27 août 2019

2019 Un séjour en Flandres sur les traces de Lucien, Louis et Denis.

Voilà un article très important pour moi.

Le Centenaire 14-18 se termine et les flonflons mémoriels s’estompent. Cet été, pour la troisième fois, je me suis rendu en Belgique afin de continuer à découvrir le secteur d'Ypres. Il est bien évident qu’en quelques visites, il est difficile de s’imprégner de six mois de présence de nos soldats durant cet hiver 1914-1915. Les postes occupés sont nombreux, jamais bien loin les uns des autres, mais qui mériteraient chacun une étude à part entière (Brielen, Niewmolen, Brodseinde, Holebeke, Steenstraete, Zonnebeke …).

En 2006, profitant d’un séjour en famille à Ablain Saint Nazaire, en Artois, nous avions alors effectué une brève incursion à Ypres. C’était le temps de la découverte, ne sachant pas vraiment où fureter et se concentrant sur les éléments mémoriels principaux. La visite s’articula alors entre Saint Charles de Potyze, le musée Paschendaele de Zonnebecke et celui d’In Flanders Fields à Ypres.

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En 2009 et en 2019, profitant d’un séjour à Waregem pour un festival de musique, le secteur étant non loin, deux visites furent programmées avec des thématiques plus précises. 2009 fut principalement la découverte du lieu de décès de Lucien, à savoir Brodseinde et plus précisément le secteur de l’ancienne voie ferrée de Zonnebeke vers Paschendaele, à l’ouest du carrefour de Brodseinde. Je vous propose donc ici de plutôt découvrir mon séjour yprois 2019 et le travail historique attenant. Le séjour de cet été, se décomposa en 2 parties, l’une liée à la trace mémorielle de Lucien, l’autre à celle de 2 soldats connus par les lecteurs de Indre1418, à savoir Louis Gallien et Denis Souchaud.

Commençons tout d’abord par le secteur de disparition de Lucien. En effet, un incident majeur de matériel informatique me fit perdre la quasi-totalité des clichés alors réalisés en 2009 et ce nouveau séjour, en 2019 fut l’occasion de réparer cet incident, mais aussi d’aller un peu plus loin.
Lorsque vous cherchez le secteur de combat de la 17e DI en ce début de mois de décembre 1914, il est un principe relativement simple: Il n’y a  quasiment aucune trace et il faut superposer les journaux de marche de l’époque et les monuments britanniques actuels. Sur place, rien ne rappelle le passage des troupes françaises. C’est ce qui d’ailleurs inspira Alex Deseynes pour le titre de son ouvrage écrit dans les années 80 autour de la présence française dans ce secteur. Il choisit alors de l’intituler « L’Hiver Oublié 1914-1915 » (« De vergete winter » en flamand). Au plus proche du lieu qui m’intéresse, on trouve un monument 9e corps d’Armée au carrefour de Brodseinde, mais il concerne les régiments du nord-ouest de la région militaire. Ce sont donc les 77 (Cholet), 114 (Saint-Maixent) et 135e RI (Angers) qui sont cités.

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Le positionnement du secteur de disparition est donc connu depuis 2009 et un report a déjà été effectué dans un message entièrement consacré à mon grand-oncle que je vous invite à lire (ou relire) :

3 décembre: A la recherche de Lucien porté disparu en 1914

Voici tout de même quelques clichés du secteur. Il s’agit là de la « Road to Paschendaele » de 1917. Pour s’y rendre, rien de plus simple. Il suffit de stationner sur le parking du « Tyne Cote Cemetery » et ensuite de descendre vers l’ancienne voie ferrée devenue maintenant piste cyclable. Ce point de départ est très important pour la compréhension des combats d’alors. Une fois dans le cimetière, en se rendant dans la partie basse, donc tournée vers Ypres, il est alors possible de visualiser l’importance de cette zone et la proximité d’Ypres. La vue englobe ainsi le clocher de Zonnebeke sur la gauche et surtout, les clochers d’Ypres en face. Au-delà de la cité flamande, il est aussi possible de voir les points culminants de la région et notamment le Mont-Kemmel.

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Avec toujours autant d’émotion, je découvris à nouveau le champ, l’ancienne ligne de chemin de fer aujourd’hui piste cyclable et le groupe de maisons vers lesquels se trouvait alors la 17e Cie du 290e RI et où elle subit une attaque allemande. En ce 3 décembre 1914, en ce lieu, se furent 17 tués, 65 blessés et 54 disparus qui furent inscrits au Journal de Marche et Opérations de l’unité.

« La situation devient de plus en plus critique pour la 17e Cie. Dans la soirée, 17h, le petit poste d’écoute placé dans une maison qui était à l’Est de la tranchée de la 17e Cie était surpris par les Allemands qui par des boyaux étaient arrivés jusqu’à quelques mètres de la maison.
Ce petit poste eut un homme fait prisonnier, le caporal et les autres soldats purent se réfugier dans les tranchées.
De cette maison les Allemands qui y étaient arrivés en nombre lancèrent des grenades et par des meurtrières rapidement fermées tiraient sur les occupants.
Cette situation dura toute la nuit malgré les efforts des hommes à la compagnie pour empêcher les Allemands de jeter des bombes et de tirer sur eux. Des bombes leur furent également lancées.
Malgré deux retours offensifs exécutés simultanément par une fraction du 68e, la 17e Cie et une section de la compagnie de réserve, il fut impossible de déloger l’ennemi.
Au jour, le Commandant de la Cie pour éviter les pertes qui se faisaient déjà sentir cruelles fit renforcer les pare-balles au moyen de sacs à distribution et même de havresacs et de toiles de tentes remplies de terre. Malgré ces efforts, les tirs d’enfilade très meurtriers empêchaient les hommes de relever la tête pour tirer.
Vers huit du matin, les Allemands réussissaient à sauter dans la tranchée entre le 68e et le 290e et profitaient d’une contre sape faite par le génie et aboutissant au point de liaison des deux compagnies, armés de boucliers et de bombes ils se ruent sur les hommes occupant la tranchée et, après une lutte qui dura plusieurs heures, se maintiennent entre le 68e et le 290e, prenant plutôt le terrain du 290e.
Le Commandant de la Cie fit faire un barrage, mais ce barrage n’empêchait pas l’ennemi d’enfiler les tranchées et de rendre la situation intenable.
Par une autre maison sise près de la voie ferrée, les Allemands opéraient le même mouvement.
Le Commandant de la Cie voyant qu’il allait être complètement cerné par sa droite et sa gauche fit évacuer la tranchée par le boyau de communication la reliant avec la 20e Cie d’une part, et le poste de commandement du chef de bataillon du 68e. Il était 10h30 environ.
Le Cdt la Cie et ses hommes se maintinrent dans ce boyau jusqu’à la nuit.
A minuit le 114e relève le 268e et la Cie du 290e qui sont au nord de la voie ferrée. »

Aujourd’hui, les maisons ont été reconstruites et les cultures ont repris leur place dans les champs de Flandres. Lucien et ses camarades y reposent à jamais.

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Cependant, avant de me rendre à Zonnebeke-Brodseinde, j’avais entrepris dès le premier jour de mon séjour en Belgique de me rendre à Steenstraete. Il me fallait voir Lizerne, le monument des victimes de l’attaque aux gaz et le secteur d’attaque d’avril 1915.

Lorsqu’on s’intéresse au parcours des régiments du département de l’Indre, il y eut une période particulière au printemps 1915. Pendant tout le conflit, les unités de réserve que sont les 268e et 290e suivirent leurs régiments d’active. Cependant, courant avril et mai 1915, ce ne fut pas le cas. La réserve fut séparée de l’active par un fait de guerre bien précis : L’usage massif pour la première fois des gaz de combats sur le front de l’Ouest. Depuis 1899, la convention de la Haye interdit l’usage des gaz asphyxiants ou toxiques. Durant l’année 1914, seuls des gaz lacrymogènes furent utilisés en conformité avec la convention. Le cap fut tout d’abord franchi avec l’usage d’obus toxiques, en janvier 1915, lors de la bataille de Bolimov (Pologne actuelle). Sur le front de l’Ouest, ce fut le 22 avril 1915 que l’armée allemande utilisa plus de 5000 bonbonnes de gaz chlorés au-devant des lignes des 45e DI et 87e DIT. Les troupes françaises perdirent pied et cela permit aux troupes allemandes d’occuper partiellement le terrain abandonné, malgré l’intervention des grenadiers belges et des troupes canadiennes stationnant à proximité. A partir de ce moment, l’état-major français rappela en urgence les troupes disponibles dont les 268e et 290e formant alors la 304e Brigade.

A l’instruction à Frévent, voici comment le chef de corps du 290e , le colonel Eggenspieler, appris la nouvelle du rappel en Belgique.

« (…) nous avons fait notre entrée à Frévent. C'était une gentille petite ville, avec des ressources de toute espèce, surtout en articles nécessaires au soldat. Il y avait de jolies maisons. Nous étions contents de nous voir dans une ville coquette. Le Général Curé nous a de nouveau recommandé de nous mettre en cantonnement large, il ne se doutait pas du tour que les Boches allaient nous jouer sur le canal de l'Yser.
En attendant nous nous sommes remis à l'instruction. Nous avons même organisé une Ecole de lancement de grenades.
Le lendemain de notre arrivée les deux bataillons étaient sur les routes, j'y étais moi-même pour les voir. Pendant que nous parcourions la campagne, une note arriva, qui prescrivit au régiment de se tenir prêt à embarquer. Une deuxième note qui arriva peu à près la première, me prescrivit de diriger de suite un bataillon sur Saint-Pol pour y être embarqué en chemin de fer. Enfin, une troisième note ordonna de porter tout le régiment sur Saint-Pol où il devait être embarqué à 17 heures. Il était 16 heures quand la troisième note arriva, et les bataillons étaient encore sur les routes. Il allait forcément y avoir du retard dans l'exécution de ces ordres. »

Au 268e, le capitaine Laurentin l’apprend ainsi :

« Nous étions bien tranquilles derrière Arras, le 9e Corps échelonné en profondeur du front jusqu’à nous, quatre autres corps à nos côtés dans la même formation. Sans rien savoir, nous supposions que le moment était venu de défoncer les lignes allemandes. Subitement, le 24 avril, à 17 heures, il a fallu boucler son sac à la hâte, courir à Frévent, s’embarquer parmi un encombrement de soldats et de canons, dès que les trains attendus entraient en gare ; puis, à peine débarqués à Enquelbacke (Esquelbeq), repartir en auto-camions pour Poperinghe, et enfin nous rendre à pied à Wipe Cabaret (Wippe, sud-ouest de Woesten), où nous bivouaquions le 25 au soir, dans un petit bois. Que sommes-nous venus faire ici ? Nul ne le sait … Des soldats isolés, des conducteurs d’autos, des employés du Génie, racontent que les Allemands ont passé l’Yser, qu’ils ont détruit plusieurs régiments par des nuages de gaz asphyxiants. Le canon gronde. »

La situation est telle que malgré les ordres reçus, le constat est que l’impréparation est constante. Les troupes présentes sont mélangées et la désorganisation règne.

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Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry.

 

« Après avoir franchi le Kemmelbeck, je suivais personnellement un chemin qui conduisait directement à Steenstraat par Lizerne. Je suis passé à un moment donné à côté d'un moulin qui était en flammes. Un peu au-delà du moulin je me suis arrêté dans une tranchée à droite du chemin. Comme je n'y voyais rien je suis passé de l'autre côté du chemin dans une tranchée occupée par des territoriaux tout contre Zuydschoote. Malgré que le terrain y fût plus élevé je n'y voyais toujours rien. Je ne savais pas ce qu'était devenu ma troupe. Je me décidai alors de me porter plus en avant sur une bosse de terrain au Sud de Lizerne. Je dois rappeler encore qu'avant d'arriver au moulin qui flambait, j'avais vu dans une ferme à gauche le Général Cherrier qui commandait la Brigade à notre droite. Il m'a fait connaître qu'il n'avait aucune mission offensive.
Dans mon déplacement vers le terrain au Sud de Lizerne, je fus suivi par mon Officier adjoint, le Lieutenant Sohier, et par toute la liaison. Dès le début nous dûmes marcher courbés et bientôt après il fallu ramper. Chemin faisant, je suis passé devant un sergent du Génie qui était assis par terre et qui se lamentait. Il était déchaussé et avait eu un pied traversé par une balle. Il avait une claie qui gisait à côté de lui. Il était chef d'une équipe de transporteurs de claies, qui devait établir des passages sur l'Yperlé, petit ruisseau qui précédait le canal de l'Yser. On pense si ces hommes avec leurs claies sur la tête étaient visibles. Du reste, on n'était pas près de le franchir, l'Yperlé. Le pauvre sergent était tout seul, il ne savait pas ce qu'étaient devenus ses hommes. »

Différentes attaques sont ordonnées, celle du 27 avril fit de nombreuses pertes aux 268e et 290:

« Arrivé au point où j'avais des vues sur le terrain au Sud de Lizerne, je me suis arrêté, couché dans l'herbe. Je voyais mes compagnies de tête arrêtées à côté des zouaves. La campagne était absolument vide. Aucune troupe n'était sortie nulle part pour attaquer. Etant donné la situation à Lizerne, elles avaient bien fait. Pendant tout le temps que j'étais couché à mon poste d'observation je voyais des hommes continuer à se porter en première ligne. Je me soulevais et leur criais de toutes mes forces de rester couchés. Ils ne voulaient rien entendre. Je les vois toujours courir de leurs petits pas menus, l'arme croisée devant le corps puis s'abattre, touchés par les balles des mitrailleuses. Pauvres garçons ! Que de morts inutiles, soit par manque d'instruction tactique, soit par une conception exagérée du devoir militaire. Quand je reportai mes regards vers le groupe Sohier, je vis le Lieutenant couché à terre et ramper vers un trou d'obus en se servant seulement de ses bras. J'en conclus qu'il était blessé aux jambes. J'interpellai le Maréchal des Logis Pothet qui, au lieu de me renseigner, me demanda si je n'étais pas blessé. Je lui dis que non. Puis je dus me recoucher et me faire extra-plat tellement les balles de mitrail leuses rasaient le tapis de près. Au bout d'un moment, je vis deux hommes, Blin, mon ordonnance, et Pothet porter le Lieutenant en avant vers la tranchée de tête. Je me disais aussitôt, ils vont se faire achever. En effet, au bout de quelques pas tout le groupe s'abattit sur le pré. Je ne sus que plus tard que Pothet avait reçu une balle dans le ventre, et Blin une dans le bras. Le Lieutenant ne fut plus touché. Il en avait assez de sa première blessure, une balle lui avait fracassé la cuisse. Bref, quand la fusillade et la canonnade se furent calmées, et que l'obscurité commençait à tomber, je me dégageai de ma position d'observation où j'ai fini par rester tout seul. Je n'eus d'autre ressource que d'aller à l'arrière à mon P.C. pour me reconstituer une nouvelle liaison.
Mon P.C. se trouvait dans une ferme plus avancée que celle du Général Cherrier. Mon personnel y occupait une cave pas bien propre. Le reste de la ferme était occupé par l'E.-M, du bataillon de zouaves de Lizerne. Les Officiers du bataillon ont été très accueillants, mais je n'ai pas pu savoir qu'elle était la situation du bataillon à Lizerne.
J'attendis le compte rendu du 6e bataillon qui s'était trouvé en tête du mouvement. Je me doutais que les pertes avaient dû être sérieuses. A la 23e, le Capitaine Marsily avait été tué. A la 24e, le Capitaine Beyler et le Lieutenant Ramez étaient blessés. J'avais donné des ordres pour qu'on m'avertisse quand les Officiers blessés passeraient devant la ferme. C'est ainsi que j'ai revu le Lieutenant Sohier. L'excellent garçon s'excusa d'être obligé de me quitter en pleine action. Le Capitaine Beyler avait conservé sa crânerie habituelle. Comme Sohier, il avait reçu une balle dans la jambe. Il a voulu donner l'exemple à ses jeunes gens, m'a-t-il dit. J'ai accompagné tous ces braves de mes vœux de prompt rétablissement. »

De son côté, au 268e, la situation est identique et l’impréparation se fait aussi sentir :

« Nous devons attaquer à 15h30. Il faut partir tout de suite. Je demande au général des agents de liaison pour nous montrer le cheminement : « On ne peut vous en donner qu’un, les autres ont des ordres à porter » Le colonel an tête, les compagnies homme par homme, nous suivons l’unique guide, qui parait affolé. Les obus éclatent devant nous avec fracas. Un officier d’artillerie, qui revient sans doute d’un observatoire, me montre un cheminement plus sûr. Nous faisons 800 mètres environ. Les balles commencent à siffler à nos oreilles ; nous arrivons à une ferme où des officiers de zouaves nous indiquent encore le chemin des premières lignes. Notre guide avait disparu. Sans eux, nous allions offrir aux Allemands une cible parfaite !
(…) Son poste est établi dans un bâtiment couvert en chaume. Du grenier, on peut découvrir, par les meurtrières faites dans le toit, toutes les lignes françaises et allemandes depuis Het-Sas jusqu’à Steenstraat. On suit parfaitement les sinuosités de la tranchée allemande, surtout lorsque le soleil éclaire les sacs de terre qui en forment le parapet. Dans le champ qui sépare les deux lignes, on aperçoit, de ci, de là, des terres remuées ; ce doivent être les postes d’écoute des Boches. Derrière leur tranchée et en face de notre poste, une maison semble faire pendant à la nôtre : « C’est la maison du collègue » dit le commandant. (Toutes les maisons ont reçu des noms qui permettent de les indiquer rapidement à l’artillerie).
Ce « collègue » boche règle bien malencontreusement le tir de ses batteries. Il est vrai que nous ne faisons guère mieux : C’est un sous-officier qui chez nous règle le tir en ce moment. Je ne le crois pas très fort. Il crie au téléphone « Parfait, très bien, continuez ! » J’aimerai mieux qu’il corrige les hausses, car le tir ne me parait pas réglé sur les tranchées que nous devons attaquer. (…)

D'abord affectés à la 152e DI, ils passent ensuite en support de la brigade Cherrier (brigade coloniale).
Après une tentative échouée, le 27 avril en direction de Lizerne, les deux unités indriennes attaquent à nouveau le 28 avril :

"L'artillerie devait commencer sa préparation à 14 heures. L'infanterie devait déboucher à 15 heures. Pour faire une bonne préparation, l'artillerie avait placé un Officier observateur dans la tranchée de départ. Il était relié aux batteries par un fil téléphonique.
A 14 heures, les batteries se mirent à taper avec vigueur sur les tranchées allemandes, sur Lizerne, et sur le chemin de Lizerne à Steenstraat. Elles canonnèrent également une grande bâtisse qui dominait tout le terrain au-delà de la route de Boesinghe, et qu'on appelait la Maison du Collègue.
Les Allemands ne ripostent pas pendant notre préparation, c'est-à-dire qu'ils ne font pas de contre-préparation sur nos tranchées, c'est leur tactique. Ils se réservent pour le moment où l'attaque débouchera. Ils envoient toutefois des obus de gros calibre en arrière de Zuydschoote où ils soupçonnent qu'il peut y avoir des rassemblements de troupes.
Je me suis établi dans la tranchée où j'étais la veille au sud-ouest de Zuydschoote. Les territoriaux occupent toujours la tranchée et je prends place parmi eux. Nous sommes fortement secoués par les gros obus qui n'éclatent pas, ou qui éclatent trop profondément. J'avais avec moi le sous-lieutenant Devilliers et un téléphoniste.
A 15 heures justes, le tir de notre artillerie s'arrête. Il s'établit un silence impressionnant, pendant lequel les Officiers suivis de leurs hommes sautent sur la route. Ceux qui ont le derrière trop lourd sont poussés par les zouaves. Et en avant, les vagues se précipitent vers les tranchées allemandes. Toutes les compagnies se portent en avant, même celles du 5e bataillon. Le spectacle est si beau, qu'un certain nombre de territoriaux qui gardent les tranchées partent aussi. Un sous-officier d'artillerie de liaison est empoigné également. Il lâche son appareil téléphonique et se précipite en avant. Il n'a pas d'arme, il cognera sur les Allemands à coups de poing et de pieds.
Les deux premières lignes de tranchées allemandes sont enlevées d'un seul élan. A la troisième ligne le tir de représailles allemand se déclenche. Les fusils, les mitrailleuses, le canon, tout crache à la fois. Une véritable nappe de balles passe sur la tranchée où je me tiens. De temps à autre je risque un coup d’œil. Impossible de rien distinguer de l'attaque. Tout le terrain était couvert d'une épaisse couche de fumée et de poussière. C'est dans cette atmosphère que se passent alors les combats singuliers qui se produisent à la fin des attaques d'ensemble. En fin de compte, sur les trois lignes enlevées nous en avons conservé deux. Et si nous n'avons pas gardé la troisième, et si nous ne sommes pas allés d'emblée jusqu'au canal, cela tient à ce qu'au Sud de Lizerne nous avons été seuls à sortir de nos tranchées. Comme la veille aucune troupe n'avait débouché, ni à droite, ni à gauche. Du côté de Lizerne nous avons continué à être pris d'enfilade par des mitrailleuses qui étaient restées dans la partie Est du village. Comme nous étions également découverts sur notre flanc droit, les Allemands sont revenus occuper les tranchées qu'ils avaient abandonnées.
En fin de combat, les deux compagnies de tête occupaient la deuxième ligne allemande, les deux compagnies suivantes la première, et les deux compagnies du 5e bataillon la tranchée de départ, autrement dit, la tranchée de première ligne française. Toutes les compagnies travaillèrent activement à organiser le terrain conquis. La 24e notamment creusa une tranchée à droite pour parer à toute attaque de flanc dans cette direction. Les mitrailleuses qui arrivent à leur tour sont mises en position sur les deux flancs.
Nos prises au cours de l'attaque furent de 87 prisonniers dont 2 Officiers. Les Allemands avaient abandonné de nombreuses armes dont 2 mitrailleuses. Pas mal de prisonniers s'étaient échappés par les deux ailes et n'avaient pas été dénombrés au compte du régiment, qui avait cependant été le seul à attaquer.
Vers 19 h. 30, un ordre de la Brigade prescrivit de poursuivre sans interruption l'attaque, pour rejeter définitivement au-delà du canal les Allemands qui paraissaient à bout. Si les Allemands étaient à bout nous ne l'étions pas moins. Sur 15 Officiers qui avaient pris part à l'attaque, 9 étaient hors de combat. Le Lieutenant Fougère avait été tué, les Sous-Lieutenants Tournier, Moinault, Poirier, Matignon étaient blessés. Le Sous-Lieutenant Tournier avait une blessure particulièrement grave. Une balle venue de côté lui avait emporté le menton. Des maîtres-chirurgiens ont réussi à le guérir longtemps après la guerre. Les compagnies du 6e bataillon qui avaient bien encore perdu 200 hommes étaient hors d'état de recommencer une nouvelle attaque, et les deux compagnies du 5e n'étaient pas suffisantes pour pousser jusqu'au canal. Pour avancer encore, il eût fallu que nous eussions les flancs couverts. Il eût surtout fallu qu'à gauche on nous débarrassât des damnées mitrailleuses de Lizerne. L'ordre de la Brigade recommandait une infiltration par petites attaques à la baïonnette plutôt qu'une opération en masse. Evidemment le Commandement après la première attaque n'avait plus les moyens d'en monter une deuxième. Pour finir, il n'y eût pas plus d'actions de détail que d'ensemble. Cela se produira encore plus d'une fois dans ce secteur".

Cependant, les témoignages publiés après le conflit permettent aussi parfois un accès à des données plus intimes, des scènes que les dépêches officielles, les Journaux de Marche et Opérations ne peuvent, ne veulent rendre compte. Un exemple au 290e RI par Marc Michon, alors adjudant et illustrant le désarroi des officiers de terrain vis-à-vis de la chaine de commandement et de ses exigences.

« Tout attaque est vraiment impossible » ne cessait de répéter le commandant Changeux en regagnant son P.C. « Jamais je n’ordonnerai un tel assaut, dussé-je y sacrifier ma carrière ». Je le vis si désespéré que je me permis de lui soumettre une proposition que j’exposai timidement, par bribes de phrases. « Chaque jour, dis-je, nous perdons au bataillon une trentaine d’hommes, tués ou blessés. Pourquoi dans le compte-rendu des vingt-quatre heures, ne pas attribuer ces pertes à l’assaut infructueux des deux compagnies contre les tranchées ennemies ? » « Mais c’est un faux ! » s’exclama le commandant. Comme je me taisais, au bout d’un moment, il reprit : « C’est bon, qu’il en soit ainsi. Préparez un compte-rendu dans le sens que vous indiquez ». Lorsqu’il l’eut signé, mon chef de bataillon s’engagea à vive allure dans le boyau qui conduisait à la première ligne. Comprenant ce qu’il se proposait de faire, je courus derrière lui et, le saisissant au collet, je réussis à l’empêcher de monter sur le parapet et de se faire tuer comme il en avait l’intention. Pas un mot ne fut prononcé, mais le regard que nous échangeâmes était chargé de tant d’émotion que nous détournâmes aussitôt la tête, l’un et l’autre. Le grade ne comptait plus, deux hommes étaient en présence.
Dans la soirée, lorsqu’il eut retrouvé son calme, le commandant Changeux vitupéra les états-majors qui faisaient tuer des soldats sans raison, sous le seul prétexte de maintenir élevé le moral des troupes … »

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Sources SHD_GR26N549 vol 5

Durant quelques temps encore et ce jusqu’en fin aout 1915, les 2 régiments indriens restent en secteur en Flandres. On les retrouvent le 2 mai 1915, ils subissent alors une attaque aux gaz vers Lizerne Boesinghe http://indre1418.canalblog.com/archives/2005/08/24/748818.html

En août 1915, le 290e revient en secteur entre Het Sas. Le 290ème RI reviendra en secteur entre Steenstraete et Het-sas entre les 17 et 24 août 1915 pour un ultime séjour avant de rejoindre les 68e et 90e RI du côté de l’Artois et d’Arras http://indre1418.canalblog.com/archives/2005/08/24/748818.html

Le résumé « graphique » de cette période dite « 2e Bataille d’Ypres » est détaillé dans l’ouvrage « Les Armées Françaises dans la Grande Guerre - Tome II ». L’ouvrage est consultable sur le site de la BNF Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62678327 En voici les 4 représentations que l’on trouve avec cet ouvrage et qui sont disponibles sur le site Mémoires des Hommes (AFGG) :

archives_SHDBG_Q_in4-000028-02-1-C_0028_2(1)

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Le Journal de Marche et Opérations du 268e RI nous permet de superbement illustrer cet épisode. Le capitaine Laurentin est alors l’adjoint au Lieutenant-Colonel MARIANI. Tous deux, sont arrivés du 77e RI au 268ème le 31 mars 1915. Le capitaine Laurentin, architecte dans le civil, est féru de photographie et dessine lui-même les cartes de l’unité. Le Journal de Marche du 268ème est ainsi très documenté et illustré.

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Sources SHD GR26N733 vol 2

Avant de nous intéresser à quelques cas individuels, voici donc quelques clichés actuels du secteur de ces attaques de la fin avril 1915. Si je n'ai pas eu le temps de tout parcourir, je reprends néanmoins des clichés via le site Googlemaps pour rendre compte. Je vous invite à cliquer sur certains clichés pour profiter d'une meilleure résolution.
A l’époque, l’arrivée en secteur se faisait depuis Woesten (Wippe) vers Lizerne. Actuellement, la route principale d’Ypres passe par Boesinghe et se rend à Steenstraate sans même passer dans Lizerne, qui est contourné. Dans la ligne droite avant Lizerne, la route occupe l’emplacement de l’ancienne première ligne.

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Sur la route de Lizerne à Steenstraete, le petit pont sur l’Yperlée. Le champ de bataille derrière et le clocher de Boesinghe à l’horizon

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Sources Googlemaps - SHD_GR26N549 vol 5 – historique allemand RIR125

Depuis les tranchées de départ en direction de l’Yperlée et du canal, la zone d’attaque au niveau de la « maison du collègue » (Voir clichés Laurentin)
Le JMO du 268e reporte : « Nos troupes font au pas de course les 300 mètres qui les séparent de la tranchée ennemie » Les 300 mètres correspondent à la lisière du champ de maïs en fond d’image.

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Sources Googlemaps

Dans les champs de culture, la zone de combat et l’Yperlée à la lisière du maïs non fauché. Le Canal correspond à la ligne d’arbres à l’horizon (Het-Sas à droite du cliché dans les arbres)

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Lizerne, inscrit à l’angle de la route. Arrivant sur place, la surprise de trouver ce fronton. Vision sur Steenstraete en fond d’image au centre en suivant la route. A noter la présence sur place d’une borne Vauthier, matérialisant la position du front en juillet 1918. Celui-ci n’avait donc pas changé depuis les premiers combats dans le secteur.

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Le monument de la réconciliation.

Ce monument a été érigé en 1961. Il fait suite au monument qui fut dynamité en 1941 par l’armée allemande. Il avait été originellement inauguré le 28 avril 1929 en présence du roi Albert I et du général Gouraud. Le monument d’origine était l’œuvre de Maxime Real del Sarte, à l’initiative des anciens combattants du 418e Régiment d’Infanterie.

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Les 268e et 290e Régiment d’Infanterie, ainsi que le 135e de Angers sont bien présents sur le monument de la Réconciliation.

Les inscriptions du monument:

 "ÉRIGÉ EN 1929 SUR L'INITIATIVE
DU 418ème RÉGIMENT D'INFANTERIE FRANÇAISE
LE MONUMENT AUX PREMIÈRES VICTIMES
DES GAZ ASPHYXIANTS
LANCÉS PAR LES ALLEMANDS LE 22 AVRIL 1915
A ÉTÉ DÉTRUIT PAR EUX EN 1942
LES ANCIENS COMBATTANTS BELGES ET FRANÇAIS
ONT EN SA PLACE DRESSÉ CETTE CROIX
AVEC UNE VOLONTÉ COMMUNE
DE RÉCONCILIATION ET DE PAIX DANS LE MONDE"

 

135ème 268ème 290ème 418ème RÉGIMENTS D'INFANTERIE - 1er MIXTE - GÉNIE ET ARTILLERIE DES 45ème 153ème D.I. ET 87ème D.I.T. - 2ème 4ème BATAILLONS DE CHASSEURS À PIED - 2ème BIS 3ème BIS 4ème 7ème 9ème ZOUAVES - 1er 3ème BATAILLONS D'INFANTERIE LÉGÈRE D'AFRIQUE - 73ème 74ème 76ème 79ème 80ème 101ème 102ème RÉGIMENTS D'INFANTERIE TERRITORIALE  -  1er TIRAILLEURS ALGÉRIENS

 

 GRENADIERS REGIMENT 1ste EN 2de KARABINIERS REGIMENTEN 3de EN 4de LINIEREGIMENTEN - GENIE EN ARTILLERIE DER 1ste EN 6de D.L.A. - ZWARE LEGER ARTILLERIE, GRENADIERS - 1er ET 2ème CARABINIERS - 3ème DE LIGNE - 4ème DE LIGNE - GÉNIE ET ARTILLERIE DES 1ère ET 6ème DIVISIONS - ARTILLERIE LOURDE DE L'ARMÉE

 

EMMANUEL LANCRENON CHANOINE TITULAIRE/HONORAIRE DE NOTRE DAME DE PARIS A CONÇU CE MONUMENT ET PRÉPARÉ SA RÉALISATION AVEC LES ARCHITECTES PAUL TOURNON MEMBRE DE L'INSTITUT ET DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE PIERRE DEVILLERS ET LES ENTREPRISES DELHEM - CAPPELIEZ - HENAUT. LA BRUGEOISE ET NIVELLES. UGINE GUEUGNON

 Après les présentations du secteur et du combat, il est un point qui m’est cher, c’est celui de l’hommage aux combattants. 2 d’entre eux ont fait déjà l’objet de messages sur le blog, je reprends donc ici certains de ces messages et les réactualise.

 

Louis Gallien

Louis GALLIEN est né le 6 août 1879 à Azay le Ferron (36) au lieu-dit Fouillaumin, il est le fils de Louis et de Marie Brault. Il est le 4ème enfant d’une fratrie de cinq.
Pierre né en 1868, Louise Joséphine née le 26 juillet 1872, Rose Silvine née le 1er septembre 1875, Louis né le 06 août 1879, Henri, né le 25 juillet 1982.
Lors de son service militaire et lors de périodes successives, Louis a un beau parcours :
Incorporé le 16 septembre 1900 comme soldat de 2ème classe au 32e R.I. Il est Caporal le 19 novembre 1901, puis Sergent le 27 septembre 1903 pour être renvoyé à la vie civile le 19 septembre 1903 et le 4 janvier 1910, il devient adjudant de réserve, il dépend toujours du 32e R.I. En 1904, alors qu’Henri est au service militaire, Louis se marie avec Hélène Bertrand le 3 octobre à Perrusson (37), il a alors 34 ans et exerce la profession de meunier à Chambourg (37).
En 1905, le 17 juillet, nait leur premier fils à Perrusson qu'ils appelleront Hubert Edmond Louis. Le 5 mars 1912, leur deuxième garçon Didier nait au Tanger (36).
Son registre matricule nous apporte pas mal de renseignements :
De taille assez grande 1m75, brun avec des yeux gris, un degrés instruction de niveau 3
En août 1914, il est mobilisé au sein du 268e R.I. du Blanc et suit le parcours du régiment jusque dans les Flandres, en avril 1915, où il tombe au combat. Le 22 avril 1915 donnera lieu à de terribles combats dans la région d’Ypres en Belgique, date à laquelle ont été utilisés les premiers gaz moutarde, ou aussi nommé parfois ypérite. A 17 heures, 180 tonnes de chlore seront libérées sur un front de 6 km. La mortalité des intoxiqués s’élèvera à 40% en avril 1915.
Le 268e R.I., avec le 290e, sont rappelés du nord de la France pour renforcer les lignes décimées de la région d’Ypres et afin de reprendre le terrain à l’ennemi.

https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239e9af2fa2d/5242bdd39f21e

 Voici les derniers moments de la vie de Louis transcrit dans le JMO du 268e RI:

"Les sections du sous-lieutenant Marcille et de l’adjudant Gallien pour le 268ème et la section Sueur, du 9ème zouave, sont désignées pour donner l’assaut à la baïonnette.
A 17h38, le tir d’artillerie commence ; il s’accélère à 17h57 et fait disparaître les tranchées allemandes dans une épaisse fumée.
A l’heure fixée, (18 heures), le capitaine Gire donne le signal. Tous les hommes bondissent, baïonnette haute, et se perdent dans la fumée des éclatements, tandis que l’artillerie allonge son tir.
Nos troupes font au pas de course les 300 mètres qui les séparent de la tranchée ennemie sans subir de pertes sérieuses ; mais arrivées près du parapet, elles sont reçues par une avalanche de bombes qui, instantanément, frappent mortellement le sous-lieutenant Marcille, l’adjudant Gallien, l’adjudant Chottin et une dizaine d’hommes. Les autres se terrent contre le parapet."

 Au 290e RI, Marc Michon insiste sur la fatidique distance à parcourir :

« Trois cents mètres à peine séparaient la tranchée ennemie de la nôtre. Passés maitres dans le placement des mitrailleuses, les Allemands avaient construit en face de nous de petits abris bétonnés et blindés d’où leur maxims, disposées en flanquement, balayaient tout le no man’, land, interdisant toute approche. Il était pratiquement impossible de sortir pendant le jour de nos tranchées sans être abattu ».

La sépulture de Louis n’est pas connue, il repose donc en Flandres, il figure cependant sur le monument aux morts de Clion et ses deux fils Hubert et Didier seront reconnus pupilles de la Nation le 6 juin 1918 à Châteauroux (36)
En 1920, Louis, tombé en avril 1915, reçu à titre posthume la Médaille Militaire et la Croix de Guerre avec étoile de bronze. Il lui fut attribué la citation suivante : "Adjudant courageux qui a fait vaillamment son devoir. Tombé glorieusement pour la France le 29 avril 1915 en Belgique "

 Ce message s’adresse à Mickael qui est particulièrement attaché à la mémoire de Henri et Louis, ses anciens. Il parcourt ainsi le champ de bataille et s’était rendu à Het-Sas, il y a quelques temps.

 Si la sépulture de Louis Gallien est actuellement inconnue, et sachant que Mickael la cherche depuis longtemps déjà, par l’intermédiaire des mises en ligne du Centenaire, notamment sur Europeanna1418, il est intéressant de signaler que celle du Sous-lieutenant Marcille est maintenant documentée, cela permet ainsi d’orienter des recherches futures pour envisager la position de celle l’adjudant Gallien si la dépouille de celui-ci a été relevée.
Je produis donc là, une rapide notice concernant le Sous-lieutenant Marcille
Sa fiche Mémoires des Hommes
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f5c8696ae/5242bf1c28008

 MARCILLE André Oscar est né le 23 janvier 1882 à Saint Maixent (Deux-Sèvres)
Engagé volontaire au 32e RI à Tours le 26 février 1900, il s’engage pour 4 ans. Nommé sergent, il se rengage en 1904. Rappelé mobilisé le 6 août 1914, il passe Adjudant le 1er septembre 1914 et est nommé sous-lieutenant à titre temporaire le 1e mars 1915.
Sa fiche matricule ne mentionne à aucun moment son affectation au 268e RI. Sa première apparition dans le Journal de Marche du 268e concerne l’ordre de bataille du 15 mars 1915 où il est dit affecté à la 20e Cie du Capitaine
GIRE avec les Sous-lieutenants PROVOST et MULO.

Grace aux numérisations il est possible, via Europeanna 1418 de retrouver des documents concernant André Marcille et grâce à un dépôt effectué aux Archives Départementales de la Seine Maritime. On trouve ainsi un portait en pied de son passage au 114e RI. Une lettre du général Dubois (Chef du 9e Corps d’Armée), aussi disponible sur Europeanna 1418 confirme cette affection au 114e avant sa nouvelle affectation au 268e RI.

 

 

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Portrait d'André Marcille -
https://www.europeana.eu/portal/record/2020601/contributions_20287_attachments_229550.html
Europeana 1914-1918. CC BY-SA - http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

 

Il est cependant un document encore plus important concernant André Marcille et donc indirectement Louis Gallien.

Il y a quelques mois, furent mis en ligne des documents complémentaires, qu’il m’a été impossible de retrouver au moment de la rédaction de cet article (Je les mets ici en ligne, et les retirerait si les ayants-droits se manifestent et souhaite leur retrait) Ainsi donc, une lettre envoyée entre Alice la femme de André Marcille et son frère. Ce dernier est sur le front et se rend sur la sépulture de son beau-frère pour lui rendre un pieux hommage.
Le point certainement le plus important et le schéma accompagnant ces échanges. En effet, celui-ci produit une photo de sépulture et un schéma de la position de la sépulture du sous-lieutenant Marcille.

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Aujourd’hui, un carré militaire français est toujours présent au sein du cimetière de Woesten, cependant la position des sépultures du schéma laisse présager un déplacement où un rapatriement au pays des dépouilles dans les années 20.

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Sources GoogleMaps

La sépulture de Louis Gallien n’a pas été trouvée, mais une pièce supplémentaire est maintenant connue et la recherche continue.

Denis SOUCHAUD

https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239fc7e4b5b6/5242bfe230c69

 Après Louis Gallien, il est un deuxième soldat qui a déjà eu l’honneur des recherches sur Indre1418. Voici donc Denis Souchaud dont j’ai présenté la fratie des 4 frères Souchaud, ces dernières années. La famille Souchaud, d'Adriers, envoya en effet trois fils au sein du 268e et un autre au 68e.

Denis SOUCHAUD est natif d’Adriers, dans la Vienne (86). Il est le fils de Louis et de Marie MICHARDIERE, qui le mit au monde à la ferme familiale de Baguérand, le 27 mai 1880.
De la classe 1900, il a le numéro 55 du tirage dans son canton « Isles jourdain », et est déclaré « Bon pour le service armé ». Cependant son père étant décédé en 1894 et étant l’ainé, il est dispensé de deux ans (service militaire de 3 ans), incorporé à compter du 14 novembre 1901 en tant que soldat de 2ème classe au 68e régiment d’infanterie du Blanc, il est envoyé dans la disponibilité le 20 septembre 1902.
Sa fiche matricule le décrit comme ayant cheveux et sourcils bruns, yeux gris, front ordinaire, nez large, bouche moyenne, menton rond, visage ovale. Sa taille est de 1m69.
En 1903, il se marie avec VIGNIER Louise qui en a, alors, 16. En 1905, nait leur premier enfant Ernest, trois autres garçons naitront dans les années qui suivront.
Toute la famille, même la mère, les frères et les sœurs de Denis vécurent ensuite à Baguérand, aux Adriers.
Le 1er octobre 1904, il passe dans la réserve et accomplira ensuite 2 périodes d’exercices (1907 et 1910) toujours au sein du 68è régiment d’infanterie du Blanc.

Mobilisable, il rejoint le corps le 31 aout. En septembre 1914, il passe dans l’armée territoriale ( père de 4 enfants) dans le 66e régiment d’infanterie territorial, cependant dû à son âge (34 ans), il est envoyé dans la réserve de l’armée active ( 268e régiment d’infanterie) comme beaucoup de jeunes soldats de l’armée territoriale.
Le 1er novembre 1914, il part pour le front et rejoint le 268e régiment d’infanterie, en Belgique, dans les Flandres plus exactement.
Fin avril, le 268e RI est intervenu dans le secteur Steenstraat, Het-Sas, Lizerne où il essaye de contenir les unités allemandes suite à la première attaque aux gaz du 22 avril 1915. Survivant à ces combats, alors que le front c'est quelque peu stabilisé, le régiment part en secteur au Pont des Péniches, au nord d'Ypres. Le 4 mai, le régiment est placé en réserve au pont des Péniches, le long du canal de l'Yser.

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Sources Googlemaps - SHD_GR26N549 vol 5

Le JM0 du 268e RI indique :
"Dans la nuit, le 5e Bon rejoint le 6e Bon au Pont des Péniches pour relever le 77e sur ses positions de réserves de 2ème ligne – rive Est du canal. Ces différents mouvements s’exécutent sans incident. Dans la journée, le 6e Bon avait subi un bombardement lui causant quelques pertes."

Denis Souchaud fait partie des victimes d’un bombardement allemand qui a frappé le 6ème bataillon du 268e régiment, avec le soldat Alexis Pagnard

Alors qu’il venait de survivre à un long hiver, était sorti indemne des attaques de 27 au 29 avril 1915, dans le secteur de Steenstraat, il succomba des suites des blessures liées au bombardement.
Ce même jour, la 304e brigade dont faisait partie le 268e RI, recevait les félicitations du général Curé, chef du 9e corps d'Armée pour le comportement des troupes qui quittaient enfin le secteur, malheureusement trop tard pour Denis Souchaud.

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Sources SHD GR26N549 vol 5

La préparation de cet article m’a permis de me repencher sur mes anciens albums et de retrouver ces 2 clichés pris par un officier du 290e RI et montrant une scène de repos de l’unité. Ces clichés qui furent pris à environ un kilomètre du Pont des Péniches, à la tête du canal, à Ypres.

 

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Sources GoogleMaps

La rambarde en fonte située au coin du canal est toujours présente ainsi que le bâtiment du moulin Vandoorne (largement remanié).

Voilà le bilan de mon court séjour en Flandres.

Je remercie de nouveau Mireille qui, à chaque voyage, a su se montrer patiente et compréhensive.
Merci à Kévin, merci à Mickael pour leurs documentations et informations.
Merci à Stephan pour la piste du sous-lieutenant Marcille aux AD76.

Merci à vous tous de votre audience

Je ne peux dire que je retournerai sur les lieux, peut-être est-il temps après les Flandres et l'Artois de découvrir un autre théâtre d'opérations des régiments indriens. Je ne sais pas encore répondre à cette question.

 

 

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04 mai 2019

Du 4 au 6 mai 1916 . Tentatives de contre-attaque de la 17e DI, puis montée de la 152e DI.

La préparation par l’artillerie allemande commence le 3 mai vers midi. Un bombardement très violent est dirigé sur la partie du front comprise entre le ravin de la Hayette et la route d’Esnes à Haucourt. Il dure toute la nuit et la matinée du lendemain. Les tranchées sont nivelées, les pertes très lourdes. La compagnie qui occupe le bois Eponge, ne comptant plus à 21 heures qu’une vingtaine de combattants, est renforcée par un peloton de la compagnie de soutien de son bataillon. Au Crochet, les deux compagnies de 1ère ligne du bataillon Gobert (du 90e), réduites à 75 hommes, sont renvoyées dans la nuit à Esnes et remplacées par les deux compagnies de soutien.
Le bataillon Petit du 68e régiment, en réserve de brigade à Esnes, est porté en conséquence moitié, le 3 au soir, en soutien du bataillon Gobert, moitié, le 4 au matin, au réduit D.
Il est remplacé par le bataillon du 290e de Vigneville, qui atteint Esnes le 4 vers 10 heures.

 

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Sous la menace de l’attaque, une force a été poussée ainsi sur la contrepente de 304.
La réserve de division ne comprend donc plus par suite que 4 bataillons : le dernier bataillon du 290e qui est à Béthelainville, les 2 bataillons du 268e et le dernier bataillon du 90e qui sont en marche sur le bois de Béthelainville, ayant l’ordre de relever la nuit suivante le 68e régiment à la cote 304.
Alertée dans la matinée, l’artillerie du 9e CA, pour laquelle a été organisé un service de surveillance aérienne permanent (par avions et ballons) entame ses tirs de contrebatterie avec l’aide des groupements voisins
Elle prend à partie vers 15h30 une colonne ennemie entrant dans Cuisy. Elle effectue des concentrations de feux à 16h35 sur les ouvrages d’Alsace et de Lorraine. Elle enfile un peu plus tard les boyaux (de la Joliette et des Serbes) perpendiculaires au front d’attaque.
Les barrages de l’artillerie de campagne sont prolongés en profondeur par les batteries de l’AD18.
Vers 17 heures, l’aviation signale que les tirs français sont très bons.
Sans se laisser arrêter cependant par l’artillerie française, l’infanterie allemande s’avance dans un repli de terrain échappant aux vues latérales du bois Eponge et du Crochet.
Ses vagues d’assaut gravissent les pentes nord de la croupe 304, submergent la défense et ne sont retardées que par les bataillons postés sur les flancs du plateau, ou leurs débris. Plus à l’est, le bataillon Gobert conserve ses positions, Plus à l’ouest, la 18e DI (66e régiment) n’est pas attaquée.
Cette situation est mal connue du commandement. Les observatoires ont pu signaler il est vrai vers 16 heures des fusées rouges lancées à 304, ce qui a provoqué le déclanchement des barrages. On a perçu ensuite de la cote 310 (PC de la 33e brigade) le crépitement de mitrailleuses en action dans la direction du bois Eponge. Les observateurs ont pu rendre compte un peu plus tard de l’allongement du tir de l’artillerie allemande, qui se raccourcit bientôt d’ailleurs pendant environ une demi-heure pour s’allonger à nouveau
Rien n’arrive cependant du régiment intéressé. Isolé par le canon sur les pentes sud du plateau, le lieutenant-colonel Odent, commandant le 68e RI, semble en effet tout ignorer de l’attaque. Il donne à la nuit tombante ses ordres de relève et renvoie vers l’arrière les 2 compagnies du bataillon Petit, poussées le matin auprès de lui.
A 18h30, le colonel Lasson, commandant la 33e brigade, lui adresse par coureur une note.
« Je pense, lui dit-il, qu’un centre de résistance sérieux est organisé par vos soins sur la cote 304 avec les 2 compagnies Petit comme noyau principal contre les forces allemandes qui me sont signalées gravissant les pentes nord-est de la croupe.
3 compagnies de la 18e DI se portent de Pommerieux vers votre PC pour coopérer à votre action. Elles se mettront à votre disposition. Sur la demande de la 17e DI, la 18e DI a donné en effet à 17h35 l’ordre au bataillon Morand du 77e RI de se porter sur le réduit D.
Enfin, le 6e bataillon du 290e (bataillon Dupic) a reçu l’ordre d’appuyer ce mouvement des 3 compagnies précitées en se maintenant à leur droite afin d’exécuter le plus tôt possible une contre-attaque sur les forces signalées ci-dessus. Ce bataillon a comme axe de marche : cote 241 (nord d’Esnes), cote 234 (est de Souvin)
La compagnie du génie 2/7 avec un effectif de 200 hommes environ est mise également à votre disposition. Elle reçoit l’ordre de se rendre au sud et près de votre PC. Le lieutenant qui la commande va prendre vos ordres.
Je compte être très prochainement renforcé par le 5e bataillon du 290e (bataillon Beyler). Le général commandant la 17e DI pousse en avant les autres éléments de la 304e brigade ».

Cet ordre ne parvient qu’à 21h15 au lieutenant-colonel Odent, qui arrête aussitôt le mouvement des 2 compagnies du bataillon Petit et les reporte sur la cote 304. Le mouvement du 6e bataillon du 290e (bataillon Dupic), entamé à 17h&(, s’exécute en même temps : les 2 compagnies de tête (Poirier et Clech) atteignent le bois ne Peigne, d’où elles se portent à la droite du bataillon Petit ; les deux dernières compagnies prennent position sur le versant sud du plateau, à 50 mètres de la crête. Le réduit D est organisé par la compagnie du génie tandis que le boyau 304 est occupé par le bataillon de la 18e DI.
Une ligne de défense s’organise ainsi dans la nuit au contact de l’ennemi.
L’artillerie s’efforce en même temps d’empêcher l’adversaire de se renforcer. Elle bat les boyaux. Elle exécute, en dehors des barrages à la demande, des concentrations sur Malancourt, Haucourt et Béthincourt. Une section de campagne est portée au sud de Montzéville pour enfiler la vallée de la Hayette. Le colonel Gascouin prévoit une consommation pour la nuit, en dehors des barrages, de 3000 obus longs, 550 coups courts, 2500 obus de 75 destinés à l’exécution des tirs envisagés.
Alertées par le général Lancrenon, les réserves de division ont été portées en avant pour renforcer la défense, à partir de 17h30.
A 22h15, le commandant de la 17e DI, venu pour y établir son PC, à la cote 310, donne ses instructions en vue d’une contre-attaque générale, qui, si elle ne peut avoir lieu dans la nuit, sera reprise de toutes façons aux premières lueurs du jour. Elle sera exécutée simultanément par les lieutenants-colonels Carlier (commandant le 90e RI), Eggenspieler (commandant le 290e RI), Odent (commandant le 68e RI)
A l’est, le bataillon d’Orgeval (du 90e), partant du bois de Béthelainville renforcera la défense au Crochet et contre-attaquera l’ennemi dans son flanc gauche avec 2 compagnies.
Au centre, le bataillon Beyler (du 290e) se portera de Vignville, par l’est de Montzéville, droit au nord ; il agira directement sur le front en partant du boyau du Prado.
A l’ouest, les éléments déjà rassemblés à 304 attaqueront face au nord-est, dans le flanc droit de l’ennemi.
Les mouvements préparatoires s’exécutent sous le bombardement et de nuit.
Le bataillon d’Orgeval réussit à relever au Crochet les restes du bataillon Gobert épuisé.

A l’exception d’une compagnie, le bataillon Beyler ne peut pas franchir le barrage que l’ennemi maintient sur le ravin de la Passerelle. Il s’établit dans les tranchées en arrière du moulin d’Esnes (boyau de Miramas).
Seule la contre-attaque du lieutenant-colonel Odent est exécutée.
Après avoir rassemblé non sans peine 250 hommes environ (les 5e et 6e compagnies du 68e, la 10e compagnie du 77e, la 21e compagnie du 290e RI) et fait reconnaître par les capitaines Hème et Terrier la ligne allemande, le lieutenant-colonel Odent entraîne à 3 heures cette troupe disparate, en criant : « Allons, c’est le moment d’avoir du courage »
Accueillie par des tirs de mitrailleuses sur sa droite, la vague de tirailleurs se couche ; un deuxième bond lui permet d’atteindre le bord du plateau face au nord-est ; un troisième bond la porte sur la pente descendante. Là, elle est en butte aux barrages de l’artillerie et aux feux de mousqueterie allemands. Le lieutenant-colonel Odent, resté debout, est frappé d’une balle au front au moment où il entraîne ses hommes. Sur l’ordre de son capitaine adjoint, ces derniers regagnent alors leurs tranchées de départ, où les recueillent les éléments qui n’ont pas participé à l’attaque.

 

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Chef de corps du 68e RI qui tomba le 5 mai à la Cote 304

 

Ignorant encore l’insuccès de la contre-attaque prescrite, le général Lancrenon pousse à 4 heures sur la cote 304 le bataillon de tête du 268e régiment et fait occuper Esnes par le bataillon de queue. En marche la veille sur l’itinéraire route de Dombasle à Esnes par Montzéville pour effectuer la relève prescrite du 68e RI, le 268e RI a été averti à 22h15 que cette relève était différée. Un de ses bataillons a été porté à Esnes, l’autre maintenu à Montzéville.
Ce sont là les dernières réserves de la 17e division. Comme, dès 5 heures, le régiment disponible du 9e CA (135e RI de la 18e DI) a été dirigé sur le bois de Béthelainville en vue de son emploi éventuel dans le secteur attaqué, le commandant du groupement demande à l’armée, à 8 heures, la mise à disposition de deux régiments d’infanterie et de l’artillerie de campagne de la 152e division. Les 114e et 125e régiments enlevés en automobiles vers midi débarquent à partir de 15 heures au bois Saint Pierre (région de Blercourt) ; ils atteignent vers 19 heures le bois de Béthelainville, où ils reçoivent l’ordre d’entrer si possible en ligne dans la nuit même. Les 2 groupes de l’AD152, poussés également en avant, renforceront les barrages dans la partie est du front de la 17e division, en prenant position au bois de Lambechamp (1 groupe), au sud de Montzéville (2 batteries), vers la corne nord-ouest des bois Bourrus (1 batterie).
L’ennemi cependant, en dehors de son artillerie, montre peu d’activité sur le plateau où la défense s’organise en arrière de la crête.
Dès le jour, les lieutenants-colonels Mariani (commandant le 268e RI et Eggenspieler se sont portés en effet de leur personne sur la ligne de combat, suivis, l’un de son bataillon de tête, qui vient renforcer la ligne à 304, l’autre de son dernier bataillon (arrêté de nuit, on le sait, au moulin d’Esnes) qui parvient à franchir le ravin de la Passerelle et à s’établir à cheval sur le boyau du Prado. Ils remettent dans l’ordre, organisent la position, assurent la liaison.
Tous deux rendent compte vers 13 heures de la situation trop aventurée de leur PC qui est au réduit Odent (ancien réduit D) et de leur intention de le transporter sur la crête au nord d’Esnes. Une transmission très incomplète de ce rapport donne lieu à une interprétation fâcheuse de la situation. Le dernier bataillon de la 17e (le 6e bataillon du 268e RI) est porté sur la crête au nord d’Esnes (2 compagnies à 14 heures, les 2 autres à 19h30). 2 bataillons de la 18e division sont établis dans le boyau 3 en crochet défensif, face à l’est. La 152e division est mise enfin à la disposition du groupement Curé que la IIe armée renforce en outre d’un groupe de 155C (groupe Taton prélevé sur le 7e CA)
En réalité, gràce aux barrages de l’artillerie française et l’atttude des compagnies Poirier et Clech, les tentatives de l’ennemi sur la contrepente de 304 ont avorté. A la nuit, « la ligne française est toujours établie sur les mêmes positions que ce matin, écrit le lieutenant-colonel Mariani. La 1ère ligne est presque entièrement nivelée ; malgré les pertes subies, nous la tenons toujours. Le moral de la troupe est très bon, elle continue à tenir, matériellement elle est fatiguée par suite de l’impossibilité qu’il y a à la ravitailler en boisson.
D’après les dernières notes reçues, le 6e bataillon du 268e est monté sur la position. Si on devait encore envoyer d’autres troupes, l’accumulation serait trop grande, il n’y aurait pas de tranchées et boyaux pour abriter tout le monde … »

 

Une photo prise à la Cote 304 en ce mois de mai 1916 par le lieutenant Jabien du 268e RI, dans les détails du cliché les soldats, à peine visibles, apparaissent quasiment intégrés au sol bombardé, dans leur semblant de boyau supposé leur servir d'abri:

 

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cliché Jabien (AD36 - fonds CHARRAUD 53Fi)

Les soldats tassés dans le fond de leur tranchée
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 La 17e division est donc complètement engagée au contact de l’ennemi, sans unités en soutien, incapable par conséquent d’un effort soutenu en profondeur : il importe de la remplacer.
Mais l’heure tardive à laquelle est donné l’ordre à la 152e division de la relever ne permet pas d’exécuter les mouvements prescrits. Le 114e régiment s’échelonne dans la nuit entre le réduit Odent (1 bataillon), Esnes 1 bataillon, Montzéville (1 bataillon). Le 125e régiment s’établit entre la tranchée d’Aix et le boyau de Miramas. Les 2 groupes de l’AD152 atteignent Ville-sur-Cousances.
La relève est exécutée la nuit suivante (du 6-7) ; seuls des éléments du 290e régiment restent mélangés aux unités de la 152e division au bois le Peigne d’une part (1 compagnie du 6e bataillon), aux abords du boyau du Prado d’autre part (fractions de 2 compagnies du 5e bataillon)
Le 7 au matin, la tenue du secteur est assurée de la façon suivante par l’ID152 :

 

  • 3 bataillons en 1ère ligne : Le bataillon Durand du 114e RI sur la contrepente de 304 ; les bataillons Quillet et Baffet du 125e RI plus à l’est et au crochet

  • 1 bataillon sur la cropue au nord d’Esnes (le bataillon Conscience du 114e RI) et 1 bataillon au boyau Miramas (le bataillon Berthoin du 125e RI)

  • 1 bataillon en réserve de division : le bataillon Gigot du 114e RI à Vigneville

 

Le dernier régiment de la 152e division reste en réserve de CA au bois de Béthelainville.
Le colonel Paquette, commandant l’ID 152, a pour mission de se créer une base de départ en vue de la reprise du terrain perdu. Il n’y a pas une minute à perdre si on veut empêcher l’ennemi de se consolider. Les opérations doivent être menées soit par surprise, soit avec l’aide de l’artillerie. Il ne faut engager que des effectifs peu nombreux, très mordants.

 


SoldatTranchée

 

Clichés: Collection de l'auteur
Sources :
« Les combats de la cote 304 en mai 1916 » –Capitaine Laxagne – Revue Militaire Française
« L’attaque principale allemande contre la cote 304 » - Albert Lange –Editions Berger Levrault

 

 

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08 avril 2019

Le Blanc - Mémoire et Souvenir de la présence du 68e Régiment d'Infanterie

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Le Blanc, août 1914, les régiments du Blanc et d'Issoudun partaient de Chanzy pour un conflit qui dura finalement jusqu'en 1918. Le retour ne se fit qu'en 1919. La dissolution
Quand l'Histoire devient Mémoire et Souvenir.


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Le 15 septembre 1922, au moment de l'inauguration du Monument aux morts, le régiment était dissous déjà depuis 2 ans.

Le Blanc 14-18 (1)


 

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Une pensée pour le lieutenant Gauduchon du 68ème RI
(Fait prisonnier à la Cote 304)

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27 janvier 2019

Remettre un nom sur une plaque émaillée, Léon Pascaud son souvenir à Baraize.

Lors de mes pérégrinations autour du Pin et au travers du département, il ne m’est pas rare de m’arrêter aux portes d’un cimetière et de partir en quête des sépultures de la première guerre mondiale. Remettre une fleur en place, découvrir une plaque oubliée, prendre un cliché. Parfois, ladite plaque est tellement oubliée qu’il en est difficile de trouver le sens, l’origine et ce jusqu’à être dans l’impossibilité de retrouver le nom du défunt.
Ayant dépouillé les registres de retours de corps qui se firent à l’aube des années 1920, il est toujours étonnant de constater le décalage entre les traces encore existantes et la réalité administrative d’alors. Oui, le corps a été rendu à la famille, mais bien souvent, il ne reste aucune trace dans le cimetière communal. Non, la présence d'une plaque ne signifie pas que le corps est présent.
Revenons sur un cas qui m’a longtemps embarrassé car jusqu’alors resté sans solution, me contentant d’une rapide recherche restée infructueuse.

En juillet 2012, je traversais la Creuse et me rendait à Baraize, sur le coteau d’en face. Après quelques clichés du monument, je rentrais dans le cimetière. Après quelques déambulations, je découvrais plusieurs sépultures qui concernaient mes recherches. Il est important de préciser que nous étions alors dans une période pré Centenaire et que les prémices de cet évènement se faisaient à peine sentir.
Une sépulture m’intriguait car elle me laissait sans explications.

Dans un coin du cimetière, une sépulture d’un style contemporain années 30-40, potentiellement plus tardive. Sur cette sépulture, une plaque de métal attira mon regard. Posée sur le marbre, en appui sur la tête de la sépulture, cette plaque de métal donne l’impression bizarre d’avoir été mise là, à la va vite. En s’approchant, on découvre que si ladite plaque est bien un souvenir de 14/18, elle est particulièrement marquée, une grande partie de l’émail a disparu et cela rend l’identification impossible en l’état.

Baraize 021 Baraize 020

Prenant l’information comme telle, après la visite, retour au Pin afin d’analyser les clichés effectués.

En reprenant les clichés, la première recherche consiste à analyser les indices encore présents :

  • Deux lettres indiquent le début d’un nom ou d’un prénom. La présence d’une minuscule en deuxième lettre permet de s’orienter vers un prénom : Léon, Léopold, Léonard, Léonce, peut-être Léandre.
  • 1914 est indiqué, il s’agit nécessairement de l’année de décès
  • 28 ans, le défunt est donc né entre 1885 et 1887.

La première réaction est donc de regarder les clichés pris du monument aux mort afin de regarder les éventuels prénoms présents. Je précise éventuels car il n’est pas rare de rencontrer des listes nominatives sans prénom ou bien juste avec l’initiale de celui-ci, ce qui ne facilite pas les recoupements.

Heureusement, rien de cela à Baraize

Baraize 008 Baraize 007 Baraize 005

Tout de suite, un nom apparait Léon Pascaud, tué en 1914.

Le premier réflexe est donc de regarder dans le fichier du site ministériel « Mémoires des Hommes », en saisissant les données précédemment relevées.
Sa fiche MDH apparait alors et vient confirmer sa relation avec la commune de Baraize. Son acte de décès a été enregistré sur les registres de l’état-civil à la date du 24 juin 1915. A ce moment précis, la recherche s’arrêta là satisfait de pouvoir associer un nom avec cette plaque.

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Sa fiche MDH cliquez sur l'image ci -dessus

 

Cette affaire en resta là jusqu’à cette semaine, où je redécouvrais cette photo et que je la mettais en ligne pour le blog Indre1418soldats.En complétant la fiche sur le blog, je me pris à me poser les questions suivantes: "Mais sa présence sur une sépulture des années 40 est-elle justifiée?" "Quels sont les liens avec la famille « BORDES-PINEAU » ?" On doit pouvoir aller un peu plus loin.

Avec le centenaire et les années passant, de nombreuses données sont maintenant accessibles aisément.Tout d’abord, il est nécessaire de rechercher la fiche matricule de Léon Joseph Lucien PASCAUD. Cela s'effectue à partir des données de la fiche Mémoires des Hommes. Voici  donc la fiche matricule de Léon PASCAUD qui est accessible sur le site des Archives départementales de l’Indre. Cette fiche matricule nous permet entre autres de connaitre son lieu de résidence en 1911. Après avoir résidé au Cerisier, il est déclaré chez M. PINEAU à Magot, commune de Baraize (Cette petite annotation a son importance pour la suite)

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Sur ce même site des Archives Départementales, il est aisé de trouver l’acte de naissance de Léon Joseph Lucien PASCAUD  , il se trouve bien sur l’état-civil de Saint Gilles pour l’année 1886. Cette information est complétée par le report en marge de son acte de mariage en marge de cet acte de naissance. Cela nous permet d’apprendre que le 21 octobre 1911, à Baraize, Léon PASCAUD épousa Delphine PINEAU. Le recoupement avec l’information de la fiche matricule, permet de savoir qu’il résidait donc chez ses beaux-parents, à Magot, en 1911.

 CaptureActeNaissance

 

Le lien manquant était enfin trouvé. La sépulture est celle d’un couple BORDES-PINEAU et usuellement PINEAU est le nom de l’épouse. Il semblerait donc bien probable que Delphine PINEAU, déclarée veuve moins de 5 ans après son mariage avec Léon (Voir date transcription acte de DC) refit sa vie avec le sieur BORDES, mais une plaque de métal émaillée, rappelle son premier mariage.

Cette confirmation du lien PASCAUD - PINEAU- BORDES me vint par l'intermédiaire de l'acte de naissance de Delphine PINEAU qui eut lieu le 2 novembre 1890 à Baraize, mais surtout par les mentions en marge de son acte de naissance.
D'abord mariée avec Léon Joseph Lucien PASCAUD le 21 octobre 1911, officiellement veuve à l'annonce officielle du décès le 24 juin 1915, elle se remaria avec Albert Eugène BORDES le 28 janvier 1922 à Eguzon (36)

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Cela vient conforter l’ultime indice écrit au-dessus des deux lettres du prénom et que l’on retrouve sur d’autres plaques du même type, toutes issues du même fournisseur

A LA mémoire de
MON EPoux regretté

Baraize 020_1

Une plaque du même style sur une autre sépulture On retrouve d'ailleurs le même texte à gauche.

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03 mai 2018

Le 9e Corps d'Armée dans la première bataille d'Ypres 23/10 au 31/10/1914 [Réactualisation 2018]

Après l'échec de la bataille de la Marne, l'armée allemande entreprend "la course à la mer". Les Français et les Anglais se positionnent, au fur et à mesure, en face des armées allemandes, en direction de la mer du Nord.
Dans la région d'Ypres, les dragons français (2e corps de cavalerie) arrivent le 14 octobre. Ils s'établissent, avec les territoriaux des 87e et 89e DI dans le secteur Zonnebeke-Passendale. Ils défendent Roulers, le 19 octobre, puis se replient, sous le nombre vers Passendale et Staden. Passendale tombe le 20 octobre.
Les positions allant de Bikschote à Mesen sont alors occupées par l'armée anglaise qui y a engagé toutes ses réserves.
Le 22 octobre, les généraux French (Commandant du Corps Expéditionnaire Britannique), Douglas Haig (Cdt 1er Corps Britannique) et Rawlisson (4e Corps Britannique) envisagent de se retirer. Les généraux de Mitry (2e Corps de Cavalerie Français) et Bidon (Cdt militaire de Dunkerque) leur rappellent la promesse du général Joffre de fournir une aide militaire supplémentaire.
Les premiers éléments français (9e Corps) sont d'ailleurs arrivés en Belgique, ou dans le Nord de la France. Ceux-ci sont partis de Mourmelon depuis le 20 octobre.

Les troupes anglaises, étirées sur un front étendu et composées dans une forte proportion de cavalerie, demandaient qu'on les appuyât. Elles étaient notamment très menacées dans la région de Zonnebeke - Becelaere - Gheluvelt.

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Le secteur d'Ypres
Ypres2_19141023

 

 

Les unités du 9e CA arrivent dans la région d'Ypres à partir du 23 octobre. Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un accident ferroviaire.
68e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
90e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Boeschèpe et Berthen le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
114e RI: parti de Sept-Saulx le 19/10, arrivée à Cassel Bailleul le 22, puis cantonnement à Clyte-Kemmel.
125e RI: parti de Saint Hilaire le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis cantonnement à Dranoutre-Locre.
32e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Strazeele le 24, puis transport par bus à Dikkebus.
66e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 23 puis cantonnement à Poperinghe.
77e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 24, puis transport par bus à Dikkebus-Voormezele.
135e RI: parti de Mourmelon le 21/10, arrivée à Steenwerck le 23, puis transport par camion à Ypres-Vlamertinge.
Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un incident lors du transfert en train.

Le but est clair, il faut renforcer nos alliés anglais. Pour cela, l'ordre d'opérations n°1 du détachement d'armée en date du 22 octobre, 19 heures, prescrivit une offensive immédiate et générale:
1°) Dans la direction d'Ypres-Passendale-Roulers, par la 17e DI et les 6-7e DC mises à la disposition du 9e CA.
2°) Dans la direction de Dixmude-Thourot, par les troupes belges et les fusiliers marins
3°) Dans la direction Nieuport - Ghistelles, par la 42e DI et les troupes belges.
Pour le 9e CA plus précisement:
Le Général Dubois, disposant de la 17e DI et de deux DC, attaquera dans les conditions suivantes:
17ème Division, d'Ypres à Passendale;
Une division de cavalerie appuyant à droite cette attaque, en prenant comme point de direction Zonnebeke et Moorslende
Une division de cavalerie opérant de même, à gauche, sur Weestroosebeke.
Les éléments de tête de la 17e division déboucheront à 9 heures d'Ypres, que les deux divisions de cavalerie devront avoir dégagé auparavant.
Général d'Urbal

Un groupement d'artillerie lourde (Groupement Blumer) est mis à la disposition du 9e CA (2 batteries de 105, 1 de 155 Rimailho et 1 de 120). On recommande d'être économe en munitions, ne pouvant garantir le réapprovisionnement.

Ypres_155Rimailho

 

A l'heure prévue, 9h, à peine arrivée, la 17e DI traverse Ypres et exécute son mouvement. A midi, l'avant-garde atteint la ligne anglaise, à Fortuin. Zonnebeke est aux mains des Allemands depuis la veille.

Le général Guignabaudet déploie la division. 3 régiments sont en première ligne et un en réserve de division.
Le 68e reçoit Wallemolen comme objectif, le 90e reçoit Gravenstafel et le 114e reçoit Zonnebeke. Le 125e est maintenu au nord de Wietlje.

 

Ypres2_19141023

 

Les 68 et 90e, sous le barrage ennemi, progressent jusqu'aux tranchées principales allemandes. De son côté, le 114e engage 2 bataillons pour investir Zonnebeke. Dans le bourg, un des principaux de résistance est la gendarmerie. Les Allemands ont organisé défensivement Zonnebeke et ses abords.
Au nord et au sud, les divisions de cavalerie ne peuvent appuyer l'attaque, elles viennent en aide aux divisions anglaises qui subissent à leur tour des attaques.

A 15h30, la 17e division reçoit l'ordre de relève suivant:
"La 17e Division doit effectuer, dans la nuit du 23 au 24, la relève de la 2e division anglaise qui occupe le front Passage à Niveau - rivière à 1500 mètres au sud de Langemarck, soit en s'établissant en avant de sa ligne, soit en se substituant à elle dans ses tranchées."
Général d'Urbal

Cette relève nécessite une réorganisation des emplacements et des missions du 9e CA. Le 125e RI qui devait être engagé offensivement se voit donc attribuer un autre rôle.

Dans la soirée du 23 octobre, le général Dubois (9e CA) reçoit le message suivant du général commandant le détachement d’Armée :
"Ordre Particulier
Au point où nous en sommes, la plus petite rupture d’équilibre sur un point peut faire définitivement pencher la balance en notre faveur. Les troupes que vous avez devant vous et sur votre gauche paraissent appartenir pour la plupart à des corps de nouvelle levée sans grande valeur.
Profitez-en pour prononcer votre offensive sur Roulers avec la plus grande vigueur, sans vous inquiéter de savoir si vous êtes en flèche ou non.
Flanc-gardez vous à droite et à gauche et pousser de l’avant, quoi que fassent vos voisins de droite ou de gauche, sans vous inquiéter autrement d’eux que pour savoir ce qu’ils font. Tâchons de faire le trou.
Attaquez demain, aussitôt qu’il vous sera possible.
Général d’Urbal
Le 24 au matin, une instruction arrive du Détachement d’Armée :
Roosbrugge, 24 octobre 9h30
Instruction personnelle et secrète.
« D’après un renseignement obtenu cette nuit, les XXVIe et XXVIIe Corps allemands, partant de la région de Courtrai, attaqueraient sur Boesinghe et Ypres. Cette action est extrêmement favorable à l’attaque actuellement en cours. Il est, en effet, préférable pour notre offensive de rencontrer des troupes en mouvement plutôt que des troupes établies solidement sur un front défensif.
Il y a donc lieu de profiter de cette situation pour attaquer vigoureusement et repousser, sans leur permettre de s’accrocher au sol, les adversaires, dont les formations sont peu consistantes, qu’on rencontrera »
V. d’Urbal

Le général Foch y va aussi de son couplet :
Général Foch à général commandant le 9e Corps, le 24 octobre à 12 heures
Tous les éléments du 9e Corps sont actuellement débarqués ; prendre toutes les dispositions (transport en autos, etc…) pour que tous ces éléments soient utilisés aujourd’hui et que l’action en reçoive une nouvelle impulsion. Il nous faut de la décision et de l’activité.
J. Foch

A 7 heures, la préparation d’artillerie se déclenche. Une fois terminée, les attaques sont lancées.
Les 66e et 125e avancent d’un kilomètre vers Poelkapelle. Le 68e poursuit son avance de la veille et gagne ainsi 500 nouveaux mètres. Les tranchées allemandes sont enlevées à la nuit.
Le 90e gagne du terrain.
Dans Zonnebeke, le 114e mène un combat de rue, progressant de maison en maison. Ayant amené un 75 en première ligne, la caserne de gendarmerie cède enfin.

Vers 11 heures, une sérieuse contre attaque allemande se fait sentir sur les 90e et 114e. Des éléments de la 18e DI sont engagés afin de couvrir le flanc droit de la 17e DI. Deux bataillons du 135e sont ainsi engagés à au sud de la route de Passendale.

A 18 heures, le colonel Briant, chef de corps du 114e, rend compte qu’il tient tout le village de Zonnebeke.
Les combats continuent toute la nuit. .

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L’offensive française se poursuit
5 bataillons de la 18e DI entrant en action. De plus, l’affectation de 2 bataillons territoriaux au 9e Corps, permet de libérer la 17e DI des tâches de renforcement et de terrassement de la ligne de front. Au 268e RI, deux bataillons sont alors affectés à la première ligne.
Dans la nuit, le 90e RI échoue dans sa prise de Gravenstafel et le 66e doit repousser plusieurs attaques allemandes.
A 7h du matin, l’offensive reprend. Sous un barrage ennemi violent, la progression est lente. Des soucis dans l’avancement entre le 66e et le 125e sont signalés et empêchent la progression.
9e Corps d’Armée
Etat-major
Ypres, 25 octobre, 13h30
Ordre au général commandant la 7e Division de cavalerie
-   Le 66e rend compte qu’il ne peut progresser parce que le 125e ne marche pas. Le 125e ne marche pas parce que le 66e ne marche pas non plus. Et c’est ainsi de la gauche à la droite.
Cela peut durer longtemps.
-   L’ordre est formel : Le 66e attaquera sans tarder Poelkapelle.
Général Dubois
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A 14 heures, le 268e et le 68e ont progressé d’environ 1 kilomètre, le 90e de 500 mètres.
Le 114e a débouché de Zonnebeke. Le 135e entre en ligne.
Les 68e et 268e atteignent le Stroombeek, le 90e occupe Gravenstafel. Le 114e a dépassé Broodseinde.
La 18e division a achevé son déploiement, ainsi le 77e s’installe dans les tranchées situées à l’est de la route de Beselare.
L’attaque conjointe des 66e, 125e et du groupe cycliste de la 7e division de cavalerie progresse faiblement dans la direction de Poelkapelle.

Le 9ème corps d'Armée est enfin au complet et complètement déployé. Malheureusement, les unités sont dispersées, en effet, 2 brigades ont leurs régiments séparés et placés aux extrémités du front.

Jusqu'à présent Paschendaele avait été l'objectif principal des attaques françaises. A partir du 26, Poelcapelle devient l'objectif principal, ce changement est effectué en lien avec la nécessité de venir plus directement en aide aux forces franco-belges du secteur de l'Yser.

Détachement d'Armée de Belgique
Etat-Major
Au quartier général, 25 octobre 18 heures
Instruction particulière pour M. le général Dubois, commandant le 9e corps d'Armée.
Il importe de profiter de l'avance gagnée par le 9e corps pour déclencher, à l'est de la foret d'Houthulst, une attaque en forces destinée à dégager le front de l'armée belge et à élargir la trouée déjà faite dans la ligne ennemie.
A cet effet, M. le général dubois, avec tous les éléments dont il dispose et la 31e division d'infanterie, qui débarquera dans la région d'Ypres et qui sera en mesure de se mettre en mouvement le 26 octobre à partir de midi, prononcera ce jour-là, sur l'axe Staden-Cortemarck, une offensive qui devra être menée avec la plus grande vigueur. Cette attaque sera préparée, dès le matin du 26, par une attaque sur Poelcapelle.
L'attaque sur Passchendaele sera vigoureusement continuée par les unités déjà engagées sur ce point.
V. d'URBAL
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Dès 15 heures, les 125 et 66e RI déclenchent l'attaque, progressant très lentement par infiltration. A 18 heures, l'assaut vient s'échouer sur les barrières de fil de fer allemands. La participation de la 31e division ne s'effectua pas, la pagaille dans la transmission des ordres, l'inorganisation firent que celle qui devait apporter l'élan supplémentairene fut même pas engagée, les premières unités arrivant à Saint Julien à 17 heures.

Au centre, la 17e Division, déjà éprouvée, poursuit son offensive. Les 268 et 68e RI réalisent un gain de mille mètres, alors que les 90 et 114 e RI ont aux un gain de 300 mètres. Une centaine de prisonniers est réalisée. Engagées depuis 4 jours et 4 nuits, les troupes accusent la fatigue.

A droite, les troupes de la 18e DI doivent se retirer du sud de la voie ferrée, le commandant de la 7e division anglaise se plaignant du fait que ses troupes sont gênées par la présence des troupes de la 18e DI qui ne devraient se trouver là.
Ce jour, le lieutenant-colonel Maury, chef de corps du 135e RI, tombe à l'ennemi en entrainant ses troupes lors d'une attaque.

Chaque camp a des missions offensives. Chacun attaque et finalement neutralise l'adversaire. A chaque fois les résultats sont partiels. Malgré cela, les ordres sont toujours offensifs:

26 octobre, 20 heures.
Points d'attaque (ne pas permettre qu'on les perde de vue):
17ème division: Passchendaele puis Roulers
31ème division: Westroosebeke puis Staden
Groupe Hély-d'Oisel: Poelcapelle, puis Sud-nord (liaison avec le corps de Mitry)
Action vigoureuse, incessante, à fond partout. Citations à la première compagnie qui entrera à Poelcapelle et à la première compagnie qui entrera à Passchendaele et s'y maintiendra.
Me proposer pour croix et médaille militaire tous ceux qui se seront fait remarquer par leur vigueur.
V. d'URBAL.

Le commandant du 9e CA prescrit alors de reprendre les attaques dès 6h.30 le 27 octobre.
Les gains du jour sont maigres. Quelques maisons au 114e RI, quelques tranchées au 77e, très légère avance au 66 et 125e RI et faible progression à la 31e DI, vers Spriet.

Les 28 et 29 octobre, les ordres sont les mêmes.

Détachement d'Armée de Belgique
Rousbrugge, 28 octobre, 21h30
L'offensive continue demain, 29 octobre, sur tout le front, dans les mêmes conditions que le 28.
la densité actuelle des effectifs de votre secteur permet d'espérer que nous pourrons faire un grand pas en avant.
V. d'URBAL

Le 66e perd quelques tranchées suite à une attaque allemande puis les reprend en milieu de journée. La 31e DI occupe une ligne de tranchée ennemie mais ne peut déboucher. Les contre attaques ennemies pèsent sur les actions de la 17e DI, dont les gains sont maigres. A la 18e DI, les combats sont confus et violents.

Le statu-quo régne donc sur le front du 9e corps d'Armée, malgré les appels à l'offensive.

En ce 30 octobre 1914, les attaques incessantes des deux côtés continuent.
Dans la nuit du 29 au 30, une attaque des 114 et 90e RI permet le gain d'un bois au nord de Graventafel. les ordres pour le 30 demandent de continuer les attaques. Un groupement regroupant la 31e division (81, 122 et 142e RI) et le détachement Hély-d'Oisel (66, 125e RI et 7e division de cavalerie) est constitué sous les ordres du général Vidal en vue de pousser dans l'axe de la route de Saint Julien à Poelcapelle.

Ypres2_19141030

Pendant ce temps, les attaques allemandes continuent. Le 135e RI subit 3 heures durant une offensive qui durait jusqu'à 9h.00. La 18e DI amorçait un mouvement vers l'avant vers midi, mais une contre attaque se produisait sur la droite du 77e RI. Alors que le 16e corps d'Armée arrivait vers le milieu de la matinée en vue de complèter les mouvements offensifs du 9e CA, de graves complications survenaient brusquement.

A 11 heures, le 1er corps anglais fait savoir que la pression est de plus en plus grande sur son front. A 15 heures, la demande de secours est pressante. Hollebeke est perdu. Une brigade de la 6e Division de cavalerie est envoyée aux alentours d'Hooge. Les 2ème et 7ème divisions anglaises se sont repliées l'une à Saint Eloi, l'autre à Klein-Zillebeke. Devançant l'urgence, le commandant du 9e CA avait déjà émis l'ordre suivant, car Ypres est directement menacé:

9e Corps d'Armée
Etat-Major
3e Bureau
Poste de commandement Ypres - 3à octobre 13h30
Les deux bataillons du 68e et le bataillon du 268e formant réserve à la disposition du commandant du corps d'armée, sous le commandement du lieutenant-colonel Payerne, se porteront au reçu du présent ordre, par Saint Jean et Potijze, sur Zillebeke où ils se mettront à la disposition du général commandant le 1er corps anglais
Général DUBOIS

Malgré le départ des troupes de secours, les combats continuent néanmoins. Le 290e RI, par un brillant combat, se rend maître des tranchées couvrant Vallemolen. Lancée à 17 heures, l'attaque permit le gain de la première ligne de tranchées ainsi que quelques maisons du village.

Une période critique commence pour les unités alliées. Le XVe corps allemand est entré en action, accompagné par une partie du IIe corps bavarois et du XIIIe corps d'armée. Ils pésent sur le secteur anglais, ce qui déséquilibre le positionnement allié. De plus, l'Yser étant maintenant inondés, certaines unités sont utilisées pour peser sur le saillant d'Ypres.

Cela se ressent tout de suite dans les ordres données aux troupes du 9e corps d'Armée. Le détachement Payerne devient le détachement Moussy avec l'arrivée de renfort prélevés sur les lignes de front.

9e Corps d'Armée
Etat-Major
Ypres, 30 octobre, 22h30
Ordre particulier aux généraux commandant les 17e et 31e divisions d'infanterie
Par ordre du commandant de l'armée, il sera formé demain, 31 octobre, sous les ordres du général Moussy, un détachement comprenant cinq bataillons, trois batteries, six escadrons, pour être mis à la disposition du 1er corps anglais. ce détachement sera constitué ainsi qu'il suit:
1) Détachement Payerne (2 bataillons du 68e, 1 bataillon du 268e), déjà à la disposition du 1er corps anglais;
2) Un bataillon du 68 et un bataillon du 268e, à relever cette nuit par la 31e division;
3) Une brigade de la 6e division de cavalerie, déjà à la disposition du 1er corps anglais;
4) Un groupe d'artillerie de corps pris parmi ceux de la 31e division;
Le général Moussy viendra de suite à Ypres (Hotel de ville) prendre les instructions du général commandant le 1er corps anglais.
La relève des bataillons du 68e et du 268e sera faite par deux bataillons de la 31e division, après ententes avec les deux généraux de division.
Ces différents éléments seront mis en route de manière à se trouver à Zillebeke à 6 heures. itinéraire: Saint-Jean, Potijze, Halte de Zillebeke
Général DUBOIS
.

Au final, les 2 bataillons des 68 et 268e RI furent remplacés par deux bataillons du 90e RI.
Le 9e corps ne possèdait alors plus de réserve, hormis le 7e Hussards à Saint-Jean.
Pendant ce temps, le 1er corps anglais fut violemment attaquer à Gheluvelt. Malgré une forte résistance, la ligne anglaise dut reculer jusqu'à un bois entre Hooge et Veldhoek.

Ypres1_19141031

Un fait décisif se produisit alors. Il est reporté ainsi dans les Mémoires du général Dubois:

"...
Pendant cet entretien, le commandant Jamet, demeuré devant le poste de commandement, voit passer l'automobile du maréchal French qui rentrait à son quartier général. faisant à nouveau preuve d'initiative, il l'arrête, lui fait connaitre que le général Foch se trouve là et lui expose qu'étant donnée la situation, celui-ci serait sans doute très désireux de s'entretenir avec lui. les commandants des forces françaises et anglaises se trouvent ainsi réunis.
Concours de circonstances providentiel qui met en présence sur le terrain d'action, à un instant critique où il fallait une décision immédiate, les deux chefs dont les quartiers généraux étaient éloignés de 40 kilomètres! Ainsi put être tranchée en quelques minutes une question qui, autrement, n'eut pu être solutionnée en temps utile.
Le général Foch annonce au Maréchal que le 9e corps vient d'envoyer à sir Douglas Haig sa réserve qui va arriver sur le théatre de l'action. Des forces importants, ajoute-t-il, sont en cours de débarquement, qui viendront appuyer l'armée anglaise au point du jour. Il obtient du maréchal French que celui-ci retire l'ordre de retraite donné aux troupes anglaises.
...."

Ypres en fut certainement sauvé. le positionnement des renforts français permit alors aux troupes anglaises de se ressaisir et ainsi de se fortifier, donc d'opposer une barrière aux attaques toujours grossissantes des Allemands.

Mais les combats autour d'Ypres continuèrent pour le 9e Corps et ce jusqu'en mai 1915, pour certaines unités (152e DI - 304 Brigade - 268 et 290e RI) qui virent rappelée en secteur suite aux attaques aux gaz d'avril 1915.

Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983

 

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20 avril 2018

Le 290e RI au Reichackerkopf, la dent dure du colonel Eggenspieler

Les derniers jours des 2 régiments de réserve de l'Indre nous méneront rapidement vers le mois de juin. Les 268e et le 290e sont dans les Vosges en attendant leur dissolution. Je laisse le colonel Eggenspieler (Chef de corps du 290e) narrer la position des régiments et l'environnement proche.

Le régiment a toujours eu un bataillon au Reichacker. A droite de ce bataillon il y avait des bataillons d'infanterie territoriale, à gauche un bataillon de chasseurs à pied territorial (B.C.P.T.) et deux compagnies russes. Quand le 5e bataillon et les chasseurs ont quitté le secteur le 6e s'est étendu du Reichacker jusqu'à Ampfersbach dans la vallée de la Fecht.

Capture22avril1918

Les territoriaux à notre droite appartenaient à des régiments normands. C'étaient pour la plupart des hommes décatis et usés. Moi qui venais d'une garnison normande je connaissais la cause de leur décrépitude, c'était l'alcool. Quel contraste avec la physionomie des chasseurs qui eux aussi étaient de la territoriale. Le chef de ces chasseurs était un artiste peintre bien connu, le commandant Georges Desvallières, le peintre du « Christ aux barbelés » admis l'an dernier à l'Académie des Beaux-Arts. Tous ses chasseurs étaient des gars solides, aux physionomies fraîches et ouvertes. Ils avaient gardé dans leur démarche et dans toutes leurs attitudes les manières du chasseur à pied. Ils avaient conservé intacte l'empreinte que leur avait laissée leur temps de service actif.

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Georges Desvallières - L’Assaut (détail du Sacrifice de la Guerre, 1922, mur de droite), photo R. Ghezelbash.
Sources:
George Desvallières et la Grande Guerre - Catherine Ambroselli de Bayser sur Revue LISA 2012 PU Rennes

 

Quant aux Russes, qu'en dire ? Physiquement c'étaient de beaux gaillards, grands et sveltes. Mais au moral ils étaient bien bas. Leur ressort intérieur était brisé. Plusieurs d'entre eux ayant essayé de passer à l'ennemi, j'ai été obligé de les faire surveiller par les chasseurs. Les officiers de compagnie n'avaient aucune autorité sur leurs hommes qui faisaient observer la discipline en dehors de leurs supérieurs. Un soir que les chasseurs avaient fait rentrer à coups de fusil deux Russes qui avaient essayé de s'évader, un caporal russe aidé de deux hommes les emmena le lendemain matin à l'arrière, soit disant pour les déférer au tribunal russe. Or, en cours de route le caporal brûla tout simplement la cervelle au deux délinquants.

L'ensemble du détachement russe était sous les ordres d'un Lieutenant-Colonel. Je l'ai vu chaque fois que j'allais rendre visite à ces compagnies. Il parlait très correctement le français. C'était un officier supérieur très digne qui prenait son métier à coeur. Il était mélancolique et paraissait souffrir de sa situation au milieu des troupes françaises qui avaient un moral si élevé. Il se rendait bien compte que les services qu'ils nous rendait étaient médiocres. Dans chaque compte rendu que je faisais sur le détachement russe, je demandais qu'on voulût bien le retirer des premières lignes. Je voyais quelquefois passer les fractions qui allaient relever. Il y avait toujours à la queue un assez grand nombre de traînards qui étaient ivres.

colone russe Yeske avril 1918 sulzern soldats russes sur route de Sulzern Alsace mai1918
Soldats Russes, secteur Sulzern mai 1918 - Sources Robert Parlange Forum Pages1418

A la gauche des Russes il y avait le 268e. J'allais le voir souvent, ainsi que le Lieutenant-Colonel Cambel qui commandait le régiment à ce moment. Je m'entendais parfaitement avec cet excellent camarade que je fusse simplement son voisin ou son commandant de secteur.

Cambel
Le lieutenant colonel CAMBEL, futur chef de corps du 90e RI
(Collection de l'auteur)

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

A propos de Georges Desvallières, on lira un article sur le site Centenaire.org et on admirera un superbe cliché

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31 décembre 2016

Un assassinat officiel ? [Réactualisé 2016]

[rapport du maréchal des logis commandant le détachement de la prévôté au quartier général de la 152e DI] 
"Le 26 mai 1915 à 20h30, nous avons reçu l'ordre de faire amener à la prison du QG de la 152e DI le soldat H., Raoul, du 268e RI, qui venait des premières lignes en face de l'ennemi ou il refusait d'exécuter les ordres qui lui étaient donnés. Nous avons trouvé ce militaire, couché dans un pré, où il a formellement refusé de se lever et de nous suivre.
Mr Isay, médecin aide-major de 1re classe au 49e RA, qui nous avait accompagné, a constaté que ce militaire n'était pas malade et, par les questions posées et les réponses faites par H., il a conclu qu'il jouissait de toutes ses facultés.
La mauvaise volonté était évidente et nous avons essayé d'amener H. par la force, mais il s'y est non seulement refusé, mais il nous a opposé la plus vive résistance. Il nous a de plus adressé des propos injurieux, ainsi qu'au médecin militaire qui nous accompagnait. Toujours accompagné de monsieur Isay, nous avons rendu compte de notre mission au général commandant la 152e DI, qui nous a immédiatement remis un ordre écrit, nous prescrivant de forcer la résistance de ce militaire et de lui brûler la cervelle, s'il persistait dans son refus.
Cet ordre a été lu trois fois à H., en présence du sergent et d'un militaire du 268e qui l'avait amené, ainsi que six militaires de la prévôté. H. est resté couché et à la troisième lecture de l'ordre ci-dessus, il a non seulement persisté dans son refus en nous montrant sa poitrine, mais il nous a répondu par des propos injurieux.
Conformément à l'ordre écrit, dont nous avions donné lecture à H., trois fois de suite, nous lui avons brûlé la cervelle en lui tirant six balles de revolver dans la tête à 21 heures.
Monsieur le médecin aide-major de 1re classe Isay, du 49e RA, qui nous avait assisté, a constaté la mort en notre présence. Le corps a été inhumé immédiatement sur place, dans un pré à Brieleu (Belgique)
[Nota JC: Brielen]. La plaque d'identité porte les renseignements suivants : H. Raoul, classe 1894, Tours, 987."(1)

(1) SHAT, 22 N 2041, 36e CA dossier 2, Justice militaire et prévôté.

Sans commentaires ???

Assassine

Voici la fiche du même soldat, notez bien l'intitulé du type de mort. Et oui, il est "Tué à l'ennemi"

Sources biblio: Olivier Buchbinder, "Gendarmerie prévôtale et maintien de l'ordre (1914 - 1918)" Maisons-Alfort : Service historique de la Gendarmerie nationale, 2004.
Sources Fiche MDH: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/


Mise à jour 31 décembre 2016:
Chose impossible à l'époque de la première mise en ligne de cet article, aujourd'hui, beaucoup de registres matricules sont accessibles aisément et celui de notre soldat nous permet de changer le regard sur un évennement brut:

 CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_1


Le parcours judiciaire, notamment, de notre homme permettent ainsi de tenter de comprendre les motivations et le refus d'obtempérer de notre soldat.
En effet, le détail permet d'envisager de comprendre la capacité de refus de l'autorité de la part de ce soldat. Nous avons là un homme qui a déjà eu maille à partir avec la justice et dont l'autorité est nécessairement amoindrie:

 CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_2

 

CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_3

 

CaptureRM37_Tours_987_RaoulHurtault_4

A noter que s'il fut appelé le 17 août 1914 (1er encart ci-dessus), a priori dans le dernier encart le 27 octobre 1914, il est déclaré à Rivesaltes (66).

Aurions nous finalement affaire à un insoumis et non à une simple victime de ce que l'on appelait pas encore le "Shell Schock"? Pourtant on constate que rien de répréhensible n'est signaler entre son incorporation et la date de l'incident

Ceci, bien évidemment, n'enlève rien au jugement que l'on peut avoir concernant les méthodes expéditives d'alors (mais néanmoins ici couvertes par ordres).

 

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13 décembre 2016

Un graffiteur berrichon en Artois

Un ami artésien, Thierry Cornet, me signale la présence d'un graffiti qui ne pouvait que m'interresser.

 

Capture

 

Sur le mur d'une grange de Tilloy les Hermaville (2km de Aubigny en Artois), un soldat du 268e avait laissé une superbe trace de son passage.

 

RI268_RagotJoseph

 

 

Une déduction logique nous amène à penser que le prénom de Ragot doit être Joseph, le H après le J.

Mais qu'était devenu Joseph Ragot, qui occupait son temps de repos à graver la pierre tendre de la région?

La consultation du JMO du 268e avec ses listes de pertes, ne nous amène aucune réponse. Aucune trace de Joseph Ragot.
Après consultation de Mémoires des Hommes, le seul Joseph Ragot disparu est soldat au 290e RI, mais pas au 268e RI. Les deux régiments formant la même brigade, un mouvement est largement possible entre ses deux unités.
Une consultation des registres matricules de Chateauroux allait peut-être nous donner une indication.

La fiche de Joseph RAGOT de Crevant (36) sur le site des AD36 (page 110)

Et si le tailleur de pierre qu'était Joseph Ragot de Crevant était le Joseph Ragot qui avait laissé une trace de son passage sur la grange de Tilloy?
Joseph RAGOT du 290e RI est décédé le 1er novembre 1914, à peine arrivé en Belgique, non loin de Ypres, à Wallemolen. Il y a donc peu de chances qu'il s'agisse de lui.
Peut-être que notre graffiteur a survécu au conflit?

Beaucoup de points restent donc sans réponses. D'autres recherches complémentaires seront à entreprendre afin d'éclaircir notamment la présence d'éléments du 268e RI en 1914, à l'ouest d'Arras, du côté de Tilloy les Hermaville. Rien dans le JMO ne laisse présager d'une telle présence.
Un mystère, ...

Merci à Thierry Cornet pour sa précieuse aide

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21 avril 2015

22 avril 1915, la guerre devient industrielle et si actuelle.

Voici un sujet primordial de ce conflit. En effet, il est une date où la guerre de 14 prit un tournant industriel et c'est bien le 22 avril 1915.
Pour rappel, tout d'abord, la guerre de mouvement dès la fin septembre 1914 disparue au profit de la guerre des positions, mais il est un autre tournant lié à l'usage d'un nouveau type d'arme que nous qualifions maintenant d'armes de destruction massive. Le 22 avril 1915, l'armée allemande utilisa pour la première fois, à grande échelle, les gaz de combat chlorés, choisissant le secteur des Flandres pour cette attaque, la jonction entre l'armée française et l'armée britannique. Certes des tentatives avait déjà eu lieu début 1915, mais l'ampleur de l'attaque du 22 avril en fait une date marquante (Sur ce sujet, on se reportera sur le lien donné en fin d'article).

Au départ, le 9e Corps d'Armée n'était pas concerné, l'Etat-major français le prévoyait pour l'attaque en Artois du 9 mai 1915. Certaines unités "moins importantes" furent tout de même impactées et ainsi, les 2 régiments de réserve, les 268e et 290e RI furent rappelés pour compléter et reprendre le terrain perdu lors de cette attaque aux gaz.

A la suite du conflit, un monument fut construit. Ce dernier fut dynamité en 1941 par la Wehrmacht. Il fallu attendre les années 60 pour que le monument soit reconstruit.

MonumentSteenstraat

Les noms des régiments de réserve du Berry y sont gravés, de part leur participation aux combats du secteur, vers Lizerne, Steenstraat, Het-Sas, ... et ce jusqu'en aout 1915, pour alors participer aux grandes offensives de Septembre 1915.

MonGaz2_1

 

Sur le sujet, je vous invite à visiter le site essentiel: http://www.guerredesgaz.fr/

 

Sources: Documentation de l'auteur

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09 avril 2015

Une sacrée trouvaille, mais de sacrés doutes.

Au sein de l'armée, l'étendard, le drapeau de l'unité est certainement le point central autour duquel les soldats, les sous-officiers et officiers se retrouvent. Ainsi, chaque régiment d'infanterie a le sien. On retrouve ainsi un drapeau pour le régiment d'active, un pour la réserve et un pour la territoriale.

Le 24 aout 1919, lors des fêtes liées au retour du 90ème à Châteauroux, nous eûmes l'occasion de voir pour la dernière fois les 3 drapeaux des 90, 290e RI et 65e RIT. Ils avaient été réunis pour l'occasion et heureusement, les opérateurs Pathé réalisèrent un film qui est maintenant en dépot à la Médiathèque municipale de la ville de Chateauroux. En voici une capture d'écran:


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Capture écran du film propriété de la ville de Chateauroux

En 2014, le ministère de la Défense avait entrepris une opération de communication et de commémoration autour de la thématique "Une ville, un soldat, un drapeau". Pour cette occasion, il avait donc été proposé de sortir des réserves les anciens emblêmes 14/18. Malheureusement pour notre département, malheureusement pour Châteauroux, le drapeau du 90ème (Seul restant dans les réserves, seul survivant de cette époque) n'était pas sortable. Son état n'autorisait pas une exposition lors d'une céremonie.Nulles traces d'ailleurs des drapeaux des autres régiments du département: 68, 268e RI et 66e RIT.

Une acquisition récente me fait entrapercevoir un nouvel élement de la réprésentation des unités. Dans chaque régiment, se trouvaient des fanions liés soit aux bataillons, soit aux compagnies.

Voici donc le fanion du 4e bataillon du 268e RI:

 

RI268_Fanion4eBataillon_Recto_1


La première question lorsque vous trouvez un cliché est: S'agit-il de la bonne unité? Seul un scan précis permet de s'en assurer. En réalité, 3 éléments précis sont nécessaires pour parfaire l'identification.

CaptureJC3


Quels sont ces 3 éléments?
Commençons par le fanion: Celui-ci indique "268e", 4e bataillon, "Patria". On peut deviner qu'il s'agit en réalité de "Pro Patria" et que ce doit être la devise du 4e bataillon du 268e régiment.
Le 268ème est confirmé par les numéros de pattes de col du soldat. Cependant, s'agit-il d'un régiment d'infanterie? Un 268e Régiment d'artillerie existait. Les boutons de la veste confirme le régiment d'infanterie, on devine (le mot est faible) des grenades sur la partie bombée. Nous sommes donc en présence d'un 268e RI.

Sélection_003
Exemple de boutons d'infanterie
A noter la représentation de grenade

S'il s'agit d'une unité d'infanterie, s'agit-il du 268e RI ou du 268e RIT? Et oui, car pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliquer. Cela se complique particulièrement, car c'est là qu'intervient le verso de la carte.

CaptureJC4

Le cachet de la poste laisse apparaitre "AVRANCH" le 26 juillet 1917 (16h45), vraisemblablement, il s'agit donc de la date et l'heure d'arrivée au bureau de destinataire.
La carte est donc annotée: "1917 Manspach Alsace"

Là, tout se complique et les certitudes tombent.
Point de 268ème RI dans ce secteur, à la date du mois de juillet 1917, ce régiment est alors dans le secteur de la route 44, dans l'Aisne.
Pourrait-il s'agir du 268e RIT? ... Pas de chances, ce régiment territorial est dissous depuis le 7 février 1917.

Le mystère reste donc entier pour l'instant, en attente d'un nouvel indice qui permettra alors de comprendre le mystère du fanion du 4e bataillon du 268e.

Sources: Collection de l'auteur

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