier abord, ne s'y prête pas, mais ....

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Une bienheureuse trouvaille sur le oueb, nous permettra de revenir sur cette expérience l'été prochain. Je réserve donc déjà mes places.

Je prie d'avance l'équipe du "Manteau d'Arlequin" de me pardonner, ci-dessous, j'ai repris l'affiche de la pièce qui a été diffusée sur le blog:

"Eté 1915"

Je me laisserai bien tenter de réserver ma place pour la représentation du 1er aout, dernière du temps de Paix (enfin, d'il y a 100 ans).

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Meilleurs Voeux à toutes et tous pour 2014

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18 décembre 2013

Fichtre, 500 messages et cela fait déjà (presque) 9 ans que nous sommes ensemble

Aujourd'hui est un jour spécial pour moi, le 30 décembre 2004 commençait l'aventure du blog Indre 14-18, entre dinde et huitres, saumon ou canapés,. Cela fait donc presque 9 ans, que j'entretiens la flamme au travers de ce blog. Les recherches avaient certes commencées un peu avant.
Pour l'anecdote, j'ai gardé la trace de mes premières recherches. J'ai ainsi retrouvé un vieux mail échangé en avril 2001 avec Stephan Agosto, qui fut le premier à m'aiguiller sur le sujet, en me faisant connaitre l'ouvrage du colonel Eggenpieler, le chef de corps du 290e RI.

A raison de plusieurs messages par mois, vous avez donc sous les yeux le 500ème message.

La sauvegarde de ce blog occupe à elle seule plusieurs fichiers word et représente plus de 300 pages de lecture. Les données sur le disque dur occupent environ 189 Go de données, allant du simple cliché du front à la transcription d'un courrier, celle d'un ouvrage écrit par un témoin du 9e CA, en passant par une jolie vidéothèque. Autant dire qu'il y a des doubles sauvegardes.
Quitte à être dans les chiffres, vous êtes un peu plus de 160.000 visiteurs à avoir cliquer sur une page d'Indre 14-18. Les gros pics d'audience correspondent bien évidemment aux 11 Novembre, notamment celui de 2008 (90 ans de la fin du conflit) et 2013 (lancement du centenaire). Ceci pour moi est au delà de mes attentes et je vous en suis redevable.

MERCI

à ceux que j'ai rencontré, ceux que je continue de rencontrer et à ceux que je vais bientôt rencontrer.

Godet500e

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14 décembre 2013

Désiré Teinturier, de Vendoeuvres à Steenstraat.

En 2006, lorsque je me suis rendu avec ma petite famille dans le Pas de Calais, nous avions bien évidemment fait un détour par Ypres et son musée « In Flanders Fields ». Ce musée est un incontournable de tout périple en Flandres.
Alors que nous prenions nos tickets, je notais que celui de mon fils représentait un barbu et qu’au fil de la visite, il était possible de suivre le parcours de ce personnage. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, que ce sergent était du « pays » et qui plus est, du 290e RI.
Le texte explicatif du musée signalait que sa fille Jeanne, accompagnée de son petit-fils, en visite au musée, avait reconnu son père sur un des clichés appartenant au musée.

Ni une, ni deux, à mon retour, en France, sur le site du musée, je retrouvais plus d’informations le concernant. Il s’agissait du sergent Désiré Teinturier qui tomba à Lizerne, le 27 avril 1915. Après une première tentative pour prendre contact avec la famille, je réussi enfin en 2012 à joindre Thierry, arrière petit-fils de Désiré qui a bien voulu m’ouvrir les archives familiales.

Alors que je préparais cet article, j’eu beau rechercher dans mes documentations, je n’arrivais à mettre la main sur le fameux ticket. Dommage. Or, je me dois de faire cet article, d’autant que justement, Désiré Teinturier ne m’est pas inconnu, il figure sur un cliché qui se trouve dans un de mes albums du 290e RI.

Voici donc Désiré Teinturier :

DesireTeinturier4_3

 

Né le 9 février 1874 à Vendroeuvres (Indre). Il exerce la profession d’expert comptable, après des études chez les Jésuites de La Souterraine (Creuse). A l’issue de son mariage avec Joséphine Hardy, en 1901, naquit, en 1912, Jeanne, sa fille. C’est elle, qui se rendit à Ypres, au musée In Flanders Fields, où elle reconnut son père sur un cliché. On imagine l’émotion d’alors.

Pour revenir au parcours de Désiré, et n’ayant pu visionner sa fiche de registre matricule, celle-ci étant à la numérisation, je ne peux que déduire certaines informations, heureusement, Thierry m’a transmis d’importantes indications et documents. Désiré Teinturier donc fut mobilisé à Châteauroux dès le 7 aout 1914 (Livret de mobilisation).

Au vu des photos transmises, il fut d’abord affecté au 65e RIT (Régiment d’Infanterie Territoriale), du fait de sa classe d’âge.

DesireTeinturier2_extraitDésiré Teinturier et un groupe du 65e RIT

Sur ce cliché, il est intéressant de noter la disparité des effets, qui démontre le mélange qui pouvait exister entre régiment d’active, de réserve et de territoriales. Certains portent des képis du 65e RIT (Numeros blancs sur fond Garance) et des capotes 1877 du 90e RI (Numéros Bleus sur fond Garance).

Après une période au dépôt, celui-ci monta au front au 290e RI, certainement dans le cadre d’un renfort. Peut-être fut-il volontaire ?
En Avril 1915, le 290ème RI et le 268ème RI furent rappelés en Flandres afin de renforcer et reprendre le terrain perdu, lors de l’attaque aux gaz que les Allemands lancèrent le 22 avril 1915, dans la région d’Ypres. Au sein de la 304e Brigade d’infanterie, ceux-ci attaquèrent en direction de Lizerne.

 

Pour raconter la triste journée où Désiré disparut, je laisse la parole au Colonel Eggenspieler, chef de corps du 290e RI :

"27 avril. - Marche d'approche. - Un ordre général d'opération pour la journée prescrivit de poursuivre sans interruption les opérations entreprises pendant la nuit (à ma connaissance il n'y en a pas eu), l'objectif étant toujours de rejeter l'ennemi au-delà du canal, et de conserver le terrain conquis. Le Général Codet a en conséquence ordonné une action convergente et coordonnée des 290e et 268e avec mission de balayer le terrain entre le canal et la route de Boesinghe, dans la direction de Steenstraat, et de se tenir vers la droite du secteur en relation étroite avec le 4e zouaves (à Lizerne) prêt à intervenir, et de rester également en liaison avec le 268e qui doit se conformer au moindre mouvement en avant. Cet ordre n'est pas bien clair, je l'ai reproduit d'après le Journal de Marche du régiment.


Dans mes communications avec la Brigade, j'ai constamment insisté pour connaître la situation à Lizerne. A qui était le village, à nous, ou aux Allemands ? Je ne pouvais pas espérer opérer sur le terrain au Sud du village si les Allemands y étaient. La Brigade me rassurait constamment, en m'affirmant que le 27 au matin, les zouaves occupaient la partie Ouest du village, et les Allemands la partie Est.
En fin de compte, aucune opération n'eut lieu le matin.


Vers midi, je fus appelé à la Brigade. On m'y donna connaissance des points essentiels d'un nouvel ordre d'attaque qui venait d'arriver. D'après cet ordre, il fallait s'emparer au plus tôt de Steenstraat, et border le canal de l'Yser de Hetsas à Steenstraat, après avoir nettoyé tout le terrain sur la rive gauche. Dans ce but il y aura une offensive menée simultanément par la gauche de la Brigade Cherrier (268e), la droite du groupement Codet (290e) et la gauche de ce même groupement (135e ), et éventuellement par le 4e zouaves. Il devait y avoir une préparation intense des artilleries françaises et belges.
Le 290e avait pour objectif un front de 400 mètres du canal de l'Yser au Sud du pont de Steenstraat, la route de Lizerne à Steenstraat exclue. D'après cet objectif on voit que j'avais raison de me préoccuper de la situation à Lizerne.


Eggen_P189

J'étais de retour au régiment vers midi cinquante. Je donnai mes ordres, et les sept compagnies (quatre du 6e bataillon, 19e et 20e du 5eet la C.M.) qui devaient exécuter l'opération s'apprêtèrent aussitôt. Nous nous sommes mis en route à 13h.45. En cours de route je fus rejoint par un message téléphoné de la 91e Brigade qui me fit connaître que l'artillerie commencerait son tir de préparation à 14h.45, que je ne devais déclencher mon attaque que quand je jugerais le moment propice, et quand la Brigade Mingasson à ma gauche aurait commencé son mouvement. J'ignorais tout de la composition et de la situation de la Brigade Mingasson. En attendant, je continuais mon mouvement vers les lignes. Nous avions formé deux colonnes, chacune de trois compagnies. Le Commandant de Lacombe conduisait celle de droite, et moi celle de gauche. Nous nous dirigions vers le terrain au Sud de Zuydschoote d'où nous devions partir pour l'attaque. Nous ne fûmes aperçus par l'artillerie allemande que quand nous fûmes en vue des lignes allemandes. Alors les fusants à couleur d’absinthe nous arrivèrent en grand nombre. Ils éclataient tellement haut qu'ils ne nous causèrent pas de pertes. Celles-ci ne se produisirent que quand nous fûmes près de Zuyschoote. A ce moment les Allemands nous envoyèrent des percutants. Les compagnies marchèrent en tirailleurs. Les mitrailleuses allemandes entrèrent en action à leur tour. Il y en avait une qui était nichée dans la lisière sud-ouest de Lizerne, qui balayait tout le terrain dans notre direction. Malgré ce feu meurtrier, les compagnies de tête (23e et 24e) atteignirent la tranchée de première ligne française qui longeait la route de Lizerne à Boesinghe. Il n'y avait pas de boyaux pour aller d'une tranchée à l'autre.


La tranchée de tête était remplie de troupes. Il y avait
des territoriaux, des zouaves et des hommes d'un bataillon d'Afrique. A notre droite se trouvait le 268e. Les 21e et 22e compagnies s'étaient arrêtées dans des tranchées de deuxième ligne, ayant en arrière et à gauche d'elles les 19e et 20e. La C.M. était en réserve en arrière et à droite près du P.C. du 268e. A gauche, les compagnies de première ligne n'étaient en liaison avec aucune troupe française. De ce côté la continuité de la ligne était interrompue par le village de Lizerne, qui était encore entièrement entre les mains des Allemands. On voit combien j'avais raison de me méfier de cette localité.


Après avoir franchi le Kemmelbeck, je suivais person
nellement un chemin qui conduisait directement à Steenstraat par Lizerne. Je suis passé à un moment donné à côté d'un moulin qui était en flammes. Un peu au delà du moulin je me suis arrêté dans une tranchée à droite du chemin. Comme je n'y voyais rien je suis passé de l'autre côté du chemin dans une tranchée occupée par des territoriaux tout contre Zuydschoote. Malgré que le terrain y fût plus élevé je n'y voyais toujours rien. Je ne savais pas ce qu'était devenu ma troupe. Je me décidai alors de me porter plus en avant sur une bosse de terrain au Sud de Lizerne. Je dois rappeler encore qu'avant d'arriver au moulin qui flambait, j'avais vu dans une ferme à gauche le Général Cherrier qui commandait la Brigade à notre droite. Il m'a fait connaître qu'il n'avait aucune mission offensive.


Dans mon déplacement vers le terrain au Sud de Lizerne, je fus suivi par mon Officier adjoint, le Lieutenant Sohier, et par toute la liaison. Dès le début nous dûmes marcher courbés
et bientôt après il fallu ramper. Chemin faisant, je suis passé devant un sergent du Génie qui était assis par terre et qui se lamentait. Il était déchaussé et avait eu un pied traversé par une balle. Il avait une claie qui gisait à côté de lui. Il était chef d'une équipe de transporteurs de claies, qui devait établir des passages sur l'Yperlé, petit ruisseau qui précédait le canal de l'Yser. On pense si ces hommes avec leurs claies sur la tête étaient visibles. Du reste, on n'était pas près de le franchir, l'Yperlé. Le pauvre sergent était tout seul, il ne savait pas ce qu'étaient devenus ses hommes.


Dans notre déplacement en avant j'étais seul sur mon
cheminement. Le Lieutenant Sohier avec la liaison et les ordonnances en suivait un autre, à 50 mètres à ma gauche. Arrivé au point où j'avais des vues sur le terrain au Sud de Lizerne, je me suis arrêté couché dans l'herbe. Je voyais mes compagnies de tête arrêtées à côté des zouaves. La campagne était absolument vide. Aucune troupe n'était sortie nulle part pour attaquer. Etant donné la situation à Lizerne, elles avaient bien fait. Pendant tout le temps que j'étais couché à mon poste d'observation je voyais des hommes continuer à se porter en première ligne. Je me soulevais et leur criais de toutes mes forces de rester couchés. Ils ne voulaient rien entendre. Je les vois toujours courir de leurs petits pas menus, l'arme croisée devant le corps puis s'abattre, touchés par les balles des mitrailleuses. Pauvres garçons ! Que de morts inutiles, soit par manque d'instruction tactique, soit par une conception exagérée du devoir militaire. Quand je reportai mes regards vers le groupe Sohier, je vis le Lieutenant couché à terre et ramper vers un trou d'obus en se servant seulement de ses bras. J'en conclus qu'il était blessé aux jambes. J'interpellai le Maréchal des Logis Pothet qui, au lieu de me renseigner, me demanda si je n'étais pas blessé. Je lui dis que non. Puis je dus me recoucher et me faire extra-plat tellement les balles de mitrailleuses rasaient le tapis de près. Au bout d'un moment, je vis deux hommes, Blin, mon ordonnance, et Pothet porter le Lieutenant en avant vers la tranchée de tête. Je me disais aussitôt, ils vont se faire achever. En effet, au bout de quelques pas tout le groupe s'abattit sur le pré. Je ne sus que plus tard que Pothet avait reçu une balle dans le ventre, et Blin une dans le bras. Le Lieutenant ne fut plus touché. Il en avait assez de sa première blessure, une balle lui avait fracassé la cuisse. Bref, quand la fusillade et la canonnade se furent calmées, et que l'obscurité commençait à tomber, je me dégageai de ma position d'observation où j'ai fini par rester tout seul. Je n'eus d'autre ressource que d'aller à l'arrière à mon P.C. pour me reconstituer une nouvelle liaison.


Mon P.C. se trouvait dans une ferme plus avancée que
celle du Général Cherrier. Mon personnel y occupait une cave pas bien propre. Le reste de la ferme était occupé par l'E.-M, du bataillon de zouaves de Lizerne. Les Officiers du bataillon ont été très accueillants, mais je n'ai pas pu savoir qu'elle était la situation du bataillon à Lizerne.


J'attendis le compte rendu du 6e bataillon qui s'était
trouvé en tête du mouvement. Je me doutais que les pertes avaient dû être sérieuses. A la 23e, le Capitaine Marsily avait été tué. A la 24e, le Capitaine Beyler et le Lieutenant Ramez étaient blessés. J'avais donné des ordres pour qu'on m'avertisse quand les Officiers blessés passeraient devant la ferme. C'est ainsi que j'ai revu le Lieutenant Sohier. L'excellent garçon s'excusa d'être obligé de me quitter en pleine action. Le Capitaine Beyler avait conservé sa crânerie habituelle. Comme Sohier, il avait reçu une balle dans la jambe. Il a voulu donner l'exemple à ses jeunes gens, m'a-t-il dit. J'ai accompagné tous ces braves de mes vœux de prompt rétablissement.
Je pris comme Officier adjoint le jeune porte-drapeau
Devilliers qui était apte à remplir ces fonctions. Je me reconstituais également une liaison.
Aucun événement ne se produisit au cours de la nuit. Le
canon a continué à tonner mais par intermittence seulement.
J'ai estimé à une centaine le nombre d'hommes mis hors
de combat."

 

Le Journal de Marche et Opérations du régiment indique plus prosaiquement 19 tués, 55 blessés, 1 disparu et 1 mulet tué.

Le parcours de Désiré Teinturier se terminait ainsi sur les terres de Flandres, le 27 avril 1915.

Un fait m’a interpellé lorsque j’ai reconstitué son parcours. La fiche Mémoires des Hommes, le Journal de Marche donne le grade de Caporal à celui que je connaissais sous le grade de Sergent. Pour comprendre, je me dois de vous présenter au final ce qui constitue le dernier cliché connu de notre caporal-sergent. De la même façon, les documents vus à Ypres, au musée, l’indiquait bien Sergent et non Caporal.

DesireTeinturier5
Après la chute de la neige, Sergent Teinturier auprès
 d’un trou creusé par un obus Zonnebeque

Que j’aurai voulu que Jeanne voit ce cliché.

 

Sources:
Collection de l'auteur
Collection familiale Thierry Le Panse (Merci à lui pour sa confiance)
Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry -Colonel Eggenspieler.

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09 décembre 2013

Le 66e RIT sur le plateau de Nouvron Vingré

Un correspondant, Emilien, me signalait récemment que je n'avais pas beaucoup de sujets sur le 66e RIT. Effectivement, au final, hormis les "balayeurs du Blanc", je n'aborde pas souvent le cas des territoriaux.
Toute la difficulté est de trouver des informations. Quelles sont les traces laissées par nos "terribles taureaux"?  (surnom moqueur donné, à l'époque aux soldats territoriaux).

Emilien me rappela la présence d'un monument concernant le 66e RIT, dans l'Aisne. Ce monument, je le connaissais et je m'apercevais que jamais je n'en avais fait mention.

Alors que j'habitais Paris, il m'était plus facile de me rendre sur les zones de front. Ainsi, en novembre 2007, je me rendis dans ce département. Il fallait que je vois le secteur où séjournèrent les 65e et 66e RIT. Accompagné de l'ami Stéphan, nous rencontrâmes Jean Luc Pamart et Denis Rolland, tous deux de l'association Soissonnais 14-18, qui nous firent visiter des creutes, ils nous accompagnèrent lors de la visite de Vingré où nous pûmes voir la stèle en hommage aux fusillés de décembre 1914.
Bouleversé par ce que je venais de voir, j'en oubliais de demander à Jean Luc Pamart des renseignements concernant un monument dont je connaissais pourtant l'existence depuis 2006 (mal réparé depuis), puisque l'après-midi, nous nous dirigeames vers le secteur de Craonne, mais c'est un autre secteur, une autre histoire.

Voici le monument en question qui est, à ma connaissance, la seule trace sur le front du 66e Régiment d'Infanterie Territoriale:

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Si la base n'est pas d'origine et est agrémentée d'une plaque commémorant des évennements de 39-45, le haut du monument est lié au 66e RIT (RTI), ces pierres furent retouvées lors de labours par des agriculteurs. Le graveur a d'ailleurs dénommé celui-ci 66e RTI (Régiment Territorial d'Infanterie).

Voici par exemple un cliché pris lors dun exercice du 66e RIT, en 1909.

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Si vous avez l'occasion, n'hésitez pas, le secteur de Confrécourt, Nouvron Vingré est exceptionnel, notamment, pour la qualité et la quantité de ses creutes (cavernes souterraines). N'y allez pas seuls, contactez l'association Soissonnais 14-18, des visites sont organisées. Et cela vaut le détour.

Merci donc à Emilien pour avoir réveillé le 66e RIT.
Merci à Jean Luc et Denis pour m'avoir fait visiter le secteur et m'avoir ému.
Merci à Serge pour les clichés du secteur.

 

Sources Photos: Collection de l'auteur.

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05 décembre 2013

Les gars..., souvenez-vous!... Faut pas faire comme moi...

René de Planhol, a écrit un ouvrage qui s’intitule "La Justice aux Armées", il y aborde les cas de justice militaire qu'il fut amené à défendre ou auquels il lui fut donné l'occasion d'assister.
Après le cas de rapine de Carpion et Rabanos, que j'avais diffusé en 2012, voici le compte-rendu d’une séance de conseil de guerre qui amena le CDG de la 17e DI à prononcer la peine de mort.

CaptureJM_Gallica

Le chapitre III de l’ouvrage porte sur ce que René de Planhol appelle les « Crimes de la Peur », le sous-titre étant « Ceux qui succombent à la peur. - Deux types de peureux : les peureux par accident et les peureux par nature. »

En début de chapitre, il écrit donc :
"On a beaucoup étudié la peur chez les combattants. Des soldats ont noté à ce propos leur propre expérience, et les psychologues ont essayé d'en déduire les conditions générales ou lois. Fort peu de combattants sont exempts de la peur : seuls y échappent tout à fait certains tempéraments en qui les nerfs et l'énergie physique sont aussi forts que la volonté. Presque tous les hommes, il est vrai, réagissent contre elle et la dominent, par la vertu de sentiments multiples et divers tels que le patriotisme, l'honneur, la vénération du devoir, le souci de l'opinion, la crainte des châtiments et surtout, pour le grand nombre, cette emprise de la discipline à quoi équivaut à peu près ce que Jean Variot, dans ses Petits écrits de 1915, nomme « une habitude héréditaire d'obéissance et d'honneur ». Quelques-uns succombent, et ceux-là commettent la pire faute, - la faute professionnelle du soldat."

"Le cas de Bouclos était presque le même : déjà puni pour une première désertion, il revenait devant le conseil pour avoir abandonné sa colonne en arrivant aux tranchées. On l'inculpait donc de refus d'obéissance. Cette qualification, qui pourrait intriguer d'abord le lecteur, a été l'objet de controverses. Elle semble légitime en droit. Puisque le refus d'obéissance équivaut à l'abstention volontaire d'obéir; il est logique de soutenir que le déserteur a refusé d'obéir, et les juges ont généralement admis cette thèse. Les chefs et les camarades de Bouclos formulèrent sur lui des témoignages analogues à ceux recueillis sur Dupières ou Leprêtre : bon garçon, serviable, docile, mais incapable de se battre. Ouvrier agricole, de forte stature, âgé de vingt-cinq ans et n'étant pas marié, il n'avait pas non plus l'excuse du mal à la gorge et des gouttes. Aux questions du colonel il répondait sans chercher de raisons. Pourquoi s'était-il esquivé de sa colonne ? Pourquoi ? Il n'en savait rien, n'ayant pas réfléchi, ayant agi comme une bête. Mais oui, c'était vrai. Il s'était blotti dans l'herbe haute d'un champ et puis n'avait plus bougé pendant un jour entier, jusqu'à la survenue des gendarmes. Son front bas, que barrait une mèche bouclée de cheveux noirs, se sillonnait de plis profonds et ses yeux, bruns et larges dans son visage joufflu, semblaient prendre les juges à témoin de sa sincérité. Il ne paraissait point se douter du péril et se bornait à énoncer doucement son regret. Le défenseur eut beau supplier le conseil de qualifier le crime désertion, quatre voix contre une condamnèrent Bouclos à mort pour refus d'obéissance. Ses gardiens lui apprirent le verdict. Il hocha la tête et ses bras croisés tombèrent, tandis qu'il murmurait seulement :
- C'est dur.
Il demeura, quelques instants, accablé. Et voilà que peu à peu, en face de la mort
inéluctable et toute proche, le miracle d'une métamorphose spirituelle s'opérait en lui. Ce garçon presque brutal ouvrait lentement les regards de l'âme et, se figurant à sa mesure une image dérisoire et touchante, contemplait le paysage des régions infinies. C'était en lui un beau retour et un précieux épanouissement des vieilles leçons du catéchisme. Grâce à elles il ne mourait pas dans le blasphème ou la forfanterie. Mais, comprenant qu'il avait commis un crime, distinguant mieux les grandes idées de patrie et de sacrifice, il acceptait de mourir pour expier et demandait à l'aumônier s'il avait le droit encore d'espérer en la miséricorde du bon Dieu. Le lendemain à l'aube, dans une prairie où s'effilochait le brouillard, eut lieu l'exécution
Assisté de l'aumônier et de son défenseur.
Bouclos se montra ferme et résigné. On l'avertit que c'était la dernière minute... Alors, s'adressant aux soldats qui allaient le fusiller :
- Les gars..., souvenez-vous!... Faut pas faire comme moi... J'ai mérité ce qui m'arrive... Souvenez-vous!
Puis on lui banda les yeux. Et il n'est plus,
ce malheureux que j'ai nommé Bouclos, qu'un Français qui a payé sa faute, enfoui dans une tombe que ne marque aucun nom".

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917

Note d'auteur de Indre1418: J’ai volontairement laissé le pseudonyme attribué par René de Planhol. La divulgation du vrai patronyme n’apportant rien de plus, même si le cas de ce fusillé pour l'exemple est connu.

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03 décembre 2013

Des nouvelles de Lucien.

Autre secteur, mais aujourd'hui, il y a 99 ans, dans ce paisible champ de maïs, à droite, Lucien Bessonneau disparaissait, corps et âme.

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http://indre1418.canalblog.com/archives/lucien_bessonneau/index.html

Mais aujourd'hui est une journée un peu spéciale, car outre l'anniversaire de la disparition de Lucien, de nouveaux éléments apparaissent au dossier familial.
Lucien est titulaire de la Croix de Guerre et de la Médaille Militaire!!!!
Je ne le savais pas, mais un ami, Jean Pierre Létang recherchait dans le Journal Officiel des traces de médaillés. Or, en consultant le J.O. du 17 septembre 1924, il a eu la surprise de découvrir un patronyme qui lui disait quelque chose. Bessonneau!!! Non pas le célèbre industriel angevin, mais le grand-oncle d'un de ses correspondants, c'est à dire moi-même. Il m'en avertit alors.
Autant vous dire, que j'ai eu un sacré frisson lorsque j'ai lu et relu le mail.

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JO_19240917

Merci Jean Pierre

Jusqu'à présent, j'avais un petit cadre avec une Croix de Guerre et une Médaille Militaire qui, dans mon fourre-tout, me servaient de décorations d'étagères. Maintenant, la Croix de guerre avec Etoile de bronze et la Médaille Militaire qui l'accompagnait prennent une toute autre valeur.

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Rectificatif: Dans ma précipitation, je n'avais pas compris le message que Jean Pierre m'avait envoyé, l'attribution porte sur la Médaille Militaire, car Lucien, en 1924, est déjà titulaire de la Croix de Guerre. J'ai donc modifié en conséquence le message.

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