08 septembre 2017

Les testaments des soldats, un fonds d'archives à découvrir et parfois surprenant

Pour mon 600e message sur le blog, je décide de m'intéresser à l'actualité 14/18 sur le net et ses répercutions sur les soldats de l'Indre. C'est pour moi l'occasion de vous faire découvrir une nouvelle source documentaire dont j'ai pris connaissance suite à un article publié dans le journal "La Croix"

Dans le cadre du centenaire 1914-1918, il est à constater que l’Histoire rentre parfaitement dans l’ère du numérique. Nous avions le site Mémoires des Hommes, les fiches matricules des Archives Départementales et bien d’autres nouvelles sources.
Aujourd’hui, une nouvelle source retient particulièrement mon attention car elle permet une approche différente des combattants d’alors. Cette initiative est en cours et n’a pas atteint sa pleine amplitude mais laisse présager de résultats intéressants. Elle est le fruit d'une collaboration entre l’École des chartes et le Minutier central des notaires (Archives nationales).
Le partenariat Ecole des Chartes / Archives Nationales consiste actuellement en la mise en ligne de 134 testaments de soldats parisiens et conservés aux Archives nationales.

Cela permet une présentation des testaments et de leurs transcriptions. Cela ouvre donc une voie de recherche intéressante, peu utilisée jusqu’alors.

L’accès peut se faire via le site suivant : Testaments de guerre de Poilus parisiens (1914-1918) : une édition critique

Tout de suite, une idée me vient "Peut-être quelque chose à rechercher aux AD36 dans les fonds notariés, un jour prochain …"

Bien évidemment, je me suis empressé d’ausculter les 134 cas présentés.

Tout d’abord, un petit regret, il n’est pas possible de rechercher par unité, les numéros d’unité sont effectivement englobés dans les notices individuelles. Il est donc nécessaire d’ausculter fiche par fiche pour retrouver les unités indriennes, à savoir les 68, 90, 268 et 290e RI et éventuellement les unités territoriales (65 et 66e RIT). De même, les testaments et leurs notices ne font pas référence au lieu de naissance, alors que nous savons tous que bon nombre de natifs de nos départements de province figurent au sein de la population parisienne (voir LIEN)

Rappel des lieux de transcription des natifs du département de l'Indre:

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3 soldats issus des régiments de l'Indre, ayant rédigé un testament à Paris ont été repéré dans la liste du site elec.enc.sorbonne.fr :

  • Armand Marcel CORNILLAULT – 68e RI
  • Jules Emile LAFORET – 268eRI
  • Alcide Firmin TOURAIN – 90e RI              

Parmi ces 3 soldats, Armand Cornillault est originaire de Tours (37). Je me suis donc intéressé aux 2 autres.

- Jules LAFORET est natif de Saint Gilles (36). Il est de recrutement Le Blanc (N° Matricule 1248 de la classe 1904) Au moment de sa conscription, il est déclaré comme Clerc de Notaire et déclare en 1909 une résidence Avenue de la République Paris 11 puis en 1911 il réside Rue Saint-Sauveur à Paris 2. Sur la fiche matricule, il est indiqué comme affecté au « Régiment d’infanterie de Le Blanc », ce qui inclue le 68e et le 268e RI. La fiche Mémoires des Hommes indique qu’il décède le 19 novembre 1914 à Poperinghe (Belgique) de blessures de guerre alors affecté au 268e RI. Son corps a donc été rapatrié de la première vers Poperinghe où il décède (Ce lieu est en arrière de la zone de combat).
En relisant le Journal de Marche et Opérations du 268e RI, on notera cependant l’absence du patronyme dans la liste des pertes quotidiennes, ce JMO est pourtant un exemple à suivre concernant les reports nominatifs des tués, blessés et disparus. Son nom aurait dû apparaitre dans les listes issues des pertes des jours précédents son décès, au moment où il fut évacué à l’arrière pour blessures. Aucune perte signalée, le 14 novembre 1914 au sein de l’unité.

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En cherchant dans le Journal officiel des lois de la république, il apparait qu'il reçut à titre posthume la Croix de guerre avec étoile de bronze. Son affectation déclarée est bien le 268e RI

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Sources Gallica JORF 26/09/1922 page 14197

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Sources AD36 Blanc (Le), Châteauroux - 1904 - R 2399  Matricule numéro 1248

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Sources AD36 Blanc (Le), Châteauroux - 1904 - R 2399  Matricule numéro 1248

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Sources AD36 Blanc (Le), Châteauroux - 1904 - R 2399  Matricule numéro 1248

Jules Laforet ne figure sur aucun monument dans le département, on le trouve pas sur un Livre d'Or du département de l'Indre, il est aussi absent du Mémorial de la Ville de Paris actuellement mis en ligne.

 

- Alcide TOURAIN est natif de Saint-Marcel (36). Au moment de sa  conscription, il est du recrutement de Châteauroux (n° matricule 142 classe 1901).  En 1905, 1906 puis 1909, il déclare résidence à Paris 4 puis Paris 12. Sur sa fiche matricule, il est inscrit comme maçon. Appelé le 3 aout 1914 au 90e RI, il décède le 27 mai 1915 aux combats de Calonne à Liévin (62). Il fait alors parti des soldats tués ce jour. La fiche Mémoires des Hommes nous permet de connaitre son affectation à la 7e Cie, fort éprouvée ce jour-là, comme le reporte le Journal de marche régimentaire

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Concernant la fiche matricule, on apprend que se veuve Mme Mélanie MOREAU, avec qui il s’était marié en 1906 à Châteauroux, s’est retirée au Pont Chrétien (36). A noter l’erreur de département sur la fiche matricule, indiquant à tort Charente comme département.

Alcide Tourain figure sur les monuments aux morts de Le Pont Chrétien (36) et Chavin (36). Il est présent sur les livres d’or de Le Pont Chrétien (36) et Paris 12 (75). Un diplôme de Mort pour la France fut adressé à la mairie de Saint Marcel (36)

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Sources AD36 - Châteauroux - 1901 - R 2375 Matricule numéro 143

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Sources AD36 - Châteauroux - 1901 - R 2375 Matricule numéro 143

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Sources AD36 - Châteauroux - 1901 - R 2375 Matricule numéro 143

 

Nos deux natifs indriens ont donc bien quitté le département pour aller s’établir à Paris, mais les liens avec le département de naissance sont toujours existants à leur décès. On notera que ces testaments ont été rédigés le jour de leur appel à mobilisation, soit juste avant leur départ pour Le Blanc ou Châteauroux afin de rejoindre leur unité.

Il est possible d’accéder aux notices individuelles testamentaires à partir de l’index alphabétique via l’Index des Testateurs


 

Mon article pourrait s’arrêter ici par cette rapide présentation, mais à la lecture des dits testaments, je ne peux que signaler celui de Jules LAFORET.

Ce dernier est donc « clerc de notaire », il a donc l’habitude des actes et de leur rédaction, le style dénote de cette aptitude. Seule la première page a été mise en ligne, mais elle éclaire sous un nouveau jour certains cas et le contexte de ces jours d'août 1914 et de cette mobilisation.

Je vous la livre brute telle quelle apparait, vous laissant ainsi à vos réflexions sur ce type de texte qui m'a surpris, n'ayant jamais imaginé un tel cas :

Je soussigné Jules Laforêt, 14 Rue Saint Sauveur à Paris.
Donne et lègue à Anna Emmrich ma femme la toute propriété et jouissance d’un quart (1/4) de tous les biens meubles et immeubles qui composeront ma succession - ce quart elle le prendra à son choix.
Au cas où elle quitterait la France pour aller fixer son domicile en allemagne je la prive de l’usufruit légal que lui confère la loi et de la tutelle légale de nos enfants. Dans ce dernier cas c’est mon cousin Emile Trinquart demeurant à St Benoit du Sault (Indre) qui exercerait cette tutelle et après son décès son fils aîné qui lui succèdera.
Paris le quatre août mil neuf cent quatorze.

Je n’ai pas plus d’informations concernant ce cas, la fiche matricule étant muette concernant ce fait, je ne sais ce qu’il advint de la veuve LAFORET née EMMRICH. On notera cependant que si un exemplaire de diplôme de Mort fut transmis à la mairie de Saint Benoit du Sault (36), Jules ne figure sur aucun monument ou livre d’or indrien et qu’il ne figure pas non plus sur le Monument virtuel de la Mairie de Paris

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