23 septembre 2009

Sohier versus Eggenspieler

En pleine lecture de l'ouvrage du lieutenant Sohier, je ne peux m'empêcher de penser à celui du colonel Eggenspieler.
Sohier n'avait pas prévu de diffuser son journal. Le recueil indique un fin de rédaction à la date du 29 mars 1931. Or, l'ouvrage d'Eggenspieler est édité en 1932, par l'imprimeur Bourdier de Paris.
Eggenspieler indique s'être servi des notes de Sohier pour rédiger le journal du 290e RI.
Version Sohier:
"Un commandant nous fait une conférence. « N'oubliez jamais que la meilleure défensive c'est l'offensive. En avant, toujours en avant, à la baïonnette. » On verra bien.
On nous emmène au terrain de manœuvre de Châteauroux. Une zone pierreuse sans rien pour se défiler. On simule une attaque. Le régiment est déployé. Vite, j'établis la liaison avec des réserves imaginaires. Je rends compte au colonel. Quelles réserves ? Où sont-elles ? Là-bas, je suppose, et je vais établir la liaison avec les troupes en ligne. Le colonel sourit, ironique. Je suis un peu vexé. On verra bien.
Le régiment s'élance à l'assaut. « Ils ne courent guère, dit le colonel. » Mais un berrichon a-t-il jamais couru ?
Sous la mitraille on verra bien.
Il ne courra pas mais il arrivera".

Version Eggenspieler:
"On pensa également à la partie tactique. Un Commandant fit une conférence aux officiers. Elle se résuma en ceci : « La meilleure défensive, c'est l'offensive. En avant ! Toujours en avant ! A la baïonnette ! » C'était très simple.
La théorie faite aux officiers eut sa consécration sur le terrain de manœuvre. Ce terrain était une zone pierreuse sans le moindre pli pour se défiler. Le thème comportait l'exécution d'une attaque.
Le régiment est déployé. Vite le Lieutenant téléphoniste établit la liaison du régiment avec des réserves hypothétiques, puis il rendit compte au Colonel, qui sourit d'un air ironique. Le Lieutenant fut quelque peu vexé, mais il continua à avoir confiance.
Le régiment, mettant les principes de la conférence en pratique, le lança à l'assaut. « Ils ne courent guère », dit le Colonel. « Mais un Berrichon a-t-il jamais couru », se demanda le Lieutenant Sohier".

On appréciera la note optimiste de Sohier: "Il ne courra pas mais il arrivera". Il avait alors su y déceler le trait principal du paysan berrichon. Ceci ne trouva pas crédit aux yeux du colonel.

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12 septembre 2009

Un nouveau témoin clé.

Il est parfois des colis qui arrivent qui génère des moments intenses. Mercredi, j'ai reçu un colis envoyé par un ami.
Il s'agit de la copie d'un ouvrage qui fut certainement édité à compte d'auteur, et qui, en tout cas, n'est pas référencé à la Bibliothèque Nationale de France.
Certes, il ne s'agit pas du prix Goncourt. Mais pour les fanas du 290e RI, il s'agit ni plus ni moins que de l'ouvrage qui précède celui du colonel Eggenspieler.
Eggenspieler arrive au régiment en 1915, il témoigne donc du parcours régimentaire jusqu'à la dissolution en 1918. Pour la période précédant son arrivée, il écrit:
Comme je n’ai pris le commandement du régiment qu’en janvier 1915, tout ce qui concerne les cinq mois de 1914 a été rédigé à l’aide du Journal de marche et d’un récit très alerte et très vivant qu’a bien voulu faire le lieutenant Sohier.
Ce que je ne savais pas, c'était que le récit très alerte et très vivant avait donné naissance à un ouvrage:


1914-1915
E. Sohier

La transcription numérique vient d'être terminée, reste donc la mise en forme. La diffusion de passages pourra donc être programmée sur le blog pour les prochains mois.
La période couverte correspond en de nombreux points avec les photos issues des albums photos en ma possession.
Grand, grand merci à Denis Delavois pour sa trouvaille


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28 août 2009

J'y suis allé, je m'y suis recueilli

Les congés sont terminés, la rentrée se rapproche. Bientôt, je donnerai l'explication concernant la carte du "M.... à Guillaume". En attendant, je m'empresse de mettre en ligne , le résultat de mes congés.
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Cet été, j'ai profité d'un festival de musique à Waregem (Belgique) pour passer du côté de Zonnebeke-Broodseinde. Je ne pouvais échapper à un petit détour au passage à niveau qui concerne tant Lucien Bessonneau.
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Moment intense, je ne cache pas que j'étais troublé. Garé à Tyne Cot, les 500 mètres à faire à pied furent éprouvant.

Secteur_VueTyneCote
Vue du passage à niveau depuis Tyne Cot

 

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L'impression bizarre qu'une quète de 5 ans de recherche aboutissait enfin, qu'il serait difficile d'aller plus loin dans les recherches.
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<Secteur_VueChemin_DeFer_LignesFrancaises
Vue du passage à niveau depuis les lignes françaises.
Le chemin correspond à l'ancienne ligne de chemin de fer

 

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Ce site fut l'objet d'une âpre bataille en octobre 1917. Il s'agit là de la tristement célèbre "Road to Passchendaele"

Secteur_BornePaschendaele

 

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Merci à Mireille d'avoir pris un peu de temps sur le celui du festival pour m'accompagner à Zonnebeke.
Merci à Annie pour son répérage sur les lieux, qui m'a évité de me fourvoyer dans le secteur.

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03 décembre 2008

94 ans, In memoriam Lucien Bessonneau

Pour le 11 novembre, le Berry Republicain m'a permis de rendre hommage à Lucien d'une manière originale, et ce au travers de mon travail.

En ce 3 décembre, il y a 94 ans que Lucien a disparu, mais petit à petit, l'histoire réapparait.

In Memoriam Lucien Bessonneau



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20 novembre 2008

Un abri créneau

Il y a longtemps que je n'avais pas publié de photos issues des Albums du 290e
Dans les tranchées de Flandres, en cet hiver 14-15, le soldat se doit d'organiser des défenses accessoires et aussi de s'organiser des lieux de vie.

Un des pious du 290e s'est donc creusé un abri (sous la couverture) et y a rajouté un créneau de tir juste au dessus.
Heureusement, pour l'instant, le sol est sec.


RI290_AbriCreneau

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18 avril 2008

Arrivée à Gérardmer

Le 11 [mars] nous avons atteint Gérardmer. Le chemin que nous suivions nous a fait longer toute la rive Nord du Lac. Notre marche était une promenade touristique. Nous avons ensuite fait une belle entrée dans la ville, Le Général Schmidt pour se faire une première idée du régiment s'était posté sur notre passage. Il a été bien impressionné par l'attitude du régiment, mais ce qu'il a surtout retenu c'est la belle tenue de nos équipages. Il est vrai que ceux-ci constituent un critérium dans l'appréciation de l'esprit d'ordre et de discipline d'une troupe. Aussi mes sous-ordres étaient-ils fiers quand ils pouvaient me montrer les échafaudages des cuisines d'autres troupes.

Gerardmer_152


Gérardmer était une jolie ville, à l'aspect habituel des stations balnéaires ou climatiques. Il y avait de beaux quartiers, mais déserts au moment où nous y étions. Les prescriptions hygiéniques pour la salubrité des rues avaient dû être négligées pendant la guerre. Le soir de fort mauvaises odeurs se répandaient dans les quartiers luxueux qui étaient précisément ceux qui étaient abandonnés.

Sources: Colonel Eggenspieler - Le 290e RI - Un régiment de réserve du Berry

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12 avril 2008

Les mamelles de la France

Le 10 mars nous nous sommes remis en route pour gagner Gérardmer. Nous nous y sommes rendus par la route du Nord qui passe par le Tholy. Le 268e qui cheminait toujours à côté de nous a dû suivre la route du Sud. Au Tholy où nous avons cantonné, nous nous trouvions déjà en pleine montagne. Les sommets qui nous avoisinaient dépassaient pour la plupart la cote 800. Toute la campagne était couverte de prés et de forêts. Les Berrichons se demandaient comment les habitants pouvaient subsister dans ce pays de verdure. Pâturage et labourage sont les deux mamelles de la France, disait Sully. Les habitants des Vosges avaient le pâturage, ils devaient donc nécessairement faire venir de l'intérieur les produits du labourage.

Tholly


Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry

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05 avril 2008

En route pour les Vosges

Le 6 mars au matin nous abandonnions notre centre d'instruction et nous nous retrouvions sur les routes. Le 268e qui avait séjourné dans des cantonnements tout proches des nôtres en fit autant. Le soir nous couchions à Bocqueigney, Damas et Hennecourt, petites localités échelonnées le long de la route de Mirecourt à Epinal. Le temps était beau et il faisait bon marcher. Le lendemain nous contournions Epinal par l'Ouest en même temps que nous passions à travers la région accidentée des Faucilles. Nous couchions le soir à Uriménil, Dounoux et Hadol, au Sud d'Epinal. Le lendemain 8, nous devions déboucher dans la vallée de la Moselle et atteindre Remiremont. Après avoir examiné la carte je me proposais de faire une surprise, à mes vieux Berrichons, en leur faisant apparaître dans toute sa beauté un panorama vosgien. Le chemin que nous suivions passait par Raon-aux-Bois.


RaonAuxBois


Il débouchait dans la vallée de la Moselle en suivant d'immenses lacets. Je me disais qu'au changement de pente on devait avoir brusquement une vue étendue sur la vallée. Je fis donc faire la grand'halte un peu avant la crête qui masquait la vallée, le temps était superbe. La halte terminée on se remit en route bien dispos. Tout à coup en découvrant à leurs pieds la belle vallée de la Moselle encadrée de superbes montagnes couvertes de forêts et la ville de Remiremont tout près, mes gars ne poussèrent qu'un cri de surprise tout le long de la colonne. Jamais ils n'avaient vu un paysage aussi beau.


Remiremont


Tout le long de la descente ce ne furent que des chants et des cris de joie. La jolie petite ville de Remiremont nous promettait un séjour agréable. Nous y passâmes les journées des 8 et 9 mars. Pour mon compte je n'eûs pas beaucoup le temps de visiter la ville. A peine arrivé notre nouveau Divisionnaire, le Général Schmidt, m'annonça sa visite. Il arriva en effet le jour même. Le général était un officier sympathique, jeune et alerte. Il avait longtemps servi en Afrique. Il était de mes petites recrues de Saint-Cyr et de mes anciens de l'Ecole de guerre. Je me rappelait fort bien l'y avoir vu. Il était par surcroît Alsacien, il se rappelait encore convenablement le dialecte du pays. Nous is faire plus amplement sa connaissance à Gérardmer où était son Q.G., et en secteur.

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry

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23 mars 2008

A l'instruction

A proximité de nos cantonnements fonctionnait un centre d'instruction d'armée. Il était dirigé par le Lieutenant-Colonel d’infanterie coloniale Jacobi. Nous étions rattachés à ce centre et nous devions faire de l'instruction pendant tout notre séjour à Remoncourt et environs. Cette mise à l'instruction nous parut un peu suspecte, d'autant plus que des rumeurs de dissolution se propagèrent dans les deux régiments, 268e et 290e. Ces bruits me parurent d'autant plus fondés que peu de temps après notre arrivée, le G.A.E. m'avait invité reverser nos équipages. C'était un très mauvais présage. Je me suis alors rappelé la maxime du Commandant de La Bastide qui ne voulait jamais exécuter un ordre avant d'avoir contre-ordre. Dans la circonstance je fis comme lui, et j’attendis le contre-ordre.
En attendant nous nous mîmes à l'instruction avec le plus grand zèle.
J’établis un programme d'instruction générale qui servit de base aux programmes hebdomadaires que devaient établir les chefs de bataillon et les Commandants de compagnie. Je touchai là à un point de l'instruction de la troupe, que mes commandants de compagnie, dont aucun n'était de carrière, avaient ignoré jusque là, c'était l'établissement de programmes d’instruction méthodiques et complets tels qu'on les établissait à la caserne en temps de paix. Les premiers programmes qui me furent adressés laissaient évidemment à désirer, comme tout travail de débutant. Mes officiers avaient beau être dans leur cinquième année de guerre, les méthodes d'instruction avaient encore des secrets pour eux. Les qualités pour faire un bon instructeur sont tout autres que celles qui sont nécessaires pour conduire sa troupe au feu. J'ai du reste eû l'occasion pendant la campagne de constater l'exactitude de cet aphorisme. Malgré qu’ils ne fûrent par des professionnels, mes Commandants de compagnie firent de rapides progrès dans l'établissement de leurs programmes. Au bout de peu de temps ils étaient au point. Pour que nos moyens d'instruction fussent au complet, il nous manquait un champ de tir. Nous eûmes vite fait d'en organiser un dans une vieille carrière. La carte au 80000e nous a suffi pour en établir le régime, nous n'éprouvions aucun besoin de remplir toutes les formalités prévues au B. O. du temps de paix. Nous avons tiré tous les jours pendant au moins un mois; il n'y eut ni accident ni incident.
Un jour que je reçus de nouveau la visite d'un officier du G.A.E., il me demanda si nous avions encore nos équipages. Je lui répondis que nous les avions toujours. « Tant mieux, s'écria-t-il, on ne sera pas obligé de vous en redonner. » Il m'annonça ensuite que nous allions faire un mouvement pour nous rendre dans les Vosges. Je me félicitais d'avoir suivi le précepte du Commandant de La Bastide. On aurait peut-être eu la possibilité de me redonner des voitures convenables, mais je n'aurais plus reçu des attelages comme ceux que nous avions
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Sources: Colonel Eggenspieler - le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

RI090_GroupeMitrailleurs_Instruction

Un groupe de mitrailleurs du 90e RI à l'instruction avant 1914.
Réservistes, ils seront vraisemblablement affectés au 290e en aout 14
Merci à Emmanuel

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17 mars 2008

A la disposition du GAE (2)

Le 4 février une dernière étape nous a amenés à Remoncourt où nous devions séjourner provisoirement. Notre itinéraire nous a fait traverser Mirecourt. En sortant de la ville nous avons aperçu à droite de la route les bâtiments d'un vaste couvent où, à ce qu'on m'a dit, se trouvait le Q.G. du Général de Castelnau, commandant le G.A.E.
Arrivés à destination on nous a affecté trois localités pour cantonner : Remoncourt, Petit-Ménil et Rozerotte. La localité principale était Remoncourt où je me trouvais personnellement. Les trois cantonnements étaient très confortables. Ils avaient du reste été aménagés par le service des cantonnements dont le représentant se trouvait près de moi à Remoncourt. Ce chef de service était passablement insupportable. Il s'imaginait que le régiment était entièrement à sa disposition. Je dus le faire rappeler à l'ordre par un officier du G.A.E. Les officiers du Q.G. de Castelnau vinrent me voir très souvent. Ils s'informaient fréquemment de notre situation et de nos besoins. Nous trouvions une différence avec la 8e Armée où on ne pensait qu'à nous exécuter. A Remoncourt nous correspondions directement avec le G.A.E.
Dans notre cantonnement de Remoncourt nous avons eu l'occasion de faire une cure d'eau, Nous nous trouvions à peine à 10 kilomètres de Vittel et nous avions dans notre localité une source réputée encore meilleure et plus efficace que celle de Vittel même. Celui qui à la popote a de beaucoup le plus absorbé d'eau minérale était notre Médecin-Chef le Docteur Dubreuil. Il faut croire que ce régime lui convenait.

Remoncourt_SourceRey


Sources: Colonel Eggenspieler - le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

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