15 décembre 2016

Hommage à Paul MOULIN de Cluis (et pour les 12 ans de @Indre1418)

Quasi totalement accaparé par le blog des Soldats de l’Indre, j’en viens à manquer de temps pour le reste de mes activités 14/18. Cependant, une question me taraudait depuis quelques temps :

  • Que pouvais-je vous présenter pour clore cette deuxième année du Centenaire ?
  • Que pouvais je vous faire partager pour fêter dignement les 12 ans de ce blog ?

Et oui, car en cette fin décembre, nous fêtons aussi l’anniversaire (Je sais j'ai un peu d'avance) de ce qui nous regroupe ici, c’était alors le JOUR J, nous étions alors en 2004 Certes, ce n'était pas le début de l'aventure 14/18, puisqu'elle avait commencée quelques années plutôt, mais c'était bien celui de l'aventure éditoriale sur le net. Publié regulièrement, sans lasser les lecteurs et aussi sans se lasser, ce fut parfois une gageure. Certains messages furent de vraies aventures, d'autres juste des petits rappels historiques. Rencontrer, 35 ans plus tard, son ancien prof d'histoire du collège et s'entendre dire: "Jérôme, vous avez fait du bel ouvrage", cela m'a laissé pantois. En 2014, cotoyer les Historiens du département, mes idoles de lecture d'antan et d'aujourd'hui, fut aussi un grand moment. Mais le plus grand plaisir est finalement le partage et les rencontres occasionnées par ces publications.
En bref, 12 ans, ce n’est pas rien. Pas loin de 600 messages, pas moins de 1500 images partagées, mais que diable pouvais-je donc vous présenter ?

Non, je ne vous infligerai pas l'écoute de l'enregistrement audio de ma conférence au CES de Châteauroux en 2014, je le garde pour moi. Je pensais plutôt à quelque chose de plus dans les cordes de ce blog. Une bonne petite analyse de document, un de ces documents que j'adore essayer de faire parler.

En remontant dans la chronologie des publications, je me souvins d’un message autour de la mise en ligne du fonds Valois, et me rappelais que j’avais passé pas mal de temps sur le site de la BDIC à regarder image par image si d’autres clichés pourraient m’intéresser pour alimenter ce blog et vous permettre avec moi de partager la vie, la mort des combattants des régiments de l’Indre.
Après quelques recherches fructueuses, je pris donc la décision de rester en Artois, comme pour l’analyse du cliché précédent ayant trait au séjour du 68e RI dans le secteur de Loos et de vous faire partager un moment de vie et de mort.

Si la fois précédente, nous avions abordé le séjour en première ligne, cette fois, je souhaite aborder un sujet plus douloureux et qui malheureusement suivait ce séjour en tranchée, à savoir le décès, la disparition et le devenir du corps du combattant, dans un secteur jouxtant directement les premières lignes. Pour cela, je ne vais analyser qu’un seul cliché mais je vous proposerai ensuite de découvrir le reportage complet fait par l’opérateur photographique qui produisit une quarantaine de clichés sur la même période et au même endroit.

Le cliché que je vous propose est celui pris lors de l’enterrement de soldats, vers la fin mai 1915 à Noeux les Mines (62).

BDIC_VAL_305_003
Sources BDIC Fonds Valois BDIC_VAL_305_003

Pourquoi ce cliché ? Tout de suite, l’association faite entre la présence d’enfants et le port de croix de bois m’a interpellé.
En regardant plus en détail, aussitôt, un fait attire l’œil « Qu’est-il écrit sur les Croix de bois ? » La réponse me convainc de m’intéresser plus précisément à ce cliché, notamment lorsque je découvris sur la croix de droite la mention du 68ème Régiment d’Infanterie.

CaptureCroix

Aussitôt, de nouvelles questions jaillissent :

  • Quel était le contexte du secteur et pourquoi l’opérateur avait pris ce cliché précisément ? Hasard fortuit lié au passage du photographe au bon moment, mais alors pourquoi prendre tant de clichés pendant ces journées de mai 1915 ?
  • Qui était ce Paul MOULIN ? Quels étaient les combattants dont les noms apparaissaient aussi sur le cliché ?
  • Que s’était-il passé au 68e RI dans cette période ?

Je vais donc tâcher de répondre à certaines de ces questions, à partir des données collectées 100 plus tard.

Le contexte de la prise de vue:

En cette fin mai 1915, le 68e RI (Le Blanc et Issoudun) et le 90e RI (Châteauroux), formant la 33e Brigade de la 17e Division d’Infanterie sont en secteur au devant de Liévin, vers la Cité Calonne, face aux Ouvrages Blancs plus précisément. Cette cité ouvrière correspond à la carte ci-dessous

CaptureAngresLievinCalonne1Sources Eggenspieler et Géoportail IGN

Noeux les Mines est à quelques kilomètres en arrière de la ligne de front. La ville n’est pas au contact direct avec les premières lignes, mais toute l’organisation logistique du 9e CA est organisée autour de ce secteur et Noeux les Mines est un point central, notamment concernant le Service de Santé. En effet, dans les murs de l’hôpital local se trouvait un HOE (Hôpital d’évacuation) et l’ambulance 2/66 comme l’indique un schéma du secteur dans le Journal de Marche du Service de Santé du 9e Corps d’Armée.

CaptureServSante_9eCA_Mai1915
Sources SHD JMO Service de Santé du 9e Corps d'Armée 26N132-036

Dans l’album Valois, le cliché est daté du 23 mai 1915 et est situé au devant d’une église. Après une petite recherche sur le net, il apparait que plusieurs églises existent à Noeux les Mines et qu’il s’agit plus précisément de l’église « Sainte Barbe » dite « des Mines » Il est possible de la visualiser actuellement via le site Google Street View. Elle est reconnaissable notamment grâce aux 2 coupoles ornant les absides de chaque côté du porche principal.

NoeuxlesMines_EgliseSainteBarbe
Eglise Sainte Barbe de Noeux les Mines

Noeux lesMines Hopital
Hôpital de Noeux les Mines (voir aussi Clichés Valois présentés en fin de message)

 

Qui était Paul MOULIN?

Sur le cliché, 3 noms sont aisément lisibles de gauche à droite : RABUSSIERE Albert, LANERIC (LANERIE?) et MOULIN Paul. Seul pour ce dernier l’unité est clairement identifiable.
Une rapide recherche sur le site Mémoires des Hommes (M.D.H.) nous permet de retrouver 2 d’entre eux, en effet, le soldat LANERIC (LANERIE?) n’apparait pas dans les fiches du Site Mémoires des Hommes. Il n'apparait pas non plus dans les données du site MémorialGenWeb.

En regardant ces fiches M.D.H., il apparait tout de suite un hic dans la datation des clichés. Le fonds Valois date le cliché du 23 mai 1915 et les fiches Mémoires des Hommes donnent une date de décès identique aux deux soldats identifiés, à savoir le 27 mai 1915. Théoriquement, le cliché serait donc datable du 27 mai à minima.

La fiche Mémoires des Hommes de Paul Moulin nous apprend qu’il est originaire de l’Indre et plus précisément de Cluis, autant dire qu’il est pour moi un « Pays ».

A partir de la fiche M.D.H., il est alors aisé de retrouver sa fiche matricule sur le site des Archives Départementales de l’Indre. http://archives36.cg36.fr/VisuPlugin/frmVisualisation.aspx?Type=M&ID=2086 (Page 511)

CaptureAD36_MoulinPaul1

Classe 1902, il est rappelé le 11 août 1914 au sein du Régiment d’Infanterie de Châteauroux. Rien ne permet de préciser une affectation au 90e ou au 290e RI. Il part « aux armées » donc au front le 22 mars 1915et est affecté au 68e RI ce même jour.
On constate alors une incohérence  sur la fiche matricule, il y est écrit « Il arrive au corps le 29 mai 1915 » et « Il décède le 27 mai ». Cette date de décès est conforme à la fiche M.D.H. La date d’arrivée au corps n’est donc pas correcte.

La fiche matricule nous permet aussi de découvrir les circonstances de la blessure et sa gravité.

« Décédé le 27 mai 1915 Hôpital temporaire de Noeux les Mines B. de guerre. Blessé le 25-5-1915 à Calonne ouvrage de cornouailles (P.deC.) Plaie lombaire plaie mollet gauche. »

CaptureAD36_MoulinPaul2

A priori, le dit « hôpital temporaire » n’est pas connu du service de Santé du 9e Corps d’Armée, il s’agit donc vraisemblablement du H.O.E. de Noeux les Mines, cité plus haut.

Le cliché représentant une scène d’enterrement, nous sommes donc dans les heures qui suivirent ce 27 mai 1915. Les corps furent ensuite emmenés au cimetière de Noeux les Mines.
Paul MOULIN y repose encore de nos jours.

 

SepNoeuxlesmines_RI068_MoulinPaul

On notera le mauvais état de la croix de béton qui ornait la sépulture lors de la prise de vue en 2005.

Son nom figure sur le Monument de Cluis. Concernant les soldats de cette charmante bourgade, je conseille le site http://ete1915.weebly.com/ dont proviennent les 2 clichés suivants :

3866815_orig 5851982_orig
Sources Clichés: Patrick Bléron "Eté1915"

 Sa fiche sur le Mémorial du département de l'Indre (Cliquez ICI)

 

Que se passa-t-il au 68e RI vers le 27 mai 1915? 

Pour découvrir ce qui se passa les 25 et 26 mai à la cité Calonne, il est possible de s’appuyer sur diverses sources, les plus intéressantes sont bien évidemment les Journaux de Marche et Opérations (J.M.O.) des unités concernées.
L’objectif de l’attaque est d’enlever le secteur appelé « Les Ouvrages Blancs » qui est un secteur que les troupes allemandes ont fortifiés. Une mine a été creusée sous les lignes allemandes en prévision de l’attaque. L’assaut est lancé à midi 10 au moment où cette mine explose. La charge s’effectua au son du tambour et du clairon.
Pour le détail, je vous renvoie vers le J.M.O. du 68e R.I. consultable sur le site Mémoires des Hommes.

Il est à noter que dans ce J.M.O., un croquis des positions d’attaque est consultable (Sa pagination ne correspond pas au calendrier et se retrouve en fin de volume)

SHDGR__GR_26_N_657__bis_24__0073__T
Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Un autre plan avec la numérotation des points d'attaques, est consultable dans la Journal de Marche du 9e Corps d'Armée.

Dans les "Armées Françaises pendant la Grande Guerre" sur Mémoires des Hommes, 2 cartes sont consultables et concernent les Ouvrages Blancs en cette période de mai 1915

AFGG_TIII_Carte3_ExtraitAFGG Tome III Carte n°3 (extrait) - SDH/MDH

AFGG_TIII_Carte2
AFGG Tome III Carte n°2 (extrait) - SDH/MDH

Pour résumer voici ce qu’en dit la version héroïque de l’historique du régiment :

Fosse Calonne, 25 mai. - Après une période de demi calme, le 25 mai, à ces hommes qui se sont battus sans discontinuer, qui ont passé l'hiver dans une mer de boue, aux hommes de l'attaque du 9 mai, on allait demander un nouvel effort.
Le 25, à 11h50, le 68e attaque les Ouvrages Blancs dans le secteur de la Fosse Calonne. Le 3e bataillon s'empare de la première ligne ennemie et s'y maintient pendant deux jours. Laissons parler le communiqué officiel qui dit :
« Les échecs subis hier par l'ennemi, dans la région d'Angres et au nord du massif de Lorette, ont déterminé de sa part une réaction extrêmement violente. On s'est battu furieusement dans la soirée et pendant la nuit; nous avons conservé tous nos gains. Nos troupes ont fait preuve d'un courage et d'une ténacité magnifiques. Les Allemands ont d'abord contre-attaqué l'ouvrage conquis par nous au nord-ouest d'Angres et ont multiplié, pour le reprendre, des efforts acharnés. Malgré le bombardement exceptionnellement intense auquel nous avons été soumis, nous avons gardé la totalité de nos nouvelles positions. »
Et la consécration de ce succès, c'est la citation à l'ordre de l'armée du 3e bataillon :
Le 3e bataillon du 68e régiment d'infanterie, le 25 mai, sous l'impulsion énergique de son chef de bataillon, le commandant Potron, s'est emparé d’un ouvrage allemand fortement organisé et vaillamment défendu; s'y est maintenu pendant quarante-huit heures malgré un bombardement très violent, défendant le terrain pied à pied contre de nombreuses contre-attaques allemandes qui lui ont fait éprouver de fortes pertes.

Ce que ne dit pas l’historique officiel, ce fut la contre attaque, les bombardements et ce furent surtout les pertes du régiment.
Voilà telles qu’il est possible de les visualiser sur le J.M.O. du 68ème RI

CapturePertesJMO
Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Et les voici telles que l’on peut les retrouver au travers des fiches du site Mémoires des Hommes :

CaptureMDHPertes

Paul MOULIN fut l’un d’eux.

Pourquoi le photographe était il là ce jour et pourquoi a t il pris ce cliché?

Le fonds Valois est un fonds photographique pris par des opérateurs patentés qui avaient pour but de documenter le conflit en cours.
Les clichés du fonds Valois nous intéressant possèdent tous un numéro de classement de la forme VAL304, VAL305, VAL306 …Cependant, il est à noter qu’il y a des discordances dans la numérotation des clichés. Ainsi, VAL305.066 date du 02/12/1917 alors que VAL305/064  date du 20/01/1918.

CaptureJCClassementValois

 

Pour notre petite enquête, les clichés sont situés en début de la série VAL305.
J’ai donc retenu une série de 42 photos, numérotées de VAL305/002 à VAL305/043 directement prises à Noeux les Mines et concernant la période allant du 21 mai 1915 au 23 mai 1915.
Ces 42 photos permettent de mieux visualiser le quotidien  d’une ville située juste à l’arrière de la ligne de front, les civils et surtout les militaires se côtoient.

Le fait marquant de ces journées pendant la période où fut présent le photographe des Armées fut un enterrement, mais pas celui de Paul Moulin et de ses camarades, mais celui du Général Jean Baptiste MOUSSY, qui était le chef de la 33e Brigade dont dépendait les 68 et 90e R.I.

Moussy

Son dossier de Légion d’Honneur sur la base LEONORE
Celui-ci décède le 21 mai 1915 à Grenay des suites de « Blessures de guerre ». Le J.M.O. du 9e Corps d’Armée, nous apprend que ses obsèques eurent bien lieue le 23 mai 1915 à 8h à Noeux les Mines.

CaptureJMO9eCA
SHD JMO 9e Corps d'Armée 26N131-2

 

Pour découvrir ce reportage photographique, je vous invite donc à vous rendre sur le site de la BDIC et de saisir les mots clés suivants dans le module de recherche :

VAL305 002, VAL305 003, …. jusqu’à  VAL305 0043 (Je vous laisse changer les valeurs dans la barre de recherche. Vous pouvez même continuer votre promenade en continuant la numérotation ... )

 

Une simple erreur de date en guise de conclusion?

Nous avons vu que si nous sommes sûr des dates de décès de chacun, tant général que simple soldat, il y a de fortes chances que l’opérateur se soit trompé dans la datation lors de la mise en album des clichés. Concernant la fiche matricule, l'erreur de date démontre l'importance des recoupemts et du danger de ne s'appuyer que sur une seule source pour établir un fait.
Hormis ces erreurs que je qualifierais cependant de bénignes, il est intéressant de voir comment à partir d’un simple cliché, et à partir des sources mises en ligne récemment, il est possible de faire parler les images, de décrypter de vieux clichés et surtout de faire ressurgir la vie de ces combattants, mais aussi leurs morts.
Il est aussi à signaler qu'il est toujours agréable de se promener au gré des clichés souvent de qualités que ce fonds Valois contient.

 

Au terme de ce message, je tiens à saluer Stéphan AGOSTO, il comprendra. 12 ans, mon petit gars!
OK, c'était plutôt vers le 30 décembre, mais je préfère m'y prendre un peu à l'avance.

Posté par Indre1418 à 08:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,


13 décembre 2016

Un graffiteur berrichon en Artois

Un ami artésien, Thierry Cornet, me signale la présence d'un graffiti qui ne pouvait que m'interresser.

 

Capture

 

Sur le mur d'une grange de Tilloy les Hermaville (2km de Aubigny en Artois), un soldat du 268e avait laissé une superbe trace de son passage.

 

RI268_RagotJoseph

 

 

Une déduction logique nous amène à penser que le prénom de Ragot doit être Joseph, le H après le J.

Mais qu'était devenu Joseph Ragot, qui occupait son temps de repos à graver la pierre tendre de la région?

La consultation du JMO du 268e avec ses listes de pertes, ne nous amène aucune réponse. Aucune trace de Joseph Ragot.
Après consultation de Mémoires des Hommes, le seul Joseph Ragot disparu est soldat au 290e RI, mais pas au 268e RI. Les deux régiments formant la même brigade, un mouvement est largement possible entre ses deux unités.
Une consultation des registres matricules de Chateauroux allait peut-être nous donner une indication.

La fiche de Joseph RAGOT de Crevant (36) sur le site des AD36 (page 110)

Et si le tailleur de pierre qu'était Joseph Ragot de Crevant était le Joseph Ragot qui avait laissé une trace de son passage sur la grange de Tilloy?
Joseph RAGOT du 290e RI est décédé le 1er novembre 1914, à peine arrivé en Belgique, non loin de Ypres, à Wallemolen. Il y a donc peu de chances qu'il s'agisse de lui.
Peut-être que notre graffiteur a survécu au conflit?

Beaucoup de points restent donc sans réponses. D'autres recherches complémentaires seront à entreprendre afin d'éclaircir notamment la présence d'éléments du 268e RI en 1914, à l'ouest d'Arras, du côté de Tilloy les Hermaville. Rien dans le JMO ne laisse présager d'une telle présence.
Un mystère, ...

Merci à Thierry Cornet pour sa précieuse aide

Posté par Indre1418 à 21:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

20 janvier 2016

90e RI Somme, 6 novembre 1916, une confusion qui aurait pu être fatale.

Concentré sur le nouveau blog concernant les soldats du département, je peine à trouver du temps pour répondre aux mails en attente et à alimenter ce blog ci. Histoire de ne pas vous abandonner, voici un petit rapport très intéressant trouvé au SHD par Alain Malinowski, historien et grand "fouilleur" d'archives. Voici donc le rapport en question tel qu'Alain le diffusa en 2005 sur le forum Pages1418 (Entre les lignes) - Le message d'origine d'Alain n'est plus accessible.

 

Aux armées le 10 novembre 1916
Rapport du chef d’escadron Breant commandant le 1er bataillon du 90e R.I. relatif à un incident survenu au cours de la nuit du 6 au 7 novembre 1916.
9e CA ; 17e division; 33e brigade; 90e R.I.
 
Au cours de la nuit du 6 au 7 novembre, la 2e compagnie se portait en avant du boqueteau (point 0505) dans la partie du terrain où la 17e D.I. se reliait avec la 18e.
Pendant le mouvement en avant, une demi-section commandée par le sergent-fourrier Aubron dépasse légèrement la ligne à atteindre et tomba sur une tranchée allemande occupée. Les Allemands se rendirent sans combattre et le sergent-fourrier Aubron les ramena, mais il obliqua à gauche et se présenta devant le front d’une section de la 1ère compagnie commandée par le sous-lieutenant Caillou.
Un sous-officier, le sergent Maerten, apercevant le groupe, et reconnaissant très nettement les uniformes des Allemands, ne sachant pas que ceux-ci étaient accompagnés, leur cria :”camarades” en leur faisant signe de lever les bras. Brusquement, les huit hommes qui étaient en tête firent demi-tour.
Le sergent et quelques hommes qui étaient près de lui voyant les boches s’enfuir, tirèrent dans leur direction, le sergent-fourrier Aubron cria alors :”Ne tirez pas, nous sommes des Français qui ramenons des Boches!” Le feu cessa, mais les Allemands avaient disparu à l’exception de cinq.
Il résulte des déclarations du sous-lieutenant Caillou qu’il n’y a eu aucun affolement, mais que le sergent Maerten et ses hommes étaient en première ligne, avaient réellement cru se trouver en présence d’une patrouille ou d’une reconnaissance ennemie égarée.
Cette erreur, au dire du sous-lieutenant Caillou dont le sang-froid s’est affirmé dans ces périodes de combat, est explicable, attendu que les Allemands formaient un groupe suffisant pour que les uniformes français fussent, pour ainsi dire, cachés par les uniformes allemands.
Le sergent Maerten, sous-officier grenadier, a donné maintes preuves d’énergie qui excluent l’idée d’affolement.
Signé : Breant
Vu et transmis :
Il y a là un incident de guerre regrettable mais qui ne me paraît mériter aucune sanction.
Le sergent Maerten, sous-officier grenadier du bataillon est connu pour son courage. Quant au sous-lieutenant Caillou nouvellement arrivé au régiment, il s’est fait remarquer par son sang-froid au cours de cette période.
P.C. le 11 novembre 1916
Le lieutenant-colonel Jumelle commandant le 90e RI.
De l’enquête exposée ci-dessus et dont les résultats sont conformes aux faits dont il m’a été rendu compte, il résulte, à mes yeux que dans des circonstances infiniment difficiles, des gradés du 90e R.I. se sont employés avec audace et énergie. Une erreur regrettable s’est produite, on ne peut le nier, mais on ne saurait accuser d’affolement aucun gradé responsable. Chacun a cherché à s’employer au-delà de son devoir et a dignement porté le poids des responsabilités qui lui incombe.
L’honneur au régiment n’y a rien perdu, au contraire.
Signé : le général Lasson commandant la 33e brigade, PC le 11 novembre 1916.

 

Le JMO du régiment signale que "Huit prisonniers du 105e RI ont été faits dans la nuit", mais il arrête là la mention des faits, il omet de signaler que 3 s'échappèrent dans la confusion. Pour découvrir les faits de la journée et une superbe carte du secteur (page suivante) , on pourra lire le JMO sur le site Mémoires des Hommes

Capture
Sources carte JMO 90eRI - Service Historique de la Défense - Mémoires des Hommes

Posté par Indre1418 à 16:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

28 septembre 2015

Le capitaine Bouverat et les bleus de la classe 1918 du 68e RI.

Collectionner des cartes photos ayant rapport avec les unités du département de l'Indre est une passion qui prend du temps mais surtout demande de la patience. Parfois certains achats sont quelques peu foireux et parfois on tombe sur des pépites insoupçonnées. Concernant ces clichés, ceux ayant trait aux périodes dans la Zone des armées sont relativement rares. Par contre, il est courant de trouver des clichés ayant trait à la période d'instruction, lors de séjours à l'arrière, périodes plus propices à se faire tirer le portrait en individuel ou en groupe.

Il y a quelques temps, un lot de 2 clichés m'avait intrigué:

RI068_Classe1918_Encadrement2 RI068_Classe1918_instruction2

 

Il s'agit de 2 cartes du 68e RI, la première correspond à un groupe de gradés posant dans une caserne, la deuxième représentant un groupe de soldats avec certains des gradés du premier cliché. Ce qui m'attira fut les uniformes des soldats de la 2ème photo.
Les soldats sont équipés d'une vareuse de début du conflit (Gris de fer bleuté - GBDF) et portent des képis bleu horizon (BH). Fait intéressant, les soldats portent des pattes de col "jonquille" donc de couleur jaune. La carte "officiers et sous officiers" les montrent quasiment tous équipés de drap BH, à l'exception de quelques uns (grades subalternes).
On ne peut se tromper ces clichés sont bien du même photographe, pris au même endroit, le décor d'arrière-plan est le même et pris vraisemblablement le même jour, d'ailleurs le vendeur présentait ces 2 cartes en lot.

Ces 2 clichés étaient-ils datables?

Capture


L'apparition d'éléments BH, permet une datation à minima mi-1915. On note aussi la présence de Croix de guerre sur certains uniformes, nous sommes donc après le mois d'avril 1915 qui institua le port de la Croix de Guerre.
Les pattes de col "jonquille" furent celles de l'infanterie de novembre 1914 à avril 1915. Or il n'est pas rare de voir de tels écussons, dans les dépots, un peu plus tard que ce mois d'avril. On notera l'utilisation des "ersatz" de ceinturon, ici en toile. A partir du 15 mai 1915, leur usage est réservé aux dépots et est interdit en ligne.
Malheureusement, il est assez compliqué d'aller plus loin, en l'absence de toute annotations effectuée au verso des clichés.

Peut-on définir le lieu?

Sans trop de doutes, on peut déterminer que le lieu de prise de vue est situé dans une caserne, donc vraisemblablement à la caserne Chanzy du Blanc (36), d'autant que le dépôt du 68ème RI (voir ci-dessous) était constitué de baraquement provisoires.
L'appel des classes s'effectue tout d'abord au sein de la caserne du régiment, ensuite au bout d'un certain temps de formation, les recrues sont déplacées vers les dépots de régiment. Les dépots des régiments de l'Indre étaient situés autour du camp du Ruchard (Indre et Loire) comme je le signalais dans un ancien message http://indre1418.canalblog.com/archives/2010/09/30/19053474.html De là, les recrues allaient alimenter les régiments, les dépots divisionnaires.

57001110_p 57001034_p
Les dépots des 68e et 90e RI (Saint-Epain et Chapelle de Cheillé)

En 2014, j'avais présenté ainsi une carte concernant la 38e escouade du 90e RI qui représentait la classe 1916 à Châteauroux (qui avait hâte de partir) http://indre1418.canalblog.com/archives/2014/02/27/29324156.html

94185235
Classe 1916 juste avant leur départ de Châteauroux

Un rebondissement:

Une récente trouvaille me fit progresser dans l'identification de ces deux clichés, puisque dans une foire aux vieux papiers, je trouvais non pas un des deux clichés, mais les deux à nouveau dans un même lot, et cette fois une surprise m'attendait.
L'explication est marquée directement sur une des deux cartes.

RI068_Classe1918_Encadrement1 RI068_Classe1918_instruction1_Recto


Le cliché "officiers - sous-officiers" est légèrement différents entre les deux cartes. Le cadrage est désaxé sur la gauche pour la 2ème version et un des officiers du premier rang (le 3ème à gauche) a changé légèrement de position, décroisant ses bras. Concernant le cliché "soldats" le cliché est exactement le même, seul le cadrage est différent et permet de mieux visualiser les soldats de gauche dans la deuxième version.

Maintenant, nous savons donc à la lecture du recto de la 2ème carte "soldats" qu'il s'agit de la Classe 1918.
Ceci change carrément la datation possible. Pour cela, je vous invite à visiter le site d'Arnaud qui est la référence dans ce domaine et de découvrir son article sur l'incorporation des classes 1911 à 1919: http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Pasapas/E402mob2.html

La classe 1918 qui devait à l'origine être appelée en octobre 1918, fut appelée théoriquement le 16 avril 1917. Ces clichés datent donc de cette date. Il est intéressant de voir qu'en 1917, on continue d'utiliser les stocks d'habillement du début du conflit. Cet équipement sera échangé pour une tenue plus "académique" et entièrement en BH, au fur et à mesure de l'avancement de la formation.

Une autre surprise fut de découvrir que le 2ème cliché "Soldats Classe 1918", non seulement avait un titre au recto, mais au verso se trouvait la liste des soldats.

RI068_Classe1918_instruction1_Verso

Voici la transcription de la liste visible sur le verso de la carte ci-dessus, non compris les encadrants:

Rousseau C. - Séché - Richet - Rousseau N - Wurtz R - Annault - Guichard V - Grelet H - Lhuillier J - Vergne M - Robert - Vinet R - Langlois A - Bertrand A - Pirot J - Pommé A - Laurendeau - Tuault P - Giraud L - Perriot P - Malbran E - Malasene - Hucault - Landoyer R - Giraud M - Vincent P - Lourdault M - Pagnard V - Richard - Capin - Larose - Joliveau - Lépy - Vincendeau - Gourry - Perrin H - Legros F - Olivier F - Ardon H - Vinatier S - Pornet S - Lebled - Pineau L - Trouvé G - Turpeau F - Jolly - Portelon

Ceci allait permettre des identifications, non sur les positions des soldats sur le cliché, mais sur le parcours des soldats et des encadrants (officiers, sous-officiers et caporaux).

59 personnes composent le cliché "soldat" cependant seuls 56 noms sont répertoriés sur le cliché.

A partir de la liste nominative, est-il possible de déterminer des renseignements complémentaires?

L'identification des soldats:

Depuis 2006, j'ai établi la liste des Morts pour la France (MPF) du 68ème RI soit 3434 "morts pour la France" (et des autres régiments du département - 3538 MPF pour le 90ème RI), cette liste a d'ailleurs peu évoluée depuis 9 ans, seuls quelques rajouts ont été effectués.
La première chose à regarder est d'abord de comparer les MPF "classe 1918" de mon fichier avec les noms de la carte. Sur mes listes 33 "classe 1918" du 68ème RI qui furent déclarés MPF, aucun des noms ne correspond à la la liste de la carte. Par acquis de conscience, j'ai ensuite regardé dans la liste des MPF du 90ème RI, ce régiment faisant brigade avec le 68ème et ayant le même parcours. Là, trois cas qui correspondent potentiellement à des noms de la carte:

 

  • LANGLOIS Alfred Silvain:

Le soldat Alfred Langlois est né le 26/05/1898 à La Chatre (Indre), il est tombé le 25/08/1918 au ravin de Morsan qui se trouve sur la commune de Vézaponin dans l'Aisne (A noter que la fiche Mémoires des Hommes, indique le département de l'Oise). Il s'agit là des derniers grands combats de la 17e Division qui les menèrent jusqu'aux combats dits de l'Orme de Montécouvé.
Même si nous sommes déjà en octobre 2015, il est a regretter que les fiches matricules du département de l'Indre ne soient toujours pas en ligne, ceci nous aurait permis de confirmer l'identité d'Alfred Langlois et surtout son parcours.
Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f15e5bea4/5242be9d84f7a

Même si nous n'avons pas sa fiche matricule à partir des autres bases dépouillées, il est à noter qu'Alfred Langlois figure sur le monument aux morts et le livre d'or de la commune de La Chatre. La préfecture de l'Indre adressa à la mairie un diplome de Mort pour la France afin que celui-ci soit remis à la famille. Mais surtout, que cette dernière rapatria au pays le corps du défunt et ce dès le premier convoi qui arriva dans le département le 17 mars 1921.

 

  • TROUVE Gaston:

Le soldat Gaston Trouvé est bien le bon soldat. A partir de sa fiche MDH, il est possible de trouver sa fiche matricule aux Archives départementales des Deux Sèvres. Le recrutement indiqué sur la fiche est Parthenay, mais la réalité des registres sur le site des AD79 lui attribue un recrutement à Niort. Sa fiche est bien la n° 72.
Au regard des données présentes sur cette fiche, il apparait qu'il est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et qu'il est ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

CaptureFM_Trouve1Ces données sont très intéressantes car elles permettent une fourchette haute et basse concernant les dates de prise de vues des clichés trouvés, soit entre le 3 mai 1917 et le 1er décembre 1917, date à laquelle il rejoint le 90ème RI.

Gaston Trouvé décèdera des suites d'intoxication par les gaz à Neuilly sur Seine (92), à l'hôpital auxiliaire n°55 (52 Boulevard d'Argenson soit l'actuel centre hospitalier de Neuilly).

Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m00523a02d876db2/5242c0b254ee5

Gaston Trouvé figure sur les monuments aux morts d'Augé et de Verruyes (79). Il figure aussi sur les plaques commémoratives des églises de ces 2 communes.

 

  • VINATIER Réné:

La fiche matricule du soldat René Vinatier vient confirmer les données trouvées sur celle du soldat Gaston Trouvé. Dans ce cas, il s'agit de la fiche n°592 du recrutement Niort de la classe 1918.
Lui aussi est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

René Vinatier succombera le 28 mai 1918 à Provins (60) au sein de l'hôpital complémentaire n°3 des suites d'une broncho-pneumonie.

 

Est-il possible de retrouver les autres noms? Certainement, mais cela demanderait beaucoup de temps. Il serait tout d'abord nécessaire de déterminer quels sont les Bureaux de recrutement qui, pour la classe 1918, furent affectés au 68ème RI. Les 3 cas ci-dessus nous donnent déjà des indications d'origine liées à la 9e Région Militaire (Chateauroux et Parthenay-Niort).
Si je regarde la liste des 98 MPF classe 1918 des 68ème et 90ème RI, j'obtiens dans l'ordre décroissant:

CaptureClassementBureauxRecrutement

Cela me donne donc une liste de 14 bureaux de recrutement, à minima, dans lesquels il faudrait chercher les fiches une à une, tout en ne connaissant que le nom et parfois l'initiale du prénom. Comme de plus les fiches matricules de l'Indre (Le Blanc et Chateauroux) ne sont pas en ligne, je préfère m'arrêter là dans cette étude de recherche (Peut-être un jour, je reviendrais dessus).

 

L'identification de l'encadrement:

CaptureEncadrement

La liste de noms nous indique dans l'ordre des grades: Capitaine BOUVERAT, Sous-lieutenants GENTILLEAU et LOUIS, Adjudants CORON et DELALIEU, sergent DEPOND, caporaux RAGOT et SAUVAITRE
Sur le cliché, les grades sont répartis en fonction de leur niveau en partant du centre, donc du chef. nous avons ainsi de gauche à droite:
1 caporal, 1 adjudant, 1 sous-lieutenant, 1 capitaine, 1 sous-lieutenant, 1 adjudant, 1 sergent, 1 caporal.

Les seuls aisément identifiables sont le capitaine BOUVERAT et le sergent DEPOND, ceux-ci étant les seuls dans leur grade.

  • Le capitaine BOUVERAT:

CapturePouverat


Il est facilement reconnaissable par son uniforme, au passage on notera la présence sur sa manche gauche de brisques de présence au front. Le capitaine Bouverat est aussi celui dont il est le plus facile de retrouver des traces. Un petit passage par Google permet de retrouver sa trace dans le Journal Officiel du 25 novembre 1917.

JO_Bouverat
Sources: Gallica BNF

Encore plus intéressant, comme le montre le cliché celui-ci est titulaire de la Légion d'Honneur. Il est possible sur le site Léonore de retrouver son dossier: http://www.culture.gouv.fr/LH/LH027/PG/FRDAFAN83_OL0342020v001.htm
On y apprend divers éléments d'Etat-civil, ainsi que la date de sa nomination à l'ordre de Chevalier de la LH (3 mai 1916. On y apprend aussi qu'il est titulaire de la Croix de Guerre, ce que confirme le cliché. A partir de ces données, il est aisé de retrouver sa fiche matricule (AD 01 - Recrutement Belley - Classe 1896, fiche n°665)

Ancien engagé au 23ème RI, en décembre 1914, sous-lieutenant, il est nommé au 68ème RI; il ensuite passe lieutenant puis capitaine (à titre temporaire). D'octobre 1917 à mars 1918, il passe au 90ème RI et revient au 68ème RI. A la fin du conflit, il retourne au 23e RIoù deviendra capitaine à titre définitif en 1920. Il déccèdera en 1923 à l'hopital de Belfort.
Il est titulaire de plusieurs citations à l'ordre du 68ème Ri et de la 17ème Division.

  • Le sergent DEPOND:

CaptureDepond

En l'absence d'autres indications, il est difficile de retrouver trace de lui. Malgré cela, il est remarquable de noter la tenue de celui-ci. Le haut de l'uniforme est conventionnel, mais le pantalon est quelque peu non réglementaire.

La carte des officiers et sous officiers:

RI068_Classe1918_Encadrement2

Vraisemblablement, nous sommes là devant l'encadrement d'une Cie d'instruction du 68ème RI. Nous retrouvons les cadres présents sur l'autre cliché, hormis les 2 caporaux. Ceci est compréhensible, les caporaux sont des militaires du rang et ne font donc pas parti des sous-officiers.
Si les hommes présents sur ce cliché sont effectivement les formateurs des jeunes de la Classe 1918, il est à noter que nombreux sont les détenteurs de médailles et de chevrons de présence au front et que ceux-ci mettent facilement en avant ses insignes de leur passage au front. A nouveau on notera la diversité des effets militaires surtout concernant les draps utilisés, sans oublier qu'en 1917, cela fait déjà quelques temps que le drap Bleu Horizon est généralisé, mais au final seulement au front. L'intendance a encore quelques vieilles tenues à refourguer.

Si le capitaine Bouverat est facilement identifiable au centre du cliché on reconnaitra d'autres têtes dont le sergent Depond, moustaches au vent, quasiment au dessus du capitaine Bouverat.

Malheureusement malgré toute cette étude, nous ne connaissons pas le numéro de cette compagnie.

Toute cette étude m'évoque un vieux cliché du 68ème RI que j'avais en stock depuis pas mal d'années et que je ne pouvais pleinement commenter, mais que je ne peux m'empêcher de vous présenter ci-dessous afin que vous fassiez vous-mêmes le parallèle avec le premier cliché présenté:

RI068_GroupeSoldats

Nous avons typiquement des très jeunes recrues qui portent la même tenue que sur le cliché "Soldats Classe 1918" que je présente plus haut. La seule différence notable est constituée par la couleur BH des bandes molletières. Ce cliché est plus informel et les pauses sont plus fraternelles que sur le cliché précédent. Sommes-nous encore au temps de l'instruction à la caserne? Sommes nous au temps de l'instruction au dépot? Je ne sais et l'absence d'annotations au verso ne permet de le dire.

Posté par Indre1418 à 11:37 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

24 mai 2015

A la recherche de Marcel Robin - Classe 1912 au recrutement de Châteauroux, matricule 1304 (réactualisé)

Un correspondant artésien, Gilbert, me signale une plaque d'identité de soldat qu'il a trouvé au sol lors d'une partie de chasse dans le secteur de Souchez, limite Vimy. Il s'adresse à moi connaissant mon intérêt pour les soldats du département de l'Indre, car cette plaque est celle d'un classe 1912 qui dépendait du recrutement de Châteauroux.

En l'absence d'accès aux fiches matricules, toujours pas accessible en ligne, je recherche donc la fiche matricule de Marcel Robin, matricule 1304, classe 1912 au recrutement de Châteauroux.

Indre_RobinMarcel1912
ROBIN                                                CHATEAUROUX
MARCEL                                                            1304
1912                                                                     

Que savons-nous pour l'instant de Marcel Robin?

Ce soldat est présent sur Mémoires des Hommes, mais le prénom ne correspond pas.
Cependant, la classe, le recrutement et le numéro de matricule correspondent. Pierre est donc très certainement Marcel ou inversement. La fiche matricule nous permettra donc d'en savoir plus.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239fedf4b5ce/5242c031dcf63

archives_J500503R

Pierre Robin figure sur le monument aux morts de Langé et sur le livre d'or de la commune.
Son acte de naissance est consultable sur le site des Archives de l'Indre http://archives36.cg36.fr/siterecherchecg36/FrmListEtatCivil.aspx
Nulle mention du prénom Marcel, s'agirait-il alors d'un prénom usuel? J'ai déjà rencontré le cas au sein même de ma famille où mon oncle Michel s'appelait en réalité René (Ce que je n'appris qu'au moment de son décès, il y a quelques années).

CaptureLange_PierreRobin_ActeNaissance
Archives Départementales de l'Indre

Concernant le secteur de disparition, il est intéressant de se reporter sur le Journal de marche de la 11e Division dont dépendait le 69e Régiment d'Infanterie qui contient une carte du secteur à la date du 17 juin 1915, soit le lendemain de la disparition.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/e005280a98f56905/5280a9a51fe89

CaptureJMO
JMO 11e DI - Mémoires des Hommes - SHD

______________________________________________

Réactualisation 24 mai

Suite à mon appel à l’aide, Didier Bléron et Dominique Blanc de Nuret-le-Ferron m’ont fait parvenir une copie de la feuille de registre matricule de Pierre Robin. Je les remercie vivement de leur aide car la solution de l’énigme est, au final, transcrite à même la fiche matricule.

Pierre ROBIN, classe 1912, matricule 1304 au recrutement de Châteauroux a pour surnom : Marcel

 CaptureRobin_FM1Archives départementales de l'Indre - Série R

Les données d’état-civil recoupent celles de l’acte de naissance. La fiche matricule est très succincte, mais elle permet enfin de découvrir le parcours de Pierre Robin pendant le conflit.

Déclaré « ouvrier agricole » lors de son conseil de révision, classe 1912 , il est incorporé au 95e Régiment d’Infanterie de Bourges, le 8 octobre 1913. Il part donc en guerre lors de la mobilisation comme appelé et suit le parcours de ce régiment. Le 26 mai 1915, il passe au 69e R.I. et disparait au combat le 16 juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast.

CaptureRobin_FM2Archives départementales de l'Indre - Série R

Je lance donc un  nouvel appel:
Gilbert aimerait remettre cette plaque aux descendants de ce soldat, alors si vous êtes de la famille, si vous connaissez des descendants de cette famille de Langé (36), n’hésitez pas à me contacter afin de faire avancer cette enquète.

                    

Posté par Indre1418 à 11:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


02 mai 2015

Sous terre, sous pierre. Berthonval, mai 1915

Pour une fois, je quitte les régiments dont j'ai l'habitude de vous conter l'histoire. Mais, je ne m'éloigne pas trop, je vais seulement élargir le cercle pour présenter un texte concernant le 9ème Corps d'Armée.
Il y a quelques temps, par l'intermédiaire du blog et des commentaires associés aux divers messages, M. Henrion nous faisait part d'un texte qu'il avait retrouvé dans les affaires de son aieul l'Aide-major de 1ère Classe Gaston Julin.
Ce dernier était donc médecin au sein du 135ème R.I. dont la garnison était à Angers et dépendait, comme les unités du département de l'Indre, du 9e Corps d'Armée.

Sélection_037
Manoeuvres 1908, sur la route de Loches - A.M. 1ère Cl. Julin marqué d'une croix

Gaston Julin fut médecin à Cinq-Mars la Pile (Indre et Loire) de 1909 à 1947. Lors de son cursus militaire, il fit notamment des périodes au camp du Ruchard, participa aux grandes manoeuvres qui eurent lieu en 1908.
Malgré la demande de sa fille, il a toujours refusé de raconter sa guerre par écrit car étant médecin il avait vu mourir beaucoup trop de jeunes gens de 20 ans qui appelaient leur mère. Il en fut marqué à  vie.

Merci donc à lui et à M. Henrion de me permettre de vous présenter le document qui va suivre:

Il s'agit d'une feuille de papier ronéotypée constituant 4 pages sur laquelle est écrit un texte, présenté sous la forme d'une chanson, d'un poème.

CaptureJC_Poeme

Tout de suite, l'association lieu et date me permit de dire que cela concernait le 9e Corps. Berthonval et mai 1915 sont un lieu et une date qui concernent directement les unités indriennes. En effet,, le 135e dépendait de la 18e Division, et celle-ci était la division "soeur" de la 17e DI dont le siège était à Chateauroux.
Berthonval! Petite zone d'Artois entre le Mont-Saint-Eloi et Neuville-Saint-Vaast qui fut un secteur de combat où de nombreux soldats de la région tombèrent.

BerthonvalNeuville_VueBasMSE
La ferme de Berthonval depuis le bas du Mont-Saint-Eloi, le Bois de la Folie au fond (Zone allemande)

Voici la première page dudit document:

Sélection_038

Assez difficile à déchiffrer sur certaines parties, en voici la transcription que je laisse à votre perspicacité:

SOUS TERRE, SOUS PIERRE

A ceux qui auront gouté aux douces joies de la Villégiature
Berthonval Mai 1915

A Berthonval on voit parfois
Des gens qui d’un air de mystère
Descend’nt 4 ou 5 à la fois
Dans les profondeurs de la terre
Serait-ce les premiers chrétiens
Cherchant l’abri des catacombes
Cà n’est pas çà crénom d’un chien
C’est les poilus qu’ont peur des bombes

D’abord au dessous du rez d’ chaussée
Y a déjà un’ tout petit’ salle
Dans laquelle on vient s’ramasser
Pour absorber tout c’qui s’avale
L’odeur de la soupe à l’oignon
Et tous les vieux restants d’cuisine
Dont Orphée est le marmiton
Vienn’t vous chatouiller la narine

Les escaliers de ces caveaux
Sont glissants comm’ des plaqu’s de verre
Certain’ment c’est pas d’l’art nouveau
On connait pas çà à la guerre
C’est mêm’ pas du styl’ rococo
Ca vous fait tourner la breloque
A chaqu’ pas on pataug’ dans l’eau
3 heures d’séjour on est loufoque

Pourtant si vous vous obstinez
Et si vous franchissez la porte
Aussitôt en plein dans le nez
Vous arrive une haleine forte
Le souffle de cet entonnoir
Vous prouv’ qu’en la circonstance
L’expression chlinguer du couloir
N’est pas ce qu’un vain peuple pense

Entré dans ces lieux infernaux
A gauche vous verrez de suite
Des gens étendus sur le dos
De l’espèce des troglodytes
Qui regardent d’un air grognon
Sous l’humidité qui fait rage
Pousser de petits champignons
Sur tous les objets d’leur paqu’tage

Au plafond de ce p’tit gourbi
Un truc vous verse sur le blair
L’eau qui dégringol’ tout’ la nuit
Pendant qu’vous dormez l’ventr en l’air
Mais l’autre jour nos praticiens
Qui discutaient sur cet’ machine
Ont posé l’diagnostic certain
De simple incontinence d’urine

Un grand mur au bas des degrés
Oppose d’un air ironique
A vos efforts désespérés
Une résistance héroïque
Alors arrive un bon coup d’vent
Et vot’ chandelle s’éteint tout’ seule
Pour peu qu’on ait pris son élan
On est sur de s’ casse la gueule

C’est là qu’est l’escalier d’honneur
Pour tous les ceuss que l’on ivite
A v’nir admirer la couleur
L’pittoresque et l’odeur du site
Dans c’t escalier y’a pas d’Gob’lins
Ca vous épat’ j’en suis fort aise
Y’a que’ques rats c’est un fait certain
Et tout l’ bois est pourri d’ punaises

Ayant rallumé vot’ lampion
En vous écriant quell’ sal’ boite
Vous vous apercevez cré nom
Qui fallait qu’ vous tourniez à droite
Vous êtes dans le grand corridor
Qui tourn’ qui vire et qui s’éboule
Et aie le pauv’ poilu qui dort
Encaisse’ les poings quand çà s’écroule

Descendez encor’ que’ qu’s degrès
Vous êt’s au chœur mêm’ du sanctuaire
A votre gauch’ se trouve un chalet
Très fréquenté des militaires
Si vous avez envie d’pisser
Et d’ faire du plus solide encore
Arrêtez vous et pénétrez
J’ vous promets qu’ c’est pas inodore

Courage encor’ des escaliers
Et vous entrez dans la carrière
Y’a déjà longtemps qu’vos ainés
N’y sont plus et sont au cim’tière
C’est magnifiqu’ c’est haut c’est grand
Ne rigolez pas j’vous prie
Les rats sont les princes de céans
Et font l’service de la voirie.

Là d’dans on fait n’importe quoi
La crémation et la cuistance
On magne, on fume, on bridge, on boit
On parl’ des destinées d’la France
Et le canon qui pèt’ dehors
Vous fait pas peur on fait l’mariolle
Un’ fois la nuit venue on dort
Et on récolte un tas d’ bestioles

Mais ceux qui règn’ent en grands seigneurs
Et au moindre bruit s’ carapatent
C’est messieurs les rats ces farceurs
Qui vous jouent des tours d’acrobate
Car tout’ les fois qu’vous roupillez
Les petits, le père et la mère
Rapidement viennent examiner
Vos sillons digito-plantaires

Encore si i s’ contentaient que d’çà
Mais ces sales bêtes que rien n’épate
Font des tours qu’on dit : c’est les rats
Et des blagu’s qu’on dit : c’est les rats
L’capitain’ de territoriale
A cru reconnaitre sa pétoche
L’aut’ jour dans l’ventr’ d’un animal
Qu’il ouvrit d’1 seul grand coup d’ pioche

Le fond d’la cave est occupé
Par tout’ les huil’s d’un’ compagnie
Qui préten’nt tr’ sapeurs miniers
D’la 9/2 du 6e Génie
J’sais pas encor’ s’ils ont miné
S’ils savent saper ou s’ils s’en foutent
Mais ce que j’ peux vous assurer
C’est qu’ils sav’nt bien casser la croûte

Les téléphonist’ dans un coin
Souris tout l’jour sur l’ manivell »
Peux tu m’envoyer d’ la ficelle
Pas mieux y en a du midi
Qui tout’ les fois que le fil casse
Se fou’ dans l’ bec de l’ aïoli
Putain ‘ avec de la six casse

On est très bien à Berthonval
Malgré cette trop longue histoire
Il est certain qu’on est moins mal
Qu’au milieu du four crématoire
Peut-être qu’on pourrait installer
Pour un modeste prix d’ famille
L’ascenseur l’électricité
Et l’ vieux tramway Madelein’ Bastille

________________________________

 

On notera dans le texte l'allusion à la Compagnie 9/2 du 6ème régiment du Génie qui était compagnie divisionnaire. Ceci permet de confirmer l'origine du document, la 18e D.I., mais nous n'en connaissons malheureusement pas l'auteur exact (à moins d'arriver à déchiffrer la signature présente sur le premier extrait présenté au-dessus).

________________________________

Merci à M. Henrion pour m'avoir ouvert sa documentation familiale et pour sa confiance.


Sources photos: Collection familiale M. Henrion et collection de l'auteur

 

TrAès grande

Posté par Indre1418 à 08:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

11 avril 2015

Les données concernant l'Indre en 1418

Partant du principe que la compréhension des évennements qui se sont déroulés il y a 100 ans maintenant, ne peut se faire qu'au travers du partage des données, j'ai donc décidé de regrouper au sein de ce message d'entête mes relevés que j'ai entrepris depuis maintenant plus de 10 ans.

les données sont libres de droit et d'utilisation, merci simplement de citer vos sources.

Vous trouverez donc au travers de différents liens un accès aux données suivantes que je compléterai au fur et à mesure:

à suivre ...

 

N'hésitez pas à commenter pour améliorer les données et les outils.

Posté par Indre1418 à 12:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

09 avril 2015

Une sacrée trouvaille, mais de sacrés doutes.

Au sein de l'armée, l'étendard, le drapeau de l'unité est certainement le point central autour duquel les soldats, les sous-officiers et officiers se retrouvent. Ainsi, chaque régiment d'infanterie a le sien. On retrouve ainsi un drapeau pour le régiment d'active, un pour la réserve et un pour la territoriale.

Le 24 aout 1919, lors des fêtes liées au retour du 90ème à Châteauroux, nous eûmes l'occasion de voir pour la dernière fois les 3 drapeaux des 90, 290e RI et 65e RIT. Ils avaient été réunis pour l'occasion et heureusement, les opérateurs Pathé réalisèrent un film qui est maintenant en dépot à la Médiathèque municipale de la ville de Chateauroux. En voici une capture d'écran:


556670_311867528929030_1645999127_n
Capture écran du film propriété de la ville de Chateauroux

En 2014, le ministère de la Défense avait entrepris une opération de communication et de commémoration autour de la thématique "Une ville, un soldat, un drapeau". Pour cette occasion, il avait donc été proposé de sortir des réserves les anciens emblêmes 14/18. Malheureusement pour notre département, malheureusement pour Châteauroux, le drapeau du 90ème (Seul restant dans les réserves, seul survivant de cette époque) n'était pas sortable. Son état n'autorisait pas une exposition lors d'une céremonie.Nulles traces d'ailleurs des drapeaux des autres régiments du département: 68, 268e RI et 66e RIT.

Une acquisition récente me fait entrapercevoir un nouvel élement de la réprésentation des unités. Dans chaque régiment, se trouvaient des fanions liés soit aux bataillons, soit aux compagnies.

Voici donc le fanion du 4e bataillon du 268e RI:

 

RI268_Fanion4eBataillon_Recto_1


La première question lorsque vous trouvez un cliché est: S'agit-il de la bonne unité? Seul un scan précis permet de s'en assurer. En réalité, 3 éléments précis sont nécessaires pour parfaire l'identification.

CaptureJC3


Quels sont ces 3 éléments?
Commençons par le fanion: Celui-ci indique "268e", 4e bataillon, "Patria". On peut deviner qu'il s'agit en réalité de "Pro Patria" et que ce doit être la devise du 4e bataillon du 268e régiment.
Le 268ème est confirmé par les numéros de pattes de col du soldat. Cependant, s'agit-il d'un régiment d'infanterie? Un 268e Régiment d'artillerie existait. Les boutons de la veste confirme le régiment d'infanterie, on devine (le mot est faible) des grenades sur la partie bombée. Nous sommes donc en présence d'un 268e RI.

Sélection_003
Exemple de boutons d'infanterie
A noter la représentation de grenade

S'il s'agit d'une unité d'infanterie, s'agit-il du 268e RI ou du 268e RIT? Et oui, car pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliquer. Cela se complique particulièrement, car c'est là qu'intervient le verso de la carte.

CaptureJC4

Le cachet de la poste laisse apparaitre "AVRANCH" le 26 juillet 1917 (16h45), vraisemblablement, il s'agit donc de la date et l'heure d'arrivée au bureau de destinataire.
La carte est donc annotée: "1917 Manspach Alsace"

Là, tout se complique et les certitudes tombent.
Point de 268ème RI dans ce secteur, à la date du mois de juillet 1917, ce régiment est alors dans le secteur de la route 44, dans l'Aisne.
Pourrait-il s'agir du 268e RIT? ... Pas de chances, ce régiment territorial est dissous depuis le 7 février 1917.

Le mystère reste donc entier pour l'instant, en attente d'un nouvel indice qui permettra alors de comprendre le mystère du fanion du 4e bataillon du 268e.

Sources: Collection de l'auteur

Posté par Indre1418 à 21:28 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

09 février 2015

Dives bouteilles, larcins et conseil de guerre.

Il est intéressant de découvrir le témoignage de quelques cas de condamnations liés à l'usage du vin, élément essentiel de la vie du poilu et ce, à la relecture de l'ouvrage de René de Planhol, "La justice aux armées", alors qu'il était membre du conseil de guerre de la 17ème Division d'infanterie.

On appréciera la lourdeur des peines au vu de l'ampleur des larcins . Que dire des 2 ans pour 2 litres de vin!

Une après-midi d'été, les deux soldats du train Callot et Laprune étaient préposés à la garde d'une voiture de ravitaillement. Accablés de soleil, ils avaient grand'soif; et dans la voiture était un tonnelet plein, - naturellement de « pinard ». Nos deux martyrs de la consigne enduraient, exactement et sans métaphore, le supplice de Tantale. Il y a un stoïcisme où l'humaine faiblesse ne s'élève point sans déchoir. Succombant enfin, ils emplirent leurs bidons et burent deux litres à la santé de la France. Sur ces entrefaites leur maréchal des logis les aperçut et leur libella un motif de punition qui les conduisit jusqu’au conseil de guerre. Le commissaire du gouvernement, contre ces mauvais soldats qui s'appropriaient la ration de leurs camarades, requit: une application rigoureuse de la loi : deux ans de prison, peine bénigne au prix de celle que prévoyait le code parurent suffisants aux juges.

 

440_001

Un autre cas lié à l'usage d'alcool, avec des conséquences qui auraient pu être plus graves:

Un soir, sur les six heures, d'un cantonnement de repos, on avait brusquement conduit aux tranchées la compagnie où servait Poirier. Celui-ci, lors de l'appel, manquait dans son escouade et son caporal se mit à sa recherche. Il le découvrit étendu dans un coin d'une grange, la bouche entr'ouverte et ronflant. Fortement secoué, Poirier ne souleva qu'il demi les paupières, répliqua par un grognement et retomba incontinent dans sa torpeur. Deux hommes vinrent le quérir et le traînèrent jusqu'à la compagnie assemblée sur la place. Il ne se défendait pas, il n'était qu'inerte. Le vent assez vif lui fouetta le visage et lui dessilla légèrement les yeux. Mais comme son capitaine lui ordonnait de prendre sa place dans le rang, Poirier se contenta de le considérer d'un air hébété ; visiblement il ne comprenait rien. Et d'ailleurs il était incapable de se tenir debout ; le lâchait-on, il s'affaissait aussitôt. On dut le livrer aux gendarmes. A l'aube, dégrisé, il s'éveilla dans la prison divisionnaire. Quels ne furent pas son étonnement et, bientôt, son regret ! Une plainte en conseil de guerre fut dressée contre lui, et le commissaire-rapporteur l'inculpa de refus d'obéissance en présence de l'ennemi.

A l'audience, Poirier, par son attitude et sa mine, s'attirait plutôt les sympathies. Grand, bien découplé, la tenue correcte, le regard empreint d'énergie et de franchise, il parlait avec naturel et manifestait sans affectation un repentir qui semblait sincère. Les renseignements du dossier ne démentaient point cette attitude. Poirier, garçon original, ne se pliait pas aisément aux conditions modernes de la vie civile et n'avait jamais pu s'astreindre à avoir un domicile. Voyageant par les routes, il couchait au gré des hasards, dans les auberges, les écuries ou à la belle étoile, s'embauchait pour quelques jours chez les paysans qui avaient un besoin momentané d'ouvriers, travaillait de cent métiers à la campagne ou à la ville, moissonneur ou forgeron, vigneron ou débardeur. Pour ce vagabondage, les gendarmes l'avaient maintes fois appréhendé sans qu'on eût jamais à lui reprocher autre faute. Au contraire, plusieurs attestations de patrons divers certifiaient qu'ils n'avaient eu qu'à se féliciter de son labeur et de sa probité. Type, en vérité, singulier et qu'on n'eût point pensé rencontrer ailleurs que dans le Chemineau de Jean Richepin. Soldat, il s'était bien conduit. Blessé en mars 1915, à peine de retour à son dépôt, il avait demandé à être inscrit dans le premier détachement de renfort et venait, quelques jours. auparavant, d'arriver sur ce point du front. Au cours du voyage, il avait eu la malchance, étant descendu pour quelques minutes à une station, de manquer son train. Pour cette fâcheuse aventure, on l'inculpa une première fois, mais l'instruction se termina par un non-lieu. Poirier, loin d'être répréhensible, avait déployé beaucoup d'initiative et de bonne volonté, puisqu'il avait rejoint son unité deux heures après le détachement. Depuis lors, les chefs de Poirier n'avaient pas encore eu le temps et l'occasion de l'apprécier dans la tranchée. Mais ses notes antérieures étaient excellentes et deux sous-officiers, ses compagnons durant les débuts de la campagne, confirmaient de vive voix ces notes. En outre, plusieurs lettres saisies sur lui et versées au dossier constituaient un précieux témoignage. Écrites après plusieurs mois de guerre par des combattants, camarades de Poirier, pour lui seul et en phrases inhabiles, elles étaient pleines d'une hardiesse narquoise et magnifique ; elles déguisaient de plaisanteries le danger, la fatigue et la mort ; elles faisaient la nique aux Boches et à l'ennui. Elles éclairaient d'une belle lumière les âmes de ceux qui les avaient envoyées et de celui qui les avait reçues.

La faute pour laquelle on le jugeait aujourd'hui ne provenait point d'une intention mauvaise ; mais pour l'exemple il n'est pas douteux que les juges ne fussent disposés à le châtier sévèrement. Aussi ne s'agissait-il que de décider si la loi le leur permettait. C'était le premier cas de cette espèce et le débat juridique, vivement engagé, donna lieu à deux répliques successives de l'accusation et de la défense. Le commissaire du gouvernement arguait que le refus d'obéissance n'a pas besoin d'être exprimé par des paroles: il consiste essentiellement dans la non-obéissance qui est la seule condition juridiquement requise pour le crime. Le défenseur ne contestait point cette thèse, conforme en effet à la jurisprudence du temps de paix ; mais il prétendait que la non-obéissance, pour être qualifiée refus d'obéissance, doit être intentionnelle et volontaire, d'après le texte et les commentaires de la loi : or, évidemment ce n'était pas le cas de Poirier qui, au moment qu'on lui reprochait de n'avoir point obéi, se trouvait physiquement incapable d'obéir ; et d'ailleurs, ivre-mort et ne percevant, même pas l'ordre qu'on lui formulait, il ne pouvait avoir, l'intention de désobéir; donc, aux termes de la loi, il n'était coupable que d'ivresse. A quoi le commissaire du gouvernement opposait que Poirier, lorsqu'il s'était enivré, n'ignorait pas qu'il se mettait ainsi dans l'impossibilité d'obtempérer à une alerte et conséquemment d'obéir. Or c'est volontairement qu'il s'était enivré ; donc, puisqu'il y avait eu chez lui l'intention d'une désobéissance à tout le moins éventuelle, il devait accepter l'entière responsabilité de ses actes.

Le conseil, à l'unanimité, adopta cette interprétation de la loi. Par trois voix contre deux il écarta la circonstance aggravante de présence de l'ennemi : au vrai, je présume que ces deux voix étaient fictives et qu'en aucun cas, même en signant un recours en grâce, les juges n'eussent condamné Poirier à mort. Pour refus d'obéissance sur un territoire en état de guerre, il fut condamné à dix ans de travaux publics. Le général suspendit l'exécution de la peine ; et Poirier, versé dans un autre régiment, n'a point cessé d'y être, bon soldat. Son affaire inaugura une jurisprudence qui fut appliquée fermement à quelques cas analogues. Cette répression, aboutit bientôt à les rendre beaucoup plus rares. Alors la sévérité, du conseil se relâcha sensiblement ; et il eut tendance à se servir plutôt, lorsque des circonstances morales l'invoquaient pour l'accusé, de l'article ayant trait aux soldats qui se sont volontairement mis, dans l'impossibilité de rejoindre leur poste en cas d'alerte, - soit une peine de six mois à deux ans de prison.

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917

 

2 autres "comptes-rendus" de procès du même conseil de guerre:

Les gars..., souvenez-vous!... Faut pas faire comme moi... 

Les aventures de Carpion et Rabanos

 

Amis lecteurs, pensez à regarder dans les commentaires, Stéphane nous fait part d'une intéressante analyse. qui permet une mise en relief du texte publié

Posté par Indre1418 à 09:02 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

14 octobre 2014

14 octobre 1914, 1 fusillé au 68ème RI (Réactualisé 2014)

En ce 14 octobre 2014, je me dois de réactualiser ce message d'abord écrit en 2010.
A l'heure où je diffuse ce message (6 heures du matin), il y a 100 ans, un soldat du 68ème RI vient de tomber sous les balles tirées par ses camarades.

Le mois d'octobre 1914 est appelé par le Général Bach, "le mois des exécutions". Dans son ouvrage, "les fusillés pour l'exemple 1914-1915", il transcrit un ordre du général Dubois qui nous rapporte la première exécution capitale que connu le 68ème RI.

"Les Petites-Loges, le 13 octobre 1914.
Ordre.
Le général cdt le 9ème CA signale aux troupes sous ses ordres la lâcheté de deux soldats réservistes dont les noms suivent:
Le nommé Des... du 68, envoyé en traitement au dépôt des éclopés des Petites-Loges. Après huit jours de traitement était remis en route sur son corps et conduit jusqu'à Thuizy par un gradé. Là il se cachait et restait pendant quatorze jours dissimulé dans une habitation où il était découvert. traduit devant le CdG (Conseil de guerre) de la 17e DI, il a été condamné à vingt ans de détention avec dégradation militaire pour "désertion en présence de l'ennemi".
Le nommé Duv... du 68ème abandonnait la tranchée pendant une attaque de nuit et s'enfuyait jusqu'à Thuizy où il se cachait pendant quinze jours. Traduit devant le CdG de la 17e DI, Duv... a été condamné à mort pour "abandon de son poste devant l'ennemi".
Le général cdt le CA décide que la dégradation du soldat Des... et l'exécution du soldat Duv... auront lieu demain 14 octobre devant le front du 68ème d'infanterie. La garnison de Sept-Saulx, des détachements du 135e, 32e et 66e, en réserve à Wez et Thuizy, assisteront à l'exécution.
Le présent ordre sera lu à 2 appels consécutifs.
Dubois."

Le JMO du 68ème RI reporte l'évènement à la date du 14 octobre:
"Le 14, parade d'exécution à 6 heures pour 2 soldats du 68ème (Voir ordres généraux)"

Le condamné, originaire de la Vienne, avait 25 ans. Sa sépulture est inconnue.

Intéressons nous à la procédure qui amena des soldats de la 17ème Division a fusillé un de leur frère d’armes.
Après s’être caché, le soldat est arrêté le 12 octobre au matin, le jugement s’effectua le jour même, à 13 heures et l’exécution eu lieu le 14 octobre au matin.
L’interrogatoire du condamné :
Conseil De Guerre Spécial de la 17ème Division
…..

  • Vous avez été trouvé ce matin dans un cantonnement de Thuizy par [illisible].
  • Oui
  • Que faisiez vous dans ce village ?
  • Rien.
  • Depuis combien de temps y étiez-vous ?
  • Huit jours [Nota Indre1418 : Certains autres documents officiels annoncent 15 jours]
  • D’où veniez-vous quand vous y êtes arrivé ?
  • Je venais des tranchées. A la suite d’une attaque à la baïonnette, je m’étais trouvé seul avec mon capitaine, le capitaine Berthellon m’avait ramené à Thuizy.
  • Depuis ce temps là vous êtes resté à Thuizy ?
  • Oui
  • Pendant ce temps, vous avez bien vu cantonner à Thuizy votre régiment ?
  • Il y avait des cuisiniers.
  • Les cuisiniers vous ont dit où était votre bataillon ?
  • Non.
  • Alors c’est que vous ne l’avez pas demandé ?
  • Si, mais on m’a répondu : « tu n’as qu’à le chercher ».
  • De quel bataillon étaient les cuisiniers qui vous ont répondu çà ?
  • Ils étaient sans doute du 1er bataillon, mais certainement pas de ma compagnie.
  • Mais si vous aviez le bataillon, il n’était pas difficile de trouver la compagnie.
  • C’est vrai.
  • Le 1er bataillon a cantonné à Thuizy.
  • Oui, mais je ne l’ai pas vu, car j’étais avec les éclopés et c’était pendant  la nuit.
  • Alors vous étiez avec Desherbais?
  • Oui, mais je ne l’ai vu que le lendemain matin.
  • Desherbais prétend qu’il était avec le 1er bataillon.
  • Je n’en sais rien.
  • Depuis ce moment là, qu’avez-vous fait ?
  • Nous allions dans les tranchées avec le 114 près de la gare.
  • Mais le 114 n’y est plus ?
  • Alors nous étions avec le 77 qui est au repos.
  • Avez-vous quelque chose à ajouter ?
  • Je demande à revenir en 1ère ligne. A Rethel, je suis allé chercher mon lieutenant Chapeau qui était blessé, sous le feu de l’artillerie. J’ai fait 2 ans de service au 60ème d’infanterie, je n’ai jamais été puni. Je n’ai jamais été condamné.

La persistance dans la déclaration du condamné entraina sa condamnation à mort.  Le commissaire rapporteur précise que Duverger « contrairement à la déposition de Desherbais prétend n’avoir pas vu son bataillon ».

Suite au jugement, et en attente de l'exécution des peines, une note est diffusée par la Division :

17° Division                                  Sept-Saulx le 13 Octobre 1914
Ordre de la Division ( crayon)
Deux soldats du 68° viennent d’être condamnés l’un à la peine de mort pour avoir quitté sa compagnie au moment où elle était attaquée par l’ennemi. Il a fui à 5 kms en arrière et s’est caché à Thuizy pendant 15 jours.
L’autre rentrant de l’ambulance, au lieu de rejoindre sa compagnie s’est caché à Thuizy pendant le même temps, il a été condamné à 20 ans de détention et à la dégradation militaire. Ces deux sentences seront exécutées demain 14 octobre.
Le Général espère bien que la répression sévère de ces actes de lâcheté portera ses fruits et que plus jamais un soldat de la division ne s’en rendra coupable.
Général Guignabaudet

Deux autres soldats du 68ème RI, subirent ce sort infâmant (juin 1915 et février 1916).

Il est maintenant possible de retrouver les pièces du dossier de justice militaire sur le site Mémoires des Hommes

De plus, retrouvez d'autres informations sur le site voisin, des Poilus de la Vienne:

http://poilusdelavienne.blogspot.fr/2014/10/duverger-ferdinand.html

Sources:
SHD - JMO 68ème RI
SHD - 22N554 - 24N432 9ème CA
SHD - 11J783 CDG 17e DI
Général André Bach - Les fusillés pour l'exemple 1914-1915 - Editions Taillandier 2003  (Nota perso: Indispensable !!)

Posté par Indre1418 à 06:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,