22 juin 2007

Je sais tout "Les prisonniers"

Le reporter de "Je sais tout" après avoir traité le sujet des hôpitaux du Blanc, parcoure la campagne à la "poursuite" des prisonniers allemands
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Les Prisonniers Travaillent à la Ferme

II arrive que la vie d'un petit village ou même d'une métairie résume en elle toute celle de la France d'aujourd'hui. C'est le cas d'une ferme berrichonne, visitée à la fin de cet été. A côté de la grande maison des métayers où j'entrai et où l'aïeul me reçut, habitaient dans une maisonnette des réfugiés belges dont les enfants jouaient avec ceux de la ferme, en gardant les chèvres.
A mon arrivée, je vis un caporal de R. A. T. à table avec un jeune permissionnaire retour du front, très gai, dans une capote bleu horizon. Autour d'eux, des hommes qui travaillaient à la batteuse, deux Belges de 70, des vieux, des jeunes de la classe 17 et l'engraîneur. Les femmes actives, bras et cou nus, servaient le repas de midi.
— Nous avons à faire les repas chaque jour pour quarante-cinq personnes, me dit la femme du permissionnaire. Je la regardai et je retrouvai ces yeux mélancoliques et beaux que j'ai souvent admirés chez ces filles de la Brenne, ce pays de plaines ondulées et grises, où le soleil, comme en Bretagne semble toujours voilé, à part quand il sombre parmi d'étranges flamboiements, dans l'eau morte des étangs immobiles. C'est le pays de Rollinat, celui qu'a célébré souvent George Sand. En été, les blés donnent plus de gaieté à ce paysage — et ce jour-là, à table, les conversations s'émaillaient de sourires.
Les hommes se versaient le petit vin blanc des vignobles locaux. On écoutait le récit de quelques épisodes héroïques des trois journées de Carency d'où arrivait le permissionnaire. Il parlait à voix très haute, plus haut qu'il n'est coutume de le faire pour des interlocuteurs attentifs et muets. J'en compris la raison en sortant.
Dans la cour, deux tables attirèrent mon attention. A l'une, deux territoriaux déjeunaient, tandis qu'un troisième surveillait l'autre table appuyé sur son fusil, la baïonnette au canon.
A celle-là, dix prisonniers allemands, — la moitié d'une équipe, —s'alignaient. Car une équipe de prisonniers compte vingt hommes, mais l'employeur a le droit de la diviser pour les besoins du travail à condition de les réunir, le soir, dans un même cantonnement.
A mon approche, les prisonniers se levèrent et, comme j'examinais leur repas, j'en fus surpris.
Certes, ils pouvaient le trouver « sehr gut » et « sehr schon »! Il comprenait, en septembre 1915, chez un simple paysan: du poisson frit, de l'oie aux navets, des pommes de terre au lard et une bouteille de vin pour quatre.
Je manifestai mon étonnement à la fermière:
— J'admets qu'on soit humain, lui dis-je, mais il me semble que ce repas est bien copieux et bien soigné pour des prisonniers. Croyez-vous que les nôtres jouissent de si bons repas?
— C'est par économie, me répondit-elle simplement, et elle se retira. Elle revint un instant après, apportant le règlement militaire qui fixe la nourriture des prisonniers employés aux travaux agricoles comme suit:

PAR JOUR
200 grammes de viande, les jours de travail.
125 grammes, les jours de repos.
850 grammes de pain.
1 kilo de légumes.
7 grammes de café.
8 grammes de sucre.
Graisse et beurre nécessaires.
Eau bouillie, si l’eau du pays n'est pas saine.

— Eh bien, m'écriai-je, en quoi vous oblige-t-on à donner du poisson et de l'oie?
— Je dois donner de la viande. Le boucher le plus proche est à sept kilomètres d'ici. Nous n'avons pas le temps d'aller à la ville en ce moment. Le poisson n'a rien coûté puisqu'il a été pêche dans l'étang, hier soir, après la journée finie. Quant à l'oie, il en court bien deux cents dans la ferme. Ça se nourrit tout seul. Le lard vient des cochons tués l'hiver dernier. Nous récoltons les pommes de terre. Le pain se fait ici. Nous n'avons rien acheté. Le dimanche seulement, nous mangeons de la viande de boucherie, car en semaine, on a trop souvent besoin du cheval et de la carriole. Si les prisonniers mangent de la dinde, de l'oie ou du canard, c'est qu'il m'est impossible d'acheter de la viande. D'ailleurs, puisqu'ils doivent travailler, il faut bien les nourrir!
Je regarde le feldwebel allemand. Il s'appelle W... Sch... Avant la guerre, il était contremaître dans un établissement d'automobiles à Paris. Il a rejoint son corps, fin juillet, et a été fait prisonnier en décembre 1914.
Il est grand, vigoureux, les traits réguliers et beaux, les yeux bleus et froids. Son costume de toile est d'une irréprochable propreté. On le sent volontaire et calme, et il répond à mes questions avec une grande politesse.
— Vous traite-t-on bien ici? êtes-vous content?
— Nous sommes bien; nous sommes contents.
— Je voudrais bien que nos prisonniers soient aussi bien traités chez vous que vous l'êtes chez nous!
— Ils le sont, monsieur, ils le sont. Une de mes parentes vient de m'écrire; elle a eu des prisonniers près de Dusseldorf: ils sont devenus gras.
— Croyez-vous toujours que l'Allemagne remportera la victoire?
— Pour l'instant, non. Mais nous ne savons rien ici.
— Alors, qu'est-ce qui vous fait perdre l'espoir?
— En Allemagne, aussi bien qu'en France, le peuple a marché parce qu'on lui en a donné l'ordre [sic). Nous ne voulions pas la guerre dans le peuple. On nous a attaqués (sic): il fallait bien se défendre [sic)!
A ce moment, les neuf autres Allemands se mettent à parler. Le feldwebel traduit:
— Ils disent que tout le monde enviait l'Allemagne. Il y a eu une conjuration contre l’Allemagne (sic). Mais nous travaillerons tellement que tous les pays qui ont combattu l'Allemagne seront à nous par notre seul travail {sic).
— En attendant, nous serons vainqueurs!
— C'est bien possible. Depuis que ce soldat en bleu est arrivé, j'en ai l'idée.
— Qu'est-ce qu'il a dit?
— Il n'a rien dit: il est gai. J'ai beaucoup travaillé dans des ateliers français. Je savais que ni les hommes, ni les femmes ne voulaient la guerre. Vous paraissiez en avoir peur. Ah! bien! oui! tous les soldats qui reviennent du front sont contents. Vous êtes un peuple bien original. En Allemagne, les soldats sont tristes. — Est-ce que vous préférez être ici ou dans les tranchées?
— Dans les tranchées!
— Pour tuer des Français?
— Pour être libres.
Un coup de sifflet strident nous interrompt. C'est l'heure du travail. Les prisonniers partent en tête, puis les deux réfugiés d'Ypres, puis les gens de la ferme et le permissionnaire. Je remarque que personne ne parle aux prisonniers. Une belle jeune fille qui servait à table détourne la tête à leur passage, en murmurant:
— Ils partiront sans avoir vu mes yeux.
Le bruit de la batteuse domine tout. Je regarde et me sens ému: ces prisonniers, ces réfugiés, ces vieux, cet adolescent, ce soldat, travaillent ensemble pour battre le beau blé de France...
— Il n'y a guère de blé, mais il y aura bien autant de paille que l'an dernier, remarque le permissionnaire.
Une femme allaite un enfant au pied de la meule. Il sourit et de ses petites mains potelées presse le sein.
— Il est né dans une cave à Ypres, me dit la femme. Il se porte bien tout de même.
Et j'admire le soleil qui luit sur tout cela.

JeSaisTout_PrisonnierChamp
"Les Boches dans les champs du Berry"

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f598.table

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17 juin 2007

Je sais tout "Hôpitaux mixtes"

Pendant le conflit, la revue "Je sais tout" publie des reportages que ses journalistes effectuent sur le territoire français. En 1915, plusieurs articles concernent le département de l'Indre.
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Les Hopitaux Mixtes

La plupart des villes de garnison de province ont un hôpital mixte, civil et militaire, administré par une commission civile pour les salles civiles. Dès le mois d'août 1914, la plupart des salles civiles furent réquisitionnées par l'autorité militaire. La salle d'opération fut mise aux mains des majors. D'ordinaire, on ne laissa pour la population civile, en vue de cas urgents, qu'une petite salle pour les hommes et qu'une petite salle pour les femmes.
Dans ces hôpitaux mixtes, on a laissé à leur tâche les infirmières religieuses ou laïques en leur adjoignant des infirmiers de la section afférente au corps d'armée. Depuis quelques mois, ces infirmiers font tous partie des services auxiliaires. Des majors appartenant à la réserve ou évacués du front assurent la direction du service. Des circulaires ont prévu que ces majors ne soient pas des médecins mobilisés appartenant à la région où ils exerçaient.
C'est eux qui ont été chargés de certaines opérations, non seulement sur les blessés, mais encore sur des hommes reconnus aptes au service armé par le conseil de revision de décembre 1914, qui visita les exemptés et réformés.
Ces opérations concernaient les ablations d'hernies et les paquets variqueux.
Un coiffeur jadis exempté, et qu'une opération chirurgicale (ablation d'un paquet variqueux) rendait apte au service armé et envoyait au front me déclarait:
— Quelle chance! me voilà gaillard! Je pais courir tout comme un autre et l'on m'a fait, pour rien, une opération qui, dans le civil, m'aurait coûté au moins mille francs.
On opéra également, avant le départ pour les tranchées, un certain nombre « d'orteils en marteau » et « d'ongles incarnés ».
En septembre 1915, les docteurs Picot et Benoit, à l'hôpital du Collège, au Blanc (Indre), ont pratiqué une opération qui restera célèbre dans les annales chirurgicales.
Le soldat Louis Rochet, du 68e, avait été évacué du front pour appendicite. Il n'avait aucune blessure. L'intestin ouvert, on y trouvait un éclat d'obus,gros comme un œul de pigeon. Rochet contait que, pendant un bombardement allemand, lui et ses compagnons avaient mangé la soupe au milieu des éclats d'obus. Sans doute un morceau d'acier, provenant d'une marmite boche, avait-il pénétré dans la marmite du potage et, dans un pareil moment, Rochet n'y avait pas regardé de si près. Il s'était contenté de dire:
— Je crois que le cuistot n'a pas désossé le pot-au-feu aujourd'hui?
En réalité, les hôpitaux de l'arrière, après les premiers mois de guerre, ont eu peu d'amputations à faire et la mortalité y a été très réduite. Encore faut-il considérer que les décès y ont eu plus souvent pour cause des épidémies — vite enrayées — que des suites de blessures de guerre.
Nous avons eu peu de mortalité chez nos blessés à l'arrière.

RI068_Hopital
Dans un hôpital de l'arrière
Soldat du 68e RI (devant avec une canne)

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f620.table

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11 juin 2007

La boue des Flandres

Le 12 novembre 1914, voici comment le colonel Eggenspieler décrivait les conditions de vie dans le secteur d'Ypres. La pluie, la boue ...

"Pour comble de malchance, la pluie se mit à tomber abondamment. Elle envahit tout, les tranchées, les boyaux et la campagne. Impossible pour les hommes de se coucher. Ils restèrent debout dans l'eau et dans la boue jour et nuit. L'état sanitaire du régiment ne tarda pas à se ressentir de cette situation. Les hommes avaient les pieds macérés par l'eau froide. Ils étaient enrhumés et perclus de douleurs. Les médecins étaient sur les dents".

Voici une des visions que l'on pouvait alors avoir des tranchées du secteur de Zonnebeke (Belgique)

RI290_SaillantYpres_DerrierePremiereLigne

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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05 juin 2007

Le triste bilan

Le cap des 7000 morts pour la France, au sein des régiments d'infanterie du département, vient d'être franchi. De multiples recherches m'ont permis ce sinistre rescencement. De nombreuses heures seront encore nécessaire afin d'obtenir une liste plus complète.
La nouvelle version du fichier excel est disponible dans la colonne de droite du blog.

Le triste bilan:

68e RI:

2294

90e RI:

2564

268e RI:

1129

290e RI:

1081

Sepultures

Merci à tous pour vos participations

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31 mai 2007

Le clergé dans la Grande Guerre

Comme toutes les constituantes de la nation française, le clergé apporta son obole sanglante au conflit. Les régiments indriens, eux aussi, se retrouvèrent avec des membres du clergé dans leurs rangs.

Clerge_17eDI

Ces listes sont extraites du Livre d'Or du Clergé et des Congrégations", vol. 2, Paris, Editions Bonne Presse, 1925

LO_Clerge

Merci à Stephan de m'avoir ouvert sa bibliothèque

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26 mai 2007

La marche des Tanks (2)

C'est le 16 avril 1917 que, pour la première fois, l'artillerie d'assaut française fut engagée sur le front. Dans le cadre de l'offensive Nivelle du Chemin des Dames, cent-vingt-huit chars Schneider, répartis en deux groupements, participèrent à cette attaque.
Embarqués sur voie ferrée à Champlieu, à la lisière de la forêt de Compiègne, là où se trouvait le camp d'entraînement de cette arme nouvelle, le 11 avril, les engins furent rassemblés à l'ouest et au sud-ouest de Cuiry-les-Chaudardes, village proche des zones d'engagement.
Deux groupements furent mis en place:
Le groupement le plus important était celui du commandant Bossut, soit un total de quatre-vingt chars.
Le second groupement "Chaubès", composé de quarante-huit chars Schneider, dont huit s'embourbèrent au cours du trajet et ne purent participer à l'attaque, répartis en trois groupes, quitta sa position d'attente, dans les bois de Beaumarais, à six heures vingt et progressa en une seule colonne dans le secteur de la ferme du Temple. A six heures cinquante, sous le bombardement ennemi, la colonne fut arrêtée sur la dernière tranchée française, où le passage prévu n'était pas encore terminé, et perdit, à cette occasion, ses deux premiers chars. A sept heures quinze, ses éléments de tête parvenaient face à la première ligne de tranchées allemande.
Ce groupement accompagnait l'attaque de la 10e DI (5e CA, 5e armée).

Chars_Batailledu16

Les premiers chars français:

Char_St_Chamond_tank
Le Saint Chamond

Char_Schneider_CA1_M16_tank
Le Schneider

Sources: Wikipédia et "Le premier engagement des chars français (16 avril 1917) par le Lieutenant-Colonel J. Perre in Revue de l'infanterie

Merci spécial à J.Y. Rio pour la carte extraite des cours 1921-1922 de Saint Maixent
http://vannes1418.canalblog.com/

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20 mai 2007

La marche des Tanks (1)

"Au cours de mon séjour dans le secteur de la route 44 j'ai pu examiner à loisir la portion du terrain d'attaque qui s'y trouvait.
La première ligne allemande passait à l'Ouest de la route 44, et la deuxième à l'Est. Les Allemands y avaient construit des abris profonds comme celui du point 7.707, qui pouvaient recevoir d'assez gros effectifs. Dans la tranchée ils avaient établi d'assez nombreux blockaus en ciment armé, pour mitrailleuses et guetteurs
Notre tir de préparation était bien fait. Il était limité nettement aux tranchées à enlever, comme en Artois et en Champagne. Les abris bétonnés pour mitrailleuses avaient été soulevés par nos gros obus et projetés hors de la tranchée, où il ne devait certainement pas faire bon. Les abris souterrains par contre sont restés intacts. Peut-être que notre artillerie ne les connaissait pas. Les tranchées de deuxièmes lignes ont été beaucoup moins maltraitées. Elles paraissaient même ne pas avoir souffert du tout. Dans ces tranchées il n'y avait pas d'abris. C'est sur le terrain plat entre les deux lignes opposées, françaises et allemandes, qu'eût lieu notre première attaque par les tanks. Elle n'a pas réussi. Les pauvres chars gisaient là dans la plaine après qu'ils eûrent pris feu sous les obus allemands. D'après ce que j'ai vu, un seul tank a atteint la première tranchée allemande. Tous les autres étaient échelonnés entre cette tranchée et le centre Marceau, comme dans un peloton de coureurs, le plus grand nombre étant en tête. Un des derniers était resté en panne juste au-dessus du P.C. Marceau, et près de lui gisait un canon de 75. D'autres pièces de 75 et des cadavres de chevaux étaient couchés sur le terrain derrière le groupe des tanks les plus avancés. Les chars qui étaient de forte taille formaient des masses très visibles au milieu de la plaine. Les Allemands ne s'en occupaient plus, du moment qu'ils avaient flambé, ils étaient bien certains qu'ils ne bougeraient plus."

AttaqueChars1917

AttaqueChars1917_2

Sources: Colonel Eggespieler - Un régiment de réserve du Berry - le 290e RI

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15 mai 2007

Secteur de la route 44

"Le secteur affecté à la 17e D.I. s'étendait sur le terrain compris entre Pontavert, Craonne et la route 44 (de Laon à Reims).
Il y avait deux positions. La première était parallèle à la route 44 et à l'Est de celle-ci. Elle la traversait au Sud de Corbény pour se diriger vers l'éperon de Craonne. Elle faisait face à Juvincourt, Corbény et Chevreux. Elle était dominée de près, à droite et à gauche de la route 44 par les buttes du bois de la Carrière et du bois de l'Enclume. Au loin et à l’ouest se dressait la masse imposante de l'éperon de Craonne. Les Allemands y étaient restés accrochés malgré toutes les tentatives faites pour les en déloger.
La deuxième position traversait les bois de Pontavert et de Beau-Marais. Elle était constituée par une série de centres qui portaient des noms de villes de Normandie. Ceux que nous avons occupés s'appelaient centres d'Evreux et de Rouen. Ils étaient situés au Nord-Ouest de Pontavert."

CraonneVilleAuxBois_19170514
Positions du 9e CA (14/05/1917)

"Entre les deux positions se trouvaient un certain nombre de points marquants comme la Ferme du Temple, entièrement démolie, la butte de l'Edmond où se trouvait le P.C. de la Brigade, les buttes de la Ville-aux-Bois. Tout le terrain en deçà et au delà de la route 44 a été conquis le 17 avril par les régiments de la 10e  D.I. (31e, 46e, 89e). Le 31e a enlevé la Ville-aux-Bois. Il y a fait à lui seul 1500 prisonniers.
Le P.C. de la Division se trouvait dans un abri souterrain tout près du centre de Rouen. J'y fus fréquemment appelé pendant mon séjour au centre.
Les deux régiments, 268e et 290e, qui alternaient dans ce secteur, ont eu deux P.C. différents. Au début et à la fin de l'occupation du secteur le P.C. était au centre Marceau, dans l'ancienne première ligne française. Au milieu de l'occupation le P.C. se trouvait au point 7.707 dans l'ancienne première ligne allemande. Le P.C. Marceau était très petit, avec une protection illusoire, mais il était sain. Le P.C. allemand était profond et vaste. Il avait une couverture à l'épreuve des obus, du reste notre tir de préparation ne l'avait pas entamé. Du temps allemand il était éclairé à l'électricité. Mais il avait un vice profond. Il était rempli de puces qui avaient dû jeûner, parce qu'elles nous dévoraient littéralement. De plus, elles avaient la vie dure. Aucun désinfectant n'a pu en venir à bout. Le poste ayant été allemand avait son ouverture tournée vers les lignes allemandes. Des hommes ayant été blessés à l'entrée, je décidai de la rectifier. On avait à peine donné quelques coups de pioches, qu'on vit apparaître les pieds d'un Allemand qui remplît tout le poste d'une telle puanteur, qu'il a fallu plusieurs jours d'assainissement pour rendre l'air de nouveau respirable. Aussi a-t-on rebouché au plus vite le travail commencé".

Sources: "Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI" Colonel Eggenspieler

Merci à Louis pour la carte du secteur

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10 mai 2007

Le remonte dans l'Indre

A la veille du conflit, le département regroupe deux régiments d’infanterie les 68 et 90e RI. On trouve aussi le siège de la 17e Division, mais aussi de la 9e section d’infirmiers militaires et du 9e escadron du train des équipages.Beaucoup moins connus, l'Indre hébergeait deux établissements peu connus:
Dans le département de l’Indre, deux annexes de remonte sont implantés. Dans le sud du département, elles dépendent du dépôt de Guéret et sont situées à Bonnavois (Commune de Mouhers) et au Busson (Commune de Saint Civran).

Indre_PetitJournal1906
Sources: Le Petit Journal 1906

Dans l’armée, les chevaux sont issus des conseils de réforme. Lorsqu’un cheval est jugé inapte, il est réformé et remplacé par un nouveau. Celui-ci est appelé remonte.
Dans les haras nationaux, la remonte est aussi l'élevage de chevaux pour remplacer les inaptes dans les unités. Des achats extérieurs sont aussi effectués auprès des éleveurs privés.

Si vous avez d'anciennes photos des établissement de Bonnavois et du Busson, je suis très interessé. N'hésitez pas à me contacter.

SaintBenoit_AnnexeRemonteBusson2
Annexe de Remonte du Busson

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06 mai 2007

Le camenbert du camp du Faité

Le camenbert - Nos Berrichons

Ca te dit ti queuquchouse c’camp du Faité ?

DI017_Camenbert3

- Ah ! où qu’on n’tait pour ceux attaques du Chemin des Dames. Mon pouv’vieux, rin que d’y penser ça me gratte encore, tellement qu’y en avait d’ceux poux !
- Et c’te chtite paille dans ieux baraques, j’en avions jamais vu de si déguelasse. C’était pus que du poussier tellement qu’al tait par tous ceux polus qui stin allongés d’sus !
- Et ceux vasistas en papier vuilé qu’étint crevés ! Ah ! bon gieu d’bon gieu l’moral il’tait ben bas anc’toutes ceux offensives qu’étint toutes loupées ! I nous disiont : « Cte foué là, v’allez les avouer ; c’est la Victouère. J’allons yeux balancer tant de grousses marmites qu’y fouteront le camp quasiment tout seuls ! C’souer j’irons coucher à Laon la canne à la main !
- Ah ben oui, j’rastions toujou su place !
- Un jour j’avons ben rigolé. Tu te rapelles ti l’père Machin ?
- Qui ça Machin ?
- Un grand qu’avait été custot de la 11e. Un gars du Blanc qu’tait boulanger…
- J’vois qui qu’tu veux dire : l’frère à Cérémounie, l’gars d’Argenton.
- Tout jusse.
- Qui qu’il a fait ce chti Bernoux ?
-T’en a pas idée. Tu vas vouer.
- J’devions monter en ligne du couté d’Hurtebisse. I tombait d’ceux marmittes, mon pauv’vieux, queuchouse d’épouvantabe. T’as jamais vu ça. Des gros 305 qui f’sint eune fumée pu nouère ! Quand qui z’arriviont su tuoé, t’aurais juré un train de marchandises. T’arrecevais des éguernasses su la gueule a pu d’un kilomète ! I z’en avint d’la molition les Boches ! J’avions un cafard qui nous sarrait dur l’estoumac, j’te le dis.
J’venions donc d’manger la soupe et j’commencions à nous équiper pour quitter ceux cage à poux du Faité. C’était au moué de mai ; i faisait chaud comme à l’assemblée du M’noux l’an darnier. Y en avait queuqu’un qu’avint trop d’jus de boué tortu dans le vente. Quanq qu’on est saoul on pense pus à rin. Faut te dire aussi qu’on venait d’toucher chacun son camenbert.
Alors v’là Cérémounie qui dit : « Moué j’veux pas monter en ligne » Et pis le v’la qui fout son fourniment dans le foussé et pis qui se couche !
- Ah ! le chameau !
- L’sargent arrive : « Qui qu’y a Cérémounie ? Faut marcher comme les autres. Allons a debout !
Mais le gars de Cérémounie, i v’lait rin chiquer. I braillait : « J’veux un camenbert, j’en ai pas touché. C’est pas jusse ».
- Ah ! le chameau ! N’avait ben raison tout de même ed rouspèter. Ceux camenberts c’était quasiment ni pus ni moins q’du plâte dans des ptites boètes, çà valait pas les froumages ed’chieubre ed’Levroux ; mais pisqu’y avait drouet…
- I y avait drouet ! I y avait drouet ! Mon pouv’vieux tas drouet à c’qu’on doune dans ce métier là. Si on t’doune rin, t’as drouet à rin. C’est bin simpe.
« En attendant l’gars de Cérémounie il’tait toujou couché dans son foussé et j’tardions que l’moment ed’parti en ligne… L’sargent il’tait empoisounné, i s’arrachait les cheveux. I disait : « Ah ! cte section ! qui qui m’a foutu des polus coume ça ? »
« Enfin vlà l’vieux commandant qui passe su son canasson. I s’arrête d’vant Cérémounie. L’sargent i asplique. Alors i dit : « Faut i aller sarcher un camenbert aux cusines. J’veux qu’tout le monde aye un bon moral dans l’bataillon ».
- Un bon vieux !
- V’là donc l’cabot qui court aux ciustances et pis qui i en rapporte un. I l’doune à Cérémounie qu’ouve la bouète, qui l’arnifle, qu’enfonce son pouce eddans l’froumage et pis qui dit : « J’en veux point. Il est trop fait. J’connaisions point de froumages comme çà cheux nous.

DI017_Camenbert1

- Ah ! le chameau ! Ils l’ont au moins fait passer au tourniquet ?
- Comme tu l’dis. Ils l’ont m’né au posse ed police anc son froumage qui v’lait garder pour el douner à soun avocat.
- T’aurais ri si t’avais vu c’te séance au Conseil de Ventelay anc le froumage posé su le buereau. J’avions un commissaire rapporteur qu’était pas mouvais gars. Il a dit qu’Cérémounie il tait saoul ; qui savait pas ce qu’il avait fait. I s’en est tiré queuq moués d’prison.
- I les a jamais fait !

DI017_Camenbert2

- Ben sur que non ; l’général l’a renvoyé à un out régiment. C’était pas eune punition dête en prison, c’était putôt une récompense. C’était ben aut-chouse d’être à Hurtebise. En attendant l’gars d’Cérémounie i a ben coupé à un tour de tranchée anc soune histouère de froumage.
- Ah ! le chameau !

Avril 1922 – Bulletin de l’Association des Anciens Combattants de la 17e DI

Ce que ne dit pas le bulletin de l'Amicale, c'est qu'un Baptiste Cérémonie allait finalement tombé à Heurtebise le 26 juillet 1917, non loin du camp du Faité.

RI090_MPLF_CeremonieBaptiste
Sources: Mémoires des Hommes

Peut-être s'agit il du même Cérémonie?

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