24 avril 2016

Le 290e RI au Bois Saint Pierre, en attendant la montée en ligne

"De Nubécourt et Bulainville nous nous sommes rendus au Bois de Prix-Saint-Pierre ou simplement Bois Saint-Pierre.
Ce bois se trouvait
immédiatement au Sud de la vallée profonde que suivaient la voie ferrée et la route de Verdun à Clermont-en-Argonne. La voie n'avait plus l'air de fonctionner.
Une fois au Bois Saint-Pierre on appartenait inéluctablement à la place de Verdun, ce grand bastion qui aspirait successivement presque tous les régiments de l'Armée française, et d'où ils sortaient invariablement pantelants et décimés. Nous avons été aspirés à notre tour depuis les bords de la Manche.
Ici la physionomie de la campagne était transformée. Il y avait des troupes partout. On se serait cru à l'arrière d'une Armée de siège. A part le grouillement des troupes tout était calme et tranquille, sur les chemins aucun désordre, ni encombrement. Jusqu'aux lignes les routes étaient excellentes. Ces constatations étaient réconfortantes. On sentait qu'une main invisible dirigeait et ordonnait tout cela. Quel contraste avec ce que nous devions voir un an après dans l'Aisne.
Nous avons fait notre entrée ,dans le bois par un temps de pluie abominable. Au bas du chemin creux que nous suivions il y avait une montagne de boue. Comme installation c'était le bivouac. Comme abris nous avions de mauvaises huttes en bois recouvertes de terre et qui étaient traversées par la pluie comme des tamis. Tous les matins, je baignais dans un petit
lac qui se formait dans mon imperméable. Le compte rendu légendaire d'autrefois : « Les troupes sont fraîches, il a plu toute la nuit » nous aurait été parfaitement applicable.
Le 23 avril, c'était jour de Pâques. Elles n'étaient nullement fleuries. On a néanmoins organisé une messe. La joyeuse voix des cloches était remplacée par celle du canon. Les sapeurs ont construit un autel, et le Sous-Lieutenant Bouchard a officié. L'assistance était nombreuse et très recueillie. Un vague pressentiment des événements prochains avait envahi chacun. Plus d'un des assistants devait en effet après les journées des 4, 5 et 6 mai dormir son dernier sommeil sur la croupe 304".

 

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Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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20 avril 2016

Du 20 au 26 avril 1916, au 90e RI, en secteur à la Cote 304.

Le 20 avril, le 9e CA monte en ligne et vient apporter sa part de sang à l’enfer de Verdun. C'est finalement dans le secteur de la Cote 304 que le 9e CA va agir. Dès ce jour, la 17e Division monte pour la première fois en ligne et prend contact avec l'enfer de Verdun.

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carte_generale_Cote304Verdun

 Plus que de reporter ici une interprétation personnelle, je préfère vous laisser découvrir le témoignage du Commandant Bréant du 90e RI qui narre ces dures journées dans son ouvrage: "De l'Alsace à la Somme", publié en 1917 à la Librairie Hachette.

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Nota: Le livre fut publié pendant le conflit, aucun numéro d'unités et aucuns noms propres ne figurent dans l'ouvrage, ceux-ci sont remplacés par des  .... Afin de permettre une meilleure comprhension, j'ai dans la mesure du possible et surtout de la capacité à identifier ces manques, je les ai donc remplacés par leur vraie signification entre crochets. Je ne suis donc pas à l'abri d'une erreur.

 

20 avril. - Le premier bataillon part pour le secteur, à cinq heures du soir. Les autres bataillons, et, dans chacun d'eux, les compagnies, s'échelonnent. Quand je passe, vers six heures, avec le colonel, au-dessous de Béthelainville, une éclaircie se produit : le ciel et les bois sont superbes. Les lignes française et allemande, d'un bout à l'autre, sont en feu. On voit de toutes parts les éclairs des départs d'obus et la fumée des éclatements. Les deux lignes qui se côtoient à courte distance sur le Mort-Homme disparaissent dans un nuage épais. C'est un spectacle formidable, inoubliable. Notre route, qui descend sur Montzéville, est marmitée. Nous laissons nos chevaux et nous allons. Nous croisons des corvées de ravitaillement. A huit heures nous arrivons au poste de commandement, au milieu de quelques explosions. Ce sera ainsi tout le temps, et nous serons prisonniers là, combien de jours ! On ne peut se rendre ici que de nuit. Il n'y a pas de boyaux de communication. Tout est à faire. Je ne puis dormir que deux heures dans un fauteuil, le colonel B..., qui reste encore ce soir, occupant la couchette. Pendant cette relève, nous avons perdu vingt hommes dont six tués.
A quatre heures du matin je vais sur le pas de la porte. Des obus tombent assez près. J'aperçois deux beaux gars casqués ; ce sont les officiers des compagnies du ...e que nous venons de relever. D'autres surviennent, et nous causons jusqu'à six heures, heure où ils partent avec le colonel .B.... Un Allemand blessé a été, pris dans la nuit par les nôtres.

21 avril. - Ayant à peine dormi depuis deux nuits, je sommeille dans l'après-midi. J'ai la sensation d'être dans une cabine de paquebot et d'entendre les paquets de mer s'abattre sur la coque. C'est le bombardement qui recommence. A cinq heures et demie, les grosses marmites couvrent le Mort-Homme et l'odeur des gaz lacrymogènes nous parvient. Mes yeux picotent. Si le ...e ne pouvait se maintenir au Mort-Homme, nous serions sérieusement menacés sur notre flanc droit. Notre artillerie répond vigoureusement et abondamment. Mais l'artillerie lourde, nous manque. Il est certain qu'à la distance où elles sont, leurs batteries échappent aux nôtres. Tout le problème de la guerre est là. Quant à la raison pour laquelle, après vingt et un mois, les positions qui entourent Verdun n'étaient pas fortifiées, c'est là un mystère pour nous.
Le bombardement intense se prolonge toute la journée, puis dure par intermittence toute la nuit. Nous perdons encore vingt hommes, dont huit tués

« 22 avril : Le mauvais temps persiste. La nuit a été atroce. Les ravitaillements sont difficiles, les corvées pénibles dans cette obscurité. Ce matin, la pluie encore. La boue s’infiltre partout.
A une heure trois quarts de l’après-midi, le bombardement des grosses pièces allemandes reprend, mais plus au Sud sur le Mort-Homme et plus à l’Ouest sur nos lignes, principalement dans le ravin de la Hayette.
Les nuages de fumées noires et grises montent du sol, comme des panaches régulièrement espacés. Cela va durer sans doute jusqu’à la nuit close. Les journaux, les lettres qu’on reçoit continuent à émettre des pronostics. Ici, l’on ne voit pas si loin. Les choses sont simples. Des positions sont écrasées sous des projectiles énormes. Des troupes d’infanterie ont ordre de rester là. Elles y restent, et s’usent. Notre artillerie tire beaucoup, mais sa portée est insuffisante. Les données du problème sont élémentaires. Elles contiennent des réalités horribles pour certains. Personne ne peut s’en rendre compte sans l’avoir vu. Mais laissons cela. Les mots ne changent rien à rien.

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Tranchées Cote 304 - Ltn Jabien 268e RI

 Il est autrement intéressant de regarder nos hommes. En dehors des instants terribles, ils plaisantent. Un de nos coureurs nous arrive ce matin en signalant des conducteurs (des obus) et en parlant de Théodule (l’artilleur allemand). Notre cuisinier est un être extraordinaire. Il fabrique notre dîner à Béthelainville, l’apporte en voiture jusqu’à Esnes, et de là jusqu’ici, à pied. On fait réchauffer avec de l’alcool solidifié.
Le plus dur c’est de ne pouvoir sortir de ce trou. Nous sommes dans un abri qui a dû être construit avant l’évacuation des premières lignes, et qui servait sans doute à l’artillerie. Aussi est-il relativement solide. Il est bien entendu que si un 305 tombe dessus, rien n’en subsistera. Nous sommes quatre là-dedans, avec de la lumière nuit et jour. Dans d’autres abris, les coureurs de liaison, les pionniers, les téléphonistes, tous ces organes qui nous gardent en contact avec les divers éléments du régiment. Les fils sont coupés constamment.
A une heure du soir, un bombardement terrible se déchaîne sur nos lignes. Il ne cessera, et encore incomplètement, qu’à sept heures. Vers quatre heures, nous apprenons par coureur que l’attaque se déclenche. Nous mettons nos casques et prenons nos revolvers. Une corvée de pionniers part en ravitaillement de cartouches. Le jeune sous-lieutenant Sch[merber] les dirige avec sang-froid.
Les ordres se transmettent avec beaucoup de calme. Sur nos lignes, les obus continuent d’éclater. A sept heures, une accalmie se produit. On nous apporte la nouvelle de la mort de deux officiers, dont le prêtre capitaine M[illon]. Les Allemands ont attaqué par vagues et ont été arrêtés par notre fusillade et par un barrage bien réglé. Le colonel attend d’autres renseignements.
Ils nous parviennent. Le capitaine B[audiment] est tué, cinq lieutenants sont blessés. Dans la troupe, 150 blessés, 80 tués et des disparus. Rien qu’à une compagnie de mitrailleuses, il y a cinq pièces hors d’usage, 17 tués et 16 blessés. Nous sommes surpris qu’il y ait presque autant de tués que de blessés ; cela déroute les statistiques. Mais, étant donné le bombardement qui a eu lieu, il est bien plus étonnant qu’il y ait encore des vivants.

Les Allemands ont attaqué sur tout le front du [90]ème et de nos voisins de droite, 32ème compagnie* du [161]ème. Ils ont été contenus, mais il semble qu’ils soient restés accrochés sur deux points en face de notre gauche, dans un bois défendu par le bataillon R[oyné], et dans le ravin de la Hayette où se trouve la liaison entre le [90]ème et le [161]ème. Aussi ne sommes-nous pas étonnés de l'ordre que nous recevons à dix heures. Après un tir de notre artillerie sur ces points, envoyer, de minuit à deux heures, de fortes reconnaissances pour «chasser la vermine». Ainsi s'exprime le colonel, qui répond au téléphone : « Je suis certain que tout ira bien. »
A onze heures de nuit, on nous amène un prisonnier. Toute la nuit, c'est un va-et-vient continuel pour ravitailler la première ligne en cartouches et en fusils. Cela se passe sous un ciel pluvieux d'une obscurité d'encre, dans la boue. Les coureurs partent dans la rafale d'obus, pour suppléer aux fils téléphoniques coupés, que des équipes réparent entre-temps. A onze heures de nuit, on nous amène un prisonnier. Toute la nuit, c'est un va-et-vient continuel pour ravitailler la première ligne en cartouches et en fusils. Cela se passe sous un ciel pluvieux d'une obscurité d'encre, dans la boue. Les coureurs partent dans la rafale d'obus, pour suppléer aux fils téléphoniques coupés, que des équipes réparent entre-temps.
Vers onze heures, on remet au colonel … un perdreau, et une carte de visite ainsi libellée : «LIEUTENANT R… , chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire, a l’honneur d’envoyer au colonel un perdreau tué par le porteur pendant l’action, lequel porteur est allé le ramasser en avant de la ligne sous les obus, donnât ainsi à ses camarades un bel exemple de crânerie »
Nous recevons les journaux de Paris d’aujourd’hui même, 22 avril. C’est une sensation curieuse que de lire au communiqué : « Grande activité d’artillerie dans le secteur de la cote 304.

23 avril. - Matinée encore pluvieuse. Cependant le soleil se montre un peu.
Les pertes du régiment sont bien fortes, et notre séjour ici ne fait que commencer. Les reconnaissances de la nuit n'ont plus trouvé les Boches, qui s'étaient retirés. Mais, devant le 3e bataillon, des trous de tirailleurs avaient été fraîchement creusés. Vers neuf heures, le ...e ramène une dizaine de prisonniers.
La matinée est assez calme ; il y a presque une heure d'accalmie. Après quoi, l'échange de projectiles ne cesse plus. Il est à craindre que le bombardement ne reprenne aujourd'hui. Les Allemands cherchent sûrement à s'infiltrer, par le ravin de la Hayette, entre nos lignes et le Mort-Homme. Si le Mort-Homme tombait, nous serions pris d'enfilade.
Nos pertes sont aujourd'hui de 7 tués et 22 blessés. Evidemment, en comparaison de celles d'hier, est peu. Cependant, quelle éloquence dans ces chiffres que j'enregistre pour le troisième jour. Que l'on établisse une moyenne, en calculant que mon relevé ne porte que sur 1 500 mètres de l'immense front; certes, ce point du front est l'un des trois ou quatre qui sont le plus difficiles à tenir en ce moment; c'est égal, quelles conditions de guerre !
Dans une des reconnaissances de la nuit, le sous-lieutenant de D... a découvert, au fond des trous de tirailleurs dont j'ai parlé, des dépôts de grenades, de couteaux, de fusils, d'appareils à gaz, mis là dans une intention, mais laquelle? Des guetteurs surveillent l'endroit. En somme, nous nous posons les questions suivantes : pourquoi, après deux jours d'un bombardement fantastique, les attaques n'ont-elles pas été plus poussées? Pourquoi ces préparatifs mystérieux? Il est visible que les. soldats boches n'ont pas grande envie de marcher ; mais on sait qu'on emploie chez eux certains moyens pour les y forcer. Sommes-nous sous le coup d’un assaut sérieux, ou ne devons-nous attendre qu'une nouvelle usure par l'artillerie?
Ce soir de Pâques, je suis sorti de la cagna vers onze heures. Le ciel, sans nuages, fourmille d'étoiles. Il fait bon, mais la nuit reste obscure. Le spectacle est féerique, diabolique aussi. Des fuséesmontent, des projecteurs balaient l'espace, un avion glisse, invisible, dénoncé par son moteur. Des éclairs illuminent les lignes fuyantes des côtes; l'on entend les sifflements, les miaulements desobus et de leurs éclats. Les hommes casqués, portant du matériel, s'interpellent, trébuchent. La menace de la mort plane partout sur cette nuit qui, pourtant, après les pluies, exhale tout le charme du printemps et de la vie.
Il ne reste plus grand monde de la musique, de l'autre régiment de la brigade, le …e. On sait que les musiciens sont brancardiers auxiliaires. Ils se tenaient donc à Esnes, dans une cave, près du poste de secours, pendant le bombardement d'hier. Un obus a tout défoncé, tuant douze musiciens, blessant tous les autres.
L’abbé M[illon],  capitaine, a été tué dans son poste téléphonique, en même temps que le téléphoniste. Le capitaine B[audiment] a eu la tête emportée par un obus, au moment de l’attaque, alors qu’il commandait « Feu à volonté ! » Le lieutenant L..., couvert de décorations, est resté enseveli pendant deux heures. Il n'en décolère pas. Il a un pied gelé et refuse de se faire soigner.
11 h. 25 de nuit. - Le 75 tonne. Le téléphone marche. On ne dormira pas cette nuit. Quelle vie étrange, et pourtant comme tout était terne avant cette guerre ! Comment ceux qui réchapperont prendront-ils après cela la vie de chaque jour, la vie tout court? Pourtant, pas un, naturellement, qui ne souhaite de durer jusque-là, pour voir.

24 avril.. - Un bombardement effroyable eu lieu sur nos lignes cette nuit. Nous n'en savons pas encore les résultats.
Ce matin, il fait un temps superbe. Les avions boches sont en l'air depuis l'aube, prenant tranquillement des points de repère. Le tir de l'ennemi, destiné, je pense, à nos batteries, tombe pour le moment dans les champs, pas bien loin de nous, mais inoffensif jusqu’à présent.
Vers six heures du soir, de gros obus atteignent le poste de commandement. Rien d'étonnant, puisque nous avons vu les avions allemands opérer impunément au-dessus de nous. Ce n'est d'ailleurs qu'un prélude, car à sept heures une attaque se déclenche. Deux heures durant, c'est le formidable concert d'artillerie, tous les coteaux éclairés par les jets de flamme des départs d'obus, et, sur le Mort-Homme, dans le ravin de la Hayette, le feu d'artifice des fusées qui demandent éperdument, sans cesse, sans trêve, que le tir sauveur de notre barrage ne s'interrompe pas. Au milieu de tout cela, nous dînons. Je ne pense pas qu'il soit possible de vivre une vie plus intense que la nôtre. Dans ces deux pièces communicantes, sous la terre, notre réunion de cinq officiers, avec les ordonnances, donne l'effet d'un équipage de sous-marin en pleine traversée. Au moment le plus critique, on s'inquiète à peine ; à d'autres, ce sont des gaietés folles. Le colonel s'est étendu pour dormir un peu: au bout d'un instant, je suis obligé de le réveiller, parce que la brigade le demande au téléphone. A peine le récepteur en main, je vois une malice dans ses yeux. On lui dit que l'on sait par l'artillerie lourde que les Allemands doivent attaquer sur tout notre front. Nous éclatons de rire : l’artillerie lourde, est l'objet constant de nos railleries. On ne la voit jamais, on ne l'entend pas assez. Le colonel téléphone. aux chefs de bataillon pour les prévenir: «Bonjour, mon vieux ; ça va bien? Ecoutez. Tuyau de l'artillerie lourde. Les Boches vont attaquer tout le front. On ne sait pas quand. Dans une heure, dans quinze jours, ou dans un an. Donc, dormez sur vos deux oreilles mais ouvrez l’œil. Compris? Bonsoir.» Il ajoute pour nous: « Il est évident que l'artillerie lourde, étant très loin en arrière, voit très bien tout ce qui se passe là-bas. Ce doit être un tuyau du cuisinier.» Il se tourne vers le cuistot : «C'est encore toi ! C'est ton copain de chez le kronprinz qui t'a renseigné?» Et ainsi de suite.
Au dehors, vers dix heures, la féerie diabolique. Un ciel d'étoiles. Des fusées sans nombre. Des éclairs d'artillerie, partout, tout près, très loin. Sans arrêt, un halètement puissant : les obus en plein vol. Le ronflement d'un moteur d'avion qu'on ne voit pas.
A l'intérieur le téléphone n'arrête pas. Il rend compte qu'une voiture de munitions, écrasée par un obus, à Esnes, barre la route aux ravitaillements. Il dit les pertes: à telle compagnie, 7 tués ; à telle autre, 8 blessés à une troisième, on ne sait, des morts et ,des blessés, ensevelis et qu'on n'a pu encore dégager. Et le canon gronde toujours. Après l'attaque, les Allemands seraient restés dans une petite tranchée, à 200 mètres en avant des lignes. Il se pourrait très bien qu'une nouvelle attaque, plus importante, ait lieu. On ne là redoute guère. Les revolvers, les masques, sont là, à portée. Ce serait un tel soulagement pour notre haine, de les voir enfin face à face !
Les journaux arrivent. Communiqué :«A l'ouest de la Meuse, après une violente préparation d'artillerie... les pentes du Mort-Homme.... » Il s'agit de nous.

25 avril. - Beau temps, très beau, même. La sérénité de la nature qui ramène son printemps s'oppose à la misère que l'humanité se crée à elle-même.
Grande lutte d'artillerie dans l’après-midi. Le tir de part et d'autre, est réglé surtout sur les batteries adverses; les hommes ont un peu plus de tranquillité. Pourtant il y a encore des pertes. Nous arrivons au chiffre de 400, dont 170 tués.
Ce soir, la réserve de matériel, avec toutes ses cartouches, brûle à Esnes.
A neuf heures, arrive le colonel du ...e, qui nous relèvera demain. Il fait la reconnaissance avec ses Officiers.

26 avril. - Très beau temps. Six avions allemands, pendant cinq heures environ, ont fait au-dessus de nous toutes les observations qu'ils ont voulu. Je ne veux pas critiquer. Je constate seulement que pas un de nos avions de chasse n'a paru, de toute notre semaine d'occupation des tranchées. Résultat: un tir des plus efficaces sur nos lignes, sur les batteries, sur les villages ; et de lourdes pertes.
Au soir, la relève. Cependant le 2e bataillon reste à Esnes, où le bombardement est effroyable. Je l'ai dit, il n'y a aucun boyau, et pour le moment on ne travaille pas à en creuser. Le ravitaillement, la relève, l'évacuation des blessés, tout se fait par l'unique route d'Enes à Montzéville ; elle est repérée. et criblée d'obus, nuit et jour.
Je quitte le poste de commandement vers minuit. On tire de tous côtés.

A quatre heures du matin, nous nous couchons, à Béthelainville, dans une cave.

* Nota: Une erreur s'est glissée dans le texte du Commandant Bréant, il s'agit vraisemblablement de la 12e Cie du 161e RI et non de la 32e Cie.
Le JMO du 161e RI semble le confirmer

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SHD Mémoires des Hommes 26 N 702/1, vue 30.

Merci à Arnaud Carrobi pour sa relecture attentive.

_______________________________________

 

Henri Baudiment commandait alors la 3ème compagnie du 90ème RI, depuis l’entrée en guerre du régiment. Adjudant à la déclaration de guerre, il venait d’être nommé capitaine à titre temporaire, en date du 30 mars 1916.
Il avait été décoré de la Croix de Guerre par les Français, et de la Military Cross par les Britanniques, à l’issue des combats autour d’Ypres, du 6 au 12 novembre 1914
Louis Cazaubon a consacré un blog au capitaine Baudiment et à sa famille.

 

Au archives départementales de la Meuse, on retrouve trace des inhumations provisoires des capitaines Millon  et Baudiment, sur le territoire de la commune de Jubécourt (55).

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Le Capitaine (abbé) Millon à gauche - Le Capitaine Baudiment à droite

 

Sources:
Collection de l'auteur
Collection particulière Louis Cazaubon
Collection Frédéric Radet
« De l'Alsace à la Somme » - Pierre Bréant – Hachette

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16 avril 2016

En route pour Verdun

 Le 290e RI et le 9ème corps d'Armée de manière plus générale commencent à faire mouvement pour alimenter le "tourniquet" de la fournaise meusienne qu'est Verdun.

"Le 13 avril au matin, nous nous rendions à Tricot pour nous embarquer. A ce moment, nous étions fixés sur notre destination finale.

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Sur le quai de la gare en attendant le départ - Ltn Jabien 268e RI

Nous nous sommes embarqués en trois trains, ce sera la règle dorénavant. Nous avons débarqué à Sommeilles-Nettancourt, au Nord de Revigny. Nous sommes allés cantonner l'E.-M., la C.H.R. et le 6e bataillon à Chardogne (Nord-Ouest de Bar-le-Duc), le 5e bataillon à Laimont (Est de Revigny). Pour nous rendre dans nos cantonnements nous sommes passés à Brabant-le-Roi, où le 21 février nos artilleurs avaient abattu un des Zeppelins qui étaient venus annoncer l'offensive allemande sur Verdun. Nous avons été bien accueillis dans ces premiers cantonnements de la Meuse".

Le 17, nous quittions nos cantonnements et nous revenions sur nos pas. Nous allions cantonner à Brabant-le-Roi et à Villers-aux -Vents. De là nous avons gagné Vaubécourt et Pretz-en-Argonne. J'étais personnellement logé à Vaubécourt, qui semblait avoir été un joli chef-lieu de canton. Les Allemands l'avaient quelque peu transformé. Beaucoup de maisons avaient été démolies à coups de canon et incendiées. Les habitants étaient pour la plupart restés dans la localité.

Mon gîte se trouvait dans une maison importante habitée par une dame veuve âgée. Elle avait dans sa maison un grand nombre de chambres inoccupées. Elle voulait bien me loger, mais elle ne voulait pas de mon Officier adjoint, le Lieutenant Davaillaud. Je parlementais d'abord poliment, mais quand je vis que cette vieille tourterelle ne voulait rien entendre, je lui déclarai que mon Officier resterait dans sa maison et que le drapeau, que j'y avais fait déposer, s'en irait dans une maison plus hospitalière. Là-dessus la bonne dame feignit de se trouver mal, elle eût quand même encore assez d'esprit pour me dire que les Allemands avaient été bien plus polis que nous. « En effet, lui dis-je, je n'ai qu'à regarder les décombres d'en face pour être fixé; je n'ai qu'un regret, c'est que votre maison ne soit pas dans le même état, cela nous aurait évité toute discussion.
Je tournai les talons et ne revis plus cette patriotique propriétaire"

De Vaubécourt nous nous sommes rendus à Nubécourt (E.-M., C.H.R. et 6e bataillon) et Bulainville (C.M. et 5e bataillon). Nous nous trouvions alors dans la riante vallée de l'Aire; nous y sommes restés pendant quelques jours. Les habitants étaient de braves gens qui nous ont fait le meilleur accueil. Comme à Maignelay, ils savaient où nous allions. Leurs relations avec le régiment étaient empreintes d'une certaine pitié.

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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21 mars 2016

Souvenons-nous, expos en Berry

Deux expos locales sont à noter sur votre agenda et se tiendront dans le département:

ExpoChassenneuil

ExpoThenay

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17 mars 2016

Indre dans la Grande Guerre, l'ouvrage du centenaire 2014

Le CREDI (Centre de Réflexions, d'Etudes et de Documentation de l'Indre) fait bien les choses. Un bien bel opus vient de sortir de l'imprimerie et je ne peux que vous le recommander.

Les actes du colloque "L'Indre et la Grande Guerre" qui s'était tenu en 2014, ces actes viennent de sortir. Ce sont pas moins de 225 pages qui reprennent les différentes thématiques qui avaient été abordées en ce début de Centenaire.

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Le volume est vendu au prix de 25 Euros, pour les modalités et les frais de port, contactez CREDI Editions 90 avenue François Mitterand 36000 Châteauroux (02 54 08 52 92).

Cet ouvrage qui fera date dans la documentation historique indrienne. Ce sont au final pas moins de 11 thématiques qui sont abordées par 11 historiens locaux et de plus, pour les afficionados du blog Indre1418, je vous annonce (modestement) que vous y retrouverez du "Indre1418" dedans.

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22 février 2016

Charles Aussudre, le 1er mort du département de la bataille de Verdun

Il est des soldats qui sont remarquables non pour leur parcours personnel, mais parce qu'ils étaient des participants d'une date clé du conflit, d'un événement particulier.
J'avais abordé jusqu'à présent le cas de Jean TAUVY, le 1er mort du conflit et ce dès le 2 août 1914, je reviendrais plus tard sur le cas du capitaine DEREMETZ qui fut le 1er natif du département mort au combat.

Aujourd'hui, il y a 100 ans, nous étions 2ème jour de la bataille de Verdun et je voulais signaler Charles AUSSUDRE originaire de La Châtre Langlin (36) qui fut le natif du département et 1er mort à Verdun suite au déclenchement de cette terrible bataille qui dura jusque vers la fin de l'année 1916, quelques 300 jours.

Charles Elie AUSSUDRE est né le 19 février 1876 à La Châtre Langlin (36) et résidait à Courbevoie (92) au déclenchement du conflit.
Il était Sapeur Mineur de la Cie 6/1T du 9ème RG, il décède le 22/02/1916 à Cumières (55) "Blessures de guerre" très certainement liées au bombardement.

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On retrouve trace du décès du sapeur-mineur AUSSUDRE dans les notes du Journal de Marche de le Compagnie 6/1T du 9e Génie:

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Sources: Mémoires des Hommes - SHD - JMO26 N 1320/16

Toujours dans le Journal de marche de la Cie 6/1T, il est possible de suivre l'activité de la Compagnie en ces jours difficiles.

Sa fiche sur le site Mémoires des Hommes.

Il figure sur les Monuments de La Châtre Langlin et de Courbevoie (92). Son acte de décès fut transmis le 27/08/1918 à la mairie de cette dernière commune.

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28 janvier 2016

Fonds Valois BDIC - Le 68e RI à Loos à l'automne 1915

Il est des découvertes que j'aime partager.
L'avantage évennementiel du Centenaire 1914-1918 est de voir que nombreuses sont les institutions qui ouvrent leurs fonds au public. Une des plus remarquables est la mise à disposition du fonds Valois par la BDIC (Bibliothèque de Documentation Internationale Comtemporaine).
Qu'est ce que le fonds Valois? Il s'agit de la collection de photographies qui a été constituée à partir des clichés pris, lors du conflit, par les opérateurs par la Section photographique des Armées (SPA), - Pour accèder à la partie numérisée et en ligne, il est possible d'utiliser le module de recherche sur le site http://argonnaute.u-paris10.fr

Il est important de noter que les clichés sont libres de droit et de d'utilisation. Bien évidemment, en échange, il est demandé de simplement signaler la source du cliché (Fonds Valois - BDIC).
Les clichés sont disponibles en 300 dpi et en fichier JPEG, ce qui permet une certaine facilité d'utilisation.

Que trouver dans ce fonds? Je suis bien loin d'avoir exploré la totalité des clichés, mais l'usage de mots clés m'a cependant permis de trouver quelques pépites que je vous présenterais au fil de plusieurs publications. N'hésitez pas à user et abuser des mots clés.
Attention cependant, le référencement par mots clés est cependant restrictif. Je n'ai ainsi pas pu trouver le cliché à partir de "68e", mais bien à partir de "Loos" (Loos en Gohelle 62), et encore à condition de ne pas confondre avec Loos qui se trouve dans le département du Nord (59).

Tout d'abord, certainement mon cliché préféré:

2 soldats du 68e RI dans les tranchées du secteur de la Pépinière de Loos.

CapturePepinière1

URL sur l'Argonaute: http://argonnaute.u-paris10.fr/ark:/naan/9249b08629

Pourquoi choisir ce cliché?
Tout d'abord pour l'unité des soldats présents, car il s'agit effectivement de 2 soldats du 68e RI, le numéro d'unité est lisible sur les pattes de col de la capote bleu horizon du soldat au premier plan. De plus, je me peux m'empêcher d'être troublé par la gravité de ce regard fixant l'objectif.

CapturePepinière3

Avant d'entamer une petite étude du cliché, il est à noter que ce même cliché figure dans les collections de Imperial War Museum de Londres. Certes de moins bonne qualité, un autre exemplaire est visible à cette adresse http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205214993
La légende du cliché donne alors:

Object description
A French soldier at the listening post, twenty metres from the German line in the Nursery Sector of the "Entent Cordiale" trench, south-east of Loos, 22 December 1915.

Revenons au cliché de l'Argonnaute. Comme tous les clichés consultables sur ce site, il apparait des annotations en marge de la photographie:

Loos
22 novembre 1915
Secteur de la pépinière - Tranchée de l'entente cordiale - Poste d'écoute à 20 mètres des Allemands.

On notera la similitude en les 2 légendes que ce soit pour la BDIC ou l'IWM. Seule différe le mois de la prise de vue.

Rentrons dans le détail de ce cliché: Il s'agit très exactement de Loos en Gohelle, dans le département du Pas de Calais (62). Le secteur de la pépinière est le sous-secteur Sud du secteur de Loos dans lequel les unités de la 17e Division se relayèrent.

CaptureJMO68_19151122 CaptureJMO68_19151222
Sources: 22/11/1915 et 22/12/1915 dans le JMO du 68e RI - Mémoires des Hommes

La consultation du Journal de Marche du 68e RI, ne permet pas de trancher sur le mois de la visite du photographe. Tant à la date du 22 novembre 1915 qu'à la date du 22 décembre 1915, le 68e est en ligne dans le sous-secteur de la Pépinière.

Quel est ce secteur de la Pépinière?

AFGG_19151011_1
sources: AFGG -Mémoires des Hommes (situation au 11 octobre 1915)

Ce secteur est positionnable précisement grâce à la consultation du Journal de Marche de la compagnie 9/1 du 6e Génie (Compagnie divisionnaire du génie rattachée à la 17e Division), il est alors possible de mieux visualiser le secteur Sud dit de la Pépinière

SHDGR__GR_26_N_1288__002__0007__T_2
Sources Mémoires des Hommes - JMO 9/1 6e Génie

10584023_863734650408979_114715580839488092_n
Sources Mémoires des Hommes - JMO 9/1 6e Génie

 

La légende du cliché BDIC indique que nous sommes au sein d'un poste d'écoute, donc en avant de la tranchée de première ligne. Il s'agit, sur le plan ci-dessus, d'un des points nommés G1 à G7

Analysons maintenant le cliché:

Les 2 soldats sont équipés typiquement avec la tenue de l'hiver 1915-1916. La capote est de couleur Bleu-horizon et est un modèle 1914 et le casque Adrian est présent.
La capote modèle 1914 est caractérisée par la présence d'au moins une poche sur la poitrine et par une seule rangée de boutons. Il y eut plusieurs types en fonction des coupes et ajustements vestimentaires, ainsi, le 2e type vit la disparition de la poche droite de poitrine voir la disparition des 2 poches de poitrines.
Le point notable au niveau vestimentaire est la présence d'un couvre casque en drap. Celui-ci apparut effectivement  à l'automne 1915 pour finalement être retiré réglementairement fin 1916.
Le soldat situé à l'arrière plan, en plus des bandes molletières réglementaire porte des guètres de cuir, qu'il a gardé de son ancienne tenue datant d'avant l'apparition du bleu-horizon.

Ce soldat assis sur la banquette de tir, utilise un périscope de tranchée afin d'observer l'ennemi qui est situé à proximité (20 mètres d'après la légende de la photo).

On notera que plusieurs clichés ont été pris ce même jour dans les tranchées du secteur. On en trouve trace soit sur l'Argonaute, soit sur le site d' IWM.

 CaptureARGON_Pepiniere CaptureARGON_Pepiniere1
2 autres clichés BDIC pris à la Pépinière de Loos le 22 novembre 1915

 

 Une autre étude dans un secteur très proche, toujours en Artois, mais cette fois à la Cité des Cornailles: Hommage à Paul Moulins de Cluis

collection dite des Albums Valois a été constituée par la Section photographique des Armées (SPA), - See more at: http://argonnaute.u-paris10.fr/En-savoir-plus/p15/Les-collections-numerisees-sur-la-Grande-Guerre-de-la-BDIC#sthash.qJREsSVq.dpuf
collection dite des Albums Valois a été constituée par la Section photographique des Armées (SPA), - See more at: http://argonnaute.u-paris10.fr/En-savoir-plus/p15/Les-collections-numerisees-sur-la-Grande-Guerre-de-la-BDIC#sthash.qJREsSVq.dpuf
collection dite des Albums Valois a été constituée par la Section photographique des Armées (SPA), - See more at: http://argonnaute.u-paris10.fr/En-savoir-plus/p15/Les-collections-numerisees-sur-la-Grande-Guerre-de-la-BDIC#sthash.qJREsSVq.dpuf
collection dite des Albums Valois a été constituée par la Section photographique des Armées (SPA), - See more at: http://argonnaute.u-paris10.fr/En-savoir-plus/p15/Les-collections-numerisees-sur-la-Grande-Guerre-de-la-BDIC#sthash.qJREsSVq.dpuf
collection dite des Albums Valois a été constituée par la Section photographique des Armées (SPA), - See more at: http://argonnaute.u-paris10.fr/En-savoir-plus/p15/Les-collections-numerisees-sur-la-Grande-Guerre-de-la-BDIC#sthash.qJREsSVq.dpuf

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20 janvier 2016

90e RI Somme, 6 novembre 1916, une confusion qui aurait pu être fatale.

Concentré sur le nouveau blog concernant les soldats du département, je peine à trouver du temps pour répondre aux mails en attente et à alimenter ce blog ci. Histoire de ne pas vous abandonner, voici un petit rapport très intéressant trouvé au SHD par Alain Malinowski, historien et grand "fouilleur" d'archives. Voici donc le rapport en question tel qu'Alain le diffusa en 2005 sur le forum Pages1418 (Entre les lignes) - Le message d'origine d'Alain n'est plus accessible.

 

Aux armées le 10 novembre 1916
Rapport du chef d’escadron Breant commandant le 1er bataillon du 90e R.I. relatif à un incident survenu au cours de la nuit du 6 au 7 novembre 1916.
9e CA ; 17e division; 33e brigade; 90e R.I.
 
Au cours de la nuit du 6 au 7 novembre, la 2e compagnie se portait en avant du boqueteau (point 0505) dans la partie du terrain où la 17e D.I. se reliait avec la 18e.
Pendant le mouvement en avant, une demi-section commandée par le sergent-fourrier Aubron dépasse légèrement la ligne à atteindre et tomba sur une tranchée allemande occupée. Les Allemands se rendirent sans combattre et le sergent-fourrier Aubron les ramena, mais il obliqua à gauche et se présenta devant le front d’une section de la 1ère compagnie commandée par le sous-lieutenant Caillou.
Un sous-officier, le sergent Maerten, apercevant le groupe, et reconnaissant très nettement les uniformes des Allemands, ne sachant pas que ceux-ci étaient accompagnés, leur cria :”camarades” en leur faisant signe de lever les bras. Brusquement, les huit hommes qui étaient en tête firent demi-tour.
Le sergent et quelques hommes qui étaient près de lui voyant les boches s’enfuir, tirèrent dans leur direction, le sergent-fourrier Aubron cria alors :”Ne tirez pas, nous sommes des Français qui ramenons des Boches!” Le feu cessa, mais les Allemands avaient disparu à l’exception de cinq.
Il résulte des déclarations du sous-lieutenant Caillou qu’il n’y a eu aucun affolement, mais que le sergent Maerten et ses hommes étaient en première ligne, avaient réellement cru se trouver en présence d’une patrouille ou d’une reconnaissance ennemie égarée.
Cette erreur, au dire du sous-lieutenant Caillou dont le sang-froid s’est affirmé dans ces périodes de combat, est explicable, attendu que les Allemands formaient un groupe suffisant pour que les uniformes français fussent, pour ainsi dire, cachés par les uniformes allemands.
Le sergent Maerten, sous-officier grenadier, a donné maintes preuves d’énergie qui excluent l’idée d’affolement.
Signé : Breant
Vu et transmis :
Il y a là un incident de guerre regrettable mais qui ne me paraît mériter aucune sanction.
Le sergent Maerten, sous-officier grenadier du bataillon est connu pour son courage. Quant au sous-lieutenant Caillou nouvellement arrivé au régiment, il s’est fait remarquer par son sang-froid au cours de cette période.
P.C. le 11 novembre 1916
Le lieutenant-colonel Jumelle commandant le 90e RI.
De l’enquête exposée ci-dessus et dont les résultats sont conformes aux faits dont il m’a été rendu compte, il résulte, à mes yeux que dans des circonstances infiniment difficiles, des gradés du 90e R.I. se sont employés avec audace et énergie. Une erreur regrettable s’est produite, on ne peut le nier, mais on ne saurait accuser d’affolement aucun gradé responsable. Chacun a cherché à s’employer au-delà de son devoir et a dignement porté le poids des responsabilités qui lui incombe.
L’honneur au régiment n’y a rien perdu, au contraire.
Signé : le général Lasson commandant la 33e brigade, PC le 11 novembre 1916.

 

Le JMO du régiment signale que "Huit prisonniers du 105e RI ont été faits dans la nuit", mais il arrête là la mention des faits, il omet de signaler que 3 s'échappèrent dans la confusion. Pour découvrir les faits de la journée et une superbe carte du secteur (page suivante) , on pourra lire le JMO sur le site Mémoires des Hommes

Capture
Sources carte JMO 90eRI - Service Historique de la Défense - Mémoires des Hommes

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13 décembre 2015

Les soldats de l'Indre 1914-1918

Depuis plusieurs jours, j'ai entrepris de créer un nouveau blog complémentaire de celui-ci afin de présenter la liste des soldats indriens définie dans le message "Combien de soldats de l’Indre sont morts pendant le conflit 1914/1918?"

Bien évidemment cela se fera dans la durée jusqu'en 1918, voir au delà, car le nombre impose de faire cela fiche par fiche. Je vous propose donc de découvrir le nouveau blog consacré aux Soldats de l'Indre, au fil des jours qui passent, il y a 100 ans.

http://indre1418soldats.canalblog.com/

Capture

Pour l'instant, seuls les soldats de 1914 et 1915 sont saisis (lettre D en cours). Patience.

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02 décembre 2015

3 décembre, en mémoire de Lucien porté disparu à Broodseinde.

La journée du 3 décembre est un jour particulier pour moi. Il y a 101 ans disparaissait mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau.
Au travers de ce message, je vais donc reprendre la quasi intégralité des messages que j’ai jusqu’alors rédigé sur ce sujet. Je souhaite les rassembler en un seul et en profiter pour les compléter. Rien de plus que l'année dernière, je republie le message qui me servit pour les 100 ans de la disparition.

Ce 3 décembre 1914, le 290ème RI et surtout la 17ème Cie eurent à subir de lourdes pertes dans les tranchées de Zonnebecke. Le JMO relève pas moins de 17 tués, 65 blessés et 54 disparus. L'un d'eux était mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. Il est à l'origine de ce blog. En effet, tout commença vers 2001, j’effectuais alors l’arbre généalogique de la famille, je suis d'ailleurs membre de la Société de Généalogie du Bas-Berry depuis l’année 2000.

En 1996, j’avais racheté la maison de mes grands parents et, dans les papiers de Fernande, ma grand-mère paternelle, je retrouvais quelques documents qui concernaient mes arrières grands-parents Bessonneau. Ma sœur Isabelle, quelques années auparavant avait eu la bonne idée de faire identifier par notre grand-mère, divers clichés en sa possession dont certains lui venaient directement de ses parents, les époux Louis Bessonneau et Marguerite Privat. Dans ces documents, se trouvaient quelques vieilles lettres. A l'aube des années 2000 donc, lors de la mise en place des données en ma possession, j’analysais celles-ci et les intégrais dans mon logiciel.

Un personnage m’apparaissait, il s’agissait de Lucien Bessonneau le frère de Louis. Je n’en avais jamais entendu parler.

Après quelques questions dans le cercle familial, il ressortait que celui-ci était mort à la guerre et qu’on ne savait ce qu’il était devenu ; « Il est peut-être mort à Verdun ». Aucunes autres précisions.
Sachant que les Bessonneau étaient originaires de Cuzion (36), je me rendais donc à la mairie de ce lieu pour au final ne rien découvrir. Il ne figurait ni sur le monument et aucun acte de décès n’était inscrit sur le registre. A l’époque, il était difficile d’effectuer des recherches, mais les prémices de l’internet grand public commençaient à permettre l’ouverture de certaines portes.

En préparant ce message, dans les profondeurs du net, j’ai d’ailleurs retrouvé mon premier message sur le sujet. Celui date du 29 janvier 2001 :

CaptureFR_REC_GENEA

Ne sachant pas comment rechercher, je cherchais de l’aide. Il apparut bien vite qu’il était nécessaire de se déplacer aux Archives Nationales pour pouvoir consulter le fichier des Morts pour la France.
Sur des micro films, il était possible de visualiser les fiches maintenant en ligne sur le site Mémoires des Hommes.

Quelle ne fut pas ma surprise et la joie de découvrir de nouveaux éléments. Lucien Bessonneau, rattaché au 290ème RI, avait été porté disparu à Zonnebecke (Be) le 3 décembre 1914. Son acte de décès était à Badecon, dans la commune.

La fiche que je m’empressais de rédiger à mon retour du CARAN, rue des Francs Bourgeois (lieu de consultation):

CaptureFiche_CARAN

Maintenant que j’avais les informations que je recherchais, il me fallait comprendre. Je me mettais à la recherche concernant le 290ème RI, dont je n’avais jusqu’alors  jamais entendu parler.
On me dirigea vers le Service Historique de l’Armée de Terre, mais en avril 2001, la réponse me vint, toujours par l’intermédiaire d’internet, par un mail de Stephan Agosto

CaptureMail Stephan

A partir de là, tout se précipita, et commença l’aventure dont vous consulter le résultat.

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Intéressons nous maintenant à Lucien Bessonneau.

Lucien Bessonneau est né le 4 octobre 1887 à Cuzion, Indre. Sa famille est originaire de Saint-Plantaire, Gargilesse et si l’on remonte un peu plus, elle a pour souche la commune de Châteauponsac dans la Haute Vienne.
Il est le fils de Silvain Bessonneau qui est décédé en 1891, il était alors déclaré comme maçon. Lucien avait donc 4 ans lors du décès.  Silvain était marié à Angéle Blanchard originaire de Cuzion. La famille demeurait alors à Bonnu, sur la commune de Cuzion.
De ce couple, 3 enfants dont Lucien naquirent : Félicie Allanie (1881) et Louis Auguste (1884). Ce dernier est mon arrière grand-père.

En 1891, la famille figure sur les recensements de la commune de Cuzion. Silvain, le père est alors décédé, laissant Angèle seule avec les 3 enfants.

CaptureCuzion_Recensement1891
Sources AD36

Je perds ensuite la trace de Lucien dans les recensements.
Je ne retrouve les deux autres enfants, qu’en 1901, au sein de la famille Gaudeberge (oncle et tante), à Chatillon, commune de Badecon le Pin.

CaptureRec1901_Chatillon
Sources AD36

Découvrant au fur et à mesure, les fonds d’archives existant, en 2006, je me rendais aux Archives Départementales pour me procurer la fiche matricule de celui-ci.
En voici la transcription que j’en avais fait, à cette époque :

CaptureFicheMatricule

On note tout d’abord qu’il avait effectivement effectué son service militaire au 66ème RI et les photos de lui correspondent bien à cette période.

CaptureLucien66eRI_3

On note aussi qu’il réside avant le conflit à Paris, dans le 15ème arrondissement qui vit d’ailleurs aussi son frère Louis s’y implanter. Ma grand-mère y vécue et mon père Jean y naquit d’ailleurs.
Les maçons de Paris qui ne furent bien souvent pas que des limousins, venaient aussi des premiers contreforts du Massif Central qu’est le sud du département de l’Indre. Voici d’ailleurs une photo de mon arrière grand père Louis qui pose avec ses camarades sur un chantier (3ème en partant de la gauche).

CaptureLouisBessonneau

 

  • Lucien BESSONNEAU dans la Grande Guerre.

Considéré comme réserviste. Lucien est affecté au 290ème Régiment d’Infanterie. On imagine le voyage en train depuis la gare d’Orsay et l’arrivée à Châteauroux :

Le lieutenant SOHIER du 290ème rapporte :
« Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique
en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu’a l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante. »

« Un commandant nous fait une conférence. « N'oubliez jamais que la meilleure défensive c'est l'offensive. En avant, toujours en avant, à la baïonnette.
On nous emmène au terrain de manœuvre de Châteauroux. Une zone pierreuse sans rien pour se défiler. On simule une attaque. Le régiment est déployé. Vite, j'établis la liaison avec des réserves imaginaires. Je rends compte au colonel. Quelles réserves ? Où sont-elles ? Là-bas, je suppose, et je vais établir la liaison avec les troupes en ligne. Le colonel sourit, ironique. Je suis un peu vexé. On verra bien.
Le régiment s'élance à l'assaut. « Ils ne courent guère, dit le colonel. » Mais un berrichon a-t-il jamais couru ?
Sous la mitraille on verra bien.
Il ne courra pas mais il arrivera. »

« L'aspect de Châteauroux ne change pas en ces jours de fièvre.
Un instant pourtant, il y a du brouhaha. Une bousculade, des cris, des injures, des coups. Une bagarre éclate soudain. C'est simplement un député pacifiste que l'on veut jeter... au front. Eh, eh, nos berrichons! Mais vite la ville reprend son allure. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable.
Tout cela a duré longtemps. Oh! oui! quatre jours, je crois.
Et un soir la cour c'est encore embrasée aux feux de l'acétylène. Le régiment s'est rangé. Il n'y a pas de manquants. Le berrichon aime le pinard, mais dans les grandes occases il sait se tenir. Une allocution du colonel, brève, simple, vibrante. La musique sonne :Aux Champs, le drapeau se déploie aux mains de l'ami de Tarlé. Silence. Un pincement violent au cœur, quelques larmes aux bords des cils. Un ordre bref, et le régiment s'ébranle. On se redresse, on se recueille.
Et dans la ville, le régiment défile. Je suis en tête de mon petit peloton, tout en queue de la grande troupe. La foule suit et accompagne. Puis, par une route sans lumière, on gagne la gare d'embarquement, et les civils ne laissent guère de place pour que mes hommes restent en rang. Je grogne. On ne grogne pas. »

Le régiment part donc les 9 et 10 aout, par deux convois ferrés, direction le Grand Couronné de Nancy.

Retrouvez des traces du parcours d’un combattant au sein d’un régiment est peu aisé. Il apparait parfois au fil des lignes du Journal de marche, mais c’est alors soit par souci de reporter un exploit et bien plus souvent, il apparait dans les notes reportant les pertes du régiment.

Lors de la bataille de la Marne, le patronyme Bessonneau apparait dans la liste des blessés du 9 septembre 1914:

CaptureJMO_19140909
Sources SHD JMO 290ème RI

La mention suivante est en date du fatidique 3 décembre 1914 :

CaptureJMO_19141203
Sources SHD JMO 290ème RI

Cette fois, c’est fini. Lucien Bessonneau est reporté dans la colonne « Disparu ».

  • Que se passa-t-il ce jour là ?

Comme je l’indiquais, un peu plus haut, pour connaitre ce qui se passa ce jour là, il est tout d’abord nécessaire de relire le Journal de Marche et Opérations du régiment :

« 3 décembre 1914:
La situation devient de plus en plus critique pour la 17e Cie. Dans la soirée, 17h, le petit poste d’écoute placé dans une maison qui était à l’Est de la tranchée de la 17e Cie était surpris par les Allemands qui par des boyaux étaient arrivés jusqu’à quelques mètres de la maison. Ce petit poste eut un homme fait prisonnier, le caporal et les autres soldats purent se réfugier dans les tranchées.
De cette maison les Allemands qui y étaient arrivés en nombre lancèrent des grenades et par des meurtrières rapidement fermées tiraient sur les occupants.
Cette situation dura toute la nuit malgré les efforts des hommes à la compagnie pour empêcher les Allemands de jeter des bombes et de tirer sur eux. Des bombes leur furent également lancées.
Malgré deux retours offensifs exécutés simultanément par une fraction du 68e, la 17e Cie et une section de la compagnie de réserve, il fut impossible de déloger l’ennemi.
Au jour, le Commandant de la Cie pour éviter les pertes qui se faisaient déjà sentir cruelles fit renforcer les pare-balles au moyen de sacs à distribution et même de havresacs et de toiles de tentes remplies de terre. Malgré ces efforts, les tirs d’enfilade très meurtriers empêchaient les hommes de relever la tête pour tirer.
Vers huit du matin, les Allemands réussissaient à sauter dans la tranchée entre le 68e et le 290e et profitaient d’une contre sape faite par le génie et aboutissant au point de liaison des deux compagnies, armés de boucliers et de bombes ils se ruent sur les hommes occupant la tranchée et, après une lutte qui dura plusieurs heures, se maintiennent entre le 68e et le 290e, prenant plutôt le terrain du 290e.
Le Commandant de la Cie fit faire un barrage, mais ce barrage n’empêchait pas l’ennemi d’enfiler les tranchées et de rendre la situation intenable.
Par une autre maison sise près de la voie ferrée, les Allemands opéraient le même mouvement.
Le Commandant de la Cie voyant qu’il allait être complètement cerné par sa droite et sa gauche fit évacuer la tranchée par le boyau de communication la reliant avec la 20e Cie d’une part, et le poste de commandement du chef de bataillon du 68e. Il était 10h30 environ.
Le Cdt la Cie et ses hommes se maintinrent dans ce boyau jusqu’à la nuit.
A minuit le 114e relève le 268e et la Cie du 290e qui sont au nord de la voie ferrée. »

Ne pouvant déterminer qu’elle était la compagnie d’affectation de Lucien, évitons les approximations et contentons nous des faits relatés, ce qui permet déjà  de définir le contexte.
Une autre source provient des témoignages existants :
Tout d’abord commençons par celui du Colonel EGGENSPIELR, le chef de corps du 290ème RI:

« 3 et 4 décembre
La situation de la 17e devint de plus en plus critique.
La Compagnie avait un petit poste dans une maison située en avant de la droite de son front. Les Allemands, qui s'étaient approchés en sape tout près de la maison, avaient profité de l'obscurité, le 3 au soir, pour sauter dans la maison. Ils ont réussi à enlever un homme, les autres avec le caporal ayant pu regagner la tranchée principale. Les Allemands envahirent la maison en nombre. Ils se mirent aussitôt à y percer des créneaux, d'où ils lançaient sans cesse des grenades sur les portions de tranchée à leur portée. Malgré deux contre-attaques exécutées par la 17e, une section de la Compagnie de réserve, une fraction du 68e, il fut impossible de déloger les Allemands de la maison.
Cette situation dura jusqu'au 4 au matin. … »

On prendra soin de préciser que le Col EGGENSPIELER n’était pas en poste à cette date et qu’il se contente à s’inspirer du JMO et du témoignage Lieutenant Sohier ci-dessous:
Le lieutenant Sohier (déjà cité) écrit aussi sur cette journée, on notera au passage qu’il n’est pas tendre avec la hiérarchie du régiment et le 68ème RI :

« La nuit du 3 au 4 décembre est abominable. Le journal de marche relate assez exactement les faits. Mais un point est à préciser. Les Allemands ont sauté dans la tranchée du 68 qui prolonge les nôtres. De pauvres gosses de la jeune classe ont été coincés. Jamais le 68 n'a voulu en convenir. Et lorsque la 17e, attaquée par cette tranchée, après une lutte épique, est obligée de refluer, c'est nous que l'on accuse de fléchissement. Comment tenir pourtant, prise d'enfilade, refoulée vers la voie ferrée, tandis que d'une maison sise contre la voie, les Allemands, par infiltration, essayent de couper la gauche. Bien plus, un poste d'écoute, qui aurait pu être de quelque secours a été enlevé, les Allemands s'étant glissés par des boyaux bien dissimulés jusque dans la maison qu'il occupait.
Au P. C. c'est angoissant. Je suis toutes les péripéties en communication constante avec de Lavarène. Je préconise une contre-attaque pour prendre les boches au delà des lignes, en franchissant la voie ferrée. Mais celle-ci est repérée, flanquée, et pas un homme ne peut passer. Quand la 17e reflue il faut même couper la communication établie un peu en arrière, par un passage sous la voie, et bourrer de sacs à terre le couloir. C'est par la droite que se font les contre-attaques, vaines d'ailleurs. Pendant tout le temps qu'a duré l'ultime bagarre le commandant Renard a ronflé, ronflé et chaque fois que je le réveillais, il m'envoyait... péter. Le colonel Michel, dont le P.C. est joint au nôtre (le 268 est à notre gauche), me soutient et m'encourage. Mais que faire? »

Il existe aussi des témoignages indirects qui relatent les circonstances :
Le général Dubois (chef du 9e CA) signale une attaque du 290e le 3 décembre dans la région de Nieuvemollen.


Le tambour Retailleau dans les "carnets de Léopold Retailleau du 77e RI":
« Vendredi 4 décembre 1914: Journée assez mouvementée par le bombardement des Boches. Ils incendient trois ou quatre maisons dans Ypres. Nous apprenons que le 290e s'est fait esquinter dans une attaque à la baïonnette au clair de lune ...»

  • Où se trouve le secteur de disparition ?

Dans les sources écrites, je n’ai pas cité le JMO du 68ème RI, car le texte ne nous apporte rien. Cependant, une carte très importante est visible dans ce JMO, elle permet de situer le secteur : voir ICI

Le secteur:

Zonnebeke_Relief
Sources GoogleEarth

Ce travail de positionnement n’aurait pu se faire sans l’aide des amis du Forum Pages1418 et notamment Annie qui fit un repérage des lieux avant que j'entreprenne un voyage en Belgique

  • Que reste-t-il de Lucien ?

Sur place, à Zonnebecke, il ne reste rien. Je m'y suis rendu par deux fois, une première fois en 2006 et une deuxième fois en 2008. Malheureusement tous mes clichés pris lors de ce deuxième séjour ont été perdus suite à une panne informatique.

Le soldat Lucien BESSONNEAU aurait donc été porté disparu dans le champ de droite visible sur le cliché ci-dessous. Le chemin visible sur la photo est le parcours de l’ancienne voie ferrée.

Broodseinde_Voie ferrée

Une visite virtuelle à 360° est possible grace au site GoogleMaps: voir ICI

La dernière lettre de Lucien :
De Lucien Bessonneau, je n'ai qu’une lettre. Cette lettre, écrite depuis la Belgique, était adressée à sa belle-soeur, mon arrière-grand-mère Marguerite Privat (épouse Bessonneau).
Le maçon de Paris, que Lucien était, essaye, malgré les limites de son orthographe, de rassurer la famille restée en Berry et de donner des nouvelles.
Datée du 19 novembre 1914, Lucien ne se doutait certainement pas qu'il serait "porté disparu", quinze jours plus tard.

LettreLucien

Jeudi 19 novembre 1914
Cher Belle soeur

Je ten voi ses deux
mot se pour que je si
a popringe belgique
en aton le canon de
loin je nesipas encor ses
la ilge ?? il i y a encor
pour une journé de
marche
tou va bien pour le
momont ton bell beau
frère qui non brasse
bien unsi que ta
petit fil

Bessonneau Lucien

L’acte de décès :
En 1921, en l'absence de corps et au vu des documents fournis par l'armée, le tribunal de La Châtre émet un jugement permettant de dresser l'acte de décès en la commune du Pin et la transcription de la mention de Mort pour la France sur les documents administratifs.
« Au nom du Peuple Français, le Tribunal civil de La Châtre (Indre) a rendu le jugement dont la teneur suit:
Vu la requète qui précède Qui M. Souffron, président du tribunal en son rapport et M. le procureur de la République en ses conclusions le tribunal après en avoir délibéré a rendu le jugement suivant:
Attendu qu'il résulte des pièces mentionnées dans la requête présentée par M. le procureur de la République que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean baptiste du 290e RI, né à Cuzion le 17 octobre 1887 de Silvain et de BLANCHARD Angèle, célibataire, domicilié à Le Pin a disparu le 3 décembre 1914 à Zonnebecke (Belgique). Vu la loi du 25 juin 1919 art. 9 Par ces motifs, le tribunal dit que le soldat BESSONNEAU Lucien Jean Baptiste est "Mort pour la France" le 3 décembre 1914 ) Zonnebecke (Belgique). Ordonne que le présent jugement sera transcrit sur le registre de décès de l'année courante de la commune de Le Pin et que mention de ce jugement sera faite à la date que l'acte de décès aurait du occuper tant sur le double du registre des décès qui existe à la mairie de Le Pin que sur celui déposé au Greffe du Tribunal conformément à l'article 92 du Code-Civil ... »

Le diplôme de Mort pour la France :
La préfecture de l’Indre tenait donc une comptabilité de la remise de ce diplôme, ce qui permet de connaitre la liste des récipiendaires. Cela permet donc d'avoir une liste de presque 9500 noms d'Indriens. Mais, il est cependant assez difficile de se retrouver dans cette liste, le point d’entrée est la date de jugement ou de transcription.
Mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. tout d'abord, voici sa fiche "Mémoires des Hommes" :

DiplomeMPF
Sources Mémoires des Hommes et AD36 R982

Le jugement eut lieu en décembre 1920, pour une transcription sur les registres du Pin en janvier 1921. Il fallut attendre le 25 octobre 1921 pour une prise en compte par la Préfecture. Lucien Bessonneau se vit attribuer le numéro 8244.
Il semblerait que les diplômes étaient envoyés aux communes, à elles la charge de les remettre aux familles, au vu des nombreux documents joints à cette cote de la série R.
Qu'est devenu le diplôme de Lucien Bessonneau? Je ne le sais pas.

 

Les décorations :
Un ami, Jean Pierre Létang recherchait dans le Journal Officiel des traces de médaillés. Or, en consultant le J.O. du 17 septembre 1924, il a eu la surprise de découvrir un patronyme qui lui disait quelque chose. Bessonneau!!! Non pas le célèbre industriel angevin, mais le grand-oncle d'un de ses correspondants, c'est à dire moi-même. Il m'en avertit alors.
Autant vous dire, que j'ai eu un sacré frisson lorsque j'ai lu et relu le mail.

Decorations
Sources GallicaBNF

Le Livre d'Or communal:Via le site des Archives Nationales, il est possible de retrouver le livre d'or communal, sur lequel figure le nom de Lucien.

 

CaptureJCh

Le lieu de repos de la dépouille:
Soldat disparu au combat, Lucien est vraisemblablement sans sépultures, quelque part du côté de Broodseinde. Cependant, lors de ma visite, je ne pu m'empêcher de penser à lui lors de ma visite de la nécropole Saint Charles de Potyze à Ypres (Sur la route entre Zonnebeke et Ypres).

Il s'agit du lieu de Mémoire incontournable de ce secteur qui connu les combats de 1914 à 1918. Peut-être y est il, peut-être pas.

060419 010 060419 111
Entrée de la nécropole                                                         Le Monument et l'ossuaire

060419 272

 

Le monument aux morts
Sur le monument communal, le nom Bessonneau ne figure pas. Courant 2012, je le signalais au maire de la commune. Or, le  11 novembre 2012, le premier magistrat de la commune, après le dépôt de gerbe et le discours habituel reprit la parole pour annoncer son intention de faire rajouter le nom de Lucien sur le monument ainsi que ceux de 2 autres soldats ne figurant pas sur le monument.

11 novembre

 

Depuis cette promesse faite en public, quatre ans se sont écoulés et rien n’a été fait …

 

Petit rajout de fin de journée:

Aujourd'hui, 3 décembre 2014, sur le site GoneWest.be, Lucien Bessonneau est apparu sur le monument virtuel. il figurait dans la liste des 355 morts recensés de ce jour.

CaptureJH1

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