14 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (14/09/1914)

14 septembre 1914 (7 Km):
Le régiment reçoit l'ordre un campement ennemi. Les ce de se porter à l'attaque de NAURY.
A la sortie de THUIZY, un campement ennemi. Les cendres sont encore chaudes. quelques sacs, des boites de conserves. Il n'y a pas longtemps que les Allemands sont partis. Plus loin, un autobus BERLIN est abandonné.
Jusqu'à la lisière des bois (route parallèle et à 2 km 5 à l'Est de la voie ferrée) notre progression s'opère avec facilité.
Mais la lisière est bien repérée, et dès qu'un homme apparait, il est salué par une salve de 77.
Nous attendons.
Les éléments de droite essaient d'avancer par les couverts: ils ne sont pas loin.
Je reçois, à ce moment, l'ordre de tenter le mouvement avec ma compagnie, la 1ère, et avec la 2ème dont le chef, le lieutenant LANNES, vient d'être blessé. Je fais prendre à mes compagnies des formations aussi larges que possible et prenant comme axe la route THUISY-NAUROY, nous débouchons.
Les 77 se mettent à pleuvoir. nous progressons par bonds. Un signal, une course de 50 m, puis tout le monde à terre. Comme nous les regrettons maintenant les sacs que nous avons du abandonné pendant la retraite! Les six 77 de la batterie éclatent. C'est fini jusqu'à la prochaine salve et nous repartons; Les Allemands tirent bien et en quelques minutes, j'ai plusieurs hommes touchés. Nous continuons cependant. A 1500 m à la jumelle, j'aperçois parfaitement à la lisière du bois PATRON la batterie qui nous tire dessus.
Mais l'ennemi se rend compte du danger. Il déclenche maintenant un tir de 105 percutant sur l'ancienne voie romaine juste au moment où je l'atteins avec mes premiers éléments.
Un des premiers obus éclate près de moi. Je suis touché ainsi que plusieurs hommes de ma liaison. Je passe le commandement des 2 compagnies à un sergent. Mais la progression ne pourra être reprise.

19140914

 

Cette journée marquait le commencement de la guerre de position. Nous venions de parcourir 525 kilomètres depuis le 26 aout, soit une moyenne de 20 kilomètres pendant 26 jours.

 

Sources:
Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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13 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (13/09/1914)

13 septembre 1914 (20 Km):
A 7h on vient me prévenir qu'une colonne d'infanterie suit à notre gauche sur la route VAUDEMANGE-BILLY-LE-GRAND. C'est le régiment. Alors que je le croyais à droite, il était à ma gauche. Je le rejoins. On me supposait prisonnier avec toute ma compagnie. Que s'était-il passé? La marche sur LIVRY avait été suspendue et le régiment s'était arrêté à ISSE. Le colonel avait envoyé 2 cyclistes me prévenir du contre-ordre, mais il faisait un temps si épouvantable qu'ils n'avaient pu me joindre. J'avais donc pénétré de plus de 10 km dans les lignes allemandes.
Notre progression continue. LES-PETITES-LOGES, SEPT-SAULX. On suit les Allemands à la trace. C'est une véritable chasse à courre. Nous avons 20 minutes, 30 minutes de retard seulement. La route est jalonnée de sacs et d'équipements. Dans SEPT-SAULX, les trottoirs, les caniveaux sont jonchés de bouteilles ... vides naturellement. Les portes des maisons, des caves, sont défoncées. Le vin coule à flot dans les rues. C'est bien tentant pour nos hommes et quelques scènes de pillage se produisent. Des artilleurs remplissent de bouteilles leurs caissons vides.  d'obus.
Nous nous portons à l'attaque de PROSNES, prêts à soutenir les bataillons de 1ère ligne.
Nous recevons quelques obus, mais sans dommage. Bientôt nous sommes en vue du village. Il est en flammes. Notre artillerie a bien travaillé et les Allemands l'ont abandonné.
Nous revenons cantonner à THUIZY. Nous sommes éreintés.

19140913

Sources:
Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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12 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (12/09/1914)

12 septembre 1914 (30 Km):
Partis aux première heures du jour, nous avons fait grand'halte sur le bord de la Marne devant CONDE, en attendant que le Génie ait construit un pont de bateaux à côté de celui que les Allemands ont fait sauter pour protéger leur retraite. Nous passons la Marne et traversons CONDE. A la sortie du village, le commandant ALQUIER, commandant le régiment et le général MOUSSY, commandant la brigade, m'appellent et me donnent l'ordre "de progresser avec ma compagnie par le canal de la Marne à l'Aisne, de manière à flanc-garder à gauche la Brigade qui va marcher en direction de LIVRY-SUR-VESLE et à assurer en même temps la liaison avec la Division Marocaine qui progressera à l'Ouest du canal". "Vous rejoindrez votre régiment à LIVRY", ajoute le Général MOUSSY.
Je me met en marche. La marche est très pénible et il pleut toujours. A notre droite nous ne pouvons rien voir. A gauche, jusqu'à hauteur de VENDEMANGE j'aperçois les colonnes de la Division Marocaine. En vue de BILLY-LE-GRAND, nous essuyons quelques coups de feu à notre gauche. Ce sont des cavaliers ennemis que nous mettons en fuite.
A notre droite le canon tonne sans interruption, mais en arrière de nous, ce qui ne laisse pas de m'inquiéter.
Et ces cavaliers à notre gauche! La Division Marocaine n'est donc pas à notre hauteur? J'ai ordre d'aller à LIVRY-SUR VESLE. Je continue.
La pluie tombe maintenant avec une violence inouïe. Nous sommes transpercés. Le canon s'est tu. LIVRY a été enlevé, pensons-nous, et nous trouverons un bon cantonnement. Voici un croisement de routes. J'allume ma lampe électrique et consulte ma carte. Nous ne sommes plus qu'à 400 mètres du village. Encore quelques minutes et nous serons arrivés. Je marche en tête de ma compagnie avec la patrouille de tête. on n'y voit pas d'un côté à l'autre de la route tellement il fait noir. Soudain, de l'autre côté de la route, de derrière un arbre, un cri "Halt, Wer da?". Les Allemands occupent encore LIVRY! "Demi-tour et dans les fossés" fais je passé. La sentinelle allemande lâche son coup de fusil. "France, France" crient mes hommes qui croient à une erreur. La fusillade leur répond. Il n'y a qu'à filer et vite.
Une galopade effrénée achève de jeter le désarroi parmi mes hommes.Mon ordonnance, blessée, a lâché mon cheval qui, affolé, est parti chez les Allemands.
En quelques minutes nous sommes hors de portée. Les Allemands ne sachant à qui ils avaient affaire, ne poursuivent pas. Nous ramenons une dizaine de blessés. Mon sergent-major est disparu. Le 2ème en 2 jours.
Où aller? où est le régiment? Nous ne pouvons marcher toute la nuit. Les hommes n'en peuvent plus. Il faut cependant s'éloigner, car il est évident qu'actuellement nous sommes au milieu des lignes ennemies.
Je décide d'aller passer la nuit en face BILLY-LE-GRAND dans une grande ferme, à l'endroit où le canal s'engage dans un tunnel. Nous y arrivons enfin, mais dans quel état! J'installe mes hommes dans une grange pleine de paille. Impossible de les empêcher de se déchausser et d'enlever capotes et équipements. nous ruisselons d'eau. je place une sentinelle à chaque coin de la ferme et, à Dieu vat, nous passons la nuit là.

19140912

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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11 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (11/09/1914)

11 septembre 1914 (40 Km):
Au petit jour nous repartons.
Je suis obligé de faire une partie de la route à cheval. Il pleut à torrents. après la chaleur, la pluie. Encore une marche de 40 km et dans quelles conditions! sur les routes détrempées, dans les terres labourées où l'on enfonce jusqu'à la cheville, dans les bois.
Nous traversons VOIPREUX, FLAVIGNY, LES ISTRES, BURY. Tout le long de la route, des sacs, des équipements allemands, des chevaux, des voitures, des trainards. C'est une véritable déroute. Dans tous les villages, nous sommes accueillis à bras ouverts. Les habitants pleurent de joie en nous voyant! "Dépêchez vous, nous disent-ils, Il n'y a que 20 minutes que les Allemands sont passés et ils filent". Nous faisons ce que nous pouvons. Mais la résistance humaine a des limites. Nous nous traînons. Quel dommage, pensons nous, que notre cavalerie ne soit pas en état.
Nous arrivons à la nuit à ATHIS, où nous nous installons en cantonnement d'alerte, car les Allemands ne doivent pas être loin. Défense de faire du feu. Et nos hommes qui sont trempés!

19140911

 

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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10 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (10/09/1914)

10 septembre 1914 (10 Km):
Nous sommes face à MORAINS-LE-PETIT. Quelques coups de feu nous accueillent. Les Allemands y sont encore. Nous encerclons le village, mais ils ont le temps de se retirer par la route de BERGERE-LES-VERTUS. Nous n'en trouvons que 4 parmi les ruines. Le village est en cendres. D'un tas de décombres nous voyons sortir deux pauvres vieux. Ils s'étaient réfugiés dans leur cave pendant le bombardement. Au pied de meules de paille 200 blessés, tant Français qu'Allemands, sont abandonnés. Les Allemands ont été surpris. Des chevaux tout harnaché sont attachés aux portes. Des voitures pleines d'équipements sont intactes. Dans une ferme le couvert est dressé. La cantine à vivres des officiers du 8e régiment de la Garde est près de la table. Elle est la bienvenue.
Nos hommes dévalisent les ruches, et essaient de tromper leur faim avec du miel.
Dans toutes les rues, dans toutes les maisons, des cadavres français et allemands.
Mais l'ennemi commence à bombarder le village. Nous l'évacuons et nous établissons au S.E. dans un petit bois où nous demeurons toute la journée. Balles et obus sifflent autour de nous. Comme voisinage, des soldats du 32e d'Infanterie tombés il y a quelques jours. Des chevaux, toujours dans la même position tragique, le ventre ballonné, les pattes raides tendues vers le ciel. Au pied d'un arbre, un hussard de la mort est assis. Dans sa main crispée, il tient encore un morceau de biscuit. Dans un fossé, un de mes camarades de Saint-Cyr avec la culotte rouge à bande bleue.
Une odeur fade, écœurante se dégage de ce charnier. A la tombée de la nuit, nous voyons arriver par la roue de FERE-CHAMPENOISE, les fourgons du régiment. Nous allons être enfin ravitaillés.
Les corvées de pain sont déjà loin lorsqu'arrive l'ordre de départ.
Le régiment se porte à l'attaque d'ECURY-LE-REPOS à 3 km vers l'Est. Mon bataillon se met en marche. Il fait une nuit noire. Nous avançons prudemment car nous pouvons tomber d'un moment à l'autre sur des patrouilles allemandes. Après bien des marches et des contre-marches nous arrivons sur la petite croupe, dans l'angle formé par les routes partant d'ECURY vers l'Ouest. Nous devons attaquer lorsque les deux autres bataillons nous auront rejoints.
A quelques centaines de mètres des feux. Ce sont les Allemands qui occupent le village.
Une demi-heure se passe et les deux autres bataillons qui n'arrivent pas. Nos hommes sont couchés pêle-mêle, le bataillon en forme massive. Tout à coup, la lune se lève; une lune splendide qui éclaire tout le paysage et à 200 m à peine devant nous, une tranchée allemande: "Werda" ... Un coup de feu Un brouhaha dans la tranchée allemande. Nous sommes découverts, nous ne bougeons pas. Ce fut notre perte. Des ordres que nous entendons très distinctement. Des hommes se profilent sur le ciel en ombres chinoises rejoignant leur poste. Des fusil que l'on arme. nous allons être bien reçus! Reculer! Il n'y faut pas songer, et d'ailleurs il est trop tard!! A ce moment une patrouille allemande se détache et s'avance vers nous.
"Quand elle sera tout près" me dit le commandant. A mon signal, le bataillon se portera à l'assaut. La patrouille s'approche. "Wer da". Nous ne bougeons pas. Elle n'est plus qu'à 30 mètres. "En avant!" et le bataillon s'ébranle. Nous clouons les 5 Allemands au passage. Une fusillade terrible s'est déclenchée. Les hommes s'écroulent. Des cris de douleurs. A mes côtés, mon sergent-major est tué. Nous arrivons jusqu'au pararapet de la tranchée allemande. Un Allemand est là, il me met en joue, lâche son coup de fusil. Une brûlure. J'ai une balle dans le cou. Je lui envoie un coup de revolver. A ce moment, un mouvement de recul. Les premiers rangs ont été fauchés. Le bataillon étant en formation massive, les autres rangs sont venus se heurtés à nous. Ils tourbillonnent et font demi-tour. Je trébuche et tombe à quelques mètres de la tranchée allemande. Me relever. je n'irais pas loin avec l'ouragan de balles qui passe au dessus de moi. je m'incruste dans le sol autant que je peux. le sang coule de ma blessure et me barbouille le visage.
Cependant la fusillade diminue, puis s'arrête. Un silence lugubre plane sur le champ de bataille. Le reste du bataillon est maintenant hors d'atteinte. Que faire? Un mouvement dans la tranchée allemande. une patrouille sort. Je pense à ce moment que j'ai une dragonne allemande dans ma poche. Je glisse ma main dans ma capote et lance la dragonne au loin. La patrouille s'approche de moi. Je fais le mort. Les Allemands voient mon visage ensanglanté. L'un d'eux me remue le bassin avec son pied. Je ne bouge pas. "Kaput", disent-ils et ils s'éloignent.
La lune s'est cachée. Je rampe sur le ventre tout doucement.
Je fais 200 m ainsi; puis je me lève et après m'être repéré, je me dirige sur MORAINS-LE-PETIT. On me croyait mort. Je me fais panser à l'ambulance et rejoins ma compagnie. J'ai laissé 41 hommes dans cette attaque. Mes 4 sections sont commandées par 4 sergents.

19140910

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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09 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (09/09/1914)

9 septembre 1914 (22 Km):
Je vais m'établir derrière la ferme de NOZEL, à la lisière d'un bois, en soutien d'artillerie. Toute la matinée, le canon tonne sans arrêt du côté du Mont Aout. Vers 10 heures, une colonne d'infanterie parait venant du Mont Aout et se repliant dans notre direction. Les hommes sont hâves, déguenillés. Beaucoup n'ont plus de fusil. c'est le 135e qui vient d'être durement éprouvé. Quelques groupes de plus en plus espacés. Quelques trainards, puis plus rien. Derrière nous les batteries de 75 quittent leur position. Nous en faisons autant. Décidément cela ne va pas.
11h. Nous creusons des tranchées en avant du village de INTHES vers la cote 134. On travaille fiévreusement. Nous avons ordre de tenir coûte que coûte pendant 1h30 pour permettre à la 42e DI d'arriver. La faim nous torture. C'est notre 4e jour de jeûne.
Après ces 3 jours de lutte acharnée, maintenant c'est le calme complet. Qu'y a-t-il? On parle de victoire sous PARIS, mais nous ne le croyons pas. Et pourtant l'après-midi se passe tranquillement. Les Allemands n'attaquent pas. Nous n'y comprenons rien. A la tombée de la nuit, des colonnes d'infanterie apparaissent dans le lointain à notre droite et derrière nous.
C'est la 42e DI qui arrive. Un escadron de dragons se déploie en fourrageurs et s'engage hardiment dans les bois. Pas un coup de fusil. Soudain, à 19h, un ordre arrive. Sac au dos. Nous marchons en avant. Nous n'en croyons pas nos oreilles. L'offensive! Comment nos hommes vont-ils tenir? Toujours pas de distributions! L'artillerie tonne sans répit. Nous nous mettons en route à travers les petits bois de pins. Pas un bruit. Rien que le craquement des branches de bois mort sous nos pieds. Nous débouchons dans une vaste clairière. Devant nous un immense brasier. C'est la ferme de NOZEL qui brûle, incendiée par notre artillerie. Nous avançons prudemment. Nous n'en sommes plus qu'à 200 m lorsque surgit à notre droite, une troupe qui se dirige aussi vers la ferme. Français ou Allemands? Une patrouille part en avant. C'est le 68e qui lui aussi, avait la ferme comme objectif. Nous l'encerclons . Dans la cave, des blessés français et allemands. Quelques cadavres. Des voitures de harnachement. Des chevaux, des armes.
Nous interrogeons les blessés français. A 19h, pendant que les hommes faisaient la soupe, un ordre est arrivé et les Allemands ont fui, abandonnant même leurs propres blessés. Au même instant l'artillerie française avait bombardé la ferme, jetant le désarroi parmi eux.
Nous espérons passé la nuit là. Mais une demi-heure après arrive l'ordre de départ.
Les hommes n'en peuvent plus et se traînent péniblement. Nous nous engageons dans les bois et marchons en direction de MORAINS-LE-PETIT. Quelle affreuse nuit. Nous suivons une petit route, plutôt un chemin forestier au milieu des taillis. Nous ne nous sentons pas à l'aise. A chaque pas des cadavres. des blessés abandonnés. Nous sommes glacés d'horreur. De ces pauvres diables, combien sont morts de faim, de froid, de manque de soins? Et nous ne pouvons nous arrêter!
Quand sortirons nous de ces bois dont le voisinage me pèse? Soudain à notre droite, une sonnerie de clairon éclate toute proche. C'est la charge allemande. Alors, c'est la peur, la folle peur sans raison qui balaie tout. Des bruits de voix se font entendre. ce sont les Allemands. Cependant pas un coup de fusil n'a été tiré.
Nous réussissons à reprendre nos hommes. Ces voix, d'ailleurs, demandent du secours. ce sont des blessés allemands, dont un clairon, qui, entendant notre colonne, a sonné pour attirer l'attention. Une patrouille va les reconnaitre. Ils appartiennent à un régiment de la Garde. Et nous avons perdu 20 minutes.
Un peu plus loin nous trouvons 2 mitrailleuses abandonnées.
Le supplice continue. Nous tombons de fatigue et de faim.
Cinq minutes de pause et tout le régiment s'écroule à terre, dort.
Il faut remettre les hommes debout, leur promettre que bientôt on arrivera au cantonnement. La moindre inégalité de terrain et ils s'écroulent par terre. Et toujours des cadavres, et des blessés qui demandent du secours! Au coin d'un bois, un cheval tué depuis plusieurs jours, tend vers le ciel ses quatre pattes raidies. plus loin des Allemands, la figure noire, méconnaissable, le ventre gonflé, dévorés déjà par les vers!
Enfin le petit jour apparait.

19140909

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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08 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (08/09/1914)

8 septembre 1914 (5 Km)
5 heures. Réveillés en sursaut par une fusillade toute proche. Des éléments de régiments de réserve aux avant-postes se sont laissés surprendre dans les bois à notre droite. Des fuyards du 348e (52e DI) se replient en désordre vers nous, venant de la direction de la Grande Ferme. Bientôt, nous même recevons l'ordre de retraite. Les nouvelles sont mauvaises. Tués les capitaines G., L. lieutenants de la BUSSIERE, Lieutenant L.; blessés capitaine PENIN, lieutenant d'H. Nous nous établissons derrière le Mont Aout et nous attendons. Les obus tombent dru mais un peu partout. Depuis trois jours nous n'avons rien touché. nous passons la nuit là.

 

19140908

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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07 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (07/09/1914)

7 septembre 1914 (8 Km):
Le bombardement commence dès le petit jour. Nous sommes pris complètement en enfilade. Nous faisons face à BANNES et les coups viennent de la direction de MORAINS-LE-PETIT. Impossible de bouger. Nous serions repérés. Il y a tant de boqueteaux que l'artillerie allemande tire au petit bonheur, sans aucun mal pour nous.
J'occupe une petite tranchée avec le lieutenant BOUTON, un sergent et 4 hommes.
Vers 16h le calme se rétablit un peu. J'en profite pour partir avec 2 hommes pour BANNES chercher des victuailles et de l'eau.
A peine étions-nous partis que le bombardement recommence de plus belle. Le 3e bataillon vient de recevoir l'ordre d'attaquer AULNIZIEUX, et la préparation d'artillerie commence. Des batteries de 75 en position derrière la route de BANNES au N.O. du village tirent sans interruption. C'est un vacarme infernal. Les détonations sèches du 75 déchirent nos oreilles. Les Allemands répondent. Nous arrivons à BANNES juste au moment où un obus allemand démolit le clocher. Le 3e bataillon est là. Il se porte en avant par la chaussée qui traverse les marais de SAINT-GOND entre BANNES et AULNIZIEUX. La garde prussienne qui tient le village oppose une résistance acharnée.
Par trois fois les compagnies se lèvent sous un feu d'enfer, se précipitent sur le village à la baïonnette. Elles en atteignent les lisières, et se battant à l'arme blanche, réussissent à y pénétrer. La nuit est venue, et dans le village en flammes la lutte se poursuit de rue en rue, de maison en maison. Le caporal CHOPINET se jette sur un officier prussien, et le transperce de sa baïonnette.  Mais les Allemands embusqués dans les maisons fusillent les nôtres à bout portant. Le commandant JETTE, chef d'Etat-Major de la 17e Division, qui avait rassemblé quelques sections est tué à leur tête en les emmenant pour la 3e fois à l'assaut. Le commandant ROYNE, commandant le bataillon, est blessé. La plupart des officiers sont tués ou blessés, et le village d'AULNIZIEUX reste aux mains de l'ennemi. Le lieutenant de VAREILLES-SOMMIERES, après avoir chargé 3 fois à la tête de la 11e Cie, reçoit l'ordre de regagner BANNES. A la lisière d'un bois, il est arrêté par le cri de "Halte!". Comprenant que ce sont des Allemands, il s'écrie: "A genou, mes enfants. feu à répétition, ce sont les Allemands" et s'écroule percé de balles.
Je rejoins ma compagnie. Pendant mon absence, un obus est tombé dans la tranchée que j'occupais, tuant 4 hommes et blessant grièvement le lieutenant BOUTON.
Je reprends le commandement de la compagnie.
Pas de distribution encore aujourd'hui.

19140907

 

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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06 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (06/09/1914)

6 septembre 1914 (8 Km):
J'occupe avec ma compagnie, un petit bois de pins à 3 km au sud de BANNES, où je me maintiens toute la journée. On me communique l'ordre du jour de FOCH "Tenir coûte que coûte pendant trois jours". Les Allemands sont, parait-il, bousculés à notre gauche. Il ne faut pas qu'ils percent sur nous. Toute la nuit, nous creusons des tranchées face au Nord. Je cherche à me mettre en liaison avec la 11e Cie qui doit occuper BANNES. Il fait affreusement noir. A l'entrée du village, je trouve le cadavre d'un cycliste français dans un fossé. Le village parait inoccupé. Pas de distribution aujourd'hui. La soif nous fait cruellement souffrir.

 

19140906

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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05 septembre 2010

La 1ère Cie du 90e RI - Des Ardennes à la Marne (05/09/1914)

5 septembre 1914 (25 Km):
Nous sommes repartis à la première heure et marchons toujours vers le Sud. Nous faisons grand'halte entre ECURYE-LE-REPOS et NORMEE, dans un ravin au bord de l'eau. Le colonel réunit les officiers et nous lit l'ordre du jour du général JOFFRE ordonnant la reprise de l'offensive le 6 au matin. La nouvelle se transmet comme une trainée de poudre. Tous, officiers et soldats sont enchantés. Nous allons enfin nous mesurer avec cet ennemi insaisissable devant qui nous reculons sans combattre depuis 12 jours. Les hommes sont ragaillardis. Nous nous sentons plus à l'aise. Nous qui préparions nos hommes à un abandon de PARIS, qui cherchions toutes les bonnes raisons possibles pour leur expliquer cette retraite interminable! C'est fini. Plus de cauchemar. La marche se poursuit allègrement. Nous avons tous la même pensée.Nous allons nous battre enfin! Rien ne saurait être aussi déprimant physiquement et surtout moralement que les sombres journées de retraite que nous venons de vivre. Nous arrivons à FERE-CHAMPENOISE. Le lieutenant BOUTON vient prendre le commandement de la compagnie.
Je vais rendre visite à de braves gens qui m'avaient hébergé 2 mois avant, quand j'étais Saint-Cyrien. Ils me disent leurs craintes. Beaucoup d'habitants sont partis. Faut-il les imiter? Je les en dissuade. Demain, nous reprenons l'offensive. Qu'ont-ils fait? Je l'ignore, mais les jours suivants on se battait dans les rues de la ville.

 

19140905

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Général Carpentier 'Revue Militaire" du 25 février 1954 (n°228)

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