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Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI
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4 octobre 2024

Nous irons au Ruchard, un dépôt de la 9ème RM pour les fantassins indriens.

Toujours concernant une carte postale et sa correspondance mais dans cet article, pour une fois, je change de face. Effectivement, cette fois si je m’intéresse à une carte, c’est pour son verso. Le recto n’a pas d’intérêt direct pour Indre1418. Par contre, le verso, celui de la correspondance, aborde un sujet important pour les unités indriennes.

Le dépôt d’Infanterie du Ruchard, les centres d’instruction d’infanterie de la 9ème Région Militaire

Collection de l'auteur

Lors du conflit, les régiments d’infanterie de l’Indre gardent certes « un pied » dans le département en lien avec leur garnison, mais rapidement après l’appel des nouveaux mobilisés, ceux-ci quittent le département pour être formés dans des dépôts dépendant principalement de la Région Militaire.

Une exception existe concernant le 68e RI et son pendant, le 268ème RI. Ordinairement, le régiment est en garnison à Issoudun (Portion principale 1er et 2e Bataillon) et à Le Blanc (Portion centrale et 3e Bataillon). A partir du moment de la mobilisation, Le Blanc reste seule garnison d’Infanterie. Les casernes issoldunoises sont affectées à d’autres usages, dont le Centre d’Instruction des Elèves Aspirants, qui vit passé par ailleurs le futur Maréchal KOENIG, alors aspirant.

Bien souvent, l’incorporation du fantassin s’effectue donc au sein de la garnison, mais le soldat (combattant) ne reste que le temps d’un premier « décrassage ». L’essentiel de la formation militaire pour la 9ème Région Militaire s’effectue dans des cantonnements situés au pourtour du camp du Ruchard, non loin de Tours. Ce camp, créé en 1884, sera le terrain de manœuvres et de formation des unités d’Infanterie du 9ème Corps d’Armée jusqu’à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.

Il est alors qualifié de « Dépôt des Régiments d’Infanterie ». Nous verrons ensuite pourquoi le 65ème Régiment Territorial est cité.

Après avoir admiré le reflet du château d’Azay le Rideau dans le cours de l’Indre passant à ses pieds, retournons la carte et découvrons le texte :

L. M. Auroy Caporal 65 territorial 30 Compagnie à Azay le Rideau
Le 27 mai 1915
Chère Sœur et Beau-frère
Je me porte très bien et désiré de tout cœur que vous soyez de même nous sommes parti de Châteauroux depuis ce matin pour Azay le Rideau tout près de Tours mais ne vous tourmentez pas pour moi je vous écrirait une lettre un de ces jours. Je vous embrasse Lucien.
M. M. Ernest Rousseau
12 rue de la Gare
Orléans Loiret

Le texte est très court, mais il nous permet d’appréhender quelques données concernant ce transfert. Lucien est caporal et appartient à la 30e Compagnie du Régiment. Il s’agit là d’une compagnie de dépôt. Celle-ci est soit une compagnie d’instruction pour la formation des soldats soit une compagnie de service pour assurer l’entretien du Camp. Cette deuxième hypothèse semble la plus probable. Effectivement, afin d’assurer le fonctionnement du camp, il est nécessaire d’avoir des effectifs permanents, ceci explique en partie la présence, à part, de l’unité territoriale dans le cachet de franchise postale. Un Régiment d’Infanterie Territoriale n’a pas la fonction d’un Régiment d’Infanterie, même si les aléas du conflit prouveront le contraire, notamment quand les RIT indriens se retrouvèrent en première ligne du côté de Confrécourt ou au Bois des Buttes, toujours dans l’Aisne.

Ensuite, il est possible de dater les événements. Le 27 mai 1915 au matin, Lucien et ses camarades ont quitté Châteauroux. Il écrit vraisemblablement sa correspondance pendant le trajet profitant de son inactivité liée au trajet et le courrier est oblitéré le 28 mai à Azay le Rideau. Les soldats ont donc mis moins d’une journée pour effectuer le transfert. Celui-ci a dû être effectué par chemin de fer, en empruntant notamment la ligne Montluçon-Tours passant par Châteauroux, Buzançais, Chatillon-sur-Indre, Loches.

On notera au passage que la seconde oblitération, celle de la poste d’arrivée, celle d’Orléans donc, est en date du 29 mai. Les nouvelles vont vite.

 

Qui est Lucien AUROY ?
Il est né le 28 septembre 1871 à Cluis, fils de Gabriel et de MAZURE Solange. Conscrit du canton de Neuvy-Saint-Sépulcre, classe 1891, il effectue son service militaire au sein du 125ème RI de Poitiers.
Lors de son service, il passe Caporal en 1893 et sera libéré en novembre 1894.
Dès 1895, il déclare différentes adresses en région parisienne (Suresnes et Paris). En l’espace de 15 ans, ce sont 8 adresses différentes qui sont répertoriées. Il exerce vraisemblablement un métier du bâtiment, lors de sa conscription, il était signalé comme plâtrier.
Le 13 février 1897, à Suresnes (92) il épouse LABRUNE Aïdé, née le 17 aout 1878 à Chateauroux (36), fille mineure de LABRUNE Jean et de ROBIN Claire, les parents demeurant Place Voltaire à Châteauroux (36).
Il décède le 21/10/1926 à Boulogne-Billancourt (92) et retranscrit le 15/11/1926 à Paris 1.
Après deux périodes d’exercice au sein du 90ème RI, l’âge aidant, il passe dans la Territoriale et y effectue une 3ème période en 1908. Son parcours militaire, lors du conflit le voit affecté au 65ème RIT. En octobre 1915, il passe au 69ème RIT, ordinairement en garnison à Châtellerault. Puis, il est affecté au 8ème Régiment du Génie, spécialisé dans les Transmissions, à compter du 28 juillet 1916. Il passera alors sergent en 1917. Son parcours se terminera en décembre 1918, où il sera démobilisé et libéré de ses obligations militaires. Le courrier étudié se passe donc pendant sa période au 65ème RIT, quelques mois avant son premier changement d’unité.

 

Grand Merci à Huguette MAUDUIT et Guy PROT qui ont su retrouver les éléments généalogiques qui me manquaient.

Le Camp du Ruchard, terrain de manœuvres de l’Infanterie du 9ème Corps d’Armée :
Lors de leur service militaire, les soldats des unités d’infanterie de la région militaire de Tours passaient par le terrain de manœuvres du Ruchard, d’autant que s’y trouvait l’Ecole d’Application du Tir pour les gradés du Corps d’Armée. Pendant le conflit, le camp à proprement parlé (les baraquements) servirent aussi pour l’internement de prisonniers allemands puis comme lieu de convalescence pour les soldats belges. Les dépôts des unités d’Infanterie de la Région Militaire furent installées dans les localités au pourtour du Ruchard.

Environs du Ruchard 1914 - BNF Gallica
Camp du Ruchard 1900 - BNF Gallica

D’une superficie de plus de 1400 hectares, au travers des correspondances collectées, il est possible de découvrir les lieux autour du camp qui virent les régiments indriens s’implanter.

Les deux principaux camps d’instruction des 68 et 90ème RI :

Collection de l'auteur

Quelques clichés nous témoignent du passage du 66ème RIT à l'Isle-Bouchard

Collection de l'auteur

Deux clichés témoignent de l'instruction des mitrailleurs du 90ème RI et celle de ceux du 290ème. Le premier cliché est daté et localisé, le second du 290ème RI est de la même série photographique, il reprend le même type de pose et utilise le même procédé de tirage photographique.

Collection de l'auteur

Un de ces deux clichés me fut offert par Arnaud Carobbi, qu’il en soit vivement remercié.

Un autre cliché fait partie de cette série prise lors de cette séance d'instruction des mitrailleurs. Pas réellement de point permettant l'identification. Les visages de certains soldats sont jeunes, en tout cas plus jeunes que sur les clichés précédents.

Collection de l'auteur

Des soldats du 90ème RI, à Azay-le-Rideau en juillet 1915. Il s’agit très certainement de jeunes soldats de la classe 1914. Ceux-ci sont équipés, prêts à partir au front. Un dernier cliché-souvenir avant le départ pour l’inconnu ?

Collection de l'auteur

 Sourires de mise, quasi imberbes, pipe à la main pour se donner une prestance, une mâle attitude, mais certainement aussi pour se rassurer, voici la 38e escouade du 90ème RI. Il s'agit d'un groupe qui pose dans un jardin de Châteauroux, mais surtout il s'agit de la classe 1916. Ils ont à peine 19 ans ou alors tout juste révolus, car en ce 17 mai 1915, l'insouciance de la jeunesse est encore présente. D’ici novembre, ils auront rejoint le régiment et au final environ 20% d'entre eux n'en reviendront pas.

Collection de l'auteur

Au camp du Ruchard, en octobre 1917, de jeunes classes du 90ème RI posent pour le photographe. Au centre, les encadrants.

Collection de l'auteur

Un cliché un peu à part. La 24e Cie du 290ème RI au camp du Ruchard. Le cliché est non daté. Les tenues des soldats sont celles du 90ème RI. S’agit-il de réservistes auxquelles ont fournira une tenue 290e RI au moment de partir, s’agit-il d’un cliché pris avant-guerre pendant une période d’exercice, le régiment est alors « constitué » le temps de la période d’exercice (Cas déjà constaté sur un autre cliché du 290e au camp d’Avord en 1913).

Arnaud, auteur de l'indispensable site Parcours1418 me rappelle que les compagnies de dépôt ne commencent qu'à partir de la 25e Cie. Nous avons bien là une compagnie (24e) du 290e RI, formée le temps d'une période d'exercice. Le temps étant relativement court, le régiment fournissait d'anciennes tenues du régiment d'active, on ne prenait pas le temps de coudre les nouvelles pattes de col.


Pour rappel, en 1914:
Régiment d'active: 3 bataillons numérotés de 1 à 3 avec 4 compagnies par bataillon, numérotées de 1 à 12
Régiment de réserve (Numéro du RI d'active +200): 2 bataillons numérotés 5 et 6 avec 4 compagnies par bataillon, numérotées de 17 à 24
Compagnies d'instruction numérotée au delà de 25


 

Collection de l'auteur

Dernier cliché de la série, voici un autre courrier qui nous emmène vers la prochaine étape vers le front, le dépôt Divisionnaire, qui lui se trouve dans la "Zone des Armées".

Collection de l'auteur

La Chapelle de Cheillé 28 aout 1916
Mon cher Copain
Je tanvoi sest deux mots pour te donner de mai nouvelle que sont toujours bonne pour le moment. Je desir que ma carte te de même pour le monent.
Je bient reçu Ta carte je bien contan de carte de ta belle part ..., je me faichier à Azai.
Le Colon et le Comandant il son vache il jamais de repau 3 ou 4 fois au camp du ruchar, Le premier dépar pour le fron je de mande à partir je suis tambour je gagne 10 sous par semaine.
Bien le Bonjour
Louis Gautherot au 90ème d Infanterie 27 comp. 7 section 2ème groupe La Chapelle Indre et Loire.

 

Le soldat Gautherot goûte peu aux plaisirs du dépôt d'instruction du 90ème RI. Il fait donc part à un ami de son désir de partir au front. Natif de Dijon et résidant à Cinq Mars (37) dans le canton de Langeais, le soldat Gautherot est au 90ème RI depuis le 9 janvier 1916, il le quittera en février 1918 lorsqu’il passera au 335e RI. Il écrit cette lettre alors qu’il vient d’effectuer un séjour à l’hôpital du 29 janvier au 21 mai. En novembre 1916, il sera affecté au 9ème bataillon du 90ème RI. Ce bataillon regroupe les renforts envoyés par les dépôts de l’arrière. Ce 9ème bataillon est affecté au dépôt divisionnaire lui-même situé dans le périmètre de la Zone des Armées au contraire des dépôts d’instruction qui se trouvent autour du Camp du Ruchard, comme nous venons de le voir.

 

Afin de terminer avec un joli cliché, voici une énigme qui longtemps m’a accaparé (Qu’est-ce qu’un CRPM ?), mais qui a maintenant sa solution, voici un cliché des cuisinières et cuisiniers du CRPM d’Azay du 68eme en 1918
Le camp du Ruchard, vit en 1917 la création d’un Centre (Régional) de Rééducation Physique et Militaire. 
Concernant la fonction, le rôle et l’organisation d’un CRPM, on pourra se reporter au chapitre IV d’une circulaire de décembre 1917, éditée par la Direction de l’Infanterie (Lien ci-dessous).

Collection de l'auteur
BNF Gallica

 

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