14 octobre 2012

Un exemple à suivre

Pour une fois, je sors du contexte départemental. Je tenais à rendre hommage à un collègue de Sablé sur Sarthe, pour son travail effectué auprès des collégiens.

Arnaud C., patiemment, construit ce qui est en passe d'être un des sites incontournables de la sphère 14-18 sur le net: Le parcours du combattant de la Guerre 1914-1918   Je vous laisse découvrir. Il n'y a pas grand chose à redire.

Mais il est un domaine où le sieur Carobbi excelle, il s'agit de la transmission du savoir. Je prendrai pour exemple le blog de l'IDD (Itinéraire de Découverte) 2012-2013 du collège Anjou: http://club1418clganj.canalblog.com/ .

Si le sujet vous intéresse, on pourra aller visiter le site du club  de ce même collège: Mes ancètres dans la Grande Guerre

Amis, collègues, si vous cherchez des idées pour vos élèves, allez fouiner du côté de chez Arnaud, il y a matière. L'IDD 2012-2013 à peine commencée, tient déjà ses promesses.

 

Chers collégiens saboliens, si vous passez par là, félicitations pour votre travail.

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06 octobre 2012

Le Liberty de Neuvy Pailloux (Réactualisé)

De nos jours, Neuvy-Pailloux est connu pour son entreprise de fabrication de croquets de Charost, mais surtout pour héberger le 12e BSMAT, une des dernières unités militaires du département. Si je ne me trompe pas, avec la fin du 517e RT, il ne reste plus que la base de la Marine à Rosnay et les gendarmes du Blanc.

NeuvyPailloux_Camp

Neuvy-Pailloux, de par sa position le long de la ligne de chemin de fer Paris-Limoges-Toulouse, a un passé militaire de longue date, depuis la première guerre mondiale plus précisement.

En novembre 1917, Winston Churchill, secrétaire d'état à l'armement propose la construction d'une usine pour assurer le montage en France du nouveau type de char anglais, successeur des Mark V*, ce char lourd sera équipé d'un moteur de 300 CV type Liberty de fabrication américaine.
Ce moteur est destiné à équiper non seulement des chars mais aussi des avions.L'affaire a été étudiée par les anglais et les américains et il est proposé  la France de s'associer à cette gigantesque affaire industrielle.Les ministres compétents en France sont Tardieu et Loucheur et des tractations avec une "Anglo-American Commission" sont menées rapidement.

Il était prévu que les 600 premiers chars seraient destinés à l'Armée américaine, les autres alliés se partageant les suivants.
Cette "aventure" fut un fiasco industriel puisque la société Ford, société considérée comme le "modèle" de l'époque, se révéla incapable de construire le moteur "Liberty", dont 5000 lui avaient été commandés.D'échec en échec, le gouvernement américain réserva les moteurs "Liberty" pour les besoins de sa construction aéronautique, alors en pleine montée en puissance. Aucun moteur fiable ne put être livré avant 1919 et l'usine de Neuvy-Pailloux qui était à peu près achevée en octobre 1918 ne put monter aucun char avant l'armistice (le blindage devait être fourni par les usines anglaises).

Du coup, le site de Neuvy-Pailloux fut organisé en Centre d'Organisation de l'ALVF à l'instigation du Général Maurin, Inspecteur Général de l'Artillerie, dont la grande influence permit l'adaptation de cette usine inachevée en un grand centre de stockage et d'entretien de l'immense parc de canons d'Artillerie Lourde sur Voie Ferrée existant en France après 1918.

800px-MkVIIITankSectionDiagramLe MarkVIII Liberty

Pour l'anecdote, le MarkVIII Liberty est le char qui servit lors du tournage du film "Indiana Jones et le temple maudit"

LastCrusadeTank

600px-IJLC-HatayTankA

Film américain de démonstration du Mark VIII. Film trouvé sur le net malheureusement sans sources de provenance.

 

Sources: Interventions de Guy François (ALVF) et Michel (Tanker) sur le forum Pages 1418
Iconographie: Wikipédia

 

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23 septembre 2012

Une correspondance au sein du 290e RI

Aimant fureter sur le net, voici une intéressante trouvaille. Il s'agit là d'extraits de la correspondance d'Henry Arnault qui partit en 1914, comme sergent au 290e RI.

On ne peut que rester coi devant l'extrait du 21 janvier 1916:

"Ceux qui viendront après nous ne comprendront sans doute jamais le genre de souffrances que des millions d'hommes auront subi pendant plusieurs années, volontairement, pour s'entre-tuer. Est-il possible à des cerveaux modernes d'imaginer un tel cataclysme ?"


Henry Arnault était alors très loin d'imaginer que 4 mois plus tard, il serait à la Cote 304 et qu'il enchainerait ensuite avec la Somme.

A lire: "Ecrire, correspondances rélles ou imaginées"

tranchee2

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16 septembre 2012

Bientôt, des archives à compulser

Certaines semaines se présentent mal et se finissent mal, cela arrive. Mais parfois aussi, certaines vous donnent l'impression que tout roule sur du velours, il faut aussi le dire.
La rentrée scolaire se passe bien, la nouvelle classe à gérer est une "vraie" classe. Des élèves intéressés, cela change. Pourvu que cela dure. Sur le front 14-18, du nouveau, et du bon en plus. Cette semaine, un article de la Nouvelle République donnait la parole (la plume, je devrais dire) à Marc du Pouget, le directeur des Archives Départementales de l'Indre. Une excellente nouvelle à venir, en prévision du Centenaire 14-18, dans le département: Les registres matricules sont en cours de numérisation. Pas de date prévue, mais gageons que cela se fasse rapidement.

Pour informations, une petite explication sur l'importance de cette pièce administrative:

Chaque soldat possède une fiche de registre matriculaire dans laquelle, normalement, est reportée tout son parcours militaire, dès la conscription.  
Cette fiche est consultable aux archives départementales (AD) de son lieu de recencement (lieu de résidence de l'appelé au jour de ses 20 ans ou moins s'il a devancé l'appel) ou de son lieu de naissance.
Elle est consultable en série R  
Données à fournir : Nom, prénom et classe (année de naissance + 20) 

Sources: Article que j'avais rédigé pour le forum Pages 14-18

Ah la la, quand je pense à la masse de fiches à compulser, je vais essayé de me trouver un bon ophtalmo.

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07 septembre 2012

Un retour timide

Non, je n'arrête pas le blog. Je suis en pleine rentrée scolaire et prépare un gros chantier sur lequel je reviendrai plus tard (en liaison avec 14/18).

Juste un petit coup de gueule, voici ce que j'ai ramené d'un passage dans un cimetière, non loin de Badecon le Pin, ma villégiature:

Baraize010_resize Baraize017_resize Baraize022_resize

Dans un même cimetière, 6 sépultures concernent ou rapellent des soldats tombés entre 1914 et 1918, la moitié sont à l'abandon et quasiment plus identifiables.

Un siècle bientôt sera passé, les familles se sont dispersées et les aieux oubliés.

 

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29 juin 2012

La fin en attendant le renouveau

Alors que vous êtes plus de 121.000 depuis le 31 décembre 2004 à être venus sur le blog, voici qu'arrive la période estivale. Je pars dans quelques jours.

Je n'ai pas de messages en prévision pour cet été alors que j'ai matière. Pas mal de cartes-photos sont en stock et cherchent encore une interprétation. Quelques notices de combattants sont en attente, mais j'ai besoin de prendre de la distance, je vais chercher un peu d'inspiration ailleurs.

Le mail fonctionne encore, si vous avez des questions, pas de soucis pour y répondre du mieux que je peux, (lorsque le réseau passe). En attendant la reprise, je vais prendre l'air, j'ai pas mal de travaux sur mon éternel chantier.
Cette année, le programme est: Peinture, réagréage, parquet mais aussi sieste, repos, farniente. Je vais en profiter pour savourer le dernier album de Dernière Volonté (Ah là là, cette reprise de Théophile Gautier)  Cela va être dur de tout concilier.

Chatillon 057

Quelque part entre Le Pin et Badecon
En face, le Pas des Charraud: "Chatillon"

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20 juin 2012

Quand les vieux retournent à l'école

Une de mes dernières cartes acquises est très intéressante, non par le texte mais par le sujet photographié.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines

Que voit on sur ce cliché?
Un groupe de 12 soldats pose devant une mitrailleuse Saint Etienne. Au vu des uniformes, de la végétation nous sommes aux alentours de l'hiver 1914-1915, en effet certains portent des gants, les brelages sont des "ersatz" en toile et la tenue est encore celle de 1914. De plus, la végétation n'a pas encore démarrée.
Un élément intéressant permet une datation à minima et vient compléter en partie cette datation: Un soldat, au centre porte la Croix de guerre avec une étoile. Il a donc eu une citation. Or, cette décoration fut instituée par la loi du 8 avril 1915. Vraisemblablement, nous avons là un des premiers bénéficiaires de la Croix de Guerre du 90e RI.
Il a donc déjà connu le front et y a certainement fait une action d'éclat. Il a d'ailleurs été positionné en position centrale sur la photo.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0006

Un gradé se situe sur la droite et permet d'en déduire qu'il s'agit vraisemblablement d'un instructeur avec ses "élèves".

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0002

Ceci se confirme par le peu de texte se trouvant au dos. L'auteur, après des palabres familiales sans grand intérêt signe "L.A. 90e d'Inf Groupe de mitrailleurs Villaines Indre et Loire".
Nous avons affaire donc à un envoi effectué depuis le camp du Ruchard, près de Tours. Là où se situait une partie des formations de la 9e région militaire.

CaptureGallica_CampRuchard

Pour rappel, le centre d'instruction du 90e RI se situait au nord de Villaines (voir message du 30 septembre 2010)

 

Les 11 soldats proviennent certainement d'unités de la 17e D.I. Un parmi eux est du 68e RI et 7 autres du 90e RI, les 3 autres ne sont malheureusement pas identifiables.

Je note cependant que les soldats me semblent malgré leurs numéros d'active d'un age avancé. Peut-être dans l'active à l'instruction puis dans la réserve une fois les cours terminés.

Pour une étude plus appronfondie, je renvois vers une étude qui a déjà été faite sur l'incontournable site "Parcours du combattant" de mon collègue Arnaud à propos d'un groupe de mitrailleurs du 290e RI. La ressemblance entre les deux clichés est troublante.

http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Representer/RImg03i.html

Avant de clore ce message, je ne peux m'empêcher de vous présenter quelques trognes. Personnellement, j'adore le "Buster Keaton" de gauche. Quoique le moustachu de droite est pas mal lui aussi.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0005

Sources:
Collection Personnelle de l'auteur
Gallica B.N.F. (Site europeana.eu)

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16 juin 2012

Lettre Q

Logo1418

 

RI068

QUEILLE Joseph - QUENET Paul - QUERCELIN Victor - QUESNEL Henri - QUILLATEAU Jean - QUILLET Arthur - QUILLET Louis - QUILLET Octave - QUINQUENET Francois - QUINTARD Theophile

 

RI090

QUANDIEU Pierre - QUELEN Maurice - QUENARD Eugene - QUERAULT Silvain - QUERIOUX Jean - QUESNEY Desire - QUINQUENET Louis - QUINTARD Clement

 

RI268

QUENAULT Maurice - QUENET Daniel - QUERAT Charles - QUERRIOUX Jean - QUERRIOUX Jean - QUERRIOUX Jean - QUERRIOUX Jules - QUERRIOUX Louis - QUILLET Alphonse - QUINTARD Xavier

 

RI290

QUERIOT Paul - QUILLET Louis

 

Retrouvez l'alphabet du Monument aux Morts des régiments de l'Indre en cliquant ICI

08 juin 2012

Emile Ingremeau, 5 ans et 8 mois au 68e RI

Emile Ingremeau est né le 30 mars 1893 à Viennay à quelques kilomètres au nord de Parthenay. Fils de Constant Ingremeau et de Philomène Aubry, il est déclaré comme cordonnier lors de la conscription.
Classe 1913, il partit pour le service en novembre 1913, il fut affecté au 68e RI.

IngremeauEmile4

Conscrit de la classe 1913, il est au service militaire lorsque le 2 aout 1914, il partit en campagne. Lors du conflit, il reçut plusieurs citations :
Tout d’abord, alors qu'il venait de combattre en Artois et qu'il était caporal:
"Le 26 mai 1915, s’est maintenu pendant 32 heures sous un violent bombardement en combattant à la grenade dans une tranchée conquise."

En 1916, à la suite de la bataille de la Somme, il reçut une deuxième citation:
Ingremeau Emile, Cl. 1913, Mle 5220, sergent à la 10e Cie :
« A pris le commandement de sa section en restant le seul sous officier. Dès le début de l’attaque  En a assuré le commandement avec bravoure, énergie et sang-froid » (Bataille de la Somme)
Le 2 décembre 1916 Signé Lieut. Colonel DOUCE Com. Le 68e R.I.

CitationDouce

Ces faits d’armes lui valurent la Croix de guerre.
Ayant traversé le conflit, il fut reversé au 114e RI le 3 septembre 1919, pour finalement s’installer à Parthenay, puis en 1920 à Thénezay. Au total il était resté 5 ans et 8 mois au 68e RI.
Entre temps, encore sous les drapeaux, il s’était marié le 24 novembre 1918 avec Henriette Gelin, à Thénezay.

Bien plus tard, ancien combattant, installé comme cantonnier, il reçut à Thenezay la Médaille Militaire, comme le reportèrent les journaux de l’époque.

article journalNR

Peu loquace sur le conflit et son parcours lorsqu'on l'interrogeait, il aimait dire: "Je ne suis pas un héros, mais il fallait bien survivre"

Merci à Gérard INGREMEAU pour m'avoir ouvert les archives familiales.

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22 avril 2012

Les aventures de Carpion et Rabanos

(Réactualisation mars 2014)

René de Planhol, dans son châpitre "Quelques affaires singulières et remarquables" de l'ouvrage "La Justice aux Armées", aborde des cas de justice militaire qu'il fut amené à défendre ou auquel il lui fut donné l'occasion d'assister.
Entamons donc notre cycle consacré à la justice militaire avec une histoire de rapine peu ordinaire.

L'affaire Carpion et Rabanos.
Les noms sont fictifs et donnés par De Planhol, à la parution du livre, 1917, le pays est encore en guerre, et la loi empêche la divulgation des vrais patronymes.

"Dans le village du « Magicien » qu'occupaient les troupes britanniques, un Anglais qui était en sentinelle sur la place aperçut, au cours d'une après-midi d'hiver, deux soldats français qui entraient dans l'église. Ce secteur étant interdit aux Français, l'Anglais s'étonna un peu, mais, flegmatique, ne s'en soucia pas. Au bout d'un quart d'heure il entendit un vacarme forcené qui retentissait dans l'église. Ayant poussé la porte, il fut stupéfait. L'un des deux soldats grimpé sur l'autel et armé d'un grand crucifix de bronze frappait les statues, les chandeliers, les objets du culte à tour de bras. Demeuré en bas des marches, l'autre, de la voix et du geste, excitait son camarade. La sentinelle leur intima par ses cris de décamper ; mais elle criait vainement en anglais. Elle alla chercher secours. Deux de ses compatriotes revinrent avec elle et constatèrent la scène. Se méfiant de spectateurs si nombreux, les deux hommes s'en furent. Le curé du « Magicien », prévenu et accouru, ne put que se navrer devant le saccage du lieu saint : le Sauveur, la Sainte Vierge, saint Joseph, saint Michel, sainte Geneviève et Jeanne d'Arc gisaient en morceaux ; les candélabres, les ciboires, l'ostensoir, tout était renversé ; les toiles du chemin de croix étaient lacérées. Le curé remarqua en outre que les pillards, gens soigneux, loin de briser et gaspiller les cierges, les avaient sans doute emportés dans leurs poches. Il évaluait le dommage total à une somme de dix-huit cents francs. Pendant cet inventaire, les Tommies informaient la gendarmerie. Leurs trois récits concordaient. Les deux hommes, entrés dans l'église à quatre heures moins le quart, en étaient sortis à quatre heures vingt ; celui qui frappait les statues était petit, trapu et gros ; l'autre, plus grand et très maigre ; ce dernier, en enjambant la balustrade, avait déchiré sa culotte.

220px-Lucheux_église_(tronc)_1

 

A un carrefour du village, un gendarme français était en faction. On l'avertit. Tout juste il avait lorgné deux hommes qui, conformes à ce signalement et fort excités, se dirigeaient vers le secteur français. Il les poursuivit. Et bientôt, s'étant renseigné auprès des habitants, il découvrit les deux compères à une lieue de là, dans un cabaret attablés autour d'un pain, d'un fromage et d'une bouteille, ils avaient allumé une douzaine de bougies et dînaient aux flambeaux ; l'un d'eux, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Le gendarme, aidé d'un camarade, appréhenda les deux hommes malgré leurs protestations et les conduisit à leur régiment. Le petit trapu se nommait Rabanos, marchand de ferraille à Charenton, âgé de trente ans et père de deux enfants ; le grand maigre, âgé de vingt-trois ans et célibataire, se nommait Carpion, ouvrier plombier. Tous deux furent incarcérés, et l'on rédigea contre eux une plainte en conseil de guerre."

Deux jours plus tard, l'autorité française recevait de la gendarmerie anglaise une autre plainte. Le jour même du pillage, sur les quatre heures et demie du soir, le sergent Bracelet, en temps de paix antiquaire à Paris, dans l'île Saint-Louis, et présentement attaché comme interprète à l'armée britannique, travaillait dans le local qu'il utilisait comme bureau et qui était un estaminet isolé sur la route, à peu de distance du « Magicien ». Soudain une voiture de ravitaillement stoppa devant la porte et deux hommes en descendirent. Ils entrèrent dans l'estaminet et commandèrent du vin. L'un était petit et gros; l'autre, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Tous deux paraissaient fort excités. Le sergent leur fit observer que ce n'était point encore l'heure réglementaire et que le patron n'avait pas licence de les servir avant cinq heures. Ils n'acceptèrent point volontiers ces remontrances. Le grand maigre dit à son compagnon:
- C'est au moins un employé de chez Potin. On va lui régler son affaire.

Et d'allonger sur le nez du sergent un « direct » ainsi que quelques coups à l'estomac et aux cuisses. Bracelet tomba, cependant que les deux héros, contents de leur exploit, s'en allaient après la victoire.

Il semblait n'y avoir pas de doute : ces deux hommes ne différaient pas des deux pillards. Rabanos et Carpion furent donc inculpés de destruction d'édifice et vol dans un édifice consacré au culte, et Carpion de voie de fait sur un supérieur. A l'instruction, les trois Tommies et le sergent Bracelet les reconnurent formellement. Afin que la reconnaissance eût. plus de certitude, le commissaire-rapporteur, avant que d'introduire les témoins, avait placé Rabanos et Carpion au milieu d'une douzaine de soldats : les témoins les désignèrent sans hésiter. Et le curé du « Magicien » assura que les bougies qui éclairaient la table du dîner étaient bien les cierges de son église.

Les preuves s'accumulaient : reconnaissance des hommes et des bougies, concordance des heures, et cette culotte déchirée qui suivait Carpion comme à la trace. Devant le conseil pourtant, comme à l'instruction, les deux personnages s'obstinaient à tout nier. Ils avaient l'air un peu gêné, ne remuaient pas, parlaient d'une voix calme. Tout cela, c'était une méchante série de guignes. Après déjeuner, comme la compagnie était au repos, ils avaient décidé de se promener et de se dégourdir les jambes. Ils ne s'étaient point, rendus au « Magicien », n'avaient pénétré dans aucune église et voyaient pour la première fois le sergent Bracelet. Les bougies, ils les avaient achetées : on a bien le droit d'acheter des bougies. Quant à la culotte, Carpion se l'était accrochée à des fils de fer, la nuit précédente, au cours de la relève, dans les tranchées. Et le soir, comme ils se restauraient bien sagement, on les avait arrêtés. Comment auraient-ils commis ce pillage, tous les deux : Carpion qui avait un cousin vicaire ; et Rabanos, commerçant médaillé de la ville de Paris, qui prisait les belles choses et qui avait pour meilleure clientèle une congrégation. C'était absurde ! ... Les témoins cependant, - les Tommies par l'intermédiaire de l’interprète assermenté, - répétaient leurs assertions. Et, sur la table du conseil, le curé développait un paquet de cierges identiques aux bougies du dîner. Le colonel, ne s'empêchant pas de sourire, demandait il Carpion :
-Qu’avez vous à répondre à cela ?

Et il était savoureux, ce Carpion, la bouche pincée, l'air sérieux, les joues un peu rouges, le ton doctoral :
- Je dis que ce soldat se trompe.

Pour tous deux, les notes de leurs chefs n'étaient pas excellentes, surtout quantà la moralité. Son capitaine estimait Rabanos un soldat médiocre dans la tranchée et mauvais au cantonnement, animé d'un esprit pernicieux et révolté. Carpion, ancien caporal cassé de son grade pour ivresse, donnait pareillement durant les repos le pire exemple ; en revanche son capitaine lui accordait des qualités insignes à la bataille et le déclarait « un combattant précieux pour ses chefs ». Ils n'avaient nulle condamnation antérieure.

"Le commissaire du gouvernement requit des juges une condamnation impitoyable : les églises de France, les pauvres petites églises, déjà si dévastées par la mitraille boche, quels Français avaient- le cœur assez vil pour les dévaster encore ! A quel mobile attribuer l'attentat odieux de Rabanos et de Carpion ? Au délire de l'ivresse ? A une basse passion anticléricale ? Au plaisir sadique de détruire et piller ? A tout cela ensemble probablement. Il ne fallait pas qu'une telle frénésie fût indemne. Et les dix ans de réclusion que pré voyait la loi ne seraient pas une peine trop sévère.

La tâche du défenseur paraissait une gageure. Toutefois l'instruction, presque surchargée de certitude, s'y était peut-être fiée un peu vite et n'avait point scruté les détails assez méticuleusement. Le dossier contenait des contradictions dont le défenseur se prévalut. Il y en avait plusieurs, et principalement deux :

Premièrement, les Tommies affirmaient, tous trois, que les deux pillards étaient sortis de l'église à quatre heures vingt ; d'autre part, le gendarme français - absent au jour des débats, mais dont on possédait le rapport écrit - affirmait que Rabanos et Carpion avaient quitté le « Magicien » à quatre heures moins cinq. Son témoignage s'appliquait certainement à eux, puisque c'était ce même gendarme qui les avait arrêtés dans la soirée. Mais si Rabanos et Carpion quittaient le « Magicien » à quatre heures moins cinq, forcément, ils n'étaient pas les pillards, puisque les pillards étaient restés dans l'église de quatre heures moins un quart à quatre heures vingt. Deuxièmement, le sergent Bracelet, dépeignant le compagnon de l'homme qui l'avait frappé, lui avait prêté des cheveux très noirs et une barbe de même teint. Or Rabanos était d'un roux éclatant. Donc, puisque Rabanos et Carpion ne s'étaient point lâchés une minute cette soirée-là, ce n'était pas Carpion qui avait frappé Bracelet. Et. donc, puisque l'auteur des voies de fait n'était autre évidemment qu'un des pillards, ce n'étaient pas Rabanos et Carpion qui avaient pillé. Ils étaient les victimes de coïncidences, d'une fausse ressemblance que maints procès, anciens ou récents, ont déjà montré, et surtout de cette malencontreuse culotte déchirée. On s'était hypnotisé sur elle, cause de tout le mal. Mais il y avait, entre X... et Z..., auteurs du crime d'une part, et d'autre part Rabanos et Carpion, des différences irréductibles, des antagonismes d'heures et de teint, qui, par bonheur, permettraient au conseil d'éviter une erreur judiciaire.

JustMili_InsigneXIXeInsigne Justice Militaire - Début XXe siècle

Bon nombre d'auditeurs ne laissèrent pas d'être troublés par cette argumentation. Elle prouve seulement combien les investigations doivent être minutieuses. Elle n'influença point les juges qui condamnèrent les deux gaillards presque au maximum : huit et dix ans de réclusion avec dégradation militaire. Probablement, s'ils n'avaient pas nié, ils eussent pu s'excuser de circonstances atténuantes et eussent encouru un moindre châtiment ; mais par leur système ils risquaient tout. Leur défenseur, dupé à ses propres sophismes, était affligé du verdict comme d'une injustice. Deux jours plus tard, à ce qu'il confessa en se raillant soi-même, il fut délivré de son inquiétude un peu crédule : ses deux clients lui avouèrent sans vergogne leur méfait, en jurant toutefois, - hasard extraordinaire ! - que les bougies n'étaient point les cierges de l'église. Après leur dégradation, ils furent envoyés dans le lieu de réclusion. Ils ont accompli depuis lors une démarche pour retourner se battre; et il est vraisemblable que le général leur octroiera cette grâce et leur permettra de se racheter."

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Cette histoire aurait pu se terminer ainsi avec ce report effectué par René de Planhol, laissant nos deux voleurs d'église dans l'inconnu, mais une clé fut publiée cinquante ans plus tard.
Ecrit dans un contexte de guerre, son ouvrage afin d'échapper à la censure, se doit de camoufler en partie la vérité. Finalement, qui sont Carpion et Rabanos? Ceci s'est il réellement produit comme l'indique De Planhol. Un témoignage ne vaut que lorsqu'il est recoupé et conforté par d'autres sources.

Cette source concordante fut publiée 50 ans plus tard et on la trouve dans le témoignage d'Albert Le Flohic, intitulée "Cinquante ans après". Cette source, donc, nous permet de découvrir les vrais patronymes ainsi que le lieu et les dates de ces péripéties. Cette source nous permet de découvrir une scène de dégradation sur le front du régiment.

"14 octobre 1915. C'est ce jour-là que nous participons à une bien triste cérémonie. nos deux camarades CHAMPION et DESNOS ont été condamnés par le Conseil de Guerre aux travaux publics et à la dégradation militaire.
Qu'ont-ils fait?
Pas grand-chose, mais leur condamnation est l'aboutissement et le couronnement d'une longue suite d'infractions à la discipline.
CHAMPION est un ancien "batdaf" tatoué sur tout le corps. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas très intéressant.
DESNOS n'est pas un mauvais bougre, mais il s'est laissé entraîner. On les a pincés en train de fracturer les troncs de Bully-Grenay. D'autre part, ils avaient raflé pour s'éclairer dans les cagnas tous les cierges qui étaient en train de brûler. Enfin, ils ont coiffé Saint-Joseph d'un vieux chapeau haut-de-forme et ont dessiné des moustaches au crayon à la Sainte-Vierge.
Tout cela n'est pas bien méchant, mais nous sommes dans un secteur où il n'y a presque que des Britanniques et il faut faire la preuve que dans l'armée française, on ne badine pas avec la discipline.
Ils ont donc "attrapé" trois ans de travaux publics avec comme corollaire la dégradation.
En définitive et malgré le caractère infamant de leurs condamnations, ils vont peut-être faire une bonne opération, car on se demande où ils peuvent être plus mal qu'en première ligne?

Le régiment se rassemble dans une grande prairie. Les quatre bataillons sont disposés en carrés.
Au centre, la musique et dans un angle les deux condamnés en uniforme dont les boutons, les passepoils et tous les insignes ont été préalablement décousus puis refaufilés.
Le colonel CARLIER, sur son cheval, préside la cérémonie.
Elle est à la vérité fort émouvante.
Un adjudant lit le texte de la condamnation puis un autre sous-officier s'approche des deux hommes et leur arrache boutons et attributs. Maintenant les deux hommes paraissent revêtus d'un pantalon quelconque et d'une houppelande.
Puis les quatre bataillons défilent devant eux pendant que la musique fait retentir pour la dernière fois à leurs oreilles, le refrain du régiment.

 

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917
Sources photo: collection particulière

Sources biblio: "Cinquante ans après" - Albert Le Flohic - Imprimerie de Champagne 1967
Sources photos: Wikipédia - Tronc église de Lucheux

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