26 août 2006

26 aout 1916 - Emission de gaz sur le front du 290e RI

"Nous devions faire une émission de gaz au mois d'août. Elle devait se faire sur le front du régiment et s'étendre sur le front des régiments à notre droite. Le Génie est venu creuser des abris dans la tranchée de première ligne pour loger les bouteilles à gaz. Il les a eu vite faits, en huit jours je crois. Mais alors il a fallu attendre un vent favorable, un vent du Sud ou Sud-Ouest. Mais ces vents sont assez rares. Il a fallu attendre un temps infini le vent désiré, pendant au moins un mois. Quand par hasard le vent était favorable chez nous, il ne l'était pas chez nos voisins de droite et inversement. Il y eût plusieurs fois de fausses alertes, de sorte que les Allemands étaient parfaitement au courant de ce que nous voulions faire. Ils montraient leurs masques à nos hommes et les agitaient au-dessus de la tranchée, en ayant l'air de dire, il y a longtemps que nous connaissons vos intentions, vous pouvez y aller, nous sommes prêts. Un beau jour, las d'attendre et de faire de fausses alertes, on se décida à faire l'émission, c'était le 26 août au soir. Le vent était faible, mais néanmoins favorable comme direction. Les Allemands qui devaient entendre le sifflement des bouteilles déclanchèrent leurs signaux lumineux ainsi que leurs barrages de mitrailleuses. C'était dans le ciel une véritable féerie. Pour commencer, les mitrailleuses tirèrent en pleine vitesse, puis elles ralentirent et finalement elles ne tirèrent plus que quelques rares coups. Nous étions déjà contents, nous nous disions, ça y est, ils sont asphyxiés. Mais nous avions compté sans les caprices du vent. Le voilà qui se mit à souffler beaucoup trop fort. La nappe de gaz ne devait plus avoir le temps d'agir. Les mitrailleuses allemandes accélérèrent leur cadence et finalement tirèrent à toute vitesse comme au début. L’affaire était manquée".

AttaqueGaz_Champagne1916
Une attaque aux Gaz - Champagne 1916

"Aussitôt l'émission des gaz terminée nous devions envoyer trois reconnaissances d'Officiers dans les lignes allemandes. Elles étaient commandées par les Lieutenants Hanus, Brisset et Seychal. Seule la reconnaissance Hanus put atteindre le réseau allemand. Elles furent toutes les trois repoussées à coups de mitrailleuses et de fusils. A ce moment les fantassins allemands n’étaient plus camarades.
En même temps que nos reconnaissances, un appareil particulier devait aborder le réseau allemand et y faire des brèches. Cet appareil avait été imaginé par un Capitaine de chasseurs à pied, du nom de Walter. L'inventeur nous le présenta dans une des séances démonstratives du camp de Châlons. C’était une espèce de carapace métallique ressemblant à une carapace de tortue géante. Un homme pouvait y entrer en rampant, la faire avancer et même franchir de petites dénivellations du sol. L'homme qui faisait mouvoir la carapace devait en même temps traîner derrière lui un long pétard, plat d'au moins 5 ou 6 mètres, correspondant à peu près à la largeur d'un réseau de fils de fer. L'opération consistait à s’approcher, sans être aperçu du réseau ennemi, à faire glisser le pétard sous le réseau, à l'amorcer, puis à disparaître. Le soir de l'émission, nous n'avons pas pu éprouver l'appareil parce que l'opérateur n'est pas venu.

bouclier
Bouclier Walter - Mémorial Peronne

"Le lendemain de l'émission, je me suis rendu dans la tranchée de première ligne pour voir l'effet des gaz. J'ai vu que l'herbe était jaunie sur une étendue de 20 à 30 mètres en avant de la tranchée. Tout ce qui était en cuivre était couvert de vert de gris, et c'était tout.
Les Allemands n'ont exercé aucunes représailles. J'en ai conclu que nous ne leur avions pas fait grand mal".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Editions Bourdier 1932

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15 juillet 2006

Hiver oublié: Les sépultures de Potyze.

Parti en congé me ressourcer, je laisse à votre disposition la liste des 225 photos des sépultures prises en avril à la Nécropole Nationale de Saint Charles de Potyze, à Ypres (Belgique).

t_potyze_entree_060419_111

Si une des photos vous interresse, contactez moi, je m'en occuperais en septembre.

RI068 

Albert Alfred (+27/10/1914) Albin Pierre (+02/11/1914) Arnault Auguste (+31/12/1914) Audis Alix (+16/01/1915) Augier Adrien (+14/11/1914) Bernard Jean Emile (+07/12/1914) Bertrand Marcel (+16/02/1915) Bidault Emile (+09/01/1915) Blanchet Constant (+31/10/1914) Bontor ( ) Bordier Marie (+09/01/1915) Boucher Alfred (+06/11/1914) Bourdier Auguste (+15/12/1914) Bouron Henri (+31/01/1915) Boursier Henri (+13/01/1915) Bouyer Constant (+06/02/1915) Brancon Sylvain (+25/10/1914) Brissonnet Désiré (+06/11/1914) Burban Jean (+06/02/1915) Chambard Victor (+06/11/1914) Charcellay Leon (+25/04/1915) Chartier Roger (+08/01/1915) Chazelas Jean (+01/03/1915) Cire Maurice (+25/01/1915) Clarick Louis (+23/01/1915) Colline Moise (+19/01/1915) Dalus jean (+07/11/1914) David Joseph (+23/01/1915) Deborde Gabriel (+03/12/1914) Decelle Ludovic (+28/01/1915) Deforge Sylvain (+01/02/1915) Deschamps Alphonse (+06/11/1914) Doit Alexandre (+08/11/1914) Dore Henri (+28/04/1915) Dupleix Louis (+10/04/1915) Friou Jules (+27/10/1914) Gatefait Joseph (+20/04/1915) Gaudin Rene (+06/11/1914) Gavalet Eugène (+25/01/1915) Geant Nestor ou Nelson ( ) Geninet Gustave (+11/02/1915) Girodolle Leonard (+25/10/1914) Guérin Louis (+16/01/1915) Guillemot Eugène (+25/10/1914) Imbert Jean (+01/11/1914) Jacquet Joseph (+25/10/1914) Joly Desire (+04/11/1914) Jouanin Emile (+06/04/1915) Laroche Marie (+03/11/1914) Laurency Olivier (+14/11/1914) Levrault Georges (+14/12/1914) Levrier Georges (+25/10/1914) Marechal Maximin (+27/10/1914) Martin Auguste (+07/02/1915) Martinie Antoine (+05/03/1915) Martiniere Fernand (+25/10/1914) Menigaud Louis (+06/11/1914) Meriot Georges (+06/01/1915) Moreau Jules (+07/01/1915) Nebilon Louis (+02/01/1915) Nivet Eugène (+24/12/1914) Pagerie Arthur (+10/02/1915) Pascaud Antoine (+22/11/1914) Percevault Remi (+03/03/1915) Perrigault Frédéric (+06/12/1914) Perseil Arthur (+25/10/1914) Pinault Georges (+06/11/1914) Poinet Alexandre (+10/12/1914) Poivreau Edgard (+16/02/1915) Raphael Fernand (+01/04/1915) Robin Alexandre (+11/11/1914) Rulaud Jules (+25/02/1915) Salmon René (+13/01/1915) Taillandier Raoul (+24/01/1915) Timonier Alfred (+07/12/1914) Vidal Louis (+06/11/1914) Vioux Louis (+25/12/1914) Voisy Arsène (+02/01/1915)

 

 

RI090 

Audebert Antoine (+27/12/1914) Auger Georges (+19/03/1915) Beaudusseau Pierre (+19/02/1915) Beguet Paul (+17/02/1915) Biet Francois (+07/11/1914) Billard Gilles (+11/11/1914) Bonamy Auguste (+26/10/1914) Bonnefous Jean (+27/10/1914) Brunet Jules (+10/02/1915) Cerveux Jules (+29/11/1914) Chambord Sylvain (+09/11/1914) Charaudeau Raoul (+13/12/1914) Chatre Henri (+04/12/1914) Collet Louis (+31/10/1914) Cormier Léon (+31/10/1914) Cotin Eugène (+26/02/1915) Coutant Louis (+26/10/1914) Coutard Marcel (+21/12/1914) Dacarroir Pierre (+12/11/1914) Doucet Jules (+29/01/1915) Dousson Louis (+09/11/1914) Dubost Jules (+06/11/1914) Dupre Julien (+21/12/1914) Epiphane Louis (+09/12/1914) Faure Jean (+31/03/1915) Foucaud Sylvain (+31/10/1914) Galaudier Claude (+25/10/1914) Gallois Lionel (+31/03/1915) Gardette Henri (+31/10/1914) Gastat François (+02/03/1915) Georget Jules (+27/01/1915) Georget Antoine (+28/02/1915) Gillard Paul (+24/12/1914) Goin Paul (+26/10/1914) Goumert Marcel (+26/12/1914) Herault Joseph (+12/11/1914) Juvenez Gaston (+09/11/1914) Limet Joseph (+24/10/1914) Malot Edouard (+24/01/1915) Malot François (+10/11/1914) Mandion Paul (+31/10/1914) Marechal Armand (+20/04/1915) Marsault François (+16/01/1915) Mesnard Henri (+07/11/1914) Mesne Léon (+19/11/1914) Miroux Camille (+18/11/1914) Moreau Maurice (+26/02/1915) Morigeot Georges (+25/10/1914) Morin Moïse (+15/02/1915) Morvan Désiré (+01/04/1915) Pacrau Marie (+02/11/1914) Perrot Eugène (+06/11/1914) Pinault Jean (+05/03/1915) Plaux Raymond (+03/11/1914) Prouteau Albert (+20/11/1914) Remande François (+31/10/1914) Renaud Léon (+12/11/1914) Richoux Pierre (+26/10/1914) Rivaud Germain (+06/11/1914) Robin Vincent (+13/11/1914) Roquet René (+10/11/1914) Roulet Auguste (+08/12/1914) Senechault André (+08/01/1915) Tardy Adrien (+11/11/1914) Thebault Célestin (+08/01/1915) Thebault Emile (+27/01/1915) Thielou Bernard (+03/11/1914) Traumat Emile (+28/02/1915) Tremine Charles (+27/10/1914) Tue Marcel (+26/10/1914) Vareille Antoine (+26/12/1914) Villeroy ( )

 

 

RI268 

Billon Célestin (+10/11/1914) Blanchard Théophile (+02/04/1915) Blanchet François (+06/11/1914) Bottin Léon (+13/01/1915) Bouquet Léon (+06/11/1914) Brunet Eugene (+06/11/1914) Charpentier Ernest (+16/02/1915) Charraudeau Georges (+12/11/1914) Chier François (+24/11/1914) Cirot Constant (+06/11/1914) Couturaud Sylvain (+06/11/1914) Demay Edmond (+19/12/1914) Desforges Joseph (+05/10/1914) Desperches Arthur (+24/12/1914) Detais Henri (+25/03/1915) Duplant Henri (+30/01/1915) Durand louis (+06/11/1914) Gervais Pierre (+03/03/1915) Giraud Sylvain (+24/11/1914) Glain Henri (+03/03/1915) Guenee Marice (+23/02/1915) Guillemet Célestin (+31/10/1914) Henault Henri (+24/01/1915) Labesse Albert (+25/10/1914) Lajon Adrien (+08/01/1915) Leclerc Jules (+08/02/1915) Lehoux Octave (+07/11/1914) Mathieu Eugène (+25/10/1914) Mureau Daniel (+30/10/1914) Nau Jean (+29/03/1915) Pinon Jules (+06/11/1914) Rapina Jean (+24/02/1915) Reverdy Paul (+30/01/1915) Rigollet Louis (+06/11/1914) Schmidt Charles (+20/12/1914) Tanchoux Ludovic (+02/01/1915) Tixer Paul (+03/04/1915)

 

 

RI290 

Aubry Léon (+31/10/1914) Bailly Louis (+19/01/1915) Bardot Charles (+17/02/1915) Berger Fernand (+21/10/1914) Boite Albert (+27/04/1915) Crechet Pierre (+03/02/1915) Deproge Mathieu (+30/10/1914) Duranthon Pierre (+10/04/1915) Elet Henri (+28/04/1915) Fabioux Louis (+27/03/1915) Ferrand Paul (+31/10/1914) Gendre Gustave (+20/02/1915) Grenouilloux Henri (+27/10/1914) Gueret Julien (+10/05/1915) Jouhanet Fernand (+31/10/1914) Lacote Georges (+31/10/1914) Lacoudriere Clément (+07/03/1915) Lacoux Lucien (+23/03/1915) Lagautriere Jean (+02/12/1914) Mailloux Eugène (+25/03/1915) Malot Louis (+03/11/1914) Martin Baptiste (+12/11/1914) Meunier Jules (+07/12/1914) Montagnet Emile (+31/10/1914) Morin Sylvain (+13/02/1915) Mouchet Alphonse (+20/01/1915) Periot Louis (+12/01/1915) Petat Alphonse (+11/03/1915) Piot Charles (+31/10/1914) Raveau Charles (+31/10/1914) Renty Ernest (+31/10/1914) Richard Alexandre (+31/10/1914) Robinet Georges (+03/11/1914) Roy Clément (+14/02/1915) Sauzet Eugène (+31/10/1914) Thomas Leon (+31/10/1914) Tidiere Léon (+31/10/1914) Tixier Alexandre (+03/12/1914)

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14 juillet 2006

Un 14 juillet fumeux au 290e

"Dans la nuit du 14 au 15 juillet (notaJC: 1916), vers 2 heures du matin, un bombardement de courte durée s'abattit sur le boyau reliant le PP 9 à la tranchée. Le bombardement terminé un groupe d’Allemands déboucha derrière un tumulus se trouvant en et à droite du P.P".

pp9

"En les entendant venir, les hommes du poste éclairèrent le terrain avec une fusée. Les Allemands se voyant découverts lancèrent une grêle de grenades à manche sur le poste tout en continuant à avancer. Une autre fraction d’Allemands restée au point de départ continuaient à bombarder à coups de grenades le boyau entre le P.P. et la tranchée. Quand les Allemands qui se dirigeaient sur le poste eurent fini de lancer leurs grenades, les hommes du poste ouvrirent le feu et dispersèrent les Allemands. La démonstration du 14 juillet était terminée".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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30 juin 2006

Tentatives de fraternisations au 290e

"Si les Allemands ne nous taquinaient pas avec leur fusil, par contre ils nous agaçaient passablement avec leurs petites torpilles à ailettes. Ces petits engins lancés en grand nombre démolissaient nos tranchées. Les Allemands les lançaient de préférence sur les portions de tranchée qu'ils pouvaient atteindre par des coups d'enfilade. Ils visaient également nos petits postes avancés que nous appelions les P.P.; ils étaient très nombreux dans le secteur. Pour protéger les veilleurs qui s'y tenaient on tendait au-dessus du poste un treillage de fil de fer qui renvoyait vers l'extérieur les petites bombes qui tombaient dessus. Ces tirs devaient être commandés parce qu'ils s’effectuaient régulièrement tous les soirs entre 20 et 22 heures. On pouvait également croire à un tir commandé en raison de l’attitude énigmatique des fantassins allemands envers les envers les nôtres. Jamais on ne les a vu tirer un coup de fusil sur un de nos hommes. Ils faisaient, au contraire, tout ce qu'ils pouvaient pour entrer en relation avec eux, et être camarades. Ils lançaient fréquemment vers nos tranchées des journaux allemands et des petits billets écrits de leur main. Dans les journaux on pouvait voir qu'à l'intérieur de l'Allemagne la population récriminait contre la longueur de la guerre, il commençait à y avoir pénurie de vivres. Les billets étaient destinés à faire connaître à nos hommes ce qu'ils devaient faire pour éviter qu'on tire sur eux. Voici à titre documentaire la traduction de trois de ces billets :
1° « Camarades, ne vous montrez pas tant. Nos officiers nous ordonnent de tirer sur vous. Salutations, Camarades. »
2° « Attention, camarades ! Baissez la tête. Chez nous il y a beaucoup d'Officiers. Il y en a qui sont très méchants, mais il y en a qui sont camarades. Attention parce qu'il y en a un qui s'est enfui chez vous hier. Camarades ne tirez pas, baissez la tête. Votre camarade. »
3° « Camarades, venez nous chercher cette nuit entre minuit et 1 heure du matin. Ne tirez pas, nous ne tirerons pas non plus. Soyez bien prudents pour venir. Salutations, Camarades. »

Quel était au fond l'état d'esprit de ces Allemands ? Quel but poursuivaient-ils avec leurs tentatives de fraternisation ? Etait-ce un piège qu'ils nous tendaient, ou un simple essai de démoralisation de nos propres troupes ? En somme, c'est ainsi qu'ils ont procédé sur le front russe où le système a réussi. Ne sachant pas à quoi m'en tenir je me méfiais, et journellement je mis les cadres et les hommes en garde contre ces tentatives amicales. La consigne formelle était de tirer sans hésitation sur tout Allemand qui montrerait sa tête. Dans mes tournées je donnais du reste l'exemple.

tentativefraternisation
Les Boches cherchent à fraterniser

A vrai dire, je crois que parmi les Allemands que j'avais en face de moi il y en avait qui étaient réellement las de la guerre, parce que à un moment donné ils ont déserté en assez grand nombre. Il est venu d'abord un premier déserteur qui s'est présenté à un P.P. occupé par des Martiniquais. Un de ceux-ci a saisi l’Allemand, un véritable colosse, et l'a fait descendre d'office dans le P.P. d'où on me l'a amené. Il a protesté de toutes ses forces d'avoir été empoigné. Il disait qu'il était venu simplement pour échanger du tabac. Je l'ai consolé en lui disant pourrait l'échanger un peu plus loin. C'est à ce déserteur a fait allusion dans le deuxième billet.
Peu après ce premier déserteur, il en est venu un soir six à la fois. J'en avais plein mon poste. Je les ai interrogés sur le motif de leur désertion. Tous se plaignaient de leur nourriture. C'étaient tous des gringalets qui avaient l'air d'être des récupérés. Quand j'ai prononcé le mot de Brigade ils se regardaient d'un air ravi. Ils avaient compris que je les faisais conduire à l'arrière".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry
Sources Photo: La première guerre mondiale - Album de photographies inédites et restaurées - Collection JP Verney

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21 juin 2006

Occupation et organisation du secteur

Après un court séjour aux Camps Berthelot et du Bois 107, nous avons occupé le terrain à l'Ouest du chemin de Saint-Hilaire-le-Grand à Saint-Souplet. Nous alternions dans ce secteur avec des bataillons de la 33e brigade, 68e et 90e R.I.
Ensuite nous sommes passés à l'Est du chemin de Saint-Souplet. Nous nous trouvions alors juste en face des hauteurs qui dominent Sainte-Marie-à-Py au nord et où les Allemands devaient avoir d'excellentes vues sur nous.

sainthilairelegrand_eglise

En examinant le terrain allemand, j ai été frappé de l'aspect de fraîcheur des bois qui s'y trouvaient. Ils étaient touffus, avec des lisières bien nettes. Je suis sûr que les troupiers boches n'osaient pas y couper la moindre branche. Si on n'avait pas vu les nombreuses pistes qui sortaient de tous les couverts, on n'aurait jamais cru qu'une armée était cachée dans ce paysage. A les voir de près, nos bois me paraissaient bien plus clairsemés que ceux des Allemands. Je croirais volontiers qu'au point de vue de la conservation de l'aspect du terrain, nos ennemis observaient une discipline plus rigoureuse que la nôtre. C'est cette discipline qui leur a permis de réaliser le secret absolu dans la préparation de leurs coups de surprise de 1918.
Le secteur que nous occupions comprenait deux positions. Chacune avait plusieurs lignes de tranchées. La deuxième position comprenait même des centres de résistance. Nous en occupions deux: ceux de « Chartres » et du « Bois Tricolore ».

sainthilairelegrand_postepolice1

Au début, nous n'avions qu'un bataillon en ligne et un au repos au Bois 170. Ensuite nous avions un bataillon et demi en ligne et finalement deux. Le bataillon de deuxième ligne avait alors deux compagnies sur la deuxième position et les deux autres aux abris Roques.
Les Lieutenants-Colonels commandant les sous-secteurs étaient constamment en ligne. Avec le système d'occupation adopté pour les deux positions chaque Lieutenant-Colonel avait à tour de rôle un bataillon de l'autre régiment sous ses ordres.
Comme travaux nous n'entreprenions rien de nouveau. Nous avions assez à faire à réparer les dégâts que nous faisaient les Allemands avec leurs torpilles, car ici c'était le vrai secteur à torpilles.
Au début, mon P.C. se trouvait au Bois de la Raquette. J’y étais trop à l'étroit. Je l'ai quitté pour aller m'installer au Bois 170, où j'étais très au large avec mes services. Nous n’occupions du reste pas tous les abris qui s'y trouvaient. Ceux qui étaient profonds étaient inhabitables à cause de leur froideur et de l'humidité. Il y en avait un, fait par les Allemands qui était une véritable curiosité. Il fallait descendre au moins une cinquantaine de marches pour arriver au fond. Il comprenait un grand nombre de pièces, au moins six ou huit. Toutes les parois étaient revêtues de plaques, taillées dans la craie, connue des plaques de marbres ou du carrelage. Les Allemands ont dû employer des équipes d'artistes pour la confection de cet abri. On aurait pu y défier des 420. Malheureusement cette belle construction était inhabitable. Les téléphonistes ont essayé de l'utiliser, mais ils ont dû y renoncer, tout leur matériel se couvrait de moisissure.
Mon P.C. était installé dans un abri qui était tout en surface. Dans la saison où nous nous trouvions, il était très agréable à habiter. Par contre, il n'était pas à l'épreuve des obus. Il s'appelait le P.C. Marseau. Il était établi sur le boyau du Rhône, si j'ai bonne mémoire.
Dans ce secteur, on nous a de nouveau joint un détachement de 150 hussards pour les initier au service de tranchée. Nous étions devenus un peu spécialistes de ce genre d'initiation.

Sources: Colonel eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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09 juin 2006

Séjour en Champagne pour la division

"Le 27 mai, les Chefs de Corps de la Division furent conduits en reconnaissance par le Général Lasson, dans le secteur d'une Division qui tenait les lignes à l'Est d'Auberive, au Sud de Saint-Souplet et de Sainte-Marie à Py. Le hasard voulut que le Colonel qui nous faisait l'amphi sur l'occupation du secteur fut un de mes camarades de promotion et de régiment le lieutenant-colonel Girardon, du 67e R.I.
Le secteur que nous allions occuper faisait partie du terrain conquis par le Général de Castelnau au cours de son offensive du 25 septembre 1915.
L'ensemble du front de Champagne était de beaucoup le mieux organisé de tous ceux où nous sommes passés. Pour la circulation à découvert, il y avait d'excellentes routes. Pour la circulation défilée, il y avait des boyaux de toutes dimensions. Il y en avait dans lesquels on aurait pu passer à cheval. Ces boyaux venaient de très loin en arrière. Le nombre de mètres cubes de terre qu'on avait dû remuer dans ce secteur deva
it être formidable. Pour loger les troupes au repos, on avait construit de nombreux baraquements et d'abris. Pour le ravitaillement en eau, on avait installé de grands réservoirs à certains carrefours de route. On faisait également usage pour le ravitaillement en général de voies ferrées. Des voies étroites conduisaient en ligne jusqu'aux P.C. des Chefs de bataillon. A la Ferme des Wacques se trouvait une gare centrale, qui était dirigée par un officier du régiment, le sous-lieutenant Salvat, qu'on appelait de ce fait le Chef de gare des Wacques.

fermedeswacques

fermedeswacques2

Une fois que nous étions installés, j'ai cherché, comme en Artois, à me rendre compte comment l'offensive du 25 septembre avait pu se dérouler sur ce terrain. C'était facile, on pouvait circuler partout en plein jour.
Les tranchées de première ligne allemandes étaient encore en bon état. Notre tir de préparation les a recouvertes avec une grande précision comme en Artois. Notre tir suivait exactement le tracé de tous les ouvrages annexes du réseau défensif allemand. Cela laisse croire qu'on devait en avoir fait de très bonnes photographies. Notre tir de préparation a dû anéantir tous les défenseurs qui se trouvaient à découvert dans leur tranchée. Les Allemands y avaient bien fait un certain nombre d’abris profonds, c'étaient de véritables puits à descente presque verticale. Ceux qui y étaient n'ont pas dû pouvoir en sortir J’ai éclairé quelques-uns de ces puits avec ma lampe de poche. J’ai distingué des cadavres allemands au fond. Comme ils tournaient les semelles de leurs souliers vers moi, j'en ai conclu qu’ils y avaient été précipités de l'extérieur la tête en bas.
Immédiatement au-delà du réseau de tranchées de première ligne allemand, on ne distinguait plus rien sur le sol qui marquât notre progression.
Dans la zone boisée à 4 kilomètres au Nord-Est de Saint-Hilaire-le-Grand, je retrouvais de nouvelles traces de l'attaque. C'étaient des lignes successives de trous de tirailleurs. Dans chaque ligne, les trous étaient répartis par petits groupes. Dans chaque groupe, les trous étaient bien alignés. Les groupes de trous se remarquaient surtout dans les terrains découverts, compris entre deux bois. Sous bois il y en avait très peu. Plus on allait vers l'avant, plus les trous diminuaient en nombre, finalement il n'y en avait plus du tout. Notre offensive a, paraît-il, été beaucoup plus loin que l'endroit où nous avons établi notre première ligne. Ce détail m'a été donné par le Commandant Le Borner (5
e
bataillon), qui a pris part à l’offensive.
En fin d'attaque, notre première ligne a été établie à 2 ou 3 kilomètres au Sud de la petite vallée de la Py, affluent de droite de la Suippes.
La distance de nos tranchées à celles des Allemands était très variable. Là où la distance était relativement grande, on ne pouvait pas se voir d'une tranchée à l'autre, parce que chacune se trouvait en contrebas du sommet de la croupe. Là où la distance était faible, les deux réseaux étaient au contact, au point que nous dûmes fier nos chevaux de frise au sol, sans cela les Allemands nous les volaient".

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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05 juin 2006

Cote 304 - Quelques citations

Ordre général n° 199 du 9e C.A.
Le Général Commandant le 9e C.A. cite à l'ordre du Corps d'Armée les militaires dont les noms suivent :
La 21e compagnie du 290e R.I., la 22e compagnie (Capitaine Poirier) et la 23e compagnie (Sous-Lieutenant Clech, tué).
« Après avoir pris part à une charge à la baïonnette, se sont maintenus pendant trois jours sur leurs positions sous un bombardement méthodique d'une violence inouïe par obus de gros calibre et ont repoussé de nombreuses attaques de l'ennemi, lui faisant des prisonniers et sans céder un pouce de terrain.- Mai 1916. »
La 17e compagnie du 290e R.I. (Lieutenant Jaillet, tué), la 19e compagnie (Capitaine de Lavarène, blessé), la 20e compagnie (Sous-Lieutenant Daguerre) et la compagnie de Mitrailleuses du régiment (Lieutenant Dupré, blessé)
« Ont refoulé l'ennemi de leur secteur et se sont naintenus sur le terrain sous un bombardement de plusieurs jours. Ayant trouvé les troupes de relève insuffisantes, sont restées en position et ont aidé les troupes de contre-attaque à reprendre une tranchée perdue. - Mai 1916. »
Au Q.G., le 18 mai 1916.
Signé : Général CURÉ.

Ordre général n° 190 de la II° Armée
Le Général Commandant la IIe Armée cite à l'ordre de l'Armée
M. BAYNIER Eugène, Sous-Lieutenant au 290e R.I.
« Officier audacieux jusqu'à la témérité. A fait toute la campagne et a assisté à toutes les affaires du régiment. Le 5 mai 1916, sa compagnie occupant des tranchées à peine ébauchées a donné l'exemple du courage et du sang-froid à ses hommes, a repoussé plusieurs attaques en commandant le feu à petite distance. Frappé mortellement, s'est écrié : « J'y suis,  continuez. »
M. BOUCHARD François - Jules - Marie, Sous-Lieutenant porte-drapeau au 290e R.I.
« Le matin du 5 mai 1916, le régiment se portant en ligne, s'est arrêté au milieu d'un tir de barrage pour panser un homme gravement blessé. Dans l'après-midi, les positions tenues par le régiment, étant soumises à un bombardement d'une extrême violence, a fait preuve d'une abnégation sublime en restant à découvert dans la tranchée pour panser les nombreux blessés qui se réfugiaient auprès de lui. A été tué dans l'accomplissement de sa tâche de dévouement. »
Au Q. G., le 3 mai 1916.
Le Général Commandant la IIe Armée, Signé : NIVELLE.

 

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Sous-lieutenant Bouchard

 

Concernant le sous-lieutenant Bouchard, on lira avec intérêt les extraits de son journal dans le recueil "Les régiments du Berry dans la Grande Guerre - Les 16e et 17e divisions d'infanterie au feu" de Philippe Sauvagnac édité par l'Association Romain Guignard - 2004.

De la Division n° 16 de la 17e D.I.
Le Général Commandant la 17e D.I. cite à l'ordre de la Division les militaires dont les noms suivent :
LEVESQUE Jules, Caporal au 290e R.I.
DUBAULT Victor, Soldat au 290e R.I
RENARD Victor, Soldat au 290e R.I.
BERTHAULT Henri, Soldat au 290e R.I.
AUBERT Louis, Soldat au 290e R.I.
CAGNAT Albert, Soldat au 290e R.I.
MILLOT Octave, Soldat au 290e R.I.
BOUCHEREAU Désiré, Soldat au 290e R.I.
MOREAU Gustave, Soldat au 290e R.I.
« Faisaient partie d'une compagnie qui devait être relevée dans la nuit du 6 au 7, mais qui ne fut relevée réellement que dans la nuit du 7 au 8. Trouvant que le 7 la relève de leur portion de tranchée n'était pas encore suffisante, sont restés en place d'un commun accord jusque dans la nuit du 8 au 9. Ont ainsi pris part en supplément aux combats du 7 et aux contre-attaques du 8. »
Au Q.G., le 21 mai 1916.
Le Général Commandant la 17e D.I.,
Signé : LANCRENON.

 

Ordre général n° 203 du 9e C.A.
Le Général Commandant le 9e C.A. cite à l'ordre du Corps d'Armée les militaires dont les noms suivent :
CADET Léon, infirmier, aumônier au 290e R.I.
« A fait preuve depuis son arrivée au régiment des plus belles qualités qui peuvent honorer un aumônier militaire.
Esprit de sacrifice, bravoure et complète abnégation. Tué à son poste le 27 avril 1916. » €
L'aumonier Cadet était père Blanc. Il comptait à ce titre de nombreuses campagnes en Afrique. Il était très aimé des soldats.
RIMANDIÈRE Jules, Soldat au 290e R.I.
« Très bon soldat, d'un courage et d'une endurance remarquables. Au cours d'une attaque ennemie, le 5 mai 1916, son Chef de section grièvement blessé, n'a pas hésité, malgré la violence du bombardement, à le transporter au poste de secours aidé d'un camarade. »
DESVIGNES Joseph, Soldat au 290e R.I.
MICHARDIÈRE Henri, Soldat au 290e R.I.
« Très bon soldat, remarquable de courage et de sang-froid. Au cours d'une attaque ennemie, le 7 mai 1916, ayant été fait prisonnier, a réussi à s'échapper quelques heures après et à rentrer dans les lignes françaises, malgré la violence de la fusillade et du bombardement.»
GAULTIER Jean-Louis, Soldat au 290e R.I.
« Vieux et brave soldat. En campagne depuis le début. A rempli les fonctions périlleuses d'agent de liaison du Colonel dans toutes les affaires où le régiment a été engagé. A constamment fait preuve d'un courage et d'une abnégation dignes des plus grands éloges. A fini par succomber le 5 mai 1916. Déjà cité. »
DUCHEMIN Henri, Soldat au 290e R.I.
« Mitrailleur d'un courage au-dessus de tout éloge. Le 7 mai 1916, se voyant sur le point de tomber entre les mains ennemies réussit sous un bombardement intense à se dégager en emportant sa pièce. Dans l'impossibilité de la mettre en batterie, faute de servants et de munitions, ne s'en sépara qu'après l'avoir mise en lieu sûr et vint ensuite faire le coup de feu dans une tranchée. »
Au Q.G., le 20 mai 1916.
Signé : Général CURÉ.

 

Ordre de la Division n° 19 de la 17e D.I.
Le Général Commandant la 17e D.I. cite à l'ordre de la Division les militaires dont les noms suivent :
LECOMTE Lucien, Soldat au 290e R.I.
« Vieux soldat, serviteur accompli. Plein d'entrain, donnant l'exemple aux jeunes. Remplissant les fonctions délicates d'agent de liaison du Colonel. A été gravement blessé le 5 mai après avoir traversé à plusieurs reprises des positions violemment bombardées. Déjà cité. »
Au Q.G., le 1 juin 1916.
Le Général Commandant la 17e D.I.,
Signé : LANCRENON.

 

Sources:
Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

Philippe Sauvagnac "Les régiments du Berry dans la Grande Guerre - Les 16e et 17e divisions d'infanterie au feu"



 

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02 juin 2006

Surreaux Jean Paul - Un juriste au 290e RI

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Le 5 mai 1916, parmi ses camarades du 290e RI, sur la cote 304, Jean Paul Pierre Surreaux tombait.

Né le 21 janvier 1888 à Poitiers (Vienne), Jean Paul Surreaux, licencié en droit était membre du Barreau de Paris.
"Tué à l'ennemi", le sergent Surreaux fut tué par un obus.

A titre posthume, il obtint la Médaille militaire ainsi qu'une citation à l'ordre de la Division:
"Très bon sous-officier. Commandait une section les 4 et 5 mai. Animé du plus bel esprit de sacrifice et de qualités militaires. Tué à son poste le 5 mai 1916"

Sources: Livre d'Or du Barreau de Paris

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15 mai 2006

Les pertes de la 17e DI

Etat des pertes de la 17e DI pendant l’attaque à la cote 304 (sources Lange)

pertes17edi1

Effectif approximatif: 8200      Total des pertes: 3683      Proportion: 45%

 

En comparaison avec les données de Lange, toujours dans la recherche des fiches des « Morts pour la France » par l’intermédiaire du site Mémoires Des Hommes, mon état statistique concernant la cote 304 s’établit comme suit (à la date du 04/04/2006):

RI068 : 220 « Morts pour la France » dont :
                                                                             177 tués à l’ennemi
                                                                              17 blessures de guerre
                                                                              18 disparus
                                                                              8 sans indications

RI090 : 210 « Morts pour la France » dont :
                                                                              176 tués à l’ennemi
                                                                              21 blessures de guerre
 
                                                                            11 disparus
                                                                              2 sans indications

RI268 : 134 « Morts pour la France » dont :
                                                                              118 tués à l’ennemi
                                                                              12 blessures de guerre
                                                                              2 disparus
                                                                              1 sans indications

RI290 : 119 « Morts pour la France » dont :
                                                                              104 tués à l’ennemi
                                                                              14 blessures de guerre
                                                                              1 disparu

 

 

 

monument_cote304

 

Monument de la Cote 304

Aux défenseurs de la cote 304- Aux dix mille morts héroïques dont le sang imprégna cette terre

 

 

Merci à Mireille Salvi pour la photo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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09 avril 2006

Repos à Montigny

Le Commandement ne nous ayant donné aucune prescription au sujet de l'emploi du temps, nous avons refait de l'instruction, sujet inépuisable. Nous avons entrecoupé le programme d'instruction par des séances récréatives. Je me rappelle fort bien celle qui fut donnée par le 5e bataillon le 9 avril 1916 à Montigny. Je transcris ci-après le speach qui y fut prononcé:
« Berrichons, Angevins, Tourangeaux ou Vendéens, si parfois notre pensée voyage vers ces coins de France que nous aimons tous, si nos rêves vont souvent vers les bords enchanteurs de l'Indre ou de la Creuse, vers les côteaux d'Anjou, vers les rives de la Loire ou vers les bocages vendéens, plus tard aussi, rentrés dans nos foyers, nous évoquerons dans de longues veillées, les journées vécues de la « Grande Guerre.
Nous raconterons les journées du Rambétant et particulièrement celle du 23 août 1914, puis les combats de la ferme Saint-Georges et de Corroya nous parlerons des tranchées du Polygone de Zonnebek et des pénibles relèves de Belgique, dans la boue, et par les nuits les plus sombres ; nous raconterons avec fierté les combats de Lizerne des 29 et 30 avril 1915; nous dirons les préparatifs du 25 septembre et nous pourrons causer des lieux à jamais historiques : la Fosse Calonne, Aix-Noulette, Angres, Souchez, Ablain-St-Nazaire.
Oui, malgré nous peut-être, nous deviendrons bavards, car on nous écoutera, on fera cercle le soir autour de nous, femmes et enfants seront avides de nous entendre, et nous voyons déjà les bambins sauter sur nos genoux, et d'un ton suppliant nous dire : Oh! racontez-nous encore une histoire de la guerre.
Et certainement nous nous laisserons faire et nous parlerons du 290e avec bonheur, que dis-je, avec fierté; ce cher numéro reviendra souvent sur nos lèvres et nous montrerons que si la vraie famille nous semblait bien loin nous en avions cependant retrouvé une autre au sein même de notre Régiment.
Cette petite réunion d'aujourd'hui n'en est-elle pas la preuve, et n'est-ce pas pour nous une véritable joie que de la voir présider par notre bon et si courageux Colonel, que de voir également assis à ses côtés nos Officiers qui savent si bien partager nos peines et nos joies.
Par cette matinée nous cherchons aussi à nous donner pendant quelques instants la douce illusion de pouvoir rapprocher vos chers pays du Centre, de cette Picardie si hospitalière et si vaillante, et c'est dans cet esprit que nous exécuterons tout à l'heure quelques-unes de ces jolies danses berrichonnes; c'est également dans la même pensée que nous chanterons de vieux airs vendéens.
Enfin, si malgré les tristesses de l'heure présente, si malgré les pénibles souvenirs qui nous enveloppent, nous nous récréons comme nous le faisons aujourd'hui, c'est que nous voulons montrer que notre courage, notre moral ne se trouvent nullement affaiblis. Oui, nous pleurons bien des amis, bien des parents, mais n'est-ce pas là une raison de plus pour nous exciter et pour les venger. Oui, notre cher Régiment a laissé en Lorraine, en Champagne, en Belgique et en Artois bien de précieux restes, mais la page de son histoire, déjà si remplie, n'est pas terminée, et comme ceux qui nous ont précédé, comme ceux de Verdun ou d'ailleurs, nous irons à la victoire en chantant; n'est-ce pas au son de brillantes musiques, n'est-ce pas au chant de la Marseillaise
que maintes positions fortifiées ont été enlevées.
On raconte que les Serbes sont d'une nature très gaie et chantent fréquemment; pourtant leur dure et pénible retraite les avait consternés et la gaîté avait fait place à un morne silence.
Aujourd'hui, paraît-il, à Corfou, à Bizerte, à Salonique, on recommence à les entendre chanter; au contact des Français ils se sentent de nouveau revivre, ils sentent que l'heure est proche où ils reverront leur patrie, et en attendant les prochains combats, ils rythment quelques refrains guerriers jusqu'au jour où, comme une traînée de poudre, toute leur armée poussera le même cri de triomphe.
Nous aussi en France nous avons vécu quelques heures angoissantes, mais grâce à Dieu, elles ont été courtes et c'est pourquoi nous n'avons pas cessé de chanter; nous chantons dans l'Armée, et nous nous récréons parce que nos Chefs nous ont manifesté en plusieurs grandes circonstances leur satisfaction, nous chantons parce que si l'occasion se représente nous sommes sûrs de faire encore bonne figure, nous chantons parce que nous savons que nous travaillons pour la France, et par conséquent pour nos femmes et nos enfants, nous chantons surtout parce que nous sommes assurés du succès final.
Nous terminerons donc notre réunion par un choeur, et ce choeur nous ne pouvions mieux le choisir qu'en prenant celui intitulé : Victoire, oeuvre du Général Hollender, dont la Brigade a eu au début de la campagne une si magnifique page. »

Je regrette vivement de ne pas me rappeler le nom de l'auteur de cette allocution dans laquelle il a dépeint en termes si heureux le moral du régiment à la veille de Verdun.

Sources: Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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