01 mai 2007

Le camp du Faité

"Dans la nuit du 19 au 20 avril, nous sortons de notre bois par la piste de clayonnage réfectionnée. Arrivés au bas de la hauteur, nous marchons dans une boue épaisse. Le désordre recommence. Nous nous heurtons à des colonnes qui vont à travers champs dans toutes les directions. On s'interpelle. Chacun réclame la priorité du passage. A la longue l’écheveau des colonnes d'infanterie finit par se dénouer. Nous arrivons à l'entrée de Guyencourt. Nouvel arrêt. Ce sont des convois de voitures et d'autos qui sont bloqués dans les rues du village. Nous nous faufilons comme nous pouvons le long des voitures et après beaucoup de heurts, nous finissons par déboucher de l'autre côté du village. Ici la route est libre et nous allons pouvoir marcher à notre aise. Nous passons à Bouvancourt, Bourgogne, Ventelay. Le 5e bataillon marchait en tête, le 6e était assez loin en arrière par suite de l'encombrement qu'il avait rencontré à Guyencourt. Je savais par les liaisons qui furent établies qu'il suivait sans difficulté. Il avait pour consigne de nous rejoindre au Faîté.
....
Comme conclusion, nous n'en étions pas moins installés le 20 au soir dans les baraques du Camp du Faîté. Ce Camp était établi sur une crête au Nord du village de Ventelay et à l'Ouest de la ferme du Faîte où était installé le P.C. du Corps d'Armée.

FERMEFAITE4
La Ferme du Faité en 1998

Les baraques étaient assez confortables, on y était à l'abri des intempéries. Le camp quoiqu'il fût bien en vue sur la crête n'était pas canonné. Nous y étions bien tranquilles dans la journée. Il n'en était pas de même la nuit. Le temps s'était remis au beau et toutes les nuits les avions allemands venaient nous survoler deux et trois fois dans la même nuit pour nous jeter des bombes. On ne pouvait plus dormir tranquille. Les hommes avaient bien creusé des tranchées autour des baraques, mais la plupart préféraient passer la nuit dans les ravins et trous profonds, couverts de broussaille qui se trouvaient à l'Ouest du camp. Pour plus de sécurité ils y avaient établi des petites niches individuelles. Nous avons passé dix jours dans cette situation. Nous finissions par en être fatigués. Pour rompre un peu la monotonie de notre séjour nous explorions les environs du camp. Tout près de nous, nous avions les carrières et le village de Roucy. Dans les carrières il y avait de nombreux abris occupés par des troupes. Plus loin nous avions la vue de la magnifique vallée de l'Aisne et de son canal latéral. De nombreuses passerelles, dont quelques-unes très larges, permettaient de franchir la rivière et le canal et même une partie de la vallée en cas d'inondation. Le site de Pontavert était particulièrement joli. Mais la localité ainsi que le château étaient complètement démolis".

Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

Merci à Stephan, Alain et Louis pour leur aide

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23 avril 2007

Officiers en pique-nique

En ce printemps 1915, des moments de repos servent à profiter de la nature des Flandres. Hors des boyaux et tranchées, des officiers du 9e CA profitent d'un moment de calme pour effectuer un petit pique-nique champêtre.

RI290_Album_PiqueNique

L'album du 290e est visible ICI

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17 avril 2007

17 avril 1917: En soutien de l'attaque

"Le 17, jour de l'attaque, nous sommes restés dans notre bois. Dans la nuit du 17 au 18 mars, nous l'avons quitté par une pluie battante dans l'ignorance totale de ce qui s'était passé. Nous suivions la route qui passait par Romain et Ventelay. A partir de ce moment, un certain désordre commençait à se manifester. Dès la sortie du bois, des bataillons du 268e étaient mélangés avec ceux du régiment. Sur la route que nous suivions, il y avait déjà d'autres colonnes d'infanterie, ainsi que des voitures qui se dirigeaient vers l'avant comme nous. Au-delà de Ventelay, nous avons quitté la route et nous avons marché à travers champs en direction de Guyencourt. Cette partie de notre marche a été pénible. Le sol était détrempé, par la pluie, et les bois que nous avions à traverser étaient remplis de fondrières. Un Capitaine du 268e, qui était à la disposition de la Brigade, nous servait d'Officier orienteur. Il nous conduisait à travers la campagne comme un troupeau de moutons, sans que nous ayons su où nous allions. En fin de journée, nous nous sommes arrêtés sur une hauteur couverte de pins non loin de Guyancourt. Il a dû y avoir un camp ou un bivouac organisé. J'ai vu quelques baraques en planches qui étaient inhabitables. Le sol était rempli d'eau et de fondrières. En certains endroits, on ne pouvait marcher que sur du clayonnage. Nous avons même dû le refaire en partie pour pouvoir nous en aller le lendemain. Nous dressons nos tentes pour passer la nuit. De l'offensive nous ne savions absolument rien. Nous restons deux jours dans notre bois vaseux. De poursuite, il n'en est plus question. Nous employons notre temps à améliorer les pistes pour que nous puissions au moins nous en aller quand nous en recevrons l’ordre. Celui-ci nous parvient le deuxième jour. Nous devons nous reporter en arrière sur Ventelay" .

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

PlanAvril17

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13 avril 2007

En route pour l'Aisne (3)

"Le 11, il y eut repos et le 12 nous franchissions la Marne sur le pont suspendu de Dormans. Nous traversions le pont comme le prescrit le règlement, par fractions échelonnées. Le Commandant de Corps d'Armée assistait à l'opération, ce qui l’a aussitôt compliquée. La traversée effectuée, nous nous sommes rendus à Vincelles et à Tréloup, où nous sommes restés trois jours. On voit que nous nous sommes approchés de notre base d'opération par petites journées et après de fréquents repos.
Le 15, nous sommes à Romigny. Le 16, nous nous dirigions sur Jonchery-sur-Vesles. Sur la crête, au sud de cette localité, nous sommes passés près de la Ferme de Montazin, où nous avons vu de vastes enclos de fils de fer. Nous avons pensé que c'étaient des parcs à prisonniers. Nous avons traversé Jonchery qui regorgeait de militaires de tous les services possibles. Avec le 268e, qui nous accompagnait, nous allions bivouaquer dans les bois entre Breuil-sur-Vesles et le Moulin des Bois. Une pluie intense tomba toute la nuit, une fois de plus les troupes étaient fraîches".

DormansBreuil

Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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09 avril 2007

En route pour l'Aisne (2)

"Le 8 avril nous reprenons la route. Nous marchons en direction générale vers Epernay. Nous passons devant la colonne de Champaubert érigée en souvenir de la bataille de 1814. Nous nous arrêtons à Lacour, la Grange de Vaux et la Croix-Marotte. L'étape n'était pas longue, une dizaine de kilomètres au plus, et cependant elle fut pénible. Au 6e bataillon les officiers eûrent la fâcheuse idée de trouver les sacs trop lourds. L'effet de cette constatation s'est fait sentir aussitôt. Les fossés de la route se garnirent de soldats qui déclarèrent ne plus pouvoir porter leur charge. Au 5e bataillon elle était cependant la même et personne ne resta en route. Le lendemain on ne fit pas mouvement, et on en profita pour mettre une partie de la charge des hommes sur les voitures du T.C.
C'est pendant notre séjour à Baye, ou en cours de route, que nous avons appris, par une conférence du Général Niessel, quels étaient les projets du Commandement pour les jours prochains. Une offensive devait avoir lieu sur le front de l'Aisne. Nous faisions partie de la 10e Armée (Général Duchesne), qui était Armée de poursuite. Nous marchions en deuxième ligne, derrière l'Armée du Général Mangin. Quand le Général Niessel nous indiqua les positions qu'il fallait enlever, nous nous regardions avec étonnement. Malgré que le Général nous assurât qu'avec les dispositions d'attaque prévues, l'opération devait réussir, nous n'en étions que médiocrement convaincus".

BayeDormans6


Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290eRI

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03 avril 2007

Le caporal et le fourrier

Parfois, une simple photo nous permet de mieux apréhender la lassitude et la morne existence du poilu dans sa tranchée.
L'agent de liaison et le fourrier tiennent la pause, mais le regard est ailleurs. Peut-être vers le foyer en Berry.

RI290_AgentDeLiaisonFourier

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31 mars 2007

En route pour l'Aisne

"Le 27 mars (1917) nous commencions à évacuer le camp. Nous couchions le soir à Trouan-le-Grand et à Trouan-le-Petit. De là, le régiment gagna Gourgançon et Euvy. Quels souvenirs ! On se trouvait en plein terrain de bataille de septembre 1914. De la bataille on ne voyait plus rien. Et puis ceux qui l’avaient livrée n'étaient plus là en 1917, ou à peine.
Le 29 tout le régiment coucha à Pleurs où il passa deux jours.
Le 31 on gagna Broyes et Péas au Nord-Est de Sézanne. Nous étions là en pleine zône de bataille de 1814 et 1914.
Le 1er avril nous passions au fameux château de Mondement. J'y fis faire une petite halte pour que chacun pût voir la position où on avait si âprement lutté en 1914 et où le 77e R.I. s'était distingué. A Saint-Prix nous franchissions l'extrémité ouest des Marais de Saint-Gond. Nous nous sommes arrêtés à Baye et à Bannay où nous sommes restés cinq jours. Nous y avons reçu le meilleur accueil des habitants. A part le château de Mondement on ne voyait plus trace dans cette région de la bataille de 1914. Dans nos cantonnements l'administration nous accabla de distributions de toute espèce : vivres, munitions et explosifs. A vol d'oiseau nous étions à 68 kilomètres du point que nous devions atteindre. Le Commandement manquait de psychologie s'il croyait que le soldat allait porter ces charges sur un trajet de 70 kilomètres. On a corrigé un peu cette erreur en ne nous faisant avancer que par petites étapes".

MaillySortie5

Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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25 mars 2007

Manoeuvres au camp de Mailly

"Nous voici pour la deuxième fois au Camp de Mailly. Cette fois nous sommes sur la bordure Ouest. Nous étions loin de nous douter dans quel but on nous remettait à l’instruction. Avec le Général Niessel, nous ne chômions pas. Nous étions tous les jours dehors. Les cadres commandaient tantôt leur propre troupe, tantôt ils assistaient en spectateurs aux exercices exécutés par les unités des autres régiments.

MaillyCamp

On ménageait encore la troupe. Les cadres, au moins ceux qui étaient montés, bardaient matin et soir. Les officiers à cheval suivaient le Général pour entendre les observations qu'il faisait tout le long du développement de la manoeuvre. De temps en temps il envoyait un jeune officier porter un ordre à vive allure ou chercher un renseignement, puis brusquement il emmenait toute la bande des officiers montés au grand galop derrière lui. On se remettait en selle. Pour rendre les exercices plus vivants, le Général faisait appliquer son système de figuration dans toute son ampleur. Tous les Régiments passaient au crible à tour de rôle. Quand ce fut notre tour, je dirigeai une manceuvre de régiment où l'un des partis (Orléans) occupait défensivement la croupe 176 du Pylône des Cavattes. L'autre parti (Gagnier) faisait l'attaque, précédée d'une longue marche d'approche à travers un épais taillis. La manceuvre terminée je fis le premier ma critique. J'ai déclaré que l'ensemble de la manœuvre s'était déroulé très correctement. J'ai loué surtout la manière parfaite dont le Commandant Gagnier avait exécuté sa marche d'approche. Le Général Lancrenon, Commandant la Division, prit la parole après moi, puis le Général Niessel lui-même. Ils firent encore plus d'éloges que moi des exécutants, officiers et troupe.

MaillyCamp2

Une particularité des critiques du Général Niessel consistait en ce que tout le monde était invité à y assister, officiers et soldats. Ces derniers étaient libres d'y venir, mais s'ils venaient prendre place dans le cercle, ils devaient écouter. Si le Général en apercevait un qui piquait l'étrangère, il le faisait venir au milieu du cercle où il était bien en vue. C'était un peu comme la punition du piquet dans les écoles.
La critique terminée, il y eût un petit repos. A ce moment le Général de Division et le Colonel Commandant la Brigade m'appellèrent près d'eux. Ils me répétèrent encore une fois combien le Général Niessel avait été satisfait du régiment, qu'à son avis il était le premier corps de troupe d'infanterie du Corps d'Armée. Je fis part de ce compliment si flatteur à mes officiers avec la mission de le transmettre à la troupe.
Après dix jours d'instruction intensive par un temps souvent inclément, froid et neigeux, nous refîmes nos bagages. Nous allions nous remettre sur les routes sans rien savoir de notre nouvelle destination".

Colonel Eggenspieler - Le 290e RI, un régiment de réserve du Berry

MaillyCamp1

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21 mars 2007

Les effets de la mitraille

Lors de l'hiver 1914-1915, la nature subit de plus en plus les effets des combats. La mitraille et le marmittage ont finalement pulvériser les broussailles du Bois du Polygone.

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Patry et Moreau du 290e RI

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15 mars 2007

Le sergent Luneau, du zinc aux tranchées

Fernand Luneau est né le 3 septembre 1881 à la Champenoise (Indre). Il est le benjamin d’une famille de 5 enfants. Orphelin de père à l’age de 8 ans, il est élevé par ses frères et soeurs.
Le 18 juin 1907, il épouse Augustine Berthaud de Levroux.
Il effectua son service au sein du 10e RI d’Auxonne.
Etabli comme cafetier à la « buvette parisienne » de Châteauroux, à la mobilisation, il laisse sa femme tenir le café. Mobilisé au sein du 290e RI, il se rend donc à la caserne Bertrand, il est alors affecté à la 23ème Compagnie (6e bataillon).
Son parcours est alors celui du 290e RI. Le 21 octobre 1914, il passe Caporal et Sergent le 11 janvier 1915.

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Le sergent Luneau

Il est grièvement blessé le 5 mai 1916 à la cote 304. Il est alors évacué vers Lyon, où il arrive le 12 mai.

Suite à son action, une proposition de citation est émise par ses chefs. Elle fut formulée ainsi :
« Le sergent Luneau Fernand qui appartenait à la 23e Cie du 290e fut blessé le 5 mai 1916 à la Cote 304 en repoussant avec sa demi section une contre attaque ennemie qui tentait d'aborder nos lignes.
Il fit l'admiration de ses hommes en conservant quoique blessé le commandement de ses hommes de son unité jusqu'à ce que la contre attaque ennemie fut complètement repoussée
D'une manière de servir exemplaire, il fut en toutes circonstances un auxiliaire précieux pour ses chefs ».

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« Des hommes de ma section » (Sergent Luneau, marqué d’une croix)

Revenu à la vie civile, il vendit son café à Châteauroux et montât à Paris. Il reprit son métier de cafetier et s’installa  au Montholon (square Montholon), au Bouquet de Grenelle situé rue de l'Arbre sec puis au Trianon du côté de la rue de Rivoli.
Il se retira ensuite à Châteauroux pour vivre de ses rentes.

Sources: Marie Claude Peuchaud (archives privées)
Merci Marie Claude pour votre confiance

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