20 juin 2012

Quand les vieux retournent à l'école

Une de mes dernières cartes acquises est très intéressante, non par le texte mais par le sujet photographié.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines

Que voit on sur ce cliché?
Un groupe de 12 soldats pose devant une mitrailleuse Saint Etienne. Au vu des uniformes, de la végétation nous sommes aux alentours de l'hiver 1914-1915, en effet certains portent des gants, les brelages sont des "ersatz" en toile et la tenue est encore celle de 1914. De plus, la végétation n'a pas encore démarrée.
Un élément intéressant permet une datation à minima et vient compléter en partie cette datation: Un soldat, au centre porte la Croix de guerre avec une étoile. Il a donc eu une citation. Or, cette décoration fut instituée par la loi du 8 avril 1915. Vraisemblablement, nous avons là un des premiers bénéficiaires de la Croix de Guerre du 90e RI.
Il a donc déjà connu le front et y a certainement fait une action d'éclat. Il a d'ailleurs été positionné en position centrale sur la photo.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0006

Un gradé se situe sur la droite et permet d'en déduire qu'il s'agit vraisemblablement d'un instructeur avec ses "élèves".

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0002

Ceci se confirme par le peu de texte se trouvant au dos. L'auteur, après des palabres familiales sans grand intérêt signe "L.A. 90e d'Inf Groupe de mitrailleurs Villaines Indre et Loire".
Nous avons affaire donc à un envoi effectué depuis le camp du Ruchard, près de Tours. Là où se situait une partie des formations de la 9e région militaire.

CaptureGallica_CampRuchard

Pour rappel, le centre d'instruction du 90e RI se situait au nord de Villaines (voir message du 30 septembre 2010)

 

Les 11 soldats proviennent certainement d'unités de la 17e D.I. Un parmi eux est du 68e RI et 7 autres du 90e RI, les 3 autres ne sont malheureusement pas identifiables.

Je note cependant que les soldats me semblent malgré leurs numéros d'active d'un age avancé. Peut-être dans l'active à l'instruction puis dans la réserve une fois les cours terminés.

Pour une étude plus appronfondie, je renvois vers une étude qui a déjà été faite sur l'incontournable site "Parcours du combattant" de mon collègue Arnaud à propos d'un groupe de mitrailleurs du 290e RI. La ressemblance entre les deux clichés est troublante.

http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Representer/RImg03i.html

Avant de clore ce message, je ne peux m'empêcher de vous présenter quelques trognes. Personnellement, j'adore le "Buster Keaton" de gauche. Quoique le moustachu de droite est pas mal lui aussi.

RI090_Mitrailleurs_Vilaines0005

Sources:
Collection Personnelle de l'auteur
Gallica B.N.F. (Site europeana.eu)

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16 juin 2012

Lettre Q

Logo1418

 

RI068

QUEILLE Joseph - QUENET Paul - QUERCELIN Victor - QUESNEL Henri - QUILLATEAU Jean - QUILLET Arthur - QUILLET Louis - QUILLET Octave - QUINQUENET Francois - QUINTARD Theophile

 

RI090

QUANDIEU Pierre - QUELEN Maurice - QUENARD Eugene - QUERAULT Silvain - QUERIOUX Jean - QUESNEY Desire - QUINQUENET Louis - QUINTARD Clement

 

RI268

QUENAULT Maurice - QUENET Daniel - QUERAT Charles - QUERRIOUX Jean - QUERRIOUX Jean - QUERRIOUX Jean - QUERRIOUX Jules - QUERRIOUX Louis - QUILLET Alphonse - QUINTARD Xavier

 

RI290

QUERIOT Paul - QUILLET Louis

 

Retrouvez l'alphabet du Monument aux Morts des régiments de l'Indre en cliquant ICI

08 juin 2012

Emile Ingremeau, 5 ans et 8 mois au 68e RI

Emile Ingremeau est né le 30 mars 1893 à Viennay à quelques kilomètres au nord de Parthenay. Fils de Constant Ingremeau et de Philomène Aubry, il est déclaré comme cordonnier lors de la conscription.
Classe 1913, il partit pour le service en novembre 1913, il fut affecté au 68e RI.

IngremeauEmile4

Conscrit de la classe 1913, il est au service militaire lorsque le 2 aout 1914, il partit en campagne. Lors du conflit, il reçut plusieurs citations :
Tout d’abord, alors qu'il venait de combattre en Artois et qu'il était caporal:
"Le 26 mai 1915, s’est maintenu pendant 32 heures sous un violent bombardement en combattant à la grenade dans une tranchée conquise."

En 1916, à la suite de la bataille de la Somme, il reçut une deuxième citation:
Ingremeau Emile, Cl. 1913, Mle 5220, sergent à la 10e Cie :
« A pris le commandement de sa section en restant le seul sous officier. Dès le début de l’attaque  En a assuré le commandement avec bravoure, énergie et sang-froid » (Bataille de la Somme)
Le 2 décembre 1916 Signé Lieut. Colonel DOUCE Com. Le 68e R.I.

CitationDouce

Ces faits d’armes lui valurent la Croix de guerre.
Ayant traversé le conflit, il fut reversé au 114e RI le 3 septembre 1919, pour finalement s’installer à Parthenay, puis en 1920 à Thénezay. Au total il était resté 5 ans et 8 mois au 68e RI.
Entre temps, encore sous les drapeaux, il s’était marié le 24 novembre 1918 avec Henriette Gelin, à Thénezay.

Bien plus tard, ancien combattant, installé comme cantonnier, il reçut à Thenezay la Médaille Militaire, comme le reportèrent les journaux de l’époque.

article journalNR

Peu loquace sur le conflit et son parcours lorsqu'on l'interrogeait, il aimait dire: "Je ne suis pas un héros, mais il fallait bien survivre"

Merci à Gérard INGREMEAU pour m'avoir ouvert les archives familiales.

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22 avril 2012

Les aventures de Carpion et Rabanos

(Réactualisation mars 2014)

René de Planhol, dans son châpitre "Quelques affaires singulières et remarquables" de l'ouvrage "La Justice aux Armées", aborde des cas de justice militaire qu'il fut amené à défendre ou auquel il lui fut donné l'occasion d'assister.
Entamons donc notre cycle consacré à la justice militaire avec une histoire de rapine peu ordinaire.

L'affaire Carpion et Rabanos.
Les noms sont fictifs et donnés par De Planhol, à la parution du livre, 1917, le pays est encore en guerre, et la loi empêche la divulgation des vrais patronymes.

"Dans le village du « Magicien » qu'occupaient les troupes britanniques, un Anglais qui était en sentinelle sur la place aperçut, au cours d'une après-midi d'hiver, deux soldats français qui entraient dans l'église. Ce secteur étant interdit aux Français, l'Anglais s'étonna un peu, mais, flegmatique, ne s'en soucia pas. Au bout d'un quart d'heure il entendit un vacarme forcené qui retentissait dans l'église. Ayant poussé la porte, il fut stupéfait. L'un des deux soldats grimpé sur l'autel et armé d'un grand crucifix de bronze frappait les statues, les chandeliers, les objets du culte à tour de bras. Demeuré en bas des marches, l'autre, de la voix et du geste, excitait son camarade. La sentinelle leur intima par ses cris de décamper ; mais elle criait vainement en anglais. Elle alla chercher secours. Deux de ses compatriotes revinrent avec elle et constatèrent la scène. Se méfiant de spectateurs si nombreux, les deux hommes s'en furent. Le curé du « Magicien », prévenu et accouru, ne put que se navrer devant le saccage du lieu saint : le Sauveur, la Sainte Vierge, saint Joseph, saint Michel, sainte Geneviève et Jeanne d'Arc gisaient en morceaux ; les candélabres, les ciboires, l'ostensoir, tout était renversé ; les toiles du chemin de croix étaient lacérées. Le curé remarqua en outre que les pillards, gens soigneux, loin de briser et gaspiller les cierges, les avaient sans doute emportés dans leurs poches. Il évaluait le dommage total à une somme de dix-huit cents francs. Pendant cet inventaire, les Tommies informaient la gendarmerie. Leurs trois récits concordaient. Les deux hommes, entrés dans l'église à quatre heures moins le quart, en étaient sortis à quatre heures vingt ; celui qui frappait les statues était petit, trapu et gros ; l'autre, plus grand et très maigre ; ce dernier, en enjambant la balustrade, avait déchiré sa culotte.

220px-Lucheux_église_(tronc)_1

 

A un carrefour du village, un gendarme français était en faction. On l'avertit. Tout juste il avait lorgné deux hommes qui, conformes à ce signalement et fort excités, se dirigeaient vers le secteur français. Il les poursuivit. Et bientôt, s'étant renseigné auprès des habitants, il découvrit les deux compères à une lieue de là, dans un cabaret attablés autour d'un pain, d'un fromage et d'une bouteille, ils avaient allumé une douzaine de bougies et dînaient aux flambeaux ; l'un d'eux, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Le gendarme, aidé d'un camarade, appréhenda les deux hommes malgré leurs protestations et les conduisit à leur régiment. Le petit trapu se nommait Rabanos, marchand de ferraille à Charenton, âgé de trente ans et père de deux enfants ; le grand maigre, âgé de vingt-trois ans et célibataire, se nommait Carpion, ouvrier plombier. Tous deux furent incarcérés, et l'on rédigea contre eux une plainte en conseil de guerre."

Deux jours plus tard, l'autorité française recevait de la gendarmerie anglaise une autre plainte. Le jour même du pillage, sur les quatre heures et demie du soir, le sergent Bracelet, en temps de paix antiquaire à Paris, dans l'île Saint-Louis, et présentement attaché comme interprète à l'armée britannique, travaillait dans le local qu'il utilisait comme bureau et qui était un estaminet isolé sur la route, à peu de distance du « Magicien ». Soudain une voiture de ravitaillement stoppa devant la porte et deux hommes en descendirent. Ils entrèrent dans l'estaminet et commandèrent du vin. L'un était petit et gros; l'autre, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Tous deux paraissaient fort excités. Le sergent leur fit observer que ce n'était point encore l'heure réglementaire et que le patron n'avait pas licence de les servir avant cinq heures. Ils n'acceptèrent point volontiers ces remontrances. Le grand maigre dit à son compagnon:
- C'est au moins un employé de chez Potin. On va lui régler son affaire.

Et d'allonger sur le nez du sergent un « direct » ainsi que quelques coups à l'estomac et aux cuisses. Bracelet tomba, cependant que les deux héros, contents de leur exploit, s'en allaient après la victoire.

Il semblait n'y avoir pas de doute : ces deux hommes ne différaient pas des deux pillards. Rabanos et Carpion furent donc inculpés de destruction d'édifice et vol dans un édifice consacré au culte, et Carpion de voie de fait sur un supérieur. A l'instruction, les trois Tommies et le sergent Bracelet les reconnurent formellement. Afin que la reconnaissance eût. plus de certitude, le commissaire-rapporteur, avant que d'introduire les témoins, avait placé Rabanos et Carpion au milieu d'une douzaine de soldats : les témoins les désignèrent sans hésiter. Et le curé du « Magicien » assura que les bougies qui éclairaient la table du dîner étaient bien les cierges de son église.

Les preuves s'accumulaient : reconnaissance des hommes et des bougies, concordance des heures, et cette culotte déchirée qui suivait Carpion comme à la trace. Devant le conseil pourtant, comme à l'instruction, les deux personnages s'obstinaient à tout nier. Ils avaient l'air un peu gêné, ne remuaient pas, parlaient d'une voix calme. Tout cela, c'était une méchante série de guignes. Après déjeuner, comme la compagnie était au repos, ils avaient décidé de se promener et de se dégourdir les jambes. Ils ne s'étaient point, rendus au « Magicien », n'avaient pénétré dans aucune église et voyaient pour la première fois le sergent Bracelet. Les bougies, ils les avaient achetées : on a bien le droit d'acheter des bougies. Quant à la culotte, Carpion se l'était accrochée à des fils de fer, la nuit précédente, au cours de la relève, dans les tranchées. Et le soir, comme ils se restauraient bien sagement, on les avait arrêtés. Comment auraient-ils commis ce pillage, tous les deux : Carpion qui avait un cousin vicaire ; et Rabanos, commerçant médaillé de la ville de Paris, qui prisait les belles choses et qui avait pour meilleure clientèle une congrégation. C'était absurde ! ... Les témoins cependant, - les Tommies par l'intermédiaire de l’interprète assermenté, - répétaient leurs assertions. Et, sur la table du conseil, le curé développait un paquet de cierges identiques aux bougies du dîner. Le colonel, ne s'empêchant pas de sourire, demandait il Carpion :
-Qu’avez vous à répondre à cela ?

Et il était savoureux, ce Carpion, la bouche pincée, l'air sérieux, les joues un peu rouges, le ton doctoral :
- Je dis que ce soldat se trompe.

Pour tous deux, les notes de leurs chefs n'étaient pas excellentes, surtout quantà la moralité. Son capitaine estimait Rabanos un soldat médiocre dans la tranchée et mauvais au cantonnement, animé d'un esprit pernicieux et révolté. Carpion, ancien caporal cassé de son grade pour ivresse, donnait pareillement durant les repos le pire exemple ; en revanche son capitaine lui accordait des qualités insignes à la bataille et le déclarait « un combattant précieux pour ses chefs ». Ils n'avaient nulle condamnation antérieure.

"Le commissaire du gouvernement requit des juges une condamnation impitoyable : les églises de France, les pauvres petites églises, déjà si dévastées par la mitraille boche, quels Français avaient- le cœur assez vil pour les dévaster encore ! A quel mobile attribuer l'attentat odieux de Rabanos et de Carpion ? Au délire de l'ivresse ? A une basse passion anticléricale ? Au plaisir sadique de détruire et piller ? A tout cela ensemble probablement. Il ne fallait pas qu'une telle frénésie fût indemne. Et les dix ans de réclusion que pré voyait la loi ne seraient pas une peine trop sévère.

La tâche du défenseur paraissait une gageure. Toutefois l'instruction, presque surchargée de certitude, s'y était peut-être fiée un peu vite et n'avait point scruté les détails assez méticuleusement. Le dossier contenait des contradictions dont le défenseur se prévalut. Il y en avait plusieurs, et principalement deux :

Premièrement, les Tommies affirmaient, tous trois, que les deux pillards étaient sortis de l'église à quatre heures vingt ; d'autre part, le gendarme français - absent au jour des débats, mais dont on possédait le rapport écrit - affirmait que Rabanos et Carpion avaient quitté le « Magicien » à quatre heures moins cinq. Son témoignage s'appliquait certainement à eux, puisque c'était ce même gendarme qui les avait arrêtés dans la soirée. Mais si Rabanos et Carpion quittaient le « Magicien » à quatre heures moins cinq, forcément, ils n'étaient pas les pillards, puisque les pillards étaient restés dans l'église de quatre heures moins un quart à quatre heures vingt. Deuxièmement, le sergent Bracelet, dépeignant le compagnon de l'homme qui l'avait frappé, lui avait prêté des cheveux très noirs et une barbe de même teint. Or Rabanos était d'un roux éclatant. Donc, puisque Rabanos et Carpion ne s'étaient point lâchés une minute cette soirée-là, ce n'était pas Carpion qui avait frappé Bracelet. Et. donc, puisque l'auteur des voies de fait n'était autre évidemment qu'un des pillards, ce n'étaient pas Rabanos et Carpion qui avaient pillé. Ils étaient les victimes de coïncidences, d'une fausse ressemblance que maints procès, anciens ou récents, ont déjà montré, et surtout de cette malencontreuse culotte déchirée. On s'était hypnotisé sur elle, cause de tout le mal. Mais il y avait, entre X... et Z..., auteurs du crime d'une part, et d'autre part Rabanos et Carpion, des différences irréductibles, des antagonismes d'heures et de teint, qui, par bonheur, permettraient au conseil d'éviter une erreur judiciaire.

JustMili_InsigneXIXeInsigne Justice Militaire - Début XXe siècle

Bon nombre d'auditeurs ne laissèrent pas d'être troublés par cette argumentation. Elle prouve seulement combien les investigations doivent être minutieuses. Elle n'influença point les juges qui condamnèrent les deux gaillards presque au maximum : huit et dix ans de réclusion avec dégradation militaire. Probablement, s'ils n'avaient pas nié, ils eussent pu s'excuser de circonstances atténuantes et eussent encouru un moindre châtiment ; mais par leur système ils risquaient tout. Leur défenseur, dupé à ses propres sophismes, était affligé du verdict comme d'une injustice. Deux jours plus tard, à ce qu'il confessa en se raillant soi-même, il fut délivré de son inquiétude un peu crédule : ses deux clients lui avouèrent sans vergogne leur méfait, en jurant toutefois, - hasard extraordinaire ! - que les bougies n'étaient point les cierges de l'église. Après leur dégradation, ils furent envoyés dans le lieu de réclusion. Ils ont accompli depuis lors une démarche pour retourner se battre; et il est vraisemblable que le général leur octroiera cette grâce et leur permettra de se racheter."

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Cette histoire aurait pu se terminer ainsi avec ce report effectué par René de Planhol, laissant nos deux voleurs d'église dans l'inconnu, mais une clé fut publiée cinquante ans plus tard.
Ecrit dans un contexte de guerre, son ouvrage afin d'échapper à la censure, se doit de camoufler en partie la vérité. Finalement, qui sont Carpion et Rabanos? Ceci s'est il réellement produit comme l'indique De Planhol. Un témoignage ne vaut que lorsqu'il est recoupé et conforté par d'autres sources.

Cette source concordante fut publiée 50 ans plus tard et on la trouve dans le témoignage d'Albert Le Flohic, intitulée "Cinquante ans après". Cette source, donc, nous permet de découvrir les vrais patronymes ainsi que le lieu et les dates de ces péripéties. Cette source nous permet de découvrir une scène de dégradation sur le front du régiment.

"14 octobre 1915. C'est ce jour-là que nous participons à une bien triste cérémonie. nos deux camarades CHAMPION et DESNOS ont été condamnés par le Conseil de Guerre aux travaux publics et à la dégradation militaire.
Qu'ont-ils fait?
Pas grand-chose, mais leur condamnation est l'aboutissement et le couronnement d'une longue suite d'infractions à la discipline.
CHAMPION est un ancien "batdaf" tatoué sur tout le corps. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas très intéressant.
DESNOS n'est pas un mauvais bougre, mais il s'est laissé entraîner. On les a pincés en train de fracturer les troncs de Bully-Grenay. D'autre part, ils avaient raflé pour s'éclairer dans les cagnas tous les cierges qui étaient en train de brûler. Enfin, ils ont coiffé Saint-Joseph d'un vieux chapeau haut-de-forme et ont dessiné des moustaches au crayon à la Sainte-Vierge.
Tout cela n'est pas bien méchant, mais nous sommes dans un secteur où il n'y a presque que des Britanniques et il faut faire la preuve que dans l'armée française, on ne badine pas avec la discipline.
Ils ont donc "attrapé" trois ans de travaux publics avec comme corollaire la dégradation.
En définitive et malgré le caractère infamant de leurs condamnations, ils vont peut-être faire une bonne opération, car on se demande où ils peuvent être plus mal qu'en première ligne?

Le régiment se rassemble dans une grande prairie. Les quatre bataillons sont disposés en carrés.
Au centre, la musique et dans un angle les deux condamnés en uniforme dont les boutons, les passepoils et tous les insignes ont été préalablement décousus puis refaufilés.
Le colonel CARLIER, sur son cheval, préside la cérémonie.
Elle est à la vérité fort émouvante.
Un adjudant lit le texte de la condamnation puis un autre sous-officier s'approche des deux hommes et leur arrache boutons et attributs. Maintenant les deux hommes paraissent revêtus d'un pantalon quelconque et d'une houppelande.
Puis les quatre bataillons défilent devant eux pendant que la musique fait retentir pour la dernière fois à leurs oreilles, le refrain du régiment.

 

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917
Sources photo: collection particulière

Sources biblio: "Cinquante ans après" - Albert Le Flohic - Imprimerie de Champagne 1967
Sources photos: Wikipédia - Tronc église de Lucheux

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12 avril 2012

La justice militaire

Il est un sujet sensible qui me tient à coeur, celui de l'exercice de la Justice Militaire au sein des unités de la 17e DI lors du conflit.

Parfois exépiditive, parfois justifiée par des crimes de droit commun, ce thème est difficile à aborder car encore emprunt du sceau du tabou. Je ne peux, cependant, m'empêcher de penser aux drames familiaux tant pour les coupables que pour les victimes (Parfois ces derniers sont à la fois victimes et coupables).

Souhaitant rester neutre sur ce sujet, dans plusieurs messages à venir, je me contenterai d'aborder le sujet au travers de sources bibliographiques, notamment au travers de l'ouvrage "De la justice aux Armées" de René de Planhol (Attinger 1917).
Cet ouvrage rare m'a été aimablement prêté par un ami (Alain Orrière), que je remercie vivement. j'ai ai donc effectué une transcription complète.

René de Planhol (1889-19..) était un journaliste et écrivain. A la mobilisation, celui-ci est affecté au 7e Hussards. De cette expérience, il publiera "Etapes et batailles d'un hussard" (Attinger, 1915)
En 1917, il publie "De la justice aux Armées", qu'il commence ainsi:

De juin 1915 à septembre 1916, j'ai été appelé par la bienveillance du commissaire-rapporteur d'une division à collaborer comme défenseur à l'oeuvre de justice. Avocat improvisé, j’ai suivi de la sorte un grand nombre d'audiences et je me suis facilement renseigné sur les autres. J'inscris ici ce que j'ai vu ou su et qu'il n'y a pas d'inconvénient à révéler. Bien entendu, je ne dévoile aucun nom. Les noms que je prêterai à mes personnages pour la commodité du récit sont absolument arbitraires, et je prie qu'on n'y cherche point de consonance ou d'anagramme. Hormis ce déguisement, ces pages ne sont que véridiques.

JusticeAuxArmées_Couv


Si vous avez des infos supplémentaires concernant René de Planhol, je suis bigrement intérressé.

A suivre donc "les aventures de Carpion et Rabanos"

 

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08 avril 2012

Le boyau des Biarnais de Calonne

Sur le net, sur l'excellent Histoire -Généalogie, on reparle du sergent Luneau dont nous vous avions présenté le parcours en 2007.

http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article2186

Dans l'article, il est à noter que le "boyau des Biarnais" est en réalité la "tranchée des Béarnais", face à la Fosse 11 de Lens.

Bearnais_268e RI
Extrait du JMO 268e RI - SHD - 26N733


Si un lecteur du 290e RI reconnait un de ses aieux, pensez à envoyer un message à Marie Claude.

 

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02 avril 2012

Honneur aux troufions

Bien d'autres actes seraient à signaler. Honneur doit être rendu aux artilleurs qui ont admirablement travaillé. Le capitaine Baschi a accompagné les vagues d'assaut transmettant à sa batterie l'ordre d'allonger le tir en agitant son képi, signal repris par les agents de liaison. Le colonel lui fera avoir la Légion d'honneur. Tous en sont ravis, car nous avons des artilleurs admirables que nous savons apprécier et aimer.

Baschi, décoré, recevra un éclat d'obus qui ouvrira son manteau juste à hauteur de la croix, la mettant à découvert.

Plus tard, il sera grièvement blessé, et quand je le retrouverai au bois du Polygone, je lui rappellerai Wallemolen, le félicitant de sa croix, il m'engueulera en ces termes : « Ma croix, mais j'en suis furieux : ce ne sont pas les artilleurs qui devraient être décorés en pareille occurrence. A Wallemolen, tous les fantassins à ce prix en méritaient autant depuis le colonel jusqu'au dernier troufion. »

Sources: 1914-1915 E. Sohier - Auto-édition

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24 février 2012

La collection c'est bien, mais ...

 ... c'est mieux quand c'est rangé.

Je ne savais pas quoi faire pendant ces grands froids, de plus, le temps des vacances est venu et rien à faire au jardin, alors je me suis trouvé une occupation:

Le rangement!!!

CollectJC

Un peu moins de 300 photos anciennes sur les régiments indriens à trier, à annoter. Le plus long, bien sur, n'est pas de ranger, mais bien d'annoter, d'identifier. En effet, si certaines cartes ont déjà fait l'objet d'articles sur ce blog, beaucoup sont encore à analyser.

Pourvu que les vacances soient assez longues :-))

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06 février 2012

Alexandre Lavalette (268e RI) Henri Clémenceau (9e train)

Les sites dédiés aux régiments indriens et à leurs soldats sont peu nombreux, alors je vous fais profiter de deux récentes trouvailles:

Tout d'abord commençons par le 268e RI. Afin de présenter son activité professionelle, un généalogiste détaille son activité au travers de la description du parcours d'un aieul, Alexandre Lavalette. Au fil des pages, nous suivons donc le parcours du forgeron de Millac (86) jusqu'à la Nécropole de Sarrebourg. On notera, au passage, la photo qui permet d'admirer une copie de képi 1884 du 268e

l_dscf2453http://arbredalexandre.free.fr/index1.html

 

L'autre découverte concerne une unité sur laquelle je possède malheureusement peu d'informations: le 9e Escadron du Train des Equipages.
Sur un site familial, on découvre Henri Clémenceau, fils de meunier de Saint Florent le Vieil (49), celui-ci est mobilisé au 9e ETE et meurt en 1916 de maladie, à Cholet (49)

ETE009_MPLF_ClemenceauHenriPierreJosephhttp://clemenceaudupetitmoulin.centerblog.net/2772279-Henri-Clemenceau-1887-1916


http://clemenceaudupetitmoulin.centerblog.net/6573405-henri-clemenceau-du-moulin-de-la-rielle

 

Sources photos:
http://arbredalexandre.free.fr/index1.html
Mémoires des Hommes

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31 décembre 2011

Bonnée Année

31 décembre 1915

Le Général Curé a réuni ce soir les officiers de la 304e Brigade. Je pensais bien que ce n'était pas seulement pour nous souhaiter la bonne année!

Nous allons remplacer le 21e Corps dans un terrain bourbeux où les tranchées sont noyées, et nous y resterons du 4 janvier à la fin du mois. Naturellement, il compte sur le bon esprit, le dévouement ... et patati et patata ...
Un officier d'état-major nous aglissé quelques tuyaux: comme il n'y a presque plus de tranchées, les deux camps ont établi une entente. "On peut sortir, se promener, on ne tire pas. On prend même le café ensemble ... mais çà il ne faudra pas continuer ... Ah! J'oubliais, on vise les officiers quand on peut les reconnaitre; la trêve n'existe que pour les soldats". Bon! il faudra voir ... Les états-majors n'ont pas été vérifier!
Ce coin là s'appelle le "Bois en Hache"

Sources: Maurice Laurentin - Carnets d'un fantassin de 1914 - Arthaud 1965

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