31 janvier 2014

Rolland Jules - 268e RI - "4 jours de misère"

Suite à l'appel lancé récemment, Huguette m'a transmis une des cartes qu'elle possède et qui concernent ces aieux. Plus précisement, il s'agit de Jules Rolland qui était au 268ème Régiment d'Infanterie, à la 21ème Cie très précisement.

Le verso de cette carte est typique de ce qui fait le charme de l'analyse de ce type de document. Nous avons là, un fragment de vie rapporté par un des acteurs de ce conflit.
Le texte de la carte se suffit à lui-même.

Commençons par l'analyse (succinte) du recto

Loos_PuitsMine

Le cliché représente l'intérieur d'un des nombreux puits de mine du secteur au devant de Loos en Gohelle. Il occupait ce secteur depuis octobre 1915.
Après cette période à Loos et dans son secteur, le 268ème RI, début janvier 1916 quitte le secteur et part occuper des positions aux environs d'Aix, d'Angres. Il prend alors position plus précisement dans le secteur du Bois en Hache.

Passons maintenant au verso:

RollandJules_Carteverso1

1er Février 1916

Chère Cousine
Je répond à la carte qui m'a fait bien plaisir de vous savoir tous en bonne santé, moi aussi je me porte très bien pour le moment, voilà 8 jours que nous sommes au repos, nous allons rentré ce soir dans ses maudites tranchées pour 4 jours, ca va être 4 jours de misère, enfin espèrons que ca se passera encore bien, au revoir chère cousine et bonne santé à vous tous, ton cousin qui vous aime et vous embrasse de bon coeur Jules Rolland
268e 21e Cie Secteur Postal 66

Si le texte est simple, il n'en est pas moins touchant par son "nous allons rentré ce soir dans ses maudites tranchées pour 4 jours, ca va être 4 jours de misère,".

Un petit tour par le Journal de Marche régimentaire nous permet de confirmer les informations transmises par Jules.

SHDGR__GR_26_N_733__003__0081__T

1er février 1916 :
Travaux de la nuit du 31 janvier au 1er février : L’équipe spéciale du 268e a posé entre les tranchées Sébastopol et Solférino 28 chevaux de frise confectionnés sur place. A Solférino, la tranchée de liaison entre les postes 1 et 2 a été continuée. Travaux de réfection habituels pour les Cies. La section du régiment a terminé la tranchée commencée la nuit précédente sur une longueur de 60m. La tranchée a été étayée avec du grillage dans toute sa longueur.
Quelques bombes ont été tirées par les Allemands dans la matinée. Nous avons répondu par des tirs de notre artillerie de tranchée, appuyée par le 75.
A partir de 19h30, le bataillon du 268e (6e) relève le bataillon du 290e dans ses emplacements du sous-secteur Nord. Le 5e bataillon cantonné à Hersin a relevé à 19 heures les Cies du 6e bataillon (2 Cies à Aix et 2 Cies à Sains)
La relève des Cies en 1ère ligne s’effectue sans incident et est terminée à 21h30.
Emplacement des Cies du régiment : 24e Tranchée Solférino, 21e Tranchée Jeannerod, 22e Tranchée Ferracci, 23e en réserve. 17e et 20e à Aix-Noulette 18e et 19e à Sains.
Les sections de mitrailleuses ont été relevées dans les conditions habituelles par les éléments de la C.M.R. du 290e et de la C.M.B.2.

 

Si Jules Rolland survivra au conflit, au Bois en hache, il n'en fut pas moins blessé à la Cote 304, le 28 avril de cette même année. L'impossibilité d'accèder aux fiches matricules, actuellement en numérisation, aux AD36, nous empêche malheureusement d'en savoir plus.

 

Grand merci à Huguette Nicole pour m'avoir ouvert ses archives

Sources: JMO 268e RI SHD 26N733

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05 janvier 2014

Un inconnu (peut-être) identifié au 90e RI

Une rapide incursion sur le blog pour signaler l'enquète menée par Arnaud sur son site. Un homme (du 90ème RI?) repose non identifié à la Nécropole de Notre Dame de Lorette d'Ablain Saint Nazaire.

Je vous laisse découvrir l'enquète menée par l'inspecteur Arnaud et qui est toujours en cours, un exemple de recherche historique à retenir et à prendre pour exemple.

 L'homme de la tombe 8007

Lorette_Necropole

Merci Arnaud, merci pour Adolphe Boisnault.

 

Arnaud, une liste de soldats du 90e RI reposant à Lorette est partie chez toi. 28 soldats y reposant sont tombés en mai 1915, il devrait logiquement se trouver dans les sépultures autour de celle de notre inconnu, si la logique d'implantation de la nécropole est respectée.

Un autre inconnu du 90e RI, celui de Potyze

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05 décembre 2013

Les gars..., souvenez-vous!... Faut pas faire comme moi...

René de Planhol, a écrit un ouvrage qui s’intitule "La Justice aux Armées", il y aborde les cas de justice militaire qu'il fut amené à défendre ou auquels il lui fut donné l'occasion d'assister.
Après le cas de rapine de Carpion et Rabanos, que j'avais diffusé en 2012, voici le compte-rendu d’une séance de conseil de guerre qui amena le CDG de la 17e DI à prononcer la peine de mort.

CaptureJM_Gallica

Le chapitre III de l’ouvrage porte sur ce que René de Planhol appelle les « Crimes de la Peur », le sous-titre étant « Ceux qui succombent à la peur. - Deux types de peureux : les peureux par accident et les peureux par nature. »

En début de chapitre, il écrit donc :
"On a beaucoup étudié la peur chez les combattants. Des soldats ont noté à ce propos leur propre expérience, et les psychologues ont essayé d'en déduire les conditions générales ou lois. Fort peu de combattants sont exempts de la peur : seuls y échappent tout à fait certains tempéraments en qui les nerfs et l'énergie physique sont aussi forts que la volonté. Presque tous les hommes, il est vrai, réagissent contre elle et la dominent, par la vertu de sentiments multiples et divers tels que le patriotisme, l'honneur, la vénération du devoir, le souci de l'opinion, la crainte des châtiments et surtout, pour le grand nombre, cette emprise de la discipline à quoi équivaut à peu près ce que Jean Variot, dans ses Petits écrits de 1915, nomme « une habitude héréditaire d'obéissance et d'honneur ». Quelques-uns succombent, et ceux-là commettent la pire faute, - la faute professionnelle du soldat."

"Le cas de Bouclos était presque le même : déjà puni pour une première désertion, il revenait devant le conseil pour avoir abandonné sa colonne en arrivant aux tranchées. On l'inculpait donc de refus d'obéissance. Cette qualification, qui pourrait intriguer d'abord le lecteur, a été l'objet de controverses. Elle semble légitime en droit. Puisque le refus d'obéissance équivaut à l'abstention volontaire d'obéir; il est logique de soutenir que le déserteur a refusé d'obéir, et les juges ont généralement admis cette thèse. Les chefs et les camarades de Bouclos formulèrent sur lui des témoignages analogues à ceux recueillis sur Dupières ou Leprêtre : bon garçon, serviable, docile, mais incapable de se battre. Ouvrier agricole, de forte stature, âgé de vingt-cinq ans et n'étant pas marié, il n'avait pas non plus l'excuse du mal à la gorge et des gouttes. Aux questions du colonel il répondait sans chercher de raisons. Pourquoi s'était-il esquivé de sa colonne ? Pourquoi ? Il n'en savait rien, n'ayant pas réfléchi, ayant agi comme une bête. Mais oui, c'était vrai. Il s'était blotti dans l'herbe haute d'un champ et puis n'avait plus bougé pendant un jour entier, jusqu'à la survenue des gendarmes. Son front bas, que barrait une mèche bouclée de cheveux noirs, se sillonnait de plis profonds et ses yeux, bruns et larges dans son visage joufflu, semblaient prendre les juges à témoin de sa sincérité. Il ne paraissait point se douter du péril et se bornait à énoncer doucement son regret. Le défenseur eut beau supplier le conseil de qualifier le crime désertion, quatre voix contre une condamnèrent Bouclos à mort pour refus d'obéissance. Ses gardiens lui apprirent le verdict. Il hocha la tête et ses bras croisés tombèrent, tandis qu'il murmurait seulement :
- C'est dur.
Il demeura, quelques instants, accablé. Et voilà que peu à peu, en face de la mort
inéluctable et toute proche, le miracle d'une métamorphose spirituelle s'opérait en lui. Ce garçon presque brutal ouvrait lentement les regards de l'âme et, se figurant à sa mesure une image dérisoire et touchante, contemplait le paysage des régions infinies. C'était en lui un beau retour et un précieux épanouissement des vieilles leçons du catéchisme. Grâce à elles il ne mourait pas dans le blasphème ou la forfanterie. Mais, comprenant qu'il avait commis un crime, distinguant mieux les grandes idées de patrie et de sacrifice, il acceptait de mourir pour expier et demandait à l'aumônier s'il avait le droit encore d'espérer en la miséricorde du bon Dieu. Le lendemain à l'aube, dans une prairie où s'effilochait le brouillard, eut lieu l'exécution
Assisté de l'aumônier et de son défenseur.
Bouclos se montra ferme et résigné. On l'avertit que c'était la dernière minute... Alors, s'adressant aux soldats qui allaient le fusiller :
- Les gars..., souvenez-vous!... Faut pas faire comme moi... J'ai mérité ce qui m'arrive... Souvenez-vous!
Puis on lui banda les yeux. Et il n'est plus,
ce malheureux que j'ai nommé Bouclos, qu'un Français qui a payé sa faute, enfoui dans une tombe que ne marque aucun nom".

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917

Note d'auteur de Indre1418: J’ai volontairement laissé le pseudonyme attribué par René de Planhol. La divulgation du vrai patronyme n’apportant rien de plus, même si le cas de ce fusillé pour l'exemple est connu.

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25 novembre 2013

Les jeux macabres des "trompe-la-mort" du 268e

Je dépouille au fur et à mesure les photos des albums du lieutenant Jabien de la Compagnie de Mitrailleuses du 268e Régiment d'Infanterie. J'essaye de légender toutes les photos et de leur redonner un sens. Gaby Jabien (soeur dudit Lieutenant) collecta toutes les photos, mais n'en légenda aucune et les disposa dans l'album sans repère chronologique et dans le désordre.

Il y a peu, un cliché m'a interpellé non par la présence de soldats en charmante compagnie, mais par la mise en scène utilisée:

JeuxMacabres

De prime abord, nous avons là un groupe d'au moins 3 officiers. Il est difficile d'identifier le grade du 4e (3e personnage en partant de la gauche), et vraisemblablement du 268e RI, ainsi que deux jeunes femmes, sans compter l'auteur de la prise de vue. Le lieu de cette prise de vue est situé dans un lieu boisé (Parc, Forêt, .. ?)
Qui sont les deux jeunes femmes? Pas évident à déterminer, si ce n'est que l'une d'elles (à droite) porte un tablier et que les deux ont un châle posé sur leurs épaules.

 

Avec de tels indices, me direz-vous, quel est l'intérêt de ce message?
Cet intérêt, donc, est la présence d'un simple baton sur lequel trône un autre personnage. La Mort

Jabien0012_3

Que vient faire ici ce crâne perché au bout d'un sceptre de noisetier? S'agit-il là d'un jeu de fanfarons ayant tellement cotoyés la Mort au combat, qu'ils la dédramatisent autour d'un jeu macabre. Nos "Trompe la Mort" ont-ils trouvé là une méthode pour impressionner ces demoiselles?

Dans le bas de la photo, deux objets sont intrigants:

Jabien0012_2

S'agit-il, comme je le présume, d'une paire de bottes (équipements allemands, les Français étant équipés de brodequins)? Leur présence ne me semble pas anodine.

Nous avons là, au final, la mise en scène d'une profanation du corps de l'ennemi. Il s'agit très certainement d'un exutoire à la violence cotoyée quotidiennement.

Ce cliché n'est pas sans me rappeler le témoignage de Raymond Rollinat à propos du soldat Ernest Baudet du 290e RI et son allusion au corps de l'ennemi

Je laisse tout ceci à votre perspicacité, n'hésitez pas à me faire part de votre interprétation du cliché.

Merci à Arnaud Carrobi pour ses bons conseils

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03 septembre 2013

Le parcours du combattant du 90eRI

Cet été, le 90e RI a fait l'actualité du site d'Arnaud, site que j'avais déjà présenté pour des clichés de mitrailleurs.

Cette fois, une nouvelle étude a été lancée concernant les "buveurs de bière et de Cherry Brandy" de Châteauroux, retrouvez tous les détails et leurs rebondissements ici:

A l'heure du repas, après fin 1916, 90e RI


R02aa17a

Pendant la période estivale, le cap des 150.000 visiteurs a été franchi. Merci à tous.

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31 août 2013

Quelques portaits du 290e RI

Comme nous l'avions vu il y a quelques temps déjà, le lieutenant Sohier de la C.H.R. du 290e R.I. tient à jour son journal personnel. E. Sohier est l'officier qui a en charge les équipes téléphoniques du régiment.

AlbRoger_RI290_LtnSohier
Lieutenant E. Sohier - Zonnebeke 1915

De temps en temps, il se laisse aller à décrire ses collègues qui sont autout de lui. En cette fin aout 1914, le 290e RI est, avec le 268e, dans le secteur du Rambétant non loin de Nancy, alors qu'une bonne partie du 9e CA est en retraite en Belgique.

Depuis que je suis au Rambétant j'ai plus de contact avec tous les agents de liaison. Les cyclistes, bons petits gars qui marchent avec d'autant plus de zèle qu'il fait plus mauvais (j'entends mauvais au sens de dangereux), un Chaine, par exemple, petit commerçant dont l'esprit fuit fréquemment vers sa famille et ses affaires, mais qui s'est trouvé l'âme d'un vaillant, d'un ardent, même, souvent. Les hussards éclaireurs de terrain, cavaliers avec tous les défauts des cavaliers, mais courageux, débrouillards, rouspéteurs, quoique sachant harder sous la fantaisiste impulsion de leur margis, Potet, intelligent, ayant le sens inné de la direction, sixième sens dont j'ai pu apprécier la nature extraordinaire, buveur, coureur, fanfaron mais brave, avec simplicité, au moment où sa bravoure est le plus remarquable. Il y a là Galisson, peu bruyant, un peu entêté, mais tenace avec toutes les caractéristiques du paysan breton.

J'ai aussi plus de contact avec la garde du drapeau, bande de coloniaux peu estimables, que le colonel Hirtzmann apprécie parce qu'ils sont coloniaux. De Tarlé les juge à leur juste valeur, mais il ne lui est pas désagréable de les commander. Nous aurons à en reparler - jamais en bien.

Les sapeurs, flemmards, costauds, arrivant sous une vigoureuse impulsion, bien secoués par de Tarlé, qui sait mettre la main à la pâte, à faire du travail consciencieux.

RI290_DeTarleJeanJean de Tarlé (1879-1970)

Il y a aussi deux personnages : Blin, l'ordonnance du colonel, dévoué et bon bougre, mais le parfait ordonnance de colonel. Et le cuisinier. Celui-là je ne me souviens plus de son nom. Il fait de la bonne cuisine, et sait se débrouiller quand il est en place. Mais disparait dès qu'il faut se débrouiller réellement, de sorte qu'aux heures un peu difficiles nous risquons toujours de claquer du bec. Avec cela, il est froussard intensément, et fainéant comme une couleuvre.

On lui pardonne quand on voit apparaître une quiche dorée, une tarte onctueuse aux mirabelles, ou qu'il a su trouver à acheter ou faire dénicher par la garde du drapeau (cela nous le saurons surtout plus tard) une vieille bouteille de kirsch ou de mirabelle.

Sources: E. SOHIER - 1914/1915 livre auto édité

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20 juin 2012

Quand les vieux retournent à l'école

Une de mes dernières cartes acquises est très intéressante, non par le texte mais par le sujet photographié.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines

Que voit on sur ce cliché?
Un groupe de 12 soldats pose devant une mitrailleuse Saint Etienne. Au vu des uniformes, de la végétation nous sommes aux alentours de l'hiver 1914-1915, en effet certains portent des gants, les brelages sont des "ersatz" en toile et la tenue est encore celle de 1914. De plus, la végétation n'a pas encore démarrée.
Un élément intéressant permet une datation à minima et vient compléter en partie cette datation: Un soldat, au centre porte la Croix de guerre avec une étoile. Il a donc eu une citation. Or, cette décoration fut instituée par la loi du 8 avril 1915. Vraisemblablement, nous avons là un des premiers bénéficiaires de la Croix de Guerre du 90e RI.
Il a donc déjà connu le front et y a certainement fait une action d'éclat. Il a d'ailleurs été positionné en position centrale sur la photo.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0006

Un gradé se situe sur la droite et permet d'en déduire qu'il s'agit vraisemblablement d'un instructeur avec ses "élèves".

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0002

Ceci se confirme par le peu de texte se trouvant au dos. L'auteur, après des palabres familiales sans grand intérêt signe "L.A. 90e d'Inf Groupe de mitrailleurs Villaines Indre et Loire".
Nous avons affaire donc à un envoi effectué depuis le camp du Ruchard, près de Tours. Là où se situait une partie des formations de la 9e région militaire.

CaptureGallica_CampRuchard

Pour rappel, le centre d'instruction du 90e RI se situait au nord de Villaines (voir message du 30 septembre 2010)

 

Les 11 soldats proviennent certainement d'unités de la 17e D.I. Un parmi eux est du 68e RI et 7 autres du 90e RI, les 3 autres ne sont malheureusement pas identifiables.

Je note cependant que les soldats me semblent malgré leurs numéros d'active d'un age avancé. Peut-être dans l'active à l'instruction puis dans la réserve une fois les cours terminés.

Pour une étude plus appronfondie, je renvois vers une étude qui a déjà été faite sur l'incontournable site "Parcours du combattant" de mon collègue Arnaud à propos d'un groupe de mitrailleurs du 290e RI. La ressemblance entre les deux clichés est troublante.

http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Representer/RImg03i.html

Avant de clore ce message, je ne peux m'empêcher de vous présenter quelques trognes. Personnellement, j'adore le "Buster Keaton" de gauche. Quoique le moustachu de droite est pas mal lui aussi.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0005

Sources:
Collection Personnelle de l'auteur
Gallica B.N.F. (Site europeana.eu)

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22 avril 2012

Les aventures de Carpion et Rabanos

(Réactualisation mars 2014)

René de Planhol, dans son châpitre "Quelques affaires singulières et remarquables" de l'ouvrage "La Justice aux Armées", aborde des cas de justice militaire qu'il fut amené à défendre ou auquel il lui fut donné l'occasion d'assister.
Entamons donc notre cycle consacré à la justice militaire avec une histoire de rapine peu ordinaire.

L'affaire Carpion et Rabanos.
Les noms sont fictifs et donnés par De Planhol, à la parution du livre, 1917, le pays est encore en guerre, et la loi empêche la divulgation des vrais patronymes.

"Dans le village du « Magicien » qu'occupaient les troupes britanniques, un Anglais qui était en sentinelle sur la place aperçut, au cours d'une après-midi d'hiver, deux soldats français qui entraient dans l'église. Ce secteur étant interdit aux Français, l'Anglais s'étonna un peu, mais, flegmatique, ne s'en soucia pas. Au bout d'un quart d'heure il entendit un vacarme forcené qui retentissait dans l'église. Ayant poussé la porte, il fut stupéfait. L'un des deux soldats grimpé sur l'autel et armé d'un grand crucifix de bronze frappait les statues, les chandeliers, les objets du culte à tour de bras. Demeuré en bas des marches, l'autre, de la voix et du geste, excitait son camarade. La sentinelle leur intima par ses cris de décamper ; mais elle criait vainement en anglais. Elle alla chercher secours. Deux de ses compatriotes revinrent avec elle et constatèrent la scène. Se méfiant de spectateurs si nombreux, les deux hommes s'en furent. Le curé du « Magicien », prévenu et accouru, ne put que se navrer devant le saccage du lieu saint : le Sauveur, la Sainte Vierge, saint Joseph, saint Michel, sainte Geneviève et Jeanne d'Arc gisaient en morceaux ; les candélabres, les ciboires, l'ostensoir, tout était renversé ; les toiles du chemin de croix étaient lacérées. Le curé remarqua en outre que les pillards, gens soigneux, loin de briser et gaspiller les cierges, les avaient sans doute emportés dans leurs poches. Il évaluait le dommage total à une somme de dix-huit cents francs. Pendant cet inventaire, les Tommies informaient la gendarmerie. Leurs trois récits concordaient. Les deux hommes, entrés dans l'église à quatre heures moins le quart, en étaient sortis à quatre heures vingt ; celui qui frappait les statues était petit, trapu et gros ; l'autre, plus grand et très maigre ; ce dernier, en enjambant la balustrade, avait déchiré sa culotte.

220px-Lucheux_église_(tronc)_1

 

A un carrefour du village, un gendarme français était en faction. On l'avertit. Tout juste il avait lorgné deux hommes qui, conformes à ce signalement et fort excités, se dirigeaient vers le secteur français. Il les poursuivit. Et bientôt, s'étant renseigné auprès des habitants, il découvrit les deux compères à une lieue de là, dans un cabaret attablés autour d'un pain, d'un fromage et d'une bouteille, ils avaient allumé une douzaine de bougies et dînaient aux flambeaux ; l'un d'eux, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Le gendarme, aidé d'un camarade, appréhenda les deux hommes malgré leurs protestations et les conduisit à leur régiment. Le petit trapu se nommait Rabanos, marchand de ferraille à Charenton, âgé de trente ans et père de deux enfants ; le grand maigre, âgé de vingt-trois ans et célibataire, se nommait Carpion, ouvrier plombier. Tous deux furent incarcérés, et l'on rédigea contre eux une plainte en conseil de guerre."

Deux jours plus tard, l'autorité française recevait de la gendarmerie anglaise une autre plainte. Le jour même du pillage, sur les quatre heures et demie du soir, le sergent Bracelet, en temps de paix antiquaire à Paris, dans l'île Saint-Louis, et présentement attaché comme interprète à l'armée britannique, travaillait dans le local qu'il utilisait comme bureau et qui était un estaminet isolé sur la route, à peu de distance du « Magicien ». Soudain une voiture de ravitaillement stoppa devant la porte et deux hommes en descendirent. Ils entrèrent dans l'estaminet et commandèrent du vin. L'un était petit et gros; l'autre, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Tous deux paraissaient fort excités. Le sergent leur fit observer que ce n'était point encore l'heure réglementaire et que le patron n'avait pas licence de les servir avant cinq heures. Ils n'acceptèrent point volontiers ces remontrances. Le grand maigre dit à son compagnon:
- C'est au moins un employé de chez Potin. On va lui régler son affaire.

Et d'allonger sur le nez du sergent un « direct » ainsi que quelques coups à l'estomac et aux cuisses. Bracelet tomba, cependant que les deux héros, contents de leur exploit, s'en allaient après la victoire.

Il semblait n'y avoir pas de doute : ces deux hommes ne différaient pas des deux pillards. Rabanos et Carpion furent donc inculpés de destruction d'édifice et vol dans un édifice consacré au culte, et Carpion de voie de fait sur un supérieur. A l'instruction, les trois Tommies et le sergent Bracelet les reconnurent formellement. Afin que la reconnaissance eût. plus de certitude, le commissaire-rapporteur, avant que d'introduire les témoins, avait placé Rabanos et Carpion au milieu d'une douzaine de soldats : les témoins les désignèrent sans hésiter. Et le curé du « Magicien » assura que les bougies qui éclairaient la table du dîner étaient bien les cierges de son église.

Les preuves s'accumulaient : reconnaissance des hommes et des bougies, concordance des heures, et cette culotte déchirée qui suivait Carpion comme à la trace. Devant le conseil pourtant, comme à l'instruction, les deux personnages s'obstinaient à tout nier. Ils avaient l'air un peu gêné, ne remuaient pas, parlaient d'une voix calme. Tout cela, c'était une méchante série de guignes. Après déjeuner, comme la compagnie était au repos, ils avaient décidé de se promener et de se dégourdir les jambes. Ils ne s'étaient point, rendus au « Magicien », n'avaient pénétré dans aucune église et voyaient pour la première fois le sergent Bracelet. Les bougies, ils les avaient achetées : on a bien le droit d'acheter des bougies. Quant à la culotte, Carpion se l'était accrochée à des fils de fer, la nuit précédente, au cours de la relève, dans les tranchées. Et le soir, comme ils se restauraient bien sagement, on les avait arrêtés. Comment auraient-ils commis ce pillage, tous les deux : Carpion qui avait un cousin vicaire ; et Rabanos, commerçant médaillé de la ville de Paris, qui prisait les belles choses et qui avait pour meilleure clientèle une congrégation. C'était absurde ! ... Les témoins cependant, - les Tommies par l'intermédiaire de l’interprète assermenté, - répétaient leurs assertions. Et, sur la table du conseil, le curé développait un paquet de cierges identiques aux bougies du dîner. Le colonel, ne s'empêchant pas de sourire, demandait il Carpion :
-Qu’avez vous à répondre à cela ?

Et il était savoureux, ce Carpion, la bouche pincée, l'air sérieux, les joues un peu rouges, le ton doctoral :
- Je dis que ce soldat se trompe.

Pour tous deux, les notes de leurs chefs n'étaient pas excellentes, surtout quantà la moralité. Son capitaine estimait Rabanos un soldat médiocre dans la tranchée et mauvais au cantonnement, animé d'un esprit pernicieux et révolté. Carpion, ancien caporal cassé de son grade pour ivresse, donnait pareillement durant les repos le pire exemple ; en revanche son capitaine lui accordait des qualités insignes à la bataille et le déclarait « un combattant précieux pour ses chefs ». Ils n'avaient nulle condamnation antérieure.

"Le commissaire du gouvernement requit des juges une condamnation impitoyable : les églises de France, les pauvres petites églises, déjà si dévastées par la mitraille boche, quels Français avaient- le cœur assez vil pour les dévaster encore ! A quel mobile attribuer l'attentat odieux de Rabanos et de Carpion ? Au délire de l'ivresse ? A une basse passion anticléricale ? Au plaisir sadique de détruire et piller ? A tout cela ensemble probablement. Il ne fallait pas qu'une telle frénésie fût indemne. Et les dix ans de réclusion que pré voyait la loi ne seraient pas une peine trop sévère.

La tâche du défenseur paraissait une gageure. Toutefois l'instruction, presque surchargée de certitude, s'y était peut-être fiée un peu vite et n'avait point scruté les détails assez méticuleusement. Le dossier contenait des contradictions dont le défenseur se prévalut. Il y en avait plusieurs, et principalement deux :

Premièrement, les Tommies affirmaient, tous trois, que les deux pillards étaient sortis de l'église à quatre heures vingt ; d'autre part, le gendarme français - absent au jour des débats, mais dont on possédait le rapport écrit - affirmait que Rabanos et Carpion avaient quitté le « Magicien » à quatre heures moins cinq. Son témoignage s'appliquait certainement à eux, puisque c'était ce même gendarme qui les avait arrêtés dans la soirée. Mais si Rabanos et Carpion quittaient le « Magicien » à quatre heures moins cinq, forcément, ils n'étaient pas les pillards, puisque les pillards étaient restés dans l'église de quatre heures moins un quart à quatre heures vingt. Deuxièmement, le sergent Bracelet, dépeignant le compagnon de l'homme qui l'avait frappé, lui avait prêté des cheveux très noirs et une barbe de même teint. Or Rabanos était d'un roux éclatant. Donc, puisque Rabanos et Carpion ne s'étaient point lâchés une minute cette soirée-là, ce n'était pas Carpion qui avait frappé Bracelet. Et. donc, puisque l'auteur des voies de fait n'était autre évidemment qu'un des pillards, ce n'étaient pas Rabanos et Carpion qui avaient pillé. Ils étaient les victimes de coïncidences, d'une fausse ressemblance que maints procès, anciens ou récents, ont déjà montré, et surtout de cette malencontreuse culotte déchirée. On s'était hypnotisé sur elle, cause de tout le mal. Mais il y avait, entre X... et Z..., auteurs du crime d'une part, et d'autre part Rabanos et Carpion, des différences irréductibles, des antagonismes d'heures et de teint, qui, par bonheur, permettraient au conseil d'éviter une erreur judiciaire.

JustMili_InsigneXIXeInsigne Justice Militaire - Début XXe siècle

Bon nombre d'auditeurs ne laissèrent pas d'être troublés par cette argumentation. Elle prouve seulement combien les investigations doivent être minutieuses. Elle n'influença point les juges qui condamnèrent les deux gaillards presque au maximum : huit et dix ans de réclusion avec dégradation militaire. Probablement, s'ils n'avaient pas nié, ils eussent pu s'excuser de circonstances atténuantes et eussent encouru un moindre châtiment ; mais par leur système ils risquaient tout. Leur défenseur, dupé à ses propres sophismes, était affligé du verdict comme d'une injustice. Deux jours plus tard, à ce qu'il confessa en se raillant soi-même, il fut délivré de son inquiétude un peu crédule : ses deux clients lui avouèrent sans vergogne leur méfait, en jurant toutefois, - hasard extraordinaire ! - que les bougies n'étaient point les cierges de l'église. Après leur dégradation, ils furent envoyés dans le lieu de réclusion. Ils ont accompli depuis lors une démarche pour retourner se battre; et il est vraisemblable que le général leur octroiera cette grâce et leur permettra de se racheter."

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Cette histoire aurait pu se terminer ainsi avec ce report effectué par René de Planhol, laissant nos deux voleurs d'église dans l'inconnu, mais une clé fut publiée cinquante ans plus tard.
Ecrit dans un contexte de guerre, son ouvrage afin d'échapper à la censure, se doit de camoufler en partie la vérité. Finalement, qui sont Carpion et Rabanos? Ceci s'est il réellement produit comme l'indique De Planhol. Un témoignage ne vaut que lorsqu'il est recoupé et conforté par d'autres sources.

Cette source concordante fut publiée 50 ans plus tard et on la trouve dans le témoignage d'Albert Le Flohic, intitulée "Cinquante ans après". Cette source, donc, nous permet de découvrir les vrais patronymes ainsi que le lieu et les dates de ces péripéties. Cette source nous permet de découvrir une scène de dégradation sur le front du régiment.

"14 octobre 1915. C'est ce jour-là que nous participons à une bien triste cérémonie. nos deux camarades CHAMPION et DESNOS ont été condamnés par le Conseil de Guerre aux travaux publics et à la dégradation militaire.
Qu'ont-ils fait?
Pas grand-chose, mais leur condamnation est l'aboutissement et le couronnement d'une longue suite d'infractions à la discipline.
CHAMPION est un ancien "batdaf" tatoué sur tout le corps. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas très intéressant.
DESNOS n'est pas un mauvais bougre, mais il s'est laissé entraîner. On les a pincés en train de fracturer les troncs de Bully-Grenay. D'autre part, ils avaient raflé pour s'éclairer dans les cagnas tous les cierges qui étaient en train de brûler. Enfin, ils ont coiffé Saint-Joseph d'un vieux chapeau haut-de-forme et ont dessiné des moustaches au crayon à la Sainte-Vierge.
Tout cela n'est pas bien méchant, mais nous sommes dans un secteur où il n'y a presque que des Britanniques et il faut faire la preuve que dans l'armée française, on ne badine pas avec la discipline.
Ils ont donc "attrapé" trois ans de travaux publics avec comme corollaire la dégradation.
En définitive et malgré le caractère infamant de leurs condamnations, ils vont peut-être faire une bonne opération, car on se demande où ils peuvent être plus mal qu'en première ligne?

Le régiment se rassemble dans une grande prairie. Les quatre bataillons sont disposés en carrés.
Au centre, la musique et dans un angle les deux condamnés en uniforme dont les boutons, les passepoils et tous les insignes ont été préalablement décousus puis refaufilés.
Le colonel CARLIER, sur son cheval, préside la cérémonie.
Elle est à la vérité fort émouvante.
Un adjudant lit le texte de la condamnation puis un autre sous-officier s'approche des deux hommes et leur arrache boutons et attributs. Maintenant les deux hommes paraissent revêtus d'un pantalon quelconque et d'une houppelande.
Puis les quatre bataillons défilent devant eux pendant que la musique fait retentir pour la dernière fois à leurs oreilles, le refrain du régiment.

 

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917
Sources photo: collection particulière

Sources biblio: "Cinquante ans après" - Albert Le Flohic - Imprimerie de Champagne 1967
Sources photos: Wikipédia - Tronc église de Lucheux

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12 avril 2012

La justice militaire

Il est un sujet sensible qui me tient à coeur, celui de l'exercice de la Justice Militaire au sein des unités de la 17e DI lors du conflit.

Parfois exépiditive, parfois justifiée par des crimes de droit commun, ce thème est difficile à aborder car encore emprunt du sceau du tabou. Je ne peux, cependant, m'empêcher de penser aux drames familiaux tant pour les coupables que pour les victimes (Parfois ces derniers sont à la fois victimes et coupables).

Souhaitant rester neutre sur ce sujet, dans plusieurs messages à venir, je me contenterai d'aborder le sujet au travers de sources bibliographiques, notamment au travers de l'ouvrage "De la justice aux Armées" de René de Planhol (Attinger 1917).
Cet ouvrage rare m'a été aimablement prêté par un ami (Alain Orrière), que je remercie vivement. j'ai ai donc effectué une transcription complète.

René de Planhol (1889-19..) était un journaliste et écrivain. A la mobilisation, celui-ci est affecté au 7e Hussards. De cette expérience, il publiera "Etapes et batailles d'un hussard" (Attinger, 1915)
En 1917, il publie "De la justice aux Armées", qu'il commence ainsi:

De juin 1915 à septembre 1916, j'ai été appelé par la bienveillance du commissaire-rapporteur d'une division à collaborer comme défenseur à l'oeuvre de justice. Avocat improvisé, j’ai suivi de la sorte un grand nombre d'audiences et je me suis facilement renseigné sur les autres. J'inscris ici ce que j'ai vu ou su et qu'il n'y a pas d'inconvénient à révéler. Bien entendu, je ne dévoile aucun nom. Les noms que je prêterai à mes personnages pour la commodité du récit sont absolument arbitraires, et je prie qu'on n'y cherche point de consonance ou d'anagramme. Hormis ce déguisement, ces pages ne sont que véridiques.

JusticeAuxArmées_Couv


Si vous avez des infos supplémentaires concernant René de Planhol, je suis bigrement intérressé.

A suivre donc "les aventures de Carpion et Rabanos"

 

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08 avril 2012

Le boyau des Biarnais de Calonne

Sur le net, sur l'excellent Histoire -Généalogie, on reparle du sergent Luneau dont nous vous avions présenté le parcours en 2007.

http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article2186

Dans l'article, il est à noter que le "boyau des Biarnais" est en réalité la "tranchée des Béarnais", face à la Fosse 11 de Lens.

Bearnais_268e RI
Extrait du JMO 268e RI - SHD - 26N733


Si un lecteur du 290e RI reconnait un de ses aieux, pensez à envoyer un message à Marie Claude.

 

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