17 mars 2015

De camp en camp, une vie d’internés civils, la famille Valentini. (Réactualisé 2015)

L’objet de ce blog est de partager les informations entre toutes les personnes intéressées par ce vaste sujet que fut la 1ère Guerre Mondiale. Parfois, cela va au-delà de mes espérances.

En 2012, je faisais part de la trouvaille de 3 clichés inédits de ce camp que l’on appelait « de concentration » qui se trouvait à Bitray et concernait les populations civiles étrangères provenant des pays ennemis. Je vous laisse redécouvrir ce message par le biais de ce lien : Le camp de concentration des étrangers de Bitray

Il y a peu, je reçus un message d’Emmanuel qui me signalait qu’il avait des informations concernant ce camp et plus précisément 2 clichés concernant sa famille qui fut internée à Bitray.

Originaire de l’Italie austro-hongroise, la famille Valentini émigra en France vers 1880 , ils s’installèrent dans le XVe arrondissement. Gioachimo travaillait alors à Paris comme déchargeur de péniche, quai de Javel, comme su si bien le représenter Claude Monet:

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Sources: Musée d'Orsay

Avec sa femme Mélania (née Pinamonti), ils eurent 14 enfants, seuls 9 étaient vivant en 1914 dont un, Auguste, né en Italie et qui y resta. Celui-ci fut d’ailleurs enrôlé dans l’armée austro hongroise.
En cette mi-1914, donc, suite à la déclaration de guerre, les familles d’origine allemandes ou austro hongroises installées en France furent internées. Toutefois, il leur fut proposé d’être libérés si un des membres de la famille s’engageait dans l’armée française. Cette proposition fut refusée par la famille Valentini, car les parents ne voulaient pas que deux de leurs enfants puissent se retrouver face à face au combat.

Après un séjour à Poligny (77), la famille fut dirigée sur le département de l'Indre, séjournèrent tout d'abord à Saint Gaultier où la Collégiale servit de lieu d'hébergement et furent ensuite dirigés vers le camp de Chateauroux. Leur fille ainée Irma, mère d’une petite fille, fut libérée car son mari, également Italo-Autro-Hongrois avait accepté de s’engager dans l’armée française, comme maréchal-ferrant. Celle ci vint plusieurs fois les visiter, leur apporter de nouveaux vêtements. Lors d’une de ces visites d’Irma, des clichés furent pris, d'autres lors du séjour indrien.

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La famille Valentini à Bitray

Sur ce premier cliché, la famille Valentini est présente.
La personne à table avec la casquette est Gioachimo Valentini, originaire de Tassullo dans le Trentin, dépendant alors de l’empire d’Autriche Hongrie. En face de lui, sa femme Melania Pinamonti. Autour d’eux, leurs enfants, tous nés en France, sauf Auguste, enrôlé dans l’armée Austro Hongroise.
On y voit également leur fille ainée Irma (debout à gauche), venue les visiter, avec sa propre fille ainsi que tous les enfants du couple Valentini : René, Hélène, Marie, Olga, Blanche, Robert et Irène les autres enfants. René, en âge de combattre et passa toute la durée de la guerre en camp et ne fut libéré que fin 1918.
Olga, née en 1902, la grand-mère d’Emmanuel (mon correspondant), est assise sur le banc au premier rang avec une de ses jeunes sœurs.

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Les femmes et les enfants internés à la collégiale de Saint-Gaultier

Sur le deuxième cliché, on retrouve les familles qui furent internées à Bitray, mais dans un autre cadre. Grâce à Christine Méry-barnabé, historienne locale spécialisée sur le sujet, nous savons que ce cliché a été pris à Saint-Gaultier, juste avant le transfert vers Bitray.

Nous sommes loin du décorum cité par le « journal de Lauzanne » (voir article de 2012 cité plus haut). La paille et la promiscuité sont alors de rigueur et le confort spartiate.

La famille fut maintenue en camp, à Châteauroux, presque 2 ans avant d’être transférée à Guérande.
Vers 1917, Gioachimo Valentini ayant 60 ans, il y eu un échange de prisonniers civils. Ils partirent alors en Autriche, où ils se retrouvèrent à nouveau en camp, car le village d’origine était zone de combat, et que leur statut de minorité italienne les rendait peu sûrs aux yeux des autorités.
Concernant les conditions de vie au camp de Bitray, Emmanuel en entendit parler toute son enfance par sa grand-mère Olga et ses soeurs. Aujourd’hui, celui-ci possède un captage audio du témoignage d'Olga, qui lui conta son séjour à Bitray, peu avant que celle-ci ne décède en 1996, celle-ci se souvenant des détails sur les conditions de vie dans ces camps, en particulier à Châteauroux : Le couchage, la nourriture (une boule de pain de 10 à 15 cm de diamètre par jour, pour quatre) entre autres.

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Actualisation 2015:
Emmanuel, m'avait transmis un document important que je n'avais jusqu'alors pas diffusé. Il s'agit là d'un troisième cliché qui fut pris à Bitray, le long de L'indre, la rivière où les familles pouvaient se laver et laver leur linge.
Emmanuel, donc, a identifié les différents membres de sa famille.

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Au cours du colloque qui eut lieu en 2014 à Châteauroux, Jean Louis Laubry, ancien directeur du Centre d'Etudes Supérieures de Châteauroux, fit une intervention remarquée et très instructive concernant le camp de Bitray. Le compte-rendu sera publié cette année par le CREDI.

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Merci à Emmanuel pour sa confiance et son accord pour accéder aux archives familiales.

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14 mars 2015

Une question récurrente : Combien de soldats de l’Indre sont morts pendant la Guerre 14/18?

Pour y répondre, on pourrait se contenter des chiffres avancés par la presse de l’époque.

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Journal du Département de l’Indre – 7 novembre 1932 – collection AD36 R909_3

 

Lors des recherches entreprises, il n’a pas été possible de retrouver une source officielle indiquant le nombre de décès, mais surtout indiquant la procédure et les sources d’un tel chiffre.
Tout d’abord, avant de commencer un éventuel comptage, il est nécessaire de définir qu’est ce qu’un Indrien ?

  • S’agit-il d’un natif ? Mais s’il est resté juste un mois, est il encore du département?
  • S’agit-il d’un résident ? Combien de temps faut-il résider pour être comptabilisé?
  • A-t-il eu son acte de décès transcrit dans le département ? Certains soldats morts dans des hôpitaux du département eurent leur acte de décès transcrit sur le lieu même, ainsi le tirailleur LAMA Bamba dont la transcription eut lieue à Argenton.
  • Doit-on considérer le moment du recrutement militaire comme position de référence ? Châteauroux ? / Le Blanc ? Mais dans le cas de ce dernier lieu cela englobe aussi des cantons d’Indre et Loire et de la Vienne.

A vrai dire, je ne sais clairement le définir, et la solution de facilité consisterait à se limiter aux sources rapidement accessibles et ainsi de se contenter des natifs du département issue de la base de Mémoires des Hommes.

Reprenons maintenant, les différents fonds répertoriés et connus :

Les monuments aux morts : Sources la plus visible, elle permet d’obtenir une liste de 11.775 noms sur les 248 communes du département. Ce comptage a des limites en l’absence d’écrits sur l’élaboration des listes. On ne peut que constater des incohérences (noms sur plusieurs monuments, noms inconnus, certaines familles refusèrent l’inscription de leur enfant sur le monument communal). Le chiffre issu des monuments a vraisemblablement inspiré le journaliste de 1932.

Ce chiffre est cependant à prendre avec précaution, c’est notamment celui-ci qui permettait de calibrer la subvention versée par l’Etat aux communes.

Le Livre d’or départemental : Le texte de loi régissant ce Livre d’Or, étant plus strict dans son application (uniquement natif ou résident), il serait vraisemblablement une meilleure source que celui régissant le monument où le Maire était plus libre pour l’inscription (Certains non-Morts pour la France furent inscrits, mais dans la commune d’à côté). La mise en ligne (partielle*) des Livres d'Or par le site des Archives Nationales permet de cibler 9.257 noms.
* Certaines communes ne sont pas complètes sur le site des Archives Nationales (Aigurande, Ambrault, Anjouin, Ardentes, Argenton, Arthon, Azay, Bagneux, Le Blanc, Les Bordes, Bouesse, Bouges, Buxeuil, Buzançais, Chabris et Chaillac), le chiffre annoncé est donc un chiffre bas.

Le site Mémoires des Hommes : Les critères de recherche sont multiples, mais le seul champ actuellement renseigné est celui du département de naissance. Les fiches accessibles sont celles des soldats « Morts pour la France », mais il existe aussi un deuxième fichier accessibles dit des « Non mort pour la France » qui a été rajouté, il y peu (Pour information, ce 2ème fichier contient aussi des MPLF). On obtient donc 11.388 cas de d'inatifs de l'Indre.

Les fiches matricules : Celles-ci étant actuellement inaccessibles et de plus, la base étant le recrutement militaire (Chateauroux et Le Blanc), les fiches sont réparties sur plusieurs départements en ce qui concerne le recrutement du Blanc, il est actuellement impossible d’établir une étude fiable, car de plus cela nécessiterait de compulser un très grand nombre de fiches matricules, une à une.

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A noter que depuis la rédaction de cet article, la mise en ligne des fiches matricules a été effectuée courant été 2016


 

Le diplôme de Mort pour la France : Aux Archives départementales, en série R892, deux cahiers comptabilisent les remises de diplômes qui furent transmis aux communes pour être remis aux familles de soldats « Mort pour la France ». Cette liste s’arrête en 1924. Le compte est alors de 9.449 diplômes remis. Il s’agit donc là du chiffre bas de notre estimation, certaines fiches n'ont qu'un lien ténu avec le département. On visualise, par exemple, des cas concernant des familles de réfugiés des territoires occupés qui reçurent les diplômes sur le lieu de leur hébergement, donc dans le département.

 

De telles incertitudes ne permettent pas actuellement d’annoncer un chiffre précis. L’étude en cours consiste donc en un subtil recoupement entre toutes ces sources, tout en définissant un cadre strict. En l'état du dépouillement, nous arrivons à quelques 13.600 cas différents, induisant, à coup, sur que le nombre est inférieur. Le 11.500 de la presse de l'époque est donc encore valable.

Je vous livre ci-dessous ma liste (toujours en évolution) des 13600 cas relevés, elle est présentée sous la forme d'un monument virtuel au travers d'un blog à la mode "Il y a 100 ans". Les points d'entrées sont multiples. Les 4 sources utilisées sont:

  • Mémorial Gen Web (Monuments aux morts)
  • Les Livres d'Or du département de l'Indre
  • Les listes du Diplome des Morts pour la France (dépouillement toujours en cours)
  • Les fiches Mémoires des Hommes (Morts pour la France et non Morts pour la France)

Comme il ne m'appartient pas de définir qui est un Indrien (natif? résident? ...), tous les cas concernent le département de l'Indre plus ou moins directement. Par exemple vous trouverez les noms de soldats du Nord de la France, dont les familles hébergées dans l'Indre pendant le conflit reçurent le diplome de MPF sur leur lieu d'hébergement (donc dans l'Indre).

Le site des soldats du département de L'indre

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10 mars 2015

Châteauroux 1917 - Les 10 neveux d'un oncle de 10 ans.

Feuilletant ma collection de numéros de la revue "L'Illustration" allant de 1914 à 1919, je suis tombé sur une charmante photo qui m'a tout de suite attirée l'oeil. Bien m'en a pris, elle avait trait à une famille (modèle) catelroussine:

Illustration - 8 décembre 1917

Le nombre des belles familles est encore, heureusement, assez élevé en France pour qu'il nous soit matériellement impossible de les citer toutes en exemple et de les présenter, ici, aux lecteurs de notre journal. Nous avons même du nous imposer comme règle, en présence des multiples documents qui parviennent au sujet des foyers prolifiques, de ne pas faire état des photographies de familles réunissant moins de douze enfants. Nous ferons pourtant, aujourd'hui, une exception en faveur de cette brochette de bambins parce qu'elle présente la particularité de ranger en bataille, derrière un enfant qui n'a pas encore atteint sa dixième année, une imposante escouade de fillettes et de garçonnets qui sont ses nièces et ses neveux. La photographie n'est d'ailleurs pas complète, une nouvelle nièce étant venue, au mois de septembre dernier, parfaire cette brillante série. Cette jolie famille habite Châteauroux. ces enfants ont le bonheur de possèder leur parents, leurs grands-parents et une arrière grand-mère de quatre-vingts ans, alerte et pleine de santé. Les deuils de la guerre n'ont pas épargné ce foyer, mais c'est précisement la récompense des familles nombreuses de pouvoir se resserer tendrement leurs rangs pour combler les vides laissés par de chers disparus. et dans ce moment où les coups du destin sont cruels, n'est elle pas magnifiquement armée contre la mort, la famille française qui peut regarder ce charmant escalier de petites têtes blondes et brunes monter si joyeusement vers la vie?

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Les belles familles: Un oncle de dix ans et neuf de ses neveux

En cette fin 1917, la propagande nataliste bat son plein. Tout est bon pour inciter à procréer une nouvelle génération qui viendra prendre la place des défunts.
Quelle est donc cette famille? Point de nom cité. Au vu des tenues, des jouets, nous ne sommes pas dans un cadre ouvrier ou paysan, mais bien, au sein d'une famille bourgeoise de l'époque.

Amis castelroussins
Saurez-vous retrouver cette famille? Je vous laisse la main.
N'hésitez pas à commenter ci-dessous

 

Sources: L'Illustration - 8 décembre 1917

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08 mars 2015

Les livres d'Or du département de l'Indre

Une source de documentation relative aux Morts pour la France du département est accessible en ligne sur le site des Archives Nationales. il s'agit des listes communales ayant été établies pour le projet de Livre d'Or. Je me permet de citer l'explication qui en est faite par le site des Archives nationales:

"Par la loi du 25 octobre 1919, « relative à la commémoration et à la glorification des morts pour la France au cours de la Grande guerre », l'Etat lance le projet d'un Livre d'or comprenant les noms de tous ces héros jusqu'alors anonymes, qui serait déposé au Panthéon.
Le ministère des Pensions, nouvellement créé, est chargé d'établir, à partir du fichier existant, la liste des Morts pour la France de chaque commune ; il l'adresse en 1929 aux maires qui la contrôlent et l'amendent. Des correspondances témoignent souvent de ces échanges entre les deux parties.
Toutefois, les décalages entre les noms figurant sur les monuments aux morts et ceux des Livres d'or proviennent du fait que la liste du ministère est établie en 1929 alors que les monuments aux morts ont presque tous été érigés entre 1920 et 1925.
En 1935, la présentation matérielle du futur Livre d'or est fixée : 120 volumes devaient être imprimés en plusieurs exemplaires, dont un serait déposé au Panthéon. Les contraintes budgétaires, puis le début de la Seconde Guerre mondiale, mirent fin au projet, en laissant subsister la documentation préparatoire."


 

La notice du site des Archives Nationales est accessible directement ICI (nouvelle interface depuis le 20/09/2016)

Il suffit de suivre la cartographie, de sélectionner le département et ensuite de sélectionner la commune recherchée

Attention: On notera cependant que certaines communes du début de la liste départementale ne sont pas complètes (Aigurande, Ambrault, Anjouin, Ardentes, Argenton sur Creuse, Arthon, Azay le Ferron, Bagneux, Le Blanc, Les Bordes, Bouesse, Bouges le Chateau, Buxeuil, Buzancais, Chabris et Chaillac). Ceci représente environ une quarantaine de pages soit moins de 300 noms manquants (innaccessibles) sur les 9258 trouvés.
Ceci serait du à des pages manquantes (réponse donnée par @ArchNat sur Twitter). Je me permet d'avoir quelques doutes et penche plutôt à un bug de l''interface applicative du site (Zoomify).


Dans le fichier accessible ci-dessous, j'ai reporté toutes les fiches existantes.


 

A quoi ressemble une liste issue du livre d'or?

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Sources Archives Nationales

Les renseignements sont très utiles car ils permettent de recroiser les données provenant des monuments aux morts et des fiches Mémoires des Hommes. Ceci est très utile notamment pour les différences de prénoms fréquemment recontrées.

Je met donc à votre disposition le fichier Excel relatif à ce dépouillement (Le fichier est zippé pour des raisons de taille)

LO_Indre à télécharger ICI

On notera que le total est de 9258 cas individuels.
161 cas sont réprésentés sur plusieurs LO communaux (sans tenir compte des Livres d'Or des départements limitrophes).  Ceci est explicable par le fait que pour figurer sur les listes, il fallait être natif ou résidant de la commune.
Je n'ai pas retrouvé 26 cas dans les fiches Mémoires des Hommes (Souci d'orthographe?, mauvaise recherche? Fatigue du transcripteur?).

Comme ces LO ont été établis à partir du fichier qui constitue le fichier Mémoires des Hommes, je n'ai pas rencontré de cas relevant du statut Non Mort pour la France.

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Le moulin de Westhoek

Il y a bien longtemps que je n'avais pas relu le livre "Le 290e, un régiment de réserve du Berry" du colonel Eggenspieler. Ce témoignage fourmille de petites anecdotes qui permettent de compléter le froid JMO de l'unité.

A la veille de partir du front des Flandres, de quitter la Belgique, les 268 et 290e RI quittent la 17e Division pour rejoindre la 18ème. Ils ne quitteront le secteur qu'à la fin de ce mois de mars 1915. Le régiment ne sait pas alors qu'il sera tenu de revenir en urgence suite aux déclenchements des attaques aux gaz d'avril 1915 et ce dans le sinistre secteur de Lizerne - Het-Sas.

Le moulin à vent de Westhock
Près du P.C. de Westhock, il y avait un moulin à vent superbe. Les Allemands ne tiraient pas dessus. Ses ailes gigantesques devaient leur servir de repère.
Le commandement français, lui, pensait que ce moulin pouvait bien servir aux espions pour faire des signaux à l'ennemi, soit en faisant tourner les ailes, soit en faisant tourner le moulin lui-même. Tous les jours, je devais rendre compte si le moulin n'avait pas bougé. Si on avait cette crainte, il était bien facile de l'abattre.
Bref, ce moulin était devenu un point d'attraction pour toutes les corvées qui passaient dans les parages. Chaque groupe emportait quelques morceaux de bois. Le tronc du moulin fut à la longue tellement creusé, qu'un beau matin le moulin s'est effondré dans un fracas épouvantable. Je me précipitais hors du P.C. pour voir ce qui s'était passé. Mon beau moulin était à terre. Cette fois, il avait bien bougé. Mais, autre détail, aussitôt qu'il ne formait plus qu'une énorme masse de bois cassé, celle-ci fut couverte en un clin d’œil d'une nuée de soldats qui avaient surgi de tous les coins de l'horizon. En quelques minutes, il n'y avait plus d'autre bois que la grosse charpente, qui disparut à son tour les jours suivants.

J'ai rendu compte du sinistre.

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Des officiers du 290e RI au moulin de Brielen
(Moulin en bois typique de la région de Flandres)

Sources:
"Le 290e, un régiment de réserve du Berry" colonel Eggenspieler - Bourdier Paris 1932
Albums du 290e RI - collection de l'auteur.

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02 mars 2015

Martizay: le retour au pays, le 3 aout 1919 (Réactualisé 2015)

Après la longue coupure estivale, qui fut riche en émotions. Le Centenaire m'ayant occupé durant ce mois d'Aout, je reprend maintenant mes activités.

Je collectionne depuis longtemps les documents de l’époque 1880-1918. Il y a quelques temps déjà, sur un site internet, alors même que la vente était encore en cours, un cliché m’intrigua. Il était sobrement décrit comme « CPA Photo – fête du 3 aout 1919 » . Le vendeur indiquait seulement que la famille était originaire de l’Indre et que le cliché était du 3 aout 1919, mais quelque chose me disait qu’il était important concernant l’histoire du département et du conflit.
Lorsque j’ai eu la carte en main, aussitôt de multiples détails m’apparaissaient. Notamment, au verso, je découvrais une indication primordiale :

« Souvenirs de la fête du 3 aout 1919 – Martizay ».

Le vendeur n’avait pas attaché d’importance à ce dernier mot, qui pour moi était une des clés. Nous avions le lieu de la prise de vue. Des tenues typiquement berrichonnes (Coiffes, biaudes, …)  sont  présentes dans la foule, des militaires en bleu horizon forme le premier plan. Après cette première analyse, je m’empressai donc de le scanner afin de voir les détails qui me permettront d’affiner la compréhension du cliché.

Découvrons donc ce cliché :

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Essayons tout d’abord de confirmer le lieu. Le cliché a-t-il bien été pris à Martizay ?
Hormis l’indication sur le verso du cliché, un détail confirme le lieu. En effet, au premier plan deux hommes portent une couronne sur laquelle, il est possible de lire : « Martizay à ses fils »

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Grâce à Internet, et notamment le site GoogleMaps et son application Street View, il est possible de se promener au fil des routes et rues de notre région.
Afin d’éviter de déambuler virtuellement pour rien dans les rues de Martizay, il est nécessaire d’identifier des points remarquables afin d’éventuellement les retrouver dans le paysage actuel.

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Maintenant, il ne reste plus qu’à se promener dans Martizay pour trouver éventuellement le point de vue. Après quelques hésitations, le lieu était identifié. Voici donc la vue via Google en décembre 2010 :
https://www.google.fr/maps/@46.806769,1.044294,3a,75y,133.31h,87.14t/data=!3m4!1e1!3m2!1s81TPBojFFdkUgfml2_wzvA!2e0?hl=fr

Le cliché fut donc pris "rue de la Poste". Le porche sur la droite est reconnaissable, et en partie caché par le poteau électrique actuel. Le bâtiment bicolore est celui de cette même poste, toujours existante et dont les encadrements sont composés d’une alternance de calcaire et de briques, donnant ce côté bicolore. Le lieu étant confirmé, nous allons pouvoir essayer d’analyser l’élément le plus important, les personnages.

Comme dans bons nombres de défilés, les personnes se regroupent par affinité ou conformément à un protocole défini. Or, ici, il ne s’agit pas là d’un mouvement de foule spontané et cela correspond très précisément à une manifestation qui suit un protocole bien défini.

Voici donc les différents groupes identifiables et leur position dans ce défilé:

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Essayons donc de voir le rôle, la fonction et la composition de chaque groupe.

Groupe 1:

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En tête de défilé, on retrouve 3 personnes. On notera tout d’abord qu’il semblerait que ce soit des anciens combattants, du moins des soldats 14-18, mais déjà démobilisés. Deux portent des décorations dont un, la Médaille Militaire et une Croix de Guerre.
La première personne, sur la droite, est le porteur du drapeau national. Comme tout défilé patriotique, les couleurs de la Nation sont en tête. Deux porteurs l’accompagnent, ceux-ci portent une couronne mortuaire sur laquelle on peut lire « Martizay à ses fils ». Il est à rappeler qu’au moment du cliché, les monuments aux morts n’étaient pas encore de rigueur. Que devint cette gerbe ? Fut-elle déposée au cimetière, à l’église. Je n’ai pas la réponse.
Pour rappel, Martizay, lors de l’érection du monument, inscrit 98 noms de ses fils sur le monument, soit 6% de sa population recensée en 1911.

Groupe 2:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe2

Juste derrière les « nouveaux » anciens combattants figurent 4 soldats en uniformes qui sont fêtés par la population. Chacun s’est vu remettre un bouquet fleuri. Qui sont-ils ? Essayons d’analyser les uniformes et leurs équipements pour mieux comprendre.

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De la gauche vers la droite, on peut donc voir 4 tenues typiques des années de fin de conflit. Celles-ci sont entièrement bleu-horizon. Les tenues et coiffures sont intéressantes car si aucun grade n’est visible sur les bas de manche, on notera leur diversité. La tenue de gauche est une tenue de sortie. Le képi pourrait celui d’un officier ou d’un sous-officier, il s’agit vraisemblablement d’un képi de type « manchon ». Au contraire le 3ème soldat, lui, porte une vareuse standard dite « toutes armes » typique avec un képi troupe. Les deux autres soldats sont aussi vêtus de leurs tenues de sortie et sont équipés de bonnets de police, modèle 1918 pour le soldat n°2 et modèle « Empire » pour le 4ème, sur lequel d’ailleurs, on peut apercevoir une grenade d’infanterie. Ce dernier soldat est remarquable par son jeune âge apparent.
Concernant les décorations, on notera que deux d’entre eux (1 et 4) portent la fourragère sur leur épaule gauche. Le premier soldat est titulaire de la Croix de Guerre avec palme et étoile. Il est donc au moins titulaire d’une citation à l’ordre de l’Armée.
Le premier soldat est vraisemblablement du 66ème RI (Numéros de col et de képi). Malgré un scan au maximum, il est impossible de déterminer les numéros des unités des soldats 2 (10 ?) et 3 ( ??).

Groupe 3 et 4:

 

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La figure de la République, Marianne est entourée par les enfants, on devine les costumes alsaciens et de lorrains, symboles des provinces retrouvées par la « Mère-Nation ». Juste à l’arrière, les demoiselles d’honneur accompagnent le groupe. Le blanc de la virginité et de la pureté sont de rigueur et l’écharpe tricolore de circonstance.
Sur la droite, un groupe de 3 hommes, brassard au bras, surveillent et semblent réguler le cortège. Leurs tenues laissent deviner des notables locaux, dépositaire de l’autorité. Deux d’entre eux ont semblent-ils des décorations sur le revers de leurs vestes. S’agit-il de représentants municipaux, le maire et ses adjoints ? D’autorités issues d’une association patriotique ? Malheureusement, je n’ai pas d’éléments suffisants pour aller plus loin. Il est cependant à noter que sur tout le cliché, au moins 5 personnages avec un brassard sont visibles, répartis le long du cortège.

Groupe 5 et 7:

Occupons nous d’abord du groupe 5.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe5

Ce groupe de personnages est constitué de 10 soldats et de quelques hommes en civil. Sur le veston de quelques-uns de ces derniers, ce qui ressemble à des Croix de Guerre semble être visibles. Nous avons donc là un groupe de combattants démobilisés ou non. Pour une raison qui m’échappe, ceux-ci ne sont pas avec les groupes 1 et 2.
Parmi les militaires en tenues, un chasseur est reconnaissable grâce à sa tarte (béret de Chasseur) et à sa tenue plus foncée. Un deuxième militaire à la tenue foncée semble être un soldat des troupes coloniales (tenue moutarde ressortant foncée sur un cliché N&B.

Un militaire est à part et apparait sur le cliché. Il constitue un groupe à lui-seul, de part sa position dans le cortège.

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Isolé parmi les civils, au milieu des femmes, malgré les défauts du cliché, il semblerait bien que nous ayons là un gradé de la Gendarmerie (liseré blanc du képi). Malgré les décorations porté par notre gendarme, ceux-ci ne furent que rarement reconnus comme combattants et de ce fait, il semblerait que le protocole ne l’inclut pas dans le cortège.

Avant d’analyser le groupe 6 (foule civile) intéressons-nous aux deux groupes situés en fond de scène.

Groupe 8:

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Les enfants ont été regroupés, le blanc est de rigueur. Ils sont encadrés par un homme qui porte le brassard que nous retrouvions dans le groupe n°4.

Groupe 9:

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe9

S’il est assez difficile d’identifier ce groupe, il est cependant nécessaire de ne pas le confondre avec le reste de la foule. L’oriflamme annonce une confrérie locale, une harmonie municipale ou plus simplement l’association des anciens combattants de 1870. Difficile de se prononcer.
En général une harmonie est en début de cortège, je vois mal une confrérie locale dans un défilé patriotique, s’il s’agit d’une association d’anciens combattants, l’étendard alors utilisé est confectionné sur la base du drapeau tricolore. Ce groupe reste donc mystérieux.

Groupe 6:

Intéressons maintenant à la foule qui constitue le groupe 6 et qui est bien évidemment le plus divers.

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Même au sein de cette foule, des groupes se sont constitués. Le plus voyant est celui des veuves, des personnes en deuil. Celles-ci sont reconnaissables par leurs tenues noires et leurs voilettes.
Il est à noter la séparation entre femmes et hommes, chacun occupe un côté de la rue de la Poste. Il est intéressant de comparer ce rituel, avec celui alors en vigueur lors des cultes, dans les églises. La séparation se poursuit dans le cérémonial républicain.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe6_SexeMF

Il est aussi plaisant de voir certains personnages constituant cette foule.

Martizay_19190803_Defile_Recto_Groupe6_Vetements

Tous les tenants de la population sont là. La biaude côtoie le châpeau melon. Les coiffes et les capelines donnent la réplique aux chapeaux dernier cri, "à la mode de Paris".

Il est intéressant de noter que nulle part, on remarque la présence du clergé. Il s’agit bien d’un cortège « républicain ».

Voilà une étude qui se termine et que je sais d’avance imparfaite, je vous laisse la main si jamais vous avez des remarques.

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Mars 2015:

Un ajout essentiel à la compréhension de l'évennement grâce à l'envoi d'un correspondant du blog. Eric Bernard collectionne lui aussi les photographies d'époque. A la recherche d'informations, il est tombé sur ce message et nous fait profiter de sa trouvaille: 3 photos de ce même 3 aout 1919, à Martizay. Comme pour mon cliché, il s'agit de tirages photographiques, sans indications au dos, mais le point de vue permet de déterminer qu'il s'agit bien du même photographe.

Les 3 clichés viennent confirmer l'analyse déjà effectuée et les hypothèses émises en 2014,(voir ci-dessus). Voici donc les 3 clichés:

EricBernard1_resize

EricBernard2_Resize

EricBernard3_Resize

Concernant l'oriflamme cloturant le défilé, il est maintenant plus facilement déchiffrable. Certes pas entièrement, mais divers éléments permettent de percevoir le rôle de l'association concernée.

Vraisemeblablement, il s'agit d'une association d'entraide (le dessin représente une poignée de main), de plus la date de création de l'association est clairement lisible (1895)

EricBernard3_Extrait

Grand merci à Eric pour son aide et son partage désintéressé de documentation.

 

 

 

 

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20 février 2015

Vacances à venir, mais spectacle et lecture en prévision

L'heure des congés de février arrive. Direction le Bas-Berry et la vallée de la Creuse plus précisement.

CaptureJC

Afin de ne pas vous laisser sans nouvelles, je prépare une grosse publication sur le blog, liée à la transcription du journal d'un soldat de Sarzay, de 1914 à 1918. J'en profite pour vous signaler un spectacle et la parution d'un ouvrage qui concernent le département.

A signaler, donc, le 14 mars, à Aigurande, la reprise du spectacle qui avait été monté à Eguzon l'été dernier. On notera aussi la tenue d'une exposition 14-18 concernant le conflit.

Affiche Aigurande

 

Un peu plus à l'ouest, mais toujours dans le sud Berry, à Eguzon, au musée de la Vallée de la Creuse plus exactement, il est possible d'acquérir un ouvrage qui s'annonce fort intéressant. Au travers des yeux d'un enfant, il nous donne à lire ses impressions. Pierre Allain a alors 9 ans et est le fils d'une infirmière volontaire de Chateauroux, mais aussi celui du directeur de l'usine Balsan. Je vais profiter des congés pour me procurer un exemplaire.

Enfant

L'ouvrage est disponible à la boutique du Musée de la Vallée de la Creuse, à Eguzon.

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09 février 2015

Dives bouteilles, larcins et conseil de guerre.

Il est intéressant de découvrir le témoignage de quelques cas de condamnations liés à l'usage du vin, élément essentiel de la vie du poilu et ce, à la relecture de l'ouvrage de René de Planhol, "La justice aux armées", alors qu'il était membre du conseil de guerre de la 17ème Division d'infanterie.

On appréciera la lourdeur des peines au vu de l'ampleur des larcins . Que dire des 2 ans pour 2 litres de vin!

Une après-midi d'été, les deux soldats du train Callot et Laprune étaient préposés à la garde d'une voiture de ravitaillement. Accablés de soleil, ils avaient grand'soif; et dans la voiture était un tonnelet plein, - naturellement de « pinard ». Nos deux martyrs de la consigne enduraient, exactement et sans métaphore, le supplice de Tantale. Il y a un stoïcisme où l'humaine faiblesse ne s'élève point sans déchoir. Succombant enfin, ils emplirent leurs bidons et burent deux litres à la santé de la France. Sur ces entrefaites leur maréchal des logis les aperçut et leur libella un motif de punition qui les conduisit jusqu’au conseil de guerre. Le commissaire du gouvernement, contre ces mauvais soldats qui s'appropriaient la ration de leurs camarades, requit: une application rigoureuse de la loi : deux ans de prison, peine bénigne au prix de celle que prévoyait le code parurent suffisants aux juges.

 

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Un autre cas lié à l'usage d'alcool, avec des conséquences qui auraient pu être plus graves:

Un soir, sur les six heures, d'un cantonnement de repos, on avait brusquement conduit aux tranchées la compagnie où servait Poirier. Celui-ci, lors de l'appel, manquait dans son escouade et son caporal se mit à sa recherche. Il le découvrit étendu dans un coin d'une grange, la bouche entr'ouverte et ronflant. Fortement secoué, Poirier ne souleva qu'il demi les paupières, répliqua par un grognement et retomba incontinent dans sa torpeur. Deux hommes vinrent le quérir et le traînèrent jusqu'à la compagnie assemblée sur la place. Il ne se défendait pas, il n'était qu'inerte. Le vent assez vif lui fouetta le visage et lui dessilla légèrement les yeux. Mais comme son capitaine lui ordonnait de prendre sa place dans le rang, Poirier se contenta de le considérer d'un air hébété ; visiblement il ne comprenait rien. Et d'ailleurs il était incapable de se tenir debout ; le lâchait-on, il s'affaissait aussitôt. On dut le livrer aux gendarmes. A l'aube, dégrisé, il s'éveilla dans la prison divisionnaire. Quels ne furent pas son étonnement et, bientôt, son regret ! Une plainte en conseil de guerre fut dressée contre lui, et le commissaire-rapporteur l'inculpa de refus d'obéissance en présence de l'ennemi.

A l'audience, Poirier, par son attitude et sa mine, s'attirait plutôt les sympathies. Grand, bien découplé, la tenue correcte, le regard empreint d'énergie et de franchise, il parlait avec naturel et manifestait sans affectation un repentir qui semblait sincère. Les renseignements du dossier ne démentaient point cette attitude. Poirier, garçon original, ne se pliait pas aisément aux conditions modernes de la vie civile et n'avait jamais pu s'astreindre à avoir un domicile. Voyageant par les routes, il couchait au gré des hasards, dans les auberges, les écuries ou à la belle étoile, s'embauchait pour quelques jours chez les paysans qui avaient un besoin momentané d'ouvriers, travaillait de cent métiers à la campagne ou à la ville, moissonneur ou forgeron, vigneron ou débardeur. Pour ce vagabondage, les gendarmes l'avaient maintes fois appréhendé sans qu'on eût jamais à lui reprocher autre faute. Au contraire, plusieurs attestations de patrons divers certifiaient qu'ils n'avaient eu qu'à se féliciter de son labeur et de sa probité. Type, en vérité, singulier et qu'on n'eût point pensé rencontrer ailleurs que dans le Chemineau de Jean Richepin. Soldat, il s'était bien conduit. Blessé en mars 1915, à peine de retour à son dépôt, il avait demandé à être inscrit dans le premier détachement de renfort et venait, quelques jours. auparavant, d'arriver sur ce point du front. Au cours du voyage, il avait eu la malchance, étant descendu pour quelques minutes à une station, de manquer son train. Pour cette fâcheuse aventure, on l'inculpa une première fois, mais l'instruction se termina par un non-lieu. Poirier, loin d'être répréhensible, avait déployé beaucoup d'initiative et de bonne volonté, puisqu'il avait rejoint son unité deux heures après le détachement. Depuis lors, les chefs de Poirier n'avaient pas encore eu le temps et l'occasion de l'apprécier dans la tranchée. Mais ses notes antérieures étaient excellentes et deux sous-officiers, ses compagnons durant les débuts de la campagne, confirmaient de vive voix ces notes. En outre, plusieurs lettres saisies sur lui et versées au dossier constituaient un précieux témoignage. Écrites après plusieurs mois de guerre par des combattants, camarades de Poirier, pour lui seul et en phrases inhabiles, elles étaient pleines d'une hardiesse narquoise et magnifique ; elles déguisaient de plaisanteries le danger, la fatigue et la mort ; elles faisaient la nique aux Boches et à l'ennui. Elles éclairaient d'une belle lumière les âmes de ceux qui les avaient envoyées et de celui qui les avait reçues.

La faute pour laquelle on le jugeait aujourd'hui ne provenait point d'une intention mauvaise ; mais pour l'exemple il n'est pas douteux que les juges ne fussent disposés à le châtier sévèrement. Aussi ne s'agissait-il que de décider si la loi le leur permettait. C'était le premier cas de cette espèce et le débat juridique, vivement engagé, donna lieu à deux répliques successives de l'accusation et de la défense. Le commissaire du gouvernement arguait que le refus d'obéissance n'a pas besoin d'être exprimé par des paroles: il consiste essentiellement dans la non-obéissance qui est la seule condition juridiquement requise pour le crime. Le défenseur ne contestait point cette thèse, conforme en effet à la jurisprudence du temps de paix ; mais il prétendait que la non-obéissance, pour être qualifiée refus d'obéissance, doit être intentionnelle et volontaire, d'après le texte et les commentaires de la loi : or, évidemment ce n'était pas le cas de Poirier qui, au moment qu'on lui reprochait de n'avoir point obéi, se trouvait physiquement incapable d'obéir ; et d'ailleurs, ivre-mort et ne percevant, même pas l'ordre qu'on lui formulait, il ne pouvait avoir, l'intention de désobéir; donc, aux termes de la loi, il n'était coupable que d'ivresse. A quoi le commissaire du gouvernement opposait que Poirier, lorsqu'il s'était enivré, n'ignorait pas qu'il se mettait ainsi dans l'impossibilité d'obtempérer à une alerte et conséquemment d'obéir. Or c'est volontairement qu'il s'était enivré ; donc, puisqu'il y avait eu chez lui l'intention d'une désobéissance à tout le moins éventuelle, il devait accepter l'entière responsabilité de ses actes.

Le conseil, à l'unanimité, adopta cette interprétation de la loi. Par trois voix contre deux il écarta la circonstance aggravante de présence de l'ennemi : au vrai, je présume que ces deux voix étaient fictives et qu'en aucun cas, même en signant un recours en grâce, les juges n'eussent condamné Poirier à mort. Pour refus d'obéissance sur un territoire en état de guerre, il fut condamné à dix ans de travaux publics. Le général suspendit l'exécution de la peine ; et Poirier, versé dans un autre régiment, n'a point cessé d'y être, bon soldat. Son affaire inaugura une jurisprudence qui fut appliquée fermement à quelques cas analogues. Cette répression, aboutit bientôt à les rendre beaucoup plus rares. Alors la sévérité, du conseil se relâcha sensiblement ; et il eut tendance à se servir plutôt, lorsque des circonstances morales l'invoquaient pour l'accusé, de l'article ayant trait aux soldats qui se sont volontairement mis, dans l'impossibilité de rejoindre leur poste en cas d'alerte, - soit une peine de six mois à deux ans de prison.

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917

 

2 autres "comptes-rendus" de procès du même conseil de guerre:

Les gars..., souvenez-vous!... Faut pas faire comme moi... 

Les aventures de Carpion et Rabanos

 

Amis lecteurs, pensez à regarder dans les commentaires, Stéphane nous fait part d'une intéressante analyse. qui permet une mise en relief du texte publié

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02 février 2015

9449 diplômes de Morts pour la France, de MONDAIN Emile à RICHARD Louis

Réactualisation 2015 du message originel de 2013.

En 2013, profitant de mes congés et d'une réunion du Comité départemental du Centenaire 14-18, se tenant à Châteauroux, aux Archives Départementales de l'Indre, j’avais passé toute la matinée dans les locaux, profitant de ma présence pour quelques recherches.

Je tiens tout d’abord à me féliciter de cette initiative. Le cadre est très agréable, et j’ai tout particulièrement apprécié l’accueil des agents, leur disponibilité et les conseils apportés. Cela mérite d’être souligné.

J’avais repéré deux cotes dans la série R qui m’intéressaient plus particulièrement, dont une qui concerne les « Diplômes de Morts pour la France » (R982).

CaptureJC2
Sources AD36 - R982

A quoi correspondent ces «Diplômes de Mort pour la France» ? Il s’agit de la mise en application de la loi du 27 avril 1916.

BNF_Diplome_19160427Sources: JO-BNFGallica-Bulletin des lois de la République 1916

Voici donc un exemple de diplome qui fut remis aux familles des défunts:

diplomemortpourf

Pour l'anecdote, sur le sujet, on lira avec intérêt une discussion sur le Forum Pages 14-18. En effet, ce diplome connu 2 versions, la première version généra des réactions au sein de certaines familles de l'époque. Il fut alors nécessaire de publier une seconde version, plus proche des bonnes moeurs.

La trouvaille effectuée aux archives départementales permet de confirmer que la préfecture de l’Indre tenait donc une comptabilité de la remise de ce diplôme, ce qui permet de connaitre la liste des récipiendaires. Ceci vient en complément des listes déjà existantes et que j'essaye de mettre en place (Natifs, noms sur les monuments, …) et permettra une consolidation des données déjà en base.
Deux cahiers contiennent 9449 noms de soldats indriens. L’ordre d’apparition dans la liste est lié à la transmission dudit diplôme. On trouve dans le tableau dressé les données suivantes: Numéro d'attribution, numéro Bordereau, Noms et prénom, Grade, Régiment, Commune, Date de transmission.

Les premiers diplômes furent envoyés dès 1917:

R982_Liste1Sources AD36 - R982

Le dernier est en date du 30 juin 1924. Le numéro d'ordre est alors 9449. Attention, il ne s'agit pas de la liste officielle des Morts pour la France du département, mais cela doit s'en approcher grandement. Je suis d'ailleurs persuadé qu'elle n'est pas complète, les dépouillements et recroisements entrepris le démontre, au même titre qu'apparait bon nombre de noms non présents dans Mémoires des Hommes ou sur les monuments de nos communes.

R982_Liste9449Sources AD36 - R982

Cela permet donc d'avoir une liste de presque 9449 noms d'Indriens. Mais, il est cependant assez difficile de se retrouver dans cette liste, le point d’entrée est la date de jugement ou de transcription. Dans le cadre du dépouillement en cours, il s'avère que quelques familles reçurent des diplomes en double, mais cela permet de valider en grande partie le recoupement dèjà entrepris avec les bases Mémoires des Hommes et Mémorial Gen Web.

Prenons un exemple avec le cas de mon arrière grand oncle Lucien Bessonneau. tout d'abord, voici sa fiche "Mémoires des Hommes"

RI290_MPLF_BessonneauxLucienSources: SHD-Mémoires des Hommes

R982_Liste8244Sources: ADI36-R982

Le jugement eut lieu en décembre 1920, pour une transcription sur les registres du Pin en janvier 1921. Il fallut attendre le 25 octobre 1921 pour une prise en compte par la Préfecture. Lucien Bessonneau se vit attribuer le numéro 8244.
Il semblerait que les diplômes étaient envoyés aux communes, à elles la charge de les remettre aux familles, au vu des nombreux documents joints à cette cote de la série R.

Qu'est devenu le diplôme de Lucien Bessonneau? Je ne le sais pas, ce d'autant que toute la famille Bessonneau repartie après guerre pour le 15e arrondissement de Paris. Sans doute, revenaient ils de temps à autre, puisque mes grands parents se marièrent en 1935 et il fallait bien que Marcel rencontre Fernande pour se fiancer.

Un exemple de diplome au 68ème et 409e RI, celui de Robert FROMIOT: http://indre1418.canalblog.com/archives/2013/03/16/26666295.html

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Nouveauté 2014

Au niveau du département, un fait qui se produisit dans le courant de l'année 2014, vient parfaitement illustrer la remise de ces diplomes, ... justement par leur non-remise.

En effet, en 2014, Didier Bléron et l'équipe municipale de Nuret le Ferron ont retrouvés les diplômes qui étaient rangés au grenier de la mairie, en effet, ils n'avaient jamais été remis aux familles et avaient été conservés au grenier de la mairie, là où Didier les trouva.
Le 11 novembre 2014 fut donc l'occasion de la remise aux descendants.

Les oubliés de Nuret le Ferron (Nouvelle République juin 2014)

L'oubli réparé des poilus de Nuret le Ferron (Nouvelle République 11 novembre 2014)

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Nouveauté 2015

Il m'a fallu du temps pour transcrire les données obtenues à partir de ce fichier et ce n'est d'ailleurs pas terminé. Le but n'est pas de faire une simple saisie, mais bien de recouper avec les sources existantes.
Je me suis appuyé sur le fichier des "Morts pour la France" et des "Non-Morts pour la France" que l'on trouve sur Mémoires des Hommes, ainsi que sur les fichiers existants dans Mémorial Gen Web (liste des monuments aux Morts)

Voici donc les 1000 premiers diplômes distribués dans le département (Fichier Excel protégé, mais seulement à la modification, vous pouvez copier/coller):

DiplomeMPF_AD36R982_1a1000_VersionBlog

Je laisse cela à votre perspicacité, mais voici quelques rapides remarques:

  • Certes, ce sont des cas anecdotiques, mais on notera que dans cette première livraison, des diplomes furent adressés à 7 familles de soldats présents dans le fichier des "Non Mort pour la France" et sur ces 7 diplômes, 6 figurent sur le monument communal.
  • 35 cas de diplômes ont une fiche sur le site "Mémoires des Hommes", mais il m'a été impossible de retrouver le monument aux morts les concernant, soit le relevé sur le site "Mémorial Gen Web" n'est pas disponible, soit le nom ne fut jamais inscrit.
  • 45 diplômes n'ont pas de fiche "Mémoires des Hommes", mais 17 d'entre eux figurent sur les monuments aux morts.
  • Dans la liste, il est à noter que de nombreux cas concernent des soldats provenant des territoires occupés (Nord principalement). Les diplomes sont gérés par la préfecture de l'Indre, certainement du au fait que les familles ont été évacuées et au moment de la remise du diplome, elles sont très certainement hébergées dans le département de l'Indre.

 

A noter que dans ce fichier qui me sert de réference et dans lequel je reporte tous les noms de soldats ayant un lien avec le département (naissance, enregistrement décès, présence MAM, fiche Mémoires des hommes MPF et Non MPF, diplome remis ....) nous arrivons à un nombre de noms dépassant les 

13.500 noms

(à mettre en parralèle avec les 9449 de la liste présentée ci-dessus)

 

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 Aujourd'hui, 27 octobre 2015, je viens de finir la saisie des 2 cahiers. Au final, une fois les doublons clairement identifiés, nous arrivons à 9400 diplomes de Morts pour la France.
Ce travail aura permis de trouver quelques cas nouveaux, mais aussi de s'apercevoir que pas mal d'erreurs d'aiguillages existèrent

25 janvier 2015

Les concessions dans les cimetières communaux

Dans un message précédent, nous avions vu, que pendant la période 1921-1922, l'Etat avait donné la possibilité aux familles de faire rapatrier les corps des défunts depuis les nécropoles ou les cimetières provisoires présents notamment dans la zone du front.
Ainsi 1707 retours de corps furent répertoriés et rapatriés dans le département de l'Indre, voir ICI

Au niveau local, les familles avaient alors la possibilité soit d'inhumer le défunt dans la sépulture familiale soit dans un carré dit "des corps restitués". Lors de sa session de janvier 1921, le conseil municipal de Badecon le Pin vote l'attribution d'une concession à perpétuité pour tous les soldats dont les corps seront ramenés.

CaptureMairieBadecon_Janvier1921_ConcessionPerpetuelle
Sources: Registre des délibérations du conseil municipal de Badecon Le Pin (36)

On notera que sans précision supplémentaire, ceci s'applique à tous les corps, tant en carré de corps restitués que dans les sépultures individuelles.
Au terme d'une visite des deux cimetières de la commune de Badecon le Pin , il apparait tous les corps restitués reposent dans les carrés dits de corps restitués et aucun dans une sépulture individuelle.

Un carré des corps restitués est présent dans chacun des deux cimetières de la commune:

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Carré des corps restitués du cimetière de Badecon (voir Mémorial Gen Web)

 

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Carré des corps restitués du cimetière du Pin (Voir Mémorial Gen Web)

 

D'après les données trouvées aux Archives Départementales (voir message ci-dessus "1707 retours"), pour la commune du Pin (nom d'alors), nous avons 8 corps qui furent rapatriés. Mais au final, se furent 9 corps qui se trouvent dans les 2 cimetières.
Un corps fut donc rapatrié plus tard que le dit recensement préfectoral:
Il s'agit de BRUNAUD Joseph Camille

Badecon004

 

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