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Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI
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30 mai 2024

1914-1915, Châteauroux, la lourde, la ligne et la légère.

Un drôle de titre pour un message concernant l’Indre en 1914. Que sont donc la « légère », la « ligne » et la « lourde » d’un point de vue militaire ?
Il s’agit là des types de cavaleries. La légère, constituée par les Hussards et les Chasseurs à cheval, plutôt axée sur la reconnaissance et la ligne comprend les Dragons et la lourde, elle, est composée des Cuirassiers. Leur rôle sur le champ de bataille définit leur équipement, léger pour la reconnaissance et lourd pour le choc.

A la veille du conflit, la cavalerie, organisée en Division de Cavalerie (DC) compte pas moins de 10 Divisions de Cavalerie. De plus pour chaque Corps d’Armée (21), il convient de rajouter une Brigade composée de 2 régiments (Un de cavalerie légère et un de Dragons). On peut aussi rajouter les 7 unités d’Afrique du Nord (Chasseurs d’Afrique et Spahis).
Ce sont donc 12 régiments de Cuirassiers, 32 de Dragons, 21 de Chasseurs, 14 de Hussards, 6 de Chasseurs d’Afrique et 4 de Spahis qui forment la cavalerie française. Les dépôts de remonte, dont dépendent ceux de Bonnavoix (Cluis) et Mouhers dans le département comptent aussi comme unités de cavalerie.
Chaque régiment est composé de quatre escadrons, eux-mêmes composés de quatre pelotons. Le régiment comprend aussi un état-major, un peloton hors rang, un atelier télégraphique, une section de mitrailleuses. Un peloton correspond à un effectif théorique de 28 cavaliers et est commandé par un officier. Certains de ces escadrons sont dédoublés à la mobilisation pour former ceux de réserve et 2 autres concernant les escadrons d’instruction pour les nouvelles recrues.
Quel peut donc être le rapport de la cavalerie de 1914 avec l’Indre et Châteauroux ?
Historiquement, une seule unité de cavalerie (hormis la Remonte) fut stationnée à Châteauroux et ce bien avant la refonte de l’armée français en 1873, instaurant les régions militaires dont la 9ème de Tours nous concernant directement.
On retrouve trace de ce quartier de cavalerie en 1851 sur un plan de Châteauroux. Ce quartier (Dans la cavalerie on loge dans un quartier, non dans une caserne) dit quartier « Veillat » fut construit en 1848 et était installé entre la route de Paris et la route de Saint Denis, en face du Collège d’alors (actuel lycée Jean Giraudoux), sur l’emplacement (approximatif) des anciens ateliers de machines agricoles Hidien.
Ayant servie pour loger les Mobiles lors de la guerre 1870-1871, les capacités d’hébergement retrouvées sont d’environ 250 chevaux et 350 soldats et permettent d’héberger au plus 2 escadrons. Cela ne forme donc pas un régiment complet. L’unité qui occupait ce quartier n’a pas été retrouvée. 

 

Bibliothèque Nationale de France -Département Cartes et plans, GE DL 1851-145


Revenons à 1914 et au début du conflit
Pourquoi donc s’intéresser à la cavalerie ? Toujours à l’affut de nouvelles photos concernant le département et le conflit, il m’arrive régulièrement de voir réapparaitre sur les sites de ventes ou sur les réseaux sociaux des clichés montrant des unités de cavalerie qui semblent basées à Châteauroux. Mais bien souvent, aucune explication n’est donnée. Or, la capitale du Bas-Berry est connue pour son régiment d’infanterie, le 90ème R.I., son escadron du Train, le 9ème E.T.E.M. et sa section d’Infirmiers militaires, la 9ème S.I.M. Nous avons plein de chevaux dans ces unités (souvent hippomobiles), mais point de cavaliers.

Cliché Delcampe vente 2021


Le régiment représenté sur la carte ci-dessus est le 12ème Régiment de Dragons qui normalement est en garnison à Troyes et dont quelques éléments stationnent aussi à Toul. Que font des soldats de cette unité en centre-ville de Châteauroux?
Les traces sont peu nombreuses dans la bibliographie courante à propos du passage de cette unité au sein de la garnison castelroussine. Le Journal de Marche et Opérations (JMO) du 12ème Dragons est mutique concernant cette affaire. En effet, on y reporte uniquement les faits d’armes et les engagements de l’unité combattante. Même si cela nous éloigne de notre enquête, la lecture est cependant intéressante. Un jeune officier du 12ème Dragons, dès le 11 aout 1914, se fait remarquer lors d’une reconnaissance vers Moncourt-Lagarde en Moselle. Il se nomme De Lattre de Tassigny et est alors jeune Lieutenant.

Ministère de la Défense - SHD JMO 12ème Dragons


En l’absence d’autres témoignages, il est nécessaire d’effectuer une recherche plus large.
L’indice vient alors de clichés réalisés en octobre 2013 et que je conserve sur mon disque dur. Alors en préparation du Centenaire, j’avais passé de longues séances aux Archives Départementales de l’Indre à la recherche de documentation sur la mobilisation, j’avais compulsé cette cote. Parmi mes clichés je trouvais une affiche ayant trait à la correspondance aux armées et ce afin d’indiquer en fin 1914, les divers dépôts où envoyer la correspondance aux armées, unités par unités. Ce document nous permet de connaitre les affectations de repli des unités devant l’avancée du front sur le territoire français.
La 2ème affiche ici présentée est ensuite remplacée par une 3ème le 16 novembre 1914.

 

Archives Départementales de l’Indre – R1413


Ainsi, en plus des unités traditionnellement en garnison au sein de la Région Militaire, ce ne sont pas moins de 28 unités qui virent leurs dépôts affectés dans la région de Tours. Cette migration se retrouve aussi dans les régions militaires alentours. Ainsi, l’Infanterie de Valenciennes s’implante à Guéret, celle de Cambrai à Aix-sur Vienne au Sud de Limoges, …
Non seulement cela concerne l’unité d’active mais aussi le régiment de réserve et les unités territoriales. Sur la carte ci-dessous, seules les unités d’active et de réserve sont reportées et la 9ème Région est entièrement représentée :

 


On y trouve la confirmation de l’implantation du 12ème Dragons à Châteauroux mais on y apprend aussi l’affectation du 5ème Régiment de Hussard au sein de la garnison. Ces deux implantations ne représentent pas nécessairement un gros effectif, la partie principale du régiment étant au front. Seules les parties administratives sont présentes, représentant au plus 1 à 2 escadrons.
Dans son article sur l’ordre de bataille de l’Armée française en Aout 1914, le musée d’Angers reporte l’effectif suivant pour le dépôt d’un régiment de cavalerie : 235 cadres et cavaliers, 152 chevaux.
Revenons à la bibliographie berrichonne. Un ouvrage fait une allusion au passage de ces deux unités. Il s’agit du livre "Les Marins, un quartier de Châteauroux". L’auteur Jean Gaultier écrit : "Il vint des unités du 12e Dragons, dont le point de stationnement était à Saint Christophe. Il y eut aussi le 5e Hussards, cantonné à Notz".

 

Bibliothèque nationale de France, département Cartes et plans, GE C-3117 – Environs de Châteauroux SGA 1892


Saint-Christophe et Notz sont 2 quartiers de Châteauroux. Les deux stationnements ont laissé peu ou pas de traces.
A Saint Christophe, le lieu le plus probable est celui des baraquements du 90ème R.I. qui avaient été construits peu avant le conflit afin de permettre un hébergement pour les troupes d’Infanterie de réserve lors des périodes d’exercices, notamment lié à l’augmentation des effectifs et à la difficulté de les loger correctement.
Ces locaux, rue de Villegongis, après le conflit, devinrent des logements pour les personnes nécessiteuses de la commune.

 

Des réservistes du 90ème R.I. au cantonnement à St Christophe - Collection de l'auteur


Concernant le secteur de Notz (ou Nau), il est difficile d’en trouver trace. Une hypothèse cependant, entre Nau et Cré, se trouve encore un ancien stand de tir militaire dont seul subsiste le mur bétonné. Le mur de stand encore présent semble cependant plus récent que la période nous intéressant ici. La zone était alors en pleine campagne. La réponse vient certainement d’une carte établie en 1892 par le Service Géographique de l’Armée (voir ci-dessus), il est à noter la mention TIR, un peu plus au sud du stand de tir des années 40/50. Cela semble correspondre au champ de tir de la place de Châteauroux.
Après avoir émis les hypothèses concernant les casernements de nos deux unités de cavalerie, intéressons-nous aux clichés existants et à leurs données.
Concernant les deux cartes photos présentées en début d’article, à part une fourchette de dates entre le 24 octobre 1914 et janvier 1915, difficile d'aller plus loin. N’étant pas propriétaire de ces deux cartes, impossible de les scanner et de les faire parler afin d’obtenir plus de précision. Heureusement, il existe d’autres cartes-photos qui, elles, sont en notre possession.

 

Carte postale n°1 : La gare de Châteauroux

Collection de l'auteur


Sur une carte banale représentant au recto la gare de Châteauroux, le courrier de l’expéditeur nous donne son affectation précise : « 12ème Régiment de Dragons 11ème Escadron ».
Traditionnellement, le 11ème escadron d’un régiment de cavalerie est l’escadron d’instruction du régiment. Celui où les appelés, ici les mobilisés, font leurs classes avant de rejoindre les escadrons de combat.

 

Carte postale n°2 : Un pêcheur sur les bords de l’Indre, prairie du mail Saint Gildas

Collection de l'auteur


Sur cette deuxième carte postale représentant un coin bucolique de la ville de Châteauroux, la prairie du mail Saint-Gildas, les données d’affectation sont identiques, même régiment, même escadron. Cette fois la date du 5 mai est présente en entête, il s’agit donc du 5 mai 1915.

 

Carte-photo n°3 : Un groupe de soldats armés et casqués

Collection de l'auteur

  

Uniformes de l’Armée Française 1914-1945 » Planche Dragons François Vauvillier 1983


Cette carte est, cette fois, une photo de groupe. On peut reconnaitre des dragons à leur uniforme foncé et aux parements blancs. Le casque est aisément reconnaissable et l’armement avec la carabine Berthier Mle 1890 est aussi typique des unités de cavalerie. Il est impossible de monter à cheval et d’être équipé d’un Lebel, fusil d’infanterie. Il faut pour cela un fusil plus court et plus aisément manœuvrable.
Points importants, la date et l’affectation. « 12 septembre 1914, » nous sommes très tôt dans le conflit, la bataille de la Marne se termine tout juste. Le transfert du dépôt est déjà effectif. Il a dû se produire, il y a peu. Le conflit se transforme de guerre de mouvement en guerre de position.
Concernant l’affectation, nous avons là un peloton du 12ème escadron. Il s’agit donc du 2ème escadron d’instruction. Au vu des mines de nos soldats, ce ne sont pas les plus jeunes recrues de la cavalerie française. Un maréchal des Logis est visible au centre debout avec son sabre. Un trompette est présent sur la droite (2ème debout). Bizarrement, deux des cavaliers n’ont pas de pattes de col. De plus, le cavalier à gauche du sergent a une pose étrange pour un militaire. Peu courant, de voir un militaire les mains dans les poches, sans arme et avec la cartouchière en position « sac banane ».
Sur cette carte, Alexandre écrit à ses parents et signale une anecdote à son père : « …Cher père je suis en ce moment dans ton pays à Châteauroux et je crois que nous allons partir pour La Châtre… »

 

Carte-photo n°4 : Un groupe de dragons avec officiers

Collection de l'auteur


Le groupe présenté prend la pose au sein même du parc Balsan. Aisément reconnaissable pour les castelroussins, présent à l’arrière-plan du cliché, on entrevoit le porche du Château-Tour.
Le groupe est composé de cavaliers mais aussi d’officiers et sous-officiers. Debout, au milieu, on reconnait les gradés par la présence de galons blancs sur le bonnet de police. On peut voir un capitaine (3 galons), 1 lieutenant (2 galons). A gauche du capitaine, contrairement à ce que j'avais d'abord écrit et que Eric Labayle, auteur de « La Cavalerie en images 1900-1918 », me faisait remarquer, il ne s'agit pas d'un adjudant (1 galon simple) mais il s'agit d'un aide-vétérinaire (équivalant au grade de sous-lieutenant). La visualisation de son col de tunique permet l'identification.

Collection de l'auteur
Almanach Hachette


Pour l’anecdote, on précisera que dans la cavalerie, lorsqu’on s’adresse à un adjudant, un sous-lieutenant, on l’appelle « mon lieutenant »

Collection de l'auteur


A droite du Lieutenant, se trouve un Maréchal des Logis, un galon blanc en vé en bas de manche. Sur les bonnets de police des cavaliers et des gradés, le numéro de l’unité est clairement identifiable.
Concernant ce cliché, au verso, la correspondance nous détaille un moment de vie de ce dépôt et rappelle son rôle principal à savoir fournir des soldats aux unités en ligne. Il est l'occasion d’infirmer une donnée souvent reprise à tort. La présence en formation au sein d’une unité n’induit pas une affectation dans cette unité, bien au contraire. Les recrues, une fois formées, étaient affectées en fonction des besoins. Ils étaient positionnés dans une sorte de pot commun, où les services gérant les effectifs venaient puiser en fonction des besoins. On retrouve la même logique avec les dépôts d’infanterie. Au verso de la carte, on peut ainsi lire :
« … Je suis toujours à Châteauroux mai notre dépôt commence à se dégarnir il an part encore demain 75 pour le 28emeDragon à Anger et il a nest déjà parti voilà 15 jours 100 à Lyon au 2eme Dragon et il en part de tant an tant sur le front … »

 

Carte-photo n°5 : Un groupe de dragons.

Collection de l'auteur


Cette photo est particulière dans le sens où le vendeur dans sa légende indiquait « 12e régiment de Dragons, peloton et son clairon, Châteauroux Bitray ». Or, rien hormis le texte du vendeur ne permet d’identifier formellement que le cliché a été pris à Châteauroux et encore moins à Bitray. L’intérêt du cliché est principalement lié à la présence d’un superbe trompette à droite et au premier rang de nombreux brigadiers, d’un maréchal des Logis et d’un sous-lieutenant. Le 2ème à gauche du premier rang porte l’insigne de manche de maréchal-ferrant.

Collection de l'auteur
Almanach Hachette

 

Cependant, ce cliché a un autre intérêt et mérite attention, notamment dans l'usage de l'appelation "Bitray". En effet, il est en lien avec le cliché suivant, qui lui provient du site Le Chtimiste. Ce site a la particularité de présenter de multiples clichés envoyés par les internautes. Une vraie source d'informations, donc.

  

Carte-photo n°6 : Un groupe de dragons sur le site de Bitray à Châteauroux

Site Chtimiste -12e Dragons - envoi de Jean Claude.

Transmis par Jean Claude au Chtimiste, sur ce cliché figure Maurice RICHARD qui succombera le 4 mai 1916 à Verdun (55). La légende précise « Pas de date, pas de lieu ». Or, ce lieu est connu des historiens 1418 indriens, il s'agit à l'arrière plan de l'ancien asile de Bitray (Quartier de Châteauroux) qui servit aussi de lieu d'internement pour les étrangers civils austro-hongrois dès la mobilisation et aussi, plus tard fut affecté au « Based Hospital n°9 » de l'armée américaine (AEF). On en reconnait sur le cliché suivant les arcades de la cour centrale.
Au passage on notera que le positionnement de la cartouchière en position « sac banane » est plus courant que je le pensais.

 

Collection de l'auteur

Concernant Maurice RICHARD présent sur le cliché, il est à noter qu'il succomba Cote 304 à Esnes en Argonne au sein du 90ème R.I. de Châteauroux. Cela confirme un fait déjà observé quant au transfert vers l'infanterie de certains cavaliers. L'utilité de l'arme de cavalerie s'avérant moindre du fait de la guerre de position, il fut décidé une mutation de nombreux cavaliers vers l'infanterie afin de compléter les effectifs disparus dans les premiers mois de guerre.

 

Fiche Matricule RICHARD Maurice - AD10 -Classe 1908 3R606 matricule 1073

Maurice Léon RICHARD quitta le 12ème Dragons pour le 90ème R.I. le 20 juillet 1915 (Le cliché est donc antérieur à cette date). De recrutement Troyes, comme le 12ème Dragons, il succombera le 4 mai 1916 à la Cote 304 comme l'indique sa fiche Mémoires des Hommes au sein de la 12e Cie du 90ème R.I.
Ce fut d'ailleurs l'occasion, lors de cette période de 1915, pour de nombreux sous-officiers de cavalerie de devenir des officiers d'Infanterie. Je pense notamment à Christian Mallet du 22e Dragons qui passa ainsi au 90ème RI. Ce dernier fut blessé à Loos en Gohelle en mai 1915. Il conte ce parcours dans son ouvrage "Etapes et combats". Le Journal de Marche du 90ème cite ainsi des sous-officiers cavaliers (7e Hussards notamment) intégrant le régiment d'infanterie comme officiers. 

Ministère de la Défense - SHD - 26N668

On retrouve le même transfert Cavalerie/Infanterie dans d'autres unités. Ici au 68ème RI (Même brigade que le 90ème), ce sont les « cavaliers du Dressage du 17e Chasseurs » qui sont passés à l'infanterie en juillet 1915. Pour rappel, sur la carte présentée en début d'article, on remarquera que le dépôt du 17ème RCh avait été transféré à Niort, au sein de la même région militaire que les 2 unités castelroussines.

 

Collection de l'auteur

 

En l’état, voici l’analyse que l’on peut faire des clichés en notre possession concernant le 12ème Régiment de Dragons et son dépôt à Châteauroux.

Concernant la deuxième unité présente en début du conflit dans la garnison de Châteauroux est le 5ème Régiment de Hussards. Les documents sont rares. Un seul cliché a été retrouvé.

Collection de l'auteur


Si au verso, la date et le lieu figurent, il est nécessaire de se reporter au texte pour avoir un peu plus de détail. L’expéditeur écrit : « C’est un petit groupe du dressage en promenade ». Nous avons là une des occupations du dépôt à savoir le dressage des montures. Concernant le cliché, tous portent le képi Mle 1884 reconnaissable à son turban bleu clair, typique de la cavalerie légère. Le numéro est bien visible sur le devant des képis. Par contre, seul le maréchal des Logis porte la tunique bleu clair avec un col de même couleur que le reste de la tunique, contrairement aux Chasseurs à cheval dont le col était rouge et ressortait en foncé sur les clichés en noir et blanc. Concernant les autres cavaliers, ceux-ci sont équipés du bourgeron-blouse de cavalerie et parmi eux les gradés portent les insignes de leur rang sur la poitrine. Ils sont aussi équipés du sabre réglementaire.
Parfois le verso et sa correspondance sont porteurs de la mauvaise nouvelle : « …Il est arrivé une dépêche et je part au feu lundi il faut 50 hommes 10 brigadiers et trois sous-officiers je ne sais si c’est en Belgique ou en Lorraine … »

Une fois la documentation personnelle analysée, il est nécessaire de rechercher la confirmation et l’explication de ces repliements vers l’arrière. Elles sont naturellement à chercher du côté des services d’archives.
Là, j’ai de la chance de connaitre un spécialiste du fait de l’organisation administrative militaire et des archives, Arnaud Carrobi et son indispensable site https://parcours-combattant14-18.fr/ A une simple question « Cela te dit quelque chose le déménagement des dépôts en 1914 ? » Dès le lendemain il m’indique quelques cotes et documents clés.

Au SHD, en effet, au sein de archives du Ministère de la Guerre, il est fait allusion à une directive datée du 26 février 1914 qui organise le repliement des dépôts des régions frontalières (SHD GR 5N254). Marqué sous le sceau du « Secret », un tableau prévoit par exemple le repliement des dépôts de cavalerie des 1ère Région Militaire, 2ème R.M. (à l’Est de la ligne Péronne-Ham incluse), 6ème R.M. et 20ème R.M. vers la 9ème Région Militaire qui nous intéresse directement. A ces dépôts de cavalerie, on peut ajouter les dépôts du Génie qui se trouvent en 6ème et 20ème R.M.

 

Ministère de la Défense - SHD 5N254

Cela recoupe les unités relevées sur la carte précédemment présentée.
Certaines notes incluant les unités repliées dans le département de l’Indre, laissent supposer que le repliement est effectif au 29 août 1914.
Ces unités, du moins leur dépôt, ne restèrent pas dans le département tout le long du conflit. Ainsi, au 1er novembre 1916, le guide Fournier indique un positionnement à Limoges pour le 12ème Dragons et Orléans pour le 5ème Hussard. Ce positionnement est confirmé par un document daté de février 1916 trouvé par Arnaud au SHD (GR 7N164) correspondant à un « Etat indiquant les modifications à apporter au tableau des villes sièges des dépôts des corps de troupe des différentes armes ». Cet état est établi par le Bureau de l’Organisation et de la mobilisation de l’Armée dépendant et l’Etat-Major de l’Armée, au Ministère de la Guerre et au vu de l’Intitulé, le changement de garnison est récent.

 

Ministère de la Défense - SHD 7N164

Issu de la même cote mais datant de 1918, un état confirme bien Orléans pour les Hussards et précise alors Montauban pour les Dragons.

Il est plaisant de se dire qu’au travers de cette étude, j’ai finalement défriché une thématique peu explorée et quasiment oubliée de la mémoire locale.
De tout ceci, je me dois de reconnaitre un attrait lié à mon passé dans les années 80/90.

« Il est craint en tout lieu » puis « Saxe-Conflans, bannière au vent ! »

Grand merci à Arnaud, rendez vous cet été du côté du Chemin des Dames …

Quelques lectures utilisées pour la rédaction de cet article (liste non exhaustive) :

  • « Aout 1914 – L’armée française en ligne de bataille » Musée du Génie – Angers
  • « La cavalerie en images 1900-1918» Eric Labayle - Ysec Editions 
  • « Les uniformes de l’Armée Française 1914-1945 » François Vauvillier 1983
  • « Les emplacements au 1er novembre 1916 - Guide Fournier : 1916-1917, à l'usage de MM. les officiers de toutes armes et de tous services », 8e année (10e édition) https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6516897m/f337
  • L'armée française dans la première Guerre Mondiale, Uniformes - Équipements - Armements (Tome 1) -Mirouze-Dekerle – Verlag Militaria 2007
  • « Etapes et combats » Christian MALLET - Librairie Plon 1916
  • « Un quartier de Châteauroux, Les Marins » Jean Gaultier - Imprimerie Laboureur - Châteauroux 1983

 

Je ne peux finalement terminer tout ceci sans vous laissez admirer notre caporal-trompette, ses galons tricolores spécifiques, dits en « cul de dé » ainsi que sa superbe trompette de cavalerie, à ne pas confondre avec le clairon.

 

Collection de l'auteur

 

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