28 septembre 2015

Le capitaine Bouverat et les bleus de la classe 1918 du 68e RI.

Collectionner des cartes photos ayant rapport avec les unités du département de l'Indre est une passion qui prend du temps mais surtout demande de la patience. Parfois certains achats sont quelques peu foireux et parfois on tombe sur des pépites insoupçonnées. Concernant ces clichés, ceux ayant trait aux périodes dans la Zone des armées sont relativement rares. Par contre, il est courant de trouver des clichés ayant trait à la période d'instruction, lors de séjours à l'arrière, périodes plus propices à se faire tirer le portrait en individuel ou en groupe.

Il y a quelques temps, un lot de 2 clichés m'avait intrigué:

RI068_Classe1918_Encadrement2 RI068_Classe1918_instruction2

 

Il s'agit de 2 cartes du 68e RI, la première correspond à un groupe de gradés posant dans une caserne, la deuxième représentant un groupe de soldats avec certains des gradés du premier cliché. Ce qui m'attira fut les uniformes des soldats de la 2ème photo.
Les soldats sont équipés d'une vareuse de début du conflit (Gris de fer bleuté - GBDF) et portent des képis bleu horizon (BH). Fait intéressant, les soldats portent des pattes de col "jonquille" donc de couleur jaune. La carte "officiers et sous officiers" les montrent quasiment tous équipés de drap BH, à l'exception de quelques uns (grades subalternes).
On ne peut se tromper ces clichés sont bien du même photographe, pris au même endroit, le décor d'arrière-plan est le même et pris vraisemblablement le même jour, d'ailleurs le vendeur présentait ces 2 cartes en lot.

Ces 2 clichés étaient-ils datables?

Capture


L'apparition d'éléments BH, permet une datation à minima mi-1915. On note aussi la présence de Croix de guerre sur certains uniformes, nous sommes donc après le mois d'avril 1915 qui institua le port de la Croix de Guerre.
Les pattes de col "jonquille" furent celles de l'infanterie de novembre 1914 à avril 1915. Or il n'est pas rare de voir de tels écussons, dans les dépots, un peu plus tard que ce mois d'avril. On notera l'utilisation des "ersatz" de ceinturon, ici en toile. A partir du 15 mai 1915, leur usage est réservé aux dépots et est interdit en ligne.
Malheureusement, il est assez compliqué d'aller plus loin, en l'absence de toute annotations effectuée au verso des clichés.

Peut-on définir le lieu?

Sans trop de doutes, on peut déterminer que le lieu de prise de vue est situé dans une caserne, donc vraisemblablement à la caserne Chanzy du Blanc (36), d'autant que le dépôt du 68ème RI (voir ci-dessous) était constitué de baraquement provisoires.
L'appel des classes s'effectue tout d'abord au sein de la caserne du régiment, ensuite au bout d'un certain temps de formation, les recrues sont déplacées vers les dépots de régiment. Les dépots des régiments de l'Indre étaient situés autour du camp du Ruchard (Indre et Loire) comme je le signalais dans un ancien message http://indre1418.canalblog.com/archives/2010/09/30/19053474.html De là, les recrues allaient alimenter les régiments, les dépots divisionnaires.

57001110_p 57001034_p
Les dépots des 68e et 90e RI (Saint-Epain et Chapelle de Cheillé)

En 2014, j'avais présenté ainsi une carte concernant la 38e escouade du 90e RI qui représentait la classe 1916 à Châteauroux (qui avait hâte de partir) http://indre1418.canalblog.com/archives/2014/02/27/29324156.html

94185235
Classe 1916 juste avant leur départ de Châteauroux

Un rebondissement:

Une récente trouvaille me fit progresser dans l'identification de ces deux clichés, puisque dans une foire aux vieux papiers, je trouvais non pas un des deux clichés, mais les deux à nouveau dans un même lot, et cette fois une surprise m'attendait.
L'explication est marquée directement sur une des deux cartes.

RI068_Classe1918_Encadrement1 RI068_Classe1918_instruction1_Recto


Le cliché "officiers - sous-officiers" est légèrement différents entre les deux cartes. Le cadrage est désaxé sur la gauche pour la 2ème version et un des officiers du premier rang (le 3ème à gauche) a changé légèrement de position, décroisant ses bras. Concernant le cliché "soldats" le cliché est exactement le même, seul le cadrage est différent et permet de mieux visualiser les soldats de gauche dans la deuxième version.

Maintenant, nous savons donc à la lecture du recto de la 2ème carte "soldats" qu'il s'agit de la Classe 1918.
Ceci change carrément la datation possible. Pour cela, je vous invite à visiter le site d'Arnaud qui est la référence dans ce domaine et de découvrir son article sur l'incorporation des classes 1911 à 1919: http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Pasapas/E402mob2.html

La classe 1918 qui devait à l'origine être appelée en octobre 1918, fut appelée théoriquement le 16 avril 1917. Ces clichés datent donc de cette date. Il est intéressant de voir qu'en 1917, on continue d'utiliser les stocks d'habillement du début du conflit. Cet équipement sera échangé pour une tenue plus "académique" et entièrement en BH, au fur et à mesure de l'avancement de la formation.

Une autre surprise fut de découvrir que le 2ème cliché "Soldats Classe 1918", non seulement avait un titre au recto, mais au verso se trouvait la liste des soldats.

RI068_Classe1918_instruction1_Verso

Voici la transcription de la liste visible sur le verso de la carte ci-dessus, non compris les encadrants:

Rousseau C. - Séché - Richet - Rousseau N - Wurtz R - Annault - Guichard V - Grelet H - Lhuillier J - Vergne M - Robert - Vinet R - Langlois A - Bertrand A - Pirot J - Pommé A - Laurendeau - Tuault P - Giraud L - Perriot P - Malbran E - Malasene - Hucault - Landoyer R - Giraud M - Vincent P - Lourdault M - Pagnard V - Richard - Capin - Larose - Joliveau - Lépy - Vincendeau - Gourry - Perrin H - Legros F - Olivier F - Ardon H - Vinatier S - Pornet S - Lebled - Pineau L - Trouvé G - Turpeau F - Jolly - Portelon

Ceci allait permettre des identifications, non sur les positions des soldats sur le cliché, mais sur le parcours des soldats et des encadrants (officiers, sous-officiers et caporaux).

59 personnes composent le cliché "soldat" cependant seuls 56 noms sont répertoriés sur le cliché.

A partir de la liste nominative, est-il possible de déterminer des renseignements complémentaires?

L'identification des soldats:

Depuis 2006, j'ai établi la liste des Morts pour la France (MPF) du 68ème RI soit 3434 "morts pour la France" (et des autres régiments du département - 3538 MPF pour le 90ème RI), cette liste a d'ailleurs peu évoluée depuis 9 ans, seuls quelques rajouts ont été effectués.
La première chose à regarder est d'abord de comparer les MPF "classe 1918" de mon fichier avec les noms de la carte. Sur mes listes 33 "classe 1918" du 68ème RI qui furent déclarés MPF, aucun des noms ne correspond à la la liste de la carte. Par acquis de conscience, j'ai ensuite regardé dans la liste des MPF du 90ème RI, ce régiment faisant brigade avec le 68ème et ayant le même parcours. Là, trois cas qui correspondent potentiellement à des noms de la carte:

 

  • LANGLOIS Alfred Silvain:

Le soldat Alfred Langlois est né le 26/05/1898 à La Chatre (Indre), il est tombé le 25/08/1918 au ravin de Morsan qui se trouve sur la commune de Vézaponin dans l'Aisne (A noter que la fiche Mémoires des Hommes, indique le département de l'Oise). Il s'agit là des derniers grands combats de la 17e Division qui les menèrent jusqu'aux combats dits de l'Orme de Montécouvé.
Sa fiche matricule disponible sur le site des Archives Départementales de l'Indre (Classe 1918 Châteauroux R2517 Maticule 935 page 620) , nous permet de visualiser sa présence au 68e RI, puis au 90e RI.

AD36_FicMat_LangloisAlfred


Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f15e5bea4/5242be9d84f7a

Il est à noter qu'Alfred Langlois figure sur le monument aux morts et le livre d'or de la commune de La Chatre. La préfecture de l'Indre adressa à la mairie un diplome de Mort pour la France afin que celui-ci soit remis à la famille. Mais surtout, que cette dernière rapatria au pays le corps du défunt et ce dès le premier convoi qui arriva dans le département le 17 mars 1921.

 

  • TROUVE Gaston:

Le soldat Gaston Trouvé est bien le bon soldat. A partir de sa fiche MDH, il est possible de trouver sa fiche matricule aux Archives départementales des Deux Sèvres. Le recrutement indiqué sur la fiche est Parthenay, mais la réalité des registres sur le site des AD79 lui attribue un recrutement à Niort. Sa fiche est bien la n° 72.
Au regard des données présentes sur cette fiche, il apparait qu'il est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et qu'il est ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

CaptureFM_Trouve1Ces données sont très intéressantes car elles permettent une fourchette haute et basse concernant les dates de prise de vues des clichés trouvés, soit entre le 3 mai 1917 et le 1er décembre 1917, date à laquelle il rejoint le 90ème RI.

Gaston Trouvé décèdera des suites d'intoxication par les gaz à Neuilly sur Seine (92), à l'hôpital auxiliaire n°55 (52 Boulevard d'Argenson soit l'actuel centre hospitalier de Neuilly).

Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m00523a02d876db2/5242c0b254ee5

Gaston Trouvé figure sur les monuments aux morts d'Augé et de Verruyes (79). Il figure aussi sur les plaques commémoratives des églises de ces 2 communes.

 

  • VINATIER Réné:

La fiche matricule du soldat René Vinatier vient confirmer les données trouvées sur celle du soldat Gaston Trouvé. Dans ce cas, il s'agit de la fiche n°592 du recrutement Niort de la classe 1918.
Lui aussi est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

René Vinatier succombera le 28 mai 1918 à Provins (60) au sein de l'hôpital complémentaire n°3 des suites d'une broncho-pneumonie.

 

Est-il possible de retrouver les autres noms? Certainement, mais cela demanderait beaucoup de temps. Il serait tout d'abord nécessaire de déterminer quels sont les Bureaux de recrutement qui, pour la classe 1918, furent affectés au 68ème RI. Les 3 cas ci-dessus nous donnent déjà des indications d'origine liées à la 9e Région Militaire (Chateauroux et Parthenay-Niort).
Si je regarde la liste des 98 MPF classe 1918 des 68ème et 90ème RI, j'obtiens dans l'ordre décroissant:

CaptureClassementBureauxRecrutement

Cela me donne donc une liste de 14 bureaux de recrutement, à minima, dans lesquels il faudrait chercher les fiches une à une, tout en ne connaissant que le nom et parfois l'initiale du prénom. Comme de plus les fiches matricules de l'Indre (Le Blanc et Chateauroux) ne sont pas en ligne, je préfère m'arrêter là dans cette étude de recherche (Peut-être un jour, je reviendrais dessus).

 

L'identification de l'encadrement:

CaptureEncadrement

La liste de noms nous indique dans l'ordre des grades: Capitaine BOUVERAT, Sous-lieutenants GENTILLEAU et LOUIS, Adjudants CORON et DELALIEU, sergent DEPOND, caporaux RAGOT et SAUVAITRE
Sur le cliché, les grades sont répartis en fonction de leur niveau en partant du centre, donc du chef. nous avons ainsi de gauche à droite:
1 caporal, 1 adjudant, 1 sous-lieutenant, 1 capitaine, 1 sous-lieutenant, 1 adjudant, 1 sergent, 1 caporal.

Les seuls aisément identifiables sont le capitaine BOUVERAT et le sergent DEPOND, ceux-ci étant les seuls dans leur grade.

  • Le capitaine BOUVERAT:

CapturePouverat


Il est facilement reconnaissable par son uniforme, au passage on notera la présence sur sa manche gauche de brisques de présence au front. Le capitaine Bouverat est aussi celui dont il est le plus facile de retrouver des traces. Un petit passage par Google permet de retrouver sa trace dans le Journal Officiel du 25 novembre 1917.

JO_Bouverat
Sources: Gallica BNF

Encore plus intéressant, comme le montre le cliché celui-ci est titulaire de la Légion d'Honneur. Il est possible sur le site Léonore de retrouver son dossier: http://www.culture.gouv.fr/LH/LH027/PG/FRDAFAN83_OL0342020v001.htm
On y apprend divers éléments d'Etat-civil, ainsi que la date de sa nomination à l'ordre de Chevalier de la LH (3 mai 1916. On y apprend aussi qu'il est titulaire de la Croix de Guerre, ce que confirme le cliché. A partir de ces données, il est aisé de retrouver sa fiche matricule (AD 01 - Recrutement Belley - Classe 1896, fiche n°665)

Ancien engagé au 23ème RI, en décembre 1914, sous-lieutenant, il est nommé au 68ème RI; il ensuite passe lieutenant puis capitaine (à titre temporaire). D'octobre 1917 à mars 1918, il passe au 90ème RI et revient au 68ème RI. A la fin du conflit, il retourne au 23e RIoù deviendra capitaine à titre définitif en 1920. Il déccèdera en 1923 à l'hopital de Belfort.
Il est titulaire de plusieurs citations à l'ordre du 68ème Ri et de la 17ème Division.

  • Le sergent DEPOND:

CaptureDepond

En l'absence d'autres indications, il est difficile de retrouver trace de lui. Malgré cela, il est remarquable de noter la tenue de celui-ci. Le haut de l'uniforme est conventionnel, mais le pantalon est quelque peu non réglementaire.

La carte des officiers et sous officiers:

RI068_Classe1918_Encadrement2

Vraisemblablement, nous sommes là devant l'encadrement d'une Cie d'instruction du 68ème RI. Nous retrouvons les cadres présents sur l'autre cliché, hormis les 2 caporaux. Ceci est compréhensible, les caporaux sont des militaires du rang et ne font donc pas parti des sous-officiers.
Si les hommes présents sur ce cliché sont effectivement les formateurs des jeunes de la Classe 1918, il est à noter que nombreux sont les détenteurs de médailles et de chevrons de présence au front et que ceux-ci mettent facilement en avant ses insignes de leur passage au front. A nouveau on notera la diversité des effets militaires surtout concernant les draps utilisés, sans oublier qu'en 1917, cela fait déjà quelques temps que le drap Bleu Horizon est généralisé, mais au final seulement au front. L'intendance a encore quelques vieilles tenues à refourguer.

Si le capitaine Bouverat est facilement identifiable au centre du cliché on reconnaitra d'autres têtes dont le sergent Depond, moustaches au vent, quasiment au dessus du capitaine Bouverat.

Malheureusement malgré toute cette étude, nous ne connaissons pas le numéro de cette compagnie.

Toute cette étude m'évoque un vieux cliché du 68ème RI que j'avais en stock depuis pas mal d'années et que je ne pouvais pleinement commenter, mais que je ne peux m'empêcher de vous présenter ci-dessous afin que vous fassiez vous-mêmes le parallèle avec le premier cliché présenté:

RI068_GroupeSoldats

Nous avons typiquement des très jeunes recrues qui portent la même tenue que sur le cliché "Soldats Classe 1918" que je présente plus haut. La seule différence notable est constituée par la couleur BH des bandes molletières. Ce cliché est plus informel et les pauses sont plus fraternelles que sur le cliché précédent. Sommes-nous encore au temps de l'instruction à la caserne? Sommes nous au temps de l'instruction au dépot? Je ne sais et l'absence d'annotations au verso ne permet de le dire.

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23 mars 2015

Eugène AUBARD Un territorial dans la Grande Guerre (1917)

Le journal d'un pépère
du 65ème Régiment d'Infanterie Territoriale
Année 1917

Janvier

Le 29
Départ à 17 heures par Villers–Franqueux, Bouillon où nous couchons dans une cave. Température très froide neige et routes couvertes de verglas.

Le 30
Départ pour Coulommes la Montagne par Merci, Chenaux, Chalons sur Vesle, Muizon, vrigny. Arrivée à 10 heures. Pain et vin, gelées, couchons dans un grenier

Le 31
Neige et froid. Nous montons en camions et nous allons cantonner à Perles par Jonchery et Fismes. Nous couchons encore dans un grenier ouvert à tous les vents et continuation du froid

 

Février 1917
Le thermomètre se tient entre 10 et 18 en dessous de zéro. Nous allons travailler entre Bazoches et Courcelles à 7 kilomètres à une ligne de 0m60 : Nous allumons des feux pour dégeler le pain et le vin quand nous en avons, sans cela impossible de manger. La neige fond un peu au soleil.

Le 13
Je reste de garde, je suis relevé le 13 à 11 heures, toujours très froid.

Le 16
Départ pour le 4eme tour de permission par Fismes, et retour à Perles le 27

 

Mars 1917

Jusqu’au 30
Travaux soit à Bazoches ou vers Longueval, bombardés quelques fois

Le 31
Départ pour Epitrey par Bazoches, Braines et Couvrelles, encore des obus en route.
Mois très froid, neige, pas une fleur

 

Avril 1917

1er et 2
repos, je suis versé à la 7eme compagnie.

Le 4
Marche par Serches, Jury. Pluie et neige

Du 5 au 15
Repos en alerte et continuation de l’hiver, neiges, gelées.

Le 15
Nous quittons Epritey à 23 heures et nous partons pour la grande offensive (6)

Le 16
Le matin nous arrivons un peu en avant de Braisne. Notre division est en réserve et comme la première attaque sur Chavannes échoue nous couchons deux jours dans une carrière vers Brenelle

Le 19
Départ à 4 heures par Cyr la commune et St Mard. Nous allons jusqu’à Soupir et ensuite nous revenons à Chavonne pour la réparation de la route vers Vailly qui est complètement détruite par le bombardement. Les effets sont terribles le terrain est tout bouleversé et les maisons rasées. Pour la première fois, je vois un champ de bataille. Les morts sont restés sur place, on continue à ramasser les blessés. Beaucoup de prisonniers. Le soir nous recevons l’ordre de retourner, nous avions tout emporté et très fatigués. Le mauvais temps continue et les chemins impraticables

Le 23
Départ pour Bourg et Comin par Vieil Arcy, nous couchons dans une péniche. Travail à la réparation des routes, la lutte continue sur le Chemin des Dames, très violente . Bombardés surtout la nuit. Nous y restons jusqu’au 11 mai

 

Mai 1917

Le 12
Départ à 4h du matin, nous allons coucher à Ciry Salsogne par Braisnes. Très chaud, arrivée à 11 heures

Le 13
Départ à 5h30, nous passons par Missy sur Aisne, Sainte marguerite, Bucy le long, Crouy et nous faisons la halte à Leuly. Toujours très chaud. Pays dévastés, arbres fruitiers sciés ou entaillés. Départ de Leury à 19h, arrivée à Crécy au Mont vers 24h

Le 14 mai
Nous couchons à la belle étoile dans un petit bois et nous y passons la journée. Départ pour les tranchées en avant d’Anizy à la nuit, arrivée à 24 heures. Nous prenons dans un bois par une nuit sombre, pas de tranchées ni d’abris, nous prenons aux avant- postes sur une petite route. Sitôt la relève deux blessés au poste voisin. Le lendemain pluie. Nous y restons jusqu’au 31 et pas heureux, mauvaise nourriture et insuffisante, service très dur, de garde toutes les nuits, souvent bombardés. Durant notre séjour la compagnie compte six blessés et quatre prisonniers.

Le 31
Relève à 22 heures et nous venons au repos vers Crecy au Mont. Nous logeons toujours sous la tente mais comme le temps est très chaud nous n’en souffrons pas .

Eugene Aubard en 1917
Eugène Aubard en 1917
A noter la présence de trois chevrons d'ancienneté (2 ans) sur la manche gauche.

Juin 1917

Le premier,
Repos, nous y restons jusqu’au 10 et nous allons travailler en première ligne toutes les nuits, trajet 12 à 14 km.

Le 10
Au soir nous retournons aux tranchées vers Quincy-Bas aux avant-postes jusqu’au 17

Les 17 et 18
Au travail et patrouille

Le 19
A la visite et je suis envoyé au repos au Paradis près de Crécy. J’y reste jusqu’à la relève qui a lieu le 23

Le 24
Nous montons en autos à 3 heures, arrivée à Fontenoy par Loeuilly, Vaurope, Cuffies, Pommiers, Osly à cinq heures.

Le 25
Repos

Le 26 et le 27
Au travail à Osly pour sortir les décombres des maisons qui peuvent se réparer

Le 28
Départ pour le 5eme tour de permission. Je prends le train en gare d’Ambleny Fontenoy à 9 heures par Compiègne, Creil et Survilliers où nous changeons de train

 

Juillet 1917

le 8
retour du 5eme tour de perm par Voisy, Pantin, Ory la Ville, Compiègne. Arrivée à Fontenoy à 19 heures

le 9
départ pour Osly ou je travaille pendant deux jours à la réfection des maisons détruites

le 12
départ pour Leury par Tommiers-Cuffies, Vauxropt arrivée à 23 heures

le 13
au travail à 7 heures au pavage d’une piste en bois pour camions et au déchargement des munitions.

Le 18
Au tir au fusil mitrailleur à Osly

Le 22
Départ à 20h pour les tranchées, nous faisons une partie du chemin en autos, arrivée à 24 heures très chaud faut patauger dans la boue, en arrivant  je prends la faction au fusil mitrailleur

Les 23 et 24
Forte chaleur

Le 25
Fort orage

Le 26
Temps couvert, assez calme et malgré que je suis revenu au même endroit le service est moins dur et la nourriture meilleure, j’y reste jusqu’au 2 août. A partir du 28 jusqu’au cinq pluie tous les jours

 

Août 1917

Du 2 au 6
Un peu en arrière et je fais des travaux

Le 6
Au soir je reviens à un nouveau poste sur la route d’Anizy

Le 7
Bombardement, un fusil mitrailleur de cassé par un obus qui n’éclate pas

Les 8, 9 et 10
Toujours quelques obus sans accidents

Le 11 août
Des grenades

Le 13
Relevés à 24 heures au pont de la Glorie nous montons en autos et descendons à Fontenoy

Le 16
Départ  à 4 heures par Roches, Autreche, Morsains, Andignicourt et nous couchons à Blerancourdelle. Pays ruiné

Le 17
Départ à 4 heures par  Le Fresne, Camelin, Cuts, Brétigny et nous couchons à Mondescourt. Tous les villages que nous traversons ont été épargnés les champs bien cultivés et les arbres chargés de fruits comme j’ai vu rarement.

Le 18
Départ à 5h et demie. Les arbres sont encore épargnés mais les villages détruits , notamment Bethancourt dont toutes les maisons sont sautées ou brûlées et nous couchons à Cung le Gay. Le pays a un peu moins souffert, nous y restions deux jours.

Le 20
Départ à 1 heure par Villequier au Mont arrivée à Rouez à 3 heures

Le 21
Déchargement

 

Septembre 1917

 ………  retour de la 6eme permission

 le 3
départ de Mers à 9 heures, je prends le train de 14 heures à Chateauroux

le 4
à 1 heure arrivée à Ory la Ville, changement de train, arrivée à Albicourt à 6 heures et à Villequier au Mont à 7 heures et demie
ma compagnie est toujours à Rouez et occupée aux mêmes travaux.

Le 8
Je suis évacué à l’ambulance de Villequier et de là dirigée en autos sur l’hôpital de Noyon

Le 9
Départ pour le centre de prothèse dentaire de St Just, changement de train à Creil et arrivée à St Just à 16 heures

Le 10
A 7 heures au travail, confection des lits

Le 13
Le dentiste prend les empreintes pour mon appareil

d13sept17rectoe13sept17verso
Une CPA envoyée à son fils Camille le 13 septembre 1917

13 septembre 1917 17 heures
Mon cher Camille
Comment allez-vous? C'est terriblement long d'être si longtemps sans
avoir de vos nouvelles. Ton doigt est il guéri et la Bichette est elle raisonnable.
Je viens de manger le plâtre et la cire. J'ai bien trouver le temps long. J'en
suis débarrasser pourvu que je puisses me servir de mon appareil. Ce soir,
est arriver un autre camarade du 65, il couches dans la même baraque. Celui-ci
est de Seine et Oise. Je suis toujours en bonne santé, mais j'ai envie de
consulter le médecin au sujet de mon oeil à présent que l'empreinte est prise.
C'est tout ce que j'ai à te dire. Bon courage pour les pommes de terre et les vendanges.
Ton papa qui t'embrasse bien fort
Eugène

Le 23
Je reçois mon appareil

 

Octobre 1917

Le 5
Je suis dirigé sur Le Bourget au dépôt des isolés.

Le 6
Je repars à 18 heures pour Creil au dépôt des isolés encore et j’y reste la journée du dimanche 7

Le 7
Le soir à 6 heures départ par la pluie . Bien trempé en route  pour Flavy le Martel dans le train de ravitaillement par Montdidier, Ham, Vesle . Je passe la nuit dans le wagon.

Le 8
A 7 heures je monte dans une voiture de ravitaillement, je me rends à Villequier et de là à Tergnier.

Le 9
Je vais au travail la nuit charger des cailloux ou des briques. Pays détruit complètement ainsi que les pays voisins
Fragniers, Quécy, Vouel, etc.…
Nous ne sommes pas éloignés des lignes mais c’est tranquille, quelques obus la nuit et c’est tout.

Le 15
Quelques marmites tombent au moment du repas du soir, pas loin mais sans causer d’accidents
Jusqu’au 21 même travail

Le 21
Les soir départ pour Rouez où je reste jusqu’au 23 novembre.

 

Novembre 1917

Le 23
A une heure et demie départ pour Remigny où nous arrivons vers cinq heures et demie

Les 24 et 25
Repos. Tempêtes, pluies, mal logés, pays complètement ruiné, les arbres sont tous coupés et les maisons sautées. Pendant deux nuits nous allons travailler vers Moy aux boyaux

Le 28
Au soir départ pour Tergnier

Les 30 et 1er décembre
Au travail sur les routes de Farnier, Quessy, Liez. Nous comblons les trous d’obus car les routes ont été bombardées pendant 24 heures.

 

Décembre 1917

Le 1er
A notre arrivée au travail nous recevons l’ordre de nous préparer pour partir aux tranchées à 7 heures. Nous arrivons à Travecy vers 10 heures salués par quelques obus sans accidents. Nous prenons aux avant postes en avant du village sur les bords de l’Oise non loin de La Fère. Tous les jours le pays est bombardé. Temps froid.
La 1ere faction se prend du soir à 4 heures et demie jusqu’au matin à 1 heure et la 2eme de une heure jusqu’au jour

Le 16
Départ pour la 7eme perm, je suis averti à 18 heures. Je quitte Travecy à 19h après des tours et détours ne connaissant pas les routes. La neige commence à tomber à Farniers et en arrivant à Abécourt la couche est déjà épaisse . Je passe par Tergnier, Viry, Chauny et Ognes.

Le 17
Départ d’Abécourt à 2 heures, arrivée à Chateauroux le soir à cinq heures avec du retard, la correspondance de La Châtre est partie, je couche à Argenton et j’arrive le 18 à 11 heures. Neiges et froid pendant ma permission

Le 29
Je repars à 6 heures du soir par un temps très froid

Le 30
A 7 heures du soir arrivée à Abécourt, coucher à Villequier

Le 31
Une tournée à Rouez chercher les sacs et je rejoins ma compagnie à dix km de là au fort de Liezt. Je passe par Faillouêl, Frière, Mennessis et Liezt.

 

L'année 1918

 

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30 mars 2014

Quand l’Indre abritait une pharaonique base d’aviation américaine

Un rapide message pour signaler un intéressant article du journal "Le Petit Berrichon":

Quand l’Indre abritait une pharaonique base d’aviation américaine

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Selon une légende encore solidement établie, les soldats américains arrivés en France à partir de 1917 auraient été directement envoyés au casse-pipe. Il n’en est rien. Ça et là ressurgissent au cours de travaux, de fouilles, des vestiges de camps de formation de l’US Army ...

 

Merci Huguette pour la vigie presse locale

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