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Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI
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16 avril 2024

Avril 1917, le Chemin des Dames, entrée en matière pour les régiments berrichons.

Cet article est la réécriture de plusieurs articles déjà publiés en 2007

Depuis l'ordre reçu, le 290ème RI rejoint peu à peu le secteur du Chemin des Dames depuis Epernay et là où il combattu en septembre 1914, par Dormans puis Jonchery où avec les troupes de la 17e DI, il sera en soutien de la 10e Armée lors de l'attaque principale du 16 avril 1917.
L'engagement en première ligne viendra plus tard et les unités connaitront alors la route 44, la caverne du Dragon, Hurtebise, Pontavert, ... 
Le 66e RIT, autre unité indrienne, après un long séjour du côté Confrécourt, tenait alors position au Bois des Buttes.  

 

"Le 11, il y eut repos et le 12 nous franchissions la Marne sur le pont suspendu de Dormans. Nous traversions le pont comme le prescrit le règlement, par fractions échelonnées. Le Commandant de Corps d'Armée assistait à l'opération, ce qui l’a aussitôt compliquée. La traversée effectuée, nous nous sommes rendus à Vincelles et à Tréloup, où nous sommes restés trois jours. On voit que nous nous sommes approchés de notre base d'opération par petites journées et après de fréquents repos.
Le 15, nous sommes à Romigny. Le 16, nous nous dirigions sur Jonchery-sur-Vesles. Sur la crête, au sud de cette localité, nous sommes passés près de la Ferme de Montazin, où nous avons vu de vastes enclos de fils de fer. Nous avons pensé que c'étaient des parcs à prisonniers. Nous avons traversé Jonchery qui regorgeait de militaires de tous les services possibles. Avec le 268e, qui nous accompagnait, nous allions bivouaquer dans les bois entre Breuil-sur-Vesles et le Moulin des Bois. Une pluie intense tomba toute la nuit, une fois de plus les troupes étaient fraîches".
...
"Le 17, jour de l'attaque, nous sommes restés dans notre bois. Dans la nuit du 17 au 18 mars, nous l'avons quitté par une pluie battante dans l'ignorance totale de ce qui s'était passé. Nous suivions la route qui passait par Romain et Ventelay. A partir de ce moment, un certain désordre commençait à se manifester. Dès la sortie du bois, des bataillons du 268e étaient mélangés avec ceux du régiment. Sur la route que nous suivions, il y avait déjà d'autres colonnes d'infanterie, ainsi que des voitures qui se dirigeaient vers l'avant comme nous. Au-delà de Ventelay, nous avons quitté la route et nous avons marché à travers champs en direction de Guyencourt. Cette partie de notre marche a été pénible. Le sol était détrempé, par la pluie, et les bois que nous avions à traverser étaient remplis de fondrières. Un Capitaine du 268e, qui était à la disposition de la Brigade, nous servait d'Officier orienteur. Il nous conduisait à travers la campagne comme un troupeau de moutons, sans que nous ayons su où nous allions. En fin de journée, nous nous sommes arrêtés sur une hauteur couverte de pins non loin de Guyancourt. Il a dû y avoir un camp ou un bivouac organisé. J'ai vu quelques baraques en planches qui étaient inhabitables. Le sol était rempli d'eau et de fondrières. En certains endroits, on ne pouvait marcher que sur du clayonnage. Nous avons même dû le refaire en partie pour pouvoir nous en aller le lendemain. Nous dressons nos tentes pour passer la nuit. De l'offensive nous ne savions absolument rien. Nous restons deux jours dans notre bois vaseux. De poursuite, il n'en est plus question. Nous employons notre temps à améliorer les pistes pour que nous puissions au moins nous en aller quand nous en recevrons l’ordre. Celui-ci nous parvient le deuxième jour. Nous devons nous reporter en arrière sur Ventelay" .
...
"Dans la nuit du 19 au 20 avril, nous sortons de notre bois par la piste de clayonnage réfectionnée. Arrivés au bas de la hauteur, nous marchons dans une boue épaisse. Le désordre recommence. Nous nous heurtons à des colonnes qui vont à travers champs dans toutes les directions. On s'interpelle. Chacun réclame la priorité du passage. A la longue l’écheveau des colonnes d'infanterie finit par se dénouer. Nous arrivons à l'entrée de Guyencourt. Nouvel arrêt. Ce sont des convois de voitures et d'autos qui sont bloqués dans les rues du village. Nous nous faufilons comme nous pouvons le long des voitures et après beaucoup de heurts, nous finissons par déboucher de l'autre côté du village. Ici la route est libre et nous allons pouvoir marcher à notre aise. Nous passons à Bouvancourt, Bourgogne, Ventelay. Le 5e bataillon marchait en tête, le 6e était assez loin en arrière par suite de l'encombrement qu'il avait rencontré à Guyencourt. Je savais par les liaisons qui furent établies qu'il suivait sans difficulté. Il avait pour consigne de nous rejoindre au Faîté.
....
Comme conclusion, nous n'en étions pas moins installés le 20 au soir dans les baraques du Camp du Faîté. Ce Camp était établi sur une crête au Nord du village de Ventelay et à l'Ouest de la ferme du Faîte où était installé le P.C. du Corps d'Armée.

Les baraques étaient assez confortables, on y était à l'abri des intempéries. Le camp quoiqu'il fût bien en vue sur la crête n'était pas canonné. Nous y étions bien tranquilles dans la journée. Il n'en était pas de même la nuit. Le temps s'était remis au beau et toutes les nuits les avions allemands venaient nous survoler deux et trois fois dans la même nuit pour nous jeter des bombes. On ne pouvait plus dormir tranquille. Les hommes avaient bien creusé des tranchées autour des baraques, mais la plupart préféraient passer la nuit dans les ravins et trous profonds, couverts de broussaille qui se trouvaient à l'Ouest du camp. Pour plus de sécurité ils y avaient établi des petites niches individuelles. Nous avons passé dix jours dans cette situation. Nous finissions par en être fatigués. Pour rompre un peu la monotonie de notre séjour nous explorions les environs du camp. Tout près de nous, nous avions les carrières et le village de Roucy. Dans les carrières il y avait de nombreux abris occupés par des troupes. Plus loin nous avions la vue de la magnifique vallée de l'Aisne et de son canal latéral. De nombreuses passerelles, dont quelques-unes très larges, permettaient de franchir la rivière et le canal et même une partie de la vallée en cas d'inondation. Le site de Pontavert était particulièrement joli. Mais la localité ainsi que le château étaient complètement démolis".

La ferme du Faité en 1998

Tel est le témoignage du colonel Eggenspieler, le chef de corps du 290ème. Cet avis, notamment concernant l'état du camp du Faité, ne fut pas nécessairement partagé par la troupe. En 1922, pour l'amicale des Anciens Combattants de la 17e DI, un témoignage patoisant et espiègle décrivait une autre réalité, une autre vision:

Le camenbert - Nos Berrichons
Ca te dit ti queuquchouse c’camp du Faité ?
- Ah ! où qu’on n’tait pour ceux attaques du Chemin des Dames. Mon pouv’vieux, rin que d’y penser ça me gratte encore, tellement qu’y en avait d’ceux poux !
- Et c’te chtite paille dans ieux baraques, j’en avions jamais vu de si déguelasse. C’était pus que du poussier tellement qu’al tait par tous ceux polus qui stin allongés d’sus !
- Et ceux vasistas en papier vuilé qu’étint crevés ! Ah ! bon gieu d’bon gieu l’moral il’tait ben bas anc’toutes ceux offensives qu’étint toutes loupées ! I nous disiont : « Cte foué là, v’allez les avouer ; c’est la Victouère. J’allons yeux balancer tant de grousses marmites qu’y fouteront le camp quasiment tout seuls ! C’souer j’irons coucher à Laon la canne à la main !
- Ah ben oui, j’rastions toujou su place !
- Un jour j’avons ben rigolé. Tu te rapelles ti l’père Machin ?
- Qui ça Machin ?
- Un grand qu’avait été custot de la 11e. Un gars du Blanc qu’tait boulanger…
- J’vois qui qu’tu veux dire : l’frère à Cérémounie, l’gars d’Argenton.
- Tout jusse.
- Qui qu’il a fait ce chti Bernoux ?
-T’en a pas idée. Tu vas vouer.
- J’devions monter en ligne du couté d’Hurtebisse. I tombait d’ceux marmittes, mon pauv’vieux, queuchouse d’épouvantabe. T’as jamais vu ça. Des gros 305 qui f’sint eune fumée pu nouère ! Quand qui z’arriviont su tuoé, t’aurais juré un train de marchandises. T’arrecevais des éguernasses su la gueule a pu d’un kilomète ! I z’en avint d’la molition les Boches ! J’avions un cafard qui nous sarrait dur l’estoumac, j’te le dis.
J’venions donc d’manger la soupe et j’commencions à nous équiper pour quitter ceux cage à poux du Faité. C’était au moué de mai ; i faisait chaud comme à l’assemblée du M’noux l’an darnier. Y en avait queuqu’un qu’avint trop d’jus de boué tortu dans le vente. Quanq qu’on est saoul on pense pus à rin. Faut te dire aussi qu’on venait d’toucher chacun son camenbert.
Alors v’là Cérémounie qui dit : « Moué j’veux pas monter en ligne » Et pis le v’la qui fout son fourniment dans le foussé et pis qui se couche !
- Ah ! le chameau !
- L’sargent arrive : « Qui qu’y a Cérémounie ? Faut marcher comme les autres. Allons a debout !
Mais le gars de Cérémounie, i v’lait rin chiquer. I braillait : « J’veux un camenbert, j’en ai pas touché. C’est pas jusse ».
- Ah ! le chameau ! N’avait ben raison tout de même ed rouspèter. Ceux camenberts c’était quasiment ni pus ni moins q’du plâte dans des ptites boètes, çà valait pas les froumages ed’chieubre ed’Levroux ; mais pisqu’y avait drouet…
- I y avait drouet ! I y avait drouet ! Mon pouv’vieux tas drouet à c’qu’on doune dans ce métier là. Si on t’doune rin, t’as drouet à rin. C’est bin simpe.
« En attendant l’gars de Cérémounie il’tait toujou couché dans son foussé et j’tardions que l’moment ed’parti en ligne… L’sargent il’tait empoisounné, i s’arrachait les cheveux. I disait : « Ah ! cte section ! qui qui m’a foutu des polus coume ça ? »
« Enfin vlà l’vieux commandant qui passe su son canasson. I s’arrête d’vant Cérémounie. L’sargent i asplique. Alors i dit : « Faut i aller sarcher un camenbert aux cusines. J’veux qu’tout le monde aye un bon moral dans l’bataillon ».
- Un bon vieux !
- V’là donc l’cabot qui court aux ciustances et pis qui i en rapporte un. I l’doune à Cérémounie qu’ouve la bouète, qui l’arnifle, qu’enfonce son pouce eddans l’froumage et pis qui dit : « J’en veux point. Il est trop fait. J’connaisions point de froumages comme çà cheux nous.
- Ah ! le chameau ! Ils l’ont au moins fait passer au tourniquet ?
- Comme tu l’dis. Ils l’ont m’né au posse ed police anc son froumage qui v’lait garder pour el douner à soun avocat.
- T’aurais ri si t’avais vu c’te séance au Conseil de Ventelay anc le froumage posé su le buereau. J’avions un commissaire rapporteur qu’était pas mouvais gars. Il a dit qu’Cérémounie il tait saoul ; qui savait pas ce qu’il avait fait. I s’en est tiré queuq moués d’prison.
- I les a jamais fait !
- Ben sur que non ; l’général l’a renvoyé à un out régiment. C’était pas eune punition dête en prison, c’était putôt une récompense. C’était ben aut-chouse d’être à Hurtebise. En attendant l’gars d’Cérémounie i a ben coupé à un tour de tranchée anc soune histouère de froumage.
- Ah ! le chameau !

 

Colonel Eggenspieler - Le 290e, un régiment de réserve du Berry - 1932
Bulletin de l'Amicale des Anciens Combattants de la 17e DI - Avril 1922

 

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