03 janvier 2010

Le drapeau sous l'arc de triomphe

Le 24 aout 1919

De ce jour, nous connaissions le "Brimbal", visible à la médiathèque Equinoxe et quelques cartes postales retraçant l'évènement.
http://indre1418.canalblog.com/archives/2008/03/02/8168964.html
Voici une photo originale récemment acquise.
Le 90e RI revient au Pays, un arc de triomphe a été installé place Gambetta. Le régiment, rejoignant la caserne Bertrand défile sous ce monument. Le chef de corps vient de passer, le drapeau franchit a son tour l'arc de triomphe.
Retour24Aout1919

Le bâtiment de l'angle avec la rue de la Gare est toujours là. A gauche, le théâtre a disparu (actuel Building)
La version actuelle: sur GoogleMap in the Street
A noter la quantité de personnes dans les rues. Jamais de mémoire, je n'ai vu autant de monde dans la capitale du Bas-Berry.
Bonnes Fêtes et Meilleurs voeux pour l'année 2010.


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15 décembre 2009

Du 14-18 autour du sapin?

Chaque année, ma femme se pose la question de savoir quoi m'offrir. Acheter le dernier Agosto? Trop tard!! J'étais déjà dans les cartons de la librairie la veille de la sortie Un Tardy? Grande chance que je l'ai déjà!! L'intégrale de Ernst Jungers aux éditions de la Pléiade? Pourquoi pas.
Il n'est pas dans mes habitudes de faire un peu de pub, mais un éditeur que je connais, que j'avais rencontré au salon du livre de Bourges possède un site où l'on trouve d'excellents livres d'histoire, de témoignages de combattants.
Je ne peux donc que le conseiller:

bandeau_entete
Les Editions ANOVI
37220 Parçay-sur-Vienne

Aidons les petits éditeurs, les auteurs locaux.
Allez au détour de la liste trouvée sur le site Anovi, je conseillerais
> Afin de ne jamais oublier. Vie et mort d'un poilu héroïquement ordinaire, Gaston Olivier du 274e R.I. - par Gaston Olivier - Alain Chaupin
> Carnet de guerre de Georges Curien, territorial vosgien - par Commenté par Eric Mansuy
> Musicien-brancardier... Carnets de Léopold Retailleau, du 77e R.I., 1914-18 - par Commenté par Eric Labayle
> Par la plume et par l'épée. Pierre-Jan, homme de lettres et caporal au 26e BCP - par Nicolas Jan
> Dossier interdit. Retranscription des cahiers de guerre d'un lieutenant du 90e R.I., 1914-15 - par Commenté par J.P. Fontanon
> Témoignage 1914-1918. Ernest Repessé, caporal-infirmier, 147e R.I. - par Ernest Repessé

Mireille, cette liste ne s'adresse pas à toi, je les ai déjà :-)

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10 décembre 2009

La première bataille d'Ypres (4) 24 octobre 1914

Le 24 au matin, une instruction arrive du Détachement d’Armée :
Roosbrugge, 24 octobre 9h30
Instruction personnelle et secrète.
« D’après un renseignement obtenu cette nuit, les XXVIe et XXVIIe Corps allemands, partant de la région de Courtrai, attaqueraient sur Boesinghe et Ypres. Cette action est extrêmement favorable à l’attaque actuellement en cours. Il est, en effet, préférable pour notre offensive de rencontrer des troupes en mouvement plutôt que des troupes établies solidement sur un front défensif.
Il y a donc lieu de profiter de cette situation pour attaquer vigoureusement et repousser, sans leur permettre de s’accrocher au sol, les adversaires, dont les formations sont peu consistantes, qu’on rencontrera »
V. d’Urbal

Le général Foch y va aussi de son couplet :
Général Foch à général commandant le 9e Corps, le 24 octobre à 12 heures
Tous les éléments du 9e Corps sont actuellement débarqués ; prendre toutes les dispositions (transport en autos, etc…) pour que tous ces éléments soient utilisés aujourd’hui et que l’action en reçoive une nouvelle impulsion. Il nous faut de la décision et de l’activité.
J. Foch

A 7 heures, la préparation d’artillerie se déclenche. Une fois terminée, les attaques sont lancées.
Les 66e et 125e avancent d’un kilomètre vers Poelkapelle. Le 68e poursuit son avance de la veille et gagne ainsi 500 nouveaux mètres. Les tranchées allemandes sont enlevées à la nuit.
Le 90e gagne du terrain.
Dans Zonnebeke, le 114e mène un combat de rue, progressant de maison en maison. Ayant amené un 75 en première ligne, la caserne de gendarmerie cède enfin.

Vers 11 heures, une sérieuse contre attaque allemande se fait sentir sur les 90e et 114e. Des éléments de la 18e DI sont engagés afin de couvrir le flanc droit de la 17e DI. Deux bataillons du 135e sont ainsi engagés à au sud de la route de Passendale.

A 18 heures, le colonel Briant, chef de corps du 114e, rend compte qu’il tient tout le village de Zonnebeke.
Les combats continuent toute la nuit.

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Ypres2_19141024

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Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983


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27 novembre 2009

La première bataille d'Ypres (3) 23 octobre 1914

A l'heure prévue, 9h, à peine arrivée, la 17e DI traverse Ypres et exécute son mouvement. A midi, l'avant-garde atteint la ligne anglaise, à Fortuin. Zonnebecke est aux mains des Allemands depuis la veille.
Le général Guignabaudet déploie la division. 3 régiments sont en première ligne et un en réserve de division.
Le 68e reçoit Wallemolen comme objectif, le 90e reçoit Gravenstafel et le 114e reçoit Zonnebeke. Le 125e est maintenu au nord de Wietlje.
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Ypres2_19141023

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Les 68 et 90e, sous le barrage ennemi, progressent jusqu'aux tranchées principales allemandes. De son côté, le 114e engage 2 bataillons pour investir Zonnebeke. Dans le bourg, un des principaux de résistance est la gendarmerie. Les Allemands ont organisé défensivement Zonnebeke et ses abords.
Au nord et au sud, les divisions de cavalerie ne peuvent appuyer l'attaque, elles viennent en aide aux divisions anglaises qui subissent à leur tour des attaques.
A 15h30, la 17e division reçoit l'ordre de relève suivant:
"La 17e Division doit effectuer, dans la nuit du 23 au 24, la relève de la 2e division anglaise qui occupe le front Passage à Niveau - rivière à 1500 mètres au sud de Langemarck, soit en s'établissant en avant de sa ligne, soit en se substituant à elle dans ses tranchées."
Général d'Urbal

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Cette relève nécessite une réorganisation des emplacements et des missions du 9e CA. Le 125e RI qui devait être engagé offensivement se voit donc attribuer un autre rôle.
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Dans la soirée du 23 octobre, le général Dubois (9e CA) reçoit le message suivant du général commandant le détachement d’Armée :
"Ordre Particulier
Au point où nous en sommes, la plus petite rupture d’équilibre sur un point peut faire définitivement pencher la balance en notre faveur. Les troupes que vous avez devant vous et sur votre gauche paraissent appartenir pour la plupart à des corps de nouvelle levée sans grande valeur.
Profitez-en pour prononcer votre offensive sur Roulers avec la plus grande vigueur, sans vous inquiéter de savoir si vous êtes en flèche ou non.
Flanc-gardez vous à droite et à gauche et pousser de l’avant, quoi que fassent vos voisins de droite ou de gauche, sans vous inquiéter autrement d’eux que pour savoir ce qu’ils font. Tâchons de faire le trou.
Attaquez demain, aussitôt qu’il vous sera possible.
Général d’Urbal
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Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983


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12 novembre 2009

La première bataille d'Ypres (2) 22 octobre 1914

Ce fil de messages s'intéressera plus particulièrement au rôle du 9e CA (donc des 4 régiments indriens) dans la première bataille d'Ypres.
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Les unités du 9e CA arrivent dans la région d'Ypres à partir du 23 octobre. Les 32e et 77e RI n'arriverons qu'aux alentours du 25 octobre suite à un accident ferroviaire.
68e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
90e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Boeschèpe et Berthen le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
114e RI: parti de Sept-Saulx le 19/10, arrivée à Cassel Bailleul le 22, puis cantonnement à Clyte-Kemmel.
125e RI: parti de Saint Hilaire le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis cantonnement à Dranoutre-Locre.
32e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Strazeele le 24, puis transport par bus à Dikkebus.
66e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 23 puis cantonnement à Poperinghe.
77e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 24, puis transport par bus à Dikkebus-Voormezele.
135e RI: parti de Mourmelon le 21/10, arrivée à Steenwerck le 23, puis transport par camion à Ypres-Vlamertinge.
Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un incident lors du transfert en train.
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Le but est clair, il faut renforcer nos alliés anglais. Pour cela, l'ordre d'opérations n°1 du détachement d'armée en date du 22 octobre, 19 heures, prescrivit une offensive immédiate et générale:
1°) Dans la direction d'Ypres-Passendale-Roulers, par la 17e DI et les 6-7e DC mises à la disposition du 9e CA.
2°) Dans la direction de Dixmude-Thourot, par les troupes belges et les fusiliers marins
3°) Dans la direction Nieuport - Ghistelles, par la 42e DI et les troupes belges.
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Pour le 9e CA plus précisement:
Le Général Dubois, disposant de la 17e DI et de deux DC, attaquera dans les conditions suivantes:
17ème Division, d'Ypres à Passendale;
Une division de cavalerie appuyant à droite cette attaque, en prenant comme point de direction Zonnebeke et Moorslende
Une division de cavalerie opérant de même, à gauche, sur Weestroosebeke.
Les éléments de tête de la 17e division déboucheront à 9 heures d'Ypres, que les deux divisions de cavalerie devront avoir dégagé auparavant.
Général d'Urbal

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Un groupement d'artillerie lourde (Groupement Blumer) est mis à la disposition du 9e CA (2 batteries de 105, 1 de 155 Rimailho et 1 de 120). On recommande d'être économe en munitions, ne pouvant garantir le réapprovisionnement.
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Ypres_155Rimailho

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Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983


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10 novembre 2009

11 novembre. Amitié ou Armistice? Les deux, mon colonel

Le 11 novembre de nos Pépés a du plomb dans l'aile. Lazare était le dernier, il n'a pas fallu attendre longtemps pour que la roue tourne. Journée du souvenir, l'air du temps nous apporte la Journée de l'Amitié franco-allemande.
Eh bien soit, alors cette année, je penserais donc aux 3.343.000 Allemands et Français tombés entre 1914 et 1918. N'étant pas bégueule, je rajouterais aussi les 1.047.000 Austro-Hongrois pour montrer que je n'en veux pas à notre Président et à Angela. Aimant bien Baudouin, je rajouterais donc aussi 44.000 Belges.
N'en voulant pas aux autres non plus, je penserais donc aux quelques 8.000.000 de tués de la Grande Guerre.
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RI290_Blairville_091915_AumonierBouvetJM1

Cimetière dans les lignes, créé par votre serviteur au sud d'Arras.
Sept. 1915 à B...
(Blairville?)

J. Bouvet, aumônier au 290e d'inf.

A titre personnel, ne pouvant être sur place, je penserais plus particulièrement à ceux de ma commune d'origine

Mon monument au mort "virtuel"

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04 novembre 2009

La première bataille d'Ypres (1)

Après l'échec de la bataille de la Marne, l'armée allemande entreprend "la course à la mer". Les Français et les Anglais se positionnent, au fur et à mesure, en face des armées allemandes, en direction de la mer du Nord.
Dans la région d'Ypres, les dragons français (2e corps de cavalerie) arrivent le 14 octobre. Ils s'établissent, avec les territoriaux des 87e et 89e DI dans le secteur Zonnebeke-Passendale. Ils défendent Roulers, le 19 octobre, puis se replient, sous le nombre vers Passendale et Staden. Passendale tombe le 20 octobre.
Les positions allant de Bikschote à Mesen sont alors occupées par l'armée anglaise qui y a engagé toutes ses réserves.
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Ypres1_19141021

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Le 22 octobre, les généraux French (Commandant du Corps Expéditionnaire Britannique), Douglas Haig (Cdt 1er Corps Britannique) et Rawlisson (4e Corps Britannique) envisagent de se retirer. Les généraux de Mitry (2e Corps de Cavalerie Français) et Bidon (Cdt militaire de Dunkerque) leur rappellent la promesse du général Joffre de fournir une aide militaire supplémentaire.
Les premiers éléments français (9e Corps) sont d'ailleurs arrivés en Belgique, ou dans le Nord de la France. Ceux-ci sont partis de Mourmelon depuis le 20 octobre.
Les troupes anglaises, étirées sur un front étendu et composées dans une forte proportion de cavalerie, demandaient qu'on les appuyât. Elles étaient notamment très menacées dans la région de Zonnebeke - Becelaere - Gheluvelt.

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Le secteur d'Ypres
Ypres2_19141023

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Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983


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19 octobre 2009

En route pour l'Est

On roule ainsi pendant trente-six heures. Où va-t-on ? Nul ne sait. Ce qui est certain, c'est que l'horaire prévu n'est pas respecté. Le train chemine à travers de grandes plaines ensoleillées, suivant un rythme imprévu et imprévisible. Tantôt un homme au pas pourrait l'accompagner, tantôt il s'emballe et dépasse largement les trente kilomètres à l'heure réglementaires. Il ne s'arrête plus aux stations, mais s'arrête à tout bout de champ. On veut descendre, il repart incontinent. On hésite à descendre, il s'immobilise désespérément jusqu'à ce qu'on se décide à se lever.
Cela devient rapidement des plus pénibles, d'autant plus pénible que de violentes coliques commencent à me torturer les intestins. A un moment donné de vives clameurs s'élèvent, on se précipite à la portière. La voie décrit un long ruban semi-circulaire, et là-bas, là-bas, loin derrière le train qui s'était arrêté tout à l'heure, on voit un homme en bras de chemises, la ceinture à demi renouée, qui court pour le rattraper. Il gagne du terrain. L'aura, l'aura pas. Le train accélère, il ne l'aura pas. Il ralentit, il l'aura. Les paris s'engagent, les cris se font désordonnés. On encourage, on raille. Dans la grande steppe de la Champagne, sous le soleil ardent, couvert de sueur, il a eu le train. Je l'envie.
Les hommes sont en bras de chemises, chantant, baillant, discourant ou rêvant les membres ballants, il y en a sur les marchepieds, sur les toits des voitures. Cela c'est trop à cause des tunnels. Consignes sévères à la première occasion. Elles seront respectées pendant un certain temps.
Les wagons sont couverts de branchages, de bouquets, de drapeaux, d'inscriptions. On échange des cris et des lazzis avec les paysans dans les champs ou attroupés aux passages à niveau. On croise des trains. On interroge tous ceux qui pourraient savoir quelque chose : les passants, les employés. Personne ne sait rien. Sur leurs machines certains mécaniciens sont depuis deux ou trois jours, sans pouvoir dormir. Les faces sont noires et ravagées. Mais nul ne se plaint.
Au revers d'un talus des débris de wagons. Une batterie d'artillerie a été détruite là avant d'avoir eu le moindre contact avec l'ennemi.
Le silence règne soudain.
La nuit tombe lentement. Il n'y a plus d'huile dans la lampe du quinquet. Il n'y a plus de vivres. Pas un cri, pas une récrimination dans tout le train. On attend l'arrivée, un jour prochain.
Nous semblons nous diriger vers Nancy.
L'obscurité enveloppe le paysage. Une nuit dense, de cauchemar, commence. Je souffre abominablement et ne peux dormir une seconde. Tout est noir. Soudain un immense fanal blanc, aveuglant, un grave sifflement continu, un halètement, un immense fanal rouge, puis de nouveau tout est noir. Et sans cesse cette alternance : l'éblouissement blanc ou rouge, l'obscurité, se heurtant en moi au silence de la nuit, le battement rythmé du train qui roule, brusquement coupé d'un sifflement continu et d'un halètement, des chocs scandés d'un train croisé.
C'est hallucinant, de plus en plus hallucinant, car l'espace qui sépare les locomotives et les trains se succédant, est de moins en moins grand, et bientôt les fanaux blancs et les fanaux rouges s'affrontent, faces béantes et formidables.
Ah! vite le jour et l'arrêt définitif. On marche à tours de roues comptés. On s'immobilise une heure, on avance dix minutes. Pas une station, rien que des machines et des wagons vides qui se suivent à la queue-leu-leu.
Enfin, une pâle clarté, comme un sombre brouillard, pesant sur la terre, laisse de vagues formes se dessiner. Où est l'aurore aux doigts de rose? Il fait gris, il fait sale, il bruine.
Lentement, le train s'éveille. On grogne, on crie, on rit. Les faces sont terreuses. Dans le compartiment on s'ébroue, on s'étire. Dans quelques minutes on sera arrivé. A dix heures seulement on débarque à Nancy.

Sources: Lieutenant Sohier - 1914-1915 - Sans éditeur


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08 octobre 2009

L'embarquement pour Cythère?

Tout cela a duré longtemps. Oh! oui! quatre jours, je crois.
Et un soir la cour c'est encore embrasée aux feux de l'acétylène. Le régiment s'est rangé. Il n'y a pas de manquants. Le berrichon aime le pinard, mais dans les grandes occases il sait se tenir. Une allocution du colonel, brève, simple, vibrante. La musique sonne: Aux Champs, le drapeau se déploie aux mains de l'ami De Tarlé. Silence. Un pincement violent au cœur, quelques larmes aux bords des cils. Un ordre bref, et le régiment s'ébranle. On se redresse, on se recueille.
Et dans la ville, le régiment défile. Je suis en tête de mon petit peloton, tout en queue de la grande troupe. La foule suit et accompagne. Puis, par une route sans lumière, on gagne la gare d'embarquement, et les civils ne laissent guère de place pour que mes hommes restent en rang. Je grogne. On ne grogne pas.
Soudain une jolie fille s'approche de moi : « Monsieur, mon fiancé est au bout d'un rang, me permettez-vous de marcher près de lui. » - « Il fait bien noir, si vous êtes sages je ne verrai rien, je n'entendrai rien. »
- « Merci, gentil lieutenant. D - « Bon courage, gentille enfant. »
Ils ont été sages et charmants tous les deux car j'ai pu les voir, juste derrière moi, à la dérobée, à la lueur de quelques quinquets, jusqu'au dernier baiser d'adieu. Pourquoi ce souvenir est-il resté si net en moi ?
L'embarquement, sans trop de désordre, s'est très bien terminé. Et dans les wagons nous attendons longtemps, longtemps, le départ.

Sources: Lieutenant Sohier - 1914-1915 - Sans éditeur


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30 septembre 2009

Mobilisation à Châteauroux

Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre.
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu'à l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante.
Puis ce sont les préparatifs du départ du régiment de réserve. Je suis affecté au service téléphonique. Il faut connaître les hommes, le matériel. Les hommes : braves gens sur qui on peut certainement compter. Le matériel : c'est avec cela qu'il faudra faire quelque chose ? Car je veux faire quelque chose, je m'imprègne de mon rôle, je pompe ma théorie. Dans la guerre moderne quel rôle merveilleux devra jouer le téléphone! Oui, c'est bien cela..., je vois, j'imagine les diverses situations possibles. Puis je regarde, morne, le matériel. Quatre vieux appareils et quelques bobines de fil verni, quasi rigide. Je reste rêveur, un peu découragé. On verra bien.

TelephoneCampagne1914

Sources: Lieutenant Sohier - 1914-1915 - Sans éditeur


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