06 janvier 2005

Arcis-sur-Aube. - 7 septembre 1914

Le 290e RI et le 268e en tant que réserve d'infanterie du 9e CA, sont affectés temporairement à la 18e DI. Ils se préparent donc à prendre part à la bataille de la Marne:

"Le premier détachement débarqua à 9 h. 30. Un ordre d'armée prescrivit à la 18e D.I., dont dépendait le régiment, de se trouver à Oeuvy, à 6 heures du matin. Or, Oeuvy. était à 26 kilomètres d'Arcis. Le Colonel téléphona au C.A. qu'il était impossible d'y arriver le jour même, que le régiment s'en approcherait le plus possible.
Tout le monde aurait été content d'être à Arcis, si dans cette petite ville de Champagne on ne s'était pas trouvé brusquement au centre de la France de l'Est. Le quai de débarquement était entièrement couvert de débris de selles, de harnais et de paquetages. C'était paraît-il ce qui restait d'un escadron de hussards qui y aurait été tamponné.
C'est avec quelque mélancolie qu'on procéda au débarquement.
Le 268e, qui avait reçu le même ordre que le 290e, n'a pas laissé souffler ses hommes. Il s'est porté en marche forcée jusqu'à Euvy. Dans la nuit, on lui a aussitôt fait occuper un bois dominant Fère-Champenoise. Malgré les cris, les chants et le nombre des Allemands qu'ils sentaient tout près d'eux, les hommes se sont endormis, brisés par la fatigue. A l'aube, ils ont été surpris et culbutés.
Le régiment sortit d'Arcis par une vaste avenue ombragée bordée de chaque côté d'extravagants convois de réfugiés.
Les chariots étaient dételés. Les animaux, chevaux, bœufs, ânes, vaches pâturaient au petit bonheur l'herbe rare des fossés. Des feux rougissaient et fumaient dans la terre entre des pierres noircies. Une foule ahurie, noire de crasse ou blanche de poussière était accroupie autour des feux.
Les voitures étaient de toutes sortes. Elles regorgeaient de mille objets : matelas, paillasses, meubles, batteries de cuisine, malles, vêtements, loques, qui débordaient de partout.
Des vieillards somnolaient dans des fauteuils ou au faîte des chargements. Des chiens de toutes les espèces erraient autour des voitures ou y étaient attachés avec des ficelles.
Toute la population de ce vaste camp regarda passer la colonne sans mot dire.*
La route.
Tout le long de la route, on remarqua de semblables migrations, harassées, rageuses, s'enlisant dans les champs pour dégager la route ou prendre des raccourcis. On croisa de navrantes charrettes de blessés étendus sur de la paille. Lugubre prélude aux jours prochains.
En attendant, on avança sur une longue route blanche, en plein soleil. La colonne souleva une poussière blanche comme du plâtre, qui pénétrait partout, dans les yeux, le nez, la bouche, la chaussure et les vêtements. On fit la grand'halte à Allibaudières au bord d'un ruisseau un peu saumâtre, mais néanmoins d'aspect riant avec sa bordure d'arbres.

La halte fut écourtée et on repartit.
Au milieu de la journée, on rencontra une petite troupe de blessés, un officier, qui rejoignait une ambulance, était en tête. Ces éclopés paraissaient un peu suspects, chacun était le dernier survivant de sa compagnie. Malgré une certaine méfiance, leurs récits impressionnaient les hommes.
Villiers-Herbisse.
A 17 heures, on atteignit Villiers-Herbisse. On n'avait encore fait que 13 kilomètres. Mais, la route fut très pénible, surtout après deux jours de cabotage dans un train. Si on tenait à être frais pour le lendemain, il fallait s'arrêter.
On s'installa dans une vaste grange. Quand on fut prêt à s'endormir, un régiment de gros frères s'amena. Il prétendit avoir droit au cantonnement. Les cavaliers firent valoir que leurs montures étaient fatiguées, à quoi les fantassins objectèrent qu'ils avaient les épaules et les pieds meurtris par l'as de carreau et la poussière de la route. Il fallut l'intervention des chefs, qui décidèrent que les chevaux seraient mis aux piquets et les hommes dans la grange. Ainsi fut fait et tout le monde fut content".
Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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05 janvier 2005

Veille de bataille

Le 90e RI comme le reste de la 17e DI, rejoint ses positions et se prépare au combat.

Voici ce qu'en rapporte Marcel Carpentier, jeune officier de 19 ans au 90eRI :

« 6 septembre 1914 - Nous marchons sur Sézanne, Montmirail, appuyés à droite par le 11e corps, à gauche par la division du Maroc formant l'armée Foch. A 20 heures, j'occupe un petit bois à 3 km au sud de Bannes ; on nous communique l'ordre de Foch : « Tenir coûte que coûte pendant trois jours ! » Les Allemands sont, parait il, bousculés à notre gauche. Il ne faut pas qu'ils percent sur nous. Toute la nuit, nous creusons des tranchées face au nord. Je cherche à me mettre en liaison avec la 11e compagnie qui doit occuper Bannes. Il fait affreusement noir. A l'entrée de Bannes, je trouve le cadavre d'un cycliste français dans un fossé. Le village paraît abandonné. Nous revenons. Pas de distributions aujourd'hui. La soif surtout nous fait cruellement souffrir ».

Demain, sera le grand jour, celui du début de la « bataille décisive »

Sources : « Un cyrard au feu » Marcel Carpentier Editions Berger Levrault 1964

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04 janvier 2005

Le revirement de septembre 1914

Depuis le 30 août 1914, dans la région de Bertoncourt (Ardennes), la 17e DI est en retraite avec le 9e CA auquel elle appartient.

Le 31 août, elle participe à la bataille de la Retourne, le 1er septembre, aux combats de Juniville et d'Alincourt. Le 3 septembre, elle est dans la région de Bouzy – Trépail.

Le 5 septembre, au bout d'un parcours d'une centaine de kilomètres et de nombreuses pertes, la 17e Division d'Infanterie est enfin dans le secteur de Fère Champenoise où elle reçoit l'appel du Général Joffre concernant le passage à l'offensive. Ce revirement est plus connu sous le nom de Bataille de la Marne.

Ainsi le 5 septembre au matin, les ordres arrivent pour permettre la reprise de l'offensive dès le 6 septembre :

9e Corps d'Armée – Etat-major – 3e Bureau

Fère Champenoise, 7 heures

I- En vue de réaliser un dispositif permettant de passer à l'offensive le 6 septembre, le 9e CA arrêtera sa marche de façon à ce qu'aucun de ses éléments ne dépasse au sud la ligne Connantre – Oeuvy. Il maintriendra ses arrières gardes sur la ligne Aulnay-aux-Planches – Morains le Petit – Ecury. La 52e DR sera maintenue dans la région Corroy – Courcelles, au sud de la Maurienne.

II- La division du Maroc arrêtera ses gros dans la région de Fère-Champenoise. Arrière garde à Aulnay-aux-Planches – Morains-le-Petit.

Artillerie en surveillance sur Colligny – grande route – Pierre-Morains. La 17e DI arrêtera ses gros au sud de la Vaure, entre le moulin de Commantray et Oeuvy.

Arrière garde à Ecury-le-Repos. Artillerie en surveillance sur Pierre-Morains – Clamanges – route de Villeseneux. Avant-postes poussés au nord de la ligne des arrières gardes, surveillant la zone de CA, particulièrement dans la direction de Chamanges.

Chercher la liaison avec le 11e CA vers Normée, avec la 42e DI vers Aulnizeux.

Liaison entre les deux divisions sur le chemin Morains – Pierre-Morains (à la division du Maroc)

III- Les arrières gardes se retrancheront. La compagnie de Génie du corps organisera un centre de résistance sur la croupe du moulin de Commantray

IV- La 52e DR s'installera dans la région de Corroy – Courcelles – Fresnay – Faux. Artillerie au Nord

QG Maroc : Fère Champenoise

QG 17e DI : Oeuvy

QG et PC du CA : Fère Champenoise

Général Dubois

Pour l'organisation des corps de troupe: http://cecile_meunier.club.fr/france/1914/9ca.htm

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02 janvier 2005

Gâtés par l'administration

En position aux environs de Passchendaele, le 2 janvier 1915, le 268e RI essuya une attaque allemande, mais il tint bon, sous le commandement du Lieutenant Colonel MICHEL.

Dur lendemain de jour l'An, pour ces hommes.

Voici tel que fut reporté celui du 290e dans son livre par le Colonel Eggenspieler :

« Au nouvel an, l'E.-M. du régiment était en meilleure forme*, grâce à de vieux vins français que le Lieutenant Sohier avait dénichés chez le Curé de Wlamertinghe. Pour les vins authentiques, il n'y avait rien de tel que les caves de curés. Il y a été fait appel fréquemment quand on revenait se reposer à Wlamertinghe. Il valait du reste bien mieux que la cave du curé fut vidée par les Français que par les obus boches.

Les hommes de leur côté furent gâtés par l'Administration, qui distribua au champagne, du vin en supplément, et des fruits variés. La fête eut été complète sans une fâcheuse visite du Commandant de Corps d'Armée, et le départ pour les tranchées dans la soirée ».

*  :
Pour Noël, le 290e avait subi un bombardement de la part de ceux d'en face.

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01 janvier 2005

Il y a cinq mois déjà

En ce 1er janvier, il y avait cinq mois à peine que le 290e RI avait quitté Châteauroux. Son départ s'était fait dans la liesse le soir du 9 août 1914, comme celui du regiment frère, le 90e RI, quelques jours plus tôt.

Voici ce qu'en rapporta le colonel Eggenspieler dans son ouvrage "Un régiment de Réserve en Berry" (Bourdier 1932)

"Le Départ.

Pendant que les préparatifs s'accomplissaient, l'atmosphère de Châteauroux restait enfiévrée. Un jour, il se produisit un brouhaha, une bousculade. On entendit des cris, et des coups furent échangés. C'était un député pacifiste auquel les Berrichons faisaient un brin de conduite.

Tout cela a duré longtemps, sept jours pleins, du 2 au 9 août. Dans la soirée du 9, la cour de la caserne était embrasée par les feux d'acétylène. Le régiment était rangé comme pour la parade. Il n'y avait pas un manquant. Le Berrichon aime le pinard, mais dans les grandes circonstances il sait se tenir. Une allocution brève, simple, mais vibrante du Colonel. Les clairons sonnèrent «aux Champs » et le drapeau se déploya aux mains du Lieutenant de Tarlé. L'instant était solennel. Un ordre bref et le régiment s'ébranla. Il traversa la ville, accompagné par la population. A la gare, l'embarquement s'accomplit sans trop de désordre, malgré la foule. Il fut formé deux échelons.

Le premier comprenait :

L'Etat-major ; le 5e Bataillon ; la 1ère section de Mitrailleuses

Le deuxième comprenait :

Le 6e Bataillon et la 2e section de mitrailleuses

Au total, il a été embarqué 38 Officiers, 2171 hommes et 124 animaux".

Voici ce qu'aurait pu donner ce départ:

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31 décembre 2004

Fin d'année

En ce jour du 31 décembre 1914, les unités du 9e CA sont toujours dans le secteur de Zonnebeke.

Louis BARNAGAUD et Louis ROBIN du 90e RI sont tombés sur le champ de bataille du Nord-Est d'Ypres. Le même sort devait concerner ARNAULT Auguste, BERGEAULT Alphonse, MATHERON Louis au sein du 268e RI.

Pendant ce temps, le 2e classe Ernest PHILIPPON du 90e et le sergent Louis BRET du 290e décédaient à l'hôpital d'Abbeville (80) pour le premier et à celui d'Airvault (79) pour le second.

Le sergent BRET était originaire d'Orsennes à quelques kilomètres de mon village d'origine. On peut facilement imaginer, qu'en tant que "pays", il ait connu Lucien BESSONNEAU. Louis BRET est mort des suites de "maladie contractee contractee au front", comment pouvait-il en être autrement au vu des conditions de vie dans les zones de combats?

Louis BARNAGAUD repose maintenant en paix à la nécropole Notre Dame de Lorette (Carre 13 Rg 5 n°2536).

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30 décembre 2004

Le jour J

Bonsoir
Sonnez trompettes, résonnez tambours
Voici le jour de l'inauguration de mon blog

Permettez moi de vous présenter la "cause" de ma passion pour ce terrible événement que fût la première guerre mondiale.
Lucien Bessonneau, modeste maçon parisien originaire de l'Indre, comme bien d'autres, partit un jour ensoleillé de début août 1914. Et comme bien d'autres, il ne devait jamais revenir.
Etant le seul mort de la famille, dans ce sinistre conflit, il avait pour moi une aura de mystère, Aucun monument aux morts ne porte son nom. La tradition familiale le disait mort à Verdun, mais personne ne pouvait m'en dire plus. Seules quelques photos de son service à Tours au 66e RI et deux lettres malhabiles à mon arrière grand-mère constituaient la trace que j'avais de lui.
Depuis pas mal d'années je me faisais généalogiste, mais lassé de compiler des listes de noms, il y a quelques temps je décidai de connaître le fin mot de l'histoire. Une visite au CARAN me permit de connaître les infos tant recherchées.

Lucien Jean Baptiste Bessonneau était disparu corps et âme le 3 décembre 1914 au sein du 290e RI, dans la boue des Flandres, à Zonnebeke plus précisément.

L'envie d'en apprendre plus me poussa à dévorer de nombreux ouvrages et à découvrir un conflit que je croyais connaître. De fil en aiguille, je m'intéressais donc aux régiments d'infanterie du département de l'Indre.

Sa fiche sur "Mémoires des Hommes"

 

 

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