31 mai 2016

Etude autour des défunts issus des régiments du Blanc et d'Issoudun

Cet article est une réactualisation de 2 articles parus en 2010
Intéressons nous tout d'abord aux pertes du 68ème RI qui est réparti sur deux garnisons:
Le Blanc (Portion centrale 3ème bataillon), caserne Chanzy
Le Blanc - La caserne Chanzy

 

 

 Issoudun (Portion Principale Etat-Major et 2 bataillons, ), caserne Chateaurenault

Issoudun - La caserne Chateaurenault

 

 

Le recrutement est principalement composé de Poitevins et de Berrichons provenant principalement de la Brenne (région ouest de l'Indre dont l'épicentre est la sous préfecture du Blanc).

Afin de mettre une partie de mes recherches à disposition de tous, vous trouverez derrière ce lien la  Liste des Morts pour la France du 68ème R.I.

Suite au dépouillement, on obtient 3432 soldats, sous-officiers ou officiers morts pour la France. A cette liste, il est possible de rajouter une centaine de cas, déterminés suite à recherches, de "Non morts pour la France". Je n'ai pas inclus volontairement les soldats non-Morts pour la France, la liste est disponible, mais consultable à la demande.

En effectuant un comparatif par années des pertes, on constate la dé-régionalisation des recrutements.
En 1914, les soldats provenant des départements de la Vienne, d'Indre, d'Indre et Loire et des Deux-Sèvres représentent près de 88% des pertes.
En 1918, le taux n'est plus que de 41%. Le régiment a vu des renforts provenir de tout le territoire, notamment des territoires occupés (Nord et Pas de Calais), entre autres.

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RI068_Matrice1914a1918_CarteFrance

 

Le pourcentage retenu est la proportion de natifs d'un département vis à vis des pertes totales du régiment pour une année précise.

Après le régiment d’active, le 68e RI, intéressons nous maintenant au régiment de réserve:

Le 268e RI est mis en place au Blanc dès le 3ème jour de la mobilisation, soit le 4 août 1914. Son effectif est alors de 32 officiers, 2202 hommes.
Le lieutenant-colonel Pichat est alors le commandant du régiment, et ce jusqu’à sa blessure le 9 septembre à Euvy (51), en pleine bataille de la Marne.
Le recrutement du 268e RI est principalement composé de soldats réservistes provenant du département de la Vienne (86) et de l’ouest du département de l’Indre (36) et du sud de l’Indre et Loire (37).
Alors que l’effectif de départ est donc de 2234 hommes, le 268e RI, jusqu’à sa dissolution en juin 1918, eut à subir une perte de 1380 soldats, sous-officiers et officiers.

 

RI268_Matrice1914a1918_CarteFrance

 

Au fil des années, nous constatons la disparation du recrutement régional. Alors qu’en 1914, les soldats des 3 départements représentent 92% des pertes, en 1917, ils ne sont plus que 39%.

En 1915, le recrutement est principalement effectué sur tout le territoire de la région militaire. En 1916, le recrutement est orienté vers les départements de l’Ouest.

A signaler dès 1915, une forte participation des soldats originaires des Landes dans les pertes du régiment. En 1917, il y eu autant de pertes landaises que de pertes provenant de l’Indre ou la Vienne, au sein du 268e RI.

Dans cette « étude », l’année 1918 n’a pas été retenue car le régiment fut maintenu en position de réserve plusieurs mois avant d’être dissous au mois de juin.

Cependant, cette carte est à comparer directement avec celle de 1914. Dans les deux cas, la carte couvre une période d’environ 6 mois et le contraste est flagrant.

Les armées ont su devenir « économes » de leurs soldats, les pertes sont presque 20 fois moindre.

Nota: Afin de réaliser des cartes cohérentes, le pourcentage retenu est la proportion de natifs d'un département vis à vis des pertes totales du régiment pour une année précise.

 

Sur le sujet du recrutement, je conseille notamment la lecture de l'excellent article "Du recrutement régional au recrutement national pendant la Grande Guerre" de Phillippe Boulanger. Cet article est consultable dans la "Revue Historique des Armées", n°3 - 1998.
Il existe une version plus détaillée et plus complète de det article dans l'ouvrage "La France devant la conscription - Géographie d'une institution républicaine  1914-1922" aux Editions Economica


24 mai 2016

"La tête à Guillaume" Partir en guerre au 66e RIT

L'intérêt des clichés de l'époque ne se limite pas à la photo en elle-même. Il est toujours intéressant de se reporter au texte de correspondance qui se trouve parfois au verso du cliché, même si ce texte n'est composé que de peu de mots.

Voici un cliché d'un groupe du 66e RIT:

RIT066_Mobilisation_recto

Les soldats sont tous du 66e RIT (numéros de cols blanc et d'un certain age). La présence d'un adolescent en bas à droite, nous laisse supposer que nous sommes encore au pays. Le 66e RIT fut mobilisé au Blanc (36).

Analysons la composition du groupe:

Les soldats sont tous du 66e RIT (numéros de cols blanc et d'un certain age). Tous les soldats présents sur ce cliché portent le manchon bleu clair qui recouvre leur képi. Cet effet est un modèle 1913 qui fut distribué à la mobilisation en 1914.

RIT066_Mobilisation_recto_0 RIT066_Mobilisation_recto_Caporaux

En regardant le nombre et la composition des grades on observe que nous avons là l'effectif d'une escouade + 1. L'effectif d'une escouade est théoriquement de 15 militaires commandés par un caporal.
Nous avons là 16 militaires. L'escouade est normalement commandée par un caporal et le sergent (Photo ci-dessus gauche) est normalement affecté au commandement d'une demi-section (2 escouades). On peut donc imaginer que l'escouade pose avec le sergent responsable de leur demi-section.
2 caporaux sont visibles sur le cliché par leurs doubles galons de drap garance/rouge (Photos ci-dessus droit)  mais l'un d'un est directement assis à côté du sergent, tandis que l'autre se roule une cigarette.

Deux autres uniformes ont des spécificités, il s'agit de deux tenues de "Tambour et Clairon", ils sont facilement reconnaissables au galon tricolore "Cul de dés" que l'on peut voir sur les cols ou les bas de manches.

RIT066_Mobilisation_recto_Musiciens

Intéressons maintenant au verso de la carte. La signature m'est illisible, cependant le texte est intéressant car décrivant l'état d'esprit de certains soldats mobilisés en cette veille de départ pour le front. Faut-il y voir juste un effet de fanfaronnade? Cela résume-t-il l'état d'esprit de nos combattants en ce début aout 1914?
Je ne saurais répondre.

RIT066_Mobilisation_verso

C(h)er camarade je
par demain chercher la
tête à Guillaume pour
t en apporter un petit morceau
pour en faire manger les chiens

Sources: Collection de l'auteur
 

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28 septembre 2015

Le capitaine Bouverat et les bleus de la classe 1918 du 68e RI.

Collectionner des cartes photos ayant rapport avec les unités du département de l'Indre est une passion qui prend du temps mais surtout demande de la patience. Parfois certains achats sont quelques peu foireux et parfois on tombe sur des pépites insoupçonnées. Concernant ces clichés, ceux ayant trait aux périodes dans la Zone des armées sont relativement rares. Par contre, il est courant de trouver des clichés ayant trait à la période d'instruction, lors de séjours à l'arrière, périodes plus propices à se faire tirer le portrait en individuel ou en groupe.

Il y a quelques temps, un lot de 2 clichés m'avait intrigué:

RI068_Classe1918_Encadrement2 RI068_Classe1918_instruction2

 

Il s'agit de 2 cartes du 68e RI, la première correspond à un groupe de gradés posant dans une caserne, la deuxième représentant un groupe de soldats avec certains des gradés du premier cliché. Ce qui m'attira fut les uniformes des soldats de la 2ème photo.
Les soldats sont équipés d'une vareuse de début du conflit (Gris de fer bleuté - GBDF) et portent des képis bleu horizon (BH). Fait intéressant, les soldats portent des pattes de col "jonquille" donc de couleur jaune. La carte "officiers et sous officiers" les montrent quasiment tous équipés de drap BH, à l'exception de quelques uns (grades subalternes).
On ne peut se tromper ces clichés sont bien du même photographe, pris au même endroit, le décor d'arrière-plan est le même et pris vraisemblablement le même jour, d'ailleurs le vendeur présentait ces 2 cartes en lot.

Ces 2 clichés étaient-ils datables?

Capture


L'apparition d'éléments BH, permet une datation à minima mi-1915. On note aussi la présence de Croix de guerre sur certains uniformes, nous sommes donc après le mois d'avril 1915 qui institua le port de la Croix de Guerre.
Les pattes de col "jonquille" furent celles de l'infanterie de novembre 1914 à avril 1915. Or il n'est pas rare de voir de tels écussons, dans les dépots, un peu plus tard que ce mois d'avril. On notera l'utilisation des "ersatz" de ceinturon, ici en toile. A partir du 15 mai 1915, leur usage est réservé aux dépots et est interdit en ligne.
Malheureusement, il est assez compliqué d'aller plus loin, en l'absence de toute annotations effectuée au verso des clichés.

Peut-on définir le lieu?

Sans trop de doutes, on peut déterminer que le lieu de prise de vue est situé dans une caserne, donc vraisemblablement à la caserne Chanzy du Blanc (36), d'autant que le dépôt du 68ème RI (voir ci-dessous) était constitué de baraquement provisoires.
L'appel des classes s'effectue tout d'abord au sein de la caserne du régiment, ensuite au bout d'un certain temps de formation, les recrues sont déplacées vers les dépots de régiment. Les dépots des régiments de l'Indre étaient situés autour du camp du Ruchard (Indre et Loire) comme je le signalais dans un ancien message http://indre1418.canalblog.com/archives/2010/09/30/19053474.html De là, les recrues allaient alimenter les régiments, les dépots divisionnaires.

57001110_p 57001034_p
Les dépots des 68e et 90e RI (Saint-Epain et Chapelle de Cheillé)

En 2014, j'avais présenté ainsi une carte concernant la 38e escouade du 90e RI qui représentait la classe 1916 à Châteauroux (qui avait hâte de partir) http://indre1418.canalblog.com/archives/2014/02/27/29324156.html

94185235
Classe 1916 juste avant leur départ de Châteauroux

Un rebondissement:

Une récente trouvaille me fit progresser dans l'identification de ces deux clichés, puisque dans une foire aux vieux papiers, je trouvais non pas un des deux clichés, mais les deux à nouveau dans un même lot, et cette fois une surprise m'attendait.
L'explication est marquée directement sur une des deux cartes.

RI068_Classe1918_Encadrement1 RI068_Classe1918_instruction1_Recto


Le cliché "officiers - sous-officiers" est légèrement différents entre les deux cartes. Le cadrage est désaxé sur la gauche pour la 2ème version et un des officiers du premier rang (le 3ème à gauche) a changé légèrement de position, décroisant ses bras. Concernant le cliché "soldats" le cliché est exactement le même, seul le cadrage est différent et permet de mieux visualiser les soldats de gauche dans la deuxième version.

Maintenant, nous savons donc à la lecture du recto de la 2ème carte "soldats" qu'il s'agit de la Classe 1918.
Ceci change carrément la datation possible. Pour cela, je vous invite à visiter le site d'Arnaud qui est la référence dans ce domaine et de découvrir son article sur l'incorporation des classes 1911 à 1919: http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Pasapas/E402mob2.html

La classe 1918 qui devait à l'origine être appelée en octobre 1918, fut appelée théoriquement le 16 avril 1917. Ces clichés datent donc de cette date. Il est intéressant de voir qu'en 1917, on continue d'utiliser les stocks d'habillement du début du conflit. Cet équipement sera échangé pour une tenue plus "académique" et entièrement en BH, au fur et à mesure de l'avancement de la formation.

Une autre surprise fut de découvrir que le 2ème cliché "Soldats Classe 1918", non seulement avait un titre au recto, mais au verso se trouvait la liste des soldats.

RI068_Classe1918_instruction1_Verso

Voici la transcription de la liste visible sur le verso de la carte ci-dessus, non compris les encadrants:

Rousseau C. - Séché - Richet - Rousseau N - Wurtz R - Annault - Guichard V - Grelet H - Lhuillier J - Vergne M - Robert - Vinet R - Langlois A - Bertrand A - Pirot J - Pommé A - Laurendeau - Tuault P - Giraud L - Perriot P - Malbran E - Malasene - Hucault - Landoyer R - Giraud M - Vincent P - Lourdault M - Pagnard V - Richard - Capin - Larose - Joliveau - Lépy - Vincendeau - Gourry - Perrin H - Legros F - Olivier F - Ardon H - Vinatier S - Pornet S - Lebled - Pineau L - Trouvé G - Turpeau F - Jolly - Portelon

Ceci allait permettre des identifications, non sur les positions des soldats sur le cliché, mais sur le parcours des soldats et des encadrants (officiers, sous-officiers et caporaux).

59 personnes composent le cliché "soldat" cependant seuls 56 noms sont répertoriés sur le cliché.

A partir de la liste nominative, est-il possible de déterminer des renseignements complémentaires?

L'identification des soldats:

Depuis 2006, j'ai établi la liste des Morts pour la France (MPF) du 68ème RI soit 3434 "morts pour la France" (et des autres régiments du département - 3538 MPF pour le 90ème RI), cette liste a d'ailleurs peu évoluée depuis 9 ans, seuls quelques rajouts ont été effectués.
La première chose à regarder est d'abord de comparer les MPF "classe 1918" de mon fichier avec les noms de la carte. Sur mes listes 33 "classe 1918" du 68ème RI qui furent déclarés MPF, aucun des noms ne correspond à la la liste de la carte. Par acquis de conscience, j'ai ensuite regardé dans la liste des MPF du 90ème RI, ce régiment faisant brigade avec le 68ème et ayant le même parcours. Là, trois cas qui correspondent potentiellement à des noms de la carte:

 

  • LANGLOIS Alfred Silvain:

Le soldat Alfred Langlois est né le 26/05/1898 à La Chatre (Indre), il est tombé le 25/08/1918 au ravin de Morsan qui se trouve sur la commune de Vézaponin dans l'Aisne (A noter que la fiche Mémoires des Hommes, indique le département de l'Oise). Il s'agit là des derniers grands combats de la 17e Division qui les menèrent jusqu'aux combats dits de l'Orme de Montécouvé.
Sa fiche matricule disponible sur le site des Archives Départementales de l'Indre (Classe 1918 Châteauroux R2517 Maticule 935 page 620) , nous permet de visualiser sa présence au 68e RI, puis au 90e RI.

AD36_FicMat_LangloisAlfred


Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f15e5bea4/5242be9d84f7a

Il est à noter qu'Alfred Langlois figure sur le monument aux morts et le livre d'or de la commune de La Chatre. La préfecture de l'Indre adressa à la mairie un diplome de Mort pour la France afin que celui-ci soit remis à la famille. Mais surtout, que cette dernière rapatria au pays le corps du défunt et ce dès le premier convoi qui arriva dans le département le 17 mars 1921.

 

  • TROUVE Gaston:

Le soldat Gaston Trouvé est bien le bon soldat. A partir de sa fiche MDH, il est possible de trouver sa fiche matricule aux Archives départementales des Deux Sèvres. Le recrutement indiqué sur la fiche est Parthenay, mais la réalité des registres sur le site des AD79 lui attribue un recrutement à Niort. Sa fiche est bien la n° 72.
Au regard des données présentes sur cette fiche, il apparait qu'il est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et qu'il est ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

CaptureFM_Trouve1Ces données sont très intéressantes car elles permettent une fourchette haute et basse concernant les dates de prise de vues des clichés trouvés, soit entre le 3 mai 1917 et le 1er décembre 1917, date à laquelle il rejoint le 90ème RI.

Gaston Trouvé décèdera des suites d'intoxication par les gaz à Neuilly sur Seine (92), à l'hôpital auxiliaire n°55 (52 Boulevard d'Argenson soit l'actuel centre hospitalier de Neuilly).

Sa fiche MPF sur le site Mémoires des Hommes: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m00523a02d876db2/5242c0b254ee5

Gaston Trouvé figure sur les monuments aux morts d'Augé et de Verruyes (79). Il figure aussi sur les plaques commémoratives des églises de ces 2 communes.

 

  • VINATIER Réné:

La fiche matricule du soldat René Vinatier vient confirmer les données trouvées sur celle du soldat Gaston Trouvé. Dans ce cas, il s'agit de la fiche n°592 du recrutement Niort de la classe 1918.
Lui aussi est d'abord affecté au 68ème RI à compter du 3 mai 1917 et ensuite affecté au 90e RI à la date du le 1er décembre 1917.

René Vinatier succombera le 28 mai 1918 à Provins (60) au sein de l'hôpital complémentaire n°3 des suites d'une broncho-pneumonie.

 

Est-il possible de retrouver les autres noms? Certainement, mais cela demanderait beaucoup de temps. Il serait tout d'abord nécessaire de déterminer quels sont les Bureaux de recrutement qui, pour la classe 1918, furent affectés au 68ème RI. Les 3 cas ci-dessus nous donnent déjà des indications d'origine liées à la 9e Région Militaire (Chateauroux et Parthenay-Niort).
Si je regarde la liste des 98 MPF classe 1918 des 68ème et 90ème RI, j'obtiens dans l'ordre décroissant:

CaptureClassementBureauxRecrutement

Cela me donne donc une liste de 14 bureaux de recrutement, à minima, dans lesquels il faudrait chercher les fiches une à une, tout en ne connaissant que le nom et parfois l'initiale du prénom. Comme de plus les fiches matricules de l'Indre (Le Blanc et Chateauroux) ne sont pas en ligne, je préfère m'arrêter là dans cette étude de recherche (Peut-être un jour, je reviendrais dessus).

 

L'identification de l'encadrement:

CaptureEncadrement

La liste de noms nous indique dans l'ordre des grades: Capitaine BOUVERAT, Sous-lieutenants GENTILLEAU et LOUIS, Adjudants CORON et DELALIEU, sergent DEPOND, caporaux RAGOT et SAUVAITRE
Sur le cliché, les grades sont répartis en fonction de leur niveau en partant du centre, donc du chef. nous avons ainsi de gauche à droite:
1 caporal, 1 adjudant, 1 sous-lieutenant, 1 capitaine, 1 sous-lieutenant, 1 adjudant, 1 sergent, 1 caporal.

Les seuls aisément identifiables sont le capitaine BOUVERAT et le sergent DEPOND, ceux-ci étant les seuls dans leur grade.

  • Le capitaine BOUVERAT:

CapturePouverat


Il est facilement reconnaissable par son uniforme, au passage on notera la présence sur sa manche gauche de brisques de présence au front. Le capitaine Bouverat est aussi celui dont il est le plus facile de retrouver des traces. Un petit passage par Google permet de retrouver sa trace dans le Journal Officiel du 25 novembre 1917.

JO_Bouverat
Sources: Gallica BNF

Encore plus intéressant, comme le montre le cliché celui-ci est titulaire de la Légion d'Honneur. Il est possible sur le site Léonore de retrouver son dossier: http://www.culture.gouv.fr/LH/LH027/PG/FRDAFAN83_OL0342020v001.htm
On y apprend divers éléments d'Etat-civil, ainsi que la date de sa nomination à l'ordre de Chevalier de la LH (3 mai 1916. On y apprend aussi qu'il est titulaire de la Croix de Guerre, ce que confirme le cliché. A partir de ces données, il est aisé de retrouver sa fiche matricule (AD 01 - Recrutement Belley - Classe 1896, fiche n°665)

Ancien engagé au 23ème RI, en décembre 1914, sous-lieutenant, il est nommé au 68ème RI; il ensuite passe lieutenant puis capitaine (à titre temporaire). D'octobre 1917 à mars 1918, il passe au 90ème RI et revient au 68ème RI. A la fin du conflit, il retourne au 23e RIoù deviendra capitaine à titre définitif en 1920. Il déccèdera en 1923 à l'hopital de Belfort.
Il est titulaire de plusieurs citations à l'ordre du 68ème Ri et de la 17ème Division.

  • Le sergent DEPOND:

CaptureDepond

En l'absence d'autres indications, il est difficile de retrouver trace de lui. Malgré cela, il est remarquable de noter la tenue de celui-ci. Le haut de l'uniforme est conventionnel, mais le pantalon est quelque peu non réglementaire.

La carte des officiers et sous officiers:

RI068_Classe1918_Encadrement2

Vraisemblablement, nous sommes là devant l'encadrement d'une Cie d'instruction du 68ème RI. Nous retrouvons les cadres présents sur l'autre cliché, hormis les 2 caporaux. Ceci est compréhensible, les caporaux sont des militaires du rang et ne font donc pas parti des sous-officiers.
Si les hommes présents sur ce cliché sont effectivement les formateurs des jeunes de la Classe 1918, il est à noter que nombreux sont les détenteurs de médailles et de chevrons de présence au front et que ceux-ci mettent facilement en avant ses insignes de leur passage au front. A nouveau on notera la diversité des effets militaires surtout concernant les draps utilisés, sans oublier qu'en 1917, cela fait déjà quelques temps que le drap Bleu Horizon est généralisé, mais au final seulement au front. L'intendance a encore quelques vieilles tenues à refourguer.

Si le capitaine Bouverat est facilement identifiable au centre du cliché on reconnaitra d'autres têtes dont le sergent Depond, moustaches au vent, quasiment au dessus du capitaine Bouverat.

Malheureusement malgré toute cette étude, nous ne connaissons pas le numéro de cette compagnie.

Toute cette étude m'évoque un vieux cliché du 68ème RI que j'avais en stock depuis pas mal d'années et que je ne pouvais pleinement commenter, mais que je ne peux m'empêcher de vous présenter ci-dessous afin que vous fassiez vous-mêmes le parallèle avec le premier cliché présenté:

RI068_GroupeSoldats

Nous avons typiquement des très jeunes recrues qui portent la même tenue que sur le cliché "Soldats Classe 1918" que je présente plus haut. La seule différence notable est constituée par la couleur BH des bandes molletières. Ce cliché est plus informel et les pauses sont plus fraternelles que sur le cliché précédent. Sommes-nous encore au temps de l'instruction à la caserne? Sommes nous au temps de l'instruction au dépot? Je ne sais et l'absence d'annotations au verso ne permet de le dire.

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18 décembre 2014

Eugène Flon, un classe 16 au Blanc -"Il n'y en a pas assez pour nous tous"

Parfois certaines cartes postales reprennent des thèmes bateaux, et au premier coup d'oeil, rien n'incite à la prendre celle-ci plus qu'une autre, et ce, d'autant que celle-ci justement je l'avais déjà dans mes albums.

RI068_FlonEugene_36eEscouade_Classe16_Recto

Au moment de la retourner, le texte, sans révolutionner l'histoire du conflit, permet d'entrevoir un bref moment de vie d'un jeune Classe 1916 (entre 19 et 20 ans au moment de la rédaction du courrier), lors de son instruction au Blanc, juste avant de partir pour le dépot, d'où il sera alors redirigé vers le front.

Nous avons donc là, un courrier de "Eug. Flon (ou Flou) 68e Régiment d'Infanterie, 26e Compagnie, 23e Escouade Classe 1916".
Cette classe d'age, née en 1896, qui devait être appelée normalement en octobre 1916, fut appelée par anticipation dès le 8 avril 1915 et ce afin de combler la pénurie d'hommes liée aux nombreuses pertes dans les classes déjà appelées. Notre Eugène était alors, tout au plus, dans sa dix-neuvième année. Un gamin.

Je vous livre donc le texte de sa missive, qu'il adresse très certainement à un de ses amis, au vu du vocabulaire employé:

Ma vielle branche
Je vous remercie de votre carte je suis heureux de vous voire que les vieux poteaux songent à moi.
Je voudrais bien être à Quincy pour peloter des petites de là-bas car au Blanc elles ne veulent rien savoir il est vrai qu'il n'y en a pas assez pour nous tous nous sommes encore 8000 soldats.
Mais le 1er juin nous partons nous sommes déjà prévenu alors gare à la secousse.
Bonjour à Julot Aux vieilles connaissance que je vous oublie pas.
Eug. Flon 68e Rég 26e Comp. 28e Esc Classe 1916

RI068_FlonEugene_36eEscouade_Classe16_Verso

 

J'aime l'insouciance de ce soldat qui surtout semble préoccuper par les pêchés de la chair et qui à la fin, modestement fait part de sa crainte de "la secousse" à venir.
Je n'ai retrouvé trace d'un Eugène Flon (ou Flou) classe 1916 dans les registres des AD18, il est peut-être du département de l'Indre, mais en l'absence de la mise en ligne, impossible d'aller plus loin d'autant qu'il ne figure pas non plus dans la liste des Morts pour la France du site Mémoires des Hommes. Pour l'instant la recherche s'arrête là.
On notera cependant le nombre de 8000 soldats, en cette mi-1915, au sein de la sous-préfecture du Blanc, surtout si on met ce chiffre en parallèle avec les quelques 7000 habitants actuels.

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15 septembre 2014

Les Monuments de l'arrondissement du Blanc

Dans le cadre du centenaire 14-18, il est des ouvrages départementaux qui feront date lors de leur parution. Il en est un qui est en souscription jusqu'au 30 septembre que je me dois de présenter:

Les Monuments de l'arrondissement du Blanc par InterBrenne

CaptureJC

"A l'occasion du Centenaire de la Première Guerre Mondiale, huit associations se sont regroupées en une fédération baptisée InterBrenne pour éditer un ouvrage exceptionnel, fruit de leur travail collectif, Les monuments aux morts de l'arrondissment du Blanc (Indre)
Ce catalogue exhaustif des monuments des six cantons de Belâbre, Le Blanc, Mézières en Brenne, Saint Benoit du Sault, Saint Gaultier et Tournon Saint martin couvre 56 communes. Chaque monument fait l'objet d'une fiche d'enquête comprenant les principales dates de décision, le nom du maire, les entreprises ou les sculpteurs pressentis, le financement, les matériaux, les dimensions, les inscriptions, la date d'inauguration et la localisation des éventuels autres lieux de mémoire de la commune (plaque paroissiale, carré militaire, etc ... ) S'y aloutent de très nombreuses photos et la liste des morts inscrits au monument (sous forme de photo ou de transcriptions en cas d'illisibilté des plaques nominatives. On y trouvera également des textes sur la première guerre mondiale: nouvelles, chansons, extraits de romans écrits par des auteurs locaux pendant ou peu après le conflit, ainsi que divers articles (l'hôpital militaire belge de Fontgombault, les vitraux commémoratifs de Lux Fournier, etc ... )"

Vous avez la possibilité de souscrire cet ouvrage en retournant le bon ci-après: Bon de souscription

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04 août 2014

4 aout 1914 Mobilisation au 68eme RI- 3ème Sect. Mitrailleuses

Certaines cartes-photos nécessitent plus d’explications que d’autres. Celle présentée ci-dessous en est une.

Capture1

De la mobilisation d'aout 1914, il existe peu de photos ayant trait à celle-ci dans le département de l'Indre. Il y a bien sûr la collection Rollinat mais elle est non numérisée. Il y a quelques temps déjà, j'ai eu le bonheur de découvrir un cliché se rapportant à ce moment. En ce 4 aout 1914, les hommes de la 3e Section de mitrailleuses du 68e RI se préparent à partir et posent « avant le départ pour Berlin » Avant de voyager, il y a 100 ans jour pour jour, essayons de comprendre le contexte régimentaire et l’organisation des sections au sein des régiments d’infanterie en cette année 1914 :

Un régiment d’infanterie en aout 1914 comprend 3400 hommes autour d’un drapeau.

Capture2

Une section de mitrailleuses, liée à chaque bataillon est composée comme suit:

1 lieutenant, 1 sous-officier, 4 caporaux et 24 soldats. Dans cet effectif, on retrouve 2 chefs de pièces, 2 tireurs, 2 chargeurs et 2 aides chargeurs. Les autres membres de la section alimentant les pièces pièces (liaison, télémètre, pourvoyeurs, conducteurs, ...)

Capture3
Une section de mitrailleuses en janvier 1914, au 68e RI, à la caserne (Le Blanc ? Issoudun ?)

La section de mitrailleuses est ainsu équipée:

  • 2 mitrailleuse Saint Etienne 1907
  • 1 télémètre
  • 4 chevaux attelés
  • 8 mules et 1 mulet
  • 1 voiture à 4 roues et 4 chevaux

Capture4
Une mitrailleuse Saint Etienne, à l’instruction, au 68e RI en 1915

Analysons maintenant la photo présentée:

 RI068_Mobilisation_3eSectionMitrailleuses_Recto1

Le lieu où la photo a été prise semble être une demeure civile. Les plantations ne sont correspondent nullement à une caserne, il s’agit vraisemblablement d’une arrière cour, d’un jardin de ville.

Quelle est l’unité concernée ?
Il s’agit du 68e RI, comme l'indiquent les pattes de col

Capture5

L’unité et les dates sont confirmées par le verso de la carte postale:

Capture6

Cachet de la poste du 6 aout 1914, 8h38, au Blanc. L’auteur écrit « Nous partons ce soir sur les 2 heures ». Si nous regardons dans le Journal de Marche et Opérations du 68ème Régiment d'Infanterie, ceci est d'ailleurs confirmé.

Capture7
Sources : SHD JMO 68e RI 26_N_657

Une fois l'unité, le lieu et la suite des évennements déterminés, intéressons nous au panneau:

Capture8

Le cliché est daté du 4 aout 1914. Le régiment commencera à partir le 6 aout 1914, à 6h15.
Nous sommes bien avant le départ du régiment.
Sur ce qui semble une toile, un cuir souple, les soldats ont écrits :

3e Son de Meuses (3e section de Mitrailleuses)
4 aout 1914 (La position des écritures permet de déterminer que la date a été rajoutée à la fin)
Avant le départ pour Berlin.

La 3ème S.M. affectée au 3e bataillon était bien en garnison au Blanc. L’action se situe donc au Blanc ou dans ses environs.

 

 

 

 

Trois groupes d’individus composent le cliché:

Les soldats équipés:

Capture9 Capture10

On note tout d’abord, la présence d’1 sergent et de 3 caporaux posant fièrement autour du panneau.
Les caporaux et soldat de 1ère classe ont passé leurs grades à la craie pour les faire ressortir sur le cliché noir et blanc (pratique courante).
Cependant, deux n’ont pas passé de craie sur leurs galons, ils restent ainsi de teinte foncée.

Les soldats non équipés :

Capture11

3 soldats en haut ne sont pas équipés de capotes et portent encore la tunique habituelle. On suppose qu’il s’agit de soldats de la section, non encore équipés ou ayant posé capote, le temps du cliché.

Les civils :

Capture13  Capture12

Une femme est présente sur la droite du cliché, il y a de fortes chances que ce soit la « logeuse ». La mobilisation générant un afflux de personnes, la caserne ne peut tous les héberger, on fait appel à des réquisitions de logement, d'autant que dès le 2 aout les 2 bataillons habituellement en garnison à Issoudun ont été transportés au Blanc (voir JMO ci-dessus).

Un deuxième personnage est en partie visible, à l’extrême gauche du cliché. Malheureusement, il n’est pas suffisamment visible pour une identification complète. Cependant, la tenue semble civile et la position assise remontant les jambes du pantalon, les mollets deviennent visibles. Peut-être un adolescent.

Une seule arme est visible, il s’agit d’un mousqueton Berthier 1890 (modèle gendarmerie) qui équipe réglementairement les sections de mitrailleuses. L’arme étant plus courte et moins lourde que le traditionnel Lebel du fantassin. Sur la photo, le chargeur est absent.

Capture14

Le texte de la carte-photo :

Adresse du destinataire :
Monsieur Alexandre Triptolème
à Brissais Canton de Béruges
par Poitiers Vienne

J’ais reçu votre argent. Je vous en remercie beaucoup nous partons ce soir sur les 2 heures pour la frontière mais ne vous faites pas trop de chagrin pour moi car j’ai tout espoir de revenir
Votre fils qui vous aimera toujours Emile Triptolème
N’écrivez pas on ne peut déjà pas recevoir les lettres
Je vous conseille de garder cette carte avec précaution car ce sera un souvenir pour plus tard.

L’auteur a pris soin de mettre une croix le concernant sur la photo de groupe, au recto :

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Le 1ère classe Emile Triptolème

Que devint notre soldat?

Tout le détail du parcours est consultable sur le site des Archives Départementales de la Vienne. En effet, sur ce site, il est possible de consulter la fiche de registre matricule d'Emile Triptolème.

Alors domestique, il effectue son service militaire au 68e RI (Classe 1912), il passe 1ère classe en mai 1914.
Emile fut tout d'abord blessé le 23 aout 1914 et évacué. Il est à nouveau blessé le 19 décembre 1914 à Zonnebecke. Il sera nommé caporal en octobre 1915 et sergent en mars 1916. En 1917, il se vit décerner la Médaille Militaire. En 1918, il est affecté au 1er groupe d'Aviation puis revient au 68ème RI. Il sera démobilisé en 1919 au 125e RI.
Il s'engagea alors à la 9ème Légion de Gendarmerie.

 

Sources:
Documents de l'auteur
SHD JMO 68e RI 26_N_657AD86 Registres matricules

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30 juin 2014

Le Blanc en 14-18

Un nouvel arrivé dans la blogosphère: Le Blanc 1914-1918 (à travers les archives municipales)

CaptureLB1418

Souhaitons lui la bienvenue, dès son premier message et gageons que des pépites nous serons présentées. Nous en apprendrons ainsi plus sur la ville de garnison du 68ème RI.

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12 mai 2014

Alexandre DOIT – Le devoir jusqu’au sacrifice.

Réactualisation du 12/05/2014

Alexandre DOIT est né le 29 octobre 1881 à Sombernon (Cote d’Or). Au moment de son recensement, il se déclare comme « garçon de café ». En 1902, il effectue son service au 5e Bataillon de Chasseurs à pied. Le métier militaire semble lui réussir, caporal en septembre 1903, il passe sergent en septembre 1904. Renvoyé dans la disponibilité en 1905, celui-ci s’engage le 3 octobre 1906 à Dijon. Il est alors affecté au Blanc, au 68ème RI, à compter du 5 octobre de l’année 1906. Se rengageant plusieurs fois, il évolue dans la hiérarchie militaire, en 1912, il devient sergent-fourrier.

Portrait
Aout 1914, le conflit l’emmène au front, où il passe adjudant le 24 septembre 1914. Le temps passe et le régiment arrive en Belgique dans le secteur d’Ypres. L’adjudant Alexandre DOIT commande alors une section de mitrailleuses.
Le 68ème RI et le reste du 9ème corps mènent des combats acharnés autour d’Ypres. Le 6 novembre, au devant de Zillebeke, l’adjudant DOIT est blessé en défendant jusqu’au bout sa section de mitrailleuses.
Ramassés par les assaillants ennemis, il décède le 8 novembre à Ten Brielen, en arrière de la ligne de front allemande.

CarteHommage
Plus tard, l’adjudant Caillaud du 68ème RI rédigea un procès verbal où il témoigne de ce qu’il a vécu :
Le 6 novembre 1914 à Klein Zillebeke, vers 14 heures après un bombardement de 5 heures les allemands ont attaqué nos positions violemment
La compagnie qui se trouvait à droite de la section de mitrailleuses que commandait l’adjudant Doit dut céder le terrain sous la violence de l’attaque allemands. La section de mitrailleuses fut attaquée à la fois de face et de flanc, les mitrailleurs dirent à l’adjudant Doit que pour sauver les pièces
 il était temps de se retirer mais l’adjudant Doit repondit que sa place était ici il ne devait pas partir et il ordonna de tirer jusqu’au bout mais ne reculez pas. Et montrant le plus bel exemple de bravoure et de mépris du danger en restant debout malgré la fusillade et continuant à encourage ses hommes et à diriger le feu de sa section.
ais malgré sa bravoure et celle de ses hommes, les allemands pénétrèrent dans la tranchée par la droite Les servants se firent tuer à plutôt que de se rendre.
L’adjudant Doit dut subir le même sort  car bientôt il fut atteint à la tête et à la poitrine et s’affaissant aussitôt. C’est ce que j’ai vu de moi-même et les renseignements que je puisse vous donner.


Blessé à Klein Zillebeke, déclaré décédé à Ten Brielen, l’adjudant DOIT fut donc emmené blessé à l’arrière et décéda vraisemblablement dans une ambulance allemande. Il connut alors une sépulture décente. Son corps fut rapatrié ensuite à Saint Charles de Potyze.

0___S_pulture_d_Alexandre_DOIT
L’adjudant DOIT, pour ses faits d’armes, obtint la Croix de guerre.

 

Tombé le 6 novembre 1914 dans le secteur de Zillebeke (Belgique), l’adjudant Alexandre DOIT du 68ème RI a accompli son devoir jusqu’au bout, jusqu’à son propre sacrifice.

Portrait2
A l’arrière, au Blanc, la ville de garnison n’apprit le décès que plus tard. Il fallut attendre un an et demi pour que le régiment rende un hommage officiel à son ancien adjudant.
Le 2 avril 1916, la presse locale relatait un événement qui ce jour-là prit une teinte particulière.

Jeudi dernier a eu lieu dans la cour de la caserne du Blanc une prise d’armes pour la remise d’un certain nombres de décorations.
Cette cérémonie a eu un caractère particulièrement émouvant.
Pour la première fois le fanion du 3e bataillon, merveille de broderie , offert par les dames du Blanc et décoré de la Croix de Guerre, a été présenté aux troupes.
Ce qui a excité une vive émotion, ce fut la remise de la Croix de Guerre à Madame genet, qui a reçu sur le front des troupes ce glorieux témoignage de l’héroïsme de son mari, lieutenant au 68e.
Deux soldats, morts en braves devant l’ennemi ont été représentés par leurs pères, MM. Cler et Joubert, à qui le commandant Legay a remis l’insigne commémoratif de leur courage.
Mais l’émotion a été portée à son comble par la présence d’une fillette de six ans. Simone Doit, qui a reçu la Croix de Guerre au lieu et place de son père, mort au champ d’honneur. Dans toute l’assistance civile aussi bien que dans les rangs des troupes, les yeux se sont mouillés de larmes.
En rappelant chaque citation, M. le commandant Legay a su trouver de mâles et nobles paroles pour faire ressortir l’héroïsme de ces braves.

Remise_croix_de_guerre_5
Simone DOIT, lors de la remise de décoration


Extrait de l’ordre de la Brigade n°19 :
Le colonel Lasson, commandant la 33e brigade d’infanterie cite à l’ordre de la brigade ;
DOIT Alexandre, Adjudant, C.H.R. du 68ème régiment d’infanterie.
« Sous-officier d’un sang-froid et d’une bravoure remarquables qui, dès les premiers engagements auxquels le régiment a pris part, a su donner à ses hommes le plus bel exemple du devoir. Est tombé glorieusement le 6 novembre 1914, au combat de Z… [Zillebeke], à la tête d’une section de mitrailleuses dont il dirigeait le tir avec la plus grande crânerie, pendant un furieux assaut de l’ennemi contre nos lignes. »
Signé : LASSON.

CaptureMM_AlexandreDoit_JO1919
La citation d'Alexandre DOIT donnant droit à Croix de Guerre et Médaille Militaire à titre posthume
20 décembre 1919 - Journal Officiel (sources Gallica)


Merci à Bernard Sarges pour la documentation familiale
Sources : Documentation personnelle. Droits réservés. - Indépendant du Berry (1916) et Journal Officiel http://gallica.bnf.fr/

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19 février 2014

Le copain de régiment de Marcel Guéret

Voilà un message que certains connaissent déjà puisqu'il s'agit d'une réactualisation d'un message de 2011.

Si vous pouvez aider à identifier le copain de Marcel Guéret, qui se trouve à droite sur le cliché, vous rendriez un service à Philippe qui a bien voulu partager ses documents familiaux.

Merci d'avance, merci pour Philippe, merci pour Marcel et son copain de service.
Qui ne tente rien, n'a rien.

 

Parfois, on recherche des aiguilles dans une meule de foin, mais c'est cela qui fait l'intérêt de nos petites recherches.
Par l'intermédiaire de Christophe, l'auteur du blog du 409e, j'ai été récemment contacté par Philippe qui effectue des recherches sur son grand-père.

A partir du livret militaire de celui-ci, on peut déterminer que Marcel Guéret est originaire de Boismé (Deux-Sèvres), il y est né en 1893. Il a effectué son service au 68ème RI et y a fait l'entrée en guerre.

Suite à une blessure, ce dernier fut évacué pour guérison et réaffecté au 409ème RI.

005_1

Son livret nous indique qu'il fut blessé la 30 aout 1914 d'une balle à la cuisse lors de la retraite et d'un éclat d'obus au mollet gauche, le 1er novembre 1914 dans le secteur d'Ypres.

La demande de Philippe concerne une éventuelle identification du copain, qui pose fièrement avec lui sur une carte photo datée du 13 mars 1914
Si dans vos albums de photos, vous reconnaissez le personnage de droite, n'hésitez pas à vous signaler.

RI068_GueretMarcel_DuoBaionnette_ExtraitMarcel Guéret (à gauche) et son copain du 68e

Marcel Guéret finira le conflit comme caporal, titulaire de la Croix de Guerre et de la Médaille militaire.

Merci à Philippe Talon pour m'avoir ouvert les archives familiales
Sources photo: Collection personnelle - droits réservés

Salut au 409ème

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21 septembre 2011

Une fratrie au régiment du Blanc - Les 4 frères Souchaud (3)

La fratrie Souchaud, originaire des Adriers, est composée de 4 fils qui combattirent pendant le conflit. Deux messages précédents nous permirent de présenter Denis et Pierre.

Le message de ce jour nous permet de rencontrer Louis, le 3e frère, lui aussi mobilisé au 268e RI.

Louis SOUCHAUD naquit le 25 février 1885 aux Adriers. A 20 ans, il est cultivateur et est déclaré comme grand pour sa génération. Il mesure 1m73.

De 1906 à 1908, il effectue son service militaire au 68e du Blanc (36). Il retourne à la ferme familiale le 25 septembre 1908.

Après une période, courant 1911, il est rappelé le 5 aout 1914 pour la mobilisation et part avec le 268e RI. Il suit le régiment tout au long du conflit jusqu’à la date fatidique du 21 janvier 1916. Le régiment est alors en Artois, dans la région d’Aix-Noulette, dans le secteur Nord du Bois en hache plus précisément.

JMO268_SectNord_BoisEnHache1

Il est à noter que Louis était affecté au même bataillon que son frère Denis (2e section de la 21e compagnie du 6e bataillon)
Voici ce que rapporte le Journal de marche du 268e pour ce 21 janvier 1916 :

21 janvier 1916
La nuit se passe sans incident. Vers 11h30, eut lieu un bombardement sur le fortin de Sébastopol occupé par la 21e Cie qui donna lieu aux événements racontés par le Cdt de la Cie dans le rapport ci-après :
« Le bombardement par bombes de gros calibre a commencé vers minuit. En peu de temps une dizaine de projectiles tombèrent près du poste 3 du fortin Sébastopol. A 7 heures, nouvelles bombes qui endommagèrent sérieusement le boyau d’accès au fortin Sébastopol que nous venions de remettre en état. Vers 10 heures, le bombardement a repris avec violence et les bombes tombèrent à de petits intervalles sur le boyau cité plus haut et sur la tranchée de Souchez.
« A ce moment, là, un lieutenant du 2ème d’artillerie se trouvant à mon poste de commandement pour prendre des renseignements, se porta en avant pour tâcher de voir d’où venaient ces bombes. L’ennemi raccourcit alors son tir. Me portant au fortin Solférino, je guette leur départ. J’en vis partir ainsi deux que, suivies des yeux, je vis tomber successivement sur la tranchée Sébastopol. Ayant repéré exactement l’emplacement du canon ennemi (D21, derrière un talus, près d’un buisson touffu), je reviens, et, près de mon poste, le sous-lieutenant Sécheresse me rendit compte de l’accident. Je préviens aussitôt le chef de bataillon et lui communiquai les renseignements au fur et à mesure que je les eus. Une de ces bombes était tombée à l’entrée d’un abri-caverne dans la tranchée de Sébastopol. L’entrée fut détruite du haut en bas par l’explosion, et quinze hommes restèrent ensevelis dans l’abri désormais sans issue. Sous la direction su Sous-lieutenant Sécheresse, les travaux de déblaiement commencèrent activement. Les hommes effrayés par ces explosions comparables au 210, s’étaient dispersés. Cet officier les groupa vivement en 2 équipes, l’une travaillant à dégager l’entrée obstruée, l’autre cherchant à se frayer un passage à travers les terres éboulées à l’intérieur. Le but du travail fut d’abord de faire un trou pour permettre à l’air d’entrer dans l’abri et éviter l’asphyxie.
Le travail avait commencé à 11h30 et ce n’est seulement qu’à 14h30 que le trou fut fait. Avec peine, on agrandit l’ouverture et le déblaiement fit découvrir des cadavres, entre autres celui du sergent Pillot et celui d’une hommes.
A 17h15, l’ouverture assez grande laissa passer les hommes blessés légèrement dont 2 caporaux. Ensuite après avoir été panser par les sous-lieutenants Julien et Sécheresse qui se dévouèrent pour aller le chercher dans l’abri, le caporal Blanchard, grièvement blessé, fut hissé avec précautions, travail très dangereux étant donné l’état des terres.
Durant les travaux de déblaiement, l’artillerie nous prêta le concours le plus efficace en obligeant l’ennemi à se taire et en lui causant certainement beaucoup de dégats.
La deuxième bombe citée plus haut, met en miettes un abri de la 3e section et probablement aussi 3 hommes qui devaient s’y trouver vraisemblablement car, en cherchant leurs corps, on ne retrouva que des débris maculés de sang.
D’autres bombes bouleversèrent la tranchée systématiquement.
L’état de la tranchée Sébastopol est lamentable. Elle est bouleversée de fond en comble sur une longueur d’environ 50 mètres. Cette nuit sera passée à la remettre en état.
Vers 18 heures, une nouvelle bombe est tombée, blessant 2 hommes dans la même tranchée.

Etat Nominatif des officiers – sous-officiers – caporaux et soldats tués, blessés ou disparus le 21 janvier 1916 :
5 tués, 8 blessés, 3 disparus

RI268_JMO_SouchaudLouis

Le corps de Louis ne fut jamais retrouvé, l’abri dans lequel il se trouvait avec deux de ses camarades d’arme fut pulvérisé.

Merci à Kévin Souchaud pour m'avoir ouvert les archives familiales
Sources photo: JMO SHD (268eRI)

 

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