01 septembre 2016

Le camp de concentration des étrangers de Bitray (Réactualisé 2016)

Il y a quelques temps déjà, j'ai acquis trois cartes-photos qui m'ont bien intrigué. Elles ont trait à une page peu connue de notre département. Celui-ci, dès 1914, accueilli un camp de concentration pour les civils étrangers des nations ennemies. Certes le terme de "camp de concentration" a de nos jours une connotation malsaine et ce dû aux actes de la barbarie nazie. Il s'agit cependant du terme officiel utilisé à l'époque (1914), c'est donc la raison pour laquelle, j'ai cependant choisi de l'utiliser.

Au premier abord, les photos ne sont pas clairement identifiables, seules les annotations "Camp des étrangers Châteauroux 1914-1917", "Carrières Châteauroux 1916" et "Camp de Châteauroux 1915-1916" sont lisibles. Les 3 photos provenait d'un même lot dont le vendeur ne pouvait m'en dire plus concernant l'origine, hormis qu'il les avaient lui-même trouvé en Alsace.

Après quelques recherches, des pistes interréssantes se présentaient à moi.

Suite à la lecture d'un ancien numéro de 14-18 Magazine d'avril 2005, je fis l'acquisition du livre "Les camps de concentration français pendant la première guerre mondiale" de Jean Claude Farcy. Cet ouvrage me confirmait la présence d'un camp réservé aux civils étrangers à Bitray, dans les locaux de l'asile d'aliénés.
Dans son ouvrage, Jean Claude Farcy écrit à propos des 70 camps qui existèrent de 1914 à 1920:
Il ne s'agit pas de véritables “camps” construits à cet effet (comme en Allemagne, ou comme plus tard en 1940), hormis le camp de l'île Longue (situé dans la rade Brest) qui est une exception avec ses dizaines de baraques capables de recevoir 2000 internés) et d'ailleurs construit au début et occupé par des prisonniers de guerre. Rares sont les bâtiments modernes, comme l'asile de Bitray (Châteauroux) toujours cité en exemple par les autorités. On utilise des bâtiments existants, anciens séminaires ou couvents désaffectés (Guérande, Vire, La Ferté-Macé, Pontmain), d'anciens forts militaires (iles d'Yeu et de Noirmoutier), des collèges (en Vendée et Fleury-en-Bière) et quelques usines désaffectées (teinturerie Jouguet près de Saint-Brieuc).


En réalité, ce lieu, Bitray, m'était déjà connu. En effet, il abritait aussi une activité plus respectable. Il s'agissait de l'Hôpital complémentaire n°25, qui avait d'ailleurs une annexe à l'Institution Léon XIII, bien connue des castelroussins.

Chateauroux_Bitray_HopitalComplementaire25
Il y a peu en continuant mes recherches, via le site de la Bibliothèque Nationale GALLICA, en lisant le Journal du Droit International de 1916, je mis la main sur ce texte:

Les Internés civils, sujets ennemis dans les « camps de concentration » français
Source – Georges BATAULT. « Gazette de Lausanne » 23 avril 1915.
Bibliographie - Edouard CLUNET. La. personne des « sujets ennemis » en France. Extrait du journal « Le Temps » 1er février 1915 p.19

 " ...Nous avons quitté Châteauroux et nous arrivons après trois kilomètres de route à l'Asile de Bitray, vaste suite de bâtiments. édifiés en pleine campagne, où sont installés les internés civils. L'Asile est à peine terminé, il a été construit pour les aliénés de l'Indre et du Cher, mais n'a pas encore été utilisé. Les circonstances ont fait qu'on y a logé les civils que l'on retient prisonniers en France. L'ensemble des bâtiments est formé d'une suite de pavillons bâtis en éventail autour d'une grande cour circulaire. Dix de ces pavillons sont occupés aujourd'hui par les étrangers. Les locaux sont vastes et clairs, pourvus du chauffage central et éclairés à l'électricité.
Le camp de concentration de Châteauroux- Bitray est du reste un camp modèle, qui donne abri à 560 internés, répartis comme suit : 287 hommes, 193 femmes, 180 enfants. Au point de vue des nationalités la répartition se fait ainsi : .323 sujets allemands, 337 sujets austro-hongrois.
J'ai tâché de faire connaître récemment ce que j'ai pu comprendre de la mentalité des prisonniers de guerre, en insistant sur le caractère presque exclusivement militaire de leur psychologie. La mentalité des prisonniers civils est toute différente.
Ils s'expliquent mal leur présence dans les camps et ne peuvent se faire à leur situation présente. Ils ont le sentiment d'être totalement irresponsables des événements dont ils subissent les conséquences. Quelques-uns sont des touristes, surpris en France par la mobilisation, mais la plupart sont des étrangers fixés dans le pays depuis de longues années.
Se voyant prisonniers, ils ont le sentiment d'une déchéance sociale imméritée et sont angoissés par d'insécurité dans laquelle ils se sentent vis-à-vis de l'avenir.
Les prisonniers de guerre sont des victimes du devoir et se sentent soutenus par une inébranlable confiance ; les internés civils sont des victimes, tout court, et sont pleins de défiance vis-à-vis d'eux-mêmes, et vis-à-vis de l'avenir. Chez presque tous les préoccupations d'ordre économique sont beaucoup plus importantes que les considérations politiques.
Les habitants du camp de concentration de Bitray appartiennent à toutes les conditions sociales. La grande majorité est faite d'ouvriers et de petits boutiquiers, mais il y a cependant un certain nombre d'intellectuels et d'artistes et deux grands commerçants.
En pénétrant dans l'intérieur du camp on n'a pas du tout l'impression d'une prison, et les gens que l'on rencontre n'ont ni l'aspect de geôliers, ni l'aspect de prisonniers. On dirait plutôt une sorte, de phalanstère, quelque peu monacal, avec des règles assez strictes auxquelles se sont soumis volontairement les hommes et les femmes ici réunis ..."

Une de mes 3 photos:

Bitray_CampEtranger_Distribution_NB_ExtraitBitray - La distribution

Continuons notre visite du camp de Bitray:

Nous commençons notre promenade par la visite des cuisines, qui sont vastes et claires, abondamment pourvues de victuailles et d'une propreté méticuleuse. Dans un coin de la cuisine est installée une cantine bien pourvue où les habitants du camp peuvent se procurer, à des prix convenables, des mets supplémentaires ou des douceurs.

La deuxième photo (extrait)

Bitray_CampEtranger_CuisineExterieure_NB_extraitCe que le "reporter" ne raconte pas:
Les cuisines extérieures à même le sol


Nous voyons ensuite un dortoir où sont installés les Alsaciens-Lorrains, qui jouissent ici de nombreux privilèges et qui se montrent satisfaits de leur sort. Ils sont plutôt hospitalisés qu'enfermés, puisqu'ils ont le droit de se rendre en ville quand il leur plaît. Les Polonais jouissent des mêmes droits et privilèges, ainsi que certains Italiens des provinces irridentes.
Les étrangers sont répartis dans les divers pavillons selon leur nationalité. Il y a des pavillons spécialement réservés aux célibataires hommes, d'autres aux célibataires femmes, d'autres enfin aux ménages.
Les salles occupées par les hommes sont de grands dortoirs qui rappellent à la fois la, caserne et l'hôpital. Les femmes plus accoutumées aux soins de la maison se sont mieux installées.
Avec des toiles de Jouy savamment disposées elles ont su donner à leurs chambrées quelque chose de riant et de coquet qui est tout à fait plaisant. Les ménages enfin disposent, de plus de place ; ils ont divisé les grandes salles au moyen de tentures glissant sur des tringles, de façon à faire un certain nombre de petites chambres séparées dont l'ameublement comporte un grand lit et quelques sièges.
Certains internés ingénieux se sont fabriqué divers, meubles, rustiques et pittoresques, je me rappelle surtout un petit mobilier d'enfant, œuvre touchante d'un père industrieux.
Les enfants — très nombreux — sont l'objet de soins tout spéciaux. On a créé pour les tout petits une garderie et, pour les grands. Une école dont la direction est laissée, sous la surveillance du commandant du camp, aux internés eux-mêmes.
Deux fois par semaine, sous la surveillance des institutrices, les enfants sont conduits à la promenade en dehors de l'enceinte du camp. J'ai vu les petites classes, où travaillaient attentivement les gosses, que trouble notre venue. Ils nous firent bon accueil et nous considérèrent avec cette sympathie souriante, qu'ont tous les écoliers pour les visiteurs inattendus qui viennent troubler le cours de la leçon.
J’ai quitté les enfants pour rendre visite aux artistes. Voici le sculpteur hongrois de Fejer que nous voyons dans son atelier — car on lui a installé un atelier où il peut travailler à loisir — et j'ai soudain l'impression de me trouver transporté dans le quartier de Montparnasse. Ce sont les mêmes murs, couverts de dessins, les mêmes sellettes sur lesquelles reposent, enveloppés de lingues humides, les ébauches d'argile.
Je fais une courte visite ensuite au dessinateur et caricaturiste Wolfle, du Simplicissimus, qui me montre ses esquisses et les dessins qui tapissent les murs de la petite chambre qu'il habite avec sa femme.
On me fait aimablement cadeau d'une gravure due à la collaboration de deux internés que je n'ai pas eu le plaisir de voir, le dessinateur Kiss et le graveur Skuravy. La gravure représente, les habitants du camp se rendant aux cuisines pour chercher leurs rations ; les uns attendent leur tour, pressés devant la porte, les autres s'en vont tenant, dans leurs mains un bol de soupe fumante.

La troisième photo (extrait):

Bitray_CampEtranger_Carriere_NB_Extrait
Ce que le "reporter" ne raconte pas:
Le travail des hommes dans une carrière des environs

Avant de quitter le camp de Bitray, nous nous rendons au bureau du « Comité », où nous sommes reçus par les membres assemblés. Car, chose remarquable, les internés civils ont une administration, dirigée par des hommes choisis parmi les internés eux-mêmes, et qui remplit un triple rôle.
Elle s'occupe d'abord de l'administration du camp, à proprement parler, et des relations avec le commandant français, chef du dépôt. Ils Constituent ensuite un bureau de renseignements et de consultation pour leurs administrés. Enfin, une sorte de cour de justice de paix devant laquelle sont portés tous les différends qui peuvent surgir entre les étrangers installés dans le camp. En cas de non conciliation seulement les contestations sont portées devant le chef du dépôt.
Comme nous allions nous en aller, admirant l'ingénieuse et intelligente idée, qui a voulu laisser le plus d'initiative et d'autonomie possible aux internés que la guerre a rassemblés dans ce camp, nous fûmes rappelés par un des membres du Comité, qui demanda à dire quelques mots en son nom propre et au nom de ses collègues.
M. Léonor Poppellauer, sujet allemand, Berlinois ci-devant représentant à Paris de la maison Rotherfurt de Berlin, me fit alors: l'éloge de l'administration française qui s'était montrée si humaine et si pleine de tact, dans la personne du chef du dépôt de Bitray, le commissaire de police Moreau auquel tous les internés doivent une profonde reconnaissance...
Il est inattendu d'entendre des internés civils allemands et austro-hongrois faire la louange de celui qui a mission de les garder et de les surveiller.
Malgré la guerre, impitoyable qu'on lui fait, la France, sûre d'elle-même, reste digne de son passé et de ses grandes traditions d'humanité. N'est-ce pas à cela qu'on peut juger d'une vraie civilisation et d'une culture digne de ce nom. »

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Sur le sujet des internés de Bitray, on découvrira avec intérêt le cas de la famille Valentini en suivant le lien:

De camp en camp, une vie d’exilés civils, la famille Valentini.

 

FamilleMistrelli_Parc

 

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Parmi les internés du camp de Bitray, il y eut Bernard Groethuysen.
Ce dernier, philosophe allemand francophile fut interné en février 1915. Ses amis Charles Du Bos et Charles Andler, peut-être même Henri Bergson, tentèrent d'améliorer ses conditions de détention. Les autorités finirent par lui accorder la liberté de résider en ville chez des particuliers.

IV2

André Gide et Bernard Groethuysen

 


 

En continuant mes recherches sur le camp de Bitray, je suis tombé sur quelques sources iconographiques concernant notre sujet.

Une série de photos prises dans le camp est visible sur le site Mémoires du Ministère de la Culture: Voir ICI
Certaines photos, celles des cuisines extèrieures notamment, permettent de confirmer l'origine de mes exemplaires.

La version trouvée sur le site du ministère de la Culture, à mettre en parallèle avec la photo diffusée dans le 1er message:

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D'autres clichés offciels pris à Bitray et provenant du site du ministère:

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Base Mémoire - Ministère de la Culture


Concernant l'histoire de Bitray, on consultera avec intérêt, l'encyclopédie castelroussine: Châteauroux 1945-2000

On trouve d'autres sources. Cependant, je ne les mentionnerai pas pour l'instant, elles feront l'objet de messages spécifiques, plus tard. Je reviendrai alors sur la phase suivante que connut l'hospice de Bitray: Le "Based Hospital n°9" de l'American Expeditionary Force (A.E.F.).

Un lien vers l'article de Georges Batault dans la Gazette de Lausanne: ici sur le site http://www.letempsarchives.ch


Courant 1917, l'asile de Bitray perd sa fonction de camp d'internement. En effet, début septembre 1917, les premiers soldats américains arrivaient pour transformer le lieu en ce qui devint le Base Hospital n°9.

Mais ceci est une autre histoire et fera alors l'objet d'un autre message.

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Sources:
- GALLICA BNF Journal Du Droit International 1916
- US Army Medical Department History of Base Hospital n°9
- 14-18 Magazine numéro n°25 Avril 2005
- Les camps de concentration de la Première Guerre mondiale, Jean-Claude Farcy, Economica, Paris, 1995, 373 pp.
- GALLICA BNF Journal Du Droit International 1916
- Collection de l'auteur

 

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17 mars 2015

De camp en camp, une vie d’internés civils, la famille Valentini. (Réactualisé 2015)

L’objet de ce blog est de partager les informations entre toutes les personnes intéressées par ce vaste sujet que fut la 1ère Guerre Mondiale. Parfois, cela va au-delà de mes espérances.

En 2012, je faisais part de la trouvaille de 3 clichés inédits de ce camp que l’on appelait « de concentration » qui se trouvait à Bitray et concernait les populations civiles étrangères provenant des pays ennemis. Je vous laisse redécouvrir ce message par le biais de ce lien : Le camp de concentration des étrangers de Bitray

Il y a peu, je reçus un message d’Emmanuel qui me signalait qu’il avait des informations concernant ce camp et plus précisément 2 clichés concernant sa famille qui fut internée à Bitray.

Originaire de l’Italie austro-hongroise, la famille Valentini émigra en France vers 1880 , ils s’installèrent dans le XVe arrondissement. Gioachimo travaillait alors à Paris comme déchargeur de péniche, quai de Javel, comme su si bien le représenter Claude Monet:

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Sources: Musée d'Orsay

Avec sa femme Mélania (née Pinamonti), ils eurent 14 enfants, seuls 9 étaient vivant en 1914 dont un, Auguste, né en Italie et qui y resta. Celui-ci fut d’ailleurs enrôlé dans l’armée austro hongroise.
En cette mi-1914, donc, suite à la déclaration de guerre, les familles d’origine allemandes ou austro hongroises installées en France furent internées. Toutefois, il leur fut proposé d’être libérés si un des membres de la famille s’engageait dans l’armée française. Cette proposition fut refusée par la famille Valentini, car les parents ne voulaient pas que deux de leurs enfants puissent se retrouver face à face au combat.

Après un séjour à Poligny (77), la famille fut dirigée sur le département de l'Indre, séjournèrent tout d'abord à Saint Gaultier où la Collégiale servit de lieu d'hébergement et furent ensuite dirigés vers le camp de Chateauroux. Leur fille ainée Irma, mère d’une petite fille, fut libérée car son mari, également Italo-Autro-Hongrois avait accepté de s’engager dans l’armée française, comme maréchal-ferrant. Celle ci vint plusieurs fois les visiter, leur apporter de nouveaux vêtements. Lors d’une de ces visites d’Irma, des clichés furent pris, d'autres lors du séjour indrien.

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La famille Valentini à Bitray

Sur ce premier cliché, la famille Valentini est présente.
La personne à table avec la casquette est Gioachimo Valentini, originaire de Tassullo dans le Trentin, dépendant alors de l’empire d’Autriche Hongrie. En face de lui, sa femme Melania Pinamonti. Autour d’eux, leurs enfants, tous nés en France, sauf Auguste, enrôlé dans l’armée Austro Hongroise.
On y voit également leur fille ainée Irma (debout à gauche), venue les visiter, avec sa propre fille ainsi que tous les enfants du couple Valentini : René, Hélène, Marie, Olga, Blanche, Robert et Irène les autres enfants. René, en âge de combattre et passa toute la durée de la guerre en camp et ne fut libéré que fin 1918.
Olga, née en 1902, la grand-mère d’Emmanuel (mon correspondant), est assise sur le banc au premier rang avec une de ses jeunes sœurs.

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Les femmes et les enfants internés à la collégiale de Saint-Gaultier

Sur le deuxième cliché, on retrouve les familles qui furent internées à Bitray, mais dans un autre cadre. Grâce à Christine Méry-barnabé, historienne locale spécialisée sur le sujet, nous savons que ce cliché a été pris à Saint-Gaultier, juste avant le transfert vers Bitray.

Nous sommes loin du décorum cité par le « journal de Lauzanne » (voir article de 2012 cité plus haut). La paille et la promiscuité sont alors de rigueur et le confort spartiate.

La famille fut maintenue en camp, à Châteauroux, presque 2 ans avant d’être transférée à Guérande.
Vers 1917, Gioachimo Valentini ayant 60 ans, il y eu un échange de prisonniers civils. Ils partirent alors en Autriche, où ils se retrouvèrent à nouveau en camp, car le village d’origine était zone de combat, et que leur statut de minorité italienne les rendait peu sûrs aux yeux des autorités.
Concernant les conditions de vie au camp de Bitray, Emmanuel en entendit parler toute son enfance par sa grand-mère Olga et ses soeurs. Aujourd’hui, celui-ci possède un captage audio du témoignage d'Olga, qui lui conta son séjour à Bitray, peu avant que celle-ci ne décède en 1996, celle-ci se souvenant des détails sur les conditions de vie dans ces camps, en particulier à Châteauroux : Le couchage, la nourriture (une boule de pain de 10 à 15 cm de diamètre par jour, pour quatre) entre autres.

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Actualisation 2015:
Emmanuel, m'avait transmis un document important que je n'avais jusqu'alors pas diffusé. Il s'agit là d'un troisième cliché qui fut pris à Bitray, le long de L'indre, la rivière où les familles pouvaient se laver et laver leur linge.
Emmanuel, donc, a identifié les différents membres de sa famille.

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Au cours du colloque qui eut lieu en 2014 à Châteauroux, Jean Louis Laubry, ancien directeur du Centre d'Etudes Supérieures de Châteauroux, fit une intervention remarquée et très instructive concernant le camp de Bitray. Le compte-rendu sera publié cette année par le CREDI.

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Merci à Emmanuel pour sa confiance et son accord pour accéder aux archives familiales.

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06 février 2012

Alexandre Lavalette (268e RI) Henri Clémenceau (9e train)

Les sites dédiés aux régiments indriens et à leurs soldats sont peu nombreux, alors je vous fais profiter de deux récentes trouvailles:

Tout d'abord commençons par le 268e RI. Afin de présenter son activité professionelle, un généalogiste détaille son activité au travers de la description du parcours d'un aieul, Alexandre Lavalette. Au fil des pages, nous suivons donc le parcours du forgeron de Millac (86) jusqu'à la Nécropole de Sarrebourg. On notera, au passage, la photo qui permet d'admirer une copie de képi 1884 du 268e

l_dscf2453http://arbredalexandre.free.fr/index1.html

 

L'autre découverte concerne une unité sur laquelle je possède malheureusement peu d'informations: le 9e Escadron du Train des Equipages.
Sur un site familial, on découvre Henri Clémenceau, fils de meunier de Saint Florent le Vieil (49), celui-ci est mobilisé au 9e ETE et meurt en 1916 de maladie, à Cholet (49)

ETE009_MPLF_ClemenceauHenriPierreJosephhttp://clemenceaudupetitmoulin.centerblog.net/2772279-Henri-Clemenceau-1887-1916


http://clemenceaudupetitmoulin.centerblog.net/6573405-henri-clemenceau-du-moulin-de-la-rielle

 

Sources photos:
http://arbredalexandre.free.fr/index1.html
Mémoires des Hommes

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09 avril 2011

Ernst WERNER - un prisonnier bavarois à Issoudun

Récemment, j'ai acquis un courrier écrit par un prisonnier allemand à ses parents depuis le dépôt d'Issoudun, le 6 juin 1917.

Hormis la traduction toujours en cours (mon allemand scolaire ne s'est pas amélioré), je me suis mis en quète de trouver d'éventuelles informations concernant ce prisonnier.

Issoudun_KriegGefanger_ErnstWerner

Le prisonnier allemand en question est Ernst WERNER. Au dos de sa lettre, il se déclare "Kriegsgefanger" (Prisonnier) "Vizefeldwebel" (Sergent-major). Son unité est le 3e Bavarois Ersatz, 3eme compagnie.

Grâce à l'aide de correspondant du forum Pages 14-18, je retrouve le parcours de cette unité:
http://www.militaerpass.net/1brd.htm

Analysons maintenant le recto de l'enveloppe:

Issoudun_KriegGefanger_ErnstWerner1

Le courrier est envoyé à Arzberg (Bavière) et est adressé à Robert WERNER qui est qualifié de "Hauptlehrer" (Professeur). Ce dernier est le père du prisonnier, en effet, le courrier commence par "Meine lieben Eltern" (Mes chers parents).

Peut-on aller plus loin?
Sans grand espoir, j'entrepris de mettre quelques mots clés dans Google et quelle ne fut pas ma surprise. Je tombais sur ceci:
http://archives.lib.siu.edu/index.php?p=collections/controlcard&id=2154

270 autres courriers d'Ernst WERNER existent , fait déjà remarquable, mais dans une bibliothèque universitaire, celle de Sud Michigan, aux Etats-Unis.
Ces lettres furent échangées entre notre prisonnier et les soeurs Bertha et Marie Diehm. Bertha était la "petite amie" d'Ernst.
On y trouve la confirmation de différentes données sur le parcours de Ernest WERNER dont le fait qu'il fut fait prisonnier en 1917.

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22 juin 2007

Je sais tout "Les prisonniers"

Le reporter de "Je sais tout" après avoir traité le sujet des hôpitaux du Blanc, parcoure la campagne à la "poursuite" des prisonniers allemands
Les articles sont entièrement disponibles sur Gallica

Les Prisonniers Travaillent à la Ferme

II arrive que la vie d'un petit village ou même d'une métairie résume en elle toute celle de la France d'aujourd'hui. C'est le cas d'une ferme berrichonne, visitée à la fin de cet été. A côté de la grande maison des métayers où j'entrai et où l'aïeul me reçut, habitaient dans une maisonnette des réfugiés belges dont les enfants jouaient avec ceux de la ferme, en gardant les chèvres.
A mon arrivée, je vis un caporal de R. A. T. à table avec un jeune permissionnaire retour du front, très gai, dans une capote bleu horizon. Autour d'eux, des hommes qui travaillaient à la batteuse, deux Belges de 70, des vieux, des jeunes de la classe 17 et l'engraîneur. Les femmes actives, bras et cou nus, servaient le repas de midi.
— Nous avons à faire les repas chaque jour pour quarante-cinq personnes, me dit la femme du permissionnaire. Je la regardai et je retrouvai ces yeux mélancoliques et beaux que j'ai souvent admirés chez ces filles de la Brenne, ce pays de plaines ondulées et grises, où le soleil, comme en Bretagne semble toujours voilé, à part quand il sombre parmi d'étranges flamboiements, dans l'eau morte des étangs immobiles. C'est le pays de Rollinat, celui qu'a célébré souvent George Sand. En été, les blés donnent plus de gaieté à ce paysage — et ce jour-là, à table, les conversations s'émaillaient de sourires.
Les hommes se versaient le petit vin blanc des vignobles locaux. On écoutait le récit de quelques épisodes héroïques des trois journées de Carency d'où arrivait le permissionnaire. Il parlait à voix très haute, plus haut qu'il n'est coutume de le faire pour des interlocuteurs attentifs et muets. J'en compris la raison en sortant.
Dans la cour, deux tables attirèrent mon attention. A l'une, deux territoriaux déjeunaient, tandis qu'un troisième surveillait l'autre table appuyé sur son fusil, la baïonnette au canon.
A celle-là, dix prisonniers allemands, — la moitié d'une équipe, —s'alignaient. Car une équipe de prisonniers compte vingt hommes, mais l'employeur a le droit de la diviser pour les besoins du travail à condition de les réunir, le soir, dans un même cantonnement.
A mon approche, les prisonniers se levèrent et, comme j'examinais leur repas, j'en fus surpris.
Certes, ils pouvaient le trouver « sehr gut » et « sehr schon »! Il comprenait, en septembre 1915, chez un simple paysan: du poisson frit, de l'oie aux navets, des pommes de terre au lard et une bouteille de vin pour quatre.
Je manifestai mon étonnement à la fermière:
— J'admets qu'on soit humain, lui dis-je, mais il me semble que ce repas est bien copieux et bien soigné pour des prisonniers. Croyez-vous que les nôtres jouissent de si bons repas?
— C'est par économie, me répondit-elle simplement, et elle se retira. Elle revint un instant après, apportant le règlement militaire qui fixe la nourriture des prisonniers employés aux travaux agricoles comme suit:

PAR JOUR
200 grammes de viande, les jours de travail.
125 grammes, les jours de repos.
850 grammes de pain.
1 kilo de légumes.
7 grammes de café.
8 grammes de sucre.
Graisse et beurre nécessaires.
Eau bouillie, si l’eau du pays n'est pas saine.

— Eh bien, m'écriai-je, en quoi vous oblige-t-on à donner du poisson et de l'oie?
— Je dois donner de la viande. Le boucher le plus proche est à sept kilomètres d'ici. Nous n'avons pas le temps d'aller à la ville en ce moment. Le poisson n'a rien coûté puisqu'il a été pêche dans l'étang, hier soir, après la journée finie. Quant à l'oie, il en court bien deux cents dans la ferme. Ça se nourrit tout seul. Le lard vient des cochons tués l'hiver dernier. Nous récoltons les pommes de terre. Le pain se fait ici. Nous n'avons rien acheté. Le dimanche seulement, nous mangeons de la viande de boucherie, car en semaine, on a trop souvent besoin du cheval et de la carriole. Si les prisonniers mangent de la dinde, de l'oie ou du canard, c'est qu'il m'est impossible d'acheter de la viande. D'ailleurs, puisqu'ils doivent travailler, il faut bien les nourrir!
Je regarde le feldwebel allemand. Il s'appelle W... Sch... Avant la guerre, il était contremaître dans un établissement d'automobiles à Paris. Il a rejoint son corps, fin juillet, et a été fait prisonnier en décembre 1914.
Il est grand, vigoureux, les traits réguliers et beaux, les yeux bleus et froids. Son costume de toile est d'une irréprochable propreté. On le sent volontaire et calme, et il répond à mes questions avec une grande politesse.
— Vous traite-t-on bien ici? êtes-vous content?
— Nous sommes bien; nous sommes contents.
— Je voudrais bien que nos prisonniers soient aussi bien traités chez vous que vous l'êtes chez nous!
— Ils le sont, monsieur, ils le sont. Une de mes parentes vient de m'écrire; elle a eu des prisonniers près de Dusseldorf: ils sont devenus gras.
— Croyez-vous toujours que l'Allemagne remportera la victoire?
— Pour l'instant, non. Mais nous ne savons rien ici.
— Alors, qu'est-ce qui vous fait perdre l'espoir?
— En Allemagne, aussi bien qu'en France, le peuple a marché parce qu'on lui en a donné l'ordre [sic). Nous ne voulions pas la guerre dans le peuple. On nous a attaqués (sic): il fallait bien se défendre [sic)!
A ce moment, les neuf autres Allemands se mettent à parler. Le feldwebel traduit:
— Ils disent que tout le monde enviait l'Allemagne. Il y a eu une conjuration contre l’Allemagne (sic). Mais nous travaillerons tellement que tous les pays qui ont combattu l'Allemagne seront à nous par notre seul travail {sic).
— En attendant, nous serons vainqueurs!
— C'est bien possible. Depuis que ce soldat en bleu est arrivé, j'en ai l'idée.
— Qu'est-ce qu'il a dit?
— Il n'a rien dit: il est gai. J'ai beaucoup travaillé dans des ateliers français. Je savais que ni les hommes, ni les femmes ne voulaient la guerre. Vous paraissiez en avoir peur. Ah! bien! oui! tous les soldats qui reviennent du front sont contents. Vous êtes un peuple bien original. En Allemagne, les soldats sont tristes. — Est-ce que vous préférez être ici ou dans les tranchées?
— Dans les tranchées!
— Pour tuer des Français?
— Pour être libres.
Un coup de sifflet strident nous interrompt. C'est l'heure du travail. Les prisonniers partent en tête, puis les deux réfugiés d'Ypres, puis les gens de la ferme et le permissionnaire. Je remarque que personne ne parle aux prisonniers. Une belle jeune fille qui servait à table détourne la tête à leur passage, en murmurant:
— Ils partiront sans avoir vu mes yeux.
Le bruit de la batteuse domine tout. Je regarde et me sens ému: ces prisonniers, ces réfugiés, ces vieux, cet adolescent, ce soldat, travaillent ensemble pour battre le beau blé de France...
— Il n'y a guère de blé, mais il y aura bien autant de paille que l'an dernier, remarque le permissionnaire.
Une femme allaite un enfant au pied de la meule. Il sourit et de ses petites mains potelées presse le sein.
— Il est né dans une cave à Ypres, me dit la femme. Il se porte bien tout de même.
Et j'admire le soleil qui luit sur tout cela.

JeSaisTout_PrisonnierChamp
"Les Boches dans les champs du Berry"

Pour lire l'original:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1029643/f598.table

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19 septembre 2006

La vie de château (ou presque)

En ce 19 septembre, le 68e RI a connu des périodes difficiles que ce soit à la Cote 304, en Champagne ou dans la Somme. Nombreux ont été les tués, mais aussi les prisonniers.

Certains officiers du 68e RI ont été internés au sein du camp de Reisen, près de Posen.

RI068_CampReisen_19190919

Ce camp pour officiers, situé à la périphérie de la ville de Posen (4 Km), se situait dans un vieux château.
Le 25 juin 1916, il reçu la visite des délégués Espagnols. On dénombrait alors 380 prisonniers, dont 205 français.

Si vous avez des informations sur ces officiers, sur ce camp, n'hésitez pas à me contacter.

Sources: Les prisonniers de guerre 1914-1918

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27 février 2006

Mort loin de chez lui.

Aujourd'hui, il y a 90 ans, Gaston Bourdin du 68e RI est décédé en Allemagne à Gardelegen (Saxe). Il était soldat de 2ème classe. Originaire de Vendée, il était né le 3 juin 1893 à Martinet.

Sa fiche "Mémoires des Hommes" indique qu'il a succombé à une maladie contractée en captivité.

Le camp de Gardelegen  était situé près de la ville du même nom, dans la plaine de Saxe. Ce camp compta jusqu'à 12.000 prisonniers et mesurait environ 350m par 550. Sans hygiène, le camp ne comptait pas de douches et vers la fin de février 1915, les premiers malades du typhus apparaissent. Environ 2.000 prisonniers furent atteints.

Gaston Bourdin était vraisemblablement l'un d'eux.

Voici ce que l'on pouvait lire dans "Le Matin" du 26 octobre 1916

"Les ignominies au camp de Gardelegen:
nous avons déjà signalé, il y a quelques mois, l'odieux régime du lent assassinat auquel avaient été soumis les prisonniers de guerre internés dans le camp de Gardelegen...
Les conditions sanitaires étaient épouvantables. La tâche de vider les tinettes incombant aux anglais, jusqu'à ce que le nombre de ceux-ci fut réduit par l'épidémie. Les prisonniers, dévorés par la vermine, étaient dans un abattement profond dû aux brutalités incessantes des sous-officiers allemands qui, sans motif, les bourraient de coups de poing et de coups de crosse.
....
Quand le typhus éclata, tous les Allemands s'enfuirent du camp, livrant leurs prisonniers à leur sort. Seize médecins prisonniers furent amenés au camp. Douze contractèrent le typhus et deux moururent. Les médecins durent donner leurs soins dans des conditions désastreuses: aucun antiseptique, pas de pansements, pas de savon, très peu de médicaments.
Sur onze mille prisonniers, il y eut deux mille cas de typhus et la mortalité fut de 15%...
"

Dans le camp de Gardelegen, périrent entre-autres:

68e RI:
BOURDIN Gaston, BOUTIER François, LAPORTE Alfred
90e RI
ARNAULT Raphael, CHARRAUD Emile, PERCHAUD Silvain, PINON Alphonse
268e RI
ALAPHILIPPE François, ALLOUARD Eugene, CHARRAULT Henry, CHARTIER Jean, DUPONT Emilien, MOMOT Georges, VINCENT Louis

Sur les camps de prisonniers, on rendra viste à l'excellent site "Prisonniers de Guerre 1914-1918"

Sources "Le Matin", trouvées sur le site "La Grande Guerre de Maximin"

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