31 décembre 2016

Un assassinat officiel ? [Réactualisé 2016]

[rapport du maréchal des logis commandant le détachement de la prévôté au quartier général de la 152e DI] 
"Le 26 mai 1915 à 20h30, nous avons reçu l'ordre de faire amener à la prison du QG de la 152e DI le soldat H., Raoul, du 268e RI, qui venait des premières lignes en face de l'ennemi ou il refusait d'exécuter les ordres qui lui étaient donnés. Nous avons trouvé ce militaire, couché dans un pré, où il a formellement refusé de se lever et de nous suivre.
Mr Isay, médecin aide-major de 1re classe au 49e RA, qui nous avait accompagné, a constaté que ce militaire n'était pas malade et, par les questions posées et les réponses faites par H., il a conclu qu'il jouissait de toutes ses facultés.
La mauvaise volonté était évidente et nous avons essayé d'amener H. par la force, mais il s'y est non seulement refusé, mais il nous a opposé la plus vive résistance. Il nous a de plus adressé des propos injurieux, ainsi qu'au médecin militaire qui nous accompagnait. Toujours accompagné de monsieur Isay, nous avons rendu compte de notre mission au général commandant la 152e DI, qui nous a immédiatement remis un ordre écrit, nous prescrivant de forcer la résistance de ce militaire et de lui brûler la cervelle, s'il persistait dans son refus.
Cet ordre a été lu trois fois à H., en présence du sergent et d'un militaire du 268e qui l'avait amené, ainsi que six militaires de la prévôté. H. est resté couché et à la troisième lecture de l'ordre ci-dessus, il a non seulement persisté dans son refus en nous montrant sa poitrine, mais il nous a répondu par des propos injurieux.
Conformément à l'ordre écrit, dont nous avions donné lecture à H., trois fois de suite, nous lui avons brûlé la cervelle en lui tirant six balles de revolver dans la tête à 21 heures.
Monsieur le médecin aide-major de 1re classe Isay, du 49e RA, qui nous avait assisté, a constaté la mort en notre présence. Le corps a été inhumé immédiatement sur place, dans un pré à Brieleu (Belgique)
[Nota JC: Brielen]. La plaque d'identité porte les renseignements suivants : H. Raoul, classe 1894, Tours, 987."(1)

(1) SHAT, 22 N 2041, 36e CA dossier 2, Justice militaire et prévôté.

Sans commentaires ???

Assassine

Voici la fiche du même soldat, notez bien l'intitulé du type de mort. Et oui, il est "Tué à l'ennemi"

Sources biblio: Olivier Buchbinder, "Gendarmerie prévôtale et maintien de l'ordre (1914 - 1918)" Maisons-Alfort : Service historique de la Gendarmerie nationale, 2004.
Sources Fiche MDH: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/


Mise à jour 31 décembre 2016:
Chose impossible à l'époque de la première mise en ligne de cet article, aujourd'hui, beaucoup de registres matricules sont accessibles aisément et celui de notre soldat nous permet de changer le regard sur un évennement brut:

 CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_1


Le parcours judiciaire, notamment, de notre homme permettent ainsi de tenter de comprendre les motivations et le refus d'obtempérer de notre soldat.
En effet, le détail permet d'envisager de comprendre la capacité de refus de l'autorité de la part de ce soldat. Nous avons là un homme qui a déjà eu maille à partir avec la justice et dont l'autorité est nécessairement amoindrie:

 CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_2

 

CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_3

 

CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_4

A noter que s'il fut appelé le 17 août 1914 (1er encart ci-dessus), a priori dans le dernier encart le 27 octobre 1914, il est déclaré à Rivesaltes (66).

Aurions nous finalement affaire à un insoumis et non à une simple victime de ce que l'on appelait pas encore le "Shell Schock"? Pourtant on constate que rien de répréhensible n'est signaler entre son incorporation et la date de l'incident

Ceci, bien évidemment, n'enlève rien au jugement que l'on peut avoir concernant les méthodes expéditives d'alors (mais néanmoins ici couvertes par ordres).

 

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13 décembre 2016

Un graffiteur berrichon en Artois

Un ami artésien, Thierry Cornet, me signale la présence d'un graffiti qui ne pouvait que m'interresser.

 

Capture

 

Sur le mur d'une grange de Tilloy les Hermaville (2km de Aubigny en Artois), un soldat du 268e avait laissé une superbe trace de son passage.

 

RI268_RagotJoseph

 

 

Une déduction logique nous amène à penser que le prénom de Ragot doit être Joseph, le H après le J.

Mais qu'était devenu Joseph Ragot, qui occupait son temps de repos à graver la pierre tendre de la région?

La consultation du JMO du 268e avec ses listes de pertes, ne nous amène aucune réponse. Aucune trace de Joseph Ragot.
Après consultation de Mémoires des Hommes, le seul Joseph Ragot disparu est soldat au 290e RI, mais pas au 268e RI. Les deux régiments formant la même brigade, un mouvement est largement possible entre ses deux unités.
Une consultation des registres matricules de Chateauroux allait peut-être nous donner une indication.

La fiche de Joseph RAGOT de Crevant (36) sur le site des AD36 (page 110)

Et si le tailleur de pierre qu'était Joseph Ragot de Crevant était le Joseph Ragot qui avait laissé une trace de son passage sur la grange de Tilloy?
Joseph RAGOT du 290e RI est décédé le 1er novembre 1914, à peine arrivé en Belgique, non loin de Ypres, à Wallemolen. Il y a donc peu de chances qu'il s'agisse de lui.
Peut-être que notre graffiteur a survécu au conflit?

Beaucoup de points restent donc sans réponses. D'autres recherches complémentaires seront à entreprendre afin d'éclaircir notamment la présence d'éléments du 268e RI en 1914, à l'ouest d'Arras, du côté de Tilloy les Hermaville. Rien dans le JMO ne laisse présager d'une telle présence.
Un mystère, ...

Merci à Thierry Cornet pour sa précieuse aide

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21 avril 2015

22 avril 1915, la guerre devient industrielle et si actuelle.

Voici un sujet primordial de ce conflit. En effet, il est une date où la guerre de 14 prit un tournant industriel et c'est bien le 22 avril 1915.
Pour rappel, tout d'abord, la guerre de mouvement dès la fin septembre 1914 disparue au profit de la guerre des positions, mais il est un autre tournant lié à l'usage d'un nouveau type d'arme que nous qualifions maintenant d'armes de destruction massive. Le 22 avril 1915, l'armée allemande utilisa pour la première fois, à grande échelle, les gaz de combat chlorés, choisissant le secteur des Flandres pour cette attaque, la jonction entre l'armée française et l'armée britannique. Certes des tentatives avait déjà eu lieu début 1915, mais l'ampleur de l'attaque du 22 avril en fait une date marquante (Sur ce sujet, on se reportera sur le lien donné en fin d'article).

Au départ, le 9e Corps d'Armée n'était pas concerné, l'Etat-major français le prévoyait pour l'attaque en Artois du 9 mai 1915. Certaines unités "moins importantes" furent tout de même impactées et ainsi, les 2 régiments de réserve, les 268e et 290e RI furent rappelés pour compléter et reprendre le terrain perdu lors de cette attaque aux gaz.

A la suite du conflit, un monument fut construit. Ce dernier fut dynamité en 1941 par la Wehrmacht. Il fallu attendre les années 60 pour que le monument soit reconstruit.

MonumentSteenstraat

Les noms des régiments de réserve du Berry y sont gravés, de part leur participation aux combats du secteur, vers Lizerne, Steenstraat, Het-Sas, ... et ce jusqu'en aout 1915, pour alors participer aux grandes offensives de Septembre 1915.

MonGaz2_1

 

Sur le sujet, je vous invite à visiter le site essentiel: http://www.guerredesgaz.fr/

 

Sources: Documentation de l'auteur

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09 avril 2015

Une sacrée trouvaille, mais de sacrés doutes.

Au sein de l'armée, l'étendard, le drapeau de l'unité est certainement le point central autour duquel les soldats, les sous-officiers et officiers se retrouvent. Ainsi, chaque régiment d'infanterie a le sien. On retrouve ainsi un drapeau pour le régiment d'active, un pour la réserve et un pour la territoriale.

Le 24 aout 1919, lors des fêtes liées au retour du 90ème à Châteauroux, nous eûmes l'occasion de voir pour la dernière fois les 3 drapeaux des 90, 290e RI et 65e RIT. Ils avaient été réunis pour l'occasion et heureusement, les opérateurs Pathé réalisèrent un film qui est maintenant en dépot à la Médiathèque municipale de la ville de Chateauroux. En voici une capture d'écran:


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Capture écran du film propriété de la ville de Chateauroux

En 2014, le ministère de la Défense avait entrepris une opération de communication et de commémoration autour de la thématique "Une ville, un soldat, un drapeau". Pour cette occasion, il avait donc été proposé de sortir des réserves les anciens emblêmes 14/18. Malheureusement pour notre département, malheureusement pour Châteauroux, le drapeau du 90ème (Seul restant dans les réserves, seul survivant de cette époque) n'était pas sortable. Son état n'autorisait pas une exposition lors d'une céremonie.Nulles traces d'ailleurs des drapeaux des autres régiments du département: 68, 268e RI et 66e RIT.

Une acquisition récente me fait entrapercevoir un nouvel élement de la réprésentation des unités. Dans chaque régiment, se trouvaient des fanions liés soit aux bataillons, soit aux compagnies.

Voici donc le fanion du 4e bataillon du 268e RI:

 

RI268_Fanion4eBataillon_Recto_1


La première question lorsque vous trouvez un cliché est: S'agit-il de la bonne unité? Seul un scan précis permet de s'en assurer. En réalité, 3 éléments précis sont nécessaires pour parfaire l'identification.

CaptureJC3


Quels sont ces 3 éléments?
Commençons par le fanion: Celui-ci indique "268e", 4e bataillon, "Patria". On peut deviner qu'il s'agit en réalité de "Pro Patria" et que ce doit être la devise du 4e bataillon du 268e régiment.
Le 268ème est confirmé par les numéros de pattes de col du soldat. Cependant, s'agit-il d'un régiment d'infanterie? Un 268e Régiment d'artillerie existait. Les boutons de la veste confirme le régiment d'infanterie, on devine (le mot est faible) des grenades sur la partie bombée. Nous sommes donc en présence d'un 268e RI.

Sélection_003
Exemple de boutons d'infanterie
A noter la représentation de grenade

S'il s'agit d'une unité d'infanterie, s'agit-il du 268e RI ou du 268e RIT? Et oui, car pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliquer. Cela se complique particulièrement, car c'est là qu'intervient le verso de la carte.

CaptureJC4

Le cachet de la poste laisse apparaitre "AVRANCH" le 26 juillet 1917 (16h45), vraisemblablement, il s'agit donc de la date et l'heure d'arrivée au bureau de destinataire.
La carte est donc annotée: "1917 Manspach Alsace"

Là, tout se complique et les certitudes tombent.
Point de 268ème RI dans ce secteur, à la date du mois de juillet 1917, ce régiment est alors dans le secteur de la route 44, dans l'Aisne.
Pourrait-il s'agir du 268e RIT? ... Pas de chances, ce régiment territorial est dissous depuis le 7 février 1917.

Le mystère reste donc entier pour l'instant, en attente d'un nouvel indice qui permettra alors de comprendre le mystère du fanion du 4e bataillon du 268e.

Sources: Collection de l'auteur

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15 janvier 2015

Le triste bilan de 1914

Il est temps de faire le bilan de l’année 1914.

Dans le courant de l’année 2010, j’avais diffusé des données statistiques sur les pertes globales des régiments du département, mais aujourd’hui intéressons nous uniquement aux pertes de l’année 1914 concernant les 4 régiments d’infanterie basés dans le département de l’Indre. 2 sont dits d’active (68 et 90e R.I.) et 2 sont formés à la mobilisation et sont dits de réserve (268 et 290e R.I.).

Les origines des MPF des régiments indriens

Ce travail n’aurait pu se faire sans le dépouillement systématique des fiches présentes du le site «Mémoires des Hommes» et qui me prit tant de temps, il y a quelques années et d’ailleurs je mis tout autant de temps à saisir celles-ci  au sein d’une base de données afin de pouvoir les exploiter. Une telle étude aurait pu être complétée avantageusement par un dépouillement des fiches matricules, mais la mise en ligne sur le site des Archives Départementales de l’Indre n’est pas encore effective.

Portons quelques précisions sur la période étudiée. En effet, nous ne nous intéressons ici qu’aux pertes de l’année 1914. Sachant que les régiments de l’Indre furent mobilisés dès le 2 aout, nous avons donc 152 jours entre la mobilisation et le 31 décembre 1914.

CaptureNbrePertesRégiments

Si nous comparons les pertes de ces 5 premiers mois avec le total lié au conflit, il est aisé de visualiser la prépondérance de ces pertes 1914 vis-à-vis des pertes globales.

Répartition1914_Conflit

CaptureTableauPertesMDH

Les combats de l’année 1914 (152 jours) représentent 9, 73% du temps que dura le conflit (1651 jours) alors que la proportion des pertes est tout autre. Les graphes suivants permettent de visualiser les taux de pertes. On note ainsi que les pertes des régiments en 1914 varient entre 29,6 et 41,9% des pertes globales (1914-1918).

CapturePertes

Les taux de pertes sont supérieurs au sein des 2 unités de réserve vis-à-vis des unités d’active. Afin de comprendre les différences, il est intéressant de regarder les causes de décès des soldats.

CaptureCausesPertesRégiments

Au sein des unités de réserve, les soldats sont de classes d’âge plus anciennes et de plus, les effectifs sont moindres. Ces unités sont alors structurées autour de 2 bataillons contrairement aux unités d’actives organisées en 3 bataillons.

Malgré des effectifs moindres, on note que les cas de maladies sont aussi nombreux que dans les unités d’active pour le 268ème R.I. et carrément de plus du double pour le 290ème RI. Malgré le fait que je n’ai pu avoir accès aux fiches matricules, sur les 92 fiches « Maladies » du 290e R.I. issues de Mémoires des Hommes, 47 sont liées à l’épidémie de typhoïde à laquelle l’armée française fut confrontée à partir de la mi-octobre 1914. Au 268ème, la proportion est d'un tiers de cas de typhoïde et ce sur la même période.
Les combats se tenant désormais sur une ligne de front statique, au sein de tranchées souvent insalubres. De plus, malgré les périodes de rappel pour exercice, les classes anciennes sont plus impactées par les conditions générales de vie au front. L’utilisation de ces unités comme troupe de première ligne n’était d’ailleurs pas dans les prévisions de l’armée française et l’usure se fit plus rapidement sentir.

Quels furent les secteurs de combat concernés et leur tribu humain ?

CaptureSecteursPertesRégiments

D’abord en position de couverture dans le Grand Couronné de Nancy, les 2 régiments d’active (68 et 90e) vont sur les Ardennes où le grand choc se produit. Le 68ème RI est particulièrement touché du fait de sa position en avant-garde lors de la rencontre avec les troupes ennemies.
Pendant ce temps, les 268 et 290e RI restent aux alentours de Nancy, avec la 18e Division, et résistent à la pression de l’armée allemande.
Le 9e Corps d’Armée (C.A.) est reconstitué lors de la bataille de la Marne où il résiste à l’avancée de la Garde, aux alentours des marais de Saint-Gond. Fin septembre, la guerre de position s'installe, pour le 9e CA, dans le secteur de Prosnes, au nord de la Marne.
A la fin octobre, le Corps d'Armée est envoyé en renfort de l’armée anglaise dans le secteur d’Ypres où il restera jusqu’en mi-1915.

Pour plus de précisions, les pertes indiquées « Zone des armées » correspondent principalement aux pertes dues à la bataille d’Ypres (Flandres belges), mais dont les évacuations eurent lieues dans les hôpitaux du département du Nord ou du Pas de Calais (entre autres) et non pas été assimilés avec ceux qui sont dans la rubrique "Intérieur".

Intéressons à l’origine des soldats qui décédèrent lors de ces 152 jours de la fin de l’année 2014. Reportons sur une carte, régiment par régiment, les départements de naissance des soldats « Morts pour la France »

 

France_location_map-Departements_1871-1914_RI068 France_location_map-Departements_1871-1914_RI090

France_location_map-Departements_1871-1914_RI268 France_location_map-Departements_1871-1914_RI290

Sans réelles surprises, nous constatons la régionalisation des unités, celle-ci correspond peu ou prou aux zones des bureaux de recrutement.

Capture10_BureauxRecrutement

Les 68 et 268ème R.I. mobilisés au Blanc (Indre) sont principalement composés dans l’ordre de Poitevins, Tourangeaux et Berrichons. Au contraire, les 90 et 290ème R.I de Châteauroux regroupent principalement des Berrichons.

 

Pour aller plus loin sur ce thème, je conseille la lecture de 2 ouvrages indispensables pour tous ceux qui s’intéressent au sujet et souhaitent approfondir la thématique:

  • « Armée, Guerre, Société – Soldats Languedociens 1889-1919 » de Jules Maurin réédité 2013 aux publications de la Sorbonne
  • « La France devant la conscription – Géographie historique d’une institution républicaine 1914–1922 » Philippe Boulanger Editions Economica 2001

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07 avril 2014

Une "Formicidae" argentique et intrusive

Même s'il était interdit de prendre des photos lors des séjours en première ligne, de nombreux photographes amateurs prirent des clichés de la vie des combattants. Bon nombre d'entre eux furent des officiers, bien souvent du fait de la statut social et de leur niveau de revenu.

Parmi eux, le lieutenant Jabien de la compagnie de mitrailleuses du 268ème RI, il nous laissa plusieurs dizaines de clichés.

Parfois, des intrus apparaisent de manière impromptue, telle cette fourmi au profil négatif.

CaptureJC

 

Collection de l'auteur

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31 janvier 2014

Rolland Jules - 268e RI - "4 jours de misère"

Suite à l'appel lancé récemment, Huguette m'a transmis une des cartes qu'elle possède et qui concernent ces aieux. Plus précisement, il s'agit de Jules Rolland qui était au 268ème Régiment d'Infanterie, à la 21ème Cie très précisement.

Le verso de cette carte est typique de ce qui fait le charme de l'analyse de ce type de document. Nous avons là, un fragment de vie rapporté par un des acteurs de ce conflit.
Le texte de la carte se suffit à lui-même.

Commençons par l'analyse (succinte) du recto

Loos_PuitsMine

Le cliché représente l'intérieur d'un des nombreux puits de mine du secteur au devant de Loos en Gohelle. Il occupait ce secteur depuis octobre 1915.
Après cette période à Loos et dans son secteur, le 268ème RI, début janvier 1916 quitte le secteur et part occuper des positions aux environs d'Aix, d'Angres. Il prend alors position plus précisement dans le secteur du Bois en Hache.

Passons maintenant au verso:

RollandJules_Carteverso1

1er Février 1916

Chère Cousine
Je répond à la carte qui m'a fait bien plaisir de vous savoir tous en bonne santé, moi aussi je me porte très bien pour le moment, voilà 8 jours que nous sommes au repos, nous allons rentré ce soir dans ses maudites tranchées pour 4 jours, ca va être 4 jours de misère, enfin espèrons que ca se passera encore bien, au revoir chère cousine et bonne santé à vous tous, ton cousin qui vous aime et vous embrasse de bon coeur Jules Rolland
268e 21e Cie Secteur Postal 66

Si le texte est simple, il n'en est pas moins touchant par son "nous allons rentré ce soir dans ses maudites tranchées pour 4 jours, ca va être 4 jours de misère,".

Un petit tour par le Journal de Marche régimentaire nous permet de confirmer les informations transmises par Jules.

SHDGR__GR_26_N_733__003__0081__T

1er février 1916 :
Travaux de la nuit du 31 janvier au 1er février : L’équipe spéciale du 268e a posé entre les tranchées Sébastopol et Solférino 28 chevaux de frise confectionnés sur place. A Solférino, la tranchée de liaison entre les postes 1 et 2 a été continuée. Travaux de réfection habituels pour les Cies. La section du régiment a terminé la tranchée commencée la nuit précédente sur une longueur de 60m. La tranchée a été étayée avec du grillage dans toute sa longueur.
Quelques bombes ont été tirées par les Allemands dans la matinée. Nous avons répondu par des tirs de notre artillerie de tranchée, appuyée par le 75.
A partir de 19h30, le bataillon du 268e (6e) relève le bataillon du 290e dans ses emplacements du sous-secteur Nord. Le 5e bataillon cantonné à Hersin a relevé à 19 heures les Cies du 6e bataillon (2 Cies à Aix et 2 Cies à Sains)
La relève des Cies en 1ère ligne s’effectue sans incident et est terminée à 21h30.
Emplacement des Cies du régiment : 24e Tranchée Solférino, 21e Tranchée Jeannerod, 22e Tranchée Ferracci, 23e en réserve. 17e et 20e à Aix-Noulette 18e et 19e à Sains.
Les sections de mitrailleuses ont été relevées dans les conditions habituelles par les éléments de la C.M.R. du 290e et de la C.M.B.2.

 

Si Jules Rolland survivra au conflit, au Bois en hache, il n'en fut pas moins blessé à la Cote 304, le 28 avril de cette même année. L'impossibilité d'accèder aux fiches matricules, actuellement en numérisation, aux AD36, nous empêche malheureusement d'en savoir plus.

 

Grand merci à Huguette Nicole pour m'avoir ouvert ses archives

Sources: JMO 268e RI SHD 26N733

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25 novembre 2013

Les jeux macabres des "trompe la mort" du 268e

Je dépouille au fur et à mesure les photos des albums du lieutenant Jabien de la Compagnie de Mitrailleuses du 268e Régiment d'Infanterie. J'essaye de légender toutes les photos et de leur redonner un sens. Gaby Jabien (soeur dudit Lieutenant) collecta toutes les photos, mais n'en légenda aucune et les disposa dans l'album sans repère chronologique et dans le désordre.

Il y a peu, un cliché m'a interpellé non par la présence de soldats en charmante compagnie, mais par la mise en scène utilisée:

JeuxMacabres

De prime abord, nous avons là un groupe d'au moins 3 officiers. Il est difficile d'identifier le grade du 4e (3e personnage en partant de la gauche), et vraisemblablement du 268e RI, ainsi que deux jeunes femmes, sans compter l'auteur de la prise de vue. Le lieu de cette prise de vue est situé dans un lieu boisé (Parc, Forêt, .. ?)
Qui sont les deux jeunes femmes? Pas évident à déterminer, si ce n'est que l'une d'elles (à droite) porte un tablier et que les deux ont un châle posé sur leurs épaules.

 

Avec de tels indices, me direz-vous, quel est l'intérêt de ce message?
Cet intérêt, donc, est la présence d'un simple baton sur lequel trône un autre personnage. La Mort

Jabien0012_3

Que vient faire ici ce crâne perché au bout d'un sceptre de noisetier? S'agit-il là d'un jeu de fanfarons ayant tellement cotoyés la Mort au combat, qu'ils la dédramatisent autour d'un jeu macabre. Nos "Trompe la Mort" ont-ils trouvé là une méthode pour impressionner ces demoiselles?

Dans le bas de la photo, deux objets sont intrigants:

Jabien0012_2

S'agit-il, comme je le présume, d'une paire de bottes (équipements allemands, les Français étant équipés de brodequins)? Leur présence ne me semble pas anodine.

Nous avons là, au final, la mise en scène d'une profanation du corps de l'ennemi. Il s'agit très certainement d'un exutoire à la violence cotoyée quotidiennement.

Ce cliché n'est pas sans me rappeler le témoignage de Raymond Rollinat à propos du soldat Ernest Baudet du 290e RI et son allusion au corps de l'ennemi

Je laisse tout ceci à votre perspicacité, n'hésitez pas à me faire part de votre interprétation du cliché.

Merci à Arnaud Carrobi pour ses bons conseils

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07 novembre 2013

Louis GALLIEN. « Il doit être maintenant en Belgique, mais je ne sais pas encore son adresse. »

Alors qu’en mai dernier, nous nous étions intéressés à Henri GALLIEN. Aujourd’hui, en cette période lancement du Centenaire 14-18, veille de week-end de 11 novembre, je vous présente son frère ainé Louis.

Louis GALLIEN est né le 6 août 1879 à Azay le Ferron (36) au lieu dit Fouillaumin, il est le fils de Louis et de Marie Brault. Il est le 4ème enfant d' une fratrie de cinq.

  • Pierre, né en 1868,
  • Louise Joséphine, née le 26 juillet 1872,
  • Rose Silvine, née le 1er septembre 1875
  • Louis, né le 07 août 1879
  • Henri, né le 25 juillet 1982.

Lors de son service militaire et lors de périodes successives, Louis a un beau parcours :
Incorporé le 16 septembre 1900 comme soldat de 2ème classe au 32e R.I.
Il est Caporal le 19 novembre 1901, puis Sergent le 27 septembre 1903 pour être renvoyé à la vie civile le 19 septembre 1903 et le 4 janvier 1910, il devient adjudant de réserve, il dépend toujours du 32e R.I.

En 1904, alors qu’Henri est au service militaire, Louis se marie avec Hélène Bertrand le 3 octobre à Perrusson (37 ), il a alors 34 ans et exerce la profession de meunier à Chambourg (37).

En 1905, le 17 juillet, nait leur premier fils à Perrusson qu'ils appelleront Hubert Edmond Louis. Le 5 mars 1912, leur deuxième garçon Didier nait au Tanger (36).

Son registre matricule nous apporte pas mal de renseignements :
De taille assez grande 1m75 , brun avec des yeux gris, un degrés instruction de niveau 3,

 En août 1914, il est mobilisé au sein du 268e R.I. du Blanc et suit le parcours du régiment jusque dans les Flandres, en avril 1915, où il tombe au combat. Le 22 avril 1915 donnera lieu à de terribles combats dans la région d' Ypres en Belgique, date à laquelle on été utilisés les premiers gaz moutarde, ou aussi nommé parfois ypérite (venant de la ville d' Ypres en Belgique). A 17 heures, 180 tonnes de chlore seront libérées sur un front de 6 km. La mortalité des intoxiqués s' élevera à 40% en avril 1915.
Le 268e R.I., avec le 290e, sont rappelés du nord de la France pour renforcer les lignes décimées de la région d4Ypres et afin de reprendre le terrain à l’ennemi.

Voici les derniers moments de la vie de Louis transcrit dans les JMO du 268 ème RI:
Les sections du sous-lieutenant Marcille et de l' adjudant Gallien pour le 268ème et la section Sueur, du 9ème zouaves, sont désignées pour donner l' assaut à la baïonnette.
A 17h38, le tir d' artillerie commence; il s' accélère à 17h57 et fait disparaître les tranchées allemandes dans une épaisse fumée.
A l' heure fixée, (18 heures), le capitaine Gire donne le signal. tous les hommes bondissent, baïonnette haute, et se perdent dans la fumée des éclatements, tandis que l' artillerie allonge son tir.
Nos troupes font au pas de course les 300 mètres qui les séparent de la tranchée ennemie sans subir de pertes sérieuses; mais arrivées près du parapet, elles sont reçues par une avalanche de bombes qui , instantanément, frappent mortellement le sous lieutenant Marcille, l' adjudant Gallien …

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Sources JMO 268e RI _SHD

Sa sépulture n’est pas connue, il repose donc en terre de Flandres, mais sur le monument aux morts de Clion, on retrouve trace de Louis Gallien.

Clion

Ses deux fils Hubert et Didier seront reconnus pupilles de la Nation le 6 juin 1918 à Châteauroux (36)
En 1920, Louis, tombé en avril 1915, reçu à titre posthume la Médaille Militaire et la Croix de Guerre avec étoile de bronze. Il lui fut attribué la citation suivante :
Avec comme citation: "Adjudant courageux qui a fait vaillamment son devoir. Tombé glorieusement  pour la France le 29 avril 1915 en Belgique "

 

MMGallien

Le hasard faisant bien les choses, surtout pour celui qui cherche,.
Mickael a mis la main sur cette correspondance. Elle fut trouvée le 29 avril 2013, soit 98 ans jour pour jour après le décès de Louis et fut postée 3 mois avant le décès de ce dernier. En voici un extrait:

CourrierLeontine

 

Hélène décèda le 26 janvier 1950 à St Cyran du Jambot (36) et fut enterrée avec sa mère et à coté de sa sœur (Léontine) qui était aussi veuve de guerre.

 

Merci à Mickael pour ses recherches et pour m'avoir ouvert ses archives familiales.

pensez aux "Bleuets de France"

Source: Externe

Sources :
Documentation de l'auteur.
Archives Mickael Chaffin
JMO 268e RI - SHD -Ministère de la défense

 



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06 février 2012

Alexandre Lavalette (268e RI) Henri Clémenceau (9e train)

Les sites dédiés aux régiments indriens et à leurs soldats sont peu nombreux, alors je vous fais profiter de deux récentes trouvailles:

Tout d'abord commençons par le 268e RI. Afin de présenter son activité professionelle, un généalogiste détaille son activité au travers de la description du parcours d'un aieul, Alexandre Lavalette. Au fil des pages, nous suivons donc le parcours du forgeron de Millac (86) jusqu'à la Nécropole de Sarrebourg. On notera, au passage, la photo qui permet d'admirer une copie de képi 1884 du 268e

l_dscf2453http://arbredalexandre.free.fr/index1.html

 

L'autre découverte concerne une unité sur laquelle je possède malheureusement peu d'informations: le 9e Escadron du Train des Equipages.
Sur un site familial, on découvre Henri Clémenceau, fils de meunier de Saint Florent le Vieil (49), celui-ci est mobilisé au 9e ETE et meurt en 1916 de maladie, à Cholet (49)

ETE009_MPLF_ClemenceauHenriPierreJosephhttp://clemenceaudupetitmoulin.centerblog.net/2772279-Henri-Clemenceau-1887-1916


http://clemenceaudupetitmoulin.centerblog.net/6573405-henri-clemenceau-du-moulin-de-la-rielle

 

Sources photos:
http://arbredalexandre.free.fr/index1.html
Mémoires des Hommes

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