02 novembre 2005

8 octobre 1915 Bombardement de Bully-Grenay.

Le 8 octobre, nous sommes descendus pour la première fois des lignes pour nous mettre au repos à Bully-Grenay. Jamais jusque là les Allemands n'avaient tiré un obus sur la localité. Le 268e venait d'y passer huit jours dans une tranquillité absolue. Nous y sommes arrivés dans la matinée vers 11 heures, par un temps superbe. Après le déjeuner, vers une heure, les premiers obus ont commencé à tomber. Nous n'en étions pas inquiets, nous avions bien reçu des obus dans d'autres cantonnements. Nous avions aussi appris que, dans la matinée, du côté de Loos, les Allemands avaient enlevé leurs fils de fer devant le 90e. C'était bien un indice d'attaque, mais cela ne voulait pas dire que nous serions menacés dans notre cantonnement. Au cours de l'après-midi, les obus arrivaient de plus en plus nombreux. Je me tenais dans la rue près du carrefour central de Bully et je tâchais de me rendre compte du but du tir. Je ne pouvais pas le comprendre, les obus tombaient partout. Les blessés devinrent de plus en plus nombreux. Je fis prévenir les hommes de ne plus circuler dans les rues et de se mettre à l'abri dans les caves. Près de la place où je me tenais on m'a signalé un long souterrain voûté, que je fis indiquer à tous ceux qui logeaient à proximité. Plus la soirée s'avançait, plus le tir devint intense. Vers 6 heures du soir, c'était un bombardement en règle de toute la localité. Il faisait nuit noire, ce qui accentua encore le côté tragique du bombardement. Je reçus alors l'ordre d'envoyer le 5e bataillon au Maroc-Sud, où il devait se mettre à la disposition du Lieutenant-Colonel Laroque, commandant le 1er Colonial. Ce n'était pas une petite affaire de rassembler le bataillon. Pourtant, au bout d'une demi-heure, le Commandant Changeux put se mettre en route. Il lui manqua bien un quart ou un tiers de ses hommes, c'était inévitable. Quelque temps après, la Division demanda un officier de liaison monté. C'est le Lieutenant Patureau-Mirand, officier de détail, qui s'est offert pour cette mission. Etant donné la situation, c'était un geste qui ne manqua pas de crânerie. Un peu plus tard je fus mandé moi-même à la Brigade. J'avais bien mille mètres à parcourir à travers les rues bombardées. J'y allai avec un agent de liaison. J'eus quelques visions qui me sont restées nettement dans la mémoire. J'avais à passer sous la voie ferrée, puis à tourner à gauche. Peu après le tournant il y avait une écurie de fortune, le long d'un mur, où il y avait au moins 40 à 50 chevaux. Au moment où je suis passé ils étaient tous couchés sur le sol, tués par les obus. Tout le long du trajet je marchais sur des tas de tuiles cassées, qui étaient tombées des toits. De temps en temps, je dus enjamber le corps de quelque malheureux soldat, qui devait avoir essayé de fuir d'un local à un autre. Cette scène fut à chaque instant éclairée par la lueur d'un obus qui éclatait. J'arrivai enfin à la Brigade où on me demanda dans quelle situation se trouvait le régiment. Je fis connaître que je ne pouvais pas donner de renseignements bien précis dans la situation où nous nous trouvions. J'estimais que tant que le tir n'aurait pas cessé il serait difficile et dangereux de rassembler la troupe. Là-dessus je m'en retournai à mon P.C., avec mon agent de liaison, par le chemin par lequel nous étions venus. Au retour le tir allemand avait diminué d'intensité. Vers 10 heures du soir, il cessa complètement. Le lendemain nous avons pu contempler l’oeuvre de destruction accomplie au cours de la nuit. Les Généraux Curé, commandant le 9e C.A., et Cherrier, commandant la Division, sont venus s'en rendre compte. Ils ont été visiblement surpris devant l'état des rues et les 50 chevaux alignés sur le trottoir. Le Général Curé qui connaissait la situation d'ensemble nous a fait connaître que le tir de bombardement de Bully faisait partie du programme d'attaque effectué ce jour-là par les Allemands sur Loos, devant le front du 90e, attaque qui a du reste échoué. Le tir sur Bully était un tir de neutralisation effectué sur un cantonnement voisin du secteur attaqué. Cette journée nous a coûté sans avoir combattu une quinzaine de tués et une cinquantaine de blessés. Les Sous-Lieutenants Bordat et Dunyak étaient parmi les blessés graves. A partir de ce moment les Allemands ont constamment tiré sur Bully-Grenay. La localité fut peu à peu abandonnée par la troupe, et finalement aussi par les habitants. Parmi. ceux-ci je me rappelle que le secrétaire de la mairie fut tué un beau matin alors qu'il était encore couché dans son lit.

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve en Berry - Le 290e RI

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21 octobre 2005

La grève des tranchées

Enfin les congés, avant d'aller passer quelques jours dans le Berry, le long de la Creuse, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le plein chez mon libraire.
Finalement, un livre a retenu mon attention et je viens de le finir avant même de commencer les congés:
A lire absolument, voici un nouvel ouvrage indispensable dans la compréhesion des évènements du printemps 1917:

La Grève des tranchées - Les mutineries de 1917 [Denis Rolland] Editions IMAGO 2005

On y retrouve des éléments concernant les mouvements au sein du 90e RI, le 20 mai 1917.

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17 octobre 2005

Le témoignage des combattants du 9e CA

Pendant tout le conflit, les 68 et 90e régiments d'infanterie ont fait parti du 9e CA (17e DI), les 268 et 290e, d'abord non-endivisionnés (à dispo du CA et de l'Armée) ont ensuite été rattachés à diverses divisions dont les 17 et 152e du 9e CA
Voici une liste d'ouvrages (témoignages, historiques, ...) concernant les unités indriennes:

 

 

68e RI (cote SHAT JMO: A2g 3051 26N657) 

 

Garnison : ISSOUDUN, LE BLANC (Bataillons 1 et 2 : Issoudun Bataillon 3 : Le Blanc)

 

  • Historique du 68e Régiment d'Infanterie pendant la guerre 1914-1918 Imprimerie Berger Levrault – Paris -1919

     

  • Le carnet sublime, [P. Gsell] – Larousse - 1916.

     

  • La derniere lettre ecrite par des soldats francais tombes au champ d'honneur 1914-1918 [L'Union des Peres et des Meres dont les fils sont morts pour la Patrie] Flammarion Paris 1921

     

  • Un ancien combattant de Villentrois –Julien Leveque (p206 à 211) in Berry d’Antan [Daniel BERNARD] Editions Royer 1995

     

  • La Garnison Blancoise 1875-1920 [Michel Germain] Editions ART&T - Obterre - 2004

     

 

 

90e RI (cote SHAT JMO: A2g 2148 26N668)

 

Garnison : CHATEAUROUX

 

  • Historique du 90e Régiment d'Infanterie (1914-1918) Imprimerie G.Dupin, Le Blanc

     

  • De l'Alsace à la Somme, [Pierre Bréant] – Hachette - 1917

     

  • L'abbé Chevoleau, caporal au 90e d'infanterie, [Emile baumann] – Paris - Perrin et Cie - 1917

     

  • Etapes et combats, [Christian Mallet] – Plon - 1916

     

  • La justice aux armées, [René de Planhol] – Attinger - 1917

     

  • Un cyrard au feu, [Marcel Carpentier] - Berger-Levrault - 1964

     

  • Cinquante ans après, [Albert Le Flohic] – Imprimerie de Champagne, Langres – 1967

     

 

 

268e RI (cote SHAT JMO: A2g 2903 26N733) 

 

  • Historique du 268e Régiment d'Infanterie - Charles Lavauzelle - 1921
  • Carnets d’un fantassin de 1914 (Le sang de France + La victoire des morts), [Maurice Laurentin] Arthaud – 1965

     

  • La Garnison Blancoise 1875-1920 [Michel Germain] - Editions ART&T – Obterre - 2004

     

 

 

290e RI (cote SHAT JMO: A2g 2322 26N740) 

 

  • Historique du 290e Régiment d'Infanterie du 2 août 1914 au 4 juin 1918 – Imp. Dupin – Le Blanc
  • Un régiment de réserve en Berry, [Colonel Eggenspieler] – Bourdier – Paris - 1932

Si vous avez connaissance d'ouvrages non-cités, je vous serais reconnaissant de me les signaler.

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09 octobre 2005

Secteur de Bully-Grenay

Reconnaissances.

Le 30, au matin, je vais en reconnaissance dans un P.C. anglais, établi dans les Corons du Maroc (1500 mètres Est de Grenay). On m'y fait connaître les mesures d'exécution pour une relève qui doit avoir lieu dans l'après-midi. On me conduit ensuite dans un poste d'observation installé dans une maison de la lisière Est du Coron. J'y ai une très belle vue dans la direction de Loos. Cette vue ne m'intéresse pas particulièrement puisque le secteur que nous devons occuper fait face à Lens.

Relève et occupation du secteur.
Nous allons relever des troupes anglaises. Au départ de Hersin les compagnies de relève sont échelonnées d'environ 300 mètres. A partir de Grenay elles s'échelonnent par demi-sections. Les sections de mitrailleuses marchent en tête. Elles devront se placer à côté des S.M. anglaises qui resteront en position jusqu'au lendemain.
A 14 heures, heure fixée par l'ordre de relève, nous passons au passage à niveau de Grenay. Nous y trouvons un guide anglais pour nous conduire. Il a une bonne tête et baragouine quelques mots de français. On le photographie en passant, ce qui lui fait plaisir.
Pour débuter nous n'avons qu'un bataillon en ligne, le 5e. Il a trois compagnies en première ligne (19e, 18e, 20e) et une en soutien (17e)
Le 6e bataillon occupe les Corons Sud du Maroc.
Le P.C. du régiment est installé pour commencer dans un pavillon situé au bord de la voie ferrée qui dessert la Fosse N°5, dite de Loos.
J'ai eu beaucoup de mal à faire installer mes liaisons téléphoniques. Le Général de Brigade des Anglais que nous relevions avait son P.C. en ligne, tandis que le nôtre était à Bully-Grenay. Aucun fil n'aboutissait à la maison où j'avais établi mon P.C. J'avais donc des lignes à construire de toutes pièces, c'est ce que notre brigade n'a compris que le lendemain quand je lui eus expliqué la situation.
A notre droite nous étions en liaison avec le 17e B.C.P. (Rambervillers) et à gauche avec le 1er Colonial du Maroc (Colonel Laroque).
Le secteur s'étendait au début, de la voie ferrée de Lens au Sud, jusqu'au Double-Crassier au Nord.

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Sources: Colonel Eggenspieler - le 290e RI un régiment de réserve en Berry

Reconnaissance

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05 octobre 2005

Lendemain d'échec

Après l'échec de l'attaque du 268e RI, le 290e RI qui était en position d'attente quitte le secteur progressivement
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26 Septembre.
Le 26, de grand matin, nous relevions le 268e dans le secteur que nous avions organisé ensemble. Le 5e bataillon et la C.M.R., la 21e et la C.M.B. occupèrent la parallèle de départ. Les autres compagnies s'installèrent dans les tranchées et abris environnant le Bois des Martinets.
Nous avons passé toute la matinée à évacuer les armes et équipements des tués et blessés du 268e. On les a amenés près de mon P.C. d'où on les a évacués sur Grosville. Au cours de cette opération il s'est passé des faits que je me suis efforcé d'empêcher le plus que j'ai pu. Les hommes de corvée qui transportaient les sacs les ouvraient et y prenaient les effets de lingerie en bon état et dont ils étaient dépourvus. Les sacs arrivant ouverts à Grosville le 268e s'en est plaint, non sans raison. Ce genre de larcins était difficile à éviter et il devait être commun à tous les régiments. Je me rappelle qu'en 1918, lors de la poursuite entre la Marne et la Vesle, avoir vu le corps d'un Allemand encore complètement habillé, couché au bord d'un chemin. Le lendemain il n'avait plus de bottes, et le surlendemain plus de chaussettes. Ayant continué ma route je ne sais pas où le déshabillage s'est arrêté.

27 septembre.

Dans la soirée du 27, nous avons été relevés par le 141e R.I.T. (Mont-de-Marsan). C'était un brave régiment territorial du Midi dont j'ai gardé un excellent souvenir. Il était composé de Landais à l'humeur toujours satisfaite et aux exclamations plus amusantes les unes que les autres. Le régiment, cadres et troupe, avait un aspect bien plus jeune que le nôtre. Nous devions par la suite nous trouver fréquemment en contact avec cet excellent régiment.
Après la relève nous sommes allés passer la nuit à Basseux.

28 Septembre.
Le 28, à 5h.30 du matin, nous reprenions le boyau suivi à l'arrivée et qui, cette fois, nous conduit à Monchiet. Là, nous sommes embarqués en camion-auto et transportés à Neuvillette (6 km. Nord de Doullens).
Nous arrivons à destination dans l'après-midi et nous allons cantonner à Barly et à Ransart (Nord-Ouest de Doullens). Nous avons à peine pris possession de nos cantonnements que l'ordre arrive de nous tenir prêts à embarquer. Nous refaisons nos bagages et nous attendons.
A 19 heures, le 5e bataillon et la C.M. montent en camion-auto sur la route de Baily à Neuvillette. Le 6e bataillon et l'E.-M. montent dans un autre convoi à la Haute-Visée sur la route Nord de Doullens. Il vient de pleuvoir à torrents et la route est couverte de flaques d'eau. Les convois sont éclairés et la lumière se reflète dans l'eau. L'effet serait féerique si on ne pataugeait pas tant dans les mares. Une fois embarqués nous roulons toute la nuit. Impossible de rien distinguer, tellement il fait noir. A 5 heures du matin, on nous arrête. Nous sommes à Hersin-Coupigny (10 km. Sud de Béthune) où nous cantonnons. Nous voici en plein pays de charbonnage.


hersincoupigny_moulinpassageaniveau1

Hersin Coupigny - Moulin et passage à niveau

Sources: Un régiment de réserve en Berry - colonel Eggenspieler

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03 octobre 2005

Le 100ème message

Aujourd'hui, jour un peu spécial. C'est le jour de mon 100ème message. Quand j'ai commencé le 30/12/2004, je me demandais ce que j'allais bien pouvoir vous faire partager.
Maintenant, c'est plutôt le manque de temps qui est de vigueur.

Un peu de statistiques:
100 messages, 10053 messages visualisés, 4357 visiteurs différents, une liste des Morts pour la France de 4750 noms. Franchement, je n'avais pas imaginer ces chiffres.

Merci à ceux qui ont bien voulu me faire confiance en me confiant quelques documents.
Merci à ceux qui ne font que passer, à ceux qui visitent le blog de la cave au grenier.

Merci à tous, cela m'encourage à persister dans cette voie.

Allez trinquons un coup avec les petits piou-pious du 68e RI
(Ah!!!! le petit vin du Blanc, et puis il y a aussi son kirsch !!!!!)

lbc03

Par cette photo, ayons une pensée pour un blog ami ;-)

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29 septembre 2005

Triste bilan

L'attaque du 25 septembre 1915 à Blairville sema la mort au sein du 268e RI. Voici ceux que j'ai actuellement retrouvé, mais dont la liste officielle est certainement beaucoup plus longue.

ri268_ficheuxmam_19150925_2

Monument aux morts de Ficheux (Pas de Calais)

Plaque commémorative Souvenir Français

Attaque du 25-09-1915 Moulin de Ficheux
4e Régiment mixte de zouaves tirailleurs, 268e régiment d'infanterie
contre 133e régiment d'infanterie Saxon

Merci à David Marez pour son aide, son appareil photo et sa disponibilité

Sous-lieutenants
FILLAUD Louis - JOURNEAU Albans - VIOT Samuel

Aspirant
VITEAU Honore

Adjudants
ANDRE André - BARDIN Albert - VIROLLEAU Alfred

Sergents
BODIN Georges - CAZAUX Marcel - MOREAU Roger - SINAULT Aime

Caporaux
BARRET François - CHASSELAY Georges - PENOT Roger - VIGNAULT Emile - VOYER Eugène

Soldats
AUDOIN Jean - AVENET Jules - BANNIER Prudent - BARBAULT Louis - BARBOTTIN Octave - BARROT Paul - BEAUVAIS Joseph - BELLIER Désiré - BENOIST François - BERGERON Alfred - BERNIER Honore - BODIN Julien - BODINEAU Baptiste - BROUSSARD Julien - BRULET Henri - BRUNEAU Louis - CARILLON Jean - CHAFFRAIX Léon - CHARRE François - CHEVALIER Vincent - CHILOUET Louis - CIMBAULT Jules - DECHARTE Angel - DESAINTLOUP Paul - DESCLOUX Moise - DUPRE Amédée - DUVIGNEAU Antoine - FORGET Alphonse - GAUDIN Henri - GENOT Joseph - GUIGNARD Alexandre - LANNAUD Désiré - MAILLOCHON Hippolyte - MARCHE René - MARCHEZ Désiré - MELLIN Alcide - MOREAU Martin - MOREAU Paul - MOUCHERAT Victor - NAUD Jean - NAUDET Eugène - NIBAUDEAU Mathurin - PINAULT Eugène - PIOFFET Denis - POITOUX François - PORCHER Henri - RAUX Charles - ROGER Baptiste - TANCHOUX Eugène - TANGUY Georges - TARDIF Fernand - TRINQUART Louis - TRUMEAU Charles

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27 septembre 2005

"Mes soldats!"

Contrairement aux attentes du commandement, cette offensive s'avéra infructueuse et se traduisit par de sérieuses pertes.

Voici ce qu'en rapporte Maurice Laurentin:
"On ne savait pas encore derrière nous que tout était perdu. Pendant que nous pleurions le désastre, un officier de hussards apparut au poste du colonel, au garde-à-vous, ganté et impeccable, venu jusqu'à nous sans se salir, et souriant sous les obus; beau cavalier qui vient pour la fête: "Mon colonel, dit-il, je viens de la part de mon colonel vous demander s'il faut charger."
Le colonel Mariani leva le bras vers le champ de bataille:
"Mes soldats!" dit-il.
Le hussard se haussa, regarda et vit. Son sourire s'effaça. Il salua, pris soudain du religieux silence qui saisit tout homme dans l'asile des morts".

Voici ce le hussard aurait pu voir et que Maurice Laurentin reporta dans ses carnets:

laurentin_fauches

Attaque loupée - Maurice Laurentin 1915

Sources: Maurice Laurentin - Carnets d'un fantassin de 1914 -Arthaud 1965

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26 septembre 2005

Ludovic Buchenet (1878-1915)

Aujourd'hui, je sors un peu du contexte des unités du département de l'Indre. Je pense à un poilu particulier et ainsi à lui rendre hommage. Il s'agit de l'arrière grand-père de mon amie Mireille.
Effectivement, hier, il y a 90 ans, Ludovic Jean François Buchenet, sergent-major au 52e RIC tombait au champ d'honneur à Souain (51) comme des milliers d'autres combattants dans la grande offensive de Champagne.

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Ludovic Buchenet en 1911 à Brest

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Ludovic et Anne Godec (sans date)
arrières grands parents de mon amie Mireille

Si vous possèdez des informations les combats du 52e RIC à Souain, le 25 septembre 1915 ou sur le parcours de l'unité depuis la mobilisation, je suis interressé. N'hésitez pas à me contacter en me laissant un commentaire.

Sources: Mémoires des Hommes et archives personnelles

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25 septembre 2005

25 septembre 1915 - 12h25

"Dans la soirée du 24 on nous fait connaître que le jour J sera le 25 septembre.
Le 25, à 1 heure du matin, nous quittons nos cantonnements pour aller occuper les emplacements qui nous ont été assignés. Nous cheminons sans bruit par Basseux, Bellancourt et Rivière vers Wailly. L'installation sur les emplacements indiqués se fait dans le plus grand calme. A partir de ce moment nous n'avons plus qu'à attendre la notification de l'heure H. J'en profite pour explorer la maison où est établi mon P.C. Je grimpe jusqu'au grenier pour voir si je ne trouve pas un observatoire. En parcourant la maison, j'ai vu que celle-ci a dû être abandonnée précipitamment. Tout était bouleversé, mais rien n'avait encore été emporté. J'ai remarqué un piano qui n'était pas abîmé et un magnifique prie-Dieu en broderie et bois sculpté.
En redescendant dans le sous-sol. J'appris par un message chiffré que l'heure H était fixée à 12 h. 25.
Quand l'heure de la préparation fut arrivée, une formidable canonnade se déclencha chez nous. Je regrimpai dans mon grenier pour suivre les effets du tir. Les lignes allemandes disparaissaient dans la fumée et dans la poussière. Impossible d'y rien distinguer. Aux sommets des arbres du Bois de Blairville étaient accrochés de gros nuages blancs. Ils étaient produits par les obus spéciaux. Du côté allemand, pas la moindre riposte, leurs lignes étaient plongées dans un silence profond, impressionnant aussi.
L'heure approche, je quitte la Brasserie et je monte sur un ressaut du terrain en avant de la Brasserie. J'ai devant moi couché dans les tranchées le régiment de tirailleurs et le régiment colonial. Voici l'heure H. notre tir s'arrête et les deux régiments s'élancent. Mais, voici que les mitrailleuses allemandes se mettent à crépiter sur toute la ligne, tout est manqué. Le tir de représailles des canons allemands se déclenche à son tour. Les assaillants n'ont plus autre chose à faire que de se plaquer au sol et d'attendre que le tir allemand cesse et que l'obscurité arrive. Le 290e n'aura pas à intervenir. On amène des blessés et des tués. Puis, arrive un groupe de tirailleurs avec des gradés français. Ils crient et gesticulent. Je leur demande la cause de leur indignation. Ils m'expliquent qu'ils ont franchi la tranchée allemande, et que, malgré que les Allemands leur aient tiré dans le dos, ils sont arrivés jusqu'au Moulin de Ficheux, mais que n'ayant pas été suivis, ils ont été obligés de revenir.
A la droite, le Général Néraud a assisté de son poste d'observation à l'attaque du 268e. Il a débouché magnifiquement, mais comme les coloniaux et les tirailleurs, il a été cloué au sol par les mitrailleuses allemandes. Le maudit petit instituteur boche avait dit vrai, nous ne devions pas réussir.
Notre attaque enrayée, l'artillerie allemande a continué pendant des heures à taper sur nos tranchées où avaient reflué les troupes d'attaque. Les Allemands s'acharnaient surtout sur les tranchées du régiment colonial. Je voyais les obus éclater à ras du sol au-dessus des tranchées; je plaignais les pauvres bougres qui étaient dedans.
A notre gauche l'attaque de la 17e D.I. n'avait pas mieux réussi que la nôtre.
On nous a consolés en nous disant qu'au loin en Champagne les troupes du Général de Castelnau avaient enfoncé les lignes allemandes et que leur offensive marchait bon train.
Dans la soirée, le 6e bataillon a quitté Wailly. Il est venu me rejoindre à Brétencourt".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve en Berry

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