08 mars 2005

On n'a pas tous les jours vingt ans

On a pas tous les jours vingt ans, ainsi le chantait Berthe Silva, mais en ce 2 mars 1915, soit vingt ans plus tôt, le jeune officier Carpentier aurait certainement souhaité les fêter autrement, dans d'autres circonstances et en d'autres lieux.

"2 mars- Nous sommes au repos à Saint Jean près d'Ypres. Les officiers du bataillon et ma compagnie fêtent mes vingt ans. Les Allemands troublent notre joie en bombardant violemment le village. Au dessert, nous sommes obligés d'abandonner la table. C'est vexant. Pas moyen d'être tranquille".

Sources : « Un cyrard au feu » Marcel Carpentier Editions Berger Levrault 1964

Sources audio : Berthe Silva 1935 http://bmarcore.club.fr/class-O/BO133.html

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01 mars 2005

Pourquoi choisir l'infanterie?

Comme nous l'avons vu, le sous-officier de cavalerie Mallet est passé du 22e Dragons au 90e RI. Quelles ont les raisons qui l'on poussé à ce choix?

"De longues semaines se passent, pendant lesquelles la cavalerie, devenue inutile par suite de la saison et de la nouvelle guerre de tranchées, reste inactive loin du front, dans des cantonnements de repos boueux.
On nous envoie à tour de rôle dans les tranchées pour huit ou dix jours; des autobus nous y emmènent.
Quand nous revenons au siège du régiment, nous y menons la vie de quartier. L'union admirable, qui nous rend tous frères sur la ligne de feu, a des tendances à se relâcher parmi les petites mesquineries du métier; les jalousies du temps de paix se réveillent dans l'inaction forcée où nous sommes quand notre tour de service ne nous appelle pas loin des chevaux au combat à pied. Pour cette raison, et désireux de voir du nouveau, de revivre les heures d'ivresse auxquelles on finit par s'accoutumer comme à un élément nécessaire à la vie, préférant enfin faire le métier de fantassin avec
de vrais fantassins connaissant leur métier, équipés comme il convient, plutôt que de me résigner à devenir un dragon à pied , ce qui m'a toujours paru un peu déplacé, je fais ma demande pour passer sous-lieutenant dans l'infanterie aussitôt que parait la circulaire ministérielle concernant les sous-officiers de cavalerie.
Quinze jours après, ma demande est agréée".

Sources: "Etapes et combats - souvenirs d'un cavalier devenu fantassin" Christian Mallet Librairie PLON 1916

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28 février 2005

Un dragon au sein de l'infanterie

La guerre de position a mise au "chômage" la fière cavalerie française et leur montures. Finies les cavalcades au travers des lignes ennemies. L'immobilisme règne, l'attente de la percée est vaine. Les dragons sont devenus des "Dragons à pied". Le commandement se décide a favoriser le passage des cavaliers vers l'infanterie, leur offrant ainsi des promotions de grade.

Depuis le début du conflit, Christian Mallet était affecté au 22e Dragons. Son passage au sein de l'infanterie lui permet de sortir du rang. Il est affecté sur le front de Flandres au sein du 9e corps d'Armée :

        "Vlamertinghe, 22 février 1915. - J'ai été nommé sous-lieutenant le 3 février. Le 22e Dragons était à Volckerinkove. C'est M. de V... qui m'a annoncé ma nomination, et quelques heures après j'étais expédié avec les nouveaux promus : F..., M... et P..., sur le quartier général de la 5e division, et de là à Poperinghe au quartier général du 9e corps.

          Malgré la résolution prise de mon plein gré, j'ai quitté le 22e en proie à un chagrin insurmontable. C'est une page de tournée, quelque chose de fini qui ne reviendra plus. J'ai passé devant mes hommes, tous ces camarades à côté de qui j'ai marché, j'ai dormi, je me suis battu pendant six mois; je leur ai serré à tous la main, et je suis parti à cheval par un beau soleil, sans tourner la tête.

          Affecté au 90e de ligne, du 4 au 22, j'ai suivi un peloton d'instruction à Vlamertinghe, avec des Saint-Cyriens nouvellement promus. Quinze jours de vie monotone et tranquille. Le peloton s'est dissous le 21. Le 22 au matin, j'ai rejoint le 90e de ligne et le soir nous partions pour les tranchées".

Sources: "Etapes et combats - souvenirs d'un cavalier devenu fantassin" Christian Mallet Librairie PLON 1916

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25 février 2005

Un tourangeau futur général à Chateauroux

Le 1er août 1914, dans la cours de l'Ecole de Saint Cyr, la promotion « La Croix du Drapeau » apprend la mobilisation à 17 heures, au son du clairon. Les élèves sont nommés sous lieutenant et reçoivent leurs affectations et ce malgré leur arrivée depuis seulement une année.

Pour le jeune Marcel Carpentier, ce sera le 90e de Châteauroux, où il arrive dès le 2 août au soir.

Le lendemain, les préparatifs se font pour le départ :

« Je me présente à mon commandant de compagnie, le lieutenant Dodinot.

La compagnie, la 1ère, est cantonnée dans une ancienne chapelle. A chaque instant arrivent les réservistes ; ils ont l'air heureux de se retrouver et évoquent des souvenirs de chambrée.

On les habille de neuf, on les équipe. Je touche moi-même une capote. Je fais mettre des galons de sous-lieutenant à mon képi de Saint-Cyrien. Mes premiers galons : ce n'est pas rien. Mon lieutenant me prête un sabre, ce qui me fait un plaisir extrême. Un officier sans sabre, ce n'était pas un officier. Et je revois encore la meule où nous avons affûté nos sabres. Si j'avais su combien peu il devait me servir ! Nous sommes reçus à bras ouverts par les officiers du régiment à qui nous rappelons leurs années d'école ».

Plusieurs fois blessé légèrement, Il est promu capitaine en moins d'un an. Il est très gravement atteint le 16 juin 1915 à Neuville-Saint-Vaast. Il reprend bientôt du service dans l'aviation jusqu'à la fin du conflit. Son dernier poste fut celui de commandant des forces terrestres alliées de Centre-Europe en 1956. Le général d'armée Marcel Carpentier, grand-croix de la Légion d'honneur, est décédé à Mettray (Indre-et-Loire) le 14 septembre 1977.

Sources : « Un cyrard au feu » Marcel Carpentier Editions Berger Levrault 1964


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15 février 2005

Hommage du biffin du 90e à l'artiflot du 20e

S'il arrivait souvent que le fantassin maudissait l'artilleur et ses tirs trop courts, parfois l'hommage était sincère et mérité, voici ce qu'en raporte l'officier d'infanterie Carpentier:

29 janvier

"Je vais déjeuner aux batteries, invité par les artilleurs du 20e régiment. J'apprends que notre ami – l'ami des fantassins – le lieutenant Bachy a été blessé, légèrement Dieu merci, par une balle. C'est qu'ils ne se ménagent pas, nos artilleurs. Ils font tout pour nous aider, par la précision de leur tir et la rapidité de leur intervention, quand nous faisons appel à eux, mais aussi par mille attentions … victuailles, tabac … et surtout par la chaleur de leur présence. Tous les jours nous les voyons arriver, dans nos tranchées, au contact immédiat de l'ennemi, déroulant leurs lignes téléphoniques. Le secteur est-il nerveux, des indices d'attaque se manifestent-ils, l'artilleur passe la nuit avec nous. Le 4 décembre (1914), le capitaine Peytes de Montcabrier a été tué d'une balle en plein cœur en montant en première ligne. Aujourd'hui, c'est Bachy, qui déjà antérieurement, a eu sa capote déchirée par un obus. Tous les fantassins adorent Bachy. Non seulement c'est un excellent tireur ; il pose ses obus comme à la main sur les tranchées ennemies, mais il est bon, compréhensif de nos difficultés et de nos petites misères. Il me souvient qu'un jour cet automne, comme nous devions attaquer, j'ai entendu un de mes hommes dire : « On peut y aller, c'est Bachy qui tire »."

Soirée des hommages: saluons l'inestimable couvre-chef du 74e et allons sur un blog qui vaut une visite ;-)

Sources : « Un cyrard au feu » Marcel Carpentier Editions Berger Levrault 1964

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02 février 2005

Arc de triomphe

Petit souvenir d'un jour pluvieux à Paris.
Pensée pour les quelques 1.300.000 Morts pour la France.

Pardonnez l'amateurisme du tournage, je débute ;-)

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31 janvier 2005

Les enfants du Pin

Suite à un rangement de mon bureau, j'ai retrouvé une photo qui m'avait servi pour un relevé Memorial GenWeb.
Il s'agit de la plaque qui se trouve dans l'église du Pin, commune de Badecon. Je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec ma visite d'hier à l'Arc de Triomphe, à Paris.
Donc, ce soir, une pensée pour ces soldats dont les patronymes me sont si familiers et où cependant ne se trouve aucun membre de ma famille directe.

   

Plus d'informations: les relevés de la commune de Badecon Le Pin

20 janvier 2005

Arrivée au corps - La troupe

« La troupe.

J'eus l'occasion de la voir au cours de deux revues. La première était la revue de départ que j'ai passée moi-même dans la matinée du 17 janvier, et la deuxième était une revue prescrite par le Général Dubois qui commandait le Corps d'Armée.

Les revues de départ aux tranchées se passaient à ce moment dans les champs, au bord Sud de la route de Poperinghe. Le Général Dubois, ainsi qu'il me l'avait annoncé à mon arrivée, affectait au régiment presque tous les renforts qui arrivaient de l'intérieur. Il tenait à me remettre un régiment avec un effectif convenable. C'est ainsi que je reçus plus de 600 hommes dans les journées qui ont suivi mon arrivée. Aussi les compagnies que j'inspectais ne laissaient-elles rien à désirer sous ce rapport. Par contre, ce qui m'a frappé, c'était l'âge des hommes. Je les trouvais vieux. Beaucoup frisaient la quarantaine. Ce n'étaient plus des réservistes, mais des territoriaux. On m'expliqua que les classes de la réserve étaient épuisées, que les jeunes classes de la territoriale se trouvaient dans les régiments territoriaux, de sorte que pour le moment il ne restait que les vieilles classes de la territoriale. C'était donc dans les régiments de réserve qu'on trouvait les hommes les plus vieux de l'Armée. Peu m'importait, mon parti était pris. Je les pris en affection ces vieilles barbes grises. Tous ces vieux n'étaient pas des soldats improvisés. Ils étaient disciplinés et avaient bon esprit. Ils faisaient consciencieusement leur besogne ingrate des tranchées. Ils ne ronchonnaient jamais. Après avoir piétiné pendant six mois dans l'eau et dans la boue du Bois du Polygone ils ont encore trouvé en eux-mêmes assez d'ardeur pour enlever des tranchées allemandes.

Revenons à nos revues. Comme je l'ai dit, celle de l'après-midi avait été prescrite par le Général Dubois. Il devait la passer lui-même. Il en fut empêché au dernier moment, et c'est le Colonel Briant qui le remplaça. La revue eut lieu comme d'habitude sur la pelouse du Château. Outre le 290e, il y avait des unités du 114e et du 125e. Un défilé en colonne par quatre clôtura la revue. Les vieux du 290e défilèrent aussi crânement, et avec autant de brio que les bataillons actifs. Je n'eus plus aucun regret de commander un régiment de réserve ».

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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19 janvier 2005

Arrivée au corps - Les Officiers

"Les Officiers.

D'après le souvenir qui m'en reste, le premier officier que je vis était le Capitaine Marsily, qui dans la matinée avait fait le cantonnement du régiment. Je vis ensuite les officiers de l'Etat-major du régiment, le Lieutenant Sohier et le sous-lieutenant Devilliers. Ils avaient fait tous deux la campagne depuis le début, ce qui était précieux pour moi. Le Lieutenant Sohier était mon officier adjoint. Il avait toutes les qualités requises; pour ces délicates fonctions. Il rédigeait les ordres et les comptes rendus comme un véritable officier d'Etat-major. Le sous-lieutenant Devilrers était beaucoup plus jeune que son camarade Sohier. Il était chargé des fonctions de porte-drapeau. En réalité, il faisait sa part des travaux de bureau.

J'entrais ensuite en relation avec les chefs de service. Le premier que j'ai vu était je crois le Lieutenant Patureau-Mirand, un Berrichon de vieille date. Il aimait passionnément son régiment. Il connaissait tous les soldats, au moins ceux originaires du pays. Par son âge il aurait pu rester à l'intérieur. Il n'en a rien fait. Il tenait à suivre son régiment en campagne. Il avait un excellent moral. Dans la dernière année de la campagne il tenait absolument à prendre le commandement d'une unité combattante, jusque là il avait rempli les fonctions d'officier de détail.

J'ai fait connaissance ensuite avec le Lieutenant Maître. Il était officier d'approvisionnement. C'était un grand et solide gaillard, respirant la santé. Parisien d'origine, il était toujours prêt à la blague. Dans son service il était débrouillard comme pas un. Quand personne n'était ravitaillé, le 290e avait sa pitance. Il avait ses méthodes à lui, qui étonnaient les fonctionnaires de l'Intendance.

Le Médecin-Chef était le Docteur Rosenthal. Il était sympathique quoique d'un abord froid, qu'il devait peut-être à son origine nancéienne. Il était plein de sollicitude pour les vieux Poilus du régiment. Il est passé par la suite au 114e où il a eu son quatrième galon ainsi que la Croix.

Il me reste à dire un mot des deux Chefs de bataillon. Celui du 5e bataillon était le Commandant Renard qui, avant mon arrivée, exerçait le commandement du régiment. Il était grand et bien taillé. Avec sa barbe en fleuve il avait un aspect imposant. Il était en campagne depuis le début.

Le 6e bataillon était commandé par le Commandant Mercier de Lacombe. Incomplètement guéri de sa blessure du mois de novembre précédent, il venait de rejoindre le régiment à Wlamertinghe peu après moi. C'était un Chef de bataillon tout jeune sur lequel je pouvais compter en toutes circonstances. Il était apte à se tirer d'embarras dans n'importe quelle situation. Il était regrettable qu'une nouvelle blessure grave reçue à la fin de 1915 l'ait mis dans l'obligation de quitter la troupe.

Je ne parlerai pas en détail de chacun des officiers de compagnie. J'ai fait leur connaissance petit à petit, dans les tranchées et au cantonnement. Il y en avait de jeunes et de vieux. Trois étaient officiers de carrière, les Capitaines Beyler, Beauclin et Collet. Tous les autres étaient officiers de réserve. Tous connaissaient parfaitement leur métier et étaient pour moi d'excellents collaborateurs".

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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18 janvier 2005

L'arrivée à la Division

"Mes premiers contacts

Je me rendis d'abord au 90e, commandé à ce moment par le lieutenant-colonel Alquier. C'était un charmant camarade, plein de tact. Il me présenta à ses officiers comme leur Colonel. Je trouvais cette idée pleine de délicatesse. J'allais ensuite au 268e où je trouvais le lieutenant-colonel Michel, qui avait été mon caporal à Saint-Cyr. C'était un excellent camarade avec lequel j'allais collaborer dans une entente parfaite jusqu'au moment où il fut blessé dans le Bois du Polygone. Je retrouvais également le lieutenant-colonel Lapierre, le lieutenant-colonel Benoit. Tous deux étaient des camarades de promotion. Le premier commandait le 68e, le second le 114e. Pour mes débuts je me trouvais donc en plein pays de connaissance.

Je fis ensuite visite aux E.-M. des 17e et 18e D.I. Les Généraux me firent très bon accueil. A la 17e D.I., je retrouvais le lieutenant-colonel Lafont, qui commandait l'A.D. 17. C'était un ancien camarade de l'Ecole de Guerre et de la garnison de Belfort. En prenant congé du Général Guignabaudet, qui commandait la 17e D.I., le Général ne put pas s'empêcher de me glisser dans l'oreille, que le 290e était le seul régiment qui lui avait perdu des tranchées. C'était toujours le souvenir des tranchées de Wallemolen ou de Zonnebeke"

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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