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Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI
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22 décembre 2024

Un article de presse quasi anodin mais un parcours peu ordinaire pour le soldat Audoux de Lignac.

Avant de passer en mode "fêtes de fin d'année", voici un dernier article 2024
A l'approche de Noel, loin de vouloir vous casser le moral, voici un cas qui se termina mal. Les mauvaises langues rajouteront qu'il avait aussi mal commencé.
Je m'inspire ici de la spécialité et de la méthode narrative de mon collègue Arnaud: partir des petites choses comme cet entrefilet de presse et décrire un brin d'histoire locale dans la grande Histoire.
Soyons modeste, je lui dois la thématique ici présentée.
https://parcours-combattant14-18.fr/tresor-darchives-n-61-soldat-voleur-au-4e-ri-dauxerre/

 

24 décembre 2024 - 24 décembre 2014. Que se passait-il y a 110 ans ? A la lecture du journal « l’Echo des Marchés », je découvre un entrefilet d’à peine 10 lignes qui nécessairement a attiré mon regard. Alors que les soldats des régiments indriens sont dans les sanglantes et boueuses premières lignes de Flandres (Ypres, Zonnebeke), au pays, se trouvent des soldats qui sont restés affectés au dépôt.
Mobilisé le 1er aout 1914 et arrivé au Blanc le 4 aout, Emile AUDOUX fait partie des soldats de l’arrière et qui est resté au pays, bien que mobilisé.

Que s’est-il donc passé pour attirer mon attention ? Le titre est précis et sans équivoque. « Conseil de guerre du 9ème corps – Vols militaires »
Pour avoir participé au travail du Prisme1418 (Groupe indépendant sur les fusillés 14/18 fondé par feu général André Bach) et continué à le faire encore occasionnellement, mon premier réflexe est de regarder la peine encourue. Ici, rien de « grave », mais deux ans quand même. On est en temps de guerre, mais pas que ...

Echo des marchés - 24/12/1914 - BNF Gallica

 

Tout de suite, des questions apparaissent : Qu’avait fait Emile AUDOUX pour être signalé comme repris de justice ? Et bien sûr, qu’est devenu Emile AUDOUX ?
La collecte des premiers éléments est rapide via le module de recherche nominatif des fiches matricules des archives départementales de l’Indre.
 

Extrait fiche matricule Le Blanc Classe 1904
Recrutement Le Blanc - Classe 1904 - Archives départementales de l'Indre (R2400)

Emile Audoux est fils de Félicité AUDOUX et de père inconnu. Ils résident à Lignac (36) où Emile est né le 24 mai 1884.
Lors de sa conscription, il est noté « Bon absent ». En effet, la réglementation prévoit un classement systématique comme « Bon » en cas d’absence du conscrit. Il lui avait été attribué le numéro 37 pour le canton de Bélâbre. Au moment de la rédaction de la fiche, il déclare la profession de maçon, qu’il gardera tout au long de son parcours.
Les fiches matricules comportent une partie principale légendée « Détails des Services et mutations Diverses (Campagnes, blessures, actions d’éclat, décorations, etc.). L’administration n’a pas prévu une telle quantité d’actions d’éclat, pour le soldat AUDOUX, il fallut rajouter des fiches papiers.
Les « actions d’éclat » n’étaient pas non plus celles dans le sens prévu par le règlement, mais en l’absence de case « punitions », il fallut reporter les informations que je vais résumer ci-dessous.
Non encore incorporé, le 26 novembre 1904, Emile AUDOUX est condamné à 3 mois de prison pour vol par le tribunal de la Seine. Sa peine est mise en sursis. Il est affecté, pour son service militaire, au 42ème Régiment d’Infanterie (Belfort) où il arrive en octobre 1905.
Le 4 octobre 1906, il est porté manquant à l’appel et déclaré déserteur à compter du 10. Le 15 décembre 1906, il se présente volontairement et rayé des listes de désertion. Le mois suivant, il est donc condamné à 2 mois de prison pour « Désertion à l’intérieur en temps de paix, circonstances atténuantes admises ». Malheureusement, la fiche ne permet pas d’en savoir plus. Il passe à la SHR en attendant sa nouvelle affectation au 21ème Régiment d’Infanterie (Langres) où il arrive le 15 février 1907. Or, il est de nouveau déclaré déserteur le 31 mai de la même année et arrêté par la gendarmerie de Corbeil le 27 juillet. Il s’évade et est de nouveau arrêté le 20 février 1908, cette fois à Dijon et ensuite ramené au corps. Passant en jugement civil, il est condamné à 4 mois de Prison en février 1908 pour vols, escroquerie et abus de confiance. En parallèle, le Conseil de Guerre de la 7ème Région Militaire le condamne à 3 ans de prison pour double désertion. Il effectue sa peine civile et est libéré le 25 février 1910, il passe alors au 2ème Bataillon d’Infanterie Légère d’Afrique et est aussitôt intégré. En novembre 1910, il est libéré.

En 1912, il effectue une période d’exercices d’une vingtaine de jours au sein du 68ème régiment d’Infanterie (Le Blanc-Issoudun).
Ce que ne dit pas la fiche matricule: Entre temps, revenu au pays, il épouse Zéline VIGNAUD le 29 avril 1911 à Lignac (36). Il aura une fille Marguerite née en 1911 à Lignac et décédée en 1948 (L'arbre généalogique est consultable sur Généanet, via le compte de Jean François Guinot / Sartron).

 

Vient le temps de la mobilisation de 14.

Emile est appelé à se rendre au Blanc au quatrième jour tel que cela est inscrit sur son fascicule de mobilisation.
La fiche matricule ne nous apporte aucun élément significatif sur le parcours de mobilisé de Emile. Il faut attendre le 24 décembre 1914, pour que la presse locale nous apprenne sa condamnation pour vols d’effets militaires article 248). Le parcours judiciaire de notre soldat n’est pas à son avantage et sa mention justifie aux yeux du journaliste la peine infligée soit deux ans de prison. La fiche matricule nous permet de voir que les circonstances atténuantes ont été retenues (Heureusement, vue la peine).

 

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Article 248 - Code de Justice Militaire - 1917 -BNF Gallica


Le 20 février 1915, il est envoyé aux armées direction le front où il rejoint l’unité. L'envoi aux armées plutôt que d'exécuter la peine est courant. La peine était alors reportée et l'envoi au front immédiat. Habituellement, cela s'accompagnait généralement d'un changement d'unité, ce qui ne fut pas le cas ici. Il ne fallait pas que la prison soit un échappatoire pour se retrouver en ligne.
Concernant la fiche matricule, il est à noter un point qui arrive peu souvent. Habituellement, un soldat voit le numéro de sa classe changer, mais alors pour reculer. On trouve en général dans ce cas, les parents. L'arrivée d'un nouvel enfant recule la classe d'âge. Le soldat sera nécessairement libéré plus tôt. Pour le soldat AUDOUX, c'est le contraire, ses condamnations le décale mais dans l'autre sens. Originellement classe 1904, ses peines le voit transférer en classe 1907.


Là divergent certaines données. Était-il au 68ème ou au 268ème RI?
Avant son départ, Emile AUDOUX est affecté au 68ème RI comme l’indique l’article de presse. Quelle fut sa destination, la fiche matricule indique un laconique « Régiment d’Infanterie Le Blanc », cela inclut nécessairement les 2 unités, le 68ème et le 268ème qui avaient même dépôt et garnison.
La fiche mémoires des Hommes, indique le 268ème RI, à l’inverse de l’acte décès qui lui donne le 68ème RI et confirme en citant la 10e Cie qui est nécessairement une compagnie d’active (3ème Bataillon)

 

Mémoires des Hommes
Acte de décès (Transcription) - Archives départementales de l'Indre

 

Emile AUDOUX n’apparait dans le Journal de Marche et Opérations du 268ème RI tant comme tué que comme blessé, alors que ce J.M.O. est connu pour citer toutes les pertes et ce nominativement, au contraire de celui du 68ème ne donnant des noms que concernant principalement les officiers.
Un point important cependant en faveur du 68ème RI, conformément à l'acte de décès, est justement la date de décès. 30 mai 1915, le 268ème RI est en secteur en Flandres et ce depuis octobre 1914 et ce jusqu'en aout 1915, moment où il rejoindra le 9ème Corps en prévision des attaques de septembre. Le 30 mai 1915, il est au repos à West-Capelle, Rexpoede.
Il apparait donc très improbable de voir un soldat du 268ème RI du côté de Bruay, au contraire d'un soldat du 68ème RI, ce régiment étant justement à cette période à moins de 20 kilomètres alors que le 268e est environ à plus de 50 kilomètres de là.

 

Le 68e en arrière du front artésien 29/30 mai 1915 - SHD 26N657


Faute de mieux, de document administratif supplémentaire, Emile AUDOUX restera avec le 268ème RI comme indiqué sur sa sépulture à Bruay (62).

 

Carré militaire Bruay (62)

La mémoire de Emile AUDOUX est triplement présente dans la commune de Lignac (36) : Sur le monument aux Morts, sur les plaques de la mairie et sur celle de l’église Saint-Christophe.

 

Monument Lignac - Photo Alain Bréjaud
Plaque de la mairie Lignac - Photo Alain Bréjaud
Plaque église St Christophe de Lignac - Photo Alain Bréjaud

 

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