31 décembre 2011

Bonnée Année

31 décembre 1915

Le Général Curé a réuni ce soir les officiers de la 304e Brigade. Je pensais bien que ce n'était pas seulement pour nous souhaiter la bonne année!

Nous allons remplacer le 21e Corps dans un terrain bourbeux où les tranchées sont noyées, et nous y resterons du 4 janvier à la fin du mois. Naturellement, il compte sur le bon esprit, le dévouement ... et patati et patata ...
Un officier d'état-major nous aglissé quelques tuyaux: comme il n'y a presque plus de tranchées, les deux camps ont établi une entente. "On peut sortir, se promener, on ne tire pas. On prend même le café ensemble ... mais çà il ne faudra pas continuer ... Ah! J'oubliais, on vise les officiers quand on peut les reconnaitre; la trêve n'existe que pour les soldats". Bon! il faudra voir ... Les états-majors n'ont pas été vérifier!
Ce coin là s'appelle le "Bois en Hache"

Sources: Maurice Laurentin - Carnets d'un fantassin de 1914 - Arthaud 1965

Posté par Indre1418 à 08:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


24 décembre 2011

La vengeance de la 1ère ligne.

Dans le message précédent, nous avons vus les rapports parfois difficiles entre les combattants de 1ère ligne et ceux du proche arrière. Mais parfois, ceux du front ont leur petite vengeance.

21 février 1916:

Comme je racontais cette petite histoire au lieutenant CHIBOUT, il me répondit en riant: "La tranchée nous venge! Un capitaine d'Etat-major est venu, il y a une huitaine. juste à son arrivée, une torpille est lancée des lignes boches ... Je lui montre l'engin, qui arrivait vers nous en tanguant dans l'air: "Attention, une torpille, couchez-vous!" Il s'est étendu dans la boue avec un empressement qui me ravit: "Attention, elle va éclater". Le malheureux se replongeait dans la vase ... dès que la torpille eut éclaté, il déguerpit, sans demander son reste ... Sa mission était terminée".

Sources: Maurice Laurentin - Carnets d'un fantassin de 1914 - Arthaud 1965

Posté par Indre1418 à 12:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

17 décembre 2011

L'amertune de l'officier de troupe

Si la rancoeur des soldats du front vis à vis de l'arrière est connue, il est plus rare de relever celle des officiers de troupe de 1e ligne vis à vis de ses collègues des Etats-major.

Maurice Laurentin, alors Capitaine au 268e RI, nous rapporte ceci dans ses "Carnets d'un fantassin de 1914":

20 février 1916:
Nous voici de nouveau aux arrières. Je n'ai pu trouver pour le Colonel qu'un cellier pour logement, tant les services de la Division ont pris leurs aises dans le château et les maisons du village.

N'allez pas demander un service à ces officiers. Est-ce insolence de breveté? Est-ce honte d'embusqué devant un officier de troupe? Lorsque j'entre, pas un des cinq officiers (Un chef de bataillon et quatre capitaines, tous décorés, Légion d'Honneur et Croix de Guerre), ne se lève. Mes galons sont, de fait, moins brillants sur ma capote que sur leur tunique. Pas un ne m'offre un siège. Je salue. J'attends que les conversations de ces messieurs soient terminées, puis je place ma demande de renseignements. celui à qui je m'adresse m'envoie à une autre table où un autre capitaine, plongé dans les velours de son fauteuil, me répond, sans en rien savoir, que la circulaire que j'invoque est annulée, et me congédie.

Sources: Maurice Laurentin - Carnets d'un fantassin de 1914 - Arthaud 1965

Posté par Indre1418 à 12:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

04 février 2010

Les croquis du Capitaine Laurentin

Au travers de ce blog, j'essaye de retrouver toutes sortes de traces concernant les combattants des régiments indriens. Parmi les plus touchants se trouvent les témoignages de combattant.
Maintenant que les soldats ont disparus, il ne nous reste que des photos, des lettres et des livres. Parmi ces livres, un me tient particulièrement à cœur. Il s'agit du témoignage de Maurice Laurentin.
Maurice Laurentin (1885 - 1959) était un architecte originaire de Cholet (Maine et Loire). On lui doit notamment la construction de l'église du Sacré-Coeur de Cholet. Il est le père de Mgr René Laurentin (1917) et de Menie Grégoire (1919).
La période du conflit est couverte par deux ouvrages: Le sang de France (1919 Editions Bloud) et La victoire des Morts (1920 Editions Bloud et Gay).
Une analyse de l'ouvrage "Le sang de France" est visible dans l'ouvrage "Témoins" de Jean Norton Cru (1929). Celui-ci souligne la présence d'un "beau châpitre", celui concernant les attaques de septembre 1915 (Voir ci-dessous).
Le parcours militaire de Maurice Laurentin le voit partir comme sous lieutenant au 77e Régiment d'Infanterie, il monte au front au bout de deux mois de dépôt. En mars 1915, le lieutenant colonel Mariani prenant le commandement du 268e RI, Laurentin le suit alors au sein du régiment du Blanc, il y retrouve alors bon nombre de réservistes poitevins et berrichons.
De part son poste d'adjoint au chef de corps, il a en charge une partie de la gestion du régiment. Ayant le goût des choses pour le dessin, la photographie et l'écriture, Maurice Laurentin devient alors le rédacteur du très documenté Journal de Marche du régiment.
N'hésitez pas à consulter ce JMO sur le site Mémoires des hommes Vous y découvrirez de nombreuses photos des soldats et des cadres du 268e RI (Dont Maurice Laurentin lui-même).

.

MLaurentin_Photo1

Sources JMO Mémoires des Hommes
.

En parallèle à ses obligations militaires, Maurice Laurentin tient à jour son journal personnel. Son goût du dessin le conduit à réaliser de nombreuses cartes du champ de bataille, mais surtout à croquer quelques scènes des moments vécus au front.
D'autres de ses dessins sont visibles dans les ouvrages de témoignage précités, mais surtout dans l'édition de 1965 (Editions Arthaud) qui contient pas moins de 32 croquis.
Un de ces croquis m'a marqué, on en retrouve deux versions différentes. 1 version à l'encre dans le JMO et 1 au crayon dans le témoignage.
La mise en parallèle du JMO et du témoignage est très intéressante.
Voici le croquis du JMO:
MLaurentin_Croquis2
Blairville, la corne du bois, le 25 septembre 1915

Voici la version "Témoignage"
MLaurentin_Croquis3
QG, le ....
Malgré tout mon désir de récompenser les braves, il ne me parait pas possible d'accorder un aussi grand nombre de citations.

Voici comment Maurice Laurentin reporte le résultat de cette triste journée:
"On ne savait pas encore derrière nous que tout était perdu. Pendant que nous pleurions le désastre, un officier de hussards apparut au poste du colonel, au garde-à-vous, ganté et impeccable, venu jusqu'à nous sans se salir, et souriant sous les obus; beau cavalier qui vient pour la fête: "Mon colonel, dit-il, je viens de la part de mon colonel vous demander s'il faut charger."
Le colonel Mariani leva le bras vers le champ de bataille:
"Mes soldats!" dit-il.
Le hussard se haussa, regarda et vit. Son sourire s'effaça. Il salua, pris soudain du religieux silence qui saisit tout homme dans l'asile des morts".

.
Entre les 2 versions, nous n'avons pas le même homme. Les sentiments du témoignage disparaissent dans le JMO.
.
A noter un autre croquis se trouvant dans le livre de 1965 et qui se passe de commentaires.
MLaurentin_Croquis1
QG, le ....
Porté comme disparu, ne peut à mon avis être proposé à la Légion d'Honneur.

Posté par Indre1418 à 08:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

04 septembre 2005

Le coup passa si près que ...

Voici comment le capitaine Laurentin échappa de peu à la mort, et grâce à une pellicule:

"Je suis allé, ce matin, voir le travail au Poste 10, jusqu'à la parallèle la plus avancée en construction. J'y étais avec le général Néraud et le colonel Mariani. Je venais de tirer la dernière pellicule de mon Kodak et le général scrutait les tranchées d'en face au périscope. Mon appareil photo me sauva la vie.
Les Allemands avaient vu sans doute notre arrivée, et le périscope leur permit de déduire la présence d'un chef. Tandis que le général observait, je pensais que je pouvais mettre une nouvelle bobine de pellicules; j'étais à dix pas de lui; devant moi, un petit abri était creusé sous le parapet, dans le tuf de la tranchée. Je m'y enfonçai, jugeant que l'ombre de l'abri préserverait mes pellicules d'un voile que le soleil pouvait occasionner, même avec un appareil qui se charge en plein jour. J'ouvris mon appareil, je retirai la bobine des pellicules tirées. - "Boum!" Un obus éclate contre le parapet dont les pierres me tombent sur le dos. Une claie, posée à cet endroit, est projetée dans la tranchée.
Sans mon appareil, j'aurais été debout à ce moment-là et fatalement atteint. J'eus un peu de peine à finir mon opération (car les pierrailles avaient sali mon appareil, tandis que les Boches continuaient leurs salves, dont les autres coups, d'ailleurs, me furent moins directement adressés que le premier.
"Pas un cheveu ne tombe de notre tête, sans la permission de Dieu..." Pour préserver ce cheveu, il a suffi d'une pellicule de  ... Vest Pocket Kodak!"

vestpocketjap

Un Vest Pocket Kodak

Sources: Carnet d'un Fantassin de 1914 - Maurice Laurentin - Arthaud 1965
Historique Kodak: http://www.collection-appareils.com/kodak/html/vest_pocket.php

Posté par Indre1418 à 21:57 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 septembre 2005

Rivière - Travaux de première ligne

"Les travaux ont été poursuivis cette nuit devant la première ligne, sous un feu assez gênant d'obus de tous calibres (105,88,77 et plus petits), de mitrailleuses et de mousqueterie. Le lieutenant Renaud et un soldat ont été sérieusement blessés.
Les Allemands, en face, se fortifient. On les entend frapper sur des piquets, par lesquels ils renforcent, sans doute leurs défenses de fils de fer. Ils piochent toute la nuit. Une patrouille qui protégait les travailleurs, a même vu nriller des cigarettes.
Les Allemands s'aperçoivent de nos sapes; leurs tirs et leurs patrouilles rendent difficile le travail. La position nouvelle est dangereuse. Le colonel a signalé par deux fois l'imprudence qu'il y a de placer des travailleurs à 300 mètres en avant de leurs camarades de la tranchée, qui ne peuvent plus tirer en cas d'attaque, alors qu'aucune position intermédiaire n'est établie, qu'aucune liaison n'est assurée. Le général Néraud n'a pas répondu. Je ne sais s'il la communiqué à la Division.

Pour les grands états-majors, ces considérations pratiques ne peuvent entrer dans la haute stratégie qui préside, je veux le croire, à leurs conseils.
Ils ne pouvaient non plus tenir compte de cette pluie, qui tombe sans pitié et se prolonge sans espoir, ajoutant aux frissons du danger ceux du froid et de l'humidité".

Sources: Maurice Laurentin - Carnets d'un Fantassin de 1914 - Arthaud 1965

riviere_bretencourt
Riviere - Bretancourt

Posté par Indre1418 à 15:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

01 septembre 2005

268e RI - Secteur de Rivière

Le 268e RI forme Brigade avec le 290e RI. Au sein de cette 304e Brigade, le capitaine Laurentin nous décrit le secteur de rivière:

"1er septembre 1915
Nous occupions depuis hier, devant Brétencourt-Rivière, un front de cinq mètres. Deux compagnies en première ligne, deux compagnies de soutien, le reste du régiment cantonné à Grosville-Rivière, autour du poste du colonel, qui loge au château.

riviere_chateaugrosville
Riviere - Chateau de Grosville

Depuis que les tranchées ont fixé le front à huit cents mètres devant Rivière, au mois d'octobre, la région est restée paisible comme à cent lieues de l'ennemi. Les placides territoriaux du 82e, que nous remplaçons, ont passé dix mois dans la même tranchée sans tirer sur la tranchée adverse, où, l'ennemi, à quelque cinq cents mètres de là, semble dormir aussi"

riviere_191506_11
Eglise de Rivière (62) - Juin 1915

Sources: Maurice Laurentin Carnets d'un fantassin de 1914

Posté par Indre1418 à 14:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 juillet 2005

Les embusqués

Petit retour en arrière, en juin 1915, lorsque Maurice Laurentin, officier au 268e RI pourfendait les embusqués. Pendant ce temps, le député Dalbiez préparait son projet de loi modifiant les conditions de mobilisations, surtout ayant pour but de traquer le dit embusqué.

La loi Dalbiez

27 juin 1915

"Dalbiez et autres députés, ne soyez pas trop durs pour l’embusqué honteux qui rase les murs et, tout piteux, se fait montrer d’un doigt moqueur par les commères !

Il y a bien d’autres masques à lever : l’embusqué brillant, galonné, décoré et bien payé des états-majors, qui tombe toutes les femmes et envoie deux mille hommes à la mort dans un terrain qu’il n’a même pas approché et qu’il ne connaît que par la carte, est autrement intolérable. Les embusqués de l’intendance et des services, tous ces épiciers inutilement vêtus de glorieux uniformes militaires, sont autrement encombrants et nuisibles.

Ils pullulent dans les zones de l’arrière, inutiles, insolents, pourris, vêtus de la gloire des autres ; ils pullulent à ce point que, tandis qu’il ne reste plus trois officiers de carrière par régiment, il y a, au moindre état-major de division, cinq, dix et même quinze de ces arrivistes arrivés, tous brevetés, qui ne verront jamais le feu et, après la guerre, feront les nouveaux règlements ! "

Sources : Carnets d’un fantassin de 1914 - Maurice Laurentin - Editions Arthaud 1965

Posté par Indre1418 à 23:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

11 avril 2005

Maurice Laurentin, arrivée au 268e

Qu’avait donc Maurice Laurentin pour retenir mon attention ?
D’abord qui est il ? Originaire de Cholet, architecte de formation, il a d’abord été mobilisé au sein du 77e RI, puis suivant son chef de corps, le lieutenant colonel Mariani, il est affecté au 268e RI du Blanc le 12 avril 1915.
Il est auteur de deux excellents témoignages intitulés « Le sang de France » et « La victoire des Morts ». Jean Norton-Cru qui lui reprochait un récit « lestement conté » et « une psychologie du combattant guère poussée », lui reconnaissait cependant une certaine valeur.

De plus, après quelques recherches, un jour nouveau m’apparaissait. La découverte de son œuvre combattante se fit par l’intermédiaire de l’achat d’un volume intitulé « Carnet d’un fantassin de 1914 », qui se révélait être la compilation des deux volumes précités. Ce volume a été édité en 1965 aux Editions Arthaud.

Ma surprise fut de découvrir que la préface était de Ménie Grégoire. Que venait faire Ménie Grégoire dans un livre sur 14-18? En vérité, cette dernière se révélait être la fille de Maurice Laurentin, Marie Laurentin (dite Ménie) épouse Grégoire.

Après guerre, Maurice Laurentin redevint architecte, une de ses principales réalisations fut l' Eglise Sacré Coeur de Cholet.

Pour le plaisir des yeux, une illustration de l'auteur, glanée dans les "carnets d'un fantassin de 1914":

 

mauricelaurentin_popote1_resize

Posté par Indre1418 à 22:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,