22 juin 2007

Je sais tout "Les prisonniers"

Le reporter de "Je sais tout" après avoir traité le sujet des hôpitaux du Blanc, parcoure la campagne à la "poursuite" des prisonniers allemands
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Les Prisonniers Travaillent à la Ferme

II arrive que la vie d'un petit village ou même d'une métairie résume en elle toute celle de la France d'aujourd'hui. C'est le cas d'une ferme berrichonne, visitée à la fin de cet été. A côté de la grande maison des métayers où j'entrai et où l'aïeul me reçut, habitaient dans une maisonnette des réfugiés belges dont les enfants jouaient avec ceux de la ferme, en gardant les chèvres.
A mon arrivée, je vis un caporal de R. A. T. à table avec un jeune permissionnaire retour du front, très gai, dans une capote bleu horizon. Autour d'eux, des hommes qui travaillaient à la batteuse, deux Belges de 70, des vieux, des jeunes de la classe 17 et l'engraîneur. Les femmes actives, bras et cou nus, servaient le repas de midi.
— Nous avons à faire les repas chaque jour pour quarante-cinq personnes, me dit la femme du permissionnaire. Je la regardai et je retrouvai ces yeux mélancoliques et beaux que j'ai souvent admirés chez ces filles de la Brenne, ce pays de plaines ondulées et grises, où le soleil, comme en Bretagne semble toujours voilé, à part quand il sombre parmi d'étranges flamboiements, dans l'eau morte des étangs immobiles. C'est le pays de Rollinat, celui qu'a célébré souvent George Sand. En été, les blés donnent plus de gaieté à ce paysage — et ce jour-là, à table, les conversations s'émaillaient de sourires.
Les hommes se versaient le petit vin blanc des vignobles locaux. On écoutait le récit de quelques épisodes héroïques des trois journées de Carency d'où arrivait le permissionnaire. Il parlait à voix très haute, plus haut qu'il n'est coutume de le faire pour des interlocuteurs attentifs et muets. J'en compris la raison en sortant.
Dans la cour, deux tables attirèrent mon attention. A l'une, deux territoriaux déjeunaient, tandis qu'un troisième surveillait l'autre table appuyé sur son fusil, la baïonnette au canon.
A celle-là, dix prisonniers allemands, — la moitié d'une équipe, —s'alignaient. Car une équipe de prisonniers compte vingt hommes, mais l'employeur a le droit de la diviser pour les besoins du travail à condition de les réunir, le soir, dans un même cantonnement.
A mon approche, les prisonniers se levèrent et, comme j'examinais leur repas, j'en fus surpris.
Certes, ils pouvaient le trouver « sehr gut » et « sehr schon »! Il comprenait, en septembre 1915, chez un simple paysan: du poisson frit, de l'oie aux navets, des pommes de terre au lard et une bouteille de vin pour quatre.
Je manifestai mon étonnement à la fermière:
— J'admets qu'on soit humain, lui dis-je, mais il me semble que ce repas est bien copieux et bien soigné pour des prisonniers. Croyez-vous que les nôtres jouissent de si bons repas?
— C'est par économie, me répondit-elle simplement, et elle se retira. Elle revint un instant après, apportant le règlement militaire qui fixe la nourriture des prisonniers employés aux travaux agricoles comme suit:

PAR JOUR
200 grammes de viande, les jours de travail.
125 grammes, les jours de repos.
850 grammes de pain.
1 kilo de légumes.
7 grammes de café.
8 grammes de sucre.
Graisse et beurre nécessaires.
Eau bouillie, si l’eau du pays n'est pas saine.

— Eh bien, m'écriai-je, en quoi vous oblige-t-on à donner du poisson et de l'oie?
— Je dois donner de la viande. Le boucher le plus proche est à sept kilomètres d'ici. Nous n'avons pas le temps d'aller à la ville en ce moment. Le poisson n'a rien coûté puisqu'il a été pêche dans l'étang, hier soir, après la journée finie. Quant à l'oie, il en court bien deux cents dans la ferme. Ça se nourrit tout seul. Le lard vient des cochons tués l'hiver dernier. Nous récoltons les pommes de terre. Le pain se fait ici. Nous n'avons rien acheté. Le dimanche seulement, nous mangeons de la viande de boucherie, car en semaine, on a trop souvent besoin du cheval et de la carriole. Si les prisonniers mangent de la dinde, de l'oie ou du canard, c'est qu'il m'est impossible d'acheter de la viande. D'ailleurs, puisqu'ils doivent travailler, il faut bien les nourrir!
Je regarde le feldwebel allemand. Il s'appelle W... Sch... Avant la guerre, il était contremaître dans un établissement d'automobiles à Paris. Il a rejoint son corps, fin juillet, et a été fait prisonnier en décembre 1914.
Il est grand, vigoureux, les traits réguliers et beaux, les yeux bleus et froids. Son costume de toile est d'une irréprochable propreté. On le sent volontaire et calme, et il répond à mes questions avec une grande politesse.
— Vous traite-t-on bien ici? êtes-vous content?
— Nous sommes bien; nous sommes contents.
— Je voudrais bien que nos prisonniers soient aussi bien traités chez vous que vous l'êtes chez nous!
— Ils le sont, monsieur, ils le sont. Une de mes parentes vient de m'écrire; elle a eu des prisonniers près de Dusseldorf: ils sont devenus gras.
— Croyez-vous toujours que l'Allemagne remportera la victoire?
— Pour l'instant, non. Mais nous ne savons rien ici.
— Alors, qu'est-ce qui vous fait perdre l'espoir?
— En Allemagne, aussi bien qu'en France, le peuple a marché parce qu'on lui en a donné l'ordre [sic). Nous ne voulions pas la guerre dans le peuple. On nous a attaqués (sic): il fallait bien se défendre [sic)!
A ce moment, les neuf autres Allemands se mettent à parler. Le feldwebel traduit:
— Ils disent que tout le monde enviait l'Allemagne. Il y a eu une conjuration contre l’Allemagne (sic). Mais nous travaillerons tellement que tous les pays qui ont combattu l'Allemagne seront à nous par notre seul travail {sic).
— En attendant, nous serons vainqueurs!
— C'est bien possible. Depuis que ce soldat en bleu est arrivé, j'en ai l'idée.
— Qu'est-ce qu'il a dit?
— Il n'a rien dit: il est gai. J'ai beaucoup travaillé dans des ateliers français. Je savais que ni les hommes, ni les femmes ne voulaient la guerre. Vous paraissiez en avoir peur. Ah! bien! oui! tous les soldats qui reviennent du front sont contents. Vous êtes un peuple bien original. En Allemagne, les soldats sont tristes. — Est-ce que vous préférez être ici ou dans les tranchées?
— Dans les tranchées!
— Pour tuer des Français?
— Pour être libres.
Un coup de sifflet strident nous interrompt. C'est l'heure du travail. Les prisonniers partent en tête, puis les deux réfugiés d'Ypres, puis les gens de la ferme et le permissionnaire. Je remarque que personne ne parle aux prisonniers. Une belle jeune fille qui servait à table détourne la tête à leur passage, en murmurant:
— Ils partiront sans avoir vu mes yeux.
Le bruit de la batteuse domine tout. Je regarde et me sens ému: ces prisonniers, ces réfugiés, ces vieux, cet adolescent, ce soldat, travaillent ensemble pour battre le beau blé de France...
— Il n'y a guère de blé, mais il y aura bien autant de paille que l'an dernier, remarque le permissionnaire.
Une femme allaite un enfant au pied de la meule. Il sourit et de ses petites mains potelées presse le sein.
— Il est né dans une cave à Ypres, me dit la femme. Il se porte bien tout de même.
Et j'admire le soleil qui luit sur tout cela.

JeSaisTout_PrisonnierChamp
"Les Boches dans les champs du Berry"

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f598.table

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17 juin 2007

Je sais tout "Hôpitaux mixtes"

Pendant le conflit, la revue "Je sais tout" publie des reportages que ses journalistes effectuent sur le territoire français. En 1915, plusieurs articles concernent le département de l'Indre.
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Les Hopitaux Mixtes

La plupart des villes de garnison de province ont un hôpital mixte, civil et militaire, administré par une commission civile pour les salles civiles. Dès le mois d'août 1914, la plupart des salles civiles furent réquisitionnées par l'autorité militaire. La salle d'opération fut mise aux mains des majors. D'ordinaire, on ne laissa pour la population civile, en vue de cas urgents, qu'une petite salle pour les hommes et qu'une petite salle pour les femmes.
Dans ces hôpitaux mixtes, on a laissé à leur tâche les infirmières religieuses ou laïques en leur adjoignant des infirmiers de la section afférente au corps d'armée. Depuis quelques mois, ces infirmiers font tous partie des services auxiliaires. Des majors appartenant à la réserve ou évacués du front assurent la direction du service. Des circulaires ont prévu que ces majors ne soient pas des médecins mobilisés appartenant à la région où ils exerçaient.
C'est eux qui ont été chargés de certaines opérations, non seulement sur les blessés, mais encore sur des hommes reconnus aptes au service armé par le conseil de revision de décembre 1914, qui visita les exemptés et réformés.
Ces opérations concernaient les ablations d'hernies et les paquets variqueux.
Un coiffeur jadis exempté, et qu'une opération chirurgicale (ablation d'un paquet variqueux) rendait apte au service armé et envoyait au front me déclarait:
— Quelle chance! me voilà gaillard! Je pais courir tout comme un autre et l'on m'a fait, pour rien, une opération qui, dans le civil, m'aurait coûté au moins mille francs.
On opéra également, avant le départ pour les tranchées, un certain nombre « d'orteils en marteau » et « d'ongles incarnés ».
En septembre 1915, les docteurs Picot et Benoit, à l'hôpital du Collège, au Blanc (Indre), ont pratiqué une opération qui restera célèbre dans les annales chirurgicales.
Le soldat Louis Rochet, du 68e, avait été évacué du front pour appendicite. Il n'avait aucune blessure. L'intestin ouvert, on y trouvait un éclat d'obus,gros comme un œul de pigeon. Rochet contait que, pendant un bombardement allemand, lui et ses compagnons avaient mangé la soupe au milieu des éclats d'obus. Sans doute un morceau d'acier, provenant d'une marmite boche, avait-il pénétré dans la marmite du potage et, dans un pareil moment, Rochet n'y avait pas regardé de si près. Il s'était contenté de dire:
— Je crois que le cuistot n'a pas désossé le pot-au-feu aujourd'hui?
En réalité, les hôpitaux de l'arrière, après les premiers mois de guerre, ont eu peu d'amputations à faire et la mortalité y a été très réduite. Encore faut-il considérer que les décès y ont eu plus souvent pour cause des épidémies — vite enrayées — que des suites de blessures de guerre.
Nous avons eu peu de mortalité chez nos blessés à l'arrière.

RI068_Hopital
Dans un hôpital de l'arrière
Soldat du 68e RI (devant avec une canne)

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f620.table

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10 mai 2007

Le remonte dans l'Indre

A la veille du conflit, le département regroupe deux régiments d’infanterie les 68 et 90e RI. On trouve aussi le siège de la 17e Division, mais aussi de la 9e section d’infirmiers militaires et du 9e escadron du train des équipages.Beaucoup moins connus, l'Indre hébergeait deux établissements peu connus:
Dans le département de l’Indre, deux annexes de remonte sont implantés. Dans le sud du département, elles dépendent du dépôt de Guéret et sont situées à Bonnavois (Commune de Mouhers) et au Busson (Commune de Saint Civran).

Indre_PetitJournal1906
Sources: Le Petit Journal 1906

Dans l’armée, les chevaux sont issus des conseils de réforme. Lorsqu’un cheval est jugé inapte, il est réformé et remplacé par un nouveau. Celui-ci est appelé remonte.
Dans les haras nationaux, la remonte est aussi l'élevage de chevaux pour remplacer les inaptes dans les unités. Des achats extérieurs sont aussi effectués auprès des éleveurs privés.

Si vous avez d'anciennes photos des établissement de Bonnavois et du Busson, je suis très interessé. N'hésitez pas à me contacter.

SaintBenoit_AnnexeRemonteBusson2
Annexe de Remonte du Busson

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20 février 2007

Le livre d'or des Instituteurs de l'Indre

283 instituteurs de l'indre furent mobilisés pendant le conflit. Parmi eux, 60 ne revinrent pas, 13 furent prisonniers et 53 furent blessés.
A ces sombres statistiques, la profession dédia un livre d'or pour célébrer leur mémoire.

Livre d'or des instituteurs de l'Indre: Guerre de 1914-1918 par l'Amicale des instituteurs publics de l'Indre, Issoudun, Imprimerie typographique et lithographique L. Sery, 1920

LO_InstituteursIndre

Possesseur d'une copie, je peux éventuellement vous renseigner sur les 283 instituteurs mobilisés.
Un exemplaire est en dépot à la bibliothèque municipale du Blanc.
L'ouvrage contient, entre autres, une poésie de Gabriel Nigond et une planche hors-texte de Fernand Maillaud.

Merci à Dominique Renaut pour la copie de son exemplaire.

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13 janvier 2007

La manufacture Balsan de Châteauroux

En 1751, à Châteauroux, Louis XV autorise l’implantation, au château du Parc, d’une Manufacture Royale de Draps. Après divers agrandissements, notamment en 1816 par Muret de Bord, propriétaire d'alors.

En 1856, Muret de Bord vend la manufacture à Pierre Balsan. Or, depuis le 15 novembre 1847, Châteauroux est le terminus sud du chemin de fer Paris-Orléans. Il s'ensuit pour l'Indre, une intense expansion économique. La vente se fit alors pour 4 millions de Francs Or.
Avec ses fils, l’industriel fait construire par Alfred Dauvergne un ensemble de 60000 m2 et modernise la manufacture en adoptant les techniques nouvelles de fabrication permettant ainsi un essor industriel considérable.

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Chateauroux_Manufacture18

Manufacture Balsan - L'atelier de teinture Indigo

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En 1885, l’entreprise compte 885 employés ; en 1901, 1200. En 1910, la manufacture Balsan produit 600 000 mètres de draps. Spécialisée dans la fabrication de tissus d'uniformes depuis son origine, on doit à la manufacture, l’élaboration du drap tricolore, qui deviendra, après la suppression de sa composante rougele drap bleu clair. Ce tissu entrera dans l’histoire comme le drap bleu horizon.

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Dans les albums (colonne de gauche), vous trouverez les scans de toutes mes cartes postales ayant pour thème la Manufacture des Draps de Chateauroux.

Il est à noter la présence à Chateauroux d'une autre manufacture qui était essentielle pour les Poilus: La Manufacture des Tabacs.

La manufacture en 2010: http://underlive.frenchboard.com/indre-f15/manufacture-de-balsan-chateauroux-t27.htm

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31 janvier 2006

Livre d'or aux Chatillonais morts pour la France

3 ans, maintenant, que j'essaye de collecter une documentation concernant la Grande Guerre et le département de l'Indre.
Aujourd'hui, le facteur m'a apporté ma dernière heureuse acquisition.

Concernant Chatillon sur Indre et ses enfants tombés pour la France, le "Livre d'or aux Chatillonais morts pour la France" fut édité (Editions Paul Mellotée - Chateauroux - 1927)

LO_Chatillon1

Au lendemain de la guerre, des initiatives furent menées pour rendre hommage aux combattants tombés pour la France. La première idée fut d'établir un livre d'or des "Morts Pour la France". Cette idée commença a voir le jour, mais fut bien vite remplacée par l'idée d'ériger dans chaque commune les monuments aux morts que l'on connait de nos jours.

De ce livre d'or originel, quelques publications furent quand même éditées, dont ma trouvaille.

 

 

Si vous connaissez d'autres "Livre d'or" concernant le département, n'hésitez pas à me les signaler.
Mon exemplaire est à votre disposition pour une éventuelle recherche.

 

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08 juin 2005

Quand l’abbaye de Fontgombault était un hopital belge

Non loin du Blanc, sur la Creuse, se trouve l’abbaye de Fontgombault, celle-ci fut fondée en 1091.
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En 1904, les lois anti-congréganistes obligent les moines Trappistes à partir.
En 1905, Louis Bonjean, avocat à la cours d'appel de Paris, rachète les batiments pour les sauver d'une nouvelle destruction.

fontgombault2
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Celui-ci, lieutenant au 119e RI, mourut le 29 octobre 1914. (voir sa fiche sur Mémoires des Hommes).

 

 

Pendant le conflit, les bâtiments sont aménagés en hôpital militaire pour les blessés de l'armée Belge.

Cet hôpital fut ouvert du 18/04/1915 au 12/12/1918. 6279 militaires belges furent accueillis. 

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bonjeanlouis_fongombault_1914


n'hésitez pas a aller voir l'album photos (colonne de droite)

 

fontgombault

Sources: L.Melis "Contribution à l'histoire du service de santé de l'armée belge durant la guerre 14-18" Bruxelles 1932

Merci à Alex Labussiere et au Dr Loodts pour leurs aides et renseignements
Un site sur les services de santé Belges:
http://www.1914-1918.be/

 

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10 février 2005

La garnison de Chateauroux (2)

"Moyens de communication. - Châteauroux est à 363 kilomètres de Paris. Des trains très commodes faisant le trajet en 4 heures environ permettent de partir le matin et de revenir le soir en passant presque toute la journée à Paris. Il existe en outre des communications faciles avec Orléans, Tours, Poitiers, Limoges et Montluçon, permettant ainsi de partir aisément dans toutes les directions. 

Alimentation.- La vie pour les ménages parait relativement bon marché, surtout lorsqu'on vient du Nord ou de l'Est. Il faut ajouter que les personnes arrivant du Midi disent généralement le contraire. On peut s'approvisionner assez facilement en toutes sortes de choses.

Les officiers ont un cercle de garnison assez bien installé, situé au-dessus du grand café, au centre de la ville. Les pensions sont bonnes et les prix varient de 75 à 90 francs.

Logement. - Les logements garnis coûtent de 23 à 35 francs pour deux ou trois pièces. Il n'y a pas en général d'appartements pour les officiers mariés; la plupart occupent des maisons particulières, dont les prix s'élèvent de 600 à 1.900 francs.

Le loyer s'augmente dans certains cas, de l'impôt des portes et fenêtres et de l'abonnement à l'eau de la ville. Dans le centre on ne trouve guère d'habitations ayant un jardin, ou alors il est généralement exigu.

Industrie et commerce. - Au point de vue industriel, Châteauroux peut être considéré comme un centre relativement important. On y trouve plusieurs ateliers de construction de machines agricoles, une fonderie, plusieurs brasseries, une fabrique de biscuits, une importante manufacture de draps, une sucrerie, l'atelier de confection des magasins des 100000 chemises, de Paris, enfin la manufacture des tabacs qui occupe plus de 1400 ouvriers.

Enseignement. - Châteauroux dépend de la Faculté de Poitiers et possède un lycée de garçons, assez renommé ou l'enseignement est divisé en classique et en moderne. On y reçoit les enfants, dés l'âge de 5 ans, dans des classes spéciales fort bien dirigées.

Une école normale primaire d'instituteurs et d'institutrices. Un cours secondaire (d'enseignement) pour jeunes filles avec, comme au lycée, une classe enfantine. Des établissements primaires privés, laïques et religieux en assez grand nombre pour garçons et filles.

Cultes. - On trouve dans la ville trois paroisses Saint-André, Notre-Dame et Saint-Christophe; il existe aussi plusieurs chapelles, dont une tenue par des Pères Rédemptoristes. Il y a également un temple protestant.

Distractions.- Les distractions sont peu nombreuses et les rues désertées de bonne heure. Les officiers n'ont d'autres ressources que les quelques relations mondaines qu'ils peuvent se créer dans le monde officiel et dans quelques familles de la ville et des environs où ils sont assez bien accueillis.

Le théâtre, peu confortable, ne possède pas de troupe permanente. Pendant l'hiver, des artistes de passage viennent jouer les pièces à succès de la capitale, mais réussissent assez rarement à faire de bonnes salles, les officiers comme les familles aisées avant le loisir, en raison des communications assez faciles, de voir ces mêmes pièces sur les scènes parisiennes.

Pendant la belle saison, les amateurs de bicyclette ou de cheval trouvent une compensation dans les nombreuses promenades qu'ils peuvent faire dans les environs. En effet si Châteauroux n'offre par lui-même rien de bien attrayant à ses visiteurs; ceux-ci peuvent se dédommager en se transportant à quelques kilomètres dans les environs. Des routes magnifiques partent dans toutes les directions et les cyclistes surtout peuvent en donner tout à leur aise, le Berry abondant en sites et en châteaux remarquables et très curieux. En descendant vers le sud, on rencontre la vallée de la Creuse et de ses affluents qu'il est regrettable de voir tant ignorée des touristes Français. Dans cette région, on se trouve au milieu des merveilles si bien décrites par George Sand; on peut aisément en vérifier l'exactitude et revivre ainsi presque tous ses romans.

Les cavaliers peuvent trouver dans la forêt, située à quelques kilomètres, des promenades tout à fait agréables, parmi les superbes et nombreuses avenues qui la sillonnent dans tous les sens.

Les excursions à pied sont moins faciles et les amateurs de grand air qui veulent s'en aller un peu loin, sont obligés de combiner leur promenade en faisant une partie du trajet en voiture ou en chemin de fer. Un tramway électrique est bien projeté pour se rendre au bord de la forêt, au Poinçonnet (le Robinson de Châteauroux), mais rien ne fait encore prévoir l'époque de son exécution.

Les amateurs de pèche et de chasse trouvent facilement les moyens de satisfaire leurs plaisirs. L'Indre est très poissonneuse et peuplée de presque toutes les espèces de poissons. La Creuse et ses affluents renferment de belles et excellentes truites.

Les environs de Châteauroux sont très giboyeux et si l'on ne peut que difficilement se procurer de chasse personnelle, il est assez facile d'obtenir des invitations qui peuvent donner d'autant plus de plaisir que, outre le gibier commun, on peut souvent tirer le faisan, le chevreuil, le sanglier et même le cerf. De nombreux marais permettent aussi de tirer le gibier d'eau qui s'y rencontre en abondance, En résumé, à part les distractions qui y sont vraiment trop rares, Châteauroux est une assez bonne garnison, offrant l'avantage, si considérable pour les ménages, de ne pas être exposé à changer continuellement pour le roulement des détachements et permettant de trouver sur place a peu près toutes les choses essentielles, tant pour les moyens d'existence que pour l'éducation des enfants".

Sources:"Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie"

"CHATEAUROUX (90e Régiment)

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09 février 2005

La garnison de Chateauroux (1)

"CHATEAUROUX (90e Régiment)

Garnison. - Au point de vue mililaire, Chateauroux fait partie du 9e Corps d'armée. Il est le chef-lieu de la 17e Division et de la 33e Brigade d'infanterie. Outre ces deux états-majors, la garnison se compose des corps et services ci-après :

Le 90e Régiment d'infanterie en entier (13 compagnies), le 9e Escadron du train des Équipages en entier (3 compagnies), le Dépôt de la 9e section d'Infirmiers militaires, une annexe d'artillerie, dépendant de l'école de Poitiers, un bureau de recrutement, une sous-intendance, une manutention militaire, un service du génie, le commandant et le trésorier de la gendarmerie de l'Indre ainsi que le capitaine commandant l'arrondissement.

Enfin, c'est à Châteauroux que doivent se former le régiment de réserve alimenté par le 90e Régiment d'infanterie, le 65e Régiment territorial d'infanterie, le 9e Escadron territorial du train.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut le régiment d'infanterie et l'escadron du train ne fournissent aucun détachement.

Description.-Châteauroux (les Châteauroussins) sic, chef-lieu du département de l'Indre, doit son nom au château (Château-Raoul) élevé sur les bords de l'Indre vers 927, par Raoul-le-Large, seigneur de Déols (localité existant encore aujourd'hui près de Chàteauroux, pour défendre ses États contre les invasions des Normands, qui signalèrent le règne de Charles-le-Chauve.

Autour de ce château qui fait aujourd'hui partie de la Préfecture vinrent se grouper peu à peu les divers établissements, et habitations qui devaient former plus tard la ville dont nous nous occupons, laquelle ne comptait encore à l'époque de la Révolution que 8000 habitants (actuellement 24000).

Lors de la division de la France en départements, Châteauroux fut choisi comme chef-lieu par les électeurs de l'Indre, au détriment d'Issoudun qui réclamait également cette faveur comme ayant une population supérieure de 2000 habitants environ, mais occupait une situation moins centrale.

Suivant le mode adopté à cette époque, de doter chaque département d'un evéché, il en fut institué un à Châteauroux, mais il fut supprimé deux ans plus tard au profit de l'archeveché de Bourges.

Les principales curiosités de Châteauroux sont le château, élevé, comme nous l'avons dit plus haut, vers 927, détruit par un incendie en 1366 et reconstruit quelques années plus tard. Pendant la première période, ce château eut à subir deux sièges, très importante, le premier par le roi Philippe-Auguste en 1187, le deuxième par le Prince de Galles en 1356. Ni l'un ni l'autre ne purent s'en rendre maître, et ce dernier pour se venger de son échec, incendia la ville. Depuis sa reconstruction, le château servit de prison pendant 23 ans à Claire Clémence de Maillé-Brézé, nièce de Richelieu, épouse du prince de Condé qui l'avait répudiée.

C'est également dans ce château qu'est né le 18 mars 1773 celui qui devait être plus tard le fidèle compagnon d'exil de l'empereur Napoléon 1er à Sainte-Hélène, le célèbre général Bertrand, dont une statue orne aujourd'hui une place de la ville, à laquelle on a donné le nom de Sainte-Hélène. Une plaque commémorative en marbre, indique encore aujourd'hui la chambre où est né le général Bertrand.

Signalons encore : l'église Saint-André, élevée sur une très grande place, près de la gare, et dont la vue frappe les voyageurs arrivant de la direction de Paris. Bien que de construction récente, son architecture et son style gothique, ainsi que sa situation spéciale au milieu de la plus grande place de la ville, en font un monument d'un très joli effet. L'église Notre-Dame également récente, est moins curieuse.

L'hôtel de ville, datant de la Révolution, est sans style particulier. Il s'y trouve une bibliothèque assez importante.

Enfin on peut encore citer le jardin public où va jouer la musique deux fois par semaine; une partie de ce jardin a été plantée récemment.

La vieille ville est bâtie le long de l'Indre et sur l'élévation qui domine cette rivière, au sud. Une des plus anciennes rues de la ville longe son cours et porte son nom. Des maisons construites sur le côteau, on domine toute la vallée vers Déols et Saint-Christophe. A sa sortie de la ville, l'Indre coule devant les bâtiments de la Préfecture et l'ancien château où sont aujourd'hui réunis tous les services de cette dernière, elle longe ensuite une superbe avenue plantée de marronniers puis enfin passe devant le parc et la manufacture Balsan"

...

Les habitants de Châteauroux sont les Castelroussins.

Sources:"Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie"

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08 février 2005

La garnison d'Issoudun

Le 68e RI avait depuis son installation dans l'Indre, deux garnisons, une au Blanc et l'autre à Issoudun. Soit 90 km entre les deux composantes du régiment.

"ISSOUDUN (68e régiment)

Garnison. - La garnison ne comprend que le 68e Régiment d'infanterie (État-major, deux bataillons et deux compagnies du 4e Bataillon). La portion centrale du régiment est au Blanc.

Le bataillon du Blanc est relevé tous les deux ans, la compagnie du 4e Bataillon qui s'y trouve également, n'a pas été encore relevée.

Description.- Issoudun (les Issoldunois), est la première sous-préfecture du département de l'Indre avec une population de 14.000 habitants.

La ville est bâtie sur la Theols, rivière peu importante dont les bords marécageux ont été assainis dans certaines parties et transformés en jardins fertiles.

La contrée est humide, malgré la rareté des brouillards: le climat y est tempéré et se rapproche de celui de la Touraine.

Issoudun, après avoir eu des seigneurs particuliers, fut achetée en 1221 par Philippe-Auguste. Pendant les guerres de religion, La Châtre s'en empara par trahison au profit de la Ligue, mais la garnison qu'il y laissa, fut expulsée par les habitants. Pendant la Fronde, elle prit le parti du roi et fut mise en cendres.

Issoudun possède trois places mal entretenues, un boulevard peu fréquenté et un joli petit jardin où joue la musique du 68°, deux fois par semaine. La ville est boueuse et mal bâtie. Quelques rues seulement sont pavées.

Issoudun présente peu de curiosités par suite de l'incendie presque totale de la ville, sous Louis XIII. Saint-Cyr, la seule église paroissiale, est inachevée et située au centre de la ville. Le vaste et magnifique établissement des Missionnaires du Sacré-Cœur avec sa riche basilique, attire à Issoudun de nombreux pèlerins, notamment le 8 septembre.

Moyens de communication. - Issoudun est à 236 kilomètres de Paris, sur la grande ligne Paris-Limoges. La durée du trajet, est de 4 heures environ.

Alimentation. - Les officiers ont leur cercle au café du Théâtre, sur le boulevard Baron.

Les pensions sont bonnes et leurs prix modérés : 75 francs pour les lieutenants et 80 francs pour les capitaines. Les vivres ne sont pas chers. principalement les volailles.

Logement. - Les logements garnis se paient 30 francs environ. Les officiers y trouvent des maisons, la plupart sans jardins, dont le loyer varie de 500 francs a 1300 francs.

Industrie et commerce. - La principale industrie de la ville est la parcheminerie, on y trouve également plusieurs tanneries, des moulins importants et deux malteries.

Enseignement. - Issoudun dépend de la faculté de Poitiers et possède un collège de garçons, un établissement secondaire de garçons dirigé par les frères du Sacré-Cour, une école de frères de la doctrine chrétienne, une école laïque pour les filles et un pensionnat tenu par les Sœurs de la Charité de Bourges.

Distractions. - Les distractions d'Issoudun sont peu nombreuses et les relations mondaines presque nulles. D'ailleurs, les habitants se montrent indifférents pour ne pas dire hostiles envers les étrangers et principalement envers l'armée. Les officiers du 68e ont organisé un lawn-tennis qui est fréquenté assidûment.

La ville posséde un théâtre où viennent jouer de temps en temps des troupes de passage. Les représentations sont peu suivies.

Les environs d'Issoudun sont monotones, le pays est plat,dénudé et peu fertile. Les routes sont nombreuses et leur état d'entretien permet, en été, d'y faire des promenades en voiture, à cheval et à bicyclette.

Une forêt bien percée se trouve à 11 kilomètres de la ville.

Le pays est giboyeux, mais les chasses sont en partie gardées. La Théols ayant été empoisonnée, est peu poissonneuse, les amateurs de pèche vont satisfaire leur plaisir sur les bords de l'Arnon, rivière située à 10 kilomètres de la ville et qui renferme une grande quantité de poissons.

En résumé le 68e occupe une garnison médiocre, de plus les déménagements continuels présentent de grands inconvénients pour les officiers mariés".

Sources:"Guide de l'officier d'infanterie - Nos garnisons de France, d'Algérie et de Tunisie"

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