03 mai 2018

Le 9e Corps d'Armée dans la première bataille d'Ypres 23/10 au 31/10/1914 [Réactualisation 2018]

Après l'échec de la bataille de la Marne, l'armée allemande entreprend "la course à la mer". Les Français et les Anglais se positionnent, au fur et à mesure, en face des armées allemandes, en direction de la mer du Nord.
Dans la région d'Ypres, les dragons français (2e corps de cavalerie) arrivent le 14 octobre. Ils s'établissent, avec les territoriaux des 87e et 89e DI dans le secteur Zonnebeke-Passendale. Ils défendent Roulers, le 19 octobre, puis se replient, sous le nombre vers Passendale et Staden. Passendale tombe le 20 octobre.
Les positions allant de Bikschote à Mesen sont alors occupées par l'armée anglaise qui y a engagé toutes ses réserves.
Le 22 octobre, les généraux French (Commandant du Corps Expéditionnaire Britannique), Douglas Haig (Cdt 1er Corps Britannique) et Rawlisson (4e Corps Britannique) envisagent de se retirer. Les généraux de Mitry (2e Corps de Cavalerie Français) et Bidon (Cdt militaire de Dunkerque) leur rappellent la promesse du général Joffre de fournir une aide militaire supplémentaire.
Les premiers éléments français (9e Corps) sont d'ailleurs arrivés en Belgique, ou dans le Nord de la France. Ceux-ci sont partis de Mourmelon depuis le 20 octobre.

Les troupes anglaises, étirées sur un front étendu et composées dans une forte proportion de cavalerie, demandaient qu'on les appuyât. Elles étaient notamment très menacées dans la région de Zonnebeke - Becelaere - Gheluvelt.

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Le secteur d'Ypres
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Les unités du 9e CA arrivent dans la région d'Ypres à partir du 23 octobre. Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un accident ferroviaire.
68e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
90e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Boeschèpe et Berthen le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
114e RI: parti de Sept-Saulx le 19/10, arrivée à Cassel Bailleul le 22, puis cantonnement à Clyte-Kemmel.
125e RI: parti de Saint Hilaire le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis cantonnement à Dranoutre-Locre.
32e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Strazeele le 24, puis transport par bus à Dikkebus.
66e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 23 puis cantonnement à Poperinghe.
77e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 24, puis transport par bus à Dikkebus-Voormezele.
135e RI: parti de Mourmelon le 21/10, arrivée à Steenwerck le 23, puis transport par camion à Ypres-Vlamertinge.
Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un incident lors du transfert en train.

Le but est clair, il faut renforcer nos alliés anglais. Pour cela, l'ordre d'opérations n°1 du détachement d'armée en date du 22 octobre, 19 heures, prescrivit une offensive immédiate et générale:
1°) Dans la direction d'Ypres-Passendale-Roulers, par la 17e DI et les 6-7e DC mises à la disposition du 9e CA.
2°) Dans la direction de Dixmude-Thourot, par les troupes belges et les fusiliers marins
3°) Dans la direction Nieuport - Ghistelles, par la 42e DI et les troupes belges.
Pour le 9e CA plus précisement:
Le Général Dubois, disposant de la 17e DI et de deux DC, attaquera dans les conditions suivantes:
17ème Division, d'Ypres à Passendale;
Une division de cavalerie appuyant à droite cette attaque, en prenant comme point de direction Zonnebeke et Moorslende
Une division de cavalerie opérant de même, à gauche, sur Weestroosebeke.
Les éléments de tête de la 17e division déboucheront à 9 heures d'Ypres, que les deux divisions de cavalerie devront avoir dégagé auparavant.
Général d'Urbal

Un groupement d'artillerie lourde (Groupement Blumer) est mis à la disposition du 9e CA (2 batteries de 105, 1 de 155 Rimailho et 1 de 120). On recommande d'être économe en munitions, ne pouvant garantir le réapprovisionnement.

Ypres_155Rimailho

 

A l'heure prévue, 9h, à peine arrivée, la 17e DI traverse Ypres et exécute son mouvement. A midi, l'avant-garde atteint la ligne anglaise, à Fortuin. Zonnebeke est aux mains des Allemands depuis la veille.

Le général Guignabaudet déploie la division. 3 régiments sont en première ligne et un en réserve de division.
Le 68e reçoit Wallemolen comme objectif, le 90e reçoit Gravenstafel et le 114e reçoit Zonnebeke. Le 125e est maintenu au nord de Wietlje.

 

Ypres2_19141023

 

Les 68 et 90e, sous le barrage ennemi, progressent jusqu'aux tranchées principales allemandes. De son côté, le 114e engage 2 bataillons pour investir Zonnebeke. Dans le bourg, un des principaux de résistance est la gendarmerie. Les Allemands ont organisé défensivement Zonnebeke et ses abords.
Au nord et au sud, les divisions de cavalerie ne peuvent appuyer l'attaque, elles viennent en aide aux divisions anglaises qui subissent à leur tour des attaques.

A 15h30, la 17e division reçoit l'ordre de relève suivant:
"La 17e Division doit effectuer, dans la nuit du 23 au 24, la relève de la 2e division anglaise qui occupe le front Passage à Niveau - rivière à 1500 mètres au sud de Langemarck, soit en s'établissant en avant de sa ligne, soit en se substituant à elle dans ses tranchées."
Général d'Urbal

Cette relève nécessite une réorganisation des emplacements et des missions du 9e CA. Le 125e RI qui devait être engagé offensivement se voit donc attribuer un autre rôle.

Dans la soirée du 23 octobre, le général Dubois (9e CA) reçoit le message suivant du général commandant le détachement d’Armée :
"Ordre Particulier
Au point où nous en sommes, la plus petite rupture d’équilibre sur un point peut faire définitivement pencher la balance en notre faveur. Les troupes que vous avez devant vous et sur votre gauche paraissent appartenir pour la plupart à des corps de nouvelle levée sans grande valeur.
Profitez-en pour prononcer votre offensive sur Roulers avec la plus grande vigueur, sans vous inquiéter de savoir si vous êtes en flèche ou non.
Flanc-gardez vous à droite et à gauche et pousser de l’avant, quoi que fassent vos voisins de droite ou de gauche, sans vous inquiéter autrement d’eux que pour savoir ce qu’ils font. Tâchons de faire le trou.
Attaquez demain, aussitôt qu’il vous sera possible.
Général d’Urbal
Le 24 au matin, une instruction arrive du Détachement d’Armée :
Roosbrugge, 24 octobre 9h30
Instruction personnelle et secrète.
« D’après un renseignement obtenu cette nuit, les XXVIe et XXVIIe Corps allemands, partant de la région de Courtrai, attaqueraient sur Boesinghe et Ypres. Cette action est extrêmement favorable à l’attaque actuellement en cours. Il est, en effet, préférable pour notre offensive de rencontrer des troupes en mouvement plutôt que des troupes établies solidement sur un front défensif.
Il y a donc lieu de profiter de cette situation pour attaquer vigoureusement et repousser, sans leur permettre de s’accrocher au sol, les adversaires, dont les formations sont peu consistantes, qu’on rencontrera »
V. d’Urbal

Le général Foch y va aussi de son couplet :
Général Foch à général commandant le 9e Corps, le 24 octobre à 12 heures
Tous les éléments du 9e Corps sont actuellement débarqués ; prendre toutes les dispositions (transport en autos, etc…) pour que tous ces éléments soient utilisés aujourd’hui et que l’action en reçoive une nouvelle impulsion. Il nous faut de la décision et de l’activité.
J. Foch

A 7 heures, la préparation d’artillerie se déclenche. Une fois terminée, les attaques sont lancées.
Les 66e et 125e avancent d’un kilomètre vers Poelkapelle. Le 68e poursuit son avance de la veille et gagne ainsi 500 nouveaux mètres. Les tranchées allemandes sont enlevées à la nuit.
Le 90e gagne du terrain.
Dans Zonnebeke, le 114e mène un combat de rue, progressant de maison en maison. Ayant amené un 75 en première ligne, la caserne de gendarmerie cède enfin.

Vers 11 heures, une sérieuse contre attaque allemande se fait sentir sur les 90e et 114e. Des éléments de la 18e DI sont engagés afin de couvrir le flanc droit de la 17e DI. Deux bataillons du 135e sont ainsi engagés à au sud de la route de Passendale.

A 18 heures, le colonel Briant, chef de corps du 114e, rend compte qu’il tient tout le village de Zonnebeke.
Les combats continuent toute la nuit. .

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L’offensive française se poursuit
5 bataillons de la 18e DI entrant en action. De plus, l’affectation de 2 bataillons territoriaux au 9e Corps, permet de libérer la 17e DI des tâches de renforcement et de terrassement de la ligne de front. Au 268e RI, deux bataillons sont alors affectés à la première ligne.
Dans la nuit, le 90e RI échoue dans sa prise de Gravenstafel et le 66e doit repousser plusieurs attaques allemandes.
A 7h du matin, l’offensive reprend. Sous un barrage ennemi violent, la progression est lente. Des soucis dans l’avancement entre le 66e et le 125e sont signalés et empêchent la progression.
9e Corps d’Armée
Etat-major
Ypres, 25 octobre, 13h30
Ordre au général commandant la 7e Division de cavalerie
-   Le 66e rend compte qu’il ne peut progresser parce que le 125e ne marche pas. Le 125e ne marche pas parce que le 66e ne marche pas non plus. Et c’est ainsi de la gauche à la droite.
Cela peut durer longtemps.
-   L’ordre est formel : Le 66e attaquera sans tarder Poelkapelle.
Général Dubois
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A 14 heures, le 268e et le 68e ont progressé d’environ 1 kilomètre, le 90e de 500 mètres.
Le 114e a débouché de Zonnebeke. Le 135e entre en ligne.
Les 68e et 268e atteignent le Stroombeek, le 90e occupe Gravenstafel. Le 114e a dépassé Broodseinde.
La 18e division a achevé son déploiement, ainsi le 77e s’installe dans les tranchées situées à l’est de la route de Beselare.
L’attaque conjointe des 66e, 125e et du groupe cycliste de la 7e division de cavalerie progresse faiblement dans la direction de Poelkapelle.

Le 9ème corps d'Armée est enfin au complet et complètement déployé. Malheureusement, les unités sont dispersées, en effet, 2 brigades ont leurs régiments séparés et placés aux extrémités du front.

Jusqu'à présent Paschendaele avait été l'objectif principal des attaques françaises. A partir du 26, Poelcapelle devient l'objectif principal, ce changement est effectué en lien avec la nécessité de venir plus directement en aide aux forces franco-belges du secteur de l'Yser.

Détachement d'Armée de Belgique
Etat-Major
Au quartier général, 25 octobre 18 heures
Instruction particulière pour M. le général Dubois, commandant le 9e corps d'Armée.
Il importe de profiter de l'avance gagnée par le 9e corps pour déclencher, à l'est de la foret d'Houthulst, une attaque en forces destinée à dégager le front de l'armée belge et à élargir la trouée déjà faite dans la ligne ennemie.
A cet effet, M. le général dubois, avec tous les éléments dont il dispose et la 31e division d'infanterie, qui débarquera dans la région d'Ypres et qui sera en mesure de se mettre en mouvement le 26 octobre à partir de midi, prononcera ce jour-là, sur l'axe Staden-Cortemarck, une offensive qui devra être menée avec la plus grande vigueur. Cette attaque sera préparée, dès le matin du 26, par une attaque sur Poelcapelle.
L'attaque sur Passchendaele sera vigoureusement continuée par les unités déjà engagées sur ce point.
V. d'URBAL
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Dès 15 heures, les 125 et 66e RI déclenchent l'attaque, progressant très lentement par infiltration. A 18 heures, l'assaut vient s'échouer sur les barrières de fil de fer allemands. La participation de la 31e division ne s'effectua pas, la pagaille dans la transmission des ordres, l'inorganisation firent que celle qui devait apporter l'élan supplémentairene fut même pas engagée, les premières unités arrivant à Saint Julien à 17 heures.

Au centre, la 17e Division, déjà éprouvée, poursuit son offensive. Les 268 et 68e RI réalisent un gain de mille mètres, alors que les 90 et 114 e RI ont aux un gain de 300 mètres. Une centaine de prisonniers est réalisée. Engagées depuis 4 jours et 4 nuits, les troupes accusent la fatigue.

A droite, les troupes de la 18e DI doivent se retirer du sud de la voie ferrée, le commandant de la 7e division anglaise se plaignant du fait que ses troupes sont gênées par la présence des troupes de la 18e DI qui ne devraient se trouver là.
Ce jour, le lieutenant-colonel Maury, chef de corps du 135e RI, tombe à l'ennemi en entrainant ses troupes lors d'une attaque.

Chaque camp a des missions offensives. Chacun attaque et finalement neutralise l'adversaire. A chaque fois les résultats sont partiels. Malgré cela, les ordres sont toujours offensifs:

26 octobre, 20 heures.
Points d'attaque (ne pas permettre qu'on les perde de vue):
17ème division: Passchendaele puis Roulers
31ème division: Westroosebeke puis Staden
Groupe Hély-d'Oisel: Poelcapelle, puis Sud-nord (liaison avec le corps de Mitry)
Action vigoureuse, incessante, à fond partout. Citations à la première compagnie qui entrera à Poelcapelle et à la première compagnie qui entrera à Passchendaele et s'y maintiendra.
Me proposer pour croix et médaille militaire tous ceux qui se seront fait remarquer par leur vigueur.
V. d'URBAL.

Le commandant du 9e CA prescrit alors de reprendre les attaques dès 6h.30 le 27 octobre.
Les gains du jour sont maigres. Quelques maisons au 114e RI, quelques tranchées au 77e, très légère avance au 66 et 125e RI et faible progression à la 31e DI, vers Spriet.

Les 28 et 29 octobre, les ordres sont les mêmes.

Détachement d'Armée de Belgique
Rousbrugge, 28 octobre, 21h30
L'offensive continue demain, 29 octobre, sur tout le front, dans les mêmes conditions que le 28.
la densité actuelle des effectifs de votre secteur permet d'espérer que nous pourrons faire un grand pas en avant.
V. d'URBAL

Le 66e perd quelques tranchées suite à une attaque allemande puis les reprend en milieu de journée. La 31e DI occupe une ligne de tranchée ennemie mais ne peut déboucher. Les contre attaques ennemies pèsent sur les actions de la 17e DI, dont les gains sont maigres. A la 18e DI, les combats sont confus et violents.

Le statu-quo régne donc sur le front du 9e corps d'Armée, malgré les appels à l'offensive.

En ce 30 octobre 1914, les attaques incessantes des deux côtés continuent.
Dans la nuit du 29 au 30, une attaque des 114 et 90e RI permet le gain d'un bois au nord de Graventafel. les ordres pour le 30 demandent de continuer les attaques. Un groupement regroupant la 31e division (81, 122 et 142e RI) et le détachement Hély-d'Oisel (66, 125e RI et 7e division de cavalerie) est constitué sous les ordres du général Vidal en vue de pousser dans l'axe de la route de Saint Julien à Poelcapelle.

Ypres2_19141030

Pendant ce temps, les attaques allemandes continuent. Le 135e RI subit 3 heures durant une offensive qui durait jusqu'à 9h.00. La 18e DI amorçait un mouvement vers l'avant vers midi, mais une contre attaque se produisait sur la droite du 77e RI. Alors que le 16e corps d'Armée arrivait vers le milieu de la matinée en vue de complèter les mouvements offensifs du 9e CA, de graves complications survenaient brusquement.

A 11 heures, le 1er corps anglais fait savoir que la pression est de plus en plus grande sur son front. A 15 heures, la demande de secours est pressante. Hollebeke est perdu. Une brigade de la 6e Division de cavalerie est envoyée aux alentours d'Hooge. Les 2ème et 7ème divisions anglaises se sont repliées l'une à Saint Eloi, l'autre à Klein-Zillebeke. Devançant l'urgence, le commandant du 9e CA avait déjà émis l'ordre suivant, car Ypres est directement menacé:

9e Corps d'Armée
Etat-Major
3e Bureau
Poste de commandement Ypres - 3à octobre 13h30
Les deux bataillons du 68e et le bataillon du 268e formant réserve à la disposition du commandant du corps d'armée, sous le commandement du lieutenant-colonel Payerne, se porteront au reçu du présent ordre, par Saint Jean et Potijze, sur Zillebeke où ils se mettront à la disposition du général commandant le 1er corps anglais
Général DUBOIS

Malgré le départ des troupes de secours, les combats continuent néanmoins. Le 290e RI, par un brillant combat, se rend maître des tranchées couvrant Vallemolen. Lancée à 17 heures, l'attaque permit le gain de la première ligne de tranchées ainsi que quelques maisons du village.

Une période critique commence pour les unités alliées. Le XVe corps allemand est entré en action, accompagné par une partie du IIe corps bavarois et du XIIIe corps d'armée. Ils pésent sur le secteur anglais, ce qui déséquilibre le positionnement allié. De plus, l'Yser étant maintenant inondés, certaines unités sont utilisées pour peser sur le saillant d'Ypres.

Cela se ressent tout de suite dans les ordres données aux troupes du 9e corps d'Armée. Le détachement Payerne devient le détachement Moussy avec l'arrivée de renfort prélevés sur les lignes de front.

9e Corps d'Armée
Etat-Major
Ypres, 30 octobre, 22h30
Ordre particulier aux généraux commandant les 17e et 31e divisions d'infanterie
Par ordre du commandant de l'armée, il sera formé demain, 31 octobre, sous les ordres du général Moussy, un détachement comprenant cinq bataillons, trois batteries, six escadrons, pour être mis à la disposition du 1er corps anglais. ce détachement sera constitué ainsi qu'il suit:
1) Détachement Payerne (2 bataillons du 68e, 1 bataillon du 268e), déjà à la disposition du 1er corps anglais;
2) Un bataillon du 68 et un bataillon du 268e, à relever cette nuit par la 31e division;
3) Une brigade de la 6e division de cavalerie, déjà à la disposition du 1er corps anglais;
4) Un groupe d'artillerie de corps pris parmi ceux de la 31e division;
Le général Moussy viendra de suite à Ypres (Hotel de ville) prendre les instructions du général commandant le 1er corps anglais.
La relève des bataillons du 68e et du 268e sera faite par deux bataillons de la 31e division, après ententes avec les deux généraux de division.
Ces différents éléments seront mis en route de manière à se trouver à Zillebeke à 6 heures. itinéraire: Saint-Jean, Potijze, Halte de Zillebeke
Général DUBOIS
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Au final, les 2 bataillons des 68 et 268e RI furent remplacés par deux bataillons du 90e RI.
Le 9e corps ne possèdait alors plus de réserve, hormis le 7e Hussards à Saint-Jean.
Pendant ce temps, le 1er corps anglais fut violemment attaquer à Gheluvelt. Malgré une forte résistance, la ligne anglaise dut reculer jusqu'à un bois entre Hooge et Veldhoek.

Ypres1_19141031

Un fait décisif se produisit alors. Il est reporté ainsi dans les Mémoires du général Dubois:

"...
Pendant cet entretien, le commandant Jamet, demeuré devant le poste de commandement, voit passer l'automobile du maréchal French qui rentrait à son quartier général. faisant à nouveau preuve d'initiative, il l'arrête, lui fait connaitre que le général Foch se trouve là et lui expose qu'étant donnée la situation, celui-ci serait sans doute très désireux de s'entretenir avec lui. les commandants des forces françaises et anglaises se trouvent ainsi réunis.
Concours de circonstances providentiel qui met en présence sur le terrain d'action, à un instant critique où il fallait une décision immédiate, les deux chefs dont les quartiers généraux étaient éloignés de 40 kilomètres! Ainsi put être tranchée en quelques minutes une question qui, autrement, n'eut pu être solutionnée en temps utile.
Le général Foch annonce au Maréchal que le 9e corps vient d'envoyer à sir Douglas Haig sa réserve qui va arriver sur le théatre de l'action. Des forces importants, ajoute-t-il, sont en cours de débarquement, qui viendront appuyer l'armée anglaise au point du jour. Il obtient du maréchal French que celui-ci retire l'ordre de retraite donné aux troupes anglaises.
...."

Ypres en fut certainement sauvé. le positionnement des renforts français permit alors aux troupes anglaises de se ressaisir et ainsi de se fortifier, donc d'opposer une barrière aux attaques toujours grossissantes des Allemands.

Mais les combats autour d'Ypres continuèrent pour le 9e Corps et ce jusqu'en mai 1915, pour certaines unités (152e DI - 304 Brigade - 268 et 290e RI) qui virent rappelée en secteur suite aux attaques aux gaz d'avril 1915.

Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983

 

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24 avril 2018

Exercice et Carte Postale - Guillaume Apollinaire [Actualisé 2018]

Aujourd'hui (7 octobre 2013), les oeuvres de Guillaume Apollinaire passent dans le domaine public. Histoire de rendre hommage à l'artilleur qu'il était alors, mais néanmoins poète, voici donc un poème publié en 1918.

Non, je ne reprendrai pas le célèbre: ""Ah Dieu ! que la guerre est jolie"

Guillaume_Apollinaire_foto

 EXERCICE

Vers un village de l’arrière
S’en allaient quatre bombardiers
Ils étaient couverts de poussière
Depuis la tête jusqu’aux pieds

Ils regardaient la vaste plaine
En parlant entre eux du passé
Et ne se retournaient qu’à peine
Quand un obus avait toussé

Tous quatre de la classe seize
Parlaient d’antan non d’avenir
Ainsi se prolongeait l’ascèse
Qui les exerçait à mourir

Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), NRF, 1918


Pour le plaisir de la lecture ....d'un autre poème d'Apollinaire, poème court mais exquis.

Carte postale

    Je t'écris de dessous la tente
    Tandis que meurt ce jour d'été
    Où floraison éblouissante
    Dans le ciel à peine bleuté
    Une canonnade éclatante
    Se fane avant d'avoir été

 

Calligrammes
Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916)
, NRF, 1918

646

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20 avril 2018

Le 290e RI au Reichackerkopf, la dent dure du colonel Eggenspieler

Les derniers jours des 2 régiments de réserve de l'Indre nous méneront rapidement vers le mois de juin. Les 268e et le 290e sont dans les Vosges en attendant leur dissolution. Je laisse le colonel Eggenspieler (Chef de corps du 290e) narrer la position des régiments et l'environnement proche.

Le régiment a toujours eu un bataillon au Reichacker. A droite de ce bataillon il y avait des bataillons d'infanterie territoriale, à gauche un bataillon de chasseurs à pied territorial (B.C.P.T.) et deux compagnies russes. Quand le 5e bataillon et les chasseurs ont quitté le secteur le 6e s'est étendu du Reichacker jusqu'à Ampfersbach dans la vallée de la Fecht.

Capture22avril1918

Les territoriaux à notre droite appartenaient à des régiments normands. C'étaient pour la plupart des hommes décatis et usés. Moi qui venais d'une garnison normande je connaissais la cause de leur décrépitude, c'était l'alcool. Quel contraste avec la physionomie des chasseurs qui eux aussi étaient de la territoriale. Le chef de ces chasseurs était un artiste peintre bien connu, le commandant Georges Desvallières, le peintre du « Christ aux barbelés » admis l'an dernier à l'Académie des Beaux-Arts. Tous ses chasseurs étaient des gars solides, aux physionomies fraîches et ouvertes. Ils avaient gardé dans leur démarche et dans toutes leurs attitudes les manières du chasseur à pied. Ils avaient conservé intacte l'empreinte que leur avait laissée leur temps de service actif.

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Georges Desvallières - L’Assaut (détail du Sacrifice de la Guerre, 1922, mur de droite), photo R. Ghezelbash.
Sources:
George Desvallières et la Grande Guerre - Catherine Ambroselli de Bayser sur Revue LISA 2012 PU Rennes

 

Quant aux Russes, qu'en dire ? Physiquement c'étaient de beaux gaillards, grands et sveltes. Mais au moral ils étaient bien bas. Leur ressort intérieur était brisé. Plusieurs d'entre eux ayant essayé de passer à l'ennemi, j'ai été obligé de les faire surveiller par les chasseurs. Les officiers de compagnie n'avaient aucune autorité sur leurs hommes qui faisaient observer la discipline en dehors de leurs supérieurs. Un soir que les chasseurs avaient fait rentrer à coups de fusil deux Russes qui avaient essayé de s'évader, un caporal russe aidé de deux hommes les emmena le lendemain matin à l'arrière, soit disant pour les déférer au tribunal russe. Or, en cours de route le caporal brûla tout simplement la cervelle au deux délinquants.

L'ensemble du détachement russe était sous les ordres d'un Lieutenant-Colonel. Je l'ai vu chaque fois que j'allais rendre visite à ces compagnies. Il parlait très correctement le français. C'était un officier supérieur très digne qui prenait son métier à coeur. Il était mélancolique et paraissait souffrir de sa situation au milieu des troupes françaises qui avaient un moral si élevé. Il se rendait bien compte que les services qu'ils nous rendait étaient médiocres. Dans chaque compte rendu que je faisais sur le détachement russe, je demandais qu'on voulût bien le retirer des premières lignes. Je voyais quelquefois passer les fractions qui allaient relever. Il y avait toujours à la queue un assez grand nombre de traînards qui étaient ivres.

colone russe Yeske avril 1918 sulzern soldats russes sur route de Sulzern Alsace mai1918
Soldats Russes, secteur Sulzern mai 1918 - Sources Robert Parlange Forum Pages1418

A la gauche des Russes il y avait le 268e. J'allais le voir souvent, ainsi que le Lieutenant-Colonel Cambel qui commandait le régiment à ce moment. Je m'entendais parfaitement avec cet excellent camarade que je fusse simplement son voisin ou son commandant de secteur.

Cambel
Le lieutenant colonel CAMBEL, futur chef de corps du 90e RI
(Collection de l'auteur)

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

A propos de Georges Desvallières, on lira un article sur le site Centenaire.org et on admirera un superbe cliché

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24 mars 2018

Le capitaine Bouverat et les bleus de la classe 1918 du 68e RI. [Réactualisation 2018]

Collectionner des cartes photos ayant rapport avec les unités du département de l'Indre est une passion qui prend du temps mais surtout demande de la patience. Parfois certains achats sont quelques peu foireux et parfois on tombe sur des pépites insoupçonnées. Concernant ces clichés, ceux ayant trait aux périodes dans la Zone des armées sont relativement rares. Par contre, il est courant de trouver des clichés ayant trait à la période d'instruction, lors de séjours à l'arrière, périodes plus propices à se faire tirer le portrait en individuel ou en groupe.

Il y a quelques temps, un lot de 2 clichés m'avait intrigué:

RI068_Classe1918_Encadrement2 RI068_Classe1918_instruction2

 

Il s'agit de 2 cartes du 68e RI, la première correspond à un groupe de gradés posant dans une caserne, la deuxième représentant un groupe de soldats avec certains des gradés du premier cliché. Ce qui m'attira fut les uniformes des soldats de la 2ème photo.
Les soldats sont équipés d'une vareuse de début du conflit (Gris de fer bleuté - GBDF) et portent des képis bleu horizon (BH). Fait intéressant, les soldats portent des pattes de col "jonquille" donc de couleur jaune. La carte "officiers et sous officiers" les montrent quasiment tous équipés de drap BH, à l'exception de quelques uns (grades subalternes).
On ne peut se tromper ces clichés sont bien du même photographe, pris au même endroit, le décor d'arrière-plan est le même et pris vraisemblablement le même jour, d'ailleurs le vendeur présentait ces 2 cartes en lot.

Ces 2 clichés étaient-ils datables?

Capture


L'apparition d'éléments BH, permet une datation à minima mi-1915. On note aussi la présence de Croix de guerre sur certains uniformes, nous sommes donc après le mois d'avril 1915 qui institua le port de la Croix de Guerre.
Les pattes de col "jonquille" furent celles de l'infanterie de novembre 1914 à avril 1915. Or il n'est pas rare de voir de tels écussons, dans les dépots, un peu plus tard que ce mois d'avril. On notera l'utilisation des "ersatz" de ceinturon, ici en toile. A partir du 15 mai 1915, leur usage est réservé aux dépots et est interdit en ligne.
Malheureusement, il est assez compliqué d'aller plus loin, en l'absence de toute annotations effectuée au verso des clichés.

Peut-on définir le lieu?

Sans trop de doutes, on peut déterminer que le lieu de prise de vue est situé dans une caserne, donc vraisemblablement à la caserne Chanzy du Blanc (36), d'autant que le dépôt du 68ème RI (voir ci-dessous) était constitué de baraquement provisoires.
L'appel des classes s'effectue tout d'abord au sein de la caserne du régiment, ensuite au bout d'un certain temps de formation, les recrues sont déplacées vers les dépots de régiment. Les dépots des régiments de l'Indre étaient situés autour du camp du Ruchard (Indre et Loire) comme je le signalais dans un ancien message http://indre1418.canalblog.com/archives/2010/09/30/19053474.html De là, les recrues allaient alimenter les régiments, les dépots divisionnaires.

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Les dépots des 68e et 90e RI (Saint-Epain et Chapelle de Cheillé)

En 2014, j'avais présenté ainsi une carte concernant la 38e escouade du 90e RI qui représentait la classe 1916 à Châteauroux (qui avait hâte de partir) http://indre1418.canalblog.com/archives/2014/02/27/29324156.html

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Classe 1916 juste avant leur départ de Châteauroux

Un rebondissement:

Une récente trouvaille me fit progresser dans l'identification de ces deux clichés, puisque dans une foire aux vieux papiers, je trouvais non pas un des deux clichés, mais les deux à nouveau dans un même lot, et cette fois une surprise m'attendait.
L'explication est marquée directement sur une des deux cartes.

RI068_Classe1918_Encadrement1 RI068_Classe1918_instruction1_Recto


Le cliché "officiers - sous-officiers" est légèrement différents entre les deux cartes. Le cadrage est désaxé sur la gauche pour la 2ème version et un des officiers du premier rang (le 3ème à gauche) a changé légèrement de position, décroisant ses bras. Concernant le cliché "soldats" le cliché est exactement le même, seul le cadrage est différent et permet de mieux visualiser les soldats de gauche dans la deuxième version.

Maintenant, nous savons donc à la lecture du recto de la 2ème carte "soldats" qu'il s'agit de la Classe 1918.
Ceci change carrément la datation possible. Pour cela, je vous invite à visiter le site d'Arnaud qui est la référence dans ce domaine et de découvrir son article sur l'incorporation des classes 1911 à 1919: http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Pasapas/E402mob2.html

La classe 1918 qui devait à l'origine être appelée en octobre 1918, fut appelée théoriquement le 16 avril 1917. Ces clichés datent donc de cette date. Il est intéressant de voir qu'en 1917, on continue d'utiliser les stocks d'habillement du début du conflit. Cet équipement sera échangé pour une tenue plus "académique" et entièrement en BH, au fur et à mesure de l'avancement de la formation.

Une autre surprise fut de découvrir que le 2ème cliché "Soldats Classe 1918", non seulement avait un titre au recto, mais au verso se trouvait la liste des soldats.

RI068_Classe1918_instruction1_Verso

Voici la transcription de la liste visible sur le verso de la carte ci-dessus, non compris les encadrants:

Rousseau C. - Séché - Richet - Rousseau N - Wurtz R - Annault - Guichard V - Grelet H - Lhuillier J - Vergne M - Robert - Vinet R - Langlois A - Bertrand A - Pirot J - Pommé A - Laurendeau - Tuault P - Giraud L - Perriot P - Malbran E - Malasene - Hucault - Landoyer R - Giraud M - Vincent P - Lourdault M - Pagnard V - Richard - Capin - Larose - Joliveau - Lépy - Vincendeau - Gourry - Perrin H - Legros F - Olivier F - Ardon H - Vinatier S - Pornet S - Lebled - Pineau L - Trouvé G - Turpeau F - Jolly - Portelon

Ceci allait permettre des identifications, non sur les positions des soldats sur le cliché, mais sur le parcours des soldats et des encadrants (officiers, sous-officiers et caporaux).

59 personnes composent le cliché "soldat" cependant seuls 56 noms sont répertoriés sur le cliché.

A partir de la liste nominative, est-il possible de déterminer des renseignements complémentaires?

L'identification des soldats:

Depuis 2006, j'ai établi la liste des Morts pour la France (MPF) du 68ème RI soit 3434 "morts pour la France" (et des autres régiments du département - 3538 MPF pour le 90ème RI), cette liste a d'ailleurs peu évoluée depuis 9 ans, seuls quelques rajouts ont été effectués.
La première chose à regarder est d'abord de comparer les MPF "classe 1918" de mon fichier avec les noms de la carte. Sur mes listes 33 "classe 1918" du 68ème RI qui furent déclarés MPF, aucun des noms ne correspond à la la liste de la carte. Par acquis de conscience, j'ai ensuite regardé dans la liste des MPF du 90ème RI, ce régiment faisant brigade avec le 68ème et ayant le même parcours. Là, trois cas qui correspondent potentiellement à des noms de la carte:

 

  • LANGLOIS Alfred Silvain:

Le soldat Alfred Langlois est né le 26/05/1898 à La Chatre (Indre), il est tombé le 25/08/1918 au ravin de Morsan qui se trouve sur la commune de Vézaponin dans l'Aisne (A noter que la fiche Mémoires des Hommes, indique le département de l'Oise). Il s'agit là des derniers grands combats de la 17e Division qui les menèrent jusqu'aux combats dits de l'Orme de Montécouvé.
Sa fiche matricule disponible sur le site des Archives Départementales de l'Indre (Classe 1918 Châteauroux R2517 Maticule 935 page 620) , nous permet de visualiser sa présence au 68e RI, puis au 90e RI.

AD36_FicMat_LangloisAlfred


Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f15e5bea4/5242be9d84f7a

Il est à noter qu'Alfred Langlois figure sur le monument aux morts et le livre d'or de la commune de La Chatre. La préfecture de l'Indre adressa à la mairie un diplome de Mort pour la France afin que celui-ci soit remis à la famille. Mais surtout, que cette dernière rapatria au pays le corps du défunt et ce dès le premier convoi qui arriva dans le département le 17 mars 1921.

 

  • TROUVE Gaston:

Le soldat Gaston Trouvé est bien le bon soldat. A partir de sa fiche MDH, il est possible de trouver sa fiche matricule aux Archives départementales des Deux Sèvres. Le recrutement indiqué sur la fiche est Parthenay, mais la réalité des registres sur le site des AD79 lui attribue un recrutement à Niort. Sa fiche est bien la n° 72.
Au regard des données présentes sur cette fiche, il apparait qu'il est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et qu'il est ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

CaptureFM_Trouve1Ces données sont très intéressantes car elles permettent une fourchette haute et basse concernant les dates de prise de vues des clichés trouvés, soit entre le 3 mai 1917 et le 1er décembre 1917, date à laquelle il rejoint le 90ème RI.

Gaston Trouvé décèdera des suites d'intoxication par les gaz à Neuilly sur Seine (92), à l'hôpital auxiliaire n°55 (52 Boulevard d'Argenson soit l'actuel centre hospitalier de Neuilly).

Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m00523a02d876db2/5242c0b254ee5

Gaston Trouvé figure sur les monuments aux morts d'Augé et de Verruyes (79). Il figure aussi sur les plaques commémoratives des églises de ces 2 communes.

 

  • VINATIER Réné:

La fiche matricule du soldat René Vinatier vient confirmer les données trouvées sur celle du soldat Gaston Trouvé. Dans ce cas, il s'agit de la fiche n°592 du recrutement Niort de la classe 1918.
Lui aussi est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

René Vinatier succombera le 28 mai 1918 à Provins (60) au sein de l'hôpital complémentaire n°3 des suites d'une broncho-pneumonie.

 

Est-il possible de retrouver les autres noms? Certainement, mais cela demanderait beaucoup de temps. Il serait tout d'abord nécessaire de déterminer quels sont les Bureaux de recrutement qui, pour la classe 1918, furent affectés au 68ème RI. Les 3 cas ci-dessus nous donnent déjà des indications d'origine liées à la 9e Région Militaire (Chateauroux et Parthenay-Niort).
Si je regarde la liste des 98 MPF classe 1918 des 68ème et 90ème RI, j'obtiens dans l'ordre décroissant:

CaptureClassementBureauxRecrutement

Cela me donne donc une liste de 14 bureaux de recrutement, à minima, dans lesquels il faudrait chercher les fiches une à une, tout en ne connaissant que le nom et parfois l'initiale du prénom. Comme de plus les fiches matricules de l'Indre (Le Blanc et Chateauroux) ne sont pas en ligne, je préfère m'arrêter là dans cette étude de recherche (Peut-être un jour, je reviendrais dessus).

 

L'identification de l'encadrement:

CaptureEncadrement

La liste de noms nous indique dans l'ordre des grades: Capitaine BOUVERAT, Sous-lieutenants GENTILLEAU et LOUIS, Adjudants CORON et DELALIEU, sergent DEPOND, caporaux RAGOT et SAUVAITRE
Sur le cliché, les grades sont répartis en fonction de leur niveau en partant du centre, donc du chef. nous avons ainsi de gauche à droite:
1 caporal, 1 adjudant, 1 sous-lieutenant, 1 capitaine, 1 sous-lieutenant, 1 adjudant, 1 sergent, 1 caporal.

Les seuls aisément identifiables sont le capitaine BOUVERAT et le sergent DEPOND, ceux-ci étant les seuls dans leur grade.

  • Le capitaine BOUVERAT:

CapturePouverat


Il est facilement reconnaissable par son uniforme, au passage on notera la présence sur sa manche gauche de brisques de présence au front. Le capitaine Bouverat est aussi celui dont il est le plus facile de retrouver des traces. Un petit passage par Google permet de retrouver sa trace dans le Journal Officiel du 25 novembre 1917.

JO_Bouverat
Sources: Gallica BNF

Encore plus intéressant, comme le montre le cliché celui-ci est titulaire de la Légion d'Honneur. Il est possible sur le site Léonore de retrouver son dossier: http://www.culture.gouv.fr/LH/LH027/PG/FRDAFAN83_OL0342020v001.htm
On y apprend divers éléments d'Etat-civil, ainsi que la date de sa nomination à l'ordre de Chevalier de la LH (3 mai 1916. On y apprend aussi qu'il est titulaire de la Croix de Guerre, ce que confirme le cliché. A partir de ces données, il est aisé de retrouver sa fiche matricule (AD 01 - Recrutement Belley - Classe 1896, fiche n°665)

Ancien engagé au 23ème RI, en décembre 1914, sous-lieutenant, il est nommé au 68ème RI; il ensuite passe lieutenant puis capitaine (à titre temporaire). D'octobre 1917 à mars 1918, il passe au 90ème RI et revient au 68ème RI. A la fin du conflit, il retourne au 23e RIoù deviendra capitaine à titre définitif en 1920. Il déccèdera en 1923 à l'hopital de Belfort.
Il est titulaire de plusieurs citations à l'ordre du 68ème Ri et de la 17ème Division.

  • Le sergent DEPOND:

CaptureDepond

En l'absence d'autres indications, il est difficile de retrouver trace de lui. Malgré cela, il est remarquable de noter la tenue de celui-ci. Le haut de l'uniforme est conventionnel, mais le pantalon est quelque peu non réglementaire.

La carte des officiers et sous officiers:

RI068_Classe1918_Encadrement2

Vraisemblablement, nous sommes là devant l'encadrement d'une Cie d'instruction du 68ème RI. Nous retrouvons les cadres présents sur l'autre cliché, hormis les 2 caporaux. Ceci est compréhensible, les caporaux sont des militaires du rang et ne font donc pas parti des sous-officiers.
Si les hommes présents sur ce cliché sont effectivement les formateurs des jeunes de la Classe 1918, il est à noter que nombreux sont les détenteurs de médailles et de chevrons de présence au front et que ceux-ci mettent facilement en avant ses insignes de leur passage au front. A nouveau on notera la diversité des effets militaires surtout concernant les draps utilisés, sans oublier qu'en 1917, cela fait déjà quelques temps que le drap Bleu Horizon est généralisé, mais au final seulement au front. L'intendance a encore quelques vieilles tenues à refourguer.

Si le capitaine Bouverat est facilement identifiable au centre du cliché on reconnaitra d'autres têtes dont le sergent Depond, moustaches au vent, quasiment au dessus du capitaine Bouverat.

Malheureusement malgré toute cette étude, nous ne connaissons pas le numéro de cette compagnie.

Toute cette étude m'évoque un vieux cliché du 68ème RI que j'avais en stock depuis pas mal d'années et que je ne pouvais pleinement commenter, mais que je ne peux m'empêcher de vous présenter ci-dessous afin que vous fassiez vous-mêmes le parallèle avec le premier cliché présenté:

RI068_GroupeSoldats

Nous avons typiquement des très jeunes recrues qui portent la même tenue que sur le cliché "Soldats Classe 1918" que je présente plus haut. La seule différence notable est constituée par la couleur BH des bandes molletières. Ce cliché est plus informel et les pauses sont plus fraternelles que sur le cliché précédent. Sommes-nous encore au temps de l'instruction à la caserne? Sommes nous au temps de l'instruction au dépot? Je ne sais et l'absence d'annotations au verso ne permet de le dire.


 

Réactualisation mars 2018

Suite à la publication, Philippe Turpeau m'a contacté pour m'annoncer qu'il avait reconnu son aieul Fernand TURPEAU sur le cliché.
Originaire des Deux-Sèvres, il a donc entrepris une recherche se disant que son aieul avait peut-être des copains de recrutement sur ce cliché.

Voici le mail que me fit parvenir Philippe:
Mon grand père est sur cette photo TURPEAU Fernand né le 21 aout 1898 il est incorporé le 3 mai 1917 au 68RI puis passe le 1 dec 1917 au 90RI. Il a été blessé le 29 aout 1918 à Montécouvé. J'ai trouvé les registres militaires de 15 personnes citées à l'arrière de la carte postale, ils sont tous des Deux Sèvres (bureau NIORT_POITIERS). ils ont été incorporés au 68RI (18 avril ou 3 mai) et passés au 90RI (1 oct ou 1 dec). j'ai un fichier résumant ces infos

Voici les 15 classes 1918 de recrutement Niort identifiés par Philippe:

Capture1

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21 mars 2018

Mars 1918, présentation des secteurs : Reichacker, Tête de Faux, Linge.

Dans un message précédent (écrit en 2008, il y a 10 ans donc), le colonel Eggenspieler avait raconté l'arrivée dans les Vosges. Je me limite à citer les passages clés du livre du colonel Eggenspieler par manque de temps à consacrer à la rédaction des messages.
Avant de vous livrer le texte tel quel, je ne peux que vous conseiller de vous rendre sur le compte Facebook de Denis Souchaud. Kévin, au travers de messages quotidiens, nous fait revivre le parcours de l'année 1918 du 268e RI, le régiment jumeau du 290e dont le colonel Eggenspieler était le chef de corps.

https://www.facebook.com/people/Denis-Souchaud/100005381536365

 

Laissons maintenant la parole aux gars du 290e qui vous présentent le secteur qui va voir leurs derniers combats avant la dissolution qui adviendra en juin 1918:

Le 12 mars, l'E.-M. du régiment et le 5e bataillon se mirent en marche vers le Collet, par la merveilleuse route des lacs de Longemer et de Retournemer. Le 6e bataillon fut transporté par la voie étroite.
Le Collet était la partie du sommet des Vosges située immédiatement à l'Ouest du Col de la Schlucht. Il s'y trouvait un camp qui portait le nom de camp du Collet composé de nombreuses baraques dispersées sous les arbres. Dans ce camp étaient installés toutes sortes d'E.-M. et de chefs de services. Il s'y trouvait notamment le Général de Brigade commandant le secteur avec son E.-M. et le commandant de l'artillerie. Le Général de Brigade qui commandait au moment où nous sommes arrivés était un vieux Général quinteux, il était je crois du cadre de réserve. Il était détesté de son personnel. J'ai remarqué aussi que le Général de Division quand il venait dans le secteur ne s'adressait jamais à lui. Après notre entrée dans le secteur je ne l'ai plus revu. Il est parti définitivement quelques semaines après notre arrivée. Il a été remplacé avantageusement par un jeune colonel du nom de Cot qui devait compter de nombreuses campagnes coloniales. Sa tunique était barrée de trois ou quatre rangées de décorations, C'était un garçon calme et tranquille. Il venait me voir presque journellement. Il nous a quittés à son tour au bout d'un mois environ. J'ai fait l'intérim du commandement du secteur jusqu'à l'arrivée d'un nouveau titulaire. C'était un Général de Brigade de cavalerie qui était je crois également du cadre de réserve. C'était un homme charmant comme on sait l'être dans l'arme de la cavalerie. Il s'appelait Violand et était Alsacien comme moi. Nous parlions souvent du pays de l'autre côté de la crête et nous nous demandions si nous finirions par y descendre. J'ai correspondu avec le Général Violand encore longtemps après mon départ du secteur.
Dans le secteur du Reichacker nos lignes étaient à cheval sur la vallée de Munster. Elles partaient au Sud, du Klitzerstein, près de Muhlbach, passaient au Reichacker, traversaient la Fecht à Ampfersbach et aboutissaient au Nord, à Soultzeren. En plus du secteur du Reichacker nous avons occupé temporairement le "Linge", le "Immelinskopf" (1.215 mètres) au nord du lac Blanc et la "Tête de Faux" (1.219 mètres), au sud du Bonhomme.
A l'intérieur des lignes notre occupation était assise sur un fort massif de montagnes qui se détachait de la crête générale des Vosges au Hohneck, et dont l'extrémité Est aboutissait à Munster. Une série de sommets qui allaient en s'abaissant de l'ouest à l'est jalonnaient la crête du massif montagneux. Le sommet le plus élevé était le grand Hohneck (1.361 mètres), puis venaient le petit Hohneck (1.287 mètres), le Gaschney (1.090 mètres), le Tannele, le Sattel-Kopf et finalement le Reichacker.
Au Hohneck il y avait un observatoire doublé d'un poste d'écoute. J'y allais très souvent. J'y passais des heures à observer la plaine et le cours du Rhin dont je voyais miroiter la surface en certains endroits. Les Allemands s'étaient installés dans ce pays de force après leurs victoires de 1870, ils n'avaient donc rien à dire si nous y revenions par les mêmes moyens.
Mon P.C. était installé au Gaschney. Il y avait là un certain nombre de baraques édifiées par les chasseurs. Sur les pentes du Gaschney, plus bas que mon P.C. se trouvaient des parcs de voitures et d'animaux. Notre poste de secours régimentaire était installé dans une baraque très confortable au même niveau que mon P.C. Au Tannele était installé le camp Nicolas. La partie élevée de ce camp avait été détruite par un bombardement, sans doute au cours des combats du Reichacker. Sur le flanc Nord du Gaschney il y a eu autrefois des mines d'argent. Leur emplacement est marqué sur la carte des Vosges au 20.000e.

Eggen_P514
Carte du secteur Sources Col. Eggenspieler - Le 290e, un regiment de réserve du Berry (page 514)


Tout le massif montagneux qui s'étendait du Hohneck jusqu'à Munster était couvert de forêts magnifiques de sapins poussés droits comme des cierges. Le massif était bordé au Sud par la Grande Fecht qui passait à Metzeral. De notre secteur on ne voyait presque pas cette vallée. Au Nord le massif était borné par la Petite Fecht qui passait à Stosswihr dont nous aurons à reparler. Les deux Fecht, petite et grande, se réunissaient à Munster où elles formaient la Fecht proprement dite. Des hauteurs au Sud de Soultzeren on avait des vues magnifiques sur la vallée de Munster. Les Allemands nous empêchaient de voir à l'intérieur des rues de la ville en tendant d'énormes toiles successives à travers celles-ci. Dans la campagne au Nord de Munster on voyait les habitants travailler dans les champs. Ils savaient qu'ils n'y risquaient rien. Ils étaient aidés dans leurs travaux par des soldats dont on reconnaissait très bien les uniformes.

Munster_HotelAltenberg

A l'intérieur du secteur on peut citer comme curiosité l'hôtel de l'Altenberg, au bord de la grande route de Gérardmer à Munster et Colmar. Le bâtiment principal de l'hôtel était passablement démoli. Seul le sous-sol était encore en bon état. Toutes les pièces en étaient luxueusement carrelées en belle faïence de couleur. Les Allemands y avaient fait beau et grand. Au moment de notre séjour, l'hôtel ne servait plus que d'observatoire à nos artilleurs. Une autre construction, en terrain français celle-ci, était le chalet Hartmann. Il était placé juste au bord de la frontière et passait pour être un nid d'espionnage avant la guerre. Au col de la Schlucht il y avait avant la guerre l'hôtel français de la Schlucht et les bâtiments de la douane. Ils ont été entièrement détruits au début de la guerre. Un chemin de fer à voie étroite et à crémaillère permettait de se rendre de Munster à la Schlucht. Un tramway français prolongeait la voie ferrée depuis la Schlucht jusqu'au Hohneck. L'Empereur Guillaume y était venu avant la guerre.

Munster_Tramway1


Au Nord de la Schlucht nous avions comme point élevé marquant de la crête des Vosges, le Tanet (1.292 mètres) avec la Roche du Tanet. Un peu plus au Nord se trouvait le parc des Chiens de l'Alaska. Ce parc était dirigé par un lieutenant qui avait séjourné dans l'Alaska et qui y était retourné pour chercher les chiens. C'étaient des animaux superbes, genre chiens d'esquimaux. Ils servaient notamment en hiver au ravitaillement des troupes échelonnées sur la crête et les sommets du Nord du Tanet. En hiver ils étaient attelés au nombre de neuf à des traîneaux avec lesquels ils filaient comme le vent. Dans les autres saisons ils traînaient des petits wagonnets qui roulaient sur des rails. Leur élément favori c'était la neige. Ils sont logés dans des niches en bois humectées et sans paille, c'est ce qui convenait à leur tempérament.

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Sources Astouin et Izard "Train des Equipages et le service automobile pendant la Grande Guerre (insertion page128)

Sources: Collection de l'auteur et Colonel Eggenspieler - Le 290e, un régiment de réserve du Berry

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03 décembre 2017

3 décembre: A la recherche de Lucien porté disparu en 1914.

La journée du 3 décembre est un jour particulier pour moi.
Cette année, il y aura très exactement 103 ans que disparaissait mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau.
Au travers de ce message, je vais donc reprendre la quasi intégralité des messages que j’ai jusqu’alors rédigé sur ce sujet. Je souhaite les rassembler en un seul et en profiter pour les compléterbet qui synthétise environ 16 ans de recherches, ces recherches ayant connues des hauts, des bas, des moments d'intense émotion lors de la découverte de nouvelles informations.

Ce 3 décembre 1914, le 290ème RI et surtout la 17ème Cie eurent à subir de lourdes pertes dans les tranchées de Zonnebecke. Le JMO relève pas moins de 17 tués, 65 blessés et 54 disparus. L'un d'eux était mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. Il est à l'origine de ce blog. En effet, tout commença vers 2001, j’effectuais alors l’arbre généalogique de la famille, je suis d'ailleurs membre de la Société de Généalogie du Bas-Berry depuis l’année 2000.

En 1996, j’avais racheté la maison de mes grands parents et, dans les papiers de Fernande, ma grand-mère paternelle, je retrouvais quelques documents qui concernaient mes arrières grands-parents Bessonneau. Ma sœur Isabelle, quelques années auparavant avait eu la bonne idée de faire identifier par notre grand-mère, divers clichés en sa possession dont certains lui venaient directement de ses parents, les époux Louis Bessonneau et Marguerite Privat. Dans ces documents, se trouvaient quelques vieilles lettres. A l'aube des années 2000 donc, lors de la mise en place des données en ma possession, j’analysais celles-ci et les intégrais dans mon logiciel.

R066_BessonneauLucen2 R066_BessonneauLucen3
2 clichés annotés "Oncle Lucien Bessonneau"

Un personnage m’apparaissait, il s’agissait de Lucien Bessonneau le frère de Louis. Je n’en avais jamais entendu parler.

Après quelques questions dans le cercle familial, il ressortait que celui-ci était mort à la guerre et qu’on ne savait ce qu’il était devenu ; « Il est peut-être mort à Verdun ». Aucunes autres précisions.
Sachant que les Bessonneau étaient originaires de Cuzion (36), je me rendais donc à la mairie de ce lieu pour au final ne rien découvrir. Il ne figurait ni sur le monument et aucun acte de décès n’était inscrit sur le registre. A l’époque, il était difficile d’effectuer des recherches, mais les prémices de l’internet grand public commençaient à permettre l’ouverture de certaines portes.

En préparant ce message, dans les profondeurs du net, j’ai d’ailleurs retrouvé mon premier message sur le sujet. Celui date du 29 janvier 2001 :

CaptureFR_REC_GENEA

Ne sachant pas comment rechercher, je cherchais de l’aide. Il apparut bien vite qu’il était nécessaire de se déplacer aux Archives Nationales pour pouvoir consulter le fichier des Morts pour la France.
Sur des micro films, il était possible de visualiser les fiches maintenant en ligne sur le site Mémoires des Hommes.

Quelle ne fut pas ma surprise et la joie de découvrir de nouveaux éléments. Lucien Bessonneau, rattaché au 290ème RI, avait été porté disparu à Zonnebecke (Be) le 3 décembre 1914. Son acte de décès était à Badecon, dans la commune.

La fiche que je m’empressais de rédiger à mon retour du CARAN, rue des Francs Bourgeois (lieu de consultation):

CaptureFiche_CARAN

Maintenant que j’avais les informations que je recherchais, il me fallait comprendre. Je me mettais à la recherche concernant le 290ème RI, dont je n’avais jusqu’alors  jamais entendu parler.
On me dirigea vers le Service Historique de l’Armée de Terre, mais en avril 2001, la réponse me vint, toujours par l’intermédiaire d’internet, par un mail de Stephan Agosto

CaptureMail Stephan

A partir de là, tout se précipita, et commença l’aventure dont vous consulter le résultat.

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Intéressons nous maintenant à Lucien Bessonneau.

Lucien Bessonneau est né le 4 octobre 1887 à Cuzion, Indre. Sa famille est originaire de Saint-Plantaire, Gargilesse et si l’on remonte un peu plus, elle a pour souche la commune de Châteauponsac dans la Haute Vienne.
Il est le fils de Silvain Bessonneau qui est décédé en 1891, il était alors déclaré comme maçon. Lucien avait donc 4 ans lors du décès.  Silvain était marié à Angéle Blanchard originaire de Cuzion. La famille demeurait alors à Bonnu, sur la commune de Cuzion.
De ce couple, 3 enfants dont Lucien naquirent : Félicie Allanie (1881) et Louis Auguste (1884). Ce dernier est mon arrière grand-père.

En 1891, la famille figure sur les recensements de la commune de Cuzion. Silvain, le père est alors décédé, laissant Angèle seule avec les 3 enfants.

CaptureCuzion_Recensement1891
Sources AD36

Je perds ensuite la trace de Lucien dans les recensements.
Je ne retrouve les deux autres enfants, qu’en 1901, au sein de la famille Gaudeberge (oncle et tante), à Chatillon, commune de Badecon le Pin.

CaptureRec1901_Chatillon
Sources AD36

Découvrant au fur et à mesure, les fonds d’archives existant, en 2006, je me rendais aux Archives Départementales pour me procurer la fiche matricule de celui-ci.
En voici la transcription que j’en avais fait, à cette époque :

CaptureFicheMatricule

On note tout d’abord qu’il avait effectivement effectué son service militaire au 66ème RI et les photos de lui correspondent bien à cette période.

R066_BessonneauLucen1
Lucien Bessonneau (1er à gauche debout)
Service militaire Tours 66e RI

On note aussi qu’il réside avant le conflit à Paris, dans le 15ème arrondissement qui vit d’ailleurs aussi son frère Louis s’y implanter. Ma grand-mère y vécue et mon père Jean y naquit d’ailleurs.
Les maçons de Paris qui ne furent bien souvent pas que des limousins, venaient aussi des premiers contreforts du Massif Central qu’est le sud du département de l’Indre. Voici d’ailleurs une photo de mon arrière grand père Louis qui pose avec ses camarades sur un chantier (3ème en partant de la gauche).

CaptureLouisBessonneau

 

  • Lucien BESSONNEAU dans la Grande Guerre.

Considéré comme réserviste. Lucien est affecté au 290ème Régiment d’Infanterie. On imagine le voyage en train depuis la gare d’Orsay et l’arrivée à Châteauroux :

Le lieutenant SOHIER du 290ème rapporte :
« Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique
en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu’a l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante. »

« Un commandant nous fait une conférence. « N'oubliez jamais que la meilleure défensive c'est l'offensive. En avant, toujours en avant, à la baïonnette.
On nous emmène au terrain de manœuvre de Châteauroux. Une zone pierreuse sans rien pour se défiler. On simule une attaque. Le régiment est déployé. Vite, j'établis la liaison avec des réserves imaginaires. Je rends compte au colonel. Quelles réserves ? Où sont-elles ? Là-bas, je suppose, et je vais établir la liaison avec les troupes en ligne. Le colonel sourit, ironique. Je suis un peu vexé. On verra bien.
Le régiment s'élance à l'assaut. « Ils ne courent guère, dit le colonel. » Mais un berrichon a-t-il jamais couru ?
Sous la mitraille on verra bien.
Il ne courra pas mais il arrivera. »

« L'aspect de Châteauroux ne change pas en ces jours de fièvre.
Un instant pourtant, il y a du brouhaha. Une bousculade, des cris, des injures, des coups. Une bagarre éclate soudain. C'est simplement un député pacifiste que l'on veut jeter... au front. Eh, eh, nos berrichons! Mais vite la ville reprend son allure. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable.
Tout cela a duré longtemps. Oh! oui! quatre jours, je crois.
Et un soir la cour c'est encore embrasée aux feux de l'acétylène. Le régiment s'est rangé. Il n'y a pas de manquants. Le berrichon aime le pinard, mais dans les grandes occases il sait se tenir. Une allocution du colonel, brève, simple, vibrante. La musique sonne :Aux Champs, le drapeau se déploie aux mains de l'ami de Tarlé. Silence. Un pincement violent au cœur, quelques larmes aux bords des cils. Un ordre bref, et le régiment s'ébranle. On se redresse, on se recueille.
Et dans la ville, le régiment défile. Je suis en tête de mon petit peloton, tout en queue de la grande troupe. La foule suit et accompagne. Puis, par une route sans lumière, on gagne la gare d'embarquement, et les civils ne laissent guère de place pour que mes hommes restent en rang. Je grogne. On ne grogne pas. »

Le régiment part donc les 9 et 10 aout, par deux convois ferrés, direction le Grand Couronné de Nancy.

Retrouvez des traces du parcours d’un combattant au sein d’un régiment est peu aisé. Il apparait parfois au fil des lignes du Journal de marche, mais c’est alors soit par souci de reporter un exploit et bien plus souvent, il apparait dans les notes reportant les pertes du régiment.

Lors de la bataille de la Marne, le patronyme Bessonneau apparait dans la liste des blessés du 9 septembre 1914:

CaptureJMO_19140909
Sources SHD JMO 290ème RI

La mention suivante est en date du fatidique 3 décembre 1914 :

CaptureJMO_19141203
Sources SHD JMO 290ème RI

Cette fois, c’est fini. Lucien Bessonneau est reporté dans la colonne « Disparu ».

  • Que se passa-t-il ce jour là ?

Comme je l’indiquais, un peu plus haut, pour connaitre ce qui se passa ce jour là, il est tout d’abord nécessaire de relire le Journal de Marche et Opérations du régiment :

« 3 décembre 1914:
La situation devient de plus en plus critique pour la 17e Cie. Dans la soirée, 17h, le petit poste d’écoute placé dans une maison qui était à l’Est de la tranchée de la 17e Cie était surpris par les Allemands qui par des boyaux étaient arrivés jusqu’à quelques mètres de la maison. Ce petit poste eut un homme fait prisonnier, le caporal et les autres soldats purent se réfugier dans les tranchées.
De cette maison les Allemands qui y étaient arrivés en nombre lancèrent des grenades et par des meurtrières rapidement fermées tiraient sur les occupants.
Cette situation dura toute la nuit malgré les efforts des hommes à la compagnie pour empêcher les Allemands de jeter des bombes et de tirer sur eux. Des bombes leur furent également lancées.
Malgré deux retours offensifs exécutés simultanément par une fraction du 68e, la 17e Cie et une section de la compagnie de réserve, il fut impossible de déloger l’ennemi.
Au jour, le Commandant de la Cie pour éviter les pertes qui se faisaient déjà sentir cruelles fit renforcer les pare-balles au moyen de sacs à distribution et même de havresacs et de toiles de tentes remplies de terre. Malgré ces efforts, les tirs d’enfilade très meurtriers empêchaient les hommes de relever la tête pour tirer.
Vers huit du matin, les Allemands réussissaient à sauter dans la tranchée entre le 68e et le 290e et profitaient d’une contre sape faite par le génie et aboutissant au point de liaison des deux compagnies, armés de boucliers et de bombes ils se ruent sur les hommes occupant la tranchée et, après une lutte qui dura plusieurs heures, se maintiennent entre le 68e et le 290e, prenant plutôt le terrain du 290e.
Le Commandant de la Cie fit faire un barrage, mais ce barrage n’empêchait pas l’ennemi d’enfiler les tranchées et de rendre la situation intenable.
Par une autre maison sise près de la voie ferrée, les Allemands opéraient le même mouvement.
Le Commandant de la Cie voyant qu’il allait être complètement cerné par sa droite et sa gauche fit évacuer la tranchée par le boyau de communication la reliant avec la 20e Cie d’une part, et le poste de commandement du chef de bataillon du 68e. Il était 10h30 environ.
Le Cdt la Cie et ses hommes se maintinrent dans ce boyau jusqu’à la nuit.
A minuit le 114e relève le 268e et la Cie du 290e qui sont au nord de la voie ferrée. »

Ne pouvant déterminer qu’elle était la compagnie d’affectation de Lucien, évitons les approximations et contentons nous des faits relatés, ce qui permet déjà  de définir le contexte.
Une autre source provient des témoignages existants :
Tout d’abord commençons par celui du Colonel EGGENSPIELR, le chef de corps du 290ème RI:

« 3 et 4 décembre
La situation de la 17e devint de plus en plus critique.
La Compagnie avait un petit poste dans une maison située en avant de la droite de son front. Les Allemands, qui s'étaient approchés en sape tout près de la maison, avaient profité de l'obscurité, le 3 au soir, pour sauter dans la maison. Ils ont réussi à enlever un homme, les autres avec le caporal ayant pu regagner la tranchée principale. Les Allemands envahirent la maison en nombre. Ils se mirent aussitôt à y percer des créneaux, d'où ils lançaient sans cesse des grenades sur les portions de tranchée à leur portée. Malgré deux contre-attaques exécutées par la 17e, une section de la Compagnie de réserve, une fraction du 68e, il fut impossible de déloger les Allemands de la maison.
Cette situation dura jusqu'au 4 au matin. … »

On prendra soin de préciser que le Col EGGENSPIELER n’était pas en poste à cette date et qu’il se contente à s’inspirer du JMO et du témoignage Lieutenant Sohier ci-dessous:
Le lieutenant Sohier (déjà cité) écrit aussi sur cette journée, on notera au passage qu’il n’est pas tendre avec la hiérarchie du régiment et le 68ème RI :

« La nuit du 3 au 4 décembre est abominable. Le journal de marche relate assez exactement les faits. Mais un point est à préciser. Les Allemands ont sauté dans la tranchée du 68 qui prolonge les nôtres. De pauvres gosses de la jeune classe ont été coincés. Jamais le 68 n'a voulu en convenir. Et lorsque la 17e, attaquée par cette tranchée, après une lutte épique, est obligée de refluer, c'est nous que l'on accuse de fléchissement. Comment tenir pourtant, prise d'enfilade, refoulée vers la voie ferrée, tandis que d'une maison sise contre la voie, les Allemands, par infiltration, essayent de couper la gauche. Bien plus, un poste d'écoute, qui aurait pu être de quelque secours a été enlevé, les Allemands s'étant glissés par des boyaux bien dissimulés jusque dans la maison qu'il occupait.
Au P. C. c'est angoissant. Je suis toutes les péripéties en communication constante avec de Lavarène. Je préconise une contre-attaque pour prendre les boches au delà des lignes, en franchissant la voie ferrée. Mais celle-ci est repérée, flanquée, et pas un homme ne peut passer. Quand la 17e reflue il faut même couper la communication établie un peu en arrière, par un passage sous la voie, et bourrer de sacs à terre le couloir. C'est par la droite que se font les contre-attaques, vaines d'ailleurs. Pendant tout le temps qu'a duré l'ultime bagarre le commandant Renard a ronflé, ronflé et chaque fois que je le réveillais, il m'envoyait... péter. Le colonel Michel, dont le P.C. est joint au nôtre (le 268 est à notre gauche), me soutient et m'encourage. Mais que faire? »

Il existe aussi des témoignages indirects qui relatent les circonstances :
Le général Dubois (chef du 9e CA) signale une attaque du 290e le 3 décembre dans la région de Nieuvemollen.


Le tambour Retailleau dans les "carnets de Léopold Retailleau du 77e RI":
« Vendredi 4 décembre 1914: Journée assez mouvementée par le bombardement des Boches. Ils incendient trois ou quatre maisons dans Ypres. Nous apprenons que le 290e s'est fait esquinter dans une attaque à la baïonnette au clair de lune ...»

  • Où se trouve le secteur de disparition ?

Dans les sources écrites, je n’ai pas cité le JMO du 68ème RI, car le texte ne nous apporte rien. Cependant, une carte très importante est visible dans ce JMO, elle permet de situer le secteur : voir ICI

Le secteur:

Zonnebeke_Relief
Sources GoogleEarth

Ce travail de positionnement n’aurait pu se faire sans l’aide des amis du Forum Pages1418 et notamment Annie qui fit un repérage des lieux avant que j'entreprenne un voyage en Belgique

  • Que reste-t-il de Lucien ?

Sur place, à Zonnebecke, il ne reste rien. Je m'y suis rendu par deux fois, une première fois en 2006 et une deuxième fois en 2008. Malheureusement tous mes clichés pris lors de ce deuxième séjour ont été perdus suite à une panne informatique.

Le soldat Lucien BESSONNEAU aurait donc été porté disparu dans le champ de droite visible sur le cliché ci-dessous. Le chemin visible sur la photo est le parcours de l’ancienne voie ferrée.

Broodseinde_Voie ferrée

Une visite virtuelle à 360° est possible grace au site GoogleMaps: voir ICI

La dernière lettre de Lucien :
De Lucien Bessonneau, je n'ai qu’une lettre. Cette lettre, écrite depuis la Belgique, était adressée à sa belle-soeur, mon arrière-grand-mère Marguerite Privat (épouse Bessonneau).
Le maçon de Paris, que Lucien était, essaye, malgré les limites de son orthographe, de rassurer la famille restée en Berry et de donner des nouvelles.
Datée du 19 novembre 1914, Lucien ne se doutait certainement pas qu'il serait "porté disparu", quinze jours plus tard.

LettreLucien

Jeudi 19 novembre 1914
Cher Belle soeur

Je ten voi ses deux
mot se pour que je si
a popringe belgique
en aton le canon de
loin je nesipas encor ses
la ilge ?? il i y a encor
pour une journé de
marche
tou va bien pour le
momont ton bell beau
frère qui non brasse
bien unsi que ta
petit fil

Bessonneau Lucien

L’acte de décès :
En 1921, en l'absence de corps et au vu des documents fournis par l'armée, le tribunal de La Châtre émet un jugement permettant de dresser l'acte de décès en la commune du Pin et la transcription de la mention de Mort pour la France sur les documents administratifs.
« Au nom du Peuple Français, le Tribunal civil de La Châtre (Indre) a rendu le jugement dont la teneur suit:
Vu la requète qui précède Qui M. Souffron, président du tribunal en son rapport et M. le procureur de la République en ses conclusions le tribunal après en avoir délibéré a rendu le jugement suivant:
Attendu qu'il résulte des pièces mentionnées dans la requête présentée par M. le procureur de la République que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean baptiste du 290e RI, né à Cuzion le 17 octobre 1887 de Silvain et de BLANCHARD Angèle, célibataire, domicilié à Le Pin a disparu le 3 décembre 1914 à Zonnebecke (Belgique). Vu la loi du 25 juin 1919 art. 9 Par ces motifs, le tribunal dit que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean Baptiste est "Mort pour la France" le 3 décembre 1914 ) Zonnebecke (Belgique). Ordonne que le présent jugement sera transcrit sur le registre de décès de l'année courante de la commune de Le Pin et que mention de ce jugement sera faite à la date que l'acte de décès aurait du occuper tant sur le double du registre des décès qui existe à la mairie de Le Pin que sur celui déposé au Greffe du Tribunal conformément à l'article 92 du Code-Civil ... »

Le diplôme de Mort pour la France :
La préfecture de l’Indre tenait donc une comptabilité de la remise de ce diplôme, ce qui permet de connaitre la liste des récipiendaires. Cela permet donc d'avoir une liste de presque 9500 noms d'Indriens. Mais, il est cependant assez difficile de se retrouver dans cette liste, le point d’entrée est la date de jugement ou de transcription.
Mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. tout d'abord, voici sa fiche "Mémoires des Hommes" :

DiplomeMPF
Sources Mémoires des Hommes et AD36 R982

Le jugement eut lieu en décembre 1920, pour une transcription sur les registres du Pin en janvier 1921. Il fallut attendre le 25 octobre 1921 pour une prise en compte par la Préfecture. Lucien Bessonneau se vit attribuer le numéro 8244.
Il semblerait que les diplômes étaient envoyés aux communes, à elles la charge de les remettre aux familles, au vu des nombreux documents joints à cette cote de la série R.
Qu'est devenu le diplôme de Lucien Bessonneau? Je ne le sais pas.

 

Les décorations :
Un ami, Jean Pierre Létang recherchait dans le Journal Officiel des traces de médaillés. Or, en consultant le J.O. du 17 septembre 1924, il a eu la surprise de découvrir un patronyme qui lui disait quelque chose. Bessonneau!!! Non pas le célèbre industriel angevin, mais le grand-oncle d'un de ses correspondants, c'est à dire moi-même. Il m'en avertit alors.
Autant vous dire, que j'ai eu un sacré frisson lorsque j'ai lu et relu le mail.

Decorations
Sources GallicaBNF

Le Livre d'Or communal:Via le site des Archives Nationales, il est possible de retrouver le livre d'or communal, sur lequel figure le nom de Lucien.

 

CaptureJCh

Le lieu de repos de la dépouille:
Soldat disparu au combat, Lucien est vraisemblablement sans sépultures, quelque part du côté de Broodseinde. Cependant, lors de ma visite, je ne pu m'empêcher de penser à lui lors de ma visite de la nécropole Saint Charles de Potyze à Ypres (Sur la route entre Zonnebeke et Ypres).

Il s'agit du lieu de Mémoire incontournable de ce secteur qui connu les combats de 1914 à 1918. Peut-être y est il, peut-être pas.

060419 010 060419 111
Entrée de la nécropole                                                         Le Monument et l'ossuaire

060419 272

 

Le monument aux morts
Sur le monument communal, le nom Bessonneau ne figure pas. Courant 2012, je le signalais au maire de la commune. Or, le  11 novembre 2012, le premier magistrat de la commune, après le dépôt de gerbe et le discours habituel reprit la parole pour annoncer son intention de faire rajouter le nom de Lucien sur le monument ainsi que ceux de 2 autres soldats ne figurant pas sur le monument.

11 novembre

 

Depuis cette promesse faite en public, cinq ans se sont écoulés et rien n’a été fait …

 

Petit rajout de fin de journée:

Aujourd'hui, 3 décembre 2014, sur le site GoneWest.be, Lucien Bessonneau est apparu sur le monument virtuel. il figurait dans la liste des 355 morts recensés de ce jour.

CaptureJH1


 

2018, Redonnons un peu de couleur à Lucien
Merci à Alain d'Amato pour son superbe travail
http://www.couleursdupasse.fr/

LucienBesreduit1

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06 novembre 2017

Les affiches de la Guerre - Saint Plantaire (36) Expo

Au terme d'un grand rangement de ses archives municipales, la commune de Saint Plantaire a, en cette année 2017, l'originalité de nous faire vivre le conflit au travers des affiches qui furent placardées sur les murs du bourg. Une autre vision de l'impact du conflit sur la vie d'une commune du département.

Du 11 novembre 2017 au 19 novembre 2017
ouverture de 14 h à 18 h

Exposition à la salle des fêtes des Bordes

 

affiche

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01 novembre 2017

Comprendre les Monuments aux Morts de nos villes et campagnes (via CNRS)

Le mois de novembre est devenu dans le département, un mois propice au souvenir. Les associations patriotiques se retrouveront le 11 devant le monument, les associations d'Histoire locale et/ou de Généalogie produisent des expositions, des conférences sur le conflit.
Lors de chaque commémoration, lors du passage dans un des bourgs de nos villages, nous sommes toujours confronté à ce qui reste un des piliers de la Mémoire des conflits et des pertes associées. Ce pilier est particulièrement bien représenté dans nos communes par le monument aux morts communal.

Pourquoi des monuments? Pourquoi y a-t-il une liste de noms (ou pas d'ailleurs), y sont-ils tous? Que représente la statuaire du monument de ma commune? Voilà de nombreuses questions que nous nous sommes tous poser.

P1060397_DunLePoelier P1060417_Issoudun

P1060549_LaChatre

En 2014, un film intitulé "Rendez-vous aux monuments aux morts" aborda la symbolique et nous permet de les comprendre au travers des explications de nos historiens comtemporains. Le CNRS, via son site, nous permet de visionner divers extraits concerant des thématiques:

"Pourquoi les monuments aux morts?": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4708

"Les noms des monuments aux morts": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4710

"Histoires singulières": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4711

"Mémoires et monuments aux morts": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4712

"Typologie des monuments aux morts": http://videotheque.cnrs.fr/index.php?urlaction=doc&id_doc=4714

 

Pour visionner l'intégralité du film "Rendez-vous aux monuments aux morts", on pourra suivre le lien en cliquant l'image ci-dessous: 

Capture

 

 

 

 

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26 octobre 2017

Martizay: le retour au pays, le 3 aout 1919 (Réactualisé 2017)

Après la longue coupure estivale, qui fut riche en émotions. Le Centenaire m'ayant occupé durant ce mois d'Aout, je reprend maintenant mes activités.

Je collectionne depuis longtemps les documents de l’époque 1880-1918. Il y a quelques temps déjà, sur un site internet, alors même que la vente était encore en cours, un cliché m’intrigua. Il était sobrement décrit comme « CPA Photo – fête du 3 aout 1919 » . Le vendeur indiquait seulement que la famille était originaire de l’Indre et que le cliché était du 3 aout 1919, mais quelque chose me disait qu’il était important concernant l’histoire du département et du conflit.
Lorsque j’ai eu la carte en main, aussitôt de multiples détails m’apparaissaient. Notamment, au verso, je découvrais une indication primordiale :

« Souvenirs de la fête du 3 aout 1919 – Martizay ».

Le vendeur n’avait pas attaché d’importance à ce dernier mot, qui pour moi était une des clés. Nous avions le lieu de la prise de vue. Des tenues typiquement berrichonnes (Coiffes, biaudes, …)  sont  présentes dans la foule, des militaires en bleu horizon forme le premier plan. Après cette première analyse, je m’empressai donc de le scanner afin de voir les détails qui me permettront d’affiner la compréhension du cliché.

Découvrons donc ce cliché :

Martizay_19190803_Defile_Recto_VueGenerale

Essayons tout d’abord de confirmer le lieu. Le cliché a-t-il bien été pris à Martizay ?
Hormis l’indication sur le verso du cliché, un détail confirme le lieu. En effet, au premier plan deux hommes portent une couronne sur laquelle, il est possible de lire : « Martizay à ses fils »

Martizay_19190803_Defile_Recto_IdentificationLieu1

Grâce à Internet, et notamment le site GoogleMaps et son application Street View, il est possible de se promener au fil des routes et rues de notre région.
Afin d’éviter de déambuler virtuellement pour rien dans les rues de Martizay, il est nécessaire d’identifier des points remarquables afin d’éventuellement les retrouver dans le paysage actuel.

Martizay_19190803_Defile_Recto_IdentificationBatiments2

Maintenant, il ne reste plus qu’à se promener dans Martizay pour trouver éventuellement le point de vue. Après quelques hésitations, le lieu était identifié. Voici donc la vue via Google en décembre 2010 :
https://www.google.fr/maps/@46.806769,1.044294,3a,75y,133.31h,87.14t/data=!3m4!1e1!3m2!1s81TPBojFFdkUgfml2_wzvA!2e0?hl=fr

Le cliché fut donc pris "rue de la Poste". Le porche sur la droite est reconnaissable, et en partie caché par le poteau électrique actuel. Le bâtiment bicolore est celui de cette même poste, toujours existante et dont les encadrements sont composés d’une alternance de calcaire et de briques, donnant ce côté bicolore. Le lieu étant confirmé, nous allons pouvoir essayer d’analyser l’élément le plus important, les personnages.

Comme dans bons nombres de défilés, les personnes se regroupent par affinité ou conformément à un protocole défini. Or, ici, il ne s’agit pas là d’un mouvement de foule spontané et cela correspond très précisément à une manifestation qui suit un protocole bien défini.

Voici donc les différents groupes identifiables et leur position dans ce défilé:

Martizay_19190803_Defile_Recto_IdentificationGroupes

Essayons donc de voir le rôle, la fonction et la composition de chaque groupe.

Groupe 1:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe1

En tête de défilé, on retrouve 3 personnes. On notera tout d’abord qu’il semblerait que ce soit des anciens combattants, du moins des soldats 14-18, mais déjà démobilisés. Deux portent des décorations dont un, la Médaille Militaire et une Croix de Guerre.
La première personne, sur la droite, est le porteur du drapeau national. Comme tout défilé patriotique, les couleurs de la Nation sont en tête. Deux porteurs l’accompagnent, ceux-ci portent une couronne mortuaire sur laquelle on peut lire « Martizay à ses fils ». Il est à rappeler qu’au moment du cliché, les monuments aux morts n’étaient pas encore de rigueur. Que devint cette gerbe ? Fut-elle déposée au cimetière, à l’église. Je n’ai pas la réponse.
Pour rappel, Martizay, lors de l’érection du monument, inscrit 98 noms de ses fils sur le monument, soit 6% de sa population recensée en 1911.

Groupe 2:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe2

Juste derrière les « nouveaux » anciens combattants figurent 4 soldats en uniformes qui sont fêtés par la population. Chacun s’est vu remettre un bouquet fleuri. Qui sont-ils ? Essayons d’analyser les uniformes et leurs équipements pour mieux comprendre.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe2_1

De la gauche vers la droite, on peut donc voir 4 tenues typiques des années de fin de conflit. Celles-ci sont entièrement bleu-horizon. Les tenues et coiffures sont intéressantes car si aucun grade n’est visible sur les bas de manche, on notera leur diversité. La tenue de gauche est une tenue de sortie. Le képi pourrait celui d’un officier ou d’un sous-officier, il s’agit vraisemblablement d’un képi de type « manchon ». Au contraire le 3ème soldat, lui, porte une vareuse standard dite « toutes armes » typique avec un képi troupe. Les deux autres soldats sont aussi vêtus de leurs tenues de sortie et sont équipés de bonnets de police, modèle 1918 pour le soldat n°2 et modèle « Empire » pour le 4ème, sur lequel d’ailleurs, on peut apercevoir une grenade d’infanterie. Ce dernier soldat est remarquable par son jeune âge apparent.
Concernant les décorations, on notera que deux d’entre eux (1 et 4) portent la fourragère sur leur épaule gauche. Le premier soldat est titulaire de la Croix de Guerre avec palme et étoile. Il est donc au moins titulaire d’une citation à l’ordre de l’Armée.
Le premier soldat est vraisemblablement du 66ème RI (Numéros de col et de képi). Malgré un scan au maximum, il est impossible de déterminer les numéros des unités des soldats 2 (10 ?) et 3 ( ??).

Groupe 3 et 4:

 

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe3_4

 

 

La figure de la République, Marianne est entourée par les enfants, on devine les costumes alsaciens et de lorrains, symboles des provinces retrouvées par la « Mère-Nation ». Juste à l’arrière, les demoiselles d’honneur accompagnent le groupe. Le blanc de la virginité et de la pureté sont de rigueur et l’écharpe tricolore de circonstance.
Sur la droite, un groupe de 3 hommes, brassard au bras, surveillent et semblent réguler le cortège. Leurs tenues laissent deviner des notables locaux, dépositaire de l’autorité. Deux d’entre eux ont semblent-ils des décorations sur le revers de leurs vestes. S’agit-il de représentants municipaux, le maire et ses adjoints ? D’autorités issues d’une association patriotique ? Malheureusement, je n’ai pas d’éléments suffisants pour aller plus loin. Il est cependant à noter que sur tout le cliché, au moins 5 personnages avec un brassard sont visibles, répartis le long du cortège.

Groupe 5 et 7:

Occupons nous d’abord du groupe 5.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe5

Ce groupe de personnages est constitué de 10 soldats et de quelques hommes en civil. Sur le veston de quelques-uns de ces derniers, ce qui ressemble à des Croix de Guerre semble être visibles. Nous avons donc là un groupe de combattants démobilisés ou non. Pour une raison qui m’échappe, ceux-ci ne sont pas avec les groupes 1 et 2.
Parmi les militaires en tenues, un chasseur est reconnaissable grâce à sa tarte (béret de Chasseur) et à sa tenue plus foncée. Un deuxième militaire à la tenue foncée semble être un soldat des troupes coloniales (tenue moutarde ressortant foncée sur un cliché N&B.

Un militaire est à part et apparait sur le cliché. Il constitue un groupe à lui-seul, de part sa position dans le cortège.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe7

Isolé parmi les civils, au milieu des femmes, malgré les défauts du cliché, il semblerait bien que nous ayons là un gradé de la Gendarmerie (liseré blanc du képi). Malgré les décorations porté par notre gendarme, ceux-ci ne furent que rarement reconnus comme combattants et de ce fait, il semblerait que le protocole ne l’inclut pas dans le cortège.

Avant d’analyser le groupe 6 (foule civile) intéressons-nous aux deux groupes situés en fond de scène.

Groupe 8:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe8

 

Les enfants ont été regroupés, le blanc est de rigueur. Ils sont encadrés par un homme qui porte le brassard que nous retrouvions dans le groupe n°4.

Groupe 9:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe9

S’il est assez difficile d’identifier ce groupe, il est cependant nécessaire de ne pas le confondre avec le reste de la foule. L’oriflamme annonce une confrérie locale, une harmonie municipale ou plus simplement l’association des anciens combattants de 1870. Difficile de se prononcer.
En général une harmonie est en début de cortège, je vois mal une confrérie locale dans un défilé patriotique, s’il s’agit d’une association d’anciens combattants, l’étendard alors utilisé est confectionné sur la base du drapeau tricolore. Ce groupe reste donc mystérieux.

Groupe 6:

Intéressons maintenant à la foule qui constitue le groupe 6 et qui est bien évidemment le plus divers.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe6_Veuves

Même au sein de cette foule, des groupes se sont constitués. Le plus voyant est celui des veuves, des personnes en deuil. Celles-ci sont reconnaissables par leurs tenues noires et leurs voilettes.
Il est à noter la séparation entre femmes et hommes, chacun occupe un côté de la rue de la Poste. Il est intéressant de comparer ce rituel, avec celui alors en vigueur lors des cultes, dans les églises. La séparation se poursuit dans le cérémonial républicain.

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Il est aussi plaisant de voir certains personnages constituant cette foule.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe6_Vetements

Tous les tenants de la population sont là. La biaude côtoie le châpeau melon. Les coiffes et les capelines donnent la réplique aux chapeaux dernier cri, "à la mode de Paris".

Il est intéressant de noter que nulle part, on remarque la présence du clergé. Il s’agit bien d’un cortège « républicain ».

Voilà une étude qui se termine et que je sais d’avance imparfaite, je vous laisse la main si jamais vous avez des remarques.

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Mars 2015:

Un ajout essentiel à la compréhension de l'évennement grâce à l'envoi d'un correspondant du blog. Eric Bernard collectionne lui aussi les photographies d'époque. A la recherche d'informations, il est tombé sur ce message et nous fait profiter de sa trouvaille: 3 photos de ce même 3 aout 1919, à Martizay. Comme pour mon cliché, il s'agit de tirages photographiques, sans indications au dos, mais le point de vue permet de déterminer qu'il s'agit bien du même photographe.

Les 3 clichés viennent confirmer l'analyse déjà effectuée et les hypothèses émises en 2014,(voir ci-dessus). Voici donc les 3 clichés:

EricBernard1_resize

EricBernard2_Resize

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Concernant l'oriflamme cloturant le défilé, il est maintenant plus facilement déchiffrable. Certes pas entièrement, mais divers éléments permettent de percevoir le rôle de l'association concernée.

Vraisemblablement, il s'agit d'une association d'entraide (le dessin représente une poignée de main), de plus la date de création de l'association est clairement lisible (1895)

EricBernard3_Extrait

Grand merci à Eric pour son aide et son partage désintéressé de documentation.

 

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Octobre 2017:

Voici un article du "Journal du département de l'Indre" du 8 août 1919 évoquant la journée du dimanche 3 août 1919 désignée sur le plan national pour être la Fête de la Reconnaissance nationale (envers les Poilus entrés en guerre 5 ans plus tôt) qui m'a été transmis par Jean Louis Laubry, un historien local et ancien directeur du Centre d'Etudes Supérieures de Châteauroux (Merci à lui).

Celui-ci me rajoute dans son mail: "Les "grandes" villes ne la firent pas, réservant leur énergie pour accueillir le retour de leur(s) régiment(s), les petites communes rarement. Ce sont surtout les gros bourgs (de type chef-lieu de canton) qui marquèrent cette journée".

Martizay faisait donc parti de ceux là.

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22 octobre 2017

Exposition Indre 1914/1918, Oulches 11 et 12 novembre 2017

Après l'expo de Thenay, voici le temps de celle de Oulches (36).

CaptureOulches

 

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