Il est temps de faire le bilan de l’année 1914.

Dans le courant de l’année 2010, j’avais diffusé des données statistiques sur les pertes globales des régiments du département, mais aujourd’hui intéressons nous uniquement aux pertes de l’année 1914 concernant les 4 régiments d’infanterie basés dans le département de l’Indre. 2 sont dits d’active (68 et 90e R.I.) et 2 sont formés à la mobilisation et sont dits de réserve (268 et 290e R.I.).

Les origines des MPF des régiments indriens

Ce travail n’aurait pu se faire sans le dépouillement systématique des fiches présentes du le site «Mémoires des Hommes» et qui me prit tant de temps, il y a quelques années et d’ailleurs je mis tout autant de temps à saisir celles-ci  au sein d’une base de données afin de pouvoir les exploiter. Une telle étude aurait pu être complétée avantageusement par un dépouillement des fiches matricules, mais la mise en ligne sur le site des Archives Départementales de l’Indre n’est pas encore effective.

Portons quelques précisions sur la période étudiée. En effet, nous ne nous intéressons ici qu’aux pertes de l’année 1914. Sachant que les régiments de l’Indre furent mobilisés dès le 2 aout, nous avons donc 152 jours entre la mobilisation et le 31 décembre 1914.

CaptureNbrePertesRégiments

Si nous comparons les pertes de ces 5 premiers mois avec le total lié au conflit, il est aisé de visualiser la prépondérance de ces pertes 1914 vis-à-vis des pertes globales.

Répartition1914_Conflit

CaptureTableauPertesMDH

Les combats de l’année 1914 (152 jours) représentent 9, 73% du temps que dura le conflit (1651 jours) alors que la proportion des pertes est tout autre. Les graphes suivants permettent de visualiser les taux de pertes. On note ainsi que les pertes des régiments en 1914 varient entre 29,6 et 41,9% des pertes globales (1914-1918).

CapturePertes

Les taux de pertes sont supérieurs au sein des 2 unités de réserve vis-à-vis des unités d’active. Afin de comprendre les différences, il est intéressant de regarder les causes de décès des soldats.

CaptureCausesPertesRégiments

Au sein des unités de réserve, les soldats sont de classes d’âge plus anciennes et de plus, les effectifs sont moindres. Ces unités sont alors structurées autour de 2 bataillons contrairement aux unités d’actives organisées en 3 bataillons.

Malgré des effectifs moindres, on note que les cas de maladies sont aussi nombreux que dans les unités d’active pour le 268ème R.I. et carrément de plus du double pour le 290ème RI. Malgré le fait que je n’ai pu avoir accès aux fiches matricules, sur les 92 fiches « Maladies » du 290e R.I. issues de Mémoires des Hommes, 47 sont liées à l’épidémie de typhoïde à laquelle l’armée française fut confrontée à partir de la mi-octobre 1914. Au 268ème, la proportion est d'un tiers de cas de typhoïde et ce sur la même période.
Les combats se tenant désormais sur une ligne de front statique, au sein de tranchées souvent insalubres. De plus, malgré les périodes de rappel pour exercice, les classes anciennes sont plus impactées par les conditions générales de vie au front. L’utilisation de ces unités comme troupe de première ligne n’était d’ailleurs pas dans les prévisions de l’armée française et l’usure se fit plus rapidement sentir.

Quels furent les secteurs de combat concernés et leur tribu humain ?

CaptureSecteursPertesRégiments

D’abord en position de couverture dans le Grand Couronné de Nancy, les 2 régiments d’active (68 et 90e) vont sur les Ardennes où le grand choc se produit. Le 68ème RI est particulièrement touché du fait de sa position en avant-garde lors de la rencontre avec les troupes ennemies.
Pendant ce temps, les 268 et 290e RI restent aux alentours de Nancy, avec la 18e Division, et résistent à la pression de l’armée allemande.
Le 9e Corps d’Armée (C.A.) est reconstitué lors de la bataille de la Marne où il résiste à l’avancée de la Garde, aux alentours des marais de Saint-Gond. Fin septembre, la guerre de position s'installe, pour le 9e CA, dans le secteur de Prosnes, au nord de la Marne.
A la fin octobre, le Corps d'Armée est envoyé en renfort de l’armée anglaise dans le secteur d’Ypres où il restera jusqu’en mi-1915.

Pour plus de précisions, les pertes indiquées « Zone des armées » correspondent principalement aux pertes dues à la bataille d’Ypres (Flandres belges), mais dont les évacuations eurent lieues dans les hôpitaux du département du Nord ou du Pas de Calais (entre autres) et non pas été assimilés avec ceux qui sont dans la rubrique "Intérieur".

Intéressons à l’origine des soldats qui décédèrent lors de ces 152 jours de la fin de l’année 2014. Reportons sur une carte, régiment par régiment, les départements de naissance des soldats « Morts pour la France »

 

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Sans réelles surprises, nous constatons la régionalisation des unités, celle-ci correspond peu ou prou aux zones des bureaux de recrutement.

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Les 68 et 268ème R.I. mobilisés au Blanc (Indre) sont principalement composés dans l’ordre de Poitevins, Tourangeaux et Berrichons. Au contraire, les 90 et 290ème R.I de Châteauroux regroupent principalement des Berrichons.

 

Pour aller plus loin sur ce thème, je conseille la lecture de 2 ouvrages indispensables pour tous ceux qui s’intéressent au sujet et souhaitent approfondir la thématique:

  • « Armée, Guerre, Société – Soldats Languedociens 1889-1919 » de Jules Maurin réédité 2013 aux publications de la Sorbonne
  • « La France devant la conscription – Géographie historique d’une institution républicaine 1914–1922 » Philippe Boulanger Editions Economica 2001