Un Vierzart en 14-18: Michel Sornicle (VZ14-18)
Le lycée Henri BRISSON de Vierzon, ancienne Ecole Nationale Professionnelle, plus communément appelée l’ENP de Vierzon vit la pose de sa première pierre en 1883. L'établissement accueillit ses premiers élèves en 1887. L'école fut donc nécessairement concernée par le conflit 14/18.
Ce ne sont pas moins de 112 noms (109 élèves et 3 personnels) qui figurent sur les plaques du lycée qui se trouvent dans le porche d'Honneur et qui font face aux plaques 39/45.
Je vais ici décrire un parcours peu habituel, celui d’un jeune Vierzart qui, au vu de sa classe, aurait pu ne pas être un ancien combattant 14-18 et qui ne combattit pas en 39-45, mais en paya cependant le prix fort. Pour cela, je m'appuierai sur des documents le concernant et récemment collectés.
Il est relativement aisé de trouver des informations concernant les soldats décédés, une fois ceux-ci réellement identifiés. Par contre, concernant ceux qui survécurent, il est plus difficile de trouver leur parcours dans le conflit. La notification du passage au sein de l’école ne fait pas partie des pièces administratives aisément consultables.
Il est cependant des documents qui peuvent permettre de faciliter ou de compléter ces recherches. Tout d’abord, il est possible de trouver des albums photographiques de promotions. On en trouve de temps en temps sur les sites de vente ou sur les brocantes.
Actuellement, concernant la période nous intéressant, il a été retrouvé 2 albums photographiques. Ceux-ci concernent les années 1910-1911, 1913-1914. Malheureusement, hormis s’ils ont été annotés par leur propriétaire originel, nous avons les visages, mais difficile de mettre des noms sur ces visages.
C’est le cas inverse concernant les listes de promotions. Régulièrement, l’association des élèves diffusait les listes de promotions. Celles-ci étaient éditées, bien souvent au moment de la fête de fin d’année permettant de couronner les diplômés et donnaient les listes nominatives millésimées. Ces promotions regroupaient les élèves d’une même année. La promo 111 correspondant à 1911, 112 à 1912 et ainsi de suite.
Une de mes listes de promotion a été annotée. On y trouve la classe d'entrée (A,B ou C) et celle de sortie (N pour normale et S pour Spéciale), mais aussi, parfois, des adresses. Cela mériterait une étude plus approfondie et spécifique.
Les bulletins de l’amicale des anciens élèves de l’ENP sont aussi une source à ne pas négliger. On trouve ainsi des listes de noms, des numéros de promotion et parfois des adresses de domiciliation de l’adhérent. On retrouve par exemple les frères BRANDT (Edgar et Jules) aux alentours de 1898, tous deux dessinateurs pour l’entreprise de fonderie GUILLOT-PELLETIER à Orléans. L'entreprise existe encore de nos jours à Saint Jean de la Ruelle. L’année suivante, Edgar et son frère résidaient à Paris. Malheureusement mes derniers bulletins datent de 1908.
Une autre source possible concerne les documents personnels des anciens élèves. On retrouve ainsi des clichés avec des correspondances, des noms, des dates. Ces documents sont à l’origine de l’étude que je vous propose ci-dessous, celle d’un Vierzart qui connut 2 conflits et figure sur les plaques mémorielles du lycée.
Michel SORNICLE.
Pourquoi s’intéresser à Michel SORNICLE, qui était-il ?
Lors d’un achat récent, j’ai acquis plusieurs cartes photos qui étaient en lien avec l’ENP et constituait un lot. Ces clichés étaient d’autant plus intéressants qu’il s’agissait de photos de groupe d’élèves et de sport scolaire (Rugby et Basket). A Vierzon, un des principaux vecteurs de propagation du sport, à l’aube du XXème siècle fut la présence des jeunes étudiants de l’ENP. Venant de plusieurs horizons géographiques, ceux-ci apportèrent par exemple le Rugby, le Football et le Basket dans les contrées vierzonnaises.
A l’ENP, une association sportive dénommée VIERZ’ART-CLUB fut créé vers 1905. A l’image du «Gadz’arts Club» des élèves des Arts et Métiers, les élèves vierzonnais participaient ainsi aux activités sportives.
Revenons à nos clichés. Sur les 4 clichés, 1 cliché est daté de 1917 et deux de 1918.
De gauche à droite, nous avons :
Tout d’abord, une classe de Vierzarts, certains portent l’uniforme, d’autres sont en tenues civiles. Sur les uniformes ou sur les couvre-chefs, des numéros indiquent l’année de présence et donc le niveau d’étude dans l’établissement. Nous avons là des 3e et 4e années. Le cliché est non daté.
Le cliché suivant représente une équipe de rugby du Vierzart Club. Sur certaines coiffures, le symbole EX, des numéros 3 ou 4 sont présents et reprennent la tradition des niveaux de classes. Sur le ballon de rugby, l’inscription VC 1917 est présente.
Le troisième cliché est aussi celui d’une équipe de Vierzart. A gauche du cliché, un personnage en civil porte le fanion « ENP VC ». Le cliché est daté au dos avec une correspondance du 25 février 1918, ce cliché est écrit et signé d'un "M. SORNICLE". Au verso, avec la correspondance, il porte le cachet du Vierz’art Club de l’Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon (Cher). Cachet présenté un peu plus haut dans ce texte.
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Le quatrième cliché représente un groupe de 4 basketteurs et le ballon aisément reconnaissable porte la date de 1918. Le verso est en lien avec le patronyme SORNICLE puisque on peut y lire « 1918, Mademoiselle Sornicle Sully ». L’hypothèse la plus probable est que le cliché fut envoyé à une sœur de Michel SORNICLE par lui-même et que certainement il est un des 4 basketteurs.
Il est à noter un point qui est commun aux trois premiers clichés et qui concerne l’arrière-plan. Les 3 clichés ont été pris devant le même bâtiment en brique. Peut-être un bâtiment que l’on trouvait le long du terrain de sport. Aucun bâtiment actuel du lycée ne comporte de tels murs de briques encadrés de bois.
Viens maintenant le temps de recouper les documentations accessibles.
A partir des cartes-photos et de leurs données, il est maintenant possible de chercher le parcours de Michel SORNICLE. En indiquant dès maintenant son prénom Michel, vous vous doutez que j’ai retrouvé trace de notre sportif et que j’ai réponse à la question principale : « Quel lien avec 1914-1918 pour cet élève présent au lycée en 1918 ? »
Le premier réflexe est d’associer le patronyme et le lieu indiqué. Il existe un peu moins de 10 communes portant le nom de Sully en France dont une dans le département d’à côté, le Loiret. Nous avons de la chance, SORNICLE est un patronyme relativement rare que l’on retrouve effectivement à Sully-sur-Loire. Pour cela, Généanet (même sans compte premium) est un bon outil de recherche. On trouve très rapidement plusieurs arbres généalogiques concernant Michel Albert SORNICLE:
Michel Albert Sornicle saisi par « Soldat du LOIRET (Soldats45) »
et les données de l'arbre de Evelyne Delamour, on y apprend qu’il a 2 sœurs (Mariette et Jeanne) ce qui donne consistance à l’hypothèse de la carte envoyée à une de ses sœurs.
En 1918, la famille SORNICLE habite à Sully sur Loire. Le père Albert était vétérinaire. Il est à noter que ce dernier était titulaire de la Légion d’Honneur (Dossier Léonore en ligne).
Très rapidement, il est possible de trouver la fiche matricule aux Archives Départementales du Loiret.
Bureau de Montargis, classe 1920, matricule 429.
Avant d’étudier le parcours militaire et le lien avec 14/18, reprenons la correspondance qui nous permet de confirmer que Michel est encore à Vierzon pour ses études en ce début d'année 1918:
« ENP Vierzon 25 février 1918
Mon vieux Noirot. Je t’écris de l’infirmerie où je suis depuis 8 jours pour oreillons. Je pars ce soir pour Sully pour terminer mes 21 jours d’isolement. La bonne maladie, quoi !
J’espère et je souhaite que nous nous trouverons ensemble à Pâques. Je termine, voilà l’heure du train. Je te serre la pince. M. Sornicle »
Passons aux surprises de la fiche matricule :
Le lien vers la fiche matricule sur le site des Archives Départementales du Loiret :
Michel SORNICLE est né en 1900, il est donc classe 1920 et à ce titre il n’est pas concerné par le conflit puisque la dernière classe mobilisée fut celle de 1919.
Or, à la lecture de la fiche matricule, nous apprenons que Michel SORNICLE s’engagea volontairement le 27 aout 1918, à la mairie de Montargis au titre du 1er Groupe d’Aviation. Il venait tout juste de terminer son parcours ENP de 4 ans, entre 1914 et 1918. Il arriva au corps le 28 septembre 1918. A ce titre, il est donc considéré en campagne contre l’Allemagne à compter du 27 aout 1918 et ce jusqu’au 23 octobre 1919.
S'agissait-il d'une volonté patriotique de devancer l'appel? S'agissait-il d'un échappatoire afin de devancer l'appel de la classe 1920 et d'ainsi choisir son arme et son unité? En tout cas, il s'engagea avant la fin du conflit et ce pour la durée de la guerre. Sans avoir connu les affres du front, il fut libéré le 3 novembre 1919 pour être rappelé avec la classe 1920.
En campagne simple contre l'Allemagne, il obtint ainsi la médaille commémorative de la Grande Guerre.
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Sa fiche matricule, dans le détail des critères physiques, nous informe que celui-ci est d’une taille de 1m80. Pour sa génération, voilà un bel athlète tant pour le rugby que pour le basket-ball.
Sans nul doute, on peut présumer que Michel SORNICLE est présent parmi les 4 basketteurs du Vierzart Club
Les 2 Vierzarts de gauche du cliché ci-dessous sont présents sur les 4 clichés, un des 2 serait vraisemblablement Michel SORNICLE
Mais l'histoire de Michel SORNICLE et de l'ENP ne s'arrête pas là.
Le lien entre Michel SORNICLE et l’ENP ne se termine pas en 1918. En effet, celui-ci est bien présent au lycée même encore de nos jours mais cette fois sur les plaques mémorielles 39-45. On y apprend qu’il fut élève eu sein de l’ENP de 1914 à 1918. Il effectua donc bien les 4 années de formation et que comme l’indique le fronton desdites plaques, il fait parti de:
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En effet, s’il n’eut pas le temps de pleinement prendre part au conflit 14/18, celui-ci et sa famille partirent de Sully et s’installèrent à Orléans et bien que réformé, il ne prit pas part au conflit 39/45, il en demeure néanmoins une victime puisque décédé en tant que civil lors du bombardement allié du 19 juillet 1944.
Une association locale, que je tiens ici à remercier pour l’aide apportée, a récemment permit l’inauguration d’une plaque mémorielle en hommage aux décédés du 19 juillet 1944 à Saint-Jean-de-la-Ruelle, au pied du pont de l’Europe. Ceci eut lieu durant l’été 2024, dans le cadre des 80 ans de la Libération de France.
Le 19 juillet 1944, des bombardiers américains larguèrent pas moins de 300 bombes sur le quartier de la Madeleine. Ce furent 19 victimes dont Michel SORNICLE qui disparurent dans cette tragédie.
L’acte de décès de Michel SORNICLE, qui est aux archives municipales d’Orléans, nous apprend qu’il demeurait non loin à Ingré (Loiret) et qu’il était mécanicien. Il était époux de MESLIN Andrée qu’il avait épousé en 1928.
Victime civile du conflit, il figure à ce titre sur les plaques de l’Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon (VZ14-18)
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Grand merci à l’association G.H.I.L.I.I.S (GROUPE HISTOIRE LOCALE INTERCOMMUNALE INGRÉ/ST JEAN DE LA RUELLE) et M. Jean-Marie BOIS en particulier
pour l’aide apportée et la mise en place de cette plaque mémorielle.
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Les Vierzarts comprendront le graffiti trouvé sur un mur, non loin du lycée.
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