03 avril 2007

Le caporal et le fourrier

Parfois, une simple photo nous permet de mieux apréhender la lassitude et la morne existence du poilu dans sa tranchée.
L'agent de liaison et le fourrier tiennent la pause, mais le regard est ailleurs. Peut-être vers le foyer en Berry.

RI290_AgentDeLiaisonFourier

Posté par Indre1418 à 05:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


31 mars 2007

En route pour l'Aisne

"Le 27 mars (1917) nous commencions à évacuer le camp. Nous couchions le soir à Trouan-le-Grand et à Trouan-le-Petit. De là, le régiment gagna Gourgançon et Euvy. Quels souvenirs ! On se trouvait en plein terrain de bataille de septembre 1914. De la bataille on ne voyait plus rien. Et puis ceux qui l’avaient livrée n'étaient plus là en 1917, ou à peine.
Le 29 tout le régiment coucha à Pleurs où il passa deux jours.
Le 31 on gagna Broyes et Péas au Nord-Est de Sézanne. Nous étions là en pleine zône de bataille de 1814 et 1914.
Le 1er avril nous passions au fameux château de Mondement. J'y fis faire une petite halte pour que chacun pût voir la position où on avait si âprement lutté en 1914 et où le 77e R.I. s'était distingué. A Saint-Prix nous franchissions l'extrémité ouest des Marais de Saint-Gond. Nous nous sommes arrêtés à Baye et à Bannay où nous sommes restés cinq jours. Nous y avons reçu le meilleur accueil des habitants. A part le château de Mondement on ne voyait plus trace dans cette région de la bataille de 1914. Dans nos cantonnements l'administration nous accabla de distributions de toute espèce : vivres, munitions et explosifs. A vol d'oiseau nous étions à 68 kilomètres du point que nous devions atteindre. Le Commandement manquait de psychologie s'il croyait que le soldat allait porter ces charges sur un trajet de 70 kilomètres. On a corrigé un peu cette erreur en ne nous faisant avancer que par petites étapes".

MaillySortie5

Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

Posté par Indre1418 à 07:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

25 mars 2007

Manoeuvres au camp de Mailly

"Nous voici pour la deuxième fois au Camp de Mailly. Cette fois nous sommes sur la bordure Ouest. Nous étions loin de nous douter dans quel but on nous remettait à l’instruction. Avec le Général Niessel, nous ne chômions pas. Nous étions tous les jours dehors. Les cadres commandaient tantôt leur propre troupe, tantôt ils assistaient en spectateurs aux exercices exécutés par les unités des autres régiments.

MaillyCamp

On ménageait encore la troupe. Les cadres, au moins ceux qui étaient montés, bardaient matin et soir. Les officiers à cheval suivaient le Général pour entendre les observations qu'il faisait tout le long du développement de la manoeuvre. De temps en temps il envoyait un jeune officier porter un ordre à vive allure ou chercher un renseignement, puis brusquement il emmenait toute la bande des officiers montés au grand galop derrière lui. On se remettait en selle. Pour rendre les exercices plus vivants, le Général faisait appliquer son système de figuration dans toute son ampleur. Tous les Régiments passaient au crible à tour de rôle. Quand ce fut notre tour, je dirigeai une manceuvre de régiment où l'un des partis (Orléans) occupait défensivement la croupe 176 du Pylône des Cavattes. L'autre parti (Gagnier) faisait l'attaque, précédée d'une longue marche d'approche à travers un épais taillis. La manceuvre terminée je fis le premier ma critique. J'ai déclaré que l'ensemble de la manœuvre s'était déroulé très correctement. J'ai loué surtout la manière parfaite dont le Commandant Gagnier avait exécuté sa marche d'approche. Le Général Lancrenon, Commandant la Division, prit la parole après moi, puis le Général Niessel lui-même. Ils firent encore plus d'éloges que moi des exécutants, officiers et troupe.

MaillyCamp2

Une particularité des critiques du Général Niessel consistait en ce que tout le monde était invité à y assister, officiers et soldats. Ces derniers étaient libres d'y venir, mais s'ils venaient prendre place dans le cercle, ils devaient écouter. Si le Général en apercevait un qui piquait l'étrangère, il le faisait venir au milieu du cercle où il était bien en vue. C'était un peu comme la punition du piquet dans les écoles.
La critique terminée, il y eût un petit repos. A ce moment le Général de Division et le Colonel Commandant la Brigade m'appellèrent près d'eux. Ils me répétèrent encore une fois combien le Général Niessel avait été satisfait du régiment, qu'à son avis il était le premier corps de troupe d'infanterie du Corps d'Armée. Je fis part de ce compliment si flatteur à mes officiers avec la mission de le transmettre à la troupe.
Après dix jours d'instruction intensive par un temps souvent inclément, froid et neigeux, nous refîmes nos bagages. Nous allions nous remettre sur les routes sans rien savoir de notre nouvelle destination".

Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

MaillyCamp1

Posté par Indre1418 à 08:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

21 mars 2007

Les effets de la mitraille

Lors de l'hiver 1914-1915, la nature subit de plus en plus les effets des combats. La mitraille et le marmittage ont finalement pulvériser les broussailles du Bois du Polygone.

RI290_Album_PatryEtMoreau_BoisHache
Patry et Moreau du 290e RI

Posté par Indre1418 à 13:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

15 mars 2007

Le sergent Luneau, du zinc aux tranchées

Fernand Luneau est né le 3 septembre 1881 à la Champenoise (Indre). Il est le benjamin d’une famille de 5 enfants. Orphelin de père à l’age de 8 ans, il est élevé par ses frères et soeurs.
Le 18 juin 1907, il épouse Augustine Berthaud de Levroux.
Il effectua son service au sein du 10e RI d’Auxonne.
Etabli comme cafetier à la « buvette parisienne » de Châteauroux, à la mobilisation, il laisse sa femme tenir le café. Mobilisé au sein du 290e RI, il se rend donc à la caserne Bertrand, il est alors affecté à la 23ème Compagnie (6e bataillon).
Son parcours est alors celui du 290e RI. Le 21 octobre 1914, il passe Caporal et Sergent le 11 janvier 1915.

RI290_LuneauFernand_Caporal
Le sergent Luneau

Il est grièvement blessé le 5 mai 1916 à la cote 304. Il est alors évacué vers Lyon, où il arrive le 12 mai.

Suite à son action, une proposition de citation est émise par ses chefs. Elle fut formulée ainsi :
« Le sergent Luneau Fernand qui appartenait à la 23e Cie du 290e fut blessé le 5 mai 1916 à la Cote 304 en repoussant avec sa demi section une contre attaque ennemie qui tentait d'aborder nos lignes.
Il fit l'admiration de ses hommes en conservant quoique blessé le commandement de ses hommes de son unité jusqu'à ce que la contre attaque ennemie fut complètement repoussée
D'une manière de servir exemplaire, il fut en toutes circonstances un auxiliaire précieux pour ses chefs ».

RI290_SectionLuneau
« Des hommes de ma section » (Sergent Luneau, marqué d’une croix)

Revenu à la vie civile, il vendit son café à Châteauroux et montât à Paris. Il reprit son métier de cafetier et s’installa  au Montholon (square Montholon), au Bouquet de Grenelle situé rue de l'Arbre sec puis au Trianon du côté de la rue de Rivoli.
Il se retira ensuite à Châteauroux pour vivre de ses rentes.

Sources: Marie Claude Peuchaud (archives privées)
Merci Marie Claude pour votre confiance

Posté par Indre1418 à 20:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


12 mars 2007

Une tacite neutralité

"Au cours de notre séjour à Glaignes j'ai eû à faire une reconnaissance avec les deux Chefs de bataillon, à la lisière de la forêt de l'Aigle, entre Offemont et Tracy-le-Mont, où nous devions être employés en cas d'alerte. Il faisait très froid et toute la campagne était couverte d'un épais brouillard. En auto découverte ce n'était pas une tournée agréable. A Pierrefonds nous sommes passés au pied du château, le brouillard était si épais que nous ne l'avons pas aperçu.
.
Arrivés au château d'Offemont nous y avons trouvé un Etat-Major confortablement installé. Je marquai mon étonnement aux Officiers de l'E.-M. de voir un P.C. important installé aussi près des lignes et surtout aussi en vue. Un Officier me fit remarquer que du côté allemand il y avait un E.-M. installé une façon identique, d'où trêve des P.C.
.
Les deux Chefs de bataillon firent leur reconnaissance et moi la mienne, sur un terrain couvert de neige, après quoi nous reprîmes le chemin du retour. Nous avons cherché un endroit pour casser la croûte et nous réchauffer un peu. Nous avons vu à une maison un fanion avec croix rouge. Nous sommes entrés et nous avons trouvé un infirmier très serviable qui nous a fait asseoir près d'un bon poêle et qui nous a même offert des boissons chaudes. Au retour le temps s'était éclairci et en repassant à Pierrefonds nous avons pu admirer la masse imposante du château."

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI - Un régiment de réserve du Berry

Pierrefonds_Chateau
Pierrefonds - Le château

Posté par Indre1418 à 11:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

06 mars 2007

1904 - Les poses de caserne

En 1904, les classes 1883 et 1884 forment la troupe constituant le 90e RI. Ceux-ci, 10 ans plus tard formeront le 290e RI pour la pluplart. Mais, ces choses ne font pas encore parti de leurs tracas quotidiens, de leur vie de caserne.

Voici ma dernière trouvaille, le livret photographique du 90e RI en 1904:

RI090_1904_Couv

RI090_1904_Detail

Merci à Stephan pour le filon

Posté par Indre1418 à 19:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

03 mars 2007

Séjour à Glaignes

"La troupe est enlevée en autos-camions le 29 au matin et débarquée près d’Orrouy à la lisière Sud de la Forêt de Compiègne.
Le 5e  Bataillon et la C.H.R. viennent cantonner avec moi à Glaignes (au Nord de Crépy-en-Valois)".

Glaignes_Chateau
Glaignes - Le château

"Le 6e bataillon va s'installer à Bethancourt. Dans ces cantonnements nous nous trouvons dans la partie avancée du périmètre du camp retranché de Paris."

Bethancourt_Eglise
Bethancourt - L'église

"Tout en nous mettant au repos nous sommes employés à la pose de réseaux de fil de fer dans la direction de Morcourt. Le froid sévit toujours. Certains jours il est impossible d'enfoncer les piquets de bois dans le sol. Malgré qu'il fasse encore froid nous sommes mieux abrités qu'à Saint-Sauflieu. Il y a à Glaignes un grand château moderne avec de nombreuses et belles dépendances très confortables pour les hommes. Mes bureaux étaient dans le sous-sol d'une épaisse tour du château. Un domestique nous pourvoyait en bois.
Quand la température est devenue meilleure nous avons fait de l'instruction sur un grand plateau découvert à l'Ouest de Glaignes. Nous faisions des exercices de combat auxquels on donnait de la vie, en faisant usage du système de figuration imaginé par le Général Niessel."

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI - Un régiment de réserve du Berry

Posté par Indre1418 à 19:57 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

20 février 2007

Le livre d'or des Instituteurs de l'Indre

283 instituteurs de l'indre furent mobilisés pendant le conflit. Parmi eux, 60 ne revinrent pas, 13 furent prisonniers et 53 furent blessés.
A ces sombres statistiques, la profession dédia un livre d'or pour célébrer leur mémoire.

Livre d'or des instituteurs de l'Indre: Guerre de 1914-1918 par l'Amicale des instituteurs publics de l'Indre, Issoudun, Imprimerie typographique et lithographique L. Sery, 1920

LO_InstituteursIndre

Possesseur d'une copie, je peux éventuellement vous renseigner sur les 283 instituteurs mobilisés.
Un exemplaire est en dépot à la bibliothèque municipale du Blanc.
L'ouvrage contient, entre autres, une poésie de Gabriel Nigond et une planche hors-texte de Fernand Maillaud.

Merci à Dominique Renaut pour la copie de son exemplaire.

Posté par Indre1418 à 11:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

13 février 2007

Deux ruses de guerre

En novembre 1914, nous sommes dans les Flandres, en avant d’Ypres qui brûle. Nous baignons dans une mer de boue. Des îlots de terre molle fondent sous la pluie, comme des morceaux de glace au chocolat dans du café crème. Des brumes basses s’effilochent au ciel. Il y a la fièvre typhoïde et la pneumonie et les pieds gelés, les obus qui hurlent au passage comme le vent d’hiver sous les portes…

DI17_AC_Illustration_Page6_1 DI17_AC_Illustration_Page6_2

Un jour Robinet, l’agent de liaison, apporte au capitaine un paquet de papiers ficelés. Des affiches ! Des affiches rouges en langue boche, avec d’énormes caractères comme pour une adjudication aux enchères publiques.
Car le général a dit : « Il faut que nous soyons actifs. Je veux des prisonniers ! »

Et voici quel est le stratagème :
1) Rouler les affiches ;
2) Les attacher par une ficelle à quelque projectile : pierre, brique, morceau de bois… ;
3) Lancer le tout chez les boches dont la tranchée est à moins de dix mètres.
4) Attendre

Attendre quoi ? Attendre qui ?
Attendre les boches, parbleu !
Il parait qu’ils vont sortir de leurs trous et venir nous voir sans esprit de retour, dès qu’ils auront lu l’astucieux placard que voici :


« Braves Allemands ! Rendez-vous !
« Nous ne vous ferons aucun mal !
« Vous savez qu’il existe une mer, berceau du monde latin, qui caresse de ses flots bleus des terres françaises.
« Beaucoup de vos riches kompatriotes s’étaient déjà fixés avant cette détestable guerre dans ces contrées bénies.
« Braves Allemands ! Rendez-vous !
« La kôte d’Azur tout entière vous appartiendra, avec son klimat, ennemi du kafard, et ses majestueux hôtels pleins de konfort .»

DI17_AC_Illustration_Page7_1

Donc, le jour même, on tente la manœuvre.
Hélas, ni la kôte d’Azur, ni le klimat, ni le konfort n’opèrent sur les âmes rudes de ces barbares le moindre travail de persuasion. C’est un fiasco complet !
Autrefois, j’avais une grand’mère qui me promenait au Luxembourg. Elle m’avait appris que pour prendre les petits moineaux, il suffit de leur poser un grain de sel sur le bout de la queue§
Mais le général est furieux. Dans sa profonde cagnat, il tourne sur lui-même comme un ours en cage.
Qu’on me bombarde à tour de bras, s’écrie-t-il ces sales boches qui ne veulent pas de la Kote d’Azur !
Et il donne des ordres à l’artillerie.

DI17_AC_Illustration_Page7_2

Nous devions être relevés le soir. Comme punition, nous resterons en ligne.
C’est dur !

Le lendemain, le commandant fait sa tournée en secteur. Il avance un gourdin à la main, les jambes emmaillotées dans des sacs à terre, de l’eau jusqu’à mi-corps. Flic ! Flac ! Floc !
Son agent de liaison, le fidèle Robinet, le précède.
Brave commandant ! Si paternel avec son gros dos rond de placide notaire de province, il fait peine à voir quand il rampe à quatre pattes, barbotant dans la vase …
« Mon commandant ! »
« Qu’est ce qu’il y a, Robinet ? »
« Une caisse, mon commandant »
Le commandant s’arrête… C’est une boite à moitié recouverte par l’eau et dont le couvercle, en bois, porte des inscriptions allemandes. Quelqu’épave laissée par l’ennemi lors des premiers combats.

DI17_AC_Illustration_Page8_1

Et voilà le commandant qui se prend le menton … Qui tire une bouffée de sa pipe…
« Tu feras porter cela à mon PC, Robinet. N’oublie pas. »
Le commandant vient nous rendre visite. Il parle au capitaine à voix basse :
« Pourquoi ne pas dire que cette caisse… Vous comprenez ? … Des volontaires se glissent … C’est le seul moyen de sortir du pétrin où nous sommes … Nous serons relevés immédiatement … »

DI17_AC_Illustration_Page8_2

Et voilà comment la caisse fut portée en grande pompe à la Division.
Un compte-rendu l’accompagnait expliquant qu’à la faveur de la nuit, d’audacieux patrouilleurs avaient rampé jusqu’à la tranchée allemande, qu’ils avaient aperçu dans les broussailles une boite de forme oblongue dont ils avaient eu le bonheur de pouvoir s’emparer malgré la violence de la fusillade.
Un croquis des lieux était annexé, donnant en pointillé, l’itinéraire suivi par les héros.

Le soir même, nous étions relevés et nous gagnions Vlamertinghe.
Quatre jours à nous chauffer dans les « herbergs » à boire de la bière et du genièvre, à fumer ce tabac belge, mince comme les cheveux blonds et qui pend tout autour de la pipe comme des glycines descendent d’une suspension !
« Vous savez, dit le commandant, le général demande les noms … »
« Les noms ? »
« Oui, ceux des patrouilleurs ; il veut leur coller la médaille militaire … »
« Diable ! Nous n’avions pas pensé … »
Tout finit par s‘arranger.
On trouva trois sujets forts méritants, aussi braves que peu doués d’esprit critique et on leur expliqua que le général était très content d’eux et qu’il les décorait.

DI17_AC_Illustration_Page8_3

Sources: Amicale des Anciens Combattants - n°1 - Avril 1922

 

 

 

Posté par Indre1418 à 05:10 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,