15 mai 2014

La découverte du soldat russe, Champagne 1916

Pendant l'été 1916, la 17e Division se remet des combats de mai, à la cote 304. La division a été affectée dans le secteur de Suippes où elle se reconstitue.
Là, elle côtoie un allié qu'elle n'avait jamais rencontré: les troupes russes.

Voici ce qu'en rapporte le Commandant Bréant:

29 juin. - Je viens de voir arriver dans le secteur sur l'autre rive de la Suippes un régiment russe qui relève le ...e. Ils ont notre armement et notre casque, celui-ci de couleur terre, comme l'uniforme. Ils portent le sac tyrolien, avec manteau ou. capote et couverture en sautoir. Evidemment ce sont des hommes choisis, car ils sont tous de la même taille élevée, 1 m.80 peut-être. Mais, avec leur démarche souple, favorisée par leurs bottes molles, et leur tenue commode, ils se présentent mieux que nos soldats dans leurs capotes d'hôpital. Et puis, chez nous, il y a trop de types différents, et d'hommes malingres parmi de beaux gars. Ce qui frappe en voyant ces Russes, c'est leurs mines ouvertes, contentes, et leurs dents superbes, et enfin la distinction innée d'une race encore jeune. Heureux les peuples que l'extrême civilisation n'a pas touchés.
L'auteur partageait l'ignorance à peu près universelle en France, sur ce
qui se passait en Russie. (N. de l'Editeur.)

Voici un exemple de rencontre au sein de la Division:

 

RI068_EdmondBonneau_GroupeRusses_19160806_Recto
3 soldats du 68e RI, 1 du 268ème RI et 1 du 20ème RAC posent fièrement
avec deux soldats du 2ème Régiment russe, le 6 aout 1916.

Voici ce que le soldat Edmond Bonneau (de Géhée 36) ecrivait au dos, à son fils Paul:

Le 2 septembre 1916
Mon cher petit Paul
Avec deux camarades russes ton petit papa s'est fait photographier. Il vient de recevoir les cartes, il te les renvoie aussitôt. Le reconnaitras-tu?
Il va très bien. Il te charge d'embrasser ta maman chérie, pépère et mémère. il t'embrasse lui aussi de tout son coeur.
Edmond

Malheureusement, sur la carte, aucune marque ne nous permet, presque 100 ans plus tard, d'identifier Edmond Bonneau.

Sources:
Commandant Bréant - De l'alsace à la Somme - Hachette 1917
Collection de l'auteur

 

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01 juillet 2013

Les Zigouilleurs du 290e (Réactualisé 2013)

En 2006, à la lecture de l'ouvrage du Lieutenant-colonel Eggenspieler, nous avions découvert l'existence des Zigouilleurs. Je reprend donc le message de l'époque afin de le réactualiser avec ma dernière trouvaille qui vient agrémenter ce sujet de fort belle manière.

"C'est en vue de l'exploration des tranchées allemandes, après l'émission de gaz, que fut créée au régiment l'équipe des «zigouilleurs», de leur nom technique «nettoyeurs de tranchée». La première appellation indique quel devait être leur genre de nettoyage. Pour exécuter leur besogne, on avait doté ces hommes d'une arme comme pouvaient en avoir nos ancêtres de l'âge de fer. Si d'anciens combattants en ont gardé un spécimen, qu'ils le gardent précieusement pour l'édification des générations futures. L'arme comprenait essentiellement une tringle en fer (ou acier) de la grosseur d'un petit doigt. A une de ses extrémités, la tringle était recourbée de façon à former une poignée dans laquelle on pouvait passer la main. A l’autre extrémité, elle était aplatie au marteau et se terminait en pointe de lance. Cette arme pouvait se placer dans une gaine en bois blanc".

 

ArmeZigouilleur

"Ces poignards primitifs disparurent sans qu'on ait su comment et sans demande d'explication de la part du Commandement".

 

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI un régiment de réserve du Berry - Editions Bourdier 1932

 

Quelques surins distribués aux troupes:

Clou
Le Clou

 

Couteau
Le Courot
(Photo: G. Roland)

 

 PoignardVengeur
Le Vengeur

 

 

PoignardDeFortune
Poignard de fortune


Actualisation 2013:

7 ans plus tard, donc, l'affaire des Zigouilleurs rebondit, par l'intermédiaire de Cédric "Les Alpins" du forum "HistoireMilitaria". Qu'il en soit vivement remercier car il s'agit là d'un document unique:

Voilà donc une partie de l'équipe "S.Z." du 290e RI (Section de Zigouilleurs).

 

CaptureZigouilleurs_2

 

Dans chaque groupe, on trouve toujours un boute-en-train, et celui-là son nom il le signe à la pointe de son épée, d'un Z qui veut dire ... (Désolé, je m'égare.)

 

CaptureZigouilleurs_1

Sur ce, je pars en congé dans quelques jours.

Retour en Septembre, j'ai quelques séjours aux AD36 à préparer, ainsi qu'un passage à la Médiathèque de Châteauroux, voir aux archives municipales. Je prévois aussi quelques randonnées afin de suivre les anciennes lignes de chemin de fer départementales, celles qui servirent à la mobilisation de 1914 et qui depuis sont tombées dans l'oubli. Un été studieux au final.

 

CaptureJC2

 

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18 juin 2010

18 juin, des nouvelles de l'Est

En juin 1916, le 290ème RI est envoyé en Champagne afin de se refaire des pertes subies à la cote 304, début mai.
Le secteur est assez tranquille, non loin du camp Berthellot, vers le Bois 107, non loin de la route de St Hilaire à St Souplet.

En ce 18 juin 1916, les soldats du 290e RI font une bien étrange découverte. On en retrouve trace dans le JMO de l'unité.

RI290JMO_19160618

Un panneau portant l'inscription suivante:
Oesterreichische Niederlage
2700 Offiziere
17000 Mann
Gefangen
est placé devant la ligne 1

La nouvelle de l'offensive Brussilov, sur le front de l'est est arrivée jusqu'aux premières lignes françaises

DI17_AC_Illustration_Page6_1

Ce type d'événement, suffisamment exceptionnel pour justifier sa présence dans le JMO, dénote du mauvais état du moral des fantassins allemands.
Pour preuve, quelques jours plus tard, le colonel Eggenspieler reportait dans son journal, des tentatives allemandes fraternisations (dont nous avions déjà parler en 2006)

Sources:
Journal de Marche du 290eRI -
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
Illustration de l'amicale des anciens de la 17e DI (libre adaptation)

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10 octobre 2006

Repos à Mailly

"Je crois que c'est au cours du même séjour au Camp de Mailly que la 17e D.I. a fait une manœuvre devant le Général Gouraud et quelques Généraux qui venaient d'opérer dans la Somme. Il y avait parmi ceux-ci le Général de Bazelaire et le Général Hirschauer, qui devait devenir notre Commandant de Corps d'Armée en 1918".

Gouraud_General  DeBazelaireGeorges_General  Hirschauer_General
Les généraux Gouraud, De Bazelaire et Hirschauer

"Le Général de Bazelaire, qui a commandé le 7e C.A. dans la Somme, nous a exposé en grandes lignes, comment il avait mené ses opérations. Il nous a montré un grand croquis en couleur sur lequel étaient portées les limites des bonds exécutés au cours de chaque attaque. Il nous a fait remarquer qu'au début l'amplitude des bonds était très faible. Cela tenait à ce que dans les premières attaques, on se heurtait aux organisations les plus solides de l'ennemi. L'amplitude des bonds suivants était beaucoup plus grande parce que, au cours de ces bonds, on progressait en terrain libre. Comme moyen d'action dans l'infanterie, le Général nous a vivement recommandé l'emploi de la grenade à fusil V.B., notamment pour la réduction des nids de résistance. Il nous a finalement souhaité de faire encore mieux que lui. On ne pouvait pas mieux nous annoncer qu'en sortant du Camp, nous allions également faire un tour dans la Somme.
Pendant notre séjour à Vaucogne, nous avons eu un « fait divers » que je crois intéressant de raconter. La localité était située au bord d'un joli petit affluent de droite de l'Aube. Il y avait dans un trou, près du Moulin, un brochet monstre, connu des habitants, et qui, paraît-il, faisait de grands ravages dans la rivière. Les habitants nous ont demandé de les débarrasser du vorace. Le sous-lieutenant Baudet, avec quelques pionniers, s'en est chargé. Ils ont descendu dans le trou un pétard au bout d'un fil de fer; à l'explosion, le monstre est venu à la surface. Je l'ai vu. A ce qu'on m'a dit, il pesait 18 livres. Malgré sa taille énorme, sa chair était excellente".

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI un régiment de réserve du Berry

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04 septembre 2006

Inscriptions séditieuses.

"Le Colonel commandant la Brigade, en se promenant dans le secteur, avait remarqué des inscriptions d'un esprit fort suspect. Il s'en était vivement alarmé. J'avais de mon côté remarqué quelques-unes de ces inscriptions, mais je n'y avais prêté aucune attention. Je les mettais sur le même rang que les inscriptions que l'on pouvait voir en temps de paix sur les murs de certains locaux des casernes. Au surplus, nous étions deux régiments à occuper alternativement te secteur, A quel régiment attribuer les inscriptions ? Peut-être à tous les deux. Dans toutes les inscriptions on réclamait la fin de la guerre. Etaient-ce les Boches, qui avec leurs billets avaient influencé nos hommes ? Etaient-ce déjà des signes avant-coureurs de la campagne défaitiste de 1917 ? Il y avait peut-être un peu de tout cela. Je ne crois cependant pas qu'en Champagne un mauvais vent ait déjà soufflé sur le régiment, puisqu’au Camp de Mailly et dans la Somme, où nous sommes allés ensuite, l'esprit de la troupe était excellent. J'en reviens à mon motif premier, nous sommes restés trop longtemps emmurés dans ce secteur".

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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26 août 2006

26 aout 1916 - Emission de gaz sur le front du 290e RI

"Nous devions faire une émission de gaz au mois d'août. Elle devait se faire sur le front du régiment et s'étendre sur le front des régiments à notre droite. Le Génie est venu creuser des abris dans la tranchée de première ligne pour loger les bouteilles à gaz. Il les a eu vite faits, en huit jours je crois. Mais alors il a fallu attendre un vent favorable, un vent du Sud ou Sud-Ouest. Mais ces vents sont assez rares. Il a fallu attendre un temps infini le vent désiré, pendant au moins un mois. Quand par hasard le vent était favorable chez nous, il ne l'était pas chez nos voisins de droite et inversement. Il y eût plusieurs fois de fausses alertes, de sorte que les Allemands étaient parfaitement au courant de ce que nous voulions faire. Ils montraient leurs masques à nos hommes et les agitaient au-dessus de la tranchée, en ayant l'air de dire, il y a longtemps que nous connaissons vos intentions, vous pouvez y aller, nous sommes prêts. Un beau jour, las d'attendre et de faire de fausses alertes, on se décida à faire l'émission, c'était le 26 août au soir. Le vent était faible, mais néanmoins favorable comme direction. Les Allemands qui devaient entendre le sifflement des bouteilles déclanchèrent leurs signaux lumineux ainsi que leurs barrages de mitrailleuses. C'était dans le ciel une véritable féerie. Pour commencer, les mitrailleuses tirèrent en pleine vitesse, puis elles ralentirent et finalement elles ne tirèrent plus que quelques rares coups. Nous étions déjà contents, nous nous disions, ça y est, ils sont asphyxiés. Mais nous avions compté sans les caprices du vent. Le voilà qui se mit à souffler beaucoup trop fort. La nappe de gaz ne devait plus avoir le temps d'agir. Les mitrailleuses allemandes accélérèrent leur cadence et finalement tirèrent à toute vitesse comme au début. L’affaire était manquée".

AttaqueGaz_Champagne1916
Une attaque aux Gaz - Champagne 1916

"Aussitôt l'émission des gaz terminée nous devions envoyer trois reconnaissances d'Officiers dans les lignes allemandes. Elles étaient commandées par les Lieutenants Hanus, Brisset et Seychal. Seule la reconnaissance Hanus put atteindre le réseau allemand. Elles furent toutes les trois repoussées à coups de mitrailleuses et de fusils. A ce moment les fantassins allemands n’étaient plus camarades.
En même temps que nos reconnaissances, un appareil particulier devait aborder le réseau allemand et y faire des brèches. Cet appareil avait été imaginé par un Capitaine de chasseurs à pied, du nom de Walter. L'inventeur nous le présenta dans une des séances démonstratives du camp de Châlons. C’était une espèce de carapace métallique ressemblant à une carapace de tortue géante. Un homme pouvait y entrer en rampant, la faire avancer et même franchir de petites dénivellations du sol. L'homme qui faisait mouvoir la carapace devait en même temps traîner derrière lui un long pétard, plat d'au moins 5 ou 6 mètres, correspondant à peu près à la largeur d'un réseau de fils de fer. L'opération consistait à s’approcher, sans être aperçu du réseau ennemi, à faire glisser le pétard sous le réseau, à l'amorcer, puis à disparaître. Le soir de l'émission, nous n'avons pas pu éprouver l'appareil parce que l'opérateur n'est pas venu.

bouclier
Bouclier Walter - Mémorial Peronne

"Le lendemain de l'émission, je me suis rendu dans la tranchée de première ligne pour voir l'effet des gaz. J'ai vu que l'herbe était jaunie sur une étendue de 20 à 30 mètres en avant de la tranchée. Tout ce qui était en cuivre était couvert de vert de gris, et c'était tout.
Les Allemands n'ont exercé aucunes représailles. J'en ai conclu que nous ne leur avions pas fait grand mal".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Editions Bourdier 1932

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14 juillet 2006

Un 14 juillet fumeux au 290e

"Dans la nuit du 14 au 15 juillet (notaJC: 1916), vers 2 heures du matin, un bombardement de courte durée s'abattit sur le boyau reliant le PP 9 à la tranchée. Le bombardement terminé un groupe d’Allemands déboucha derrière un tumulus se trouvant en et à droite du P.P".

pp9

"En les entendant venir, les hommes du poste éclairèrent le terrain avec une fusée. Les Allemands se voyant découverts lancèrent une grêle de grenades à manche sur le poste tout en continuant à avancer. Une autre fraction d’Allemands restée au point de départ continuaient à bombarder à coups de grenades le boyau entre le P.P. et la tranchée. Quand les Allemands qui se dirigeaient sur le poste eurent fini de lancer leurs grenades, les hommes du poste ouvrirent le feu et dispersèrent les Allemands. La démonstration du 14 juillet était terminée".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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30 juin 2006

Tentatives de fraternisations au 290e

"Si les Allemands ne nous taquinaient pas avec leur fusil, par contre ils nous agaçaient passablement avec leurs petites torpilles à ailettes. Ces petits engins lancés en grand nombre démolissaient nos tranchées. Les Allemands les lançaient de préférence sur les portions de tranchée qu'ils pouvaient atteindre par des coups d'enfilade. Ils visaient également nos petits postes avancés que nous appelions les P.P.; ils étaient très nombreux dans le secteur. Pour protéger les veilleurs qui s'y tenaient on tendait au-dessus du poste un treillage de fil de fer qui renvoyait vers l'extérieur les petites bombes qui tombaient dessus. Ces tirs devaient être commandés parce qu'ils s’effectuaient régulièrement tous les soirs entre 20 et 22 heures. On pouvait également croire à un tir commandé en raison de l’attitude énigmatique des fantassins allemands envers les envers les nôtres. Jamais on ne les a vu tirer un coup de fusil sur un de nos hommes. Ils faisaient, au contraire, tout ce qu'ils pouvaient pour entrer en relation avec eux, et être camarades. Ils lançaient fréquemment vers nos tranchées des journaux allemands et des petits billets écrits de leur main. Dans les journaux on pouvait voir qu'à l'intérieur de l'Allemagne la population récriminait contre la longueur de la guerre, il commençait à y avoir pénurie de vivres. Les billets étaient destinés à faire connaître à nos hommes ce qu'ils devaient faire pour éviter qu'on tire sur eux. Voici à titre documentaire la traduction de trois de ces billets :
1° « Camarades, ne vous montrez pas tant. Nos officiers nous ordonnent de tirer sur vous. Salutations, Camarades. »
2° « Attention, camarades ! Baissez la tête. Chez nous il y a beaucoup d'Officiers. Il y en a qui sont très méchants, mais il y en a qui sont camarades. Attention parce qu'il y en a un qui s'est enfui chez vous hier. Camarades ne tirez pas, baissez la tête. Votre camarade. »
3° « Camarades, venez nous chercher cette nuit entre minuit et 1 heure du matin. Ne tirez pas, nous ne tirerons pas non plus. Soyez bien prudents pour venir. Salutations, Camarades. »

Quel était au fond l'état d'esprit de ces Allemands ? Quel but poursuivaient-ils avec leurs tentatives de fraternisation ? Etait-ce un piège qu'ils nous tendaient, ou un simple essai de démoralisation de nos propres troupes ? En somme, c'est ainsi qu'ils ont procédé sur le front russe où le système a réussi. Ne sachant pas à quoi m'en tenir je me méfiais, et journellement je mis les cadres et les hommes en garde contre ces tentatives amicales. La consigne formelle était de tirer sans hésitation sur tout Allemand qui montrerait sa tête. Dans mes tournées je donnais du reste l'exemple.

tentativefraternisation
Les Boches cherchent à fraterniser

A vrai dire, je crois que parmi les Allemands que j'avais en face de moi il y en avait qui étaient réellement las de la guerre, parce que à un moment donné ils ont déserté en assez grand nombre. Il est venu d'abord un premier déserteur qui s'est présenté à un P.P. occupé par des Martiniquais. Un de ceux-ci a saisi l’Allemand, un véritable colosse, et l'a fait descendre d'office dans le P.P. d'où on me l'a amené. Il a protesté de toutes ses forces d'avoir été empoigné. Il disait qu'il était venu simplement pour échanger du tabac. Je l'ai consolé en lui disant pourrait l'échanger un peu plus loin. C'est à ce déserteur a fait allusion dans le deuxième billet.
Peu après ce premier déserteur, il en est venu un soir six à la fois. J'en avais plein mon poste. Je les ai interrogés sur le motif de leur désertion. Tous se plaignaient de leur nourriture. C'étaient tous des gringalets qui avaient l'air d'être des récupérés. Quand j'ai prononcé le mot de Brigade ils se regardaient d'un air ravi. Ils avaient compris que je les faisais conduire à l'arrière".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry
Sources Photo: La première guerre mondiale - Album de photographies inédites et restaurées - Collection JP Verney

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21 juin 2006

Occupation et organisation du secteur

Après un court séjour aux Camps Berthelot et du Bois 107, nous avons occupé le terrain à l'Ouest du chemin de Saint-Hilaire-le-Grand à Saint-Souplet. Nous alternions dans ce secteur avec des bataillons de la 33e brigade, 68e et 90e R.I.
Ensuite nous sommes passés à l'Est du chemin de Saint-Souplet. Nous nous trouvions alors juste en face des hauteurs qui dominent Sainte-Marie-à-Py au nord et où les Allemands devaient avoir d'excellentes vues sur nous.

sainthilairelegrand_eglise

En examinant le terrain allemand, j ai été frappé de l'aspect de fraîcheur des bois qui s'y trouvaient. Ils étaient touffus, avec des lisières bien nettes. Je suis sûr que les troupiers boches n'osaient pas y couper la moindre branche. Si on n'avait pas vu les nombreuses pistes qui sortaient de tous les couverts, on n'aurait jamais cru qu'une armée était cachée dans ce paysage. A les voir de près, nos bois me paraissaient bien plus clairsemés que ceux des Allemands. Je croirais volontiers qu'au point de vue de la conservation de l'aspect du terrain, nos ennemis observaient une discipline plus rigoureuse que la nôtre. C'est cette discipline qui leur a permis de réaliser le secret absolu dans la préparation de leurs coups de surprise de 1918.
Le secteur que nous occupions comprenait deux positions. Chacune avait plusieurs lignes de tranchées. La deuxième position comprenait même des centres de résistance. Nous en occupions deux: ceux de « Chartres » et du « Bois Tricolore ».

sainthilairelegrand_postepolice1

Au début, nous n'avions qu'un bataillon en ligne et un au repos au Bois 170. Ensuite nous avions un bataillon et demi en ligne et finalement deux. Le bataillon de deuxième ligne avait alors deux compagnies sur la deuxième position et les deux autres aux abris Roques.
Les Lieutenants-Colonels commandant les sous-secteurs étaient constamment en ligne. Avec le système d'occupation adopté pour les deux positions chaque Lieutenant-Colonel avait à tour de rôle un bataillon de l'autre régiment sous ses ordres.
Comme travaux nous n'entreprenions rien de nouveau. Nous avions assez à faire à réparer les dégâts que nous faisaient les Allemands avec leurs torpilles, car ici c'était le vrai secteur à torpilles.
Au début, mon P.C. se trouvait au Bois de la Raquette. J’y étais trop à l'étroit. Je l'ai quitté pour aller m'installer au Bois 170, où j'étais très au large avec mes services. Nous n’occupions du reste pas tous les abris qui s'y trouvaient. Ceux qui étaient profonds étaient inhabitables à cause de leur froideur et de l'humidité. Il y en avait un, fait par les Allemands qui était une véritable curiosité. Il fallait descendre au moins une cinquantaine de marches pour arriver au fond. Il comprenait un grand nombre de pièces, au moins six ou huit. Toutes les parois étaient revêtues de plaques, taillées dans la craie, connue des plaques de marbres ou du carrelage. Les Allemands ont dû employer des équipes d'artistes pour la confection de cet abri. On aurait pu y défier des 420. Malheureusement cette belle construction était inhabitable. Les téléphonistes ont essayé de l'utiliser, mais ils ont dû y renoncer, tout leur matériel se couvrait de moisissure.
Mon P.C. était installé dans un abri qui était tout en surface. Dans la saison où nous nous trouvions, il était très agréable à habiter. Par contre, il n'était pas à l'épreuve des obus. Il s'appelait le P.C. Marseau. Il était établi sur le boyau du Rhône, si j'ai bonne mémoire.
Dans ce secteur, on nous a de nouveau joint un détachement de 150 hussards pour les initier au service de tranchée. Nous étions devenus un peu spécialistes de ce genre d'initiation.

Sources: Colonel eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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09 juin 2006

Séjour en Champagne pour la division

"Le 27 mai, les Chefs de Corps de la Division furent conduits en reconnaissance par le Général Lasson, dans le secteur d'une Division qui tenait les lignes à l'Est d'Auberive, au Sud de Saint-Souplet et de Sainte-Marie à Py. Le hasard voulut que le Colonel qui nous faisait l'amphi sur l'occupation du secteur fut un de mes camarades de promotion et de régiment le lieutenant-colonel Girardon, du 67e R.I.
Le secteur que nous allions occuper faisait partie du terrain conquis par le Général de Castelnau au cours de son offensive du 25 septembre 1915.
L'ensemble du front de Champagne était de beaucoup le mieux organisé de tous ceux où nous sommes passés. Pour la circulation à découvert, il y avait d'excellentes routes. Pour la circulation défilée, il y avait des boyaux de toutes dimensions. Il y en avait dans lesquels on aurait pu passer à cheval. Ces boyaux venaient de très loin en arrière. Le nombre de mètres cubes de terre qu'on avait dû remuer dans ce secteur deva
it être formidable. Pour loger les troupes au repos, on avait construit de nombreux baraquements et d'abris. Pour le ravitaillement en eau, on avait installé de grands réservoirs à certains carrefours de route. On faisait également usage pour le ravitaillement en général de voies ferrées. Des voies étroites conduisaient en ligne jusqu'aux P.C. des Chefs de bataillon. A la Ferme des Wacques se trouvait une gare centrale, qui était dirigée par un officier du régiment, le sous-lieutenant Salvat, qu'on appelait de ce fait le Chef de gare des Wacques.

fermedeswacques

fermedeswacques2

Une fois que nous étions installés, j'ai cherché, comme en Artois, à me rendre compte comment l'offensive du 25 septembre avait pu se dérouler sur ce terrain. C'était facile, on pouvait circuler partout en plein jour.
Les tranchées de première ligne allemandes étaient encore en bon état. Notre tir de préparation les a recouvertes avec une grande précision comme en Artois. Notre tir suivait exactement le tracé de tous les ouvrages annexes du réseau défensif allemand. Cela laisse croire qu'on devait en avoir fait de très bonnes photographies. Notre tir de préparation a dû anéantir tous les défenseurs qui se trouvaient à découvert dans leur tranchée. Les Allemands y avaient bien fait un certain nombre d’abris profonds, c'étaient de véritables puits à descente presque verticale. Ceux qui y étaient n'ont pas dû pouvoir en sortir J’ai éclairé quelques-uns de ces puits avec ma lampe de poche. J’ai distingué des cadavres allemands au fond. Comme ils tournaient les semelles de leurs souliers vers moi, j'en ai conclu qu’ils y avaient été précipités de l'extérieur la tête en bas.
Immédiatement au-delà du réseau de tranchées de première ligne allemand, on ne distinguait plus rien sur le sol qui marquât notre progression.
Dans la zone boisée à 4 kilomètres au Nord-Est de Saint-Hilaire-le-Grand, je retrouvais de nouvelles traces de l'attaque. C'étaient des lignes successives de trous de tirailleurs. Dans chaque ligne, les trous étaient répartis par petits groupes. Dans chaque groupe, les trous étaient bien alignés. Les groupes de trous se remarquaient surtout dans les terrains découverts, compris entre deux bois. Sous bois il y en avait très peu. Plus on allait vers l'avant, plus les trous diminuaient en nombre, finalement il n'y en avait plus du tout. Notre offensive a, paraît-il, été beaucoup plus loin que l'endroit où nous avons établi notre première ligne. Ce détail m'a été donné par le Commandant Le Borner (5
e
bataillon), qui a pris part à l’offensive.
En fin d'attaque, notre première ligne a été établie à 2 ou 3 kilomètres au Sud de la petite vallée de la Py, affluent de droite de la Suippes.
La distance de nos tranchées à celles des Allemands était très variable. Là où la distance était relativement grande, on ne pouvait pas se voir d'une tranchée à l'autre, parce que chacune se trouvait en contrebas du sommet de la croupe. Là où la distance était faible, les deux réseaux étaient au contact, au point que nous dûmes fier nos chevaux de frise au sol, sans cela les Allemands nous les volaient".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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