06 août 2018

Un peintre de Marine dans les tranchées du 9e Corps

Une très agréable surprise cet été: apprendre l'existence d'une série de croquis liée aux unités de la 9ème Région Militaire de 1914 à 1917. Ceci par un officier de l'Etat-Major du 9e Corps ce qui est déjà en soi, une excellente nouvelle, mais sa publication à venir est un plus. Je me permet donc de relayer le lancement de la souscription.

Le 9e Corps regroupa tout au long du conflit, les unités d'infanterie du département. Après contact téléphonique avec M. Jacques de Verneuil, j'apprend un peu plus de détails concernant cette série de croquis et leur illustre auteur, Paul Jobert (Sa notice sur Wikipédia). J'apprend aussi l'existence du sous-lieutenant Huart de Verneuil qui fut affecté comme officier à la section du courrier au QG du 9e CA (JMO 26N131).

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Un peintre de Marine n'est jamais un simple peintre, bien au contraire, même au travers de ses croquis, il laisse apparaitre tout son art. Je ne peux que vous inviter à découvrir le bon de souscription que M. de Verneuil m'a fait parvenir, ainsi que quelques extraits de ces croquis. Mon exemplaire de ce bon est déjà prêt à l'impression.


Le bon de souscription CroquisGuerreA7

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03 mai 2018

Le 9e Corps d'Armée dans la première bataille d'Ypres 23/10 au 31/10/1914 [Réactualisation 2018]

Après l'échec de la bataille de la Marne, l'armée allemande entreprend "la course à la mer". Les Français et les Anglais se positionnent, au fur et à mesure, en face des armées allemandes, en direction de la mer du Nord.
Dans la région d'Ypres, les dragons français (2e corps de cavalerie) arrivent le 14 octobre. Ils s'établissent, avec les territoriaux des 87e et 89e DI dans le secteur Zonnebeke-Passendale. Ils défendent Roulers, le 19 octobre, puis se replient, sous le nombre vers Passendale et Staden. Passendale tombe le 20 octobre.
Les positions allant de Bikschote à Mesen sont alors occupées par l'armée anglaise qui y a engagé toutes ses réserves.
Le 22 octobre, les généraux French (Commandant du Corps Expéditionnaire Britannique), Douglas Haig (Cdt 1er Corps Britannique) et Rawlisson (4e Corps Britannique) envisagent de se retirer. Les généraux de Mitry (2e Corps de Cavalerie Français) et Bidon (Cdt militaire de Dunkerque) leur rappellent la promesse du général Joffre de fournir une aide militaire supplémentaire.
Les premiers éléments français (9e Corps) sont d'ailleurs arrivés en Belgique, ou dans le Nord de la France. Ceux-ci sont partis de Mourmelon depuis le 20 octobre.

Les troupes anglaises, étirées sur un front étendu et composées dans une forte proportion de cavalerie, demandaient qu'on les appuyât. Elles étaient notamment très menacées dans la région de Zonnebeke - Becelaere - Gheluvelt.

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Le secteur d'Ypres
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Les unités du 9e CA arrivent dans la région d'Ypres à partir du 23 octobre. Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un accident ferroviaire.
68e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
90e RI: parti de Mourmelon le 20/10, arrivée à Boeschèpe et Berthen le 22, puis transport par camion Arrivée le 23 à Saint Jean.
114e RI: parti de Sept-Saulx le 19/10, arrivée à Cassel Bailleul le 22, puis cantonnement à Clyte-Kemmel.
125e RI: parti de Saint Hilaire le 20/10, arrivée à Hazebrouck le 22, puis cantonnement à Dranoutre-Locre.
32e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Strazeele le 24, puis transport par bus à Dikkebus.
66e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 23 puis cantonnement à Poperinghe.
77e RI: parti de Mourmelon le 22/10, arrivée à Cassel le 24, puis transport par bus à Dikkebus-Voormezele.
135e RI: parti de Mourmelon le 21/10, arrivée à Steenwerck le 23, puis transport par camion à Ypres-Vlamertinge.
Les 32e et 77e RI n'arriveront qu'aux alentours du 25 octobre suite à un incident lors du transfert en train.

Le but est clair, il faut renforcer nos alliés anglais. Pour cela, l'ordre d'opérations n°1 du détachement d'armée en date du 22 octobre, 19 heures, prescrivit une offensive immédiate et générale:
1°) Dans la direction d'Ypres-Passendale-Roulers, par la 17e DI et les 6-7e DC mises à la disposition du 9e CA.
2°) Dans la direction de Dixmude-Thourot, par les troupes belges et les fusiliers marins
3°) Dans la direction Nieuport - Ghistelles, par la 42e DI et les troupes belges.
Pour le 9e CA plus précisement:
Le Général Dubois, disposant de la 17e DI et de deux DC, attaquera dans les conditions suivantes:
17ème Division, d'Ypres à Passendale;
Une division de cavalerie appuyant à droite cette attaque, en prenant comme point de direction Zonnebeke et Moorslende
Une division de cavalerie opérant de même, à gauche, sur Weestroosebeke.
Les éléments de tête de la 17e division déboucheront à 9 heures d'Ypres, que les deux divisions de cavalerie devront avoir dégagé auparavant.
Général d'Urbal

Un groupement d'artillerie lourde (Groupement Blumer) est mis à la disposition du 9e CA (2 batteries de 105, 1 de 155 Rimailho et 1 de 120). On recommande d'être économe en munitions, ne pouvant garantir le réapprovisionnement.

Ypres_155Rimailho

 

A l'heure prévue, 9h, à peine arrivée, la 17e DI traverse Ypres et exécute son mouvement. A midi, l'avant-garde atteint la ligne anglaise, à Fortuin. Zonnebeke est aux mains des Allemands depuis la veille.

Le général Guignabaudet déploie la division. 3 régiments sont en première ligne et un en réserve de division.
Le 68e reçoit Wallemolen comme objectif, le 90e reçoit Gravenstafel et le 114e reçoit Zonnebeke. Le 125e est maintenu au nord de Wietlje.

 

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Les 68 et 90e, sous le barrage ennemi, progressent jusqu'aux tranchées principales allemandes. De son côté, le 114e engage 2 bataillons pour investir Zonnebeke. Dans le bourg, un des principaux de résistance est la gendarmerie. Les Allemands ont organisé défensivement Zonnebeke et ses abords.
Au nord et au sud, les divisions de cavalerie ne peuvent appuyer l'attaque, elles viennent en aide aux divisions anglaises qui subissent à leur tour des attaques.

A 15h30, la 17e division reçoit l'ordre de relève suivant:
"La 17e Division doit effectuer, dans la nuit du 23 au 24, la relève de la 2e division anglaise qui occupe le front Passage à Niveau - rivière à 1500 mètres au sud de Langemarck, soit en s'établissant en avant de sa ligne, soit en se substituant à elle dans ses tranchées."
Général d'Urbal

Cette relève nécessite une réorganisation des emplacements et des missions du 9e CA. Le 125e RI qui devait être engagé offensivement se voit donc attribuer un autre rôle.

Dans la soirée du 23 octobre, le général Dubois (9e CA) reçoit le message suivant du général commandant le détachement d’Armée :
"Ordre Particulier
Au point où nous en sommes, la plus petite rupture d’équilibre sur un point peut faire définitivement pencher la balance en notre faveur. Les troupes que vous avez devant vous et sur votre gauche paraissent appartenir pour la plupart à des corps de nouvelle levée sans grande valeur.
Profitez-en pour prononcer votre offensive sur Roulers avec la plus grande vigueur, sans vous inquiéter de savoir si vous êtes en flèche ou non.
Flanc-gardez vous à droite et à gauche et pousser de l’avant, quoi que fassent vos voisins de droite ou de gauche, sans vous inquiéter autrement d’eux que pour savoir ce qu’ils font. Tâchons de faire le trou.
Attaquez demain, aussitôt qu’il vous sera possible.
Général d’Urbal
Le 24 au matin, une instruction arrive du Détachement d’Armée :
Roosbrugge, 24 octobre 9h30
Instruction personnelle et secrète.
« D’après un renseignement obtenu cette nuit, les XXVIe et XXVIIe Corps allemands, partant de la région de Courtrai, attaqueraient sur Boesinghe et Ypres. Cette action est extrêmement favorable à l’attaque actuellement en cours. Il est, en effet, préférable pour notre offensive de rencontrer des troupes en mouvement plutôt que des troupes établies solidement sur un front défensif.
Il y a donc lieu de profiter de cette situation pour attaquer vigoureusement et repousser, sans leur permettre de s’accrocher au sol, les adversaires, dont les formations sont peu consistantes, qu’on rencontrera »
V. d’Urbal

Le général Foch y va aussi de son couplet :
Général Foch à général commandant le 9e Corps, le 24 octobre à 12 heures
Tous les éléments du 9e Corps sont actuellement débarqués ; prendre toutes les dispositions (transport en autos, etc…) pour que tous ces éléments soient utilisés aujourd’hui et que l’action en reçoive une nouvelle impulsion. Il nous faut de la décision et de l’activité.
J. Foch

A 7 heures, la préparation d’artillerie se déclenche. Une fois terminée, les attaques sont lancées.
Les 66e et 125e avancent d’un kilomètre vers Poelkapelle. Le 68e poursuit son avance de la veille et gagne ainsi 500 nouveaux mètres. Les tranchées allemandes sont enlevées à la nuit.
Le 90e gagne du terrain.
Dans Zonnebeke, le 114e mène un combat de rue, progressant de maison en maison. Ayant amené un 75 en première ligne, la caserne de gendarmerie cède enfin.

Vers 11 heures, une sérieuse contre attaque allemande se fait sentir sur les 90e et 114e. Des éléments de la 18e DI sont engagés afin de couvrir le flanc droit de la 17e DI. Deux bataillons du 135e sont ainsi engagés à au sud de la route de Passendale.

A 18 heures, le colonel Briant, chef de corps du 114e, rend compte qu’il tient tout le village de Zonnebeke.
Les combats continuent toute la nuit. .

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L’offensive française se poursuit
5 bataillons de la 18e DI entrant en action. De plus, l’affectation de 2 bataillons territoriaux au 9e Corps, permet de libérer la 17e DI des tâches de renforcement et de terrassement de la ligne de front. Au 268e RI, deux bataillons sont alors affectés à la première ligne.
Dans la nuit, le 90e RI échoue dans sa prise de Gravenstafel et le 66e doit repousser plusieurs attaques allemandes.
A 7h du matin, l’offensive reprend. Sous un barrage ennemi violent, la progression est lente. Des soucis dans l’avancement entre le 66e et le 125e sont signalés et empêchent la progression.
9e Corps d’Armée
Etat-major
Ypres, 25 octobre, 13h30
Ordre au général commandant la 7e Division de cavalerie
-   Le 66e rend compte qu’il ne peut progresser parce que le 125e ne marche pas. Le 125e ne marche pas parce que le 66e ne marche pas non plus. Et c’est ainsi de la gauche à la droite.
Cela peut durer longtemps.
-   L’ordre est formel : Le 66e attaquera sans tarder Poelkapelle.
Général Dubois
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A 14 heures, le 268e et le 68e ont progressé d’environ 1 kilomètre, le 90e de 500 mètres.
Le 114e a débouché de Zonnebeke. Le 135e entre en ligne.
Les 68e et 268e atteignent le Stroombeek, le 90e occupe Gravenstafel. Le 114e a dépassé Broodseinde.
La 18e division a achevé son déploiement, ainsi le 77e s’installe dans les tranchées situées à l’est de la route de Beselare.
L’attaque conjointe des 66e, 125e et du groupe cycliste de la 7e division de cavalerie progresse faiblement dans la direction de Poelkapelle.

Le 9ème corps d'Armée est enfin au complet et complètement déployé. Malheureusement, les unités sont dispersées, en effet, 2 brigades ont leurs régiments séparés et placés aux extrémités du front.

Jusqu'à présent Paschendaele avait été l'objectif principal des attaques françaises. A partir du 26, Poelcapelle devient l'objectif principal, ce changement est effectué en lien avec la nécessité de venir plus directement en aide aux forces franco-belges du secteur de l'Yser.

Détachement d'Armée de Belgique
Etat-Major
Au quartier général, 25 octobre 18 heures
Instruction particulière pour M. le général Dubois, commandant le 9e corps d'Armée.
Il importe de profiter de l'avance gagnée par le 9e corps pour déclencher, à l'est de la foret d'Houthulst, une attaque en forces destinée à dégager le front de l'armée belge et à élargir la trouée déjà faite dans la ligne ennemie.
A cet effet, M. le général dubois, avec tous les éléments dont il dispose et la 31e division d'infanterie, qui débarquera dans la région d'Ypres et qui sera en mesure de se mettre en mouvement le 26 octobre à partir de midi, prononcera ce jour-là, sur l'axe Staden-Cortemarck, une offensive qui devra être menée avec la plus grande vigueur. Cette attaque sera préparée, dès le matin du 26, par une attaque sur Poelcapelle.
L'attaque sur Passchendaele sera vigoureusement continuée par les unités déjà engagées sur ce point.
V. d'URBAL
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Dès 15 heures, les 125 et 66e RI déclenchent l'attaque, progressant très lentement par infiltration. A 18 heures, l'assaut vient s'échouer sur les barrières de fil de fer allemands. La participation de la 31e division ne s'effectua pas, la pagaille dans la transmission des ordres, l'inorganisation firent que celle qui devait apporter l'élan supplémentairene fut même pas engagée, les premières unités arrivant à Saint Julien à 17 heures.

Au centre, la 17e Division, déjà éprouvée, poursuit son offensive. Les 268 et 68e RI réalisent un gain de mille mètres, alors que les 90 et 114 e RI ont aux un gain de 300 mètres. Une centaine de prisonniers est réalisée. Engagées depuis 4 jours et 4 nuits, les troupes accusent la fatigue.

A droite, les troupes de la 18e DI doivent se retirer du sud de la voie ferrée, le commandant de la 7e division anglaise se plaignant du fait que ses troupes sont gênées par la présence des troupes de la 18e DI qui ne devraient se trouver là.
Ce jour, le lieutenant-colonel Maury, chef de corps du 135e RI, tombe à l'ennemi en entrainant ses troupes lors d'une attaque.

Chaque camp a des missions offensives. Chacun attaque et finalement neutralise l'adversaire. A chaque fois les résultats sont partiels. Malgré cela, les ordres sont toujours offensifs:

26 octobre, 20 heures.
Points d'attaque (ne pas permettre qu'on les perde de vue):
17ème division: Passchendaele puis Roulers
31ème division: Westroosebeke puis Staden
Groupe Hély-d'Oisel: Poelcapelle, puis Sud-nord (liaison avec le corps de Mitry)
Action vigoureuse, incessante, à fond partout. Citations à la première compagnie qui entrera à Poelcapelle et à la première compagnie qui entrera à Passchendaele et s'y maintiendra.
Me proposer pour croix et médaille militaire tous ceux qui se seront fait remarquer par leur vigueur.
V. d'URBAL.

Le commandant du 9e CA prescrit alors de reprendre les attaques dès 6h.30 le 27 octobre.
Les gains du jour sont maigres. Quelques maisons au 114e RI, quelques tranchées au 77e, très légère avance au 66 et 125e RI et faible progression à la 31e DI, vers Spriet.

Les 28 et 29 octobre, les ordres sont les mêmes.

Détachement d'Armée de Belgique
Rousbrugge, 28 octobre, 21h30
L'offensive continue demain, 29 octobre, sur tout le front, dans les mêmes conditions que le 28.
la densité actuelle des effectifs de votre secteur permet d'espérer que nous pourrons faire un grand pas en avant.
V. d'URBAL

Le 66e perd quelques tranchées suite à une attaque allemande puis les reprend en milieu de journée. La 31e DI occupe une ligne de tranchée ennemie mais ne peut déboucher. Les contre attaques ennemies pèsent sur les actions de la 17e DI, dont les gains sont maigres. A la 18e DI, les combats sont confus et violents.

Le statu-quo régne donc sur le front du 9e corps d'Armée, malgré les appels à l'offensive.

En ce 30 octobre 1914, les attaques incessantes des deux côtés continuent.
Dans la nuit du 29 au 30, une attaque des 114 et 90e RI permet le gain d'un bois au nord de Graventafel. les ordres pour le 30 demandent de continuer les attaques. Un groupement regroupant la 31e division (81, 122 et 142e RI) et le détachement Hély-d'Oisel (66, 125e RI et 7e division de cavalerie) est constitué sous les ordres du général Vidal en vue de pousser dans l'axe de la route de Saint Julien à Poelcapelle.

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Pendant ce temps, les attaques allemandes continuent. Le 135e RI subit 3 heures durant une offensive qui durait jusqu'à 9h.00. La 18e DI amorçait un mouvement vers l'avant vers midi, mais une contre attaque se produisait sur la droite du 77e RI. Alors que le 16e corps d'Armée arrivait vers le milieu de la matinée en vue de complèter les mouvements offensifs du 9e CA, de graves complications survenaient brusquement.

A 11 heures, le 1er corps anglais fait savoir que la pression est de plus en plus grande sur son front. A 15 heures, la demande de secours est pressante. Hollebeke est perdu. Une brigade de la 6e Division de cavalerie est envoyée aux alentours d'Hooge. Les 2ème et 7ème divisions anglaises se sont repliées l'une à Saint Eloi, l'autre à Klein-Zillebeke. Devançant l'urgence, le commandant du 9e CA avait déjà émis l'ordre suivant, car Ypres est directement menacé:

9e Corps d'Armée
Etat-Major
3e Bureau
Poste de commandement Ypres - 3à octobre 13h30
Les deux bataillons du 68e et le bataillon du 268e formant réserve à la disposition du commandant du corps d'armée, sous le commandement du lieutenant-colonel Payerne, se porteront au reçu du présent ordre, par Saint Jean et Potijze, sur Zillebeke où ils se mettront à la disposition du général commandant le 1er corps anglais
Général DUBOIS

Malgré le départ des troupes de secours, les combats continuent néanmoins. Le 290e RI, par un brillant combat, se rend maître des tranchées couvrant Vallemolen. Lancée à 17 heures, l'attaque permit le gain de la première ligne de tranchées ainsi que quelques maisons du village.

Une période critique commence pour les unités alliées. Le XVe corps allemand est entré en action, accompagné par une partie du IIe corps bavarois et du XIIIe corps d'armée. Ils pésent sur le secteur anglais, ce qui déséquilibre le positionnement allié. De plus, l'Yser étant maintenant inondés, certaines unités sont utilisées pour peser sur le saillant d'Ypres.

Cela se ressent tout de suite dans les ordres données aux troupes du 9e corps d'Armée. Le détachement Payerne devient le détachement Moussy avec l'arrivée de renfort prélevés sur les lignes de front.

9e Corps d'Armée
Etat-Major
Ypres, 30 octobre, 22h30
Ordre particulier aux généraux commandant les 17e et 31e divisions d'infanterie
Par ordre du commandant de l'armée, il sera formé demain, 31 octobre, sous les ordres du général Moussy, un détachement comprenant cinq bataillons, trois batteries, six escadrons, pour être mis à la disposition du 1er corps anglais. ce détachement sera constitué ainsi qu'il suit:
1) Détachement Payerne (2 bataillons du 68e, 1 bataillon du 268e), déjà à la disposition du 1er corps anglais;
2) Un bataillon du 68 et un bataillon du 268e, à relever cette nuit par la 31e division;
3) Une brigade de la 6e division de cavalerie, déjà à la disposition du 1er corps anglais;
4) Un groupe d'artillerie de corps pris parmi ceux de la 31e division;
Le général Moussy viendra de suite à Ypres (Hotel de ville) prendre les instructions du général commandant le 1er corps anglais.
La relève des bataillons du 68e et du 268e sera faite par deux bataillons de la 31e division, après ententes avec les deux généraux de division.
Ces différents éléments seront mis en route de manière à se trouver à Zillebeke à 6 heures. itinéraire: Saint-Jean, Potijze, Halte de Zillebeke
Général DUBOIS
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Au final, les 2 bataillons des 68 et 268e RI furent remplacés par deux bataillons du 90e RI.
Le 9e corps ne possèdait alors plus de réserve, hormis le 7e Hussards à Saint-Jean.
Pendant ce temps, le 1er corps anglais fut violemment attaquer à Gheluvelt. Malgré une forte résistance, la ligne anglaise dut reculer jusqu'à un bois entre Hooge et Veldhoek.

Ypres1_19141031

Un fait décisif se produisit alors. Il est reporté ainsi dans les Mémoires du général Dubois:

"...
Pendant cet entretien, le commandant Jamet, demeuré devant le poste de commandement, voit passer l'automobile du maréchal French qui rentrait à son quartier général. faisant à nouveau preuve d'initiative, il l'arrête, lui fait connaitre que le général Foch se trouve là et lui expose qu'étant donnée la situation, celui-ci serait sans doute très désireux de s'entretenir avec lui. les commandants des forces françaises et anglaises se trouvent ainsi réunis.
Concours de circonstances providentiel qui met en présence sur le terrain d'action, à un instant critique où il fallait une décision immédiate, les deux chefs dont les quartiers généraux étaient éloignés de 40 kilomètres! Ainsi put être tranchée en quelques minutes une question qui, autrement, n'eut pu être solutionnée en temps utile.
Le général Foch annonce au Maréchal que le 9e corps vient d'envoyer à sir Douglas Haig sa réserve qui va arriver sur le théatre de l'action. Des forces importants, ajoute-t-il, sont en cours de débarquement, qui viendront appuyer l'armée anglaise au point du jour. Il obtient du maréchal French que celui-ci retire l'ordre de retraite donné aux troupes anglaises.
...."

Ypres en fut certainement sauvé. le positionnement des renforts français permit alors aux troupes anglaises de se ressaisir et ainsi de se fortifier, donc d'opposer une barrière aux attaques toujours grossissantes des Allemands.

Mais les combats autour d'Ypres continuèrent pour le 9e Corps et ce jusqu'en mai 1915, pour certaines unités (152e DI - 304 Brigade - 268 et 290e RI) qui virent rappelée en secteur suite aux attaques aux gaz d'avril 1915.

Sources:
2 ans de commandement sur le front de France - Général Dubois - Lavauzelle 1921
L'hiver oublié - Aleks Deseyne - 1983

 

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20 juillet 2016

L'armée française à la veille du conflit, les Régions et les Corps d'Armée dont le 9ème.

Réactualisation 2016: Lors de mes diverses rencontres, beaucoup de questions portaient sur l'organisation militaire de la IIIème République qui était en vigueur au début du conflit. Ce message est la somme de plusieurs messages déjà édités en 2012 et permet une présentation de l'organisation nationale et régionale de l'armée de la République en 1914.


 

Sous la IIIe République, suite à la défaite de 1871, la loi du 24 juillet 1873 crée 18 régions militaires en métropole. 3 régions supplémentaires furent rajoutées, notamment les 20e et 21e en 1913, suite à la montée de la menace allemande.
Chaque région militaire a pour but de lever un Corps d'Armée en cas de mobilisation générale. Le numéro du CA sera celui de la région militaire concernée.

1e - Lille            2e - Amiens
3e - Rouen            4e - Le Mans
5e - Orléans            6e - Châlons/Marne
7e - Besançon            8e - Bourges
9e - Tours            10e - Rennes
11e - Nantes            12e - Limoges
13e - Clermont-Ferrand        14e - Lyon
15e - Marseille            16e - Montpellier
17e - Toulouse            18e - Bordeaux
19e - Alger            20e - Nancy
21e - Epinal

Pour mieux visualiser, on pourra s'appuyer sur la carte réalisée par Thierry sur le forum pages 14-18

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Continuons donc par le présentation de la 9ème RM:

La 9ème région militaire (RM)

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5 départements constituent la 9ème RM: Indre - Indre et Loire - Maine et Loire - Deux-Sèvres - Vienne

Sur le territoire de la 9e Région militaire, de nombreuses unités stationnent:
Tout d'abord, nous trouvons les unités composant le 9e Corps d'Armée (nous y reviendrons dans un prochain message)
Voici celles ne faisant pas partie du 9e C.A.:

6e Régiment du Génie (Angers)
9e Division de Cavalerie (Tours) constituée de 2 brigades:
1e Brigade de Cuirassiers (Tours) composée des 5e Rég. Cuirassiers (Tours) et 8e Rég. Cuirassiers (Tours) et du 7e Rég. Hussards (Niort)
16e Brigade de Dragons (Rennes) dont le 25e Rég. Dragons (Angers) fait parti.

On trouve aussi:

Artillerie: Groupe à cheval du 33e RAC (Angers)
Groupe cycliste du 25e Bat. de Chasseurs à Pied (rattaché au 66e RI)
5e Cie de cavaliers de Remonte (Saumur)
3e Régiment d'Artillerie Lourde (Poitiers)


Les unités territoriales n'étant pas rattachées à des C.A., on trouve ainsi:

65e Régiment Territorial d'Infanterie (Châteauroux)
66e Régiment Territorial d'Infanterie (Le Blanc)
67e Régiment Territorial d'Infanterie (Parthenay)
68e Régiment Territorial d'Infanterie (Poitiers)
69e Régiment Territorial d'Infanterie (Châtellerault)
70e Régiment Territorial d'Infanterie (Tours)
71e Régiment Territorial d'Infanterie (Angers)
72e Régiment Territorial d'Infanterie (Cholet)
Escadron de Dragons (Angers)
Escadron de cavalerie légère (Châteauroux)

66e Régiment Territorial d'Infanterie (Niort)
Gr. territorial du 20e RAC (Poitiers)
Gr. territorial du 33e RAC (Angers)
Gr. territorial du 49e RAC (Angers)
9e Bat. Territorial du Génie (Angers)
9e Esc. Territorial du Train (Châteauroux)
9e Sect. Territoriale d'ouvriers d'administration (Tours)
9e Sect. Territoriale d'infirmiers (Châteauroux)

Le 9ème Corps d'Armée (CA)

Le Corps d'Armée est constitué par certaines des unités de la région militaire. En 1914, l'armée est entièrement organisée autour de son infanterie.

Un corps d'armée est constitué de 2 divisions d'infanterie, chacunes d'elles, articulées autour de 2 brigades de 2 régiments d'infanterie. Des régiments annexes lui sont adjoints afin de fournir les services nécessaires à l'emploi au combat de l'infanterie. on trouve ainsi: Le Génie, l'Artillerie, le Service de Santé, la Cavalerie, l'Aviation, ...

La structure du 9e Corps d'armée, en août 1914, est la suivante:

17e Division (Châteauroux):
33e Brigade (Châteauroux): 68e RI (Le Blanc -Issoudun) - 90e RI (Châteauroux)
34e Brigade (Poitiers): 114e RI (Parthenay - St Maixent) - 125e RI (Poitiers)
Artillerie divisonnaire: 20e RAC (Poitiers)
1 escadron du 7e Hussards (Niort)
Compagnie 9/1 du 6e Génie (Angers)

18e Division (Angers):
35e Brigade (Tours): 32e RI (Châtellerault - Tours) - 66e RI (Tours)
36e Brigade (Angers): 77e RI (Chôlet) - 135e RI (Angers)
Artillerie divisonnaire: 33e RAC (Angers)
1 escadron du 7e Hussards (Niort)
Compagnie 9/2 du 6e Génie (Angers)

Troupes non endivisionnées à disposition du C.A.:
Infanterie: 268e RI, 290e RI
Artillerie: 49e RAC (Poitiers)
Cavalerie 4 escadrons du 7e Hussards (Niort)
Génie: Compagnies 9/3, 9/4, 9/16, 9/21 du 6e Génie

Rattachés en parti au C.A. et fournissant des effectifs, on trouve aussi:
9e Escadron du Train des équipages militaires (Châteauroux)
9e Section de Secrétaires d'état-major et de recrutement (Tours)
9e Section de commis et d'ouvriers militaires d'administration (Tours)
9e Section d'infirmiers militaires (Châteauroux)
9e Légion de gendarmerie (Tours)

Le 9e CA, tout au long du conflit connu plusieurs chefs:

DUBOIS Pierre-Joseph-Louis-Alfred.
Général de division.
o 21/11/1852 - + 17/01/1924.

DUBOIS29/04/13 - 13/03/15: Commandant du 9e corps d'armée

 

CURE Louis-Amédée-Stéphane.
Général de division.
o 20/01/1853 - + 28/12/1930.

CURE
13/03/15-14/05/16 Commandant du 9e corps d'armée

PENTEL Horace-fernand-Achille.
Général de division.
o 19/12/1860 - + 02/12/1938.

Pentel_9CA14/05/16 - 26/10/16 Commandant du 9e corps d'armée

 

NIESSEL Henri-Albert.
Général d'Armée.
o 24/10/1866 - + 26/12/1955.

NIESSEL29/10/16 - 22/08/17 Commandant du 9e corps d'armée

HIRSCHAUER Auguste-Edouard.
Général de division.
o 16/06/1857 - + 27/12/1943.

HIRSCHAUER22/08/17 - 11/12/17 Commandant du 9e corps d'armée

 

MANGIN Charles-Marie-Emmanuel.
Général de division.
o 06/07/1866 - + 12/05/1925.

MANGIN17/12/17 - 06/06/18 Commandant du 9e corps d'armée

 

GARNIER-DUPLESSIX Noël-Marie-Amédée.
Général de division.
o 25/12/1860 - + 02/03/1928.

GARNIERDUPLESSIS06/06/18 - 20/04/20 Commandant du 9e corps d'armée

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02 mai 2015

Sous terre, sous pierre. Berthonval, mai 1915

Pour une fois, je quitte les régiments dont j'ai l'habitude de vous conter l'histoire. Mais, je ne m'éloigne pas trop, je vais seulement élargir le cercle pour présenter un texte concernant le 9ème Corps d'Armée.
Il y a quelques temps, par l'intermédiaire du blog et des commentaires associés aux divers messages, M. Henrion nous faisait part d'un texte qu'il avait retrouvé dans les affaires de son aieul l'Aide-major de 1ère Classe Gaston Julin.
Ce dernier était donc médecin au sein du 135ème R.I. dont la garnison était à Angers et dépendait, comme les unités du département de l'Indre, du 9e Corps d'Armée.

Sélection_037
Manoeuvres 1908, sur la route de Loches - A.M. 1ère Cl. Julin marqué d'une croix

Gaston Julin fut médecin à Cinq-Mars la Pile (Indre et Loire) de 1909 à 1947. Lors de son cursus militaire, il fit notamment des périodes au camp du Ruchard, participa aux grandes manoeuvres qui eurent lieu en 1908.
Malgré la demande de sa fille, il a toujours refusé de raconter sa guerre par écrit car étant médecin il avait vu mourir beaucoup trop de jeunes gens de 20 ans qui appelaient leur mère. Il en fut marqué à  vie.

Merci donc à lui et à M. Henrion de me permettre de vous présenter le document qui va suivre:

Il s'agit d'une feuille de papier ronéotypée constituant 4 pages sur laquelle est écrit un texte, présenté sous la forme d'une chanson, d'un poème.

CaptureJC_Poeme

Tout de suite, l'association lieu et date me permit de dire que cela concernait le 9e Corps. Berthonval et mai 1915 sont un lieu et une date qui concernent directement les unités indriennes. En effet,, le 135e dépendait de la 18e Division, et celle-ci était la division "soeur" de la 17e DI dont le siège était à Chateauroux.
Berthonval! Petite zone d'Artois entre le Mont-Saint-Eloi et Neuville-Saint-Vaast qui fut un secteur de combat où de nombreux soldats de la région tombèrent.

BerthonvalNeuville_VueBasMSE
La ferme de Berthonval depuis le bas du Mont-Saint-Eloi, le Bois de la Folie au fond (Zone allemande)

Voici la première page dudit document:

Sélection_038

Assez difficile à déchiffrer sur certaines parties, en voici la transcription que je laisse à votre perspicacité:

SOUS TERRE, SOUS PIERRE

A ceux qui auront gouté aux douces joies de la Villégiature
Berthonval Mai 1915

A Berthonval on voit parfois
Des gens qui d’un air de mystère
Descend’nt 4 ou 5 à la fois
Dans les profondeurs de la terre
Serait-ce les premiers chrétiens
Cherchant l’abri des catacombes
Cà n’est pas çà crénom d’un chien
C’est les poilus qu’ont peur des bombes

D’abord au dessous du rez d’ chaussée
Y a déjà un’ tout petit’ salle
Dans laquelle on vient s’ramasser
Pour absorber tout c’qui s’avale
L’odeur de la soupe à l’oignon
Et tous les vieux restants d’cuisine
Dont Orphée est le marmiton
Vienn’t vous chatouiller la narine

Les escaliers de ces caveaux
Sont glissants comm’ des plaqu’s de verre
Certain’ment c’est pas d’l’art nouveau
On connait pas çà à la guerre
C’est mêm’ pas du styl’ rococo
Ca vous fait tourner la breloque
A chaqu’ pas on pataug’ dans l’eau
3 heures d’séjour on est loufoque

Pourtant si vous vous obstinez
Et si vous franchissez la porte
Aussitôt en plein dans le nez
Vous arrive une haleine forte
Le souffle de cet entonnoir
Vous prouv’ qu’en la circonstance
L’expression chlinguer du couloir
N’est pas ce qu’un vain peuple pense

Entré dans ces lieux infernaux
A gauche vous verrez de suite
Des gens étendus sur le dos
De l’espèce des troglodytes
Qui regardent d’un air grognon
Sous l’humidité qui fait rage
Pousser de petits champignons
Sur tous les objets d’leur paqu’tage

Au plafond de ce p’tit gourbi
Un truc vous verse sur le blair
L’eau qui dégringol’ tout’ la nuit
Pendant qu’vous dormez l’ventr en l’air
Mais l’autre jour nos praticiens
Qui discutaient sur cet’ machine
Ont posé l’diagnostic certain
De simple incontinence d’urine

Un grand mur au bas des degrés
Oppose d’un air ironique
A vos efforts désespérés
Une résistance héroïque
Alors arrive un bon coup d’vent
Et vot’ chandelle s’éteint tout’ seule
Pour peu qu’on ait pris son élan
On est sur de s’ casse la gueule

C’est là qu’est l’escalier d’honneur
Pour tous les ceuss que l’on ivite
A v’nir admirer la couleur
L’pittoresque et l’odeur du site
Dans c’t escalier y’a pas d’Gob’lins
Ca vous épat’ j’en suis fort aise
Y’a que’ques rats c’est un fait certain
Et tout l’ bois est pourri d’ punaises

Ayant rallumé vot’ lampion
En vous écriant quell’ sal’ boite
Vous vous apercevez cré nom
Qui fallait qu’ vous tourniez à droite
Vous êtes dans le grand corridor
Qui tourn’ qui vire et qui s’éboule
Et aie le pauv’ poilu qui dort
Encaisse’ les poings quand çà s’écroule

Descendez encor’ que’ qu’s degrès
Vous êt’s au chœur mêm’ du sanctuaire
A votre gauch’ se trouve un chalet
Très fréquenté des militaires
Si vous avez envie d’pisser
Et d’ faire du plus solide encore
Arrêtez vous et pénétrez
J’ vous promets qu’ c’est pas inodore

Courage encor’ des escaliers
Et vous entrez dans la carrière
Y’a déjà longtemps qu’vos ainés
N’y sont plus et sont au cim’tière
C’est magnifiqu’ c’est haut c’est grand
Ne rigolez pas j’vous prie
Les rats sont les princes de céans
Et font l’service de la voirie.

Là d’dans on fait n’importe quoi
La crémation et la cuistance
On magne, on fume, on bridge, on boit
On parl’ des destinées d’la France
Et le canon qui pèt’ dehors
Vous fait pas peur on fait l’mariolle
Un’ fois la nuit venue on dort
Et on récolte un tas d’ bestioles

Mais ceux qui règn’ent en grands seigneurs
Et au moindre bruit s’ carapatent
C’est messieurs les rats ces farceurs
Qui vous jouent des tours d’acrobate
Car tout’ les fois qu’vous roupillez
Les petits, le père et la mère
Rapidement viennent examiner
Vos sillons digito-plantaires

Encore si i s’ contentaient que d’çà
Mais ces sales bêtes que rien n’épate
Font des tours qu’on dit : c’est les rats
Et des blagu’s qu’on dit : c’est les rats
L’capitain’ de territoriale
A cru reconnaitre sa pétoche
L’aut’ jour dans l’ventr’ d’un animal
Qu’il ouvrit d’1 seul grand coup d’ pioche

Le fond d’la cave est occupé
Par tout’ les huil’s d’un’ compagnie
Qui préten’nt tr’ sapeurs miniers
D’la 9/2 du 6e Génie
J’sais pas encor’ s’ils ont miné
S’ils savent saper ou s’ils s’en foutent
Mais ce que j’ peux vous assurer
C’est qu’ils sav’nt bien casser la croûte

Les téléphonist’ dans un coin
Souris tout l’jour sur l’ manivell »
Peux tu m’envoyer d’ la ficelle
Pas mieux y en a du midi
Qui tout’ les fois que le fil casse
Se fou’ dans l’ bec de l’ aïoli
Putain ‘ avec de la six casse

On est très bien à Berthonval
Malgré cette trop longue histoire
Il est certain qu’on est moins mal
Qu’au milieu du four crématoire
Peut-être qu’on pourrait installer
Pour un modeste prix d’ famille
L’ascenseur l’électricité
Et l’ vieux tramway Madelein’ Bastille

________________________________

 

On notera dans le texte l'allusion à la Compagnie 9/2 du 6ème régiment du Génie qui était compagnie divisionnaire. Ceci permet de confirmer l'origine du document, la 18e D.I., mais nous n'en connaissons malheureusement pas l'auteur exact (à moins d'arriver à déchiffrer la signature présente sur le premier extrait présenté au-dessus).

________________________________

Merci à M. Henrion pour m'avoir ouvert sa documentation familiale et pour sa confiance.


Sources photos: Collection familiale M. Henrion et collection de l'auteur

 

TrAès grande

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09 février 2015

Dives bouteilles, larcins et conseil de guerre.

Il est intéressant de découvrir le témoignage de quelques cas de condamnations liés à l'usage du vin, élément essentiel de la vie du poilu et ce, à la relecture de l'ouvrage de René de Planhol, "La justice aux armées", alors qu'il était membre du conseil de guerre de la 17ème Division d'infanterie.

On appréciera la lourdeur des peines au vu de l'ampleur des larcins . Que dire des 2 ans pour 2 litres de vin!

Une après-midi d'été, les deux soldats du train Callot et Laprune étaient préposés à la garde d'une voiture de ravitaillement. Accablés de soleil, ils avaient grand'soif; et dans la voiture était un tonnelet plein, - naturellement de « pinard ». Nos deux martyrs de la consigne enduraient, exactement et sans métaphore, le supplice de Tantale. Il y a un stoïcisme où l'humaine faiblesse ne s'élève point sans déchoir. Succombant enfin, ils emplirent leurs bidons et burent deux litres à la santé de la France. Sur ces entrefaites leur maréchal des logis les aperçut et leur libella un motif de punition qui les conduisit jusqu’au conseil de guerre. Le commissaire du gouvernement, contre ces mauvais soldats qui s'appropriaient la ration de leurs camarades, requit: une application rigoureuse de la loi : deux ans de prison, peine bénigne au prix de celle que prévoyait le code parurent suffisants aux juges.

 

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Un autre cas lié à l'usage d'alcool, avec des conséquences qui auraient pu être plus graves:

Un soir, sur les six heures, d'un cantonnement de repos, on avait brusquement conduit aux tranchées la compagnie où servait Poirier. Celui-ci, lors de l'appel, manquait dans son escouade et son caporal se mit à sa recherche. Il le découvrit étendu dans un coin d'une grange, la bouche entr'ouverte et ronflant. Fortement secoué, Poirier ne souleva qu'il demi les paupières, répliqua par un grognement et retomba incontinent dans sa torpeur. Deux hommes vinrent le quérir et le traînèrent jusqu'à la compagnie assemblée sur la place. Il ne se défendait pas, il n'était qu'inerte. Le vent assez vif lui fouetta le visage et lui dessilla légèrement les yeux. Mais comme son capitaine lui ordonnait de prendre sa place dans le rang, Poirier se contenta de le considérer d'un air hébété ; visiblement il ne comprenait rien. Et d'ailleurs il était incapable de se tenir debout ; le lâchait-on, il s'affaissait aussitôt. On dut le livrer aux gendarmes. A l'aube, dégrisé, il s'éveilla dans la prison divisionnaire. Quels ne furent pas son étonnement et, bientôt, son regret ! Une plainte en conseil de guerre fut dressée contre lui, et le commissaire-rapporteur l'inculpa de refus d'obéissance en présence de l'ennemi.

A l'audience, Poirier, par son attitude et sa mine, s'attirait plutôt les sympathies. Grand, bien découplé, la tenue correcte, le regard empreint d'énergie et de franchise, il parlait avec naturel et manifestait sans affectation un repentir qui semblait sincère. Les renseignements du dossier ne démentaient point cette attitude. Poirier, garçon original, ne se pliait pas aisément aux conditions modernes de la vie civile et n'avait jamais pu s'astreindre à avoir un domicile. Voyageant par les routes, il couchait au gré des hasards, dans les auberges, les écuries ou à la belle étoile, s'embauchait pour quelques jours chez les paysans qui avaient un besoin momentané d'ouvriers, travaillait de cent métiers à la campagne ou à la ville, moissonneur ou forgeron, vigneron ou débardeur. Pour ce vagabondage, les gendarmes l'avaient maintes fois appréhendé sans qu'on eût jamais à lui reprocher autre faute. Au contraire, plusieurs attestations de patrons divers certifiaient qu'ils n'avaient eu qu'à se féliciter de son labeur et de sa probité. Type, en vérité, singulier et qu'on n'eût point pensé rencontrer ailleurs que dans le Chemineau de Jean Richepin. Soldat, il s'était bien conduit. Blessé en mars 1915, à peine de retour à son dépôt, il avait demandé à être inscrit dans le premier détachement de renfort et venait, quelques jours. auparavant, d'arriver sur ce point du front. Au cours du voyage, il avait eu la malchance, étant descendu pour quelques minutes à une station, de manquer son train. Pour cette fâcheuse aventure, on l'inculpa une première fois, mais l'instruction se termina par un non-lieu. Poirier, loin d'être répréhensible, avait déployé beaucoup d'initiative et de bonne volonté, puisqu'il avait rejoint son unité deux heures après le détachement. Depuis lors, les chefs de Poirier n'avaient pas encore eu le temps et l'occasion de l'apprécier dans la tranchée. Mais ses notes antérieures étaient excellentes et deux sous-officiers, ses compagnons durant les débuts de la campagne, confirmaient de vive voix ces notes. En outre, plusieurs lettres saisies sur lui et versées au dossier constituaient un précieux témoignage. Écrites après plusieurs mois de guerre par des combattants, camarades de Poirier, pour lui seul et en phrases inhabiles, elles étaient pleines d'une hardiesse narquoise et magnifique ; elles déguisaient de plaisanteries le danger, la fatigue et la mort ; elles faisaient la nique aux Boches et à l'ennui. Elles éclairaient d'une belle lumière les âmes de ceux qui les avaient envoyées et de celui qui les avait reçues.

La faute pour laquelle on le jugeait aujourd'hui ne provenait point d'une intention mauvaise ; mais pour l'exemple il n'est pas douteux que les juges ne fussent disposés à le châtier sévèrement. Aussi ne s'agissait-il que de décider si la loi le leur permettait. C'était le premier cas de cette espèce et le débat juridique, vivement engagé, donna lieu à deux répliques successives de l'accusation et de la défense. Le commissaire du gouvernement arguait que le refus d'obéissance n'a pas besoin d'être exprimé par des paroles: il consiste essentiellement dans la non-obéissance qui est la seule condition juridiquement requise pour le crime. Le défenseur ne contestait point cette thèse, conforme en effet à la jurisprudence du temps de paix ; mais il prétendait que la non-obéissance, pour être qualifiée refus d'obéissance, doit être intentionnelle et volontaire, d'après le texte et les commentaires de la loi : or, évidemment ce n'était pas le cas de Poirier qui, au moment qu'on lui reprochait de n'avoir point obéi, se trouvait physiquement incapable d'obéir ; et d'ailleurs, ivre-mort et ne percevant, même pas l'ordre qu'on lui formulait, il ne pouvait avoir, l'intention de désobéir; donc, aux termes de la loi, il n'était coupable que d'ivresse. A quoi le commissaire du gouvernement opposait que Poirier, lorsqu'il s'était enivré, n'ignorait pas qu'il se mettait ainsi dans l'impossibilité d'obtempérer à une alerte et conséquemment d'obéir. Or c'est volontairement qu'il s'était enivré ; donc, puisqu'il y avait eu chez lui l'intention d'une désobéissance à tout le moins éventuelle, il devait accepter l'entière responsabilité de ses actes.

Le conseil, à l'unanimité, adopta cette interprétation de la loi. Par trois voix contre deux il écarta la circonstance aggravante de présence de l'ennemi : au vrai, je présume que ces deux voix étaient fictives et qu'en aucun cas, même en signant un recours en grâce, les juges n'eussent condamné Poirier à mort. Pour refus d'obéissance sur un territoire en état de guerre, il fut condamné à dix ans de travaux publics. Le général suspendit l'exécution de la peine ; et Poirier, versé dans un autre régiment, n'a point cessé d'y être, bon soldat. Son affaire inaugura une jurisprudence qui fut appliquée fermement à quelques cas analogues. Cette répression, aboutit bientôt à les rendre beaucoup plus rares. Alors la sévérité, du conseil se relâcha sensiblement ; et il eut tendance à se servir plutôt, lorsque des circonstances morales l'invoquaient pour l'accusé, de l'article ayant trait aux soldats qui se sont volontairement mis, dans l'impossibilité de rejoindre leur poste en cas d'alerte, - soit une peine de six mois à deux ans de prison.

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917

 

2 autres "comptes-rendus" de procès du même conseil de guerre:

Les gars..., souvenez-vous!... Faut pas faire comme moi... 

Les aventures de Carpion et Rabanos

 

Amis lecteurs, pensez à regarder dans les commentaires, Stéphane nous fait part d'une intéressante analyse. qui permet une mise en relief du texte publié

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12 décembre 2012

Indre 14 18 s'est trouvé un autre frère dans la Vienne

Le 9e Région Militaire est en marche. Indre 14-18 n'est plus seul, les voisins poitevins sont maintenant en état de marche.

Il y avait déjà:

Le 125e de Christian

Le 232e de Jef

Le 409e de Christophe

Et là, ils arrivent en force, c'est tout un département à la fois.

Bienvenue donc aux Poilus de la Vienne
http://poilusdelavienne.blogspot.fr/

Les poilus poitevins étaient nombreux dans les unités de l'Indre, notamment au 68e et au 268e. Ils vont pouvoir intégrer le nouveau site de Frédéric.

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02 mai 2006

Ypres 1914-1915

Alors que la course à la mer a pris fin du côté de Dixmude, les troupes françaises ont pris position autour d'Ypres.

A partir d'octobre 1914, la 1ère bataille d'Ypres commence.
Parmi les troupes françaises se trouvent le 9e CA. Les secteurs d'intervention oscillent entre Zonnebeke, Zillebeke, Wallemolen, Vlamertinghe, Fortuyn, Wieltje, ...
Nombreux sont les soldats qui tombèrent en terre de Flandres.
Grâce à mes dépouillements, j'ai actuellement retrouvé plus de 1500 soldats tombés en Belgique. Et la liste sera encore longue à établir, puisque seule une partie des fiches "Mémoires des Hommes" a été dépouillée.

Symbole de cette souffrance, la ville d'Ypres a subi les malheurs de la guerre. Dès le 22 novembre 1914, les Allemands commencèrent le bombardement de la cité des Drappiers.

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Ypres en 1918


ypres_place_060419_11
Ypres en avril 2006

Le fait est à relever: les traces de la présence française sont rares. Ceci est certainement lié au fait que la présence anglaise à partir du printemps 1915, à presque totalement éclipsé la présence française.

Sur la facade de la Halle, au niveau de l'entrée du superbe musée "In Flanders Field", un eplaque rappelle la mémoire des combattants français de cet "Hiver oublié"

AMIS VISITEURS
Pour vos recherches de sépultures, utilisez le site http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=44&titre=sepultures-de-guerre
Sinon utilisez le site belge http://www.gonewest.be/fr/la-liste-de-noms

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29 avril 2006

Visite à Saint Charles de Potyze

Le 19 avril dernier, un jour important, profitant de notre séjour artésien à Ablain Saint Nazaire, nous avons pris la décision de nous rendre à Ypres. Traversée du Nord-Pas de Calais puis arrivée en Belgique, direction Ieper.
Visite de la ville d'Ypres, de ses Halles et de l'excellent musée "In Flanders Field". Ensuite direction Zonnebeke, pris par le temps, nous nous concentrons sur la visite de Saint Charles de Potyze.

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Entrée de Saint Charles de Potyze

Dans la nécropole de Saint charles de Potyze reposent 4171 soldats français (3547 en sépultures). Nous avons pû voir les deux sépultures des soldats inconnus retrouvés le mois dernier.

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Sur ces 3547 sépultures, 256 concernent des soldats des régiments indriens. Chaque sépulture a donc fait l'objet d'une photo. Si un de vos aieux reposent à Potyze et faisait parti des 68, 90, 268 ou 290e RI, je me ferai un plaisir de vous transmettre une photo de sa sépulture.

Moment d'émotion et de profond recueillement, de cette journée restera un souvenir intense. Je ne pû m'empêcher de penser à Lucien Bessonneau qui disparu corps et âme dans ce secteur, le 3 décembre 1914.

potyze_necropole060419_1
Saint Charles de Potyze

Sur la photo ci-dessus, au fond, on peut apercevoir le monument comémoratif sur lequel figurent les plaques du 9e CA. De chaque côté, se trouve des sépultures de soldats inconnus ainsi que deux ossuaires contenant 609 corps.

Depuis ce message, les arbres du fond de la nécropole ont été abattus, dégageant la vision sur la plaine.
Voici l'ossuaire de la nécropole entourant le monument "Hommage de la population Yproise"

 

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