Aujourd'hui, il y a 110 ans, à 7h15 se déclenchait un orage d'acier dans le petit matin verdunois, les portes de l'enfer de Verdun venait de s'ouvrir et ce pour 300 jours, engloutissant hommes, animaux et matériels.
Quelle fut la place des soldats du département dans ces 300 jours qui marquèrent tous les français? Encore de nos jours, lorsque vous abordez 14/18, Verdun apparait dans les premiers repères.

2 soldats du 268e RI à la Cote 304 - Mai 1916 - Photo Lieutenant Jabien - AD36 53Fi
Les chiffres annoncés ci-après concernent les soldats natifs du département, résidant dans l'Indre ou ayant un lien direct avec le Département (Livres d'Or, Monuments aux morts, Fiche du site Mémoires des Hommes, ...)
Il m'apparait tout d'abord intéressant de repositionner cette période au travers de la liste des 10 jours qui virent le plus de pertes dans les rangs des soldats indriens.

La bataille de Verdun dura du 21 février 1916 au 18 décembre 1916 (Les combats continuèrent ensuite, mais on considère cette date comme celle de la fin du fait du retour des troupes allemandes sur leurs positions de départ et suite à la fin des engagements de masse des corps de troupe en attaque ou en défense.
La bataille se déclenche rive droite de la Meuse sur la zone des forts (Le fort de Douaumont chute le 25/02 et le fort de Vaux le 7 juin 1916). Rapidement la bataille s’enlise et les allemands décident d’attaquer la rive gauche courant mars 1916 (Mort-Homme 304). Le Fort de Douaumont fut repris le 23 octobre et le Fort de Vaux le 2 novembre 1916.
Les chiffres retrouvés estiment globalement qu'environ 70% de l'Armée française de l'époque passa par Verdun au long des ces 300 jours. Par delà les pertes, cela explique l'importance mémorielle de cette bataille dans l'histoire de ce conflit et dans l'histoire des anciens combattants français et de leurs familles.
Sur la période de la bataille (21/02 au 18/12), 2227 soldats ayant un lien avec le département de l’Indre sont décédés dont 1255 soldats sont tombés sur le territoire du département de la Meuse.
Ces chiffres ne sont que des minimas, car il est difficile de définir ceux qui succombèrent du fait des évennements de Verdun.
En effet il est difficile de détecter un soldat blessé à Douaumont, évacué et qui succombe dans un hôpital de l'arrière. Difficile de détecter un soldat qui meurt des années plus tard des suites de ces mêmes combats.
Regardons chronologiquement les pertes indriennes en Meuse:

Deux périodes ressortent:
Tout d'abord l'engagement du 8e Corps d'Armée dans les premiers jours pour assurer la défense des Forts de Verdun. Bon nombre de soldats de recrutement Châteauroux étaient affectés dans les unités de ce corps d'Armée. Nous avons donc tout d'abord un pic concernant la défense du fort de Douaumont avec les 95eRI (Bourges) et les 85e RI (Cosne sur Loire).
Le 2ème pic correspond à l'engagement du 409e RI dans le secteur de Vaux. Ce régiment avait été crée en 1915 sur le territoire de la 9e Région Militaire (Tours - dont fait partie l'Indre) et où beaucoup de soldats du département furent affectés au moment de la création du régiment.
La 2ème période concerne le 9e Corps d'Armée (Tours) était composé de nombreux soldats indriens, en effet cela concerne pour partie des régiments ayant Châteauroux et Le Blanc comme garnisons (68, 90, 268 et 290e RI).
Ce Corps d'Armée était initialement prévu pour n'entrer en action qu'en juillet pour la bataille de la Somme. Les pertes furent telles que le commandement fut obligé de revoir ses plans et de faire participer au grand tourniquet des Corps d'Armée jusqu'alors en réserve.
Entre les 21 avril et 8 mai 1916, les régiments montèrent par 2 fois pour défendre les secteurs environnants la Cote 304. Les pertes principales se situèrent les 4 et 5 mai 1916 lors d'une grosse offensive allemande sur le secteur.
Certains régiments comme les 268 et 290e RI furent rappelés une 3ème fois jusqu'au 15 mai 1916

Concernant Charles AUSSUDRE, le premier mort indrien à Verdun
Charles Elie AUSSUDRE est né le 19 février 1876 à La Châtre Langlin (36) et résidait à Courbevoie (92) au déclenchement du conflit.
Il était Sapeur Mineur de la Cie 6/1T du 9ème RG, il décède le 22/02/1916 à Cumières (55) "Blessures de guerre" très certainement liées au bombardement.

On retrouve trace du décès du sapeur-mineur AUSSUDRE dans les notes du Journal de Marche de le Compagnie 6/1T du 9e Génie:

Sources: Mémoires des Hommes - SHD - JMO26 N 1320/16
Toujours dans le Journal de marche de la Cie 6/1T, il est possible de suivre l'activité de la Compagnie en ces jours difficiles.
Sa fiche sur le site Mémoires des Hommes.
Il figure sur les Monuments de La Châtre Langlin et de Courbevoie (92). Son acte de décès fut transmis le 27/08/1918 à la mairie de cette dernière commune.
Une plaque mémorielle est présente au cimetière communal de La Châtre Langlin (36)

Cliché Alain Bréjaud
Une pensée, un poème pour Abel Gendre
En souvenir de mon père tué le 5 mai 1916 à la bataille de Verdun
Dans les tranchées glacées, ils ont dormi debout,
Debout, toujours debout, jusqu'au ventre la boue.
Dormi si peu de temps que se tait la mitraille,
Fourbus, vidés, meurtris jusqu'au fond des entrailles.
Quand au fil des saisons la boue s'est asséchée,
La sueur et la crasse et les plaies et les poux
Et les balles et les bombes et les gaz
Et les morts, tant de morts ...
Disaient que ce calvaire était toujours debout!
... Viendra-t-il un jour où le canon s'est tu
Quatre années de tranchées ...
Sont ce là des années ... ?
Bien des ans ont passé ...
Et quand fuit le sommeil,
le livre de ma vie
S'ouvre au hasard des pages ...
Ainsi je pense à eux,
A tous ces innocents
Plongés dans la tourmente
Eux écrivaient ... l'enfer ... !
L'enfer de feu de fer
De froid et de souffrance
De souffrances et de larmes
Je pense à ces croix blanches
Qui se dressent là-bas
Dans ces champs reverdis
De leur chair enrichis
La terre a mis longtemps
A panser ses blessures
A reprendre ses droits
Elle aussi a souffert,
Elle aussi fut ouverte
Percée, brûlée, minée,
Bouleversée, calcinée,
De toute parts broyée ...
... avec eux
Se recueillit ... longtemps
Figée dans sa douleur
Elle et eux emmêlés ...
Dans la même tuerie ...
Il a fallu des mois
Pour les séparer d'elle,
Leur donner un linceul,
Leur donner une tombe,
Parfois peut-être un nom?
Et ... peut-être le leur ... ?
Terre transformée, saccagée,
Douloureuse elle demeura ...
Tant de restes encore
Se consumaient en elle ...
... Des années recueillie ...
Avant de s'émouvoir
Et sortir de son deuil
Du deuil de ses enfants
Du deuil de la nature ...
... L'herbe réapperue ...
Et l'oiseau dans la nue,
Je pense à ces hommes, jeunes,
Que nul n'a revu
... Et "portés disparus" ...
A tant d'os inconnus
Enchassés dans l'ossuaire ...
Lorsque la nuit tombée,
Son phare s'allume et tourne
Sur ces champs de bataille
Rappelant leur mémoire
Aux "passants" que nous sommes
Douaumont toujours pleure
Quand la cloche du soir
Tinte en leur souvenir ...
Je pense à Un surtout
Qui n'est pas revenu
Je pense à ce "poilu"
Que je n'ai pas connu
Et ... qui était ... mon père ...
Berthe Gendre-Soret (1992)

clichés de l'auteur
Gendre Abel Jean Joseph
Soldat au 90e RI
né le 22 juillet 1881 à Murs (Indre)
Mort le 5 mai 1916 à Esnes-Cote 304 (Meuse)
Inhumé à la NN d'Esnes en Argonne
Merci à Claude pour sa confiance
Les 3 principales villes du Berry participèrent à la construction de l'ossuaire de Douaumont sur le champ de bataille de Verdun.
Bourges, Chateauroux et Vierzon marquèrent de leur blason la douloureuse participation à la gigantesque bataille.
clichés de l'auteur et Vinci-Autoroutes