13 septembre 2017

Lettre de métal , un indrien d'Indochine (Actualisé 2017)

Depuis quelques temps déjà, je tourne autour d'Indochine (1982, plus exactement). A l'époque, en seconde à Blaise Pascal (Châteauroux), c'était le temps de l'Aventurier.
Bien que m'étant orienté vers une branche plus "industrielle" (musicalement et professionnellement), je suivi, malgré les péripéties, la carrière d'Indochine.

Maintenant, c'est surtout mon fils Clément qui est fan, mais, je m'y intéresse toujours et encore.
Le dernier album est donc depuis quelques temps sur la table du salon. Eh oui, chez les Charraud, on achète encore des CD (ceux avec une pochette), pas encore converti au virtuel MP3.

Allez, si vous cherchez un sujet pour le Brevet, en Histoire des Arts, je vous propose une amorce de réflexion. Cependant, attention, des profs (comme moi) consultent ce site, alors, ne vous contentez pas du traditionnel Copier/Coller :-) Faites preuve d'imagination !!!!!!!!

Nicola Sirkis (chanteur et compositeur du groupe) avait, lors de la sortie de leur dernier album, un peu partout dans les médias, annoncé son attrait pour 14-18 et en avait fait la thématique de:

La République des Météors.

indochine_la_republique_des_meteors

Dès le premier simple, le groupe annonçait la couleur avec

Indochine - Little Dolls

Indochine Le Lac

On pourrait aussi aisément transposer les paroles de "Un ange à ma table"

 

Cependant, une chanson m'interpelle plus particulièrement: La lettre de Métal

Indochine – La lettre de métal par VEVO

 

Cette chanson est annotée comme un "Tribute to Ernest Lauzanne".
Or le seul Ernest Lauzanne présent dans Mémoires des Hommes est un Indrien, originaire de Saint Hilaire (actuel St Hilaire sur Benaize). Il fut combattant au sein du 160ème RI et tomba le 27 juillet 1916 à Maurepas (Somme).
Le journal de marche du régiment le reporte bien dans les pertes de la 6e compagnie.

RI160_JMO_LauzanneErnest

Sources: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Le livret de l'album, nous renvoie à ce soldat.
On note la présence de la lettre originale qui inspira le texte de la chanson, ainsi que la présence de photos (prises par un photographe du Blanc-Indre) d'un homme qui vraisemblablement est Ernest Lauzanne, en civil.

Indochine_002Indochine_001

La page de gauche du livret est composée d'un reproduction de la dite lettre manuscrite reprenant le courrier d'un combattant. Nicola, dans diverses interviews, explique la construction de cette chanson, à partir de cette lettre.

A la lecture du texte, du fait de son côté contestataire, on peut considérer cette missive comme une lettre testament. Le pressentiment de ne plus en avoir pour longtemps, l'impossibilité d'en revenir sont une constante du texte.

En voici la transcription:

Mon cher petit Henri,
Comme je vais bientôt partir c’est à toi mon cher fils que je veux m’adresser et te laisser cette lettre comme souvenir de moi, car mon cher petit Henri, quoique tu connaisses bien ton papa quand il va te voir, si je reste là-bas tu ne te souviendras jamais de moi, tu n’as que deux ans et demi mon Henri. Je t’aime de tout mon cœur ainsi que ta sœur et ta mère, vous êtes mon seul espoir mon unique force et pourtant il faut que je vous quitte pour aller me battre, pour aller au devant de la mort, pour être peut être blessé entre les lignes de combat et mourir quelques jours après dans d’atroces souffrances faute d’être secouru comme tant d’autres malheureux prolétaires l’ont été avant moi. Car mon fils, vois-tu, déjà vingt mois que la guerre dure. Déjà un million d’hommes ont été fauchés là bas. Si je n’y suis pas allé plus tôt c’est parce que j’étais malade et même je le suis encore mais comme il faut des hommes l’on y regarde pas de si près, il faut marcher ou crever, voilà la devise de beaucoup de majors français. Enfin, je vais partir avec courage mon fils, je ne veux pas me laisser aller au découragement : car je ne veux pas mourir, je veux vous revoir tous les trois après cette terrible guerre, je veux veiller sur votre enfance à toi et à ta sœur, vous élever du travail de mes bras à la sueur de mon front. Mon fils, quand je dis je veux j’exagère car mes forces peuvent bien me trahir, je suis si faible et une balle ou un éclat d’obus sont peut être réservés pour moi là bas. Tu n’oublieras jamais mon fils que si je reste là bas couché sur le champ de bataille, que si vous êtes orphelins et que ta pauvre mère est veuve et est obligée d’être une misérable pour pouvoir vous élever, que c’est la faute de la classe aristocratique qui a fait tout ce qu’elle a pu pour faire déchaîner cette guerre faite pour la destruction de notre classe, de cette classe ouvrière qui ne leur demandait pourtant rien que de vivre en paix en travaillant pour élever sa petite famille. Mais ils nous trouvaient trop heureux, non contents de boire notre sueur ils ont voulu encore boire notre sang, cette race là ne recule pas devant le crime pour arriver à ses fins. Souviens toi de cela, mon fils. Je te lègue ma haine pour cette race qui a déchaîné cette effroyable tuerie, ce carnage qui n’a rien d’humain car quoique nous soyons au vingtième siècle par eux nous sommes descendus au niveau de la brute à l’état sauvage, nous allons nous entre-tuer avec des hommes que nous n’avons jamais vus ni connus. Tout cela est ignoble et pourtant il faut le faire. Comme beaucoup j’ai les idées de la révolte mais pour la moindre faute c’est le poteau d’exécution et douze balles dans la peau. Je ferai bravement mon devoir mon fils, si je trouve la mort ce sera face à l’ennemi car pour tout au monde je ne veux pas que tu aies à rougir de ton père. Je ne veux pas que si un jour ta mère recevait la nouvelle de ma mort il y ait la mention « mort en lâche ». Non, cela jamais mon fils, je n’ai jamais été un lâche, je n’ai jamais vécu de la charité de personne et je serai fier de toi mon fils de me ressembler. Deviens un homme et quand tu seras fort prends soin de ta mère qui est si bonne pour toi. C’est toi mon fils que je charge de me remplacer et souviens-toi toujours que tu auras le droit de jeter à la face de la classe aristocratique que c’est elle qui est la cause de la mort de ton père.
Adieu mon Henri. Adieu ma Simone. Adieu ma femme bien aimée. Une dernière fois adieu mes trois adorés.

Ce courrier est datable des environs de mai 1916 (Car mon fils, vois-tu, déjà vingt mois que la guerre dure)soit quelques mois avant la disparition d'Ernest Lauzanne.

Après quelques recherches sur le net, quelques fils de discussion sont trouvés et se rapportent au texte. Mais aucun ne s'intéresse à la lettre originale. Alors, comme bien peu de gens le font, j'ai lu la page du livret où l'on retrouve les participations et les remerciements.
Heureuse initiative, Hervé Lauzanne est le producteur de l'album, pour Jive Epic. Originaire du Blanc, nul doute qu'il s'agisse d'un descendant d'Ernest.

Merci à Nicola et Oli de Sat, pour cet excellent album.
(Clément se joint à moi pour les remerciements)

Indochine:
http://www.myspace.com/indochineofficial
http://www.indo.fr/


 

Ajout 2017:
Dans le cadre de l'association "les amis du Blanc", le numéro 17 du bulletin asssociatif revient sur Ernest Lauzanne avec une reprise de l'article ci-dessus, mais surtout avec un nouvel article inédit rédigé par Daniel Lauzanne, petit-fils d'Ernest et père de Hervé (producteur de l'album d'Indochine).Cet article est centré sur la vie et les souvenirs de vie et de mort d'Ernest.

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25 novembre 2015

Issoudun, cantons Sud et Nord - Hommage aux Poilus tombés au champ d'Honneur (1914)

Il est des parutions locales dont je me plais à relayer la parution:
L'année dernière, nous avions eu l'imposant "Monuments de l'arrondissement du Blanc" qui avait été édité par "Les amis du Blanc". Cette année, Les "Amis du vieil Issoudun" nous gâtent avec ce qui s'annonce comme le premier tome d'une série à venir:

"Hommage aux Poilus tombés au champ d'Honneur en 1914"
Cantons Issoudun Nord et Issoudun Sud

Vierzon 006

Il s'agit d'un hommage rendu aux soldats des cantons Issoudun Nord et Issoudun Sud tombés en cette année de début du conflit. L'ouvrage commence par une très intéressante liste des unités concernées, ensuite nous retrouvons un lexique illustré autour des thèmes de cette année 1914 (Artillerie, Mitrailleurs, Hopital, Aérostier, Blessés ... )Au fil des pages, il est possible de découvrir le témoignage de Paul Marteau qui combattit au sein du 95e Régiment d'Infanterie. Ayant reçu l'ouvrage ce matin, je n'ai pas eu le temps que de le parcourir brièvement. Il ne s'agit pas d'un "journal de tranchées", mais d'un texte écrit après le conflit, en tout cas intéressant à lire et prometteur.

La liste des soldats tombés en 1914 est donné au fil des pages, mais aussi par unités, ce qui sera intéressant pour les recoupements avec mes bases personnelles des soldats indriens.

Tout en le feuilletant, j'ai le plaisir de voir que le blog Indre1418 a servi d'inspiration pour la rédaction de ce livre, même s'il n'est pas "sourcé" en fin d'ouvrage.

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20 février 2015

Vacances à venir, mais spectacle et lecture en prévision

L'heure des congés de février arrive. Direction le Bas-Berry et la vallée de la Creuse plus précisement.

CaptureJC

Afin de ne pas vous laisser sans nouvelles, je prépare une grosse publication sur le blog, liée à la transcription du journal d'un soldat de Sarzay, de 1914 à 1918. J'en profite pour vous signaler un spectacle et la parution d'un ouvrage qui concernent le département.

A signaler, donc, le 14 mars, à Aigurande, la reprise du spectacle qui avait été monté à Eguzon l'été dernier. On notera aussi la tenue d'une exposition 14-18 concernant le conflit.

Affiche Aigurande

 

Un peu plus à l'ouest, mais toujours dans le sud Berry, à Eguzon, au musée de la Vallée de la Creuse plus exactement, il est possible d'acquérir un ouvrage qui s'annonce fort intéressant. Au travers des yeux d'un enfant, il nous donne à lire ses impressions. Pierre Allain a alors 9 ans et est le fils d'une infirmière volontaire de Chateauroux, mais aussi celui du directeur de l'usine Balsan. Je vais profiter des congés pour me procurer un exemplaire.

Enfant

L'ouvrage est disponible à la boutique du Musée de la Vallée de la Creuse, à Eguzon.

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11 novembre 2014

"Sans pitié pour le cheval - Quand nous partimes à la guerre ..."

Le 11 novembre, chacun fait son deuil, à sa manière:

Jean Louis Murat - Sans Pitié pour le Cheval

Il est à noter que "Murat" est un pseudo lié à Murat-Le-Quaire, dans le Puy de Dôme. De son vrai nom "Jean Louis Bergheaud", le chanteur est originaire de La Bourboule, haut lieu de colonies de vacances et autres séjours de sanatorium pour bon nombre de Berrichons, dont je suis.

On notera avec intérêt la présence d'un Jean Louis Bergheaud au 3e Zouaves et tombé en 1918 à Moreuil (80).

Sur cette chanson:
Sans Pitié Pour Le Cheval
La guerre 14-18… Bataille de la Marne… Mon nom d’état civil n’est pas le mien : j’ai celui d’un arrière grand-oncle, qui se prénommait également Jean-Louis. On m’a donc redonné le nom de Jean-Louis Bergheaud. Étant le premier garçon à être né, je me suis retrouvé dans la famille en charge de l’hérédité imposée d’un combattant héroïque de la guerre 14-18, qui meurt d’ailleurs en 1918. Sans faire de la psychologie à trois balles ou de la schizophrénie de comptoir, j’ai toujours eu du mal avec mon identité. Ainsi, je suis resté sensible à la guerre 14-18, où je suis donc mort une première fois. D’où cette chanson Sans Pitié Pour Le Cheval. J’en ai quelques-unes sur les chevaux et la manière dont les animaux sont traités depuis lors. Moi, j’ai eu la chance de jouer aux cowboys et aux Indiens avec mes enfants, en partant dès l’aube à la montagne avec un poney chacun. On faisait des cavalcades effrénées. Les êtres humains ont perdu le rapport aux animaux. Je regrette le temps où les hommes circulaient à cheval. Il y avait une noblesse qui n’existe pas dans une Clio ou un Picasso…

Sources: http://www.magicrpm.com/a-lire/interview/jean-louis-murat/track-by-track-14-10-11

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28 novembre 2013

L'Indre dans la Grande Guerre - Entre le front et l'arrière

Il y a peu, la NR a réalisé un article sur Daniel Bernard, auteur bien connu dans notre région. Dans cet article, il était fait mention d'un ouvrage à venir sur la vie paysanne en Bas-Berry lors de la Grande Guerre.

Cà y est. Cette semaine, je découvre le titre et la couverture, en attendant de découvrir le contenu. Je sais déjà qu'il s'agit là de mon coup de coeur Noel 2014, connaissant la qualité des ouvrages précédents, je ne prends pas trop de risque à conseiller la découverte de celui-ci, même sans l'avoir dans les mains.

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Editions Alan Sutton Collection Témoignages et Récits ISBN 2813807133

On admirera, au passage, la superbe couverture représentant Pierre Brisse et sa fille lors de la journée du 6 aout 1914, sur la place du champ de foire d'Argenton sur Creuse (Cliché Raymond Rollinat). J'ai déjà hâte de le recevoir.

Si vous aimez le sujet, n'hésitez pas à vous rendre dans les librairies locales, papeteries et autres maisons de la presse (C'est mieux que directement sur internet via des grosses centrales d'achat).

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01 novembre 2013

Un hommage particulier

Il y a longtemps que je voulais faire ce type de montage, mêlant audio et vidéo. Je sais d'avance que tout le monde ne va pas forcement apprécier, mais après tout, c'est pour moi une forme d'hommage alors j'espère que vous penserez à m'absoudre.
Fana de musique (souvent bizarre, je le reconnais), je cherchais comment allier mes deux passions. Le résultat est là.

La guerre n'est pas que "guerre en dentelle", départs fleur aux fusils "Nach Paris" ou "Vers Berlin", images sépia trouvées dans les tiroirs, monuments de pierre dans nos communes. Certes les anciens passèrent beaucoup de temps à attendre l'attaque amie ou ennemie, à attendre les nouvelles de l'arrière, à attendre tout simplement que le temps passe, mais parfois, la guerre c'est aussi la brutalisation des corps et des âmes.

Merci à Jean Pierre Jeunet pour son excellent film, Merci à Gin Devo pour cet excellent morceau.

Une rapide traduction partielle (Merci à ma chère et tendre):
    "Nous nous tenons prêts,
     Plus forts que jamais.
    Les
combats ont déjà commencé,
    nous sommes en route pour l'enfer.
    Guerre, Combat, Feu, Résistance. (bis)
    Alors ramenez nous chez nous,
    Nous tuons pour notre liberté ,
    Notre heure de gloire viendra.
    Nous n'avons pas peur.
    Nous n'avons rien à perdre
    Haut les cœurs...."
Concernant la "brutalisation" ou 'l'expérience de guerre", je vous invite à lire "De la grande guerre au totalitarisme, la brutalisation des sociétés européennes" de George L. Mosse, ainsi que son pendant "Les limites de la brutalisation. Tuer sur le front occidental, 1914-1918" d'Antoine Prost. Ce thème me renvoit à un message récent concernant les "Zigouilleurs du 290e"

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07 octobre 2013

Carte Postale - Guillaume Apollinaire

Pour le plaisir de la lecture ....d'un poème d'Apollinaire, poème court mais exquis.

Carte postale

    Je t'écris de dessous la tente
    Tandis que meurt ce jour d'été
    Où floraison éblouissante
    Dans le ciel à peine bleuté
    Une canonnade éclatante
    Se fane avant d'avoir été

 

Calligrammes
Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)
, NRF, 1918

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30 septembre 2013

Hommage à l'artilleur Apollinaire

Aujourd'hui, les oeuvres de Guillaume Apollinaire passent dans le domaine public. Histoire de rendre hommage à l'artilleur qu'il était alors, mais néanmoins poète, voici donc un poème publié en 1918.

Non, je ne reprendrai pas le célèbre: ""Ah Dieu ! que la guerre est jolie"

Guillaume_Apollinaire_foto

 EXERCICE

Vers un village de l’arrière
S’en allaient quatre bombardiers
Ils étaient couverts de poussière
Depuis la tête jusqu’aux pieds

Ils regardaient la vaste plaine
En parlant entre eux du passé
Et ne se retournaient qu’à peine
Quand un obus avait toussé

Tous quatre de la classe seize
Parlaient d’antan non d’avenir
Ainsi se prolongeait l’ascèse
Qui les exerçait à mourir

Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), NRF, 1918

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20 mai 2013

L’Ercupération

LErcupération1

Quand qu’jétions au repos, j’allions queq’foués anc el gars d’Cérémounie vouer les séances du Conseil qu’cétait eune vraie erprésentation où que j’rigolions pu qu’au Guignol.

J’ons vu un jour un vieux Colon qui l’tait Préssident qu’avait trouès quat rangées ed décorations ed tout pays accrochées su les estoumacs. I disions qu’cétait  un grand ami d’eun huile lourde qui yavait proumis eune belle cravate ed commandeur à mette encore par là d’sus si v’lait seul’ment saquer les polus coume i faut.

V’la qu’entrant j’tombons jusse su neune drôle d’affaire. I avait par terre rin qu’des torchons, des caneçons, des ch’mises, des falzards, des vieux croquenots, qu’tu t’serais cru cheu l’père Lunette !

Ils ‘taient en train de juger un gars du Génie qui l’tait dans neune compagnie d’Ercupération et pis qui l’tait accusé d’avouer barbotté toutes ceux vieilles nippes qu’les polus avint balancées dans les foussés antour de ieux cantounnements.

L’commissaire rapporteur i eux aspliquait coumment qu’çà s’était passé.

Ct’animau là il espédiait à sa bourgeouèse tout c’qui pouvait ercupérer. Queuq’foués i f’sait des colis qui i envoyait, d’aut’foués i donnait çà à des copains qu’allint en parmission. Tant si ben qu’la bourgeouèse all’ avait monté un vrai magasin qu’a f’sait un coummerce d’enfer !

Seul’ment v’la la pip’lette qui dit tout l’tout à la polisse et pis l’coumissaire qui fait main basse su l’Saint frusquin et pis qu’en espédie un plein wagon où qu’j’étions pour qui seye jugé !

T’aurais ri d’entende lire les lettes qu’il écrivait à sa bourgeouèse c’châmeau là !

Ma chère Clémentine, qui i disait, j’t’envoué par le p’tit Alasimone qu’arrive en parmission un moulin à café qu’jons trouvé tous deux au fond d’eune cagnat. Le boué est ben sec ; aussi faura qu’tu l’trempes dans l’iau chaude pour qui s’gonfelle et pis tu frott’ras la manivelle anc du papier d’verre et pis tu y mettras du saindoux craint’ qu’a r’coummence à s’rouiller. J’on pas pu dégotter l’tirouer. J’bouérons tout d’même du bon café anprès la guerre. Oublies pas d’dounner un p’tit coup d’vin blanc au gars Alasimone pour la peine …

Anprès çà j’ons entendu les témoins.

L’pus réussi c’était l’coummandant d’la compagnie d’ercupération qu’est v’nu défende c’pouvère gars.

« Messieurs, qu’il a dit comme ça, v’avez guère fait un joli coup d’m’el fourer au bloc. C’était un houmme ben précieux. J’pouvons ben dire qu’il’tait à sa vraie place ! Dans c’te guerre, j’voyons des notaires qui cassont des cailloux su’l’bord des routes, des marchands d’cochons qui f’sont des écritures, des épiciers qui font les chefs ed’gare et pis c’est partout coumme çà ! C’est pas étounnant qu’çà marche si mal ! Ah ! n’en v’la un qui counnaissait ben son métier ! I r’cupérait à tour de bras ! I povait rin vouer traîner ; fallait qu’il ramasse. I m’a rapporté la s’maine darnière pus d’trouès cents kilogs d’vieilles bouètes ed singe. I r’cupérait à lui tout seul pus qu’toute la compagnie. J’i en veux pas parce qu’il a envoyé cheux lui toutes ceux frusques. Les autres i z’auraient laissé l’tout dans les foussés et pis c’était pardu pour tout le monde. Faut encore mieux qu’çà seye coumme çà. Tenez y a encore ben pus fort ! J’avions à la Compagnie un vieux canasson qu’avait tout les vices et pis qui s’tait tout esquinté les guibolles à force ed’ fout’ des coups d’pieds !

Eh ben c’gars là i n’en f’sait c’qui v’lait d’ce chti canasson. I sarvait aussi ben qu’en aute ! D’puis que c’gars là est au bloc j’ons du le faire abatte ! N’en v’la encore pour trouès mille balles ! Si j’continuons de c’train là, j’vons tout dret à la ruine. V’la un proucès qui coûte ben cher. J’vous d’mande ed l’acquitter et pis d’me l’erdounner au trot ! »

LErcupération2

 

Alors, v’la l’vieux colon qui s’met à rigoler que l’coummissaire du gouvarnement i savait pu qoué dire. L’pti sargent qui f’sait l’avocat il a pas eu grand peine à avouer l’acquittement.

Anprès l’Conseil, j’ons vu l’vieux colon qui s’en allait anc soun ordounnance qui marchait darrié lui et pis qui i portait toutes ses décorations dans neune serviette.

L’vieux pouvait pas marcher dans la rue anc toute c’te farblanterie su le vente qu’c’aurait fait pus de bruit qu’un troupeau de vaches anc ieux clochettes !

J’ons entendu dire que l’lendemain il ‘tait jusse tombé su l’général qui ‘tait guère content d’l’acquittement. Il a dit qu’si continuait coumme çà i pourrait ben s’bomber pour avouer autour du cou la cravate ed coummandeur !

Le souer venu j’ons vu l’gars du Génie qui montait en tranchées I z’avint ben trouvé l’moyen d’y faire perdre son filon !

Queuq’jours après j’ons appris qu’il ‘tait bouzillé !

A.P.

Amicale "Les Anciens de la 17ème DI" Bulletin n°8 1923

 

Si vous aimez ce style de texte, je ne peux que encourager à relire:

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23 septembre 2009

Sohier versus Eggenspieler

En pleine lecture de l'ouvrage du lieutenant Sohier, je ne peux m'empêcher de penser à celui du colonel Eggenspieler.
Sohier n'avait pas prévu de diffuser son journal. Le recueil indique un fin de rédaction à la date du 29 mars 1931. Or, l'ouvrage d'Eggenspieler est édité en 1932, par l'imprimeur Bourdier de Paris.
Eggenspieler indique s'être servi des notes de Sohier pour rédiger le journal du 290e RI.
Version Sohier:
"Un commandant nous fait une conférence. « N'oubliez jamais que la meilleure défensive c'est l'offensive. En avant, toujours en avant, à la baïonnette. » On verra bien.
On nous emmène au terrain de manœuvre de Châteauroux. Une zone pierreuse sans rien pour se défiler. On simule une attaque. Le régiment est déployé. Vite, j'établis la liaison avec des réserves imaginaires. Je rends compte au colonel. Quelles réserves ? Où sont-elles ? Là-bas, je suppose, et je vais établir la liaison avec les troupes en ligne. Le colonel sourit, ironique. Je suis un peu vexé. On verra bien.
Le régiment s'élance à l'assaut. « Ils ne courent guère, dit le colonel. » Mais un berrichon a-t-il jamais couru ?
Sous la mitraille on verra bien.
Il ne courra pas mais il arrivera".

Version Eggenspieler:
"On pensa également à la partie tactique. Un Commandant fit une conférence aux officiers. Elle se résuma en ceci : « La meilleure défensive, c'est l'offensive. En avant ! Toujours en avant ! A la baïonnette ! » C'était très simple.
La théorie faite aux officiers eut sa consécration sur le terrain de manœuvre. Ce terrain était une zone pierreuse sans le moindre pli pour se défiler. Le thème comportait l'exécution d'une attaque.
Le régiment est déployé. Vite le Lieutenant téléphoniste établit la liaison du régiment avec des réserves hypothétiques, puis il rendit compte au Colonel, qui sourit d'un air ironique. Le Lieutenant fut quelque peu vexé, mais il continua à avoir confiance.
Le régiment, mettant les principes de la conférence en pratique, le lança à l'assaut. « Ils ne courent guère », dit le Colonel. « Mais un Berrichon a-t-il jamais couru », se demanda le Lieutenant Sohier".

On appréciera la note optimiste de Sohier: "Il ne courra pas mais il arrivera". Il avait alors su y déceler le trait principal du paysan berrichon. Ceci ne trouva pas crédit aux yeux du colonel.

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