19 avril 2019

Du 20 au 26 avril 1916, au 90e RI, en secteur à la Cote 304.

Le 20 avril, le 9e CA monte en ligne et vient apporter sa part de sang à l’enfer de Verdun. C'est finalement dans le secteur de la Cote 304 que le 9e CA va agir. Dès ce jour, la 17e Division monte pour la première fois en ligne et prend contact avec l'enfer de Verdun.

CarteVerdun_304

 

carte_generale_Cote304Verdun

 Plutôt que de reporter ici une interprétation personnelle, je préfère vous laisser découvrir le témoignage du Commandant Bréant du 90e RI qui narre ces dures journées dans son ouvrage: "De l'Alsace à la Somme", publié en 1917 à la Librairie Hachette.

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Nota: Le livre fut publié pendant le conflit, aucun numéro d'unités et aucuns noms propres ne figurent dans l'ouvrage, ceux-ci sont remplacés par des  .... Afin de permettre une meilleure comprhension, j'ai dans la mesure du possible et surtout de la capacité à identifier ces manques, je les ai donc remplacés par leur vraie signification entre crochets. Je ne suis donc pas à l'abri d'une erreur.

 

20 avril. - Le premier bataillon part pour le secteur, à cinq heures du soir. Les autres bataillons, et, dans chacun d'eux, les compagnies, s'échelonnent. Quand je passe, vers six heures, avec le colonel, au-dessous de Béthelainville, une éclaircie se produit : le ciel et les bois sont superbes. Les lignes française et allemande, d'un bout à l'autre, sont en feu. On voit de toutes parts les éclairs des départs d'obus et la fumée des éclatements. Les deux lignes qui se côtoient à courte distance sur le Mort-Homme disparaissent dans un nuage épais. C'est un spectacle formidable, inoubliable. Notre route, qui descend sur Montzéville, est marmitée. Nous laissons nos chevaux et nous allons. Nous croisons des corvées de ravitaillement. A huit heures nous arrivons au poste de commandement, au milieu de quelques explosions. Ce sera ainsi tout le temps, et nous serons prisonniers là, combien de jours ! On ne peut se rendre ici que de nuit. Il n'y a pas de boyaux de communication. Tout est à faire. Je ne puis dormir que deux heures dans un fauteuil, le colonel B..., qui reste encore ce soir, occupant la couchette. Pendant cette relève, nous avons perdu vingt hommes dont six tués.
A quatre heures du matin je vais sur le pas de la porte. Des obus tombent assez près. J'aperçois deux beaux gars casqués ; ce sont les officiers des compagnies du ...e que nous venons de relever. D'autres surviennent, et nous causons jusqu'à six heures, heure où ils partent avec le colonel .B.... Un Allemand blessé a été, pris dans la nuit par les nôtres.

21 avril. - Ayant à peine dormi depuis deux nuits, je sommeille dans l'après-midi. J'ai la sensation d'être dans une cabine de paquebot et d'entendre les paquets de mer s'abattre sur la coque. C'est le bombardement qui recommence. A cinq heures et demie, les grosses marmites couvrent le Mort-Homme et l'odeur des gaz lacrymogènes nous parvient. Mes yeux picotent. Si le ...e ne pouvait se maintenir au Mort-Homme, nous serions sérieusement menacés sur notre flanc droit. Notre artillerie répond vigoureusement et abondamment. Mais l'artillerie lourde, nous manque. Il est certain qu'à la distance où elles sont, leurs batteries échappent aux nôtres. Tout le problème de la guerre est là. Quant à la raison pour laquelle, après vingt et un mois, les positions qui entourent Verdun n'étaient pas fortifiées, c'est là un mystère pour nous.
Le bombardement intense se prolonge toute la journée, puis dure par intermittence toute la nuit. Nous perdons encore vingt hommes, dont huit tués

« 22 avril : Le mauvais temps persiste. La nuit a été atroce. Les ravitaillements sont difficiles, les corvées pénibles dans cette obscurité. Ce matin, la pluie encore. La boue s’infiltre partout.
A une heure trois quarts de l’après-midi, le bombardement des grosses pièces allemandes reprend, mais plus au Sud sur le Mort-Homme et plus à l’Ouest sur nos lignes, principalement dans le ravin de la Hayette.
Les nuages de fumées noires et grises montent du sol, comme des panaches régulièrement espacés. Cela va durer sans doute jusqu’à la nuit close. Les journaux, les lettres qu’on reçoit continuent à émettre des pronostics. Ici, l’on ne voit pas si loin. Les choses sont simples. Des positions sont écrasées sous des projectiles énormes. Des troupes d’infanterie ont ordre de rester là. Elles y restent, et s’usent. Notre artillerie tire beaucoup, mais sa portée est insuffisante. Les données du problème sont élémentaires. Elles contiennent des réalités horribles pour certains. Personne ne peut s’en rendre compte sans l’avoir vu. Mais laissons cela. Les mots ne changent rien à rien.

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Tranchées Cote 304 - Ltn Jabien 268e RI

 Il est autrement intéressant de regarder nos hommes. En dehors des instants terribles, ils plaisantent. Un de nos coureurs nous arrive ce matin en signalant des conducteurs (des obus) et en parlant de Théodule (l’artilleur allemand). Notre cuisinier est un être extraordinaire. Il fabrique notre dîner à Béthelainville, l’apporte en voiture jusqu’à Esnes, et de là jusqu’ici, à pied. On fait réchauffer avec de l’alcool solidifié.
Le plus dur c’est de ne pouvoir sortir de ce trou. Nous sommes dans un abri qui a dû être construit avant l’évacuation des premières lignes, et qui servait sans doute à l’artillerie. Aussi est-il relativement solide. Il est bien entendu que si un 305 tombe dessus, rien n’en subsistera. Nous sommes quatre là-dedans, avec de la lumière nuit et jour. Dans d’autres abris, les coureurs de liaison, les pionniers, les téléphonistes, tous ces organes qui nous gardent en contact avec les divers éléments du régiment. Les fils sont coupés constamment.
A une heure du soir, un bombardement terrible se déchaîne sur nos lignes. Il ne cessera, et encore incomplètement, qu’à sept heures. Vers quatre heures, nous apprenons par coureur que l’attaque se déclenche. Nous mettons nos casques et prenons nos revolvers. Une corvée de pionniers part en ravitaillement de cartouches. Le jeune sous-lieutenant Sch[merber] les dirige avec sang-froid.
Les ordres se transmettent avec beaucoup de calme. Sur nos lignes, les obus continuent d’éclater. A sept heures, une accalmie se produit. On nous apporte la nouvelle de la mort de deux officiers, dont le prêtre capitaine M[illon]. Les Allemands ont attaqué par vagues et ont été arrêtés par notre fusillade et par un barrage bien réglé. Le colonel attend d’autres renseignements.
Ils nous parviennent. Le capitaine B[audiment] est tué, cinq lieutenants sont blessés. Dans la troupe, 150 blessés, 80 tués et des disparus. Rien qu’à une compagnie de mitrailleuses, il y a cinq pièces hors d’usage, 17 tués et 16 blessés. Nous sommes surpris qu’il y ait presque autant de tués que de blessés ; cela déroute les statistiques. Mais, étant donné le bombardement qui a eu lieu, il est bien plus étonnant qu’il y ait encore des vivants.

Les Allemands ont attaqué sur tout le front du [90]ème et de nos voisins de droite, 32ème compagnie* du [161]ème. Ils ont été contenus, mais il semble qu’ils soient restés accrochés sur deux points en face de notre gauche, dans un bois défendu par le bataillon R[oyné], et dans le ravin de la Hayette où se trouve la liaison entre le [90]ème et le [161]ème. Aussi ne sommes-nous pas étonnés de l'ordre que nous recevons à dix heures. Après un tir de notre artillerie sur ces points, envoyer, de minuit à deux heures, de fortes reconnaissances pour «chasser la vermine». Ainsi s'exprime le colonel, qui répond au téléphone : « Je suis certain que tout ira bien. »
A onze heures de nuit, on nous amène un prisonnier. Toute la nuit, c'est un va-et-vient continuel pour ravitailler la première ligne en cartouches et en fusils. Cela se passe sous un ciel pluvieux d'une obscurité d'encre, dans la boue. Les coureurs partent dans la rafale d'obus, pour suppléer aux fils téléphoniques coupés, que des équipes réparent entre-temps. A onze heures de nuit, on nous amène un prisonnier. Toute la nuit, c'est un va-et-vient continuel pour ravitailler la première ligne en cartouches et en fusils. Cela se passe sous un ciel pluvieux d'une obscurité d'encre, dans la boue. Les coureurs partent dans la rafale d'obus, pour suppléer aux fils téléphoniques coupés, que des équipes réparent entre-temps.
Vers onze heures, on remet au colonel … un perdreau, et une carte de visite ainsi libellée : «LIEUTENANT R… , chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire, a l’honneur d’envoyer au colonel un perdreau tué par le porteur pendant l’action, lequel porteur est allé le ramasser en avant de la ligne sous les obus, donnât ainsi à ses camarades un bel exemple de crânerie »
Nous recevons les journaux de Paris d’aujourd’hui même, 22 avril. C’est une sensation curieuse que de lire au communiqué : « Grande activité d’artillerie dans le secteur de la cote 304.

23 avril. - Matinée encore pluvieuse. Cependant le soleil se montre un peu.
Les pertes du régiment sont bien fortes, et notre séjour ici ne fait que commencer. Les reconnaissances de la nuit n'ont plus trouvé les Boches, qui s'étaient retirés. Mais, devant le 3e bataillon, des trous de tirailleurs avaient été fraîchement creusés. Vers neuf heures, le ...e ramène une dizaine de prisonniers.
La matinée est assez calme ; il y a presque une heure d'accalmie. Après quoi, l'échange de projectiles ne cesse plus. Il est à craindre que le bombardement ne reprenne aujourd'hui. Les Allemands cherchent sûrement à s'infiltrer, par le ravin de la Hayette, entre nos lignes et le Mort-Homme. Si le Mort-Homme tombait, nous serions pris d'enfilade.
Nos pertes sont aujourd'hui de 7 tués et 22 blessés. Evidemment, en comparaison de celles d'hier, est peu. Cependant, quelle éloquence dans ces chiffres que j'enregistre pour le troisième jour. Que l'on établisse une moyenne, en calculant que mon relevé ne porte que sur 1 500 mètres de l'immense front; certes, ce point du front est l'un des trois ou quatre qui sont le plus difficiles à tenir en ce moment; c'est égal, quelles conditions de guerre !
Dans une des reconnaissances de la nuit, le sous-lieutenant de D... a découvert, au fond des trous de tirailleurs dont j'ai parlé, des dépôts de grenades, de couteaux, de fusils, d'appareils à gaz, mis là dans une intention, mais laquelle? Des guetteurs surveillent l'endroit. En somme, nous nous posons les questions suivantes : pourquoi, après deux jours d'un bombardement fantastique, les attaques n'ont-elles pas été plus poussées? Pourquoi ces préparatifs mystérieux? Il est visible que les. soldats boches n'ont pas grande envie de marcher ; mais on sait qu'on emploie chez eux certains moyens pour les y forcer. Sommes-nous sous le coup d’un assaut sérieux, ou ne devons-nous attendre qu'une nouvelle usure par l'artillerie?
Ce soir de Pâques, je suis sorti de la cagna vers onze heures. Le ciel, sans nuages, fourmille d'étoiles. Il fait bon, mais la nuit reste obscure. Le spectacle est féerique, diabolique aussi. Des fuséesmontent, des projecteurs balaient l'espace, un avion glisse, invisible, dénoncé par son moteur. Des éclairs illuminent les lignes fuyantes des côtes; l'on entend les sifflements, les miaulements desobus et de leurs éclats. Les hommes casqués, portant du matériel, s'interpellent, trébuchent. La menace de la mort plane partout sur cette nuit qui, pourtant, après les pluies, exhale tout le charme du printemps et de la vie.
Il ne reste plus grand monde de la musique, de l'autre régiment de la brigade, le …e. On sait que les musiciens sont brancardiers auxiliaires. Ils se tenaient donc à Esnes, dans une cave, près du poste de secours, pendant le bombardement d'hier. Un obus a tout défoncé, tuant douze musiciens, blessant tous les autres.
L’abbé M[illon],  capitaine, a été tué dans son poste téléphonique, en même temps que le téléphoniste. Le capitaine B[audiment] a eu la tête emportée par un obus, au moment de l’attaque, alors qu’il commandait « Feu à volonté ! » Le lieutenant L..., couvert de décorations, est resté enseveli pendant deux heures. Il n'en décolère pas. Il a un pied gelé et refuse de se faire soigner.
11 h. 25 de nuit. - Le 75 tonne. Le téléphone marche. On ne dormira pas cette nuit. Quelle vie étrange, et pourtant comme tout était terne avant cette guerre ! Comment ceux qui réchapperont prendront-ils après cela la vie de chaque jour, la vie tout court? Pourtant, pas un, naturellement, qui ne souhaite de durer jusque-là, pour voir.

24 avril.. - Un bombardement effroyable eu lieu sur nos lignes cette nuit. Nous n'en savons pas encore les résultats.
Ce matin, il fait un temps superbe. Les avions boches sont en l'air depuis l'aube, prenant tranquillement des points de repère. Le tir de l'ennemi, destiné, je pense, à nos batteries, tombe pour le moment dans les champs, pas bien loin de nous, mais inoffensif jusqu’à présent.
Vers six heures du soir, de gros obus atteignent le poste de commandement. Rien d'étonnant, puisque nous avons vu les avions allemands opérer impunément au-dessus de nous. Ce n'est d'ailleurs qu'un prélude, car à sept heures une attaque se déclenche. Deux heures durant, c'est le formidable concert d'artillerie, tous les coteaux éclairés par les jets de flamme des départs d'obus, et, sur le Mort-Homme, dans le ravin de la Hayette, le feu d'artifice des fusées qui demandent éperdument, sans cesse, sans trêve, que le tir sauveur de notre barrage ne s'interrompe pas. Au milieu de tout cela, nous dînons. Je ne pense pas qu'il soit possible de vivre une vie plus intense que la nôtre. Dans ces deux pièces communicantes, sous la terre, notre réunion de cinq officiers, avec les ordonnances, donne l'effet d'un équipage de sous-marin en pleine traversée. Au moment le plus critique, on s'inquiète à peine ; à d'autres, ce sont des gaietés folles. Le colonel s'est étendu pour dormir un peu: au bout d'un instant, je suis obligé de le réveiller, parce que la brigade le demande au téléphone. A peine le récepteur en main, je vois une malice dans ses yeux. On lui dit que l'on sait par l'artillerie lourde que les Allemands doivent attaquer sur tout notre front. Nous éclatons de rire : l’artillerie lourde, est l'objet constant de nos railleries. On ne la voit jamais, on ne l'entend pas assez. Le colonel téléphone. aux chefs de bataillon pour les prévenir: «Bonjour, mon vieux ; ça va bien? Ecoutez. Tuyau de l'artillerie lourde. Les Boches vont attaquer tout le front. On ne sait pas quand. Dans une heure, dans quinze jours, ou dans un an. Donc, dormez sur vos deux oreilles mais ouvrez l’œil. Compris? Bonsoir.» Il ajoute pour nous: « Il est évident que l'artillerie lourde, étant très loin en arrière, voit très bien tout ce qui se passe là-bas. Ce doit être un tuyau du cuisinier.» Il se tourne vers le cuistot : «C'est encore toi ! C'est ton copain de chez le kronprinz qui t'a renseigné?» Et ainsi de suite.
Au dehors, vers dix heures, la féerie diabolique. Un ciel d'étoiles. Des fusées sans nombre. Des éclairs d'artillerie, partout, tout près, très loin. Sans arrêt, un halètement puissant : les obus en plein vol. Le ronflement d'un moteur d'avion qu'on ne voit pas.
A l'intérieur le téléphone n'arrête pas. Il rend compte qu'une voiture de munitions, écrasée par un obus, à Esnes, barre la route aux ravitaillements. Il dit les pertes: à telle compagnie, 7 tués ; à telle autre, 8 blessés à une troisième, on ne sait, des morts et ,des blessés, ensevelis et qu'on n'a pu encore dégager. Et le canon gronde toujours. Après l'attaque, les Allemands seraient restés dans une petite tranchée, à 200 mètres en avant des lignes. Il se pourrait très bien qu'une nouvelle attaque, plus importante, ait lieu. On ne là redoute guère. Les revolvers, les masques, sont là, à portée. Ce serait un tel soulagement pour notre haine, de les voir enfin face à face !
Les journaux arrivent. Communiqué :«A l'ouest de la Meuse, après une violente préparation d'artillerie... les pentes du Mort-Homme.... » Il s'agit de nous.

25 avril. - Beau temps, très beau, même. La sérénité de la nature qui ramène son printemps s'oppose à la misère que l'humanité se crée à elle-même.
Grande lutte d'artillerie dans l’après-midi. Le tir de part et d'autre, est réglé surtout sur les batteries adverses; les hommes ont un peu plus de tranquillité. Pourtant il y a encore des pertes. Nous arrivons au chiffre de 400, dont 170 tués.
Ce soir, la réserve de matériel, avec toutes ses cartouches, brûle à Esnes.
A neuf heures, arrive le colonel du ...e, qui nous relèvera demain. Il fait la reconnaissance avec ses Officiers.

26 avril. - Très beau temps. Six avions allemands, pendant cinq heures environ, ont fait au-dessus de nous toutes les observations qu'ils ont voulu. Je ne veux pas critiquer. Je constate seulement que pas un de nos avions de chasse n'a paru, de toute notre semaine d'occupation des tranchées. Résultat: un tir des plus efficaces sur nos lignes, sur les batteries, sur les villages ; et de lourdes pertes.
Au soir, la relève. Cependant le 2e bataillon reste à Esnes, où le bombardement est effroyable. Je l'ai dit, il n'y a aucun boyau, et pour le moment on ne travaille pas à en creuser. Le ravitaillement, la relève, l'évacuation des blessés, tout se fait par l'unique route d'Enes à Montzéville ; elle est repérée. et criblée d'obus, nuit et jour.
Je quitte le poste de commandement vers minuit. On tire de tous côtés.

A quatre heures du matin, nous nous couchons, à Béthelainville, dans une cave.

* Nota: Une erreur s'est glissée dans le texte du Commandant Bréant, il s'agit vraisemblablement de la 12e Cie du 161e RI et non de la 32e Cie.
Le JMO du 161e RI semble le confirmer

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SHD Mémoires des Hommes 26 N 702/1, vue 30.

Merci à Arnaud Carrobi pour sa relecture attentive.

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Henri Baudiment commandait alors la 3ème compagnie du 90ème RI, depuis l’entrée en guerre du régiment. Adjudant à la déclaration de guerre, il venait d’être nommé capitaine à titre temporaire, en date du 30 mars 1916.
Il avait été décoré de la Croix de Guerre par les Français, et de la Military Cross par les Britanniques, à l’issue des combats autour d’Ypres, du 6 au 12 novembre 1914
Louis Cazaubon a consacré un blog au capitaine Baudiment et à sa famille.

 

Au archives départementales de la Meuse, on retrouve trace des inhumations provisoires des capitaines Millon  et Baudiment, sur le territoire de la commune de Jubécourt (55).

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Le Capitaine (abbé) Millon à gauche - Le Capitaine Baudiment à droite

 

Sources:
Collection de l'auteur
Collection particulière Louis Cazaubon
Collection Frédéric Radet
« De l'Alsace à la Somme » - Pierre Bréant – Hachette

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02 juillet 2018

Un mémorial familial sur les pentes de 304 - Alphonse CHAGNOLLEAU

Il est parfois des découvertes qui me touchent et le temps du Centenaire est un moment propice à ces découvertes. Mon intérêt se porte principalement sur la forme de la prise en charge de la mémoire par les familles elles-même, l'implication des familles très souvent bien loin des canaux officiels.
Toujours ému devant l'émotion sincère des familles lors des évennements qui parsèment ce Centenaire, j'en viens, par exemple à penser à la rencontre avec les descendants lors de la journée anniversaire du 9 mai 2015 à Loos en Gohelle, où il m'avait été donné l'occasion de rencontrer la famille de Léon AUGRAS, un agriculteur de Maillet.

Toujours concernant les soldats du 90e RI, sur les réseaux sociaux, très récemment, par le biais du compte  de Camille Varges Harlé @C_VargasHarle j'ai découvert un mémorial officieux rendant hommage à un soldat de l'Indre et ce sur les pentes d'un des haut-lieux des combats 14/18 des régiments de l'Indre, à savoir la Cote 304 du secteur de Verdun.

Capture304

Ainsi, sous une modeste mise en ligne de quelques clichés, j'eus l'agréable surprise de découvrir l'hommage rendu à Alphonse CHAGNOLEAU du Poinçonnet.
J'aime la modestie de l'hommage, simplement composé d'un cliché datant du service militaire (avant 1910 du fait de la présence d"épaulettes), d'un rappel de la situation du 90e RI en ce 4 mai 1916 (JMO), d'une fiche Mémoires des Hommes et d'un rappel anonyme de la filiation pour rendre hommage au grand-oncle disparus ainsi qu'à ses camarades

Natif d'Arthon en date du 1er septembre 1881, fils de Jean et de Jeanne SIMON, il réside à Lys-Saint-Georges au moment de sa conscription. Déclaré "Bon pour le service" suite au conseil de révision, il part au 10ème RI à compter du 15 novembre 1902 pour finalement être libéré le 23 septembre 1905.
Rappelé à la mobilisation, il arrive au régiment d'infanterie de Châteauroux le 12 aout 1914. Il se rend alors à la caserne Bertrand de Châteauroux.
Il est porté disparu le 4 mai 1916 à la Cote 304 à Esnes en Argonne (55).
En l'absence de témoins direct de cette disparition, le tribunal civil de Châteauroux acte de la disparition et par jugement déclaratif considère Alphonse Chagnoleau comme décédé le 4 mai 1916.
La transcription de ce jugement est effectuée à la mairie du Poinçonnet, où il est déclaré comme résident depuis son retour du service militaire en 1905.

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Sa fiche matricule sur le site des AD36 (page 149 du lien)

 

La fiche d'Alphonse sur le blog Mémorial Départemental
Je comprends maintenant le commentaire qui avait été laissé en mai 2016 sur la fiche de Alphonse CHAGNOLEAU, pour le centenaire de la disparition

 

Capture0 Capture1 Capture2 Capture3

Chagnoleau Alphonse Verdun 1916

 

Sur les combats de 304, on pourra relire le témoigne de Albert Le Flohic "Il y a 100 ans, sur 304, les pénibles journées de mai 1916"

12-Combats cote 304

 

Merci à M. Riaux pour le souvenir de son aieul et de ses camarades

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28 mai 2016

Il y a 100 ans, sur 304, les pénibles journées de mai 1916

En cette veille de commémoration du Centenaire de la bataille de Verdun, ma participation consistera surtout en une relecture du livre d'Albert Le Flohic qui se trouvait à la 10e Cie du 90e RI et qui fut fait prisonnier le 4 mai 1916 sur les pentes de la Cote 304.
Ainsi, je pense à eux tous, ceux qui y restèrent et ceux qui en revinrent:

  • Lundi 1er mai

C’est ce soir que nous remontons en ligne.
La gaîté a disparu. On se rappelle « la dernière fois ». Le dîner de départ est triste. Combien reviendrons-nous cette fois-ci de là-haut ? Voici ce que chacun pense… et cependant personne n’ose poser la question.
Lévy me donne sa photo. (…)
20 heures 30, départ du bataillon.
Je reste en arrière pour régler quelques détails. (…)
La corne du cimetière de Montzéville est très battue. L’aspect du terrain est horrifiant. Les obus s’écrasent parmi les tombes et les éclats métalliques et pierreux volent de tous côtés.
Pendant un quart d’heure, nous restons à plat ventre à la porte du cimetière, attendant une accalmie sous les rafales. L’odeur est insupportable. C’est un mélange de soufre, de teinture d’iode et de pestilence cadavérique. La passerelle est trop dangereuse ce soir, on ne l’utilisera pas.
Courbés en deux, nous gravissons la cote 304, et je rejoins enfin le commandant à l’entrée du poste. (…)
Les camarades que nous relevons se hâtent de nous laisser la place. Le marmitage ayant diminué, ils veulent profiter de l’accalmie.
Mais à peine sont-ils partis que cela recommence de plus belle.

  • Mardi 2 mai

Calme jusqu’à midi. Ça repose de ne plus entendre le fracas des éclatements.
Nous nous équipons car ces silences d’artillerie sont généralement de mauvais augure.
Vers midi, de nouveau, un bombardement extrêmement violent se déclenche encore une fois sur notre première ligne.
Il doit y avoir déjà de fortes pertes.
À la nuit, quelques agents de liaison arrivent des compagnies. Ils sont comme fous, ils ne peuvent à peine raconter ce qui s’est passé.
Le lieutenant Rouaix est blessé. Belloche et Alaphilippe sont tués. Chopinet est grièvement blessé.

  • Mercredi 3 mai

6 heures du matin. Le bombardement reprend. D’abord ce ne sont que quelques 280 sur les premières lignes. Puis vers 7h, le tir reprend de l’intensité. Décidemment le P.C du commandant est bien repéré. Les obus s’écrasent sur lui tout comme si on les posait à la main.
Les premières lignes sont pilonnées sans arrêt. Quel va être le bilan des pertes ce soir au bataillon ? Lentement la journée se passe. J’ai le cafard. Le commandant est soucieux. Je ne l’ai encore jamais vu dans cet état. À chaque instant il demande aux hommes qui sont juchés sur les derniers barreaux de l’échelle de le renseigner sur le tir de l’artillerie qui fait rage. Il redoute une attaque car il sait que ses compagnies qui sont squelettiques ont beaucoup souffert de la dernière période de tranchée.
La nuit vient. Quelques coureursde boyaux arrivent. Ils ont passé dans le feu de barrage et c’est tout haletants qu’ils transmettent leurs renseignements.
Nos pertes sont extrêmement importantes en tués et en blessés. Les hommes n’en peuvent plus et les plus cuirassés sont à leur tour démoralisés par ce feu d’enfer qui les hache sur place. Depuis plusieurs heures, nous n’avons plus de liaison avec le colonel.
Les téléphonistes, au prix de la vie de cinq d’entre eux, ont réinstallé une ligne qui fonctionne une demi-heure. Pourquoi, diable, le colonel n’envoie-t-il personne au P.C du commandant puisque ce dernier ne répond plus. Peut-être a-t-il, d’ailleurs, envoyé quelqu’un ? Peut-être les agents de liaison ont-ils été tués en route ? Des coureurs que nous envoyons d’ici sont partis les uns après les autres. Aucun n’est revenu… et le bombardement n’arrête pas. Nous sommes assourdis. Les nerfs de chacun sont tellement tendus à chaque instant des discussions, voire même des petites disputes, s’élèvent à propos de choses insignifiantes. Les grenades et les fusées qui se trouvaient à l’entrée du poste éclatent ou prennent feu. Une fumée intense, âcre, envahit l’abri. Nus sortons nos masques. Le père Royné qui n’aime pas exposer son monde inutilement donne cependant l’ordre à Savatin et à Dupuis d’aller aux nouvelles. Il leur donne l’ordre d’une voix ferme, sèche, bien qu’il envoie deux hommes à la mort : « Mes petits, il faut absolument aller voir ce qu’il se passe. Partez et bonne chance ! » Mes camarades nous serrent à tous la main et montent tranquillement. Le marmitage est terrifiant. Je dois avouer que je suis très impressionné par leur calme. Ils « savent » que là-haut le terrain est balayé par une rafale d’acier. Ils savent aussi qu’il n’y a pas le moindre boyau. Ils savent enfin qu’ils ne reviendront pas. Ils ne sont jamais revenus.
Savatin a été tué en mettant le pied hors du poste. Dupuis a été tué cent mètres plus loin.
Je prépare mon papier pour le colonel car le commandant Royné a décidé d’envoyer quand même Dodoche faire la liaison.

  • Jeudi 4 mai

3h30 du matin, le jour commence à poindre.
J’ai pu réunir les renseignements des quatre compagnies, non sans mal. Je passe mon casque à Dodoche car il a perdu le sien la nuit dernière. Il part, le commandant lui recommande, de son ton bourru, de ne pas revenir avant la nuit prochaine s’il réussit à atteindre le P.C du colonel.
Il l’embrasse et lui donne une bonne tape dans le dos. Entre temps, sous un feu effroyable, un téléphoniste survivant a posé une nouvelle ligne. Quand il rentre au poste, elle est déjà coupée. Deux agents de liaison réussissent à raccorder un tronçon de ligne et j’apprends que Dodoche, Rolland et « Grassouillet » sont à une centaine de mètres de nous, mais qu’ils ne peuvent absolument pas bouger. Nous admirons tout particulièrement le courage de Dodoche qui, ayant eu la chance d’arriver jusqu’au P.C du colonel, est quand même revenu malgré l’ordre du commandant. Il n’y coupe pas de se faire engueuler car Royné n’aime pas qu’on lui désobéisse… même pour le bon motif.
6h du matin. Voilà 24 heures que le bombardement dure. Le père Royné et Romary, commandant un bataillon du 68e, n’ont cessé toute la nuit de réclamer par coureurs du matériel. Mais les coureurs ont dû être tués en route. Du haut de l’échelle nous voyons une fumée s’élever sur le versant sud de la Côte 304. C’est Esnes qui est en feu. Nos malheureuses tranchées ou plutôt ce qu’il en subsiste ne doivent plus avoir de fil de fer. Quant aux abris écrasés, comment les relever puisqu’il n’y a pas le moindre morceau de bois.
Le commandant est encore plus soucieux que la veille. Le bombardement continue sans arrêt.
14h. Toujours pas d’accalmie, on dirait plutôt que le nombre des éclatements s’accroît encore.
Pourquoi notre artillerie ne répond elle pas ? Nous n’avons pas mangé depuis trente heures. Il y a longtemps qu’il n’y a plus une goutte d’eau à l’intérieur de la sape.
16h. Le commandant demande à Boiron qui est en haut de l’échelle s’il entend quelque chose.
Au milieu du vacarme assourdissant, il ne perçoit que quelques coups de feu isolés.
« Ils vont sûrement attaquer » crie Royné. « Que tout le monde s’équipe complètement et que chacun soit près ».
« Les voilà, les voilà ! » lance Boiron. « ils ont enlevé la première ligne et sont en train de dépasser le poste ». Le bombardement est toujours aussi violent. Mais les Allemands ont ménagé des couloirs à leurs troupes d’assaut. Personne ne s’affole, le calme le pus complet règne dans en ce moment dans l’abri. Lavigne, revolver au poing monte jusqu’à la sortie. Je me tiens derrière lui. Alors qu’il mettait le pied sur le dernier barreau de l’échelle une grenade arrive, Lavigne la reçoit en plein sur sa capote. Sans perdre une seconde et avant qu’elle n’éclate il la relance au dehors. Je redescends l’escalier car Royné appelle.
« Vont-ils forcer nos cagnas à coups de grenades ? »
« Qu’allons nous faire ? »
« Résister ? »
Nous n’avons pas dix fusils, nos officiers ont bien leurs revolvers…les téléphonistes aussi…mais pas de cartouches.
Attendons. Peut-être que toutes les compagnies ne seront pas anéanties et que nous allons pouvoir en rejoindre une. Sortir ? Comment ? Le bombardement est véritablement épouvantable. Les Allemands ont attaqué et attaquent encore sous leur propre barrage. Nous les voyons sauter sous leurs propres obus.
Soudain, on crie. C’est de l’Allemand... Au même instant, un des nôtres nous lance : « Ça y est nous sommes faits. » Tout est fini.
Je pense à prendre ma musette et foule au pied quelques papiers qui ont mal brûlé, car sur l’ordre du commandant, j’avais fait un brasier de tous mes papiers une demi-heure avant.
J’aperçois un casque, je le prends, mais il est trop petit. Là-haut, les Allemands nous pressent.
Avant de partir, je bois un grand coup à la bonbonne… car on ne sait jamais !
Le commandant Romary me demande ma carabine et mes chargeurs. Je les lui passe. Royné fait peine à voir. J’essaie de le remonter en lui faisant en lui faisant ressortir qu’il n’a rien à se reprocher et qu’il a fait tout ce qu’il a pu ; qu’avec une poignée d’hommes désarmés, on ne peut pas empêcher un régiment de passer. Quelqu’un crie : « le commandant Romary tire avec la carabine à Decaux ». « C’est idiot, il va nous faire bousiller tous ». Le père Royné répond :
« Fermez vos gueules, il fait son devoir ». C’est à moi, maintenant qu’il appartient de parlementer avec les Allemands. Cette fois ci, je suis en avant et Lavigne me suit. J’arrive au jour. Ils sont là. L’un d’eux assis sur la porte de l’abri nous fait signe de sortir. Du doigt, il nous indique le chemin. Comme par enchantement, le canon ne gronde plus. Le soleil nous éblouit.

Sources: Albert Le Flohic - Cinquante ans après

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Albert Le Flohic (1895-1974)
Photo datant de 1952

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27 mai 2016

Les indriens lors de la bataille de Verdun

Ce matin sur l'antenne de France Bleu Berry (7h45), il m'a été donné l'occasion d'aborder le rôle des soldats du département dans cette grande bataille que fut celle de Verdun.

Ce message se veut un complément de mon intervention, car en 5 minutes il est bien difficile de rendre compte de cette bataille de 300 jours dont nous commémorons le centenaire actuellement.

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2 soldats du 268e RI à la Cote 304 - Mai 1916 - Photo Lieutenant Jabien

Les chiffres annoncés ci-après concernent les soldats natifs du département, résidant dans l'Indre ou ayant un lien direct avec le Département (Livres d'Or, Monuments aux morts, Fiche du site Mémoires des Hommes, ...)

Il m'apparait tout d'abord intéressant de repositionner cette période au travers de la liste des 10 jours qui virent le plus de pertes dans les rangs des soldats indriens.

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La bataille de Verdun dura du 21 février 1916 au 18 décembre 1916 (Les combats continuèrent ensuite, mais on considère cette date comme celle de la fin du fait du retour des troupes allemandes sur leurs positions de départ et suite à la fin des engagements de masse des corps de troupe en attaque ou en défense.

La bataille se déclenche rive droite de la Meuse sur la zone des forts (Le fort de Douaumont chute le 25/02 et le fort de Vaux le 7 juin 1916). Rapidement la bataille s’enlise et les allemands décident d’attaquer la rive gauche courant mars 1916 (Mort-Homme 304). Le Fort de Douaumont fut repris le 23 octobre et le Fort de Vaux le 2 novembre 1916.
Les chiffres retrouvés estiment globalement qu'environ 70% de l'Armée française de l'époque passa par Verdun au long des ces 300 jours. Par delà les pertes, cela explique l'importance mémorielle de cette bataille dans l'histoire de ce conflit et dans l'histoire des anciens combattants français et de leurs familles.

Sur la période de la bataille (21/02 au 18/12), 2227 soldats ayant un lien avec le département de l’Indre sont décédés dont 1255 soldats sont tombés sur le territoire du département de la Meuse.
Ces chiffres ne sont que des minimas, car il est difficile de définir ceux qui succombèrent du fait des évennements de Verdun.
En effet il est difficile de détecter un soldat blessé à Douaumont, évacué et qui succombe dans un hôpital de l'arrière. Difficile de détecter un soldat qui meurt des années plus tard des suites de ces mêmes combats.

Regardons chronologiquement les pertes indriennes en Meuse:

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Deux périodes ressortent:
Tout d'abord l'engagement du 8e Corps d'Armée dans les premiers jours pour assurer la défense des Forts de Verdun. Bon nombre de soldats de recrutement Châteauroux étaient affectés dans les unités de ce corps d'Armée. Nous avons donc tout d'abord un pic concernant la défense du fort de Douaumont avec les 95eRI (Bourges) et les 85e RI (Cosne sur Loire).
Le 2ème pic correspond à l'engagement du 409e RI dans le secteur de Vaux. Ce régiment avait été crée en 1915 sur le territoire de la 9e Région Militaire (Tours - dont fait partie l'Indre) et où beaucoup de soldats du département furent affectés au moment de la création du régiment.

La 2ème période concerne le 9e Corps d'Armée (Tours) était composé de nombreux soldats indriens, en effet il était composé pour partie des régiments ayant Châteauroux et Le Blanc comme garnisons (68, 90, 268 et 290e RI).
Ce Corps d'Armée était initialement prévu pour n'entrer en action qu'en juillet pour la bataille de la Somme. Les pertes furent telles que le commandement fut obligés de revoir ses plans et de faire participer au grand tourniquet des Corps d'Armée jusqu'alors en réserve.
Entre les 21 avril et 8 mai 1916, les régiments montèrent par 2 fois pour défendre les secteurs environnants la Cote 304. Les pertes principales se situèrent les 4 et 5 mai 1916 lors d'une grosse offensive allemande sur le secteur.
Certains régiments comme les 268 et 290e RI furent rappelés une 3ème fois jusqu'au 15 mai 1916

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Il est possible de retrouver les fiches de ces soldats sur le Monument virtuel du département:  http://indre1418soldats.canalblog.com/

Les messages de ce blog sur Verdun: http://indre1418.canalblog.com/archives/_6_verdun___cote_304___1916/index.html

Concernant Charles AUSSUDRE, le premier mort indrien à Verdun http://indre1418.canalblog.com/archives/2016/02/22/33394720.html

Concernant le François BOUCHARD, vicaire de Vatan et sous lieutenant au 290e RI http://indre1418.canalblog.com/archives/2016/03/17/33525740.html

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24 avril 2016

Le 290e RI au Bois Saint Pierre, en attendant la montée en ligne

"De Nubécourt et Bulainville nous nous sommes rendus au Bois de Prix-Saint-Pierre ou simplement Bois Saint-Pierre.
Ce bois se trouvait
immédiatement au Sud de la vallée profonde que suivaient la voie ferrée et la route de Verdun à Clermont-en-Argonne. La voie n'avait plus l'air de fonctionner.
Une fois au Bois Saint-Pierre on appartenait inéluctablement à la place de Verdun, ce grand bastion qui aspirait successivement presque tous les régiments de l'Armée française, et d'où ils sortaient invariablement pantelants et décimés. Nous avons été aspirés à notre tour depuis les bords de la Manche.
Ici la physionomie de la campagne était transformée. Il y avait des troupes partout. On se serait cru à l'arrière d'une Armée de siège. A part le grouillement des troupes tout était calme et tranquille, sur les chemins aucun désordre, ni encombrement. Jusqu'aux lignes les routes étaient excellentes. Ces constatations étaient réconfortantes. On sentait qu'une main invisible dirigeait et ordonnait tout cela. Quel contraste avec ce que nous devions voir un an après dans l'Aisne.
Nous avons fait notre entrée ,dans le bois par un temps de pluie abominable. Au bas du chemin creux que nous suivions il y avait une montagne de boue. Comme installation c'était le bivouac. Comme abris nous avions de mauvaises huttes en bois recouvertes de terre et qui étaient traversées par la pluie comme des tamis. Tous les matins, je baignais dans un petit
lac qui se formait dans mon imperméable. Le compte rendu légendaire d'autrefois : « Les troupes sont fraîches, il a plu toute la nuit » nous aurait été parfaitement applicable.
Le 23 avril, c'était jour de Pâques. Elles n'étaient nullement fleuries. On a néanmoins organisé une messe. La joyeuse voix des cloches était remplacée par celle du canon. Les sapeurs ont construit un autel, et le Sous-Lieutenant Bouchard a officié. L'assistance était nombreuse et très recueillie. Un vague pressentiment des événements prochains avait envahi chacun. Plus d'un des assistants devait en effet après les journées des 4, 5 et 6 mai dormir son dernier sommeil sur la croupe 304".

 

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Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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16 avril 2016

En route pour Verdun

 Le 290e RI et le 9ème corps d'Armée de manière plus générale commencent à faire mouvement pour alimenter le "tourniquet" de la fournaise meusienne qu'est Verdun.

"Le 13 avril au matin, nous nous rendions à Tricot pour nous embarquer. A ce moment, nous étions fixés sur notre destination finale.

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Sur le quai de la gare en attendant le départ - Ltn Jabien 268e RI

Nous nous sommes embarqués en trois trains, ce sera la règle dorénavant. Nous avons débarqué à Sommeilles-Nettancourt, au Nord de Revigny. Nous sommes allés cantonner l'E.-M., la C.H.R. et le 6e bataillon à Chardogne (Nord-Ouest de Bar-le-Duc), le 5e bataillon à Laimont (Est de Revigny). Pour nous rendre dans nos cantonnements nous sommes passés à Brabant-le-Roi, où le 21 février nos artilleurs avaient abattu un des Zeppelins qui étaient venus annoncer l'offensive allemande sur Verdun. Nous avons été bien accueillis dans ces premiers cantonnements de la Meuse".

Le 17, nous quittions nos cantonnements et nous revenions sur nos pas. Nous allions cantonner à Brabant-le-Roi et à Villers-aux -Vents. De là nous avons gagné Vaubécourt et Pretz-en-Argonne. J'étais personnellement logé à Vaubécourt, qui semblait avoir été un joli chef-lieu de canton. Les Allemands l'avaient quelque peu transformé. Beaucoup de maisons avaient été démolies à coups de canon et incendiées. Les habitants étaient pour la plupart restés dans la localité.

Mon gîte se trouvait dans une maison importante habitée par une dame veuve âgée. Elle avait dans sa maison un grand nombre de chambres inoccupées. Elle voulait bien me loger, mais elle ne voulait pas de mon Officier adjoint, le Lieutenant Davaillaud. Je parlementais d'abord poliment, mais quand je vis que cette vieille tourterelle ne voulait rien entendre, je lui déclarai que mon Officier resterait dans sa maison et que le drapeau, que j'y avais fait déposer, s'en irait dans une maison plus hospitalière. Là-dessus la bonne dame feignit de se trouver mal, elle eût quand même encore assez d'esprit pour me dire que les Allemands avaient été bien plus polis que nous. « En effet, lui dis-je, je n'ai qu'à regarder les décombres d'en face pour être fixé; je n'ai qu'un regret, c'est que votre maison ne soit pas dans le même état, cela nous aurait évité toute discussion.
Je tournai les talons et ne revis plus cette patriotique propriétaire"

De Vaubécourt nous nous sommes rendus à Nubécourt (E.-M., C.H.R. et 6e bataillon) et Bulainville (C.M. et 5e bataillon). Nous nous trouvions alors dans la riante vallée de l'Aire; nous y sommes restés pendant quelques jours. Les habitants étaient de braves gens qui nous ont fait le meilleur accueil. Comme à Maignelay, ils savaient où nous allions. Leurs relations avec le régiment étaient empreintes d'une certaine pitié.

Sources: Colonel Eggenspieler - Un régiment de réserve du Berry - Le 290e RI

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12 novembre 2008

La famille Baudiment

Un nouveau-né dans la blogosphère, voici celui de la famille Baudiment.
Un de ses membres, Henri, fut capitaine au 90e RI jusqu'à ce qu'il tombe à la Cote 304 avec nombre de ses hommes.
J'en avais déjà parler ici
Je me souviens de discussions passionnées autour de vieux albums de photos, à Notre Dame de Lorette, en mars 2006. Louis, son petit neveu, a récemment créé un blog, où il nous fait partager une partie des albums ainsi que le parcours des frères Baudiment.

http://blessuredeguerre.canalblog.com/

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Bienvenue au club des bloggeurs du 90e

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10 juin 2008

Un poème pour Abel

En souvenir de mon père tué le 5 mai 1916 à la bataille de Verdun

Dans les tranchées glacées, ils ont dormi debout,
Debout, toujours debout, jusqu'au ventre la boue.
Dormi si peu de temps que se tait la mitraille,
Fourbus, vidés, meurtris jusqu'au fond des entrailles.

Quand au fil des saisons la boue s'est asséchée,
La sueur et la crasse et les plaies et les poux
Et les balles et les bombes et les gaz
Et les morts, tant de morts ...
Disaient que ce calvaire était toujours debout!
... Viendra-t-il un jour où le canon s'est tu
Quatre années de tranchées ...
Sont ce là des années ... ?

Bien des ans ont passé ...
Et quand fuit le sommeil,
le livre de ma vie
S'ouvre au hasard des pages ...
Ainsi je pense à eux,
A tous ces innocents
Plongés dans la tourmente
Eux écrivaient ... l'enfer ... !
L'enfer de feu de fer
De froid et de souffrance
De souffrances et de larmes

Je pense à ces croix blanches
Qui se dressent là-bas
Dans ces champs reverdis
De leur chair enrichis

La terre a mis longtemps
A panser ses blessures
A reprendre ses droits
Elle aussi a souffert,
Elle aussi fut ouverte
Percée, brûlée, minée,
Bouleversée, calcinée,
De toute parts broyée ...
... avec eux
Se recueillit ... longtemps
Figée dans sa douleur
Elle et eux emmêlés ...
Dans la même tuerie ...
Il a fallu des mois
Pour les séparer d'elle,
Leur donner un linceul,
Leur donner une tombe,
Parfois peut-être un nom?
Et ... peut-être le leur ... ?
Terre transformée, saccagée,
Douloureuse elle demeura ...
Tant de restes encore
Se consumaient en elle ...
... Des années recueillie ...
Avant de s'émouvoir
Et sortir de son deuil
Du deuil de ses enfants
Du deuil de la nature ...
... L'herbe réapperue ...
Et l'oiseau dans la nue,

Je pense à ces hommes, jeunes,
Que nul n'a revu
... Et "portés disparus" ...
A tant d'os inconnus
Enchassés dans l'ossuaire ...

Lorsque la nuit tombée,
Son phare s'allume et tourne
Sur ces champs de bataille
Rappelant leur mémoire
Aux "passants" que nous sommes
Douaumont toujours pleure
Quand la cloche du soir
Tinte en leur souvenir ...

Je pense à Un surtout
Qui n'est pas revenu
Je pense à ce "poilu"
Que je n'ai pas connu

Et ... qui était ... mon père ...

Berthe Gendre-Soret (1992)


Pour Abel Gendre

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Gendre Abel Jean Joseph
Soldat au 90e RI
né le 22 juillet 1881 à Murs (Indre)
Mort le 5 mai 1916 à Esnes-Cote 304 (Meuse)
Inhumé à la NN d'Esnes en Argonne


Merci à Claude pour sa confiance

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15 mars 2007

Le sergent Luneau, du zinc aux tranchées

Fernand Luneau est né le 3 septembre 1881 à la Champenoise (Indre). Il est le benjamin d’une famille de 5 enfants. Orphelin de père à l’age de 8 ans, il est élevé par ses frères et soeurs. Ses parents sont Isidore et Popineau Julie Eglantine.
A sa concription, à l'age de 20 ans, il déclare la profession de charcutier et réside alors à Orléans. Seule sa mère réside encore à Luçay-le-Mâle, son père étant décédé précédemment.

Sa fiche matricule est consultable aux archives départementales de l'Indre

Le 18 juin 1907, il épouse Augustine Berthaud de Levroux.
Il effectua son service au sein du 10e RI d’Auxonne.
Etabli comme cafetier à la « buvette parisienne » de Châteauroux, à la mobilisation, il laisse sa femme tenir le café. Mobilisé au sein du 290e RI, il se rend donc à la caserne Bertrand, il est alors affecté à la 23ème Compagnie (6e bataillon).
Son parcours est alors celui du 290e RI. Le 21 octobre 1914, il passe Caporal et Sergent le 11 janvier 1915.

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Le sergent Luneau

Il est grièvement blessé le 5 mai 1916 à la cote 304. Il est alors évacué vers Lyon, où il arrive le 12 mai.

Suite à son action, une proposition de citation est émise par ses chefs. Elle fut formulée ainsi :
« Le sergent Luneau Fernand qui appartenait à la 23e Cie du 290e fut blessé le 5 mai 1916 à la Cote 304 en repoussant avec sa demi section une contre attaque ennemie qui tentait d'aborder nos lignes.
Il fit l'admiration de ses hommes en conservant quoique blessé le commandement de ses hommes de son unité jusqu'à ce que la contre attaque ennemie fut complètement repoussée
D'une manière de servir exemplaire, il fut en toutes circonstances un auxiliaire précieux pour ses chefs ».

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« Des hommes de ma section » (Sergent Luneau, marqué d’une croix)

Revenu à la vie civile, il vendit son café à Châteauroux et montât à Paris. Il reprit son métier de cafetier et s’installa  au Montholon (square Montholon), au Bouquet de Grenelle situé rue de l'Arbre sec puis au Trianon du côté de la rue de Rivoli.
Il se retira ensuite à Châteauroux pour vivre de ses rentes.

Sources: Marie Claude Peuchaud (archives privées)
Merci Marie Claude pour votre confiance

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19 septembre 2006

La vie de château (ou presque)

En ce 19 septembre, le 68e RI a connu des périodes difficiles que ce soit à la Cote 304, en Champagne ou dans la Somme. Nombreux ont été les tués, mais aussi les prisonniers.

Certains officiers du 68e RI ont été internés au sein du camp de Reisen, près de Posen.

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Ce camp pour officiers, situé à la périphérie de la ville de Posen (4 Km), se situait dans un vieux château.
Le 25 juin 1916, il reçu la visite des délégués Espagnols. On dénombrait alors 380 prisonniers, dont 205 français.

Si vous avez des informations sur ces officiers, sur ce camp, n'hésitez pas à me contacter.

Sources: Les prisonniers de guerre 1914-1918

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