13 juillet 2005

Les embusqués

Petit retour en arrière, en juin 1915, lorsque Maurice Laurentin, officier au 268e RI pourfendait les embusqués. Pendant ce temps, le député Dalbiez préparait son projet de loi modifiant les conditions de mobilisations, surtout ayant pour but de traquer le dit embusqué.

La loi Dalbiez

27 juin 1915

"Dalbiez et autres députés, ne soyez pas trop durs pour l’embusqué honteux qui rase les murs et, tout piteux, se fait montrer d’un doigt moqueur par les commères !

Il y a bien d’autres masques à lever : l’embusqué brillant, galonné, décoré et bien payé des états-majors, qui tombe toutes les femmes et envoie deux mille hommes à la mort dans un terrain qu’il n’a même pas approché et qu’il ne connaît que par la carte, est autrement intolérable. Les embusqués de l’intendance et des services, tous ces épiciers inutilement vêtus de glorieux uniformes militaires, sont autrement encombrants et nuisibles.

Ils pullulent dans les zones de l’arrière, inutiles, insolents, pourris, vêtus de la gloire des autres ; ils pullulent à ce point que, tandis qu’il ne reste plus trois officiers de carrière par régiment, il y a, au moindre état-major de division, cinq, dix et même quinze de ces arrivistes arrivés, tous brevetés, qui ne verront jamais le feu et, après la guerre, feront les nouveaux règlements ! "

Sources : Carnets d’un fantassin de 1914 - Maurice Laurentin - Editions Arthaud 1965

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18 mai 2005

304e brigade - prise des tranchées de Lizerne

De retour de manière précipité en Belgique, les 268e et 290e RI, formant la 304e brigade, prennent secteur au nord-est d'Ypres.
D'abord affectés à la 153e DI, ils passent ensuite en support de la brigade Cherrier (brigade coloniale).
Après une tentative échouée, le 27 avril en direction de Lizerne, les deux unités indriennes attaquent à nouveau:

"L'artillerie devait commencer sa préparation à 14
heures. L'infanterie devait déboucher à 15 heures. Pour faire une bonne préparation, l'artillerie avait placé un Officier observateur dans la tranchée de départ. Il était relié aux batteries par un fil téléphonique.
A 14 heures, les batteries se mirent à taper avec vigueur sur les tranchées allemandes, sur Lizerne, et sur le chemin de Lizerne à Steenstraat. Elles canonnèrent également une grande bâtisse qui dominait tout le terrain au delà de la route de Boesinghe, et qu'on appelait la Maison du Collège.
Les Allemands ne ripostent pas pendant notre préparation, c'est-à-dire qu'ils ne font pas de contre-préparation sur nos tranchées, c'est leur tactique. Ils se réservent pour le moment où l'attaque débouchera. Ils envoient toutefois des obus de gros calibre en arrière de Zuydschoote où ils soupçonnent qu'il peut y avoir des rassemblements de troupes.
Je me suis établi dans la tranchée où j'étais la veille au sud-ouest de Zuydschoote. Les territoriaux occupent toujours la tranchée et je prends place parmi eux. Nous sommes fortement secoués par les gros obus qui n'éclatent pas, ou qui éclatent trop profondément. J'avais avec moi le sous-lieutenant Devilliers et un téléphoniste.
A 15 heures justes, le tir de notre artillerie s'arrête. Il s'établit un silence impressionnant, pendant lequel les Officiers suivis de leurs hommes sautent sur la route. Ceux qui ont le derrière trop lourd sont poussés par les zouaves. Et en avant, les vagues se précipitent vers les tranchées allemandes. Toutes les compagnies se portent en avant, même celles du 5e bataillon. Le spectacle est si beau, qu'un certain nombre de territoriaux qui gardent les tranchées partent aussi. Un sous-officier d'artillerie de liaison est empoigné également. Il lâche son appareil téléphonique et se précipite en avant. Il n'a pas d'arme, il cognera sur les Allemands à coups de poing et de pieds.
Les deux premières lignes de tranchées allemandes sont enlevées d'un seul élan. A la troisième ligne le tir de représailles allemand se déclenche. Les fusils, les mitrailleuses, le canon, tout crache à la fois. Une véritable nappe de balles passe sur la tranchée où je me tiens. De temps à autre je risque un coup d’œil. Impossible de rien distinguer de l'attaque. Tout le terrain était couvert d'une épaisse couche de fumée et de poussière. C'est dans cette atmosphère que se passent alors les combats singuliers qui se produisent à la fin des attaques d'ensemble. En fin de compte, sur les trois lignes enlevées nous en avons conservé deux. Et si nous n'avons pas gardé la troisième, et si nous ne sommes pas allés d'emblée jusqu'au canal, cela tient à ce qu'au Sud de Lizerne nous avons été seuls à sortir de nos tranchées. Comme la veille aucune troupe n'avait débouché, ni à droite, ni à gauche. Du côté de Lizerne nous avons continué à être pris d'enfilade par des mitrailleuses qui étaient restées dans la partie Est du village. Comme nous étions également découverts sur notre flanc droit, les Allemands sont revenus occuper les tranchées qu'ils avaient abandonnées.
En fin de combat, les deux compagnies de tête occupaient la deuxième ligne allemande, les deux compagnies suivantes la première, et les deux compagnies du 5e bataillon la tranchée de départ, autrement dit, la tranchée de première ligne française. Toutes les compagnies travaillèrent activement à organiser le terrain conquis. La 24e notamment creusa une tranchée à droite pour parer à toute attaque de flanc dans cette direction. Les mitrailleuses qui arrivent à leur tour sont mises en position sur les deux flancs.
Nos prises au cours de l'attaque furent de 87 prisonniers dont 2 Officiers. Les Allemands avaient abandonné de nombreuses armes dont 2 mitrailleuses. Pas mal de prisonniers s'étaient échappés par les deux ailes et n'avaient pas été dénombrés au compte du régiment, qui avait cependant été le seul à attaquer.
Vers 19 h. 30, un ordre de la Brigade prescrivit de poursuivre sans interruption l'attaque, pour rejeter définitivement au delà du canal les Allemands qui paraissaient à bout. Si les Allemands étaient à bout nous ne l'étions pas moins. Sur 15 Officiers qui avaient pris part à l'attaque 9 étaient hors de combat. Le Lieutenant Fougère avait été tué, les Sous-Lieutenants Tournier, Moinault, Poirier, Matignon étaient blessés. Le Sous-Lieutenant Tournier avait une blessure particulièrement grave. Une balle venue de côté lui avait emporté le menton. Des maîtres-chirurgiens ont réussi à le guérir longtemps après la guerre. Les compagnies du 6e bataillon qui avaient bien encore perdu 200 hommes étaient hors d'état de recommencer une nouvelle attaque, et les deux compagnies du 5e n'étaient pas suffisantes pour pousser jusqu'au canal. Pour avancer encore, il eût fallu que nous eussions les flancs couverts. Il eût surtout fallu qu'à gauche on nous débarrassât des damnées mitrailleuses de Lizerne. L'ordre de la Brigade recommandait une infiltration par petites attaques à la baïonnette plutôt qu'une opération en masse. Evidemment le Commandement après la première attaque n'avait plus les moyens d'en monter une deuxième. Pour finir, il n'y eût pas plus d'actions de détail que d'ensemble. Cela se produira encore plus d'une fois dans ce secteur".
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Sources: Eggenspieler "Un régiment de réserve en Berry - Le 290eRI" Bourdier 1932

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11 avril 2005

Maurice Laurentin, arrivée au 268e

Qu’avait donc Maurice Laurentin pour retenir mon attention ?
D’abord qui est il ? Originaire de Cholet, architecte de formation, il a d’abord été mobilisé au sein du 77e RI, puis suivant son chef de corps, le lieutenant colonel Mariani, il est affecté au 268e RI du Blanc le 12 avril 1915.
Il est auteur de deux excellents témoignages intitulés « Le sang de France » et « La victoire des Morts ». Jean Norton-Cru qui lui reprochait un récit « lestement conté » et « une psychologie du combattant guère poussée », lui reconnaissait cependant une certaine valeur.

De plus, après quelques recherches, un jour nouveau m’apparaissait. La découverte de son œuvre combattante se fit par l’intermédiaire de l’achat d’un volume intitulé « Carnet d’un fantassin de 1914 », qui se révélait être la compilation des deux volumes précités. Ce volume a été édité en 1965 aux Editions Arthaud.

Ma surprise fut de découvrir que la préface était de Ménie Grégoire. Que venait faire Ménie Grégoire dans un livre sur 14-18? En vérité, cette dernière se révélait être la fille de Maurice Laurentin, Marie Laurentin (dite Ménie) épouse Grégoire.

Après guerre, Maurice Laurentin redevint architecte, une de ses principales réalisations fut l' Eglise Sacré Coeur de Cholet.

Pour le plaisir des yeux, une illustration de l'auteur, glanée dans les "carnets d'un fantassin de 1914":

 

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