13 septembre 2017

Lettre de métal , un indrien d'Indochine (Actualisé 2017)

Depuis quelques temps déjà, je tourne autour d'Indochine (1982, plus exactement). A l'époque, en seconde à Blaise Pascal (Châteauroux), c'était le temps de l'Aventurier.
Bien que m'étant orienté vers une branche plus "industrielle" (musicalement et professionnellement), je suivi, malgré les péripéties, la carrière d'Indochine.

Maintenant, c'est surtout mon fils Clément qui est fan, mais, je m'y intéresse toujours et encore.
Le dernier album est donc depuis quelques temps sur la table du salon. Eh oui, chez les Charraud, on achète encore des CD (ceux avec une pochette), pas encore converti au virtuel MP3.

Allez, si vous cherchez un sujet pour le Brevet, en Histoire des Arts, je vous propose une amorce de réflexion. Cependant, attention, des profs (comme moi) consultent ce site, alors, ne vous contentez pas du traditionnel Copier/Coller :-) Faites preuve d'imagination !!!!!!!!

Nicola Sirkis (chanteur et compositeur du groupe) avait, lors de la sortie de leur dernier album, un peu partout dans les médias, annoncé son attrait pour 14-18 et en avait fait la thématique de:

La République des Météors.

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Dès le premier simple, le groupe annonçait la couleur avec

Indochine - Little Dolls

Indochine Le Lac

On pourrait aussi aisément transposer les paroles de "Un ange à ma table"

 

Cependant, une chanson m'interpelle plus particulièrement: La lettre de Métal

Indochine – La lettre de métal par VEVO

 

Cette chanson est annotée comme un "Tribute to Ernest Lauzanne".
Or le seul Ernest Lauzanne présent dans Mémoires des Hommes est un Indrien, originaire de Saint Hilaire (actuel St Hilaire sur Benaize). Il fut combattant au sein du 160ème RI et tomba le 27 juillet 1916 à Maurepas (Somme).
Le journal de marche du régiment le reporte bien dans les pertes de la 6e compagnie.

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Sources: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

Le livret de l'album, nous renvoie à ce soldat.
On note la présence de la lettre originale qui inspira le texte de la chanson, ainsi que la présence de photos (prises par un photographe du Blanc-Indre) d'un homme qui vraisemblablement est Ernest Lauzanne, en civil.

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La page de gauche du livret est composée d'un reproduction de la dite lettre manuscrite reprenant le courrier d'un combattant. Nicola, dans diverses interviews, explique la construction de cette chanson, à partir de cette lettre.

A la lecture du texte, du fait de son côté contestataire, on peut considérer cette missive comme une lettre testament. Le pressentiment de ne plus en avoir pour longtemps, l'impossibilité d'en revenir sont une constante du texte.

En voici la transcription:

Mon cher petit Henri,
Comme je vais bientôt partir c’est à toi mon cher fils que je veux m’adresser et te laisser cette lettre comme souvenir de moi, car mon cher petit Henri, quoique tu connaisses bien ton papa quand il va te voir, si je reste là-bas tu ne te souviendras jamais de moi, tu n’as que deux ans et demi mon Henri. Je t’aime de tout mon cœur ainsi que ta sœur et ta mère, vous êtes mon seul espoir mon unique force et pourtant il faut que je vous quitte pour aller me battre, pour aller au devant de la mort, pour être peut être blessé entre les lignes de combat et mourir quelques jours après dans d’atroces souffrances faute d’être secouru comme tant d’autres malheureux prolétaires l’ont été avant moi. Car mon fils, vois-tu, déjà vingt mois que la guerre dure. Déjà un million d’hommes ont été fauchés là bas. Si je n’y suis pas allé plus tôt c’est parce que j’étais malade et même je le suis encore mais comme il faut des hommes l’on y regarde pas de si près, il faut marcher ou crever, voilà la devise de beaucoup de majors français. Enfin, je vais partir avec courage mon fils, je ne veux pas me laisser aller au découragement : car je ne veux pas mourir, je veux vous revoir tous les trois après cette terrible guerre, je veux veiller sur votre enfance à toi et à ta sœur, vous élever du travail de mes bras à la sueur de mon front. Mon fils, quand je dis je veux j’exagère car mes forces peuvent bien me trahir, je suis si faible et une balle ou un éclat d’obus sont peut être réservés pour moi là bas. Tu n’oublieras jamais mon fils que si je reste là bas couché sur le champ de bataille, que si vous êtes orphelins et que ta pauvre mère est veuve et est obligée d’être une misérable pour pouvoir vous élever, que c’est la faute de la classe aristocratique qui a fait tout ce qu’elle a pu pour faire déchaîner cette guerre faite pour la destruction de notre classe, de cette classe ouvrière qui ne leur demandait pourtant rien que de vivre en paix en travaillant pour élever sa petite famille. Mais ils nous trouvaient trop heureux, non contents de boire notre sueur ils ont voulu encore boire notre sang, cette race là ne recule pas devant le crime pour arriver à ses fins. Souviens toi de cela, mon fils. Je te lègue ma haine pour cette race qui a déchaîné cette effroyable tuerie, ce carnage qui n’a rien d’humain car quoique nous soyons au vingtième siècle par eux nous sommes descendus au niveau de la brute à l’état sauvage, nous allons nous entre-tuer avec des hommes que nous n’avons jamais vus ni connus. Tout cela est ignoble et pourtant il faut le faire. Comme beaucoup j’ai les idées de la révolte mais pour la moindre faute c’est le poteau d’exécution et douze balles dans la peau. Je ferai bravement mon devoir mon fils, si je trouve la mort ce sera face à l’ennemi car pour tout au monde je ne veux pas que tu aies à rougir de ton père. Je ne veux pas que si un jour ta mère recevait la nouvelle de ma mort il y ait la mention « mort en lâche ». Non, cela jamais mon fils, je n’ai jamais été un lâche, je n’ai jamais vécu de la charité de personne et je serai fier de toi mon fils de me ressembler. Deviens un homme et quand tu seras fort prends soin de ta mère qui est si bonne pour toi. C’est toi mon fils que je charge de me remplacer et souviens-toi toujours que tu auras le droit de jeter à la face de la classe aristocratique que c’est elle qui est la cause de la mort de ton père.
Adieu mon Henri. Adieu ma Simone. Adieu ma femme bien aimée. Une dernière fois adieu mes trois adorés.

Ce courrier est datable des environs de mai 1916 (Car mon fils, vois-tu, déjà vingt mois que la guerre dure)soit quelques mois avant la disparition d'Ernest Lauzanne.

Après quelques recherches sur le net, quelques fils de discussion sont trouvés et se rapportent au texte. Mais aucun ne s'intéresse à la lettre originale. Alors, comme bien peu de gens le font, j'ai lu la page du livret où l'on retrouve les participations et les remerciements.
Heureuse initiative, Hervé Lauzanne est le producteur de l'album, pour Jive Epic. Originaire du Blanc, nul doute qu'il s'agisse d'un descendant d'Ernest.

Merci à Nicola et Oli de Sat, pour cet excellent album.
(Clément se joint à moi pour les remerciements)

Indochine:
http://www.myspace.com/indochineofficial
http://www.indo.fr/


 

Ajout 2017:
Dans le cadre de l'association "les amis du Blanc", le numéro 17 du bulletin asssociatif revient sur Ernest Lauzanne avec une reprise de l'article ci-dessus, mais surtout avec un nouvel article inédit rédigé par Daniel Lauzanne, petit-fils d'Ernest et père de Hervé (producteur de l'album d'Indochine).Cet article est centré sur la vie et les souvenirs de vie et de mort d'Ernest.

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08 septembre 2017

Les testaments des soldats, un fonds d'archives à découvrir et parfois surprenant

Pour mon 600e message sur le blog, je décide de m'intéresser à l'actualité 14/18 sur le net et ses répercutions sur les soldats de l'Indre. C'est pour moi l'occasion de vous faire découvrir une nouvelle source documentaire dont j'ai pris connaissance suite à un article publié dans le journal "La Croix"

Dans le cadre du centenaire 1914-1918, il est à constater que l’Histoire rentre parfaitement dans l’ère du numérique. Nous avions le site Mémoires des Hommes, les fiches matricules des Archives Départementales et bien d’autres nouvelles sources.
Aujourd’hui, une nouvelle source retient particulièrement mon attention car elle permet une approche différente des combattants d’alors. Cette initiative est en cours et n’a pas atteint sa pleine amplitude mais laisse présager de résultats intéressants. Elle est le fruit d'une collaboration entre l’École des chartes et le Minutier central des notaires (Archives nationales).
Le partenariat Ecole des Chartes / Archives Nationales consiste actuellement en la mise en ligne de 134 testaments de soldats parisiens et conservés aux Archives nationales.

Cela permet une présentation des testaments et de leurs transcriptions. Cela ouvre donc une voie de recherche intéressante, peu utilisée jusqu’alors.

L’accès peut se faire via le site suivant : Testaments de guerre de Poilus parisiens (1914-1918) : une édition critique

Tout de suite, une idée me vient "Peut-être quelque chose à rechercher aux AD36 dans les fonds notariés, un jour prochain …"

Bien évidemment, je me suis empressé d’ausculter les 134 cas présentés.

Tout d’abord, un petit regret, il n’est pas possible de rechercher par unité, les numéros d’unité sont effectivement englobés dans les notices individuelles. Il est donc nécessaire d’ausculter fiche par fiche pour retrouver les unités indriennes, à savoir les 68, 90, 268 et 290e RI et éventuellement les unités territoriales (65 et 66e RIT). De même, les testaments et leurs notices ne font pas référence au lieu de naissance, alors que nous savons tous que bon nombre de natifs de nos départements de province figurent au sein de la population parisienne (voir LIEN)

Rappel des lieux de transcription des natifs du département de l'Indre:

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3 soldats issus des régiments de l'Indre, ayant rédigé un testament à Paris ont été repéré dans la liste du site elec.enc.sorbonne.fr :

  • Armand Marcel CORNILLAULT – 68e RI
  • Jules Emile LAFORET – 268eRI
  • Alcide Firmin TOURAIN – 90e RI              

Parmi ces 3 soldats, Armand Cornillault est originaire de Tours (37). Je me suis donc intéressé aux 2 autres.

- Jules LAFORET est natif de Saint Gilles (36). Il est de recrutement Le Blanc (N° Matricule 1248 de la classe 1904) Au moment de sa conscription, il est déclaré comme Clerc de Notaire et déclare en 1909 une résidence Avenue de la République Paris 11 puis en 1911 il réside Rue Saint-Sauveur à Paris 2. Sur la fiche matricule, il est indiqué comme affecté au « Régiment d’infanterie de Le Blanc », ce qui inclue le 68e et le 268e RI. La fiche Mémoires des Hommes indique qu’il décède le 19 novembre 1914 à Poperinghe (Belgique) de blessures de guerre alors affecté au 268e RI. Son corps a donc été rapatrié de la première vers Poperinghe où il décède (Ce lieu est en arrière de la zone de combat).
En relisant le Journal de Marche et Opérations du 268e RI, on notera cependant l’absence du patronyme dans la liste des pertes quotidiennes, ce JMO est pourtant un exemple à suivre concernant les reports nominatifs des tués, blessés et disparus. Son nom aurait dû apparaitre dans les listes issues des pertes des jours précédents son décès, au moment où il fut évacué à l’arrière pour blessures. Aucune perte signalée, le 14 novembre 1914 au sein de l’unité.

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En cherchant dans le Journal officiel des lois de la république, il apparait qu'il reçut à titre posthume la Croix de guerre avec étoile de bronze. Son affectation déclarée est bien le 268e RI

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Sources Gallica JORF 26/09/1922 page 14197

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Sources AD36 Blanc (Le), Châteauroux - 1904 - R 2399  Matricule numéro 1248

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Sources AD36 Blanc (Le), Châteauroux - 1904 - R 2399  Matricule numéro 1248

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Sources AD36 Blanc (Le), Châteauroux - 1904 - R 2399  Matricule numéro 1248

Jules Laforet ne figure sur aucun monument dans le département, on le trouve pas sur un Livre d'Or du département de l'Indre, il est aussi absent du Mémorial de la Ville de Paris actuellement mis en ligne.

 

- Alcide TOURAIN est natif de Saint-Marcel (36). Au moment de sa  conscription, il est du recrutement de Châteauroux (n° matricule 142 classe 1901).  En 1905, 1906 puis 1909, il déclare résidence à Paris 4 puis Paris 12. Sur sa fiche matricule, il est inscrit comme maçon. Appelé le 3 aout 1914 au 90e RI, il décède le 27 mai 1915 aux combats de Calonne à Liévin (62). Il fait alors parti des soldats tués ce jour. La fiche Mémoires des Hommes nous permet de connaitre son affectation à la 7e Cie, fort éprouvée ce jour-là, comme le reporte le Journal de marche régimentaire

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Concernant la fiche matricule, on apprend que se veuve Mme Mélanie MOREAU, avec qui il s’était marié en 1906 à Châteauroux, s’est retirée au Pont Chrétien (36). A noter l’erreur de département sur la fiche matricule, indiquant à tort Charente comme département.

Alcide Tourain figure sur les monuments aux morts de Le Pont Chrétien (36) et Chavin (36). Il est présent sur les livres d’or de Le Pont Chrétien (36) et Paris 12 (75). Un diplôme de Mort pour la France fut adressé à la mairie de Saint Marcel (36)

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Sources AD36 - Châteauroux - 1901 - R 2375 Matricule numéro 143

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Sources AD36 - Châteauroux - 1901 - R 2375 Matricule numéro 143

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Sources AD36 - Châteauroux - 1901 - R 2375 Matricule numéro 143

 

Nos deux natifs indriens ont donc bien quitté le département pour aller s’établir à Paris, mais les liens avec le département de naissance sont toujours existants à leur décès. On notera que ces testaments ont été rédigés le jour de leur appel à mobilisation, soit juste avant leur départ pour Le Blanc ou Châteauroux afin de rejoindre leur unité.

Il est possible d’accéder aux notices individuelles testamentaires à partir de l’index alphabétique via l’Index des Testateurs


 

Mon article pourrait s’arrêter ici par cette rapide présentation, mais à la lecture des dits testaments, je ne peux que signaler celui de Jules LAFORET.

Ce dernier est donc « clerc de notaire », il a donc l’habitude des actes et de leur rédaction, le style dénote de cette aptitude. Seule la première page a été mise en ligne, mais elle éclaire sous un nouveau jour certains cas et le contexte de ces jours d'août 1914 et de cette mobilisation.

Je vous la livre brute telle quelle apparait, vous laissant ainsi à vos réflexions sur ce type de texte qui m'a surpris, n'ayant jamais imaginé un tel cas :

Je soussigné Jules Laforêt, 14 Rue Saint Sauveur à Paris.
Donne et lègue à Anna Emmrich ma femme la toute propriété et jouissance d’un quart (1/4) de tous les biens meubles et immeubles qui composeront ma succession - ce quart elle le prendra à son choix.
Au cas où elle quitterait la France pour aller fixer son domicile en allemagne je la prive de l’usufruit légal que lui confère la loi et de la tutelle légale de nos enfants. Dans ce dernier cas c’est mon cousin Emile Trinquart demeurant à St Benoit du Sault (Indre) qui exercerait cette tutelle et après son décès son fils aîné qui lui succèdera.
Paris le quatre août mil neuf cent quatorze.

Je n’ai pas plus d’informations concernant ce cas, la fiche matricule étant muette concernant ce fait, je ne sais ce qu’il advint de la veuve LAFORET née EMMRICH. On notera cependant que si un exemplaire de diplôme de Mort fut transmis à la mairie de Saint Benoit du Sault (36), Jules ne figure sur aucun monument ou livre d’or indrien et qu’il ne figure pas non plus sur le Monument virtuel de la Mairie de Paris

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02 septembre 2017

"Lafayette nous voilà" 2 septembre 1917, les Américains arrivent à Châteauroux. Le Base Hospital 9.

Il est un sujet 14/18 qui est bien souvent oublié lorsque l'on aborde la présence américaine dans le département, ce fut la présence dès 1917 de soldats américains à Châteauroux. Nous avons fêté dernièrement le centenaire du "IIIrd Aviation Center" d'Issoudun. Nous pourrions abordé le camp de la Martinerie, celui de Neuvy Pailloux ou même l'usine qui était prévue à Châteauroux et qui devait produire des masques à gaz, mais qui ne vit pas le jour du fait de l'arrêt du conflit, mais il est un sujet assez bien documenté qui me tient à coeur, celui de la présence du service de santé américain à Bitray.

En 1917, la cité de Bitray n'existait pas encore, nous avons vu dans un message de  2016 que le lieu avait servi de camp d'internement pour les étrangers, mais l'entrée en guerre des Etats-unis vit ce lieu se transformer avec une nouvelle vocation.

En effet, le département de l'Indre occupe une position intermédiaire entre les ports de l'Atlantique et la ligne de front attribuée aux troupes US dans le secteur Est de la France.

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Le "Base Hospital 9" a été constitué en février 1916 au "New York Hospital" de la ville de New York et a été mobilisé le 21 juillet 1917 à "Governors Island", à New York. Après une courte période d'entrainement, l'unité quitta New York le 7 août 1917 à bord du Finland et arriva à Saint Nazaire, en France, le 20 août 1917. Il est resté à Savenay avec le "Base Hospital 8" jusqu'au 1er septembre 1917.

Finland

Le 2 septembre, l'unité déménagea, en position intermédiaire, à Châteauroux, département de l'Indre, sa position définitive. L'unité occupa un certain nombre de batiments récents à l'origine prévus pour un asile de charité, mais qui avait été utilisé par les Français comme hôpital militaire. Après l'installation du "Base Hospital 9" dans ces murs, un détachement du Génie construisit de nombreux bâtiments en bois et implanta des installations de radiologie. Plus tard, quand les patients commencèrent à arriver en plus grand nombre et que plus de lits furent nécessaires, l'école normale de Châteauroux devint une annexe de l'hôpital. L'hôpital avait une capacité allant jusqu'à 1926 lits, mais en cas d'urgence, jusqu'à 2250 patients furent pris en charge. Le "Base Hospital 9" reçut des cas médicaux et chirurgicaux, mais au printemps 1918, il fut spécialisé en hôpital orthopédique. Une ferme de 7 hectares (18 acres dans le texte originel) fut louée et tenue par les patients convalescents ce qui leur donna moyen de s'occuper et de se rendre utiles tout en fournissant des légumes de base et du porc frais.

Bien que le premier patient ait été admis le 15 septembre 1917, le premier train hospitalier de patients n'est arrivé que le 14 janvier 1918. L'hôpital a fonctionné du 15 septembre 1917 au 13 janvier 1919 lorsqu'il a été repris par le "Based Hospital 63". Au cours de son activité, 15,219 malades et blessés ont été pris en charge.

Sources: Traduction de l'historique du "Base Hospital 9" A. E. F

Quelques liens utiles concernant le Base Hospital 9 et Châteauroux:
L'historique:  https://archive.org/details/basehospitalno9a00browrich
Des clichés concernant Châteauroux et le BH9 sur le site "Library of congress" https://www.loc.gov/search/?in=&q=chateauroux&new=true&st=

Voici un aperçu de quelques clichés pris les soldats américains pendant leur séjour à Châteauroux:

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28 juillet 2017

28 juillet 1917, les Sammies arrivent à Vierzon.

Demeurant à Vierzon, le fait 1418 y est aussi présent, je m'y intéresse donc..

En ce jour, il y a 100 ans le 28 juillet 1917, sous mes fenêtres, défilaient les troupes américaines. Ces clichés sont souvent présentés comme étant ceux des troupes de l'AEF (Américan Expeditionnary Force) se rendant au IIIrd Aviation Camp d'Issoudun, ceci à tort.

3-DéfiléDesTroupesAméricaines(28Juillet1917)_Trytique

En réalité, bien peu le savent, mais Viezon fut le lieu que choisirent les autorités américaines pour installer un camp du Génie. Voici ce qu'en dit Charles Bonhert, un historien local:

Le 28 juillet 1917, les premiers soldats américains appartenant à la 1ère Division défilent dans Vierzon. Ils sont environ 350 et ils appartiennent pour la majorité au 15e régiment du génie. Cette unité qui dépendait du Headquarter (quartier général) installé à Tours participa à la construction de voies de chemin de fer et à leur sécurité, Vierzon étant situé sur le tracé principal entre Nantes (port de Saint-Nazaire) et la région Est 
Les américains mettent en place une grosse infrastructure à Gièvres : le General Intermediate Supply Depot (200 magasins sur 40 hectares, 213 km de voies ferrées 555 aiguillages, dépôt pétrolier, usine frigorifique, arsenal, un atelier de 200 locomotives)

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La gare de Vierzon devient un point important du dispositif, d’où l’intérêt de l’installation permanente d’un camp. Celui-ci se montera à Vierzon (Bourgneuf) dans l’axe de la route de Brinay et des routes d’Issoudun 
 
Délimitation du camp:  
Au Nord: rue du petit camp  
A l'Est: rue saint  Exupery
Au Sud: chemin de la petite Noue  
A l'Ouest: chemin du camp (cette limite n’est pas certain, la route de Méreau  pourrait être la limite ouest)  
 

carte

Quelques vestiges:

DSCN0460  DSCN0466  DSCN0483  IMGP2590

Sources:
Charles Bonhert (Pages1418)
http://15thengineer.50megs.com/wwi_-15th.htm

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06 juillet 2017

Le centenaire du IIIrd Aviation Camp d'Issoudun-Volvault

Dimanche 25, je me suis rendu à Volvault pour assister au centenaire de la création du 3ème centre d'instruction de l'aviation de l'American Expeditionary Force (AEF).

Ce moment, fut emprunt d'émotion et on ne peut que féliciter les Issouldunois concernant l'organisation d'un tel moment. Plus tard dans d'autres billets, je reviendrais sur d'autres témoignages de la présence américaine dès 1917, notamment à Châteauroux et à Vierzon (Lieu où je réside), mais en attendant, je me fais un plaisir de vous partager un petit reportage photo.

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Tout d'abord, plutôt que d'entreprendre un historique qui s'avèrerait quelconque, je ne peux que conseiller l'essentiel ouvrage de Bernard Gagnepain (THE spécialiste) sur le sujet aux Editions Sutton (2007)

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Voici donc quelques clichés de cette cérémonie dont les points d'orgue furent le déploiement du drapeau 1919 du IIrdAC et l'inauguration de l'allée Hiram Bingham (Et oui, "Indiana Jones" a existé et fut commandant du camp d'Issoudun)

Petit aparté: Si Hiram Bingham inspira Georges lucas dans le rôle d'Indiana jones, on notera avec délectation (pour le fan que je suis) qu'un autre lien peut être fait avec ce personnage de fiction, dans le cadre de l'implantation, non loin d'Issoudun, à Neuvy Pailloux, de l'usine qui devait produire le char Mark VIII Liberty http://indre1418.canalblog.com/archives/2012/10/06/25264744.html

 

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Les ballons, lâchés par les élèves des écoles d'Issoudun, prennent le vent et partent comme autant de points bleus, blancs et rouges dans le ciel.

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Le drapeau 1919 (au centre), flotte au vent

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Vue sur la champagne berrichonne ce qui fut il y a 100 ans, un ensemble de 13 terrains d'aviation

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 Sur la route entre Volvault et Issoudun, les terrains sont marqués pour rappeler cette présence américaine

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23 juin 2017

Les lecteurs du blog sont formidables.

Un message particulier, en effet, ce n'est pas tous les jours que j'en fais de tels.

Merci à Pierre qui, depuis le Maine et Loire, m'a gracieusement offert une photo souvenir du 90e RI, prise en 1899. Ce cliché qui pourrait sembler anodin est en réalité très intéressant, il regroupe les sergents et sergents-fourriers du régiment. Ceux-ci sont reconnaissables à leurs galons dorés en bas de manche et à celui au dessus du coude pour les fourriers.

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Merci Pierre de votre intérêt pour le blog.

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07 juin 2017

Imbroglio dans le patronyme: Loesch ou Louèche

Il y a longtemps que je n'avais pas pris le clavier pour rédiger un message. Je donc tâcher de vous proposer un petit billet autour des difficultés liées à la recherche et aux sources disponibles.

Depuis une dizaine d'année, j'ai établi une liste des soldats décédés au sein des unités du département. Cette liste évolue très peu, voir quasiment pas. Elle avait été établie à partir des fiches mises en ligne sur le site Mémoire des Hommes et avait été complétée à partir de diverses données comme les historiques d'unités, les journaux de marche, par exemple.

Aujourd'hui, une correspondante du forum Pages 14/18 (Aline) me signale une sépulture trouvée sur Généanet. Je n'ai pas de compte sur ce site, mais beaucoup de données sont malgré tout consultables sans abonnement.
Mon correspondant me signalait des photos prises d'une sépulture, au cimetière Saint Denis de Châteauroux. Jusqu'à présent, je m'étais limité aux carrés militaires sis dans ce même cimetière. Il me signalait donc une sépulture au nom de Michel Loesch, tombé le 9 mai 1915 à Loos en Gohelle.

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Or, dans ma liste, je ne trouvais aucun patronyme Loesch. Par contre, j'avais effectivement un soldat tombé à cette date mais qui répondait au patronyme de Louèche Michel. Bizarre, je fis donc une recherche sur les site des AD36.

A sa naissance, Michel fut déclaré sous le patronyme Louèche, sa fiche matricule et sa fiche Mémoires des Hommes sont bien sous ce patronyme.

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S'il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien du même soldat, pourquoi LOESCH sur la sépulture et LOUECHE sur les documents administratives, la réponse actuellement n'est pas connue.
Faut-il y voir une volonté de franciser un patronyme qui faisait alors un peu trop "bôche" (nécessaire de se repositionner dans le contexte de l'époque), cela n'est qu'une vague hypothèse, actuellement sans réponse.

Huguette, fidèle lectrice di blog a entrepris quelques recherches généalogiques qui démontre la réalité du patronyme LOESCH, famille venant de Climbach et Lembach, au nord de l'Alsace, alors allemande

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Merci Huguette pour les recherches.

Sources (cliquez sur les liens):
Généanet

Acte de naissance (Page 44)

Fiche Matricule (Page 353)

Fiche Mémoires des Hommes

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04 avril 2017

Aisne, Oulches, Hurtebise, une surprise ministérielle en première ligne pour le 290e RI.

Pendant son séjour dans l'Aisne, le 290e RI eut une visite originale sur son front du Chemin des Dames, en voici le report par le Lieutenant-colonel Eggenspieler, chef de corps du régiment:

Dans l'après-midi du 14 juillet je fus appelé au téléphone par le Commandant de Corps d'Armée. Il me tint des propos énigmatiques auxquels je ne comprenais rien. Il me questionna sur mon P.C., sur mon approvisionnement en couvertures, etc... Puis il en resta là. Je ne pensais plus à rien quand le soir vers 21 heures, en me tenant sur le chemin devant mon P.C., je vis arriver le Général Niessel accompagné d'un Monsieur en civil et d'un Chef de Bataillon en tenue kaki. Je compris alors la conversation au téléphone de l'après-midi. Dans le Monsieur en tenue civile je reconnus facilement le Ministre de la Guerre, quoiqu'il eût un casque de soldat sur la tête.

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Le Général me présenta à ces Messieurs et me dit que le Ministre passerait la nuit avec moi, qu'il désirait assister à une relève (il y en avait une dans la soirée) et qu'il visiterait les tranchées le lendemain matin. Là-dessus le Général se retira, non sans m'avoir fait remarquer que, jusqu'à son retour le lendemain matin, j'étais responsable du sort du Ministre. Bigre, jamais pareille responsabilité ne me fut échue pendant toute la campagne. J'étais très flatté que le régiment ait été choisi pour recevoir cette visite de marque. Si le Ministre est venu chez nous c'est qu'on était sûr que tout ce qu'il verrait au régiment serait bien. Peut-être aussi est-il venu dans notre secteur par une délicate attention du Commandant de Corps d'Armée qui me connaissait et qui voulut m'être agréable.
Je n'ai prévenu personne de l'arrivée du Ministre, d'abord par précaution, ensuite pour que M. Painlevé vit la troupe et la vie en secteur telle qu'elle était, sans aucun apparat, ou comme nous disions entre nous, sans fumisterie.
En attendant la relève, nous sommes allés voir les cuisines établies dans le talus Nord du chemin d'Oulches. Le Ministre a été frappé de leur ingénieuse installation. Elles étaient à la fois abritées contre les vues des avions et contre les obus. Le Ministre a questionné les cuisiniers sur les repas qu'ils confectionnaient, il a été très satisfait des réponses qu'il a obtenues. La visite des cuisines, terminée, nous sommes remontés sur le plateau. A ce moment la relève arrivait. C'était un bataillon du 68e (Bourgoin je crois) qui venait relever le 5e bataillon (Gagnier) du 290e. Le bataillon du 268e s'est très bien présenté. Le Ministre a remarqué l'allure martiale du Commandant du bataillon, qui, si je me rappelle bien, venait des Chasseurs à pied. Les hommes ont eu une allure très correcte. La plupart d'entre eux cependant n'ont pas dû voir le Ministre parce qu'il commençait déjà à faire sombre. A la queue de la colonne quelques hommes se disputaient. Ils avaient sans doute un peu trop arrosé leur retour en ligne. Quand on leur a fait remarquer que le Ministre se trouvait au bord du chemin pour voir passer, l'un d'eux a dit : « Eh ! ben quoi, il n'est pas malheureux le Ministre ! » Un autre a accentué la note. Il a demandé qu'on le regarde bien, parce que c'était lui le plus c... du Corps d'Armée. Personne ne lui ayant dit le contraire, il continué paisiblement son chemin. Le Ministre s'est bien aperçu du léger mouvement qui s'était produit à la queue de la colonne. Il m'a demandé ce que les soldats disaient. Je lui répondu que c'était des hommes qui en raison du 14  juillet discutaient un peu fort. C'était la note gaie du défilé.
Le bataillon montant étant passé, nous sommes entrés dans mon P.C. où j'ai fait la présentation de mes officiers. En attendant le passage du bataillon descendant (5e du 290e) on a causé. Le Ministre ne semblait pas être très causeur, tout en se montrant doux et affable. On n'a dit que des banalités. A un moment donné cependant, le Ministre s'est moqué des Russes qui, disait-il, faisaient soviet.

 

Quand le 5e bataillon du régiment fut annoncé, nous reprîmes notre poste au bord de la route. Le bataillon s'est présenté dans une belle attitude, le Commandant Gagnier en tête. Le Ministre a fait venir près de lui un certain nombre de sous-officiers au fur et à mesure qu'ils passaient. Il paraissait un peu embarrassé pour leur causer. On voyait qu'il n'avait pas l'habitude de converser avec les habitants de la tranchée. A chaque sous-officier qu'il a vu, le Ministre a donné en souvenir une montre en argent. Le défilé du bataillon s'est achevé dans le plus grand ordre et dans le plus profond silence. Le Ministre a pu voir que l'état physique et l'état moral de tous ceux qu'il a interrogés étaient bons, malgré les fatigues de la vie agitée des tranchées.
Après le passage du bataillon, nous nous sommes rendus à ce que j'appelais mon observatoire de nuit, d'où en temps ordinaire j'observais les obus et les combats à la grenade. C'était simplement le dessus de mon P.C. Nous y avons eu un spectacle splendide. Si j'avais eû la possibilité de le faire sur commande, il n'aurait pas pu être mieux réussi.

 

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Juillet 1917 - Le ministre Painlevé en première ligne au chemin des Dames
(Sources: Illustration 27 juillet 1917)

 

La nuit quoique noire était très belle. Sur tout le pour tour de l'horizon on voyait des fusées aux plus belles couleurs s'élancer vers le ciel. Dans la plaine à l'Est de Craonne on vit à un moment donné se produire dans un rayon restreint des éclatements de couleur orange. Les éclatements s'intensifièrent rapidement, puis on vit monter des fusées au même endroit. Après les fusées d'autres éclatements plus importants vinrent se superposer aux premiers. C'était un combat à la grenade. Les combattants avaient demandé le barrage, les éclatements des obus étaient venus se mêler à ceux des grenades. Des signaux lumineux en forme de chenille apparurent ensuite dans le ciel. Pendant que nous contemplions ce spectacle féérique, de gros obus passaient avec un bruit sourd haut au-dessus de nous. Ils allaient si loin à l'arrière qu'on n'en entendait pas les éclatements. Le Ministre était visiblement intéressé par la vie intense de nuit de notre secteur de combat. Tard dans la nuit, il fallut que l'Officier d'ordonnance du Ministre (commandant Helbronner je crois) insistât pour l'arracher à sa contemplation.
On rentra au P.C. où j'engageai le Ministre à aller prendre peu de repos parce qu'il n'y avait plus que deux ou trois heures avant le lever du jour, par conséquent avant le départ pour les tranchées. Je conduisis le Ministre dans son abri. Il était très profond et fatalement un peu humide. En tout cas, on y était à l'abri des obus.

Le lendemain nous nous réunissions autour de la table à déjeûner pour déguster un jus bien noir, sans gnole, et y tremper une bonne tranche de pain de troupe sans beurre. Le ministre voulut bien trouver ce petit déjeûner de soldat à son goût.
Le jus absorbé, je partis avec le Ministre et son officier d'ordonnance visiter les premières lignes. Je les conduisais à la tranchée des Charentes. Elle était au centre du front, facile à atteindre et à parcourir. Chemin faisant, je montrais au ministre les points intéressants du terrain. La tranchée de première ligne française au 17 avril, la première tranchée allemande à la même date, le Chemin des Dames que M. Painlevé désirait voir. Je le reconnaissais au tronc d'un cerisier couché à terre au point où le boyau que nous suivions coupait le chemin. A ce moment je montrais également au Ministre la cathédrale de Laon dont on distinguait légèrement la silhouette dans le lointain.

Au croisement de notre boyau et d'une tranchée inoccupée, nous nous sommes heurtés inopinément au Chef d'Etat-Major et au Capitaine titulaire de l'Etat-Major de la Division. Je me rappelle que le Chef d'Etat-Major portait son brassard rouge. Le Ministre leur a dit quelques mots. Quand les officiers de la Division se furent éloignés, l'officier d'ordonnance dit à M. Painlevé : « Vous voyez, Monsieur le Ministre, on dit toujours que les officiers d'Etat-Major ne viennent pas dans les tranchées, vous venez d'en rencontrer deux ». Je n'ai pas voulu relever les paroles de l'officier d'ordonnance parce que les deux officiers de la Division étaient de braves garçons, et qu'en aucune façon j'aurais voulu leur nuire. Mais si le Ministre était venu la veille sans qu'on l'eût su, ou s'il était revenu de même, le lendemain, il n'aurait vu que des officiers de troupe. La besogne de bureau qu'avaient à accomplir les officiers des Etats-Majors ne leur permettait guère de visiter les secteurs. Il eût fallu dans chaque Etat-Major une section des tranchées. Elle aurait pu confectionner une bonne partie du papier qu'on demandait aux Colonels. La liaison entre la troupe et les Etats-Majors ne se faisait qu'avec du papier, elle aurait dû être assurée par des représentants du Commandement.

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Le ministre Painlevé dans les tranchées de première ligne
(Sources: Le Miroir 26 août 1917)

Arrivé à la tranchée de première ligne, le Ministre a pu se rendre compte de son organisation. Je ne sais pas ce qu'il en, a pensé, il ne m'a fait aucune réflexion. Pour mon compte, étant donné les larges intervalles entre les hommes, la tranchée avait bien plus l'air d'une ligne de surveillance que d'une ligne de défense. Le Ministre a adressé la parole aux soldats, aux sous-officiers et aux officiers près desquels il est passé. Tout en longeant tranquillement la tranchée, nous voyions tout d'un coup le Ministre enjamber le parapet pour passer de l'autre côté. Nous n'avons eû que le temps de le retenir par les basques de son habit. Il n'y avait pas à plaisanter, se montrer au-dessus du parapet d'une tranchée de première ligne était un geste très dangereux: Il y en a plus d'un qui a reçu une balle danss la tête pour moins que cela. Vraiment, ce jour-là, le ministre n'a pas fait honneur à son prénom (Prudent).
Quand l'heure du retour fut arrivée, je ramenai le Ministre et son officier d'ordonnance à mon P.C. A quelques pas plus loin j'aperçus le Général de Division dans une auto dissimulée dans les arbres. Le Ministre et son officier d'ordonnance prirent aimablement congé de moi et de mes officiers. Ils montèrent dans l'auto du Général de Division et disparurent dans le bois. Telle fut la visite du Ministre de la Guerre, M. Painlevé, dans le secteur du 290e R.I. au Chemin des Dames les 14 et 15 juillet 1917. Le principal était maintenant de rendre compte.
Je fis donc un compte-rendu relatant tous les faits et gestes du Ministre, dans un style simple et modeste. En haut lieu on ne le trouva pas assez ronflant. Mon rôle n'était cependanit pas de faire un éloge dithyrambique de l'audace du ministre. Tout le monde m'aurait pris pour un fumiste, le ministre le premier.
L'épilogue de la visite ministérielle consista en une caisse de six bouteilles d'excellent Champagne (du Périer si je me rappelle bien) qui nous fut transmise par le Corps d'Armée. L'envoi était accompagné d'un mot aimable du Ministre en souvenir de la soirée qu'il avait passée avec nous. Pendant six jours consécutifs nous avons bu à la santé du Ministre.
Nous avons voulu que M. Painlevé ait lui aussi un souvenir de son passage au plateau triangulaire. Un de nos artistes a gravé sur une plaque de cuivre découpée dans une douille de 75 l'attestation que le 14 juillet 1917 M. Painlevé, Ministre de la Guerre, avait passé la nuit dans le secteur du 290e au Chemin des Dames. Un officier allant en permission a remis la plaque à un officier du cabinet du Ministre. Nous n'avons jamais su si la plaque était bien arrivée aux mains de M. Painlevé. Celui-ci a peut-être craint qu'en répondant nous ne devenions importuns et que par exemple une deuxième caisse de Périer eût été la bienvenue.

 

Voici le compte-rendu de tout ceci sur le JMO du 290e RI:

 

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On remarquera que cette visite sembla convenir à notre ministre, les retombées arrièrent dès le lendemain:

 

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Sources: Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI - Colonel Eggenspieler
Crédit photo: www.assemblee-nationale.fr

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26 mars 2017

L'hommage de Charles à Charles. La Somme rend hommage aux soldats du Berry

Parmi les messages que je reçois, il en est certains qui me touchent car chargés d’émotion.
Il y a peu de temps, la semaine dernère précisement, j’ai reçu un mail d’un correspondant de la Somme qui m’envoyait la photo de la sépulture d’un soldat du 90e RI qui repose à la nécropole de Rancourt. Charles Pelletier domicilié à Coulemelle (80), entretient et fleurit la sépulture de son homonyme à la nécropole de Rancourt (80), et ce, avec l’aide de sa fille âgée de 11 ans.

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Et oui, vous avez bien lu, il a choisi d’entretenir la sépulture de Charles Pelletier, originaire de Crevant (36) et qui décéda le 8 novembre 1916 à Sailly-Saillisel (80).

Sa fiche sur le mémorial départemental : http://indre1418soldats.canalblog.com/archives/2016/11/08/34503574.html

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Charles Pelletier figure sur le monument aux morts de Crevant et sur le monument commémoratif du cimetière communal

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Photos sources Mémorial Gen Web - Crédit Bernard Butet

 

Merci à Charles, merci à sa fille, une pensée pour Charles.

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07 mars 2017

Les CPA de la Marne: Le commandant JETTE (17e DIvision) [Actualisation 2017]

Toujours dans mes cartes postales anciennes, je viens de faire une petite trouvaille [Message d'origine datant de 2008]
Alors que je pensais avoir la série complète, je viens de trouver récemment une nouvelle carte qui m'était inconnue et au combien intéressante, car pour une fois, il est possible de la commenter, de la compléter.

Pour la série complète voir: ICI

Jette

Jette_3

 

La sépulture du premier plan est celle du Commandant Jette de l'Etat-major de la 17e DI. Les autres sont celles de soldats du 90e RI

 

DI017_TH_Jette   DI017_MPLF_JetteMarieEtienneHenri
Sources: Tableau d'Honneur - L'Illustration  / Sources: Mémoires des Hommes

On notera l'erreur de date de décès sur le Tableau d'Honneur de l'Illustration, il faut lire 1914 et non 1915 (coquille de l'imprimeur).

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Sa fiche matricule aux AD86

 

Voici comment le JMO rapportait les faits:

7 septembre – Le 1° bataillon s’établit sur la ligne droit Ferme Grand ferme de Morains le Petit, 3° bataillon au Nord de Bannes, 2° bataillon en réserve au NE du mont Août. La préparation du combat est faite par l’ennemi au moyen d’une canonnade intense qui dure de 9 H du matin à 8 H du soir . Le bataillon établi devant Bannes conserve ses positions avec peiner. Le 1° bataillon subit des pertes sérieuses dans ses tranchées. Le 3° bataillon (Cdt Reynes) après une attaque de nuit à 16 H 25 sur Aulnizeux où il rencontre une résistance acharnée de la garde prussienne. Par trois fois nos troupes se lancent à la baïonnette dans les rues du village dont une partie est incendiée. Le Cdt Regné est blessé à la tête et le Cdt Jette, Chef d’Etat Major de leur Division, qui avait rassemblé à son commandement les sections de différentes compagnies, est frappé mortellement en les menant au combat. Aulnizeux n’en reste pas moins aux mains de l’ennemi.

 


 

Actualisation mars 2017

Un peu plus de cent plus tard, par le biais d'une discussion sur les sépultures de ces journées de septembre 1914 via le forum Pages1418, Jean Luc, un correspondant spécialiste du secteur me fait parvenir un cliché qui vient compléter cet article:

100 ans plus tard, même si elle menace ruine, la batisse qui se trouve sur la carte présentée ci-dessus existe toujours:

 

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Merci à Jean Luc (Artiflot02) pour le cliché

Le champ par devant le bâti est maintenant retourné à un usage agricole, malheureusement, le lieu des sépultures actuelles est inconnu.

Furent-elles rapatrié au pays par les familles ou bien furent-elles regroupées dans des nécropoles ou cimetières proches?

 

Posté par Indre1418 à 09:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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