19 janvier 2005

Arrivée au corps - Les Officiers

"Les Officiers.

D'après le souvenir qui m'en reste, le premier officier que je vis était le Capitaine Marsily, qui dans la matinée avait fait le cantonnement du régiment. Je vis ensuite les officiers de l'Etat-major du régiment, le Lieutenant Sohier et le sous-lieutenant Devilliers. Ils avaient fait tous deux la campagne depuis le début, ce qui était précieux pour moi. Le Lieutenant Sohier était mon officier adjoint. Il avait toutes les qualités requises; pour ces délicates fonctions. Il rédigeait les ordres et les comptes rendus comme un véritable officier d'Etat-major. Le sous-lieutenant Devilrers était beaucoup plus jeune que son camarade Sohier. Il était chargé des fonctions de porte-drapeau. En réalité, il faisait sa part des travaux de bureau.

J'entrais ensuite en relation avec les chefs de service. Le premier que j'ai vu était je crois le Lieutenant Patureau-Mirand, un Berrichon de vieille date. Il aimait passionnément son régiment. Il connaissait tous les soldats, au moins ceux originaires du pays. Par son âge il aurait pu rester à l'intérieur. Il n'en a rien fait. Il tenait à suivre son régiment en campagne. Il avait un excellent moral. Dans la dernière année de la campagne il tenait absolument à prendre le commandement d'une unité combattante, jusque là il avait rempli les fonctions d'officier de détail.

J'ai fait connaissance ensuite avec le Lieutenant Maître. Il était officier d'approvisionnement. C'était un grand et solide gaillard, respirant la santé. Parisien d'origine, il était toujours prêt à la blague. Dans son service il était débrouillard comme pas un. Quand personne n'était ravitaillé, le 290e avait sa pitance. Il avait ses méthodes à lui, qui étonnaient les fonctionnaires de l'Intendance.

Le Médecin-Chef était le Docteur Rosenthal. Il était sympathique quoique d'un abord froid, qu'il devait peut-être à son origine nancéienne. Il était plein de sollicitude pour les vieux Poilus du régiment. Il est passé par la suite au 114e où il a eu son quatrième galon ainsi que la Croix.

Il me reste à dire un mot des deux Chefs de bataillon. Celui du 5e bataillon était le Commandant Renard qui, avant mon arrivée, exerçait le commandement du régiment. Il était grand et bien taillé. Avec sa barbe en fleuve il avait un aspect imposant. Il était en campagne depuis le début.

Le 6e bataillon était commandé par le Commandant Mercier de Lacombe. Incomplètement guéri de sa blessure du mois de novembre précédent, il venait de rejoindre le régiment à Wlamertinghe peu après moi. C'était un Chef de bataillon tout jeune sur lequel je pouvais compter en toutes circonstances. Il était apte à se tirer d'embarras dans n'importe quelle situation. Il était regrettable qu'une nouvelle blessure grave reçue à la fin de 1915 l'ait mis dans l'obligation de quitter la troupe.

Je ne parlerai pas en détail de chacun des officiers de compagnie. J'ai fait leur connaissance petit à petit, dans les tranchées et au cantonnement. Il y en avait de jeunes et de vieux. Trois étaient officiers de carrière, les Capitaines Beyler, Beauclin et Collet. Tous les autres étaient officiers de réserve. Tous connaissaient parfaitement leur métier et étaient pour moi d'excellents collaborateurs".

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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18 janvier 2005

L'arrivée à la Division

"Mes premiers contacts

Je me rendis d'abord au 90e, commandé à ce moment par le lieutenant-colonel Alquier. C'était un charmant camarade, plein de tact. Il me présenta à ses officiers comme leur Colonel. Je trouvais cette idée pleine de délicatesse. J'allais ensuite au 268e où je trouvais le lieutenant-colonel Michel, qui avait été mon caporal à Saint-Cyr. C'était un excellent camarade avec lequel j'allais collaborer dans une entente parfaite jusqu'au moment où il fut blessé dans le Bois du Polygone. Je retrouvais également le lieutenant-colonel Lapierre, le lieutenant-colonel Benoit. Tous deux étaient des camarades de promotion. Le premier commandait le 68e, le second le 114e. Pour mes débuts je me trouvais donc en plein pays de connaissance.

Je fis ensuite visite aux E.-M. des 17e et 18e D.I. Les Généraux me firent très bon accueil. A la 17e D.I., je retrouvais le lieutenant-colonel Lafont, qui commandait l'A.D. 17. C'était un ancien camarade de l'Ecole de Guerre et de la garnison de Belfort. En prenant congé du Général Guignabaudet, qui commandait la 17e D.I., le Général ne put pas s'empêcher de me glisser dans l'oreille, que le 290e était le seul régiment qui lui avait perdu des tranchées. C'était toujours le souvenir des tranchées de Wallemolen ou de Zonnebeke"

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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17 janvier 2005

L'arrivée au 9e Corps

"Au P.C. du 9e C.A.

Un chef d'escadron d'artillerie (Commandant Labruyère), garçon très aimable qui faisait la liaison entre Poperinghe et le P.C. du Général Dubois, m'emmena en auto chez le Général. Celui-ci était encore à table avec ses officiers quand j'arrivai. Il me fit servir à déjeuner, puis il me questionna longuement sur mon passé militaire. Je lui fis connaître que j'avais été pendant quatre ans le délégué du 2e Bureau dans la place de Belfort, qu'avant mon affectation à la place de Cherbourg j'étais désigné pour diriger le 2e Bureau d'une Armée en cas de mobilisation. Dans ce cas, comment cela se fait-il, me fit-il remarquer, qu'on ne vous ait pas affecté à un 2e Bureau ? Je lui répondis que cela eût sans doute été trop naturel. Cela m'a rappelé l'histoire des danseurs et des calculateurs. Cela n'empêche que pour mon compte personnel j'étais enchanté d'aller dans la troupe. J'ai estimé que ce n'était que là que je ferais réellement la guerre. Pour finir, le Général qui m'avait fait un accueil très aimable, devait me causer un désappointement, qui heureusement ne fut pas de longue durée. Vous croyez sans doute aller au 114e me dit le Général. Je lui répondis que oui, la dépêche du Ministre m'affectait à ce régiment. Eh bien ! Non, reprit le Général, vous allez commander le 290e. J'eus le désenchantement du bonhomme qui depuis deux jours a voyagé dans une pensée, et qui brusquement est obligé de s'accommoder à une autre. Va pour le 290e, me dis-je. Cela n'empêche qu'en peu de jours c'était déjà le deuxième mécompte que j'enregistrais. Un ami personnel de l'Etat-major de l'Armée ne m'avait-il pas dit que j'irais au 2e Bureau du G.Q.G. ! Je n'eus aucun chagrin d'avoir manqué cette destination. Je me consolais en me disant que j'ai fait un heureux en laissant cette place libre. Coïncidence curieuse, en parcourant Poperinghe, j'ai appris qu'un Chef d'Escadron d'artillerie venait d'être désigné pour le 2e Bureau, du G.Q.G.

Puisque j'étais au 290e, je me mis incontinent en contact avec les régiments qui cantonnaient à Wlamertinghe. Le 290e était dans les tranchées. Le Général Dubois n'a pas voulu que je prenne mon commandement avant que le régiment fut descendu des lignes".

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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16 janvier 2005

Passation de commandement au 290e

Le 2 novembre 1914, dans le secteur d'Ypres, l'artillerie allemande se mit à tirer. Pour commencer, elle dirigea ses obus sur Saint-Julien puis, le tir fut dirigé sur la région du P.C du 290e. Vers 8 heures, deux obus éclatèrent juste au-dessus de la ferme où était installé le P.C. Le Colonel Hirtzmann fut touché. Il avait deux blessures légères à l'épaule et au côté, mais une plus grave et profonde au-dessous des reins. On l'emporta sur une civière au poste de secours, où le Docteur Rosenthal sonda les plaies, et fit connaître au Colonel que son évacuation s'imposait. Le Colonel s'y résigna

Le Commandant Renard prit provisoirement le commandement du régiment. Les bataillons avaient deux chefs excellents, le Capitaine Simonnet au 5e, et le Commandant de Lacombe au 6e.

Le 13 janvier, le colonel Eggenspieler, parti de Cherbourg le 11, arrive à Poperinghe.

Voici donc son arrivée au sein du 9e Corps d'Armée :

« Ma désignation pour le front

J'étais à la déclaration de guerre Chef d'Etat-major de la place forte de Cherbourg. J'y ai été maintenu en cette qualité jusqu'au mois de janvier 1915. A ce moment une dépêche ministérielle m'affecta au commandement du 114e R.I. J'étais enchanté de cette désignation. Mon maintien dans une place forte, où on ne voyait que des blessés et des prisonniers, finissait par me peser. En ma double qualité d'Alsacien et d'Officier de carrière je tenais absolument à prendre ma part de la guerre. Quand je connus la retraite allemande de la Marne, j'étais désolé. Je m'imaginais déjà que j'arriverais, comme les fameux carabiniers, après la bataille. Il n'en fut rien, j'ai eu largement le temps de guerroyer encore pendant quatre ans.

Mon arrivée

Embarqué à Cherbourg le 11 janvier avec mon ordonnance et mes deux chevaux, je débarquais à Poperinghe le 13 au matin. J'allais aussitôt à la Mairie où se trouvait le Q.G. du 9e C.A. Quand je revins à la gare mon ordonnance, mes chevaux et mes bagages avaient disparu. Personne ne les avait vus. Il a fallu mettre la gendarmerie à leurs trousses. On les retrouva le lendemain installés dans une grange où ils attendaient. Mon ordonnance qui en temps de paix n'avait jamais fait œuvre de la moindre initiative, s'était dit, maintenant c'est la guerre, il faut se débrouiller. Il était allé tranquillement se cantonner avec ses chevaux, se disant, que tout le monde saurait bien vite, où un personnage aussi important que lui, était allé se nicher ».

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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13 janvier 2005

Retour sur la poursuite

Depuis le 11 septembre, les Allemands refluent, la 17e Di les talonnent. Elle passe ainsi par Athis, Condé sur Marne, Billy. Dans le mouvement, la compagnie du sous lieutenant Carpentier poursuit son avancée.
"13 septembre - A 7 heures on vient me prévenir qu'une colonne d'infanterie suit à notre gauche sur une route parallèle au canal. C'est le régiment, Alors que je le croyais à ma droite, il était à ma gauche. Je le rejoins. On me supposait prisonnier avec toute ma compagnie. Que s'est il donc passé? La marche sur Livry avait été suspendue et le régiment s'était arrêté à Isse. Le colonel avait envoyé deux cyclistes me prévenir du contre-ordre, mais il faisait un temps si épouvantable qu'ils n'avaient pu me joindre. J'avais donc pénétré de plus de 10 km dans les lignes allemandes. Notre progression continue. Les petites Loges, Sept Saulx. On suit les Allemands à la trace. C'est une véritable chasse à courre. nous les suivons à  vingt minutes, très minutes près. La route est jalonnée de sacs et d'équipements. Dans Sept-Saulx, l'orgie s'est donnée libre cours. Les trottoirs, les ruisseaux sont jonchés de bouteilles, vides naturellement; les portes des maisons, des caves sont enfoncées. Dans les caves, les tonneaux sont éventrés. Le vin coule à flot dans les rues. Cela est bien tentant pour nos hommes et quelques scènes de pillage se produisent. J'ai vu des artilleurs remplir de bouteilles leurs caissons vides d'obus. C'est la guerre!"

« Un cyrard au feu » Marcel Carpentier Editions Berger Levrault 1964

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12 janvier 2005

De la guerre de mouvement vers celle de position

En cette mi-septembre, la "guerre de mouvement" se terminait, allait commencer celle dite "de position".

Afin de clôre ce châpitre, rendons hommage à quelques braves tombés lors de la Bataille de la Marne entre les 5 et 14 septembre :

RI068

ANTIGNY Fernand Jules 09/09/1914, AUSSUDRE Adzir Jean 09/09/1914, BARRITEAU Louis Emile 06/09/1914, BELLEVILLE Alexandre Hilaire 09/09/1914, BOUTAUD Armand Anthine 10/09/1914, CAILLARD Emile Luc 07/09/1914, CHARCELLAY Jules 11/09/1914, INGREMEAU Albert Pierre 10/09/1914, MOREAU Ernest 11/09/1914, MOREAU Louis Jean 08/09/1914, PLOURDE Anatole Emilien 09/09/1914, POUPEAU René Clément 11/09/1914, POURNIN Marie Alfred 10/09/1914, THEUROT Raymond Aime Marcel 10/09/1914, TOUZALIN Gustave Jean 11/09/1914

RI090

ALLONCLE Camille Paul Roger 07/09/1914, ANTIGNY Félicien Ollivier 08/09/1914, ARLAUD Pierre Armand 08/09/1914, ARNOULT Armand Auguste 10/09/1914, AUGAT Julien Lucien 07/09/1914, AUGE Joseph 09/09/1914, AUGRAS Jean Clément 11/09/1914, AUMERLE Jean Constant 08/09/1914, AUVRAY Adrien Georges 08/09/1914, BALLAIRE Ernest Vincent 07/09/1914, BATTESTI Francois Marie 08/09/1914, BAUDRY Henri Leon 08/09/1914, BAUGET Jules Alphonse 08/09/1914, BERGEON Jules Joseph 08/09/1914, BERGER Gabriel Amédée 09/09/1914, BOUCHAUD Emile 08/09/1914, BRET Julien Alexandre Paul 08/09/1914, CHARLOTTON Louis 08/09/1914, de LABROUE de VAREILLES SOMMIERES Eugène Marie Claude Jean Francois 07/09/1914, DELAVEAUD Célestin 07/09/1914, DELHOMMAIS Arthur Henri Joseph 08/09/1914, DEMESSANT Lucien 08/09/1914, FOULATIER Louis 07/09/1914, GAUSSET Denis 09/09/1914, GIRAUDEAU Louis Eugene Leon 09/09/1914, GUERIN Charles 08/09/1914, IDIARTEGARAY Guillaume 08/09/1914, JOYEUX Louis Julien Auguste 08/09/1914, LALEUF Alphonse 07/09/1914, LECOMPTE Marie Fernand 08/09/1914, LUNEAU Jean 08/09/1914, MERLAUD Louis Clément 08/09/1914, MOREAU Alphonse 08/09/1914, MOREAU Maurice 08/09/1914, PAPUCHON Eugène 10/09/1914, PINAULT Emile 10/09/1914, PION Paul Clément 07/09/1914, PLISSON Henri Adrien 07/09/1914, POUPEAU André Ernest Joseph 07/09/1914, PROTEAU Jules 08/09/1914, RIAUTE Alfred Lucien 07/09/1914, ROUET Louis Jean Baptiste Alphonse 07/09/1914, TANCHOUX Silvain 08/09/1914, TARDY Louis 07/09/1914, YSAMBERT Gustave Eugène Ernest 08/09/1914, YVERNAULT Clément Auguste 08/09/1914, YVERNAULT Paul Auguste 07/09/1914

RI268

ADRAST Emile Jean Baptiste 08/09/1914, AUGROS Paul Augustin 09/09/1914, BARON Prudent Théophile Eugène 09/09/1914, BELLEVILLE Alexandre Hilaire 09/09/1914, COUAMET Georges Amédée Adolphe 12/09/1914, COUTURIER Joseph Félix 09/09/1914, CREPIN Alphonse Joseph 08/09/1914, CREPIN Désiré 09/09/1914, CREPIN Désiré 09/09/1914, DUPONT Paul, 09/09/1914, FESSARD Félix Valentin 09/09/1914, FONTENEAU Pierre 12/09/1914, FOURNIER Eugène Auguste 09/09/1914, FRANC Joseph 09/09/1914, MALLET Baptiste 12/09/1914, MARECHAL Henri Francois 08/09/1914, MAUDUIT Octave René Auguste 12/09/1914, MENECE Charles Auguste 07/09/1914, PINAULT Désiré Louis 09/09/1914, THIBAULT Paul Joseph 08/09/1914, THIMONIER René 07/09/1914, VANY Henri Eugène André 10/09/1914

RI290

AGOBERT Edouard Pierre 09/09/1914, AUROUET Etienne 10/09/1914, BARON Francois 09/09/1914, BAUR Armand Joseph Alcide 09/09/1914, BEBON Pierre 09/09/1914, BENARD Louis Charles Emile Maurice 09/09/1914, BRUNET Louis 09/09/1914, CARRION Pierre Léon 09/09/1914, DURIS Charles 09/09/1914, GRENOUILLOUX Francois 09/09/1914, MOREAU René Henri 08/09/1914, NAUDET Gerard 09/09/1914, PATRY Henri Sylvain 11/09/1914, PINAULT Charles Sylvain 09/09/1914, RECHAUSSAT Fernand Alexandre 09/09/1914

Cette liste est incomplète et ne demande qu'à être complétée. Merci de me faire parvenir vos remarques.

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11 janvier 2005

La marche vers le Nord

12 septembre 1914

« Le régiment devait passer la Marne à Châlons. Comme il n'y avait qu'un pont, la durée du passage devait être très longue. En attendant son tour, le régiment fit la grande halte à Saint-Pierre-aux-Oies, au sud-ouest de Châlons. L'E.-M. s'installa à l'Ecole pour y faire son frichti. Tout y était sens dessus, sens dessous. Parmi les habitants, les uns disaient que c'étaient les Allemands qui avaient tout bouleversé, d'autres accusaient les Français.

Le régiment quitta Saint-Pierre à 13 heures. Il traversa Châlons et de là se dirigea sur Récy à 5 kilomètres Nord-Ouest de Châlons. Le régiment y arriva à 18 heures. Il trouva le cantonnement déjà bien garni. Il y avait les deux E.-M. Radiguet et Teyssières, un bataillon du 65e et tout le 93e.

Le Général craignit toujours d'être enlevé. Les recommandations pleuvaient. Tout le monde s'énerva. Si bien que, lorsqu'un de nos convois se présenta à l'entrée du cantonnement, il fut accueilli à coups de fusils ».

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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10 janvier 2005

La poursuite continue

11 Septembre

"La poursuite continua par Lenharrée, Soudron. La colonne traversa la voie ferrée de Sommesous à Fère-Champenoise près de la halte de Lenharrée. Sur la voie, et près d'une baraque à côté de la halte, il y avait un monceau de cadavres français. Dans la plaine il y avait partout des cadavres d'hommes et de chevaux, des pièces débrayées, des caissons éventrés. Une odeur épouvantable montait de l'immense charnier détrempé par la pluie et chauffé par le soleil. Les hommes étaient consternés et chacun semblait se dire : on n'a donc tué que des Français. Mais bientôt le Capitaine de Lacombe revint d'une tournée aux alentours. Tout le long de la colonne il raconta ce qu'il avait vu. Les cadavres allemands gisaient en tas aussi, mais ils étaient dissimulés sous les couverts. Ils se trouvaient dans les fossés, buissons, lisières de bois, etc. .. Il y en avait des fractions entières. Beaucoup semblaient ne pas avoir été touchés par les projectiles. Ils étaient comme figés. C'est cet aspect particulier des tués allemands qui a sans doute donné naissance à la légende de la turpinite qui foudroyait les hommes et les laissait dans la position naturelle où ils se trouvaient.

Bientôt le régiment traversa les lignes allemandes. Les hommes purent se convaincre que les Allemands avaient été fauchés en au moins aussi grand nombre que les Français. Tous regardèrent avec curiosité un Allemand qui se trouvait dans une haie. Il avait l'air vivant. Il tenait son fusil à la main et tout son corps était dans l'attitude de quelqu'un qui grimpe le long d'un talus.

Dans un village on vit une ambulance avec des médecins français et des prisonniers saxons. Ceux-ci avaient l'air très heureux de leur sort. Ils cassaient tranquillement la croûte. Les Allemands qui, le 9, avaient attaqué les bois au Nord de la cote 130 étaient de la garde saxonne.

Après le village, le régiment traversa des bois et des clairières. Il tomba sur un nouveau champ de cadavres, mais celui-ci était d'une toute autre espèce. Il était formé de monceaux de bouteilles, aux étiquettes les plus variées. Toutes ces bouteilles avaient été vidées par les Allemands. Comment après une si formidable beuverie avaient-ils pu surprendre l'infanterie française. Il faut croire que les Boches avaient absorbé juste assez de vin pour qu'ils fussent empêchés de sentir la fatigue et de tomber de sommeil. Du côté français ce stimulant a fait défaut.

La grande halte se fit à Soudron dans la vallée de la Soude. Quand on reprit la marche la pluie se mit à tomber. Elle transforma la poussière et la terre en une boue blanche collante, la boue de Champagne qui devait bientôt couvrir la troupe toute entière. On marcha à travers champs et taillis dans la direction générale de Châlons. Le soir le Régiment s'arrêta à la Ferme Notre-Dame sur la route de Fère-Champenoise à Châlons. L'E.-M. du régiment ainsi qu'un E.-M. d'artillerie s'étaient installés dans la ferme. Tout à coup on aperçut à l'intérieur de celle-ci deux ombres dans une zone de lumière. On entendit en même temps un vacarme du diable. C'était le Colonel qui invectivait violemment un Commandant d'artillerie, celui justement dont deux batteries avaient disparu le 9 à la Ferme Saint-Georges. Le Colonel accusa le Commandant d'avoir fichu le camp avec ses batteries et ses caissons".

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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09 janvier 2005

Enfin, la poursuite!

10 Septembre 1914

"De grand matin il semblait que des mouvements de troupes avaient lieu dans la campagne environnante. Le Lieutenant Sohier fut renvoyé aux ordres à Bel-Air. Il y trouva un E.-M. en ébullition. Le Général Radiguet s'écria : « Le 290e qu'est-ce que vous f... ? C'est vrai, je vous avais oublié ! Les Allemands f... le camp, victoire immense. Il faut poursuivre. Suivez la brigade Teyssières qui a des ordres. Allez, oust ! » Le Lieutenant Sohier se demanda si la raison du Général n'avait pas chaviré. Il interrogea du regard les officiers de l'E.M. qui riaient, puis il partit en hochant la tête.

Revenu près du Colonel il lui fit part de ce qu'il venait d'apprendre. Le Colonel, de son côté, se demanda si son Lieutenant n'était pas devenu subitement fou. Il crut ensuite à une ruse des Allemands et réclama un ordre écrit. Revenu à Bel-Air le Lieutenant fut assez mal accueilli, mais il obtint un ordre écrit qui disait : « Le 290e est rattaché à la brigade Teyssières. Il suivra le mouvement de cette brigade et rattrapera le temps perdu. »,

Le Lieutenant Sohier repartit au galop. Dans sa course il tomba sur une compagnie du génie arrêtée. Le Capitaine lut à sa troupe une proclamation. C'était celle de Joffre. Cette fois le lieutenant n'eut plus de doute. Il repartit à une allure folle et arriva devant le Colonel tout haletant. Il lui tendit l'ordre écrit et lui fit part de l'ordre lu à la compagnie du génie. Vite on répandit la bonne nouvelle. Le Lieutenant crut avoir entendu crier les Berrichons.

On ne perdit plus de temps et on partit, mais non sans avoir envoyé les éclaireurs de terrain en avant. Dans la plaine au loin on vit des troupes qui s'éloignaient. Le régiment suivit en colonne par quatre par le chemin de Corroy à Euvy.

Le Colonel et l'E.-M. partirent en avant. En passant près d'une cabane ils y jetèrent un coup d'œil. Ils y découvrirent un bocal de cerises à l'eau-de-vie. Les Allemands avaient bu l'eau-de-vie. Les Français trouvaient juste de s'octroyer les cerises.

A un moment donné de l'artillerie s'inséra dans la colonne. Le régiment marcha derrière les caissons. Des cadavres français remplissaient les fossés de la route. Il y en avait qui étaient en croix les uns sur les autres.

D'Euvy la colonne se dirigea sur Connantray où le régiment s'arrêta et s'installa au bivouac. Dans la localité tout était bouleversé. Tout ce qui ' était à l'intérieur des maisons, literie, mobilier, vaisselle, était répandu dans les rues, souillé et brisé. Une compagnie resta dans ce village à la garde du Q.G. de la 21e D.I".

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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08 janvier 2005

La 24e du 290

Récit du lieutenant Ramez.

"La 24e compagnie en quittant Euvy le 8 au matin s'est portée jusqu'aux abords Nord de Gourgançon vers 11 heures. Là, le commandant de la compagnie a donné à chaque section un front très étendu (environ 250 mètres) avec mission d'organiser la défense de Gourgançon en avant, face au Nord et au nord-est. Une demi-heure après environ, contrordre.

A partir de ce moment la compagnie marche sur le chemin Gourgançon - cote 122 - Moulin de Connantre, en formation de pointe d'avant-garde. Je commandais les éclaireurs et reçus à deux reprises différentes la visite du Colonel Hirtzmann. Je ne crois pas me tromper de chemin, car je me souviens nettement avoir quitté cette direction au moment où le chemin en question coupe la route Corroy-Fère-Champenoise, environ à mi-distance entre Corroy et la cote 130.

A partir de ce moment la compagnie prend la direction de Fère-Champenoise jusqu'à la cote 130. Le colonel et ses éclaireurs montés passent en avant de nous. Une batterie de 75 est établie exactement sur cette cote, sa droite appuyée à la route. Au moment où nous arrivons à sa hauteur des rafales d'obus de moyen calibre (105 ou 150 probablement) tombant très justes, font taire la batterie et dispersent l'échelon.

La 24e compagnie fait un à gauche et rentre dans les bois de sapins à l'Ouest de la toute. Quelques shrapnells nous poursuivent sans nous occasionner de pertes. Il est à ce moment environ 18 heures.

En suite la compagnie redescend vers Corroy, parallèlement à la route Fère-Champenoise-Corroy. Nous arrivons dans ce village vers 20 heures. On cantonne à l'extrémité Est. Il y avait également dans le village le 93e et un troisième régiment dont je ne me rappelle plus le numéro.

Le 9 au matin la compagnie sort de Corroy et se dirige vers les sapins à l'Ouest de la cote 130. Nous pénétrons dans ces sapins au point marqué A. J'ignore totalement la mission de la compagnie et encore plus l'emplacement et la mission éventuelle du régiment. Le Capitaine ne me communique aucun renseignement, cependant je suis le seul officier autre que lui à la compagnie.

La compagnie descend alors directement vers la Pleurs. Nous arrivons aux environs du point marqué B vers 7 h. 30 à 8 heures. Quelques obus percutants de petit calibre (105 au plus) tombent de temps à autre dans nos environs.

Suivant le point de chute des obus nous reculons ou avançons.

Au bout d'une heure ou une heure et demie de ce manège, le Capitaine me fait envoyer une patrouille vers le nord-est pour trouver la limite du bois (nous croyions en être à environ 200 à 250 mètres). Cette patrouille revient n'ayant rien trouvé. Une deuxième n'a pas plus de succès. Enfin, je prends le commandement d'une troisième patrouille comprenant le caporal Bénard (conseiller municipal à Châteauroux, m'a-t-on dit) et quatre hommes.

Nous marchons sur un petit chemin environ 400 ou 500 mètres, les autres patrouilles avaient hésité à pousser aussi loin. Nous arrivons au point marqué C d'où nous découvrons la plaine, malheureusement trop tard.

De la lisière des sapins nous apercevons les Allemands en colonnes par quatre à environ 250 mètres (certainement pas plus). On distingue parfaitement au moins un bataillon précédé d'une dizaine de tirailleurs à 50 mètres devant la tête du bataillon. Bénard voudrait tirer, je m'y oppose, notre mission étant avant tout de renseigner.

Un peu avant d'arriver à la lisière j'avais hélé un Lieutenant (j'ignore de quelle unité) commandant une section de mitrailleuses placée contre la rivière (point M). Malheureusement, il ne pouvait voir ce bataillon et tirait sur l'autre rive dans la direction de la cote 120 à l'Ouest de Fère-Champenoise.

J'envoie donc immédiatement Bénard avec mission de prévenir le Capitaine et je continue à observer une ou deux minutes, puis réflexion faite, je décide d'aller moi-même rendre compte et expliquer la situation au Capitaine. Je savais que la confiance en lui était, très mince

Je n'insiste pas sur ce qui se passa au moment où je mis le Capitaine au courant... Finalement, j'obtins de prendre trois sections, il voulut absolument en garder une en réserve. Je fis donc déployer la 1ère (la mienne), la 3° (Daguerre) et la 4e (sergent Deschamps) ; la 2e  (Braquet) resta avec le Capitaine que je ne devais plus revoir avant 18 heures.

Les trois sections avancent, la 1ère  avec une flanc-garde à gauche, longeant presque la rivière. Malheureusement nous faisions du bruit et il fallut un peu exciter les hommes. Nous allons arriver en vue de la plaine, à l'endroit où la troisième patrouille était précédemment (point C). Il est environ 10 h. 30. Encore quelques pas et nous sommes à la lisière. Un son d'harmonica se fait entendre et subitement un feu de salve à bout portant disperse ma section. Cloué sur place par la surprise, je vois alors quelques Allemands s'enfuir. Ils n'ont tiré qu'un seul coup de feu. Quant à ma section et aux autres, elles sont disparues. Force m'est de chercher à les rejoindre. J'ai du reste pu suffisamment voir que la plaine fourmille d'Allemands.

Je ne tarde pas à rencontrer deux de mes sergents et pas mal d'hommes. Les Allemands nous ont laissé approcher de bien près, car sur un sergent blessé à la cuisse (Roner) on voit très bien que la balle va en montant. Quelques Allemands sont dispersés en tirailleurs dans les sapins longeant la lisière. Ils observent vers le Sud. Plusieurs de mes hommes en ont tué en arrivant par derrière eux.

On retrouve ainsi pas mal d'hommes des trois sections engagées et nous sortons des sapins au point D. Les 3e et 4e sections à peu près au complet, la 1ère diminuée de 1 sergent, 2 caporaux et une douzaine d'hommes.

Bénard, le caporal de la patrouille faite avec moi est disparu. On le retrouvera le surlendemain percé de 10 ou 15 balles.

Les Allemands qui ont tiré sur ma section faisaient, je pense, partie d'une flanc-garde qui n'était pas encore arrivée au moment où j'ai vu la colonne allemande en marche vers la cote 130. En tout cas, cette colonne était assez mal couverte et lorsque j'ai connu les ordres donnés à la compagnie, combien j'ai regretté de les avoir ignorés. Il était si facile d'être en place pour 9 heures et même avant à la lisière nord-est des sapins et d'attendre les Allemands, nous eussions eû alors la partie belle.

A notre sortie du bois nous trouvons un bataillon (à effectifs bien réduits) du 65e R.I. commandé par un Lieutenant. Faute de mieux je me joins à lui et nous prolongeons sa ligne à gauche. Cette ligne est figurée en E F.

A ce moment arrive le sergent-fourrier (point D) Blanchet de la compagnie, porteur d'un papier du Colonel ainsi conçu : « Je vous ai envoyé en flanc-garde à la gauche du «régiment, des éléments d'infanterie allemande s'infiltrent par «notre gauche, où êtes-vous ? que faites-vous ? » Je répondis au dos du billet : « En l'absence du Capitaine, le Lieutenant «ramez a l'honneur de faire connaître à M. le Colonel, qu'il «a avec lui trois sections et qu'isolé il s'est joint à un bataillon du 65e R.I. » Je recommandai au fourrier d'indiquer au Colonel mon emplacement.

Il est exactement midi, je me rappelle avoir tiré ma montre.

Peu de temps après, le bataillon en question reçut l'ordre de retraite. Nous participons à son mouvement et nous arrivons à Corroy en passant près de l'église. Le village est rapidement traversé et les obus allemands commencent à nous poursuivre sur la route Corroy-Fresnay.

Notre marche se poursuit jusqu'au point G où nous sommes arrêtés par des officiers d'E.-M. accompagnés de gendarmes, revolver au poing. On me demande : « Quel régiment ? » 290e. Un Capitaine m'indique alors que je dois déployer mes hommes face au. Nord, à environ 400 mètres à l'Est de la route, sur le chemin qu'il m'indique, au point H et d'attendre. Il est environ 13h.30».

Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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