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Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

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9 avril 2024

Parfois les trains n’arrivent pas, le triste sort de René RENAUDAT de Brion.

Il ne suffit pas de dépouiller les fiches matricules, les actes de décès pour constituer un mémorial départemental qui ne soit pas qu’une simple liste de noms, il faut aussi pousser la recherche une peu plus loin. Parfois, la tragédie n’est pas liée au combat, à la boue, à la tranchée. La mort peut être plus insidieuse. Alors que les regards se portent sur la ligne de front, elle vient à frapper de manière plus inattendue.
La réussite de la mobilisation d’aout 1914 est liée à l'utilisation généralisée des chemins de fer qui permettent de sillonner le territoire national.
Dès le fascicule 11 (Octobre 1914) de « Pages d’Histoire » imprimés par Berger Levrault, on trouve la publication intitulée « A l’ordre du jour, du 8 aout au 18 septembre 1914 – Citations, Promotions, Légion d’Honneur, Médaille Militaire ». Elle fournit la première liste nominative de récipiendaires en date du 13 aout 1914, dont les premiers sont ceux des sociétés de chemins de fer mobilisés pour la mise en place de la concentration vers les positions de l’Est. D’abord, figurent les Légions d’Honneur pour les responsables des compagnies puis les médailles militaires pour les employés des dites compagnies.

 

Dès le jour de l’annonce de la mobilisation, les soldats rejoignent leurs casernes et se préparent au départ. Cette mobilisation est un moment important que l’armée française a su mener de main de maitre. Regrouper les soldats dans les casernements, échelonner les arrivées puis les départs, prévoir et équiper les soldats pour le départ vers l’Est, transporter des dizaines de milliers de soldats, d’équipements, de matériels et d’animaux, ne put se faire sans l’outil essentiel qu’était le réseau ferré. Depuis le plus petit village, il fut possible de rejoindre la caserne en fonction de l'essentiel fascicule de mobilisation. La couleur et les informations inscrites permettaient d’échelonner les départs et de fixer les modes de transports. Hors de question de congestionner les artères ferroviaires et donc de ralentir la mobilisation vers les unités.
Les modèles de fascicule de mobilisation :

 

Fascicule de mobilisation du Garde Voie et Communications (modèle S1)
André Collet du Pin doit se rendre dès le 1er jour à la gare de Celon – Collection de l’auteur

Le plan XVII, le plan de concentration ferroviaire par région militaire
Les axes de déplacements des corps d’Armée pour rejoindre les positionnements.

Dans un autre article, nous avions évoqué le sort du premier indrien mort en service. Ce soldat était un Garde-Voies et Communications (G.V.C.) qui avait pour charge, avec ses camarades du 65ème RIT (Territorial), d’assurer la garde du tunnel de Chabenet, au nord d’Argenton sur Creuse. Jean TAUVY, natif de Malicornay, décéda le 2 aout 1914 d’un accident ferroviaire. Il décéda des suites d'un tamponnement par une machine.

Témoin de ces nombreux passages et du rôle essentiel du chemin de fer, l’argentonnais Raymond Rollinat, dans son journal et au travers de ses clichés photographiques, rend compte de l’incessant passage des locomotives tractant les wagons remplis de matériels et transportant les soldats vers le Nord et l’Est.

« Mardi 4 aout - 3ème jour de mobilisation -Beaucoup de trains dans les deux sens ; ceux qui viennent de la direction de Limoges transportent des militaires habillés et équipés … »
« Jeudi 6 aout - 5ème jour de mobilisation - Aujourd’hui de minuit à minuit, il doit passer 82 trains. La plupart venait du Midi et portant des troupes pour la concentration. Dans la matinée passe infanterie. 40 trains de troupes de concentration … »
« Samedi 8 aout - 7ème jour de mobilisation - Ce matin, il passe des trains d’infanterie, artillerie, train des Equipages ; même enthousiasme, mêmes fleurs, drapeaux aux canons. Il passe des fours de campagne dans l’après-midi … »

Cliché Rollinat – Cercle Histoire Argenton

 

Toujours dans les dépouillements et les saisies de données, il est tentant de regarder quels sont les 10 premiers décédés du département. Hormis Jean TAUVY, dont nous avons évoqué le sort un peu plus haut, on trouve 6 cas déclarés qui furent signalés comme non-Mort pour la France (Suicide, maladie, …). Dans ce décompte macabre, il reste donc le capitaine DEREMETZ du 22ème Dragons qui fut le premier indrien tué au combat et ce dès le 7 aout 1914 à Altkirch ainsi que le soldat RENAUDAT.
Il s’agit très exactement du maitre-pointeur René RENAUDAT qui succomba le surlendemain du décès du capitaine DEREMETZ, le 9 aout 1914. Tout comme pour Jean TAUVY, la cause du décès est « tamponnement de chemin de fer ». René RENAUDAT est natif de Meunet-sur-Vatan et fis de Jules et de THOMAS Jeanne Léontine. Au moment de sa conscription, René est résidant à Brion où il demeure avec ses parents. Il déclare alors la profession de tailleur d’habits. Classe 1910, il effectue son service au 49ème Régiment d’Artillerie de Campagne (R.A.C.) de 1911 à 1913. Il est d’abord 2ème canonnier. Il obtient ensuite la distinction de « maitre-pointeur » en 1912 et a donc en charge les réglages du tir de la pièce de 75. Voici comment Jacques MEYER décrivait la fonction du maitre-pointeur dans son ouvrage « Les soldats de la Grande Guerre » Librairie Hachette, 1966 :

« … Revenons à la mise en batterie. Sur les six hommes de l’équipe d’avant, trois sont au service de la pièce, trois s’occupent des obus.
Entre les six, l'entente et la division du travail jouaient à plein. C'est d'abord le pointeur, l'intellectuel du groupe, souvent appelé maitre-pointeur, ce qui lui valait le galon rouge d’artilleur de première classe, et dont toute l’équipe se glorifie quand il a réussi un coup au but. Il manipule le collimateur de visée, la jauge, les manivelles de dérive et de hausse, suivant les indications transmises par le chef de pièce : « Tambour 0, plateau 150, … »

René est rappelé par la mobilisation et se rend à Poitiers dès le 3 aout où il retrouve le 49ème R.A.C. au quartier d’Aboville. 
 Le 49ème RAC, créé en 1911, forme l’artillerie de Corps de la 9ème Région Militaire. Il est composé de 4 groupes comprenant chacun 3 batteries.
Au sein du 9
ème Corps d’Armée se trouvent 2 divisions (17ème et 18ème). Chaque division se voit attribuer 3 groupes issus d’un même R.A.C. : Le 20ème de Poitiers pour la 17ème DI et le 33ème de Angers pour la 18ème DI.
L’unité de base est la batterie qui comprend 4 canons de 75. Une batterie est ainsi constituée :

3 officiers, 170 sous-officiers et hommes du rang.
170 chevaux, 4 canons, 12 caissons, 16 caissons d’avant-train et 22 voitures.

Dès le 6 aout 1914, les premiers éléments du 49ème RAC commencent à partir de Poitiers, embarquant à destination du secteur de Pont-Saint-Vincent (Nancy), à raison de un groupe par jour. Les informations du Journal de Marche et Opérations (J.M.O.) permettent de reconstituer le départ du régiment.

 

Voici un train de la mobilisation, celui d'un des 2 autres régiments d'artillerie du 9ème Corps, le 33ème RAC lors de son passage à Tours.

 

Le Journal de Marche du régiment indique aussi les compositions des commandements de chaque batterie. A la date du 10 août une mention très succincte nous ramène au cas de René RENAUDAT.

SHD – JMO 49eRAC - GR26N992 tome 1 page 33

 

Que s’est-il passé au sein de la 7ème Batterie et y a-t-il un lien avec notre jeune brionnais ?
Un des premiers réflexes est donc de parcourir l’historique régimentaire et les Journaux de Marches des unités qui encadrent le 49ème RAC. L’historique est en ligne sur le site Gallica et permet une consultation rapide et aisée. On lit ainsi :

« Les groupes s'embarquèrent à partir du 6 août, - cinquième jour de la mobilisation, à raison d'un groupe par jour, dans l'ordre de leurs numéros, et débarquèrent sur la voie ferrée qui relie Toul à Mirecourt, aux environs de Pont-Saint-Vincent (S-O. de Nancy). 
La 7e Batterie, dont le train avait déraillé aux environs de Troyes, causant la mort de dix canonniers, en blessant plus d'une centaine, dût être envoyée se reconstituer au Camp de Mailly. »


En parallèle, toujours sur Mémoires des Hommes, dans la partie Journal de Marche, on peut y lire, concernant le JMO de l’Artillerie de Corps du 9ème C.A. (SHD – JMO A.C.9 – 26N132 Tome 1 page 4)
« 10 août : Le QG reste à Pont-Saint-Vincent. A 19h, le Général apprend par dépêche chiffrée du Ministre traduite et communiquée par le Corps d’Armée, l’accident survenu à la 7e Batterie du 33e rég. D’Art. (Capitaine CABESTAN) dans les environs de Troyes. Cette dépêche est envoyée en communication au Colonel commandant le 49e rég. D’Art. cantonné à Méréville. »
Une erreur est à noter concernant ce passage, la 7ème batterie est celle du 49ème RAC et non celle du 33ème RAC. Ceci est d’ailleurs confirmé par la description de la hiérarchie de la batterie dans le Journal de marche :

 

7e Batterie
Capitaine CABESTAN, Commandant.
Sa fiche matricule aux AD08, son dossier de Légion d’Honneur.
Lieutenant LAFAGE
Lieutenant de réserve BOULAY DE LA MEURTHE. Sa fiche matricule aux AD37, son dossier de Légion d’Honneur

 

Une bonne part de l'explication qui suit provient du site Aubegenealogie.com, le site du Centre Généalogique de l'Aube. On trouve ces explications, ces confirmations sous la forme d'un fichier pdf lié à la présentation de l'accident.
https://www.aubegenealogie.com/uploads/histoirevillage/pdf/54/Sainte-Savine_2doc.pdf

Ces données viennent confirmer les infos déjà collectées. On y apprend en plus les circonstances, à savoir que "Celui-ci [train du 49e RAC] tamponna un train chargé de fourrage qui stationnait sur la voie et dont le conducteur n'avait pas respecté divers signaux" et que hormis les 10 tués, il y eut une centaine de blessés.
Ce petit fascicule présente d'ailleurs une carte postale de la Société Cartophile de l'Aube ayant un lien direct avec l'accident. Il nous informe également que cette affaire fit l'objet d'un conseil de guerre du 20ème Corps d'Armée. Le procès se déroula en octobre 1914 et fut relaté dans la presse locale (Tribune de l'Aube).

 

 

Le conseil de guerre eut lieu le 1er octobre. Dès le 2, un premier entrefilet signale l'ouverture du procès et en donne le verdict. L'article indique qu'au moment de l'accident, la presse ne put informer les lecteurs, car elle était tenue au silence durant cette période de mobilisation, au risque de censure si elle enfreignait les interdictions. On retrouve aux archives départementales de telles consignes concernant l'obligation donnée à la presse de ne pas relater ce qui pourrait ralentir et gêner la mobilisation.
Le 3 octobre, les journalistes de la Tribune de l'Aube détaillent les circonstances de l'accident et les dépositions des accusés et témoins.

La tribune de l'Aube, le 2 octobre 1914:

La Tribune de l'Aube, article du 3 octobre sur le site des archives départementales de l'Aube

 

« …Le 9 août, à neuf heures quinze du matin, une collision s’est produite sur la ligne de Sens à Troyes au kilomètre 0.90540 qui se trouve entre les stations de Tortivilliers-Mongueux et de Troyes-Preize, à trois kilomètres de la première.
Le train 57.039 conduisant la 7ème batterie du 49ème d’artillerie avec son matériel tamponna le convoi 57.087, chargé de fourrage qui était en stationnement sur la voie. 
Le mécanicien du train 57.039 avait brulé le disque de la station de Tortevilliers Montgueux qui était fermé.
Douze militaires trouvèrent la mort dans l’accident, cent treize furent blessés et le matériel d’une batterie d’artillerie fut mis en partie hors d’usage … »

Fait intéressant montrant l’intensité du trafic lié à la mobilisation, dans les témoignages, on peut lire : « Les trains, ce jour-là, se succédaient toutes les 10 minutes d’intervalle quoique le temps réglementaire doit être de 20 minutes entre chaque train ». On peut en déduire que l’urgence de la situation fit diminuer les critères de sécurité normalement en vigueur. Autre point marquant, les articles indiquent un total de 12 décédés. Au regard des actes de décès retrouvés, il en manquerait donc 2.

D'abord inhumés sur place, les dépouilles non réclamées par les familles furent transférées au sein de la nécropole nationale de la Ferme de Suippes dans la Marne. C'est confirmé par une information concernant la nécropole de Ferme de Suippes indiquant qu'en effet, entre 1956 et 1959, les corps des tués lors de la 2ème guerre mondiale y furent regroupés. Cela concernait les cimetières militaires de la Marne, de la Haute-Marne, de l’Yonne et de l’Aube, dont le carré militaire de Troyes où furent d’abord inhumées les victimes de l’accident de Sainte-Savine. La recherche via le site « sépultures de guerre » indique bien « carré militaire de Troyes ».

__________________________________________________________________________________________________

Les victimes de l'accident de Sainte-Savine

René RENAUDAT – Maitre pointeur
né 23/02/1890 à Meunet sur Vatan (36)
Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)
La transcription à la maire de Brion (36)
Inhumé à la NN Ferme de Suippes (Tombe n°1231)
Sa fiche matricule
Sa fiche Mémoires des Hommes
Sa fiche sur le Mémorial départemental de l’Indre

Voici le parcours de René RENAUDAT. Depuis son domicile à Brion, il rejoint la gare de Châteauroux et de là, il rejoint son unité à Poitiers en date du 3 aout. Le 6, les premiers trains partent vers l’Est. Celui de la batterie de René, la 7ème, part le 8 aout à 16h23. Le 9, à 9h15, après avoir roulé toute la nuit, le terrible accident survient. 

 

Concernant les autres décédés

ANDRAULT Firmin Constant – Canonnier
Né à Sainte Blandine (79) le 19/12/1888
Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)
Inhumé à la NN Ferme de Suippes (tombe n°959)

BONGARS Marcel – canonnier
Né à Montlouis (37) le 30/12/1889
Son
acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)

BRUNET Silvain Léon – Canonnier
Né à Nouaillé (86) le 27/01/1888

Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)

CARRE René André – Brigadier
Né à Saint Hilaire Saint Florent (49) le 31/01/1887
Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)
Inhumé à la NN Ferme de Suippes (Tombe n°838)

FORET Aristide Louis – Canonnier
Né à Angers (49) le 21/12/1888
Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)

inhumé à la NN Ferme de Suippes (Tombe n°1146)

GABILLET Georges Léopold – Brigadier
Né à Sainte-Maure (37) le 04/06/1889
Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)

Inhumé à la NN Ferme de Suippes (Tombe n°252)

GUIMARD Raoul – Canonnier
Né à Romans (79) le 30/09/1893
Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)

Inhumé à la NN Ferme de Suippes (Tombe n°561)

ROBIN Eugène Auguste Valentin – Canonnier
Né à Marsais Sainte Radegonde (85) le 24/12/1892
Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)

ROUILLIERE Louis Joseph Charles – Canonnier
Né à Loiré (49) le 27/07/1892

Son acte de décès à la mairie de Ste Savine (10)

 


 

 

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1 novembre 2023

L'Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon dans la Grande Guerre (2008 - réactualisé 2025)

Ce message a 17 ans, mais il reste d'actualité. Une petite mise à jour avec les dernières trouvailles.

D'autres articles en lien avec l'ENP de Vierzon:

ENP Concours d'entrée 1914 et si vous le tentiez?

ENP Vierzon 1915, les faits de guerre du sujet du concours d'entrée

Un Vierzart en 14-18: Louis BECHEREAU (VZ91-96)

Un Vierzart en 14-18: Camille LEFEVRE (VZ92-94)

Un Vierzart en 14-18: Edgar BRANDT (VZ94-98)

Un Vierzart en 14-18: Michel SORNICLE (VZ14-18)

La Mougeotte de Brisson, un essentiel pour les internes et les blessés de l'hôpital 45

_____________________________________

Les Vierzarts comprendront le graffiti trouvé sur un mur, non loin du lycée.

_____________________________________

Le temps de la Toussaint et du 11 novembre.

Alors en ces jours précédents ces dates, je souhaite revenir sur un lieu de vie, qui est mon quotidien et sortir un peu du département d4e l'Indre, non pour aller très loin, tout en restant en Berry.

Le lycée Henri Brisson de Vierzon est mon lieu de travail. Chaque personne fréquentant le lycée est amenée à passer devant deux plaques commémoratives (14-18 et 39-45) situées dans le porche d'Honneur. La plaque de la 1ère guerre mondiale a été entièrement refaite pour le centenaire 14-18 par le biais de l'Amicale des anciens Vierzarts.

Initiée en 1883 par Henri Brisson, alors président de la Chambre des députés, l'ENP fut inaugurée en 1886. L'Ecole Nationale Professionnelle de Vierzon est historiquement le premier lycée technique de France. Les élèves qui passaient par l'ENP étaient appelés les Vierzarts. Le surnom s'inspirait de celui des élèves des Arts et Métiers, les Gadzarts (Les Gars des Arts). Ce passage à Vierzon était gage de qualité des savoirs, ce qui leur permettait de rentrer dans les plus grandes entreprises de l'époque ou de préparer l'entrée aux Arts et Métiers.

 

Fronton de la plaque originelle - numérisation personnelle

La plaque 1418 originelle se trouvant sous le porche de la cour d'honneur
Elle a été remplacée via l'association des anciens de l'ENP par une plaque récente
depuis l'écriture première de cet article en 2008

Cliché de l'auteur - 2008 (Relevé MémorialGenWeb)

.

Sous le porche de la Cour d'Honneur, chaque élève, chaque enseignant, passe tous les matins devant des plaques qui rappellent le sacrifice des anciens aux cours des deux conflits mondiaux. Sur la plaque 14-18, la liste de noms inclue les personnels et les anciens élèves. Concernant les élèves, les nombres gravés à chaque ligne indiquent les années de passage à l'école. l'ordre est alphabétique est des ajouts ont été apporter en bas de plaque.
La plaque actuelle reprend la liste mais dans l'ordre chronologique des promotions, alors que les anciennes étaient dans l'ordre alphabétique et réparties sur 4 plaques verticales. La 4ème à droite n'était pas complète. Les derniers noms ne respectaient pas l'ordre alphabétique et correspondaient à des ajouts.
Le tableau ci-dessous respecte l'organisation de la plaque originelle.

Au total, pour la Première Guerre Mondiale, 3 membres du personnel et 109 anciens élèves figurent parmi les disparus.

LE PERSONNEL

 

CHEVILLON Paul
Professeur

Sa fiche matricule Bourgoin-1903-86

MABILAT Léon
Sous-chef d'atelier
Sa fiche matricule

TEULIE Georges
Maître interne

Sa fiche matricule

 

ENP Vierzon - Album 1913-1914
ENP Vierzon - Album 1913-1914 - Collection de l'auteur

 

LES ANCIENS ELEVES
(Reproduction plaques originelles - 4 plaques verticales, ordre alphabétique)

ACCOLAS Léon
04-08
FAGES Charles
09-13
MARATRAY Robert
10-11
VANDET Gabriel
11-14
AGNUS Jean
08-11
FAURE Armand
06-10
MARTIN Maxime
07-12
VAREILLAUD Léon
03-09
ANDRE Léon
94-95
FOLTIER Lucien
99-01
MATHE Marc
06-10
VIALARD Germain
12-15
BALLANGER René
04-06
GALLIER Louis
07-11
MATHIEU André
04-08
VIEILLERIBIERE Jean
08-11
BARRIERE Paul
06-10
GODINOUX François
09-13
MEUSSIER André
11-14
VIGUIE Armand
07-10
BELLERET René
11-14
GRAILLOT Gaston
98-00
MILAT Henri
02-06
VIVET Charles
04-08
BESCHARD Albert
96-99
GRAVAYAT Roch
10-13
MOLAS André
07-11
VIVET Emile
97-01
BLAVIER Max
11-14
GRETILLAT Henri
00-03
MONEGER Antoine
03-06
VOISIN Marius
08-11
BOISSEAU Gaston
09-13
GUERET Maurice
05-10
MOREAU Emile
00-05
VOISIN Paul
09-12
BOURBON Francis
08-13
GUITTARD Paul
07-11
MORIN Alcide
02-03
VALLET Robert
08-12
BOURGEOIS Jean
93-97
HARDY Gustave
07-11
NOUGEIN Georges
06-10
GUERBER Louis
11-15
BOURGEOIS Léon
07-11
HERISSE Armand
06-10
PARDUCAT Alfred
09-13
FOISSAC Gaston
16-17
BOURDIER Alexis
95-97
HERVIER Gaston
05-09
PERDUCAT Marcel
06-09
FONTALIRANT I.
03-06
BUNEL Maurice
03-06
HUDE Paul
11-14
PETIT André
12-15
MANGET Prosper
89-92
CAMUS Charles
93-95
JOUANNAIS André
07-11
PHILIPPON Jacques
10-13
NAJAC Eugène
11-13
CASTAGNIE Georges
09-13
LAROCHE Edmond
11-14
RAYNAUD Gustave
96-00
PHILIPPON Marcel
99-02
CHAPUT Maurice
07-12
LAROCHE Emile
01-04
RAYNAUD Raymond
06-10
ROUELLE Lucien
06-08
CHAPUT Raymond
09-12
LEBALLE André
01-05
REBEYROTTE Albert
09-13
RUCHETON Lucien
04-07
CIRET Maurice
10-11
LECLERC Emile
04-08
ROCHEROLLES Fernand
91-95
VENAT Marcel
99-02
COLIN Pierre
10-13
LECUILLIER René
04-07
SAILLARD Raoul
07-11
 
COMBES Paul
01-05
LEGALES René
05-09
SAVY Léon
94-97
 
COUDURIER Marcel
09-12
LEGENDRE Lucien
11-14
SEVAT Gaston
11-13
 
DAUTRY Georges
05-10
LEROUX Michel
09-12
SOULAT Félix
11-14
 
DENIZOT André
07-11
LESEUX Gaston
02-06
TARDIEU René
07-11
 
DESROSIERS Marcel
01-05
LEVAVASSEUR Edouard
94-96
THIBAULT Henri
06-10
 
DUBEDAT Georges
04-07
LORRY Jules
08-11
THINEY André
11-14
 
DUPUIS René
05-10
LOTH Henri
04-08
THIRIAUX Gabriel
96-99
 
DURAND Léon
92-96
LUQUET Lucien
99-03
THOREAU Maurice
10-14
 
DURAND Gabriel
06-09
MABILAT Léon
95-97
TISSIER André
06-09
 
DURIN Emile
04-07
MACHET François
09-13
VALLE Marius
07-11
 


 

ENP Vierzon - Album 1910-1911
ENP Vierzon - Album 1910-1911 - Collection de l'auteur
ENP Vierzon - Album 1913-1914
ENP Vierzon - Album 1913-1914 - Collection de l'auteur

 

Concernant Brisson et l'ENP, voici les 4ème années de 1910-1911 et de 1913-1914, ils effectuèrent donc leur scolarité entre 1907/1911 et 1910/1914. Certains d'entre eux n'en reviendront pas.
Ainsi pas moins de 11 noms dans la liste 1910/1911 ci-dessus sur les 32 présents sur le cliché ...
 

Si vous voulez passer le concours d'entrée, c'est ICI (Attention pas de calculatrice, de stylo-bille et encore moins d'effaceur).

Ayons donc aussi une pensée pour les 1,4 millions de Morts pour la France

12 octobre 2023

Jean Tauvy ou le 1er « Mort pour la France (?) » de l'Indre (2005 réactualisé 2023)

Dès le 1er jour d'aout, des éléments ont été envoyés le long des voies de chemin de fer afin de garder celles-ci. En général de vieilles classes étaient utilisées pour ces fonctions de GVC (Gardes Voies et Communications). Ces soldats dans le cadre de la mobilisation s'annonçant furent appelés pour une période de manoeuvres afin de surveiller le long des points sensibles de la région.

Les points clés de la ligne Paris Toulouse font l'objet d'un déploiement de ces unités territoriales.

 

Voir  LA MOBILISATION DES GVC, Les gardes des voies de communication (GVC) : les premiers mobilisés ?

 

 

Le 2 août, à environ 500 mètres de l'entrée du tunnel de Chabenet, vers le passage à niveau de Saint Luc (Chasseneuil) plus précisément, un détachement surveille les abords du tunnel. Un train manœuvre, malheureusement un des GVC présent est heurté par celui-ci.

 

Jean Tauvy (46 ans) meurt ainsi en service commandé.

Originaire de Malicornay, il est le 1er mort indrien du conflit.

 

Sources: http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/

 

 Réactualisation novembre 2014:

Jusqu'à présent, il me semblait bizarre alors que la mobilisation ne débutant que le 2 aout, nous ayons déjà un mort ce même jour. Grace à un site ami, il est maintenant possible de comprendre que Jean Tauvy fut concerné non par la mobilisation, mais par la pré-mobilisation.
En effet, dès le 31 juillet, le ministère de la Guerre rappella certains soldats de classes agées pour une manoeuvre (ne pouvant mobiliser officiellement) pour garder les voies de communications.
On lira donc avec intérêt le site GVC1418

Je cite: "31 juillet : ...- convocation pour un exercice de garde des voies de communication, des réservistes ou territoriaux affectés à ce service (Ministre de la Guerre.  Télégramme 163-3/11 T aux  corps d'armée -sauf 19e et Tunisie- à 18h15 le 31 juillet 1914)"

Cet article s'appuie sur l'ouvrage des "Armée Française dans la Grande Guerre" (AFGG) voir notes de bas de page du site "GVC 14-18"

En réalité, dès l'annonce de la Mobilisation, Jean Tauvy se doit de se rendre sur le lieu de surveillance GVC dès l'annonce (1er aout 1914) et succombe donc le lendemain 2 aout 1914

Capture
AD36 -  R2251

Un extrait de l'acte de décès de Jean Tauvy, dans les registres de Chasseneuil.

CaptureJCh1

On notera que même si Jean Tauvy figure sur le monument aux morts de Malicornay et qu'il a une fiche sur le site Mémoires des Hommes, la mention "Mort pour la France" n'a pas été reportée sur l'acte de décès. De plus, aucune retranscription n'a été effectuée dans les registres de Malicornay. Ceci s'explique par le fait que la mention "Mort pour la France" ne fut créée qu'en 1915. Normalement, les actes de décès antérieurs devaient être mis à jour, mais ...

En 7 aout 1917, sur le Journal Officiel de la République, une mention est faite concernant le paiement d'une indemnité à la Madeleine Clémence DORANGEON veuve TAUVY 

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Dans les dépouillements de Mémoires des Hommes, on notera que le 2e soldat du département mort pendant le conflit est aussi décédé à Saint Luc, sur la commune de Chasseneuil. Il était aussi GVC et de faction au tunnel de Chabenet.

Natif d'Argenton, Jean Baptiste FLORENT succomba le 3 aout 1914 d'une congestion cérébrale.

Sa fiche Mémoires des Hommes


 

 Grace aux numérisations de la presse locale, il est possible de trouver le report de cet accident.

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BNF Gallica - Echos des marchés du Centre 6 aout 1914

20 juillet 2023

Pommiers 1914 "Il devait être fait prisonnier sa m'étonne beaucoup comme il écrit pas"

En 2020, Pascal a répondu à mon appel à propos de la possibilité d'établir des notices de soldats à partir des données en possession des familles. Il me  signala qu’il possèdait quelques lettres de poilus et qu’il était prêt à les diffuser si cela m’intéressait. Et pour preuve, il mettait en ligne le scan d’une enveloppe ayant rapport avec un soldat de Pommiers.
Bien évidemment, je m’empressais de cliquer sur le bouton « j’aime », d’autant que cette enveloppe était intrigante, couverte d’annotations diverses et démontrant un parcours compliqué, il s’agissait d’une missive de recherche d’un prisonnier, qui navigua de France vers l’Allemagne, en Bavière et oblitérée en 1915 à Châteauroux.
Par le biais des lettres transmises par Pascal, je me propose donc de suivre le parcours du soldat Hémery originaire de Pommiers, canton d’Argenton-sur-Creuse et au travers de ce portrait de retracer la recherche du soldat prisonnier par ceux restés au pays. Il est cependant à préciser que la correspondance complète n’existe plus et est donc parcellaire, ne facilitant pas nécessairement la compréhension du cheminement emprunté.
Afin de ne pas dévoiler tout de suite le parcours de Emile Gabriel Hémery, volontairement, je ne vous donnerai le lien vers sa fiche matricule qu’en fin de ce message.
Comme tous les soldats nés en 1892, fils de André et de Meunier Marie domiciliés à Pommiers, Emile a effectué son conseil de révision en 1913 à Eguzon, l’année de ses 21 ans. Il a rejoint ensuite son unité le 10 octobre 1913 afin d'être incorporer pour effectuer son service militaire. Il est affecté au sein du 13e régiment d’infanterie de Nevers (Nièvre).
En août 1914, il ne fut donc pas mobilisé car se trouvant déjà sous les drapeaux, mais bel et bien concerné par les faits de guerre. La première lettre présentée par Pascal est donc celle que Emile envoie à son oncle avant de partir au front. Nous sommes déjà en guerre et même s’il essaye de faire bonne figure, la sérénité n’est pas totalement présente. Le thème de l’espérance revient plusieurs fois, mais aussi la résignation.

Nota : l’orthographe d’origine a été préservée

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Nevers le 5-7-1914
Cher oncle
Je fait réponse à votre lettre que je suis très contant d’apprendre que vous etre en bonne santé pour moi sa va tres bien et ce soir nous parton esperant que l’on reviendra mais nous l’on y part de bon cœur et si sa tenait qua nous l’on remportera la victoire mais je vous  dirais  que sa se debroille pas beaucoup car a l’heure que l’on est il y a longtemps que l’on devrait sur la frontière enfin ne vous tourmentez pas pour moi mais je pense que la misère doit est grande dans les villes et les campagne.
Je ne vois plus rien a vous dire pour le moment.
Je termine cette lettre en serrant la main

Hemery Gabriel
9e Compagnie 13e regiment
A Nevers sa ne change pas
Je vous remerci beaucoup pour l’argent que vous m’avez cher oncle. Jespere que tout vu ne partira pas mais moi jai bien de chance de ne pas revenir car je suis à la 1ère compagnie du bataillon et 1ère escouade de la compagnie mais enfin jai toujours espérance

(Note IndreGrandeguerre: A noter l'incohérence de date, nous sommes plutôt le 05/08/1914 au vu du texte)

Avec cette lettre se termine le contact que nous avons avec Emile Gabriel Hémery. Point d’autres lettres, pas de photos.
La seconde phase commence. Au pays, plus de nouvelles, la famille s’inquiète, le temps passe. Afin de comprendre, il est important de retracer une rapide parcours du 13e Régiment en ce début de conflit et notamment jusqu’au 20 août 1914, date essentielle dans le parcours d’Emile.
Pas de chance, le Journal de Marche et Opérations de cette unité n’existe plus, il est donc nécessaire de s’appuyer sur d’autres sources afin de retracer ce parcours.
Le 13e RI fait partie du 8e Corps d’Armée avec notamment le 29e RI d’Autun avec qui il forme brigade. Dans ce corps d’armée, on retrouve le 95e de Bourges et le 85e de Cosne sur Loire, 2 autres régiments où bon nombre d’Indriens furent affectés.
Le 13e RI quitte Nevers le 5 août et se rend en Lorraine. Il reçoit le baptême du feu le 14 août et franchit la frontière à la suite. En Lorraine annexée, il se rend en direction de Sarrebourg. Les 19 et 20, le contact est alors tout autre et les 2 bataillons chargés de l’attaque battent alors en retraite, laissant de nombreuses pertes sur le terrain. La bataille de Sarrebourg est perdue et Emile Gabriel Hémery fait partie de ceux restés sur le champ de bataille.

La longue attente des nouvelles commence. Le premier indice retrouvé est une lettre du front envoyée par le soldat Constant Meunier, neveu de Sylvain Meunier et donc cousin par alliance avec Emile Gabriel Hémery.

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Le 13 décembre 1914
Cher oncle et tante
Je profite d’un petit moment pour vous envoyer de mes nouvelles qui bonne pour le moment et je desire qu’il en soit de même envers vous tous. Je ne suis pas loin des boches en ce moment. Je suis à Saint Agnant meuse.
Mais sa fait rien il ne me font pas peur pour ça et on va se dépécher de les envoyer chez eux et une fois qu’il vont commencer à s’en aller j’espère qu’on va leur faire une poursuite qui ne va pas les faire rire. Auhourd’hui nos canons poussent quelque chose et eux ne répondent pas.
Je pense que bientôt sa sera fini et reourner au pay fêter la victoire. Elle nous appartient et nous l’aurons et après nous serons tranquilles pour longtemps. J’ai demander quelques renseignements sur Gabriel il m’ont dit qu’il avait été blessé à Sarrebourg et qu’il devait être fait prisonnier sa m’étonne beaucoup comme il écrit pas.
Plus rien à vous dire pour l’instant je termine ma lettre en vous embrassant tous de tout mon cœur.
Votre neveu qui vous oubli pas
Meunier Constant au 13e d’Inf.
11e compagnie Nevers Nièvre
Service en campagne.

Il est à noter que Constant répond à un questionnement de la part de son oncle Sylvain sur le sort de Emile Gabriel. Ils sont tous les deux dans le même régiment, l’un à la 9e Compagnie, l’autre au 11e. Ils étaient cependant dans le même bataillon (3e) et ont donc connu les mêmes aléas.
A ce point, il est important de signaler que Constant MEUNIER, aussi de Pommiers, n'en reviendra pas. Sa fiche sur le mémorial départemental est accessible ici (Cliquez sur le lien).

Le courrier suivant transmis par Pascal nous projette en 1915 et concerne la recherche des nouvelles du disparu:

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Châteauroux le 30 mars 1915
Monsieur le Trésorier payeur
J’ai l’honneur de venir solliciter de votre haute bienveillance pour me donner le n° Matricule de Héméry Emile Gabriel soldat au 13e d’inf 9ème Cie disparu depuis le 20 aôut à la retraite de Sarrebourg et à cette date s’il y avait plusieurs soldats du nom de Hémery à la 9e Cie.
Veillez et agréer Monsieur le Trésorier votre dévoué et humble serviteur
Meunier S.
Employé des PTT
8 avenue du Général Ruby
Châteauroux

Annotation rajoutée « 4859 Blessé le 20 août » et « c'est mon neveu »

La famille cherche dans toutes les directions possibles à obtenir des nouvelles, le 9 avril 1915, l’organisation d’aide aux disparus « Les nouvelles du soldat », basée à Paris conseille l’envoi d’un courrier au soldat Hémery qui serait à Grafenwohr.


Ainsi, des nouvelles sont demandées par Sylvain Meunier, l’oncle maternel du soldat Hémery qui s’adresse au régiment. 15 jours plus tard, une réponse parvient à l’oncle :

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Le 13 avril 1915
Monsieur
En réponse à votre présente lettre, je m’empresse de vous donner le renseignement demandé concernant votre neveu, le soldat Hemery Emile, son numéro matricule est 4859. Au 20 août, il y avait à la 9ème compagnie un autre Hemery Henri Silvain Paul, n° Mle 4860 tué à l’ennemi el 25 septembre 1914.
Tout ce que l’on sait à la 9ème compagnie sur le soldat Hemery Emile, votre neveu, c’est qu’il a été blessé le 20 août à Sarrebourg (Lorraine annexée).
Si vous êtes sans nouvelles de lui depuis cette date, il y aura lieu de prévenir l’officier de détails qui dressera un acte de disparition, et cet acte vous sera adressé par l’intermédiaire du ministère de la guerre ; il vous servira ensuite de point de départ pour une enquête et, si besoin est, pour une procédure de déclaration d’absence par les tribunaux civils.
je vais, de suite, faire le nécessaire à ce sujet.
Recevez, monsieur, mes salutations empressées
Un soldat du 13e

Des demandes sont donc effectuées auprès de la Croix Rouge ainsi qu’auprès d’organismes s’étant fait spécialité de la recherche des disparus.

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Courriers provenant de l'association "Les nouvelles du soldat" suite à courrier de la part de la famille.

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Fiche CICR recto-verso (Comité International de la Croix Rouge)

cliquez sur l'image pour accèder au dossier CICR

Monsieur Meunier, employé des Postes apparait comme demandeur principal (haut de la fiche)

Les demandeurs d’enquète auprès du CICR en bleu en bas de la fiche :
L’organisation « Les nouvelles du soldat »
les parents « Hémery Béthenet Pommier »
Mme Michaud de Malakoff (Seine) (sœur ? tante ?)

D'autres courriers sont en possession de Pascal, ceux-ci nous font partager les échanges entre les différents membres de la famille, les espoirs, les désillusions. Au final, l’état français, le ministère de la Guerre fut informé le 18 avril 1915 d’un avis officiel de décès signalant que Emile Gabriel Hémery était décédé le 19 septembre 1914 à l’hôpital de Grafenwohr des suites de blessures de guerre et qu’il avait été inhumé par les soins des autorités allemandes.
Rien n’indique quel fut le moment et la forme de l’annonce du décès. Sur l’enveloppe partie vers Grafenwohr le 24 mars 1915, il a été rajouté en rouge la mention du décès certainement au moment de son retour vers la famille:

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L'enveloppe qui fut envoyée de Châteauroux vers Grafenwohr le 24/03/1915 et qui revint annotée de la triste nouvelle

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Le parcours militaire de Emile Gabriel HEMERY résumé en 6 tristes lignes.

Sa fiche matricule complète est consultable aux archives départementales de l'Indre et accessible en ligne ICI

Il figure aussi sur le blog du mémorial départemental Indre1418soldats


 Concernant le camp de Grafenwhor, un témoignage intéressant puisque émanant du médecin major de 1ère classe Védrines, médecin-chef du 85e régiment d’infanterie sur la bataille de Sarrebourg (18 au 20 août 1914), présentent l’arrivée des médecins et blessés français détenus au camp de Grafenwöhr (Bavière). Le 85e RI faisant parti de la même Division d'Infanterie (16e) que le 13e RI.

http://hopitauxmilitairesguerre1418.overblog.com/2014/01/les-medecins-militaires-fran%C3%87ais-detenus-au-camp-de-grafenwohr-1914.html

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Un fait particulier fut le retour de la dépouille du soldat Hémery au pays. En effet, lors du dépouillement des relevés de cimetière du département, en abordant le cas du cimetière de Pommiers, il apparut que la dépouille fut rapatriée en France et qu’une sépulture en porte l’indication. Le fait remarquable est la date de ce retour de corps, car cela ne se fit qu’assez tardivement, en 1927.

Une date assez éloignée des habituels retours de corps des années 1920/1921 organisées par l'Etat français et le ministère des Pensions.

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la sépulture familiale au cimetière communal de Pommiers (36)


On notera qu'une rapide recherche sur le site Généanet nous permet d'accèder à une fiche généalogique concernant directement Emile Gabriel HEMERY

https://gw.geneanet.org/hemery3?n=hemery&oc=&p=emile+gabriel

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A propos des organismes de recherche des disparus, on s'intéressera à un article daté du 25/04/1915 issu du quotidien "Le Journal" et accessible sur Retronews. Cet article de Edouard Herriot (maire de Lyon) récapitule les possibilités et les organismes de recherche d'alors:

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Rajout du 25/01/2020.

Pascal m'a transmis cette semaine une transcription d'une nouvelle lettre familiale datée de juin 1916. Cette lettre ne vient pas du front mais témoigne des difficultés quotidiennes rencontrées par ceux qui sont restés au pays.

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Bord le Jeudi soir
Juin
Chère tante
J’ai reçu ta lettre il y a déjà plusieurs jours, j’ai retardé un peu à te répondre parceque en ce moment nous sommes très occupées ma grand-mère et moi, nous avons la vigne a acoler et a faire labourer, les pommes de terre à faire biner et il n’y a pas moyen de trouver quelqu’un, il n’y a que Pierre Cottit qui pourra venir pendant quelques jours aussi il faut bien …. tout le monde …..mette, surtout que …. année elles sont pl…. De chiendent il y a du travail.
Le facteur nous a dit qu’il devait y avoir un service pour votre neveu Gabriel jeudi le 10 juin et ce matin il nous a dit que c’était retardé que ce serait le jeudi d’après c’est à dire le 17.
Je croyais qu’il était prisonnier ces pauvres gens n’ont pas de chance n’avoir que celui là et de le perdre comme ça.
Mon oncle Octave doit être toujours à Châteauroux. J’espère ….il y restera et Eugène Pacaud le voyez-vous souvent probablement qu’il aimerait mieux être là qu’à Châteauroux il doit ‘s’ennuyer.
Aussitôt que nous serons un peu débarassées de l’ouvrage j’irai à Châteauroux c’est peut-être déjà trop tard pour me faire plomber les 2 dents qui me font mal car elles sont bien gatées mais je ferai toujours soigner les autres.
Ma mère a écrit ce matin ils sont toujours au même endroit elle dit que si on a besoin d’elle pour les foins et les moissons qu’elle viendra mais elle n’a pas l’air d’y tenir plus que ça.
Tout le monde va bien et vous embrasse bien fort
Votre nièce
Yvonne
Tu diras à mon Oncle Octave qu’il n’est qu’un flégnard il n’a pas encore écrit depuis qu’il est à Châteauroux.

 

Pour information, Bord est un lieu-dit sur la commune de Gargilesse en direction de Cuzion.

 

Merci à Pascal pour les documents transmis, merci à Didier pour les recherches CICR

 

20 juin 2023

Des nouvelles 1418 et un "au revoir estival, à la prochaine".

Si le mois de mai a été celui de l'écriture d'un nouvel article ayant lien avec Argenton, Saint-Marcel. Le pitch ressemblerait à peu près à cela : "Berthe de Saint Marcel donne des nouvelles argentonnaises à son mari zouave et boulanger à propos des Hindous ..."
Si cela a éveillé votre curiosité, il faudra attendre la fin de l'année. l'article paraitra pour le bulletin 2023 ou celui de 2024 du Cercle d'Histoire d'Argenton. Dans les 2 cas, une diffusion en ces lieux est à prévoir en fin d'année.

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Maintenant vient le temps de la mise en retrait estivale. Espérons une bonne collecte de documents. Une originalité cependant, un séjour est prévu cet été à Verdun puis une prolongation à Cologne, histoire de franchir le Rhin pour aller au festival qui m'intéresse.

Si il est une personne de passage qui connait des lieux 1418 à Koln, je suis preneur. Si j'ai un peu de temps, il me plairait de voir les lieux de mémoire de "Erster Weltkrieg".

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Un cadeau visuel pour ma mie Mireille.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Exposition_du_Werkbund_de_1914
L'exposition commença en mai 1914, le conflit interrompit celle-ci qui devait être prolongée jusqu'en octobre.

Pour revenir aux actualités, certains ne vont pas chômer cet été, Arnaud "Parcours1418" a annoncé qu'il allait profiter des congés pour mettre à jour son site qui est une mine d'or pour les chercheurs 1418
Notez la nouvelle adresse: https://parcours-combattant14-18.fr/

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16 juin 2023

Justice Militaire, 17ème Division, les aventures de Carpion et Rabanos

(2012 Réactualisation juin 2023)

René de Planhol, dans son châpitre "Quelques affaires singulières et remarquables" de l'ouvrage "La Justice aux Armées", aborde des cas de justice militaire qu'il fut amené à défendre ou auquel il lui fut donné l'occasion d'assister.
Entamons donc notre cycle consacré à la justice militaire avec une histoire de rapine peu ordinaire.

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L'affaire Carpion et Rabanos.
Les noms sont fictifs et donnés par De Planhol, à la parution du livre, 1917, le pays est encore en guerre, et la loi empêche la divulgation des vrais patronymes.

"Dans le village du « Magicien » qu'occupaient les troupes britanniques, un Anglais qui était en sentinelle sur la place aperçut, au cours d'une après-midi d'hiver, deux soldats français qui entraient dans l'église. Ce secteur étant interdit aux Français, l'Anglais s'étonna un peu, mais, flegmatique, ne s'en soucia pas. Au bout d'un quart d'heure il entendit un vacarme forcené qui retentissait dans l'église. Ayant poussé la porte, il fut stupéfait. L'un des deux soldats grimpé sur l'autel et armé d'un grand crucifix de bronze frappait les statues, les chandeliers, les objets du culte à tour de bras. Demeuré en bas des marches, l'autre, de la voix et du geste, excitait son camarade. La sentinelle leur intima par ses cris de décamper ; mais elle criait vainement en anglais. Elle alla chercher secours. Deux de ses compatriotes revinrent avec elle et constatèrent la scène. Se méfiant de spectateurs si nombreux, les deux hommes s'en furent. Le curé du « Magicien », prévenu et accouru, ne put que se navrer devant le saccage du lieu saint : le Sauveur, la Sainte Vierge, saint Joseph, saint Michel, sainte Geneviève et Jeanne d'Arc gisaient en morceaux ; les candélabres, les ciboires, l'ostensoir, tout était renversé ; les toiles du chemin de croix étaient lacérées. Le curé remarqua en outre que les pillards, gens soigneux, loin de briser et gaspiller les cierges, les avaient sans doute emportés dans leurs poches. Il évaluait le dommage total à une somme de dix-huit cents francs. Pendant cet inventaire, les Tommies informaient la gendarmerie. Leurs trois récits concordaient. Les deux hommes, entrés dans l'église à quatre heures moins le quart, en étaient sortis à quatre heures vingt ; celui qui frappait les statues était petit, trapu et gros ; l'autre, plus grand et très maigre ; ce dernier, en enjambant la balustrade, avait déchiré sa culotte.

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A un carrefour du village, un gendarme français était en faction. On l'avertit. Tout juste il avait lorgné deux hommes qui, conformes à ce signalement et fort excités, se dirigeaient vers le secteur français. Il les poursuivit. Et bientôt, s'étant renseigné auprès des habitants, il découvrit les deux compères à une lieue de là, dans un cabaret attablés autour d'un pain, d'un fromage et d'une bouteille, ils avaient allumé une douzaine de bougies et dînaient aux flambeaux ; l'un d'eux, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Le gendarme, aidé d'un camarade, appréhenda les deux hommes malgré leurs protestations et les conduisit à leur régiment. Le petit trapu se nommait Rabanos, marchand de ferraille à Charenton, âgé de trente ans et père de deux enfants ; le grand maigre, âgé de vingt-trois ans et célibataire, se nommait Carpion, ouvrier plombier. Tous deux furent incarcérés, et l'on rédigea contre eux une plainte en conseil de guerre."

Deux jours plus tard, l'autorité française recevait de la gendarmerie anglaise une autre plainte. Le jour même du pillage, sur les quatre heures et demie du soir, le sergent Bracelet, en temps de paix antiquaire à Paris, dans l'île Saint-Louis, et présentement attaché comme interprète à l'armée britannique, travaillait dans le local qu'il utilisait comme bureau et qui était un estaminet isolé sur la route, à peu de distance du « Magicien ». Soudain une voiture de ravitaillement stoppa devant la porte et deux hommes en descendirent. Ils entrèrent dans l'estaminet et commandèrent du vin. L'un était petit et gros; l'autre, grand et maigre, avait sa culotte déchirée. Tous deux paraissaient fort excités. Le sergent leur fit observer que ce n'était point encore l'heure réglementaire et que le patron n'avait pas licence de les servir avant cinq heures. Ils n'acceptèrent point volontiers ces remontrances. Le grand maigre dit à son compagnon:
- C'est au moins un employé de chez Potin. On va lui régler son affaire.

Et d'allonger sur le nez du sergent un « direct » ainsi que quelques coups à l'estomac et aux cuisses. Bracelet tomba, cependant que les deux héros, contents de leur exploit, s'en allaient après la victoire.

Il semblait n'y avoir pas de doute : ces deux hommes ne différaient pas des deux pillards. Rabanos et Carpion furent donc inculpés de destruction d'édifice et vol dans un édifice consacré au culte, et Carpion de voie de fait sur un supérieur. A l'instruction, les trois Tommies et le sergent Bracelet les reconnurent formellement. Afin que la reconnaissance eût. plus de certitude, le commissaire-rapporteur, avant que d'introduire les témoins, avait placé Rabanos et Carpion au milieu d'une douzaine de soldats : les témoins les désignèrent sans hésiter. Et le curé du « Magicien » assura que les bougies qui éclairaient la table du dîner étaient bien les cierges de son église.

Les preuves s'accumulaient : reconnaissance des hommes et des bougies, concordance des heures, et cette culotte déchirée qui suivait Carpion comme à la trace. Devant le conseil pourtant, comme à l'instruction, les deux personnages s'obstinaient à tout nier. Ils avaient l'air un peu gêné, ne remuaient pas, parlaient d'une voix calme. Tout cela, c'était une méchante série de guignes. Après déjeuner, comme la compagnie était au repos, ils avaient décidé de se promener et de se dégourdir les jambes. Ils ne s'étaient point, rendus au « Magicien », n'avaient pénétré dans aucune église et voyaient pour la première fois le sergent Bracelet. Les bougies, ils les avaient achetées : on a bien le droit d'acheter des bougies. Quant à la culotte, Carpion se l'était accrochée à des fils de fer, la nuit précédente, au cours de la relève, dans les tranchées. Et le soir, comme ils se restauraient bien sagement, on les avait arrêtés. Comment auraient-ils commis ce pillage, tous les deux : Carpion qui avait un cousin vicaire ; et Rabanos, commerçant médaillé de la ville de Paris, qui prisait les belles choses et qui avait pour meilleure clientèle une congrégation. C'était absurde ! ... Les témoins cependant, - les Tommies par l'intermédiaire de l’interprète assermenté, - répétaient leurs assertions. Et, sur la table du conseil, le curé développait un paquet de cierges identiques aux bougies du dîner. Le colonel, ne s'empêchant pas de sourire, demandait il Carpion :
-Qu’avez vous à répondre à cela ?

Et il était savoureux, ce Carpion, la bouche pincée, l'air sérieux, les joues un peu rouges, le ton doctoral :
- Je dis que ce soldat se trompe.

Pour tous deux, les notes de leurs chefs n'étaient pas excellentes, surtout quantà la moralité. Son capitaine estimait Rabanos un soldat médiocre dans la tranchée et mauvais au cantonnement, animé d'un esprit pernicieux et révolté. Carpion, ancien caporal cassé de son grade pour ivresse, donnait pareillement durant les repos le pire exemple ; en revanche son capitaine lui accordait des qualités insignes à la bataille et le déclarait « un combattant précieux pour ses chefs ». Ils n'avaient nulle condamnation antérieure.

"Le commissaire du gouvernement requit des juges une condamnation impitoyable : les églises de France, les pauvres petites églises, déjà si dévastées par la mitraille boche, quels Français avaient- le cœur assez vil pour les dévaster encore ! A quel mobile attribuer l'attentat odieux de Rabanos et de Carpion ? Au délire de l'ivresse ? A une basse passion anticléricale ? Au plaisir sadique de détruire et piller ? A tout cela ensemble probablement. Il ne fallait pas qu'une telle frénésie fût indemne. Et les dix ans de réclusion que pré voyait la loi ne seraient pas une peine trop sévère.

La tâche du défenseur paraissait une gageure. Toutefois l'instruction, presque surchargée de certitude, s'y était peut-être fiée un peu vite et n'avait point scruté les détails assez méticuleusement. Le dossier contenait des contradictions dont le défenseur se prévalut. Il y en avait plusieurs, et principalement deux :

Premièrement, les Tommies affirmaient, tous trois, que les deux pillards étaient sortis de l'église à quatre heures vingt ; d'autre part, le gendarme français - absent au jour des débats, mais dont on possédait le rapport écrit - affirmait que Rabanos et Carpion avaient quitté le « Magicien » à quatre heures moins cinq. Son témoignage s'appliquait certainement à eux, puisque c'était ce même gendarme qui les avait arrêtés dans la soirée. Mais si Rabanos et Carpion quittaient le « Magicien » à quatre heures moins cinq, forcément, ils n'étaient pas les pillards, puisque les pillards étaient restés dans l'église de quatre heures moins un quart à quatre heures vingt. Deuxièmement, le sergent Bracelet, dépeignant le compagnon de l'homme qui l'avait frappé, lui avait prêté des cheveux très noirs et une barbe de même teint. Or Rabanos était d'un roux éclatant. Donc, puisque Rabanos et Carpion ne s'étaient point lâchés une minute cette soirée-là, ce n'était pas Carpion qui avait frappé Bracelet. Et. donc, puisque l'auteur des voies de fait n'était autre évidemment qu'un des pillards, ce n'étaient pas Rabanos et Carpion qui avaient pillé. Ils étaient les victimes de coïncidences, d'une fausse ressemblance que maints procès, anciens ou récents, ont déjà montré, et surtout de cette malencontreuse culotte déchirée. On s'était hypnotisé sur elle, cause de tout le mal. Mais il y avait, entre X... et Z..., auteurs du crime d'une part, et d'autre part Rabanos et Carpion, des différences irréductibles, des antagonismes d'heures et de teint, qui, par bonheur, permettraient au conseil d'éviter une erreur judiciaire.

JustMili_InsigneXIXeInsigne Justice Militaire - Début XXe siècle

Bon nombre d'auditeurs ne laissèrent pas d'être troublés par cette argumentation. Elle prouve seulement combien les investigations doivent être minutieuses. Elle n'influença point les juges qui condamnèrent les deux gaillards presque au maximum : huit et dix ans de réclusion avec dégradation militaire. Probablement, s'ils n'avaient pas nié, ils eussent pu s'excuser de circonstances atténuantes et eussent encouru un moindre châtiment ; mais par leur système ils risquaient tout. Leur défenseur, dupé à ses propres sophismes, était affligé du verdict comme d'une injustice. Deux jours plus tard, à ce qu'il confessa en se raillant soi-même, il fut délivré de son inquiétude un peu crédule : ses deux clients lui avouèrent sans vergogne leur méfait, en jurant toutefois, - hasard extraordinaire ! - que les bougies n'étaient point les cierges de l'église. Après leur dégradation, ils furent envoyés dans le lieu de réclusion. Ils ont accompli depuis lors une démarche pour retourner se battre; et il est vraisemblable que le général leur octroiera cette grâce et leur permettra de se racheter."


 Rajout 2023

Cette histoire aurait pu se terminer ainsi avec ce report effectué par René de Planhol, laissant nos deux voleurs d'église dans l'inconnu, mais une clé fut publiée cinquante ans plus tard.

Ecrit dans un contexte de guerre, son ouvrage afin d'échapper à la censure, se doit de camoufler en partie la vérité. Finalement, qui sont Carpion et Rabanos? Ceci s'est il réellement produit comme l'indique De Planhol. Un témoignage ne vaut que lorsqu'il est recoupé et conforté par d'autres sources.

Cette source concordante fut publiée 50 ans plus tard et on la trouve dans le témoignage d'Albert Le Flohic, intitulée "Cinquante ans après". Cette source, donc, nous permet de découvrir les vrais patronymes ainsi que le lieu et les dates de ces péripéties. Cette source nous permet de découvrir une scène de dégradation sur le front du régiment.

"14 octobre 1915. C'est ce jour-là que nous participons à une bien triste cérémonie. nos deux camarades CHAMPION et DESNOS ont été condamnés par le Conseil de Guerre aux travaux publics et à la dégradation militaire.
Qu'ont-ils fait?
Pas grand-chose, mais leur condamnation est l'aboutissement et le couronnement d'une longue suite d'infractions à la discipline.
CHAMPION est un ancien "batdaf" tatoué sur tout le corps. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas très intéressant.
DESNOS n'est pas un mauvais bougre, mais il s'est laissé entraîner. On les a pincés en train de fracturer les troncs de Bully-Grenay. D'autre part, ils avaient raflé pour s'éclairer dans les cagnas tous les cierges qui étaient en train de brûler. Enfin, ils ont coiffé Saint-Joseph d'un vieux chapeau haut-de-forme et ont dessiné des moustaches au crayon à la Sainte-Vierge.

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Tout cela n'est pas bien méchant, mais nous sommes dans un secteur où il n'y a presque que des Britanniques et il faut faire la preuve que dans l'armée française, on ne badine pas avec la discipline.
Ils ont donc "attrapé" trois ans de travaux publics avec comme corollaire la dégradation.
En définitive et malgré le caractère infamant de leurs condamnations, ils vont peut-être faire une bonne opération, car on se demande où ils peuvent être plus mal qu'en première ligne?

Le régiment se rassemble dans une grande prairie. Les quatre bataillons sont disposés en carrés.
Au centre, la musique et dans un angle les deux condamnés en uniforme dont les boutons, les passepoils et tous les insignes ont été préalablement décousus puis refaufilés.
Le colonel CARLIER, sur son cheval, préside la cérémonie.
Elle est à la vérité fort émouvante.
Un adjudant lit le texte de la condamnation puis un autre sous-officier s'approche des deux hommes et leur arrache boutons et attributs. Maintenant les deux hommes paraissent revêtus d'un pantalon quelconque et d'une houppelande.
Puis les quatre bataillons défilent devant eux pendant que la musique fait retentir pour la dernière fois à leurs oreilles, le refrain du régiment.



Une pensée pour le Général André Bach avec qui nous échangèrent concernant les cas de la 17e DI et de l'ouvrage de De Planhol afin de retrouver les cas "anonymés" par l'auteur.

 http://prisme1418.blogspot.com/


 

Sources biblio: "De la justice aux armées" René De Planhol - Attinger 1917
Sources photo: collection particulière

Sources biblio: "Cinquante ans après" - Albert Le Flohic - Imprimerie de Champagne 1967
Sources photos: Wikipédia - Tronc église de Lucheux

9 mai 2023

9 mai 1915, Christian Mallet au 90e RI "J'ai la responsabilité de la vie de 50 hommes."

9 mai 1915. 4 heures et demie du matin. - Ordre me vient de mettre mes hommes en ligne. Une compagnie du génie prend place avec nous pour creuser un boyau aussitôt que nous aurons débloqué. Loin sur la gauche - probablement du côté des Anglais le canon crache sans interruption : c'est un grondement sourd, mais ininterrompu.
A 5 heures un quart, pas d'ordre d'attaque; il commence à se faire tard. Le canon tonne toujours à gauche, mais les nôtres restent silencieux. Je donnerais cher pour savoir!

7 heures. - Voici les ordres : l'attaque à 10 heures juste. Pas de signal, toutes les montres sont réglées. On sortira tous ensemble à la même heure de la tranchée. Nous bombardons violemment pendant une heure, nais comme c'est trop peu, on doit bombarder de 9 à 10. Les grosses bombes à ailettes font un tonnerre; on les voit monter dans l'air comme des volants, et retomber à terre légèrement; on croirait qu'elles vont rebondir, mais elles éclatent aussitôt, comme un volcan en miniature qui ferait éruption.
Pour la deuxième fois, je m'étonne d'être si calme. Je ne peux pas réaliser que dans quelques instants (qu'est-ce que deux heures?) il va y avoir une course éperdue, un corps à corps, des cadavres hideux et défigurés, et peut-être la mort pour moi. Je n'ai qu'une idée fixe, c'est que tout marche bien. Je me souviens que j'ai la responsabilité de la vie de 50 hommes.

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13 mai 1915. - Blessé au début de l'attaque, seul survivant de tous les officiers de la compagnie et d'une compagnie voisine, appartenant au ... régiment de ligne, j'ai cependant pu continuer à commander jusqu'à 8 heures du soir, et j'ai écrit ce qui suit à Rennes, à l'hôpital auxiliaire n°101.
Je reprends les événements depuis le moment où j'ai interrompu mon journal dans la tranchée, c'est-à-dire une heure environ avant l'attaque.
A 9 heures, je précipite la solution d'ammoniaque. Tous les hommes y trempent leur tampon. Chacun a ses bombes; pendant que j'achève les derniers préparatifs, les obus et les bombes semblent écraser les lignes ennemies. Le bruit assourdit, la fumée suffoque et aveugle. Je voudrais fermer les yeux pour repasser chaque scène de ce qui a suivi, et n'en oublier aucune. Je pense avoir vécu le summum de la vie pendant quelques instants.
A 10 heures moins le quart, toute la section est en ligne, sac au dos; la section du génie se colle contre le boyau du fond pour ne pas gêner nos mouvements. Placé au centre, je sors ma montre : encore dix minutes. J'appelle à haute voix : « Cinq minutes, deux minutes », . Je regarde les hommes à la dérobée: je vois sur leur figure une expression tellement tendue, quelque chose de tellement fixe, que cela ressemble à une transe.
Au moment où je crie : Plus qu'une demi-minute, j'aperçois la gauche de la compagnie qui part; ils ont quelques mètres d'avance sur moi. Il faut à tout prix conserver la liaison Je crie : « En avant! » et je cours droit à la première ligne allemande sans rien voir, sans rien entendre. J'ai vaguement conscience que le 75 n'a pas encore allongé son tir, mais nous ne sommes plus nos maîtres : ce sont des milliers de volontés fondues, qui tendent vers le même but, comme aveuglément.
J'arrive aux premiers fils de fer allemands et me retourne : tout le monde a suivi. Mes hommes sont là, sur mes talons. Une seconde après, nous bondissons par-dessus le parapet de la première ligne ennemie. Je hurle : N'entrez pas dans les boyaux, la tranchée est vide, il n'y a plus que des isolés; emparons-nous des deuxièmes lignes ».
Les capotes bleues font un bond en avant, on voit luire toutes les baïonnettes. Sous le soleil brûlant, le ciel n'a pas un nuage. Maintenant, nous entrons tête baissée dans la zone de l'enfer.
Il n'y a pas de mot, pas de son, pas de couleur qui puisse en donner une idée. Pour nous empêcher d'avancer, les Allemands font un tir de barrage. Il faut entrer dans une sorte de vapeur suffocante; on pénètre dans des gerbes de feu où éclatent percutants, fusants, bombes, et à des intervalles si rapprochés que le sol s'entr'ouvre à chaque instant sous les pas. Comme dans un rêve, je vois les petites silhouettes enivrées par le combat, qui chargent au milieu des panaches de fumée.
Des Allemands épouvantés, pris entre leurs feux d'artillerie et nos baïonnettes, surgissent de partout; les uns crient « Grâce! » , les autres tournent en rond comme des fous; d'autres se jettent sur nous pour nous repousser.
Les obus ont fait des ravages dans les rangs. J'ai vu des groupes de cinq ou de six, fauchés, broyés. Un instant j'aperçois P..., le caporal, à la tête d'un groupe d'hommes, et j'oublie tout pour lui crier : « Hardi, bravo, P... ! ». Son fusil fait des moulinets. Son torse d'hercule moulé dans un maillot de laine, il est monté sur un tertre. Insouciant des obus et des balles, il semble l'incarnation même de la guerre; sa terrible baïonnette ruisselle de sang. Toute ma vie je le verrai, se détachant contre le ciel bleu, tête nue, couvert de sueur et de sang, entraînant les autres au carnage.
Ma section et moi, nous progressons toujours. Nous sommes à quelques mètres des dernières lignes allemandes. A chaque pas maintenant surgissent des uniformes gris. Je décharge mon revolver à droite et gauche. Il y a des plaintes, des cris noyés dans le bruit infernal de la lutte.
Dans une seconde nous allons occuper les dernières positions ennemies. Ce qui reste de ma section me suit aveuglément ; je mets le pied sur le parapet, et je crie : « En avant, les gars, nous y sommes ! ». Mais il me semble qu’on me donne un brutal coup de crosse dans le dos ; je lâche mon revolver et la bombe de cheddite que je tenais de la main gauche, et je roule au fond d’un trou d’obus.
Je suis touché.
Dans un éclair, je me souviens d’une phrase de mon ordonnance, entendue hier par hasard : « S’il arrive quelque chose au petit lieutenant, on ne le laissera pas en arrière » ; et l’instant d’après le brave garçon, blessé lui-même au bras, est à côté de moi, avec deux ou trois autres qui me portent jusque dans le boyau. Devant nous, plus rien : pas une défense, pas un réseau de fils de fer. Nous avons conquis les lignes allemandes jusqu’aux dernières limites.
Nous commençons immédiatement à nous retrancher. Tous les hommes qui ne creusent pas des abris veillent. Nous nous demandons par où les Allemands vont tâcher de nous déborder, car nous ne connaissons rien des tranchées  conquises. Tout à coup j’en vois deux qui débouchent d’un petit boyau, baïonnette en avant. Je brûle la cervelle du premier ; le second, un véritable gosse de seize ans environ, a une expression d’épouvante que je n’oublierai jamais. Il hurle, et son cri strident fait frémir ; mais le coup est parti, et il tombe, figure contre terre.
Pendant toute l’attaque, pas n instant je n’ai aperçu le commandant de la compagnie, et je me demande où il se trouve. Mon sergent-major m'annonce que le commandant du bataillon et lui sont tués; le lieutenant D... est grièvement blessé; il ne reste plus que le lieutenant R... et moi à la compagnie. R... prend le commandement. Assis sur le parapet, il surveille les préparatifs de défense. Le canon s'est tu... Seul, le sifflement des balles se fait entendre, et des cris d'alarme s'élèvent : « Attention à gauche, attention à droite, ils viennent par tel boyau, etc ».
Une balle frappe R... en pleine tête; il roule à mes pieds, et je reste seul pour tout commander. Blessé moi-même, le sang me coule dans le dos et mes mouvements se paralysent. Mes hommes veulent que je m'en aille; je me raidis avec une énergie de désespoir. Quelqu'un me passe un flacon d'éther, et je m'accote contre un parapet. Je suis seul, j'ai encore toute ma tête, je resterai là, advienne que pourra.
Jusqu'à 2 heures, rien. On creuse fébrilement des abris pour tirer; des parados pour protéger la tranchée prise en partie en enfilade. Jusqu'à la route tout va bien, mais à partir de cet endroit, la liaison est rompue; le reste du 90e est en arrière, et, parallèlement à moi, à quelques mètres, les Allemands ont conservé leurs positions. Ils sont là tout près, sans qu'on puisse les voir, cachés, terrés, prêts à bondir sur nous.
Impotent au fond de la tranchée, je transmets mes ordres qui sont exécutés par tous, avec une présence d'esprit remarquable.
Les heures s'écoulent, lentes, énervantes. Le soleil brûle la tranchée, des cadavres ont pris une teinte jaune foncé, et les blessures sont horribles.
Pour arrêter nos renforts, les Allemands bombardent en arrière des premières lignes. Dans les boyaux où sont massés le génie, le 125e et le 66e, cela doit frapper dur. Dans la tranchée même, des bombes tombent en avant ou en arrière; j'ai trois hommes de tués. G... a la tête emportée.

Midi. - Une sorte de détente. On s'arrête un peu de travailler, les hommes fouillent les cagnas ; P... m'apporte des cigares; Henri Clay, des cigarettes égyptiennes. M... me fait un pansement sommaire en passant sa main dans le trou de ma capote. L'ouverture est large comme le poing, je souffre horriblement.
Le sergent-major et moi, nous explorons pourtant le secteur conquis; les boyaux sont défoncés par les obus. A de certains endroits, on se trouve en terrain découvert pendant vingt-cinq mètres; à d'autres, les cadavres obstruent le boyau. Sur notre passage, quelques Allemands, couchés sur le dos, en plein soleil, ouvrent les yeux et disent : « Ich durste ». Pas le temps de s'arrêter, le bombardement peut reprendre d'un moment à l'autre et il est urgent de trouver un moyen de communiquer avec le colonel.
Quand je reviens parmi mes hommes, je ne trouve rien de changer. Le brave M... veille sans arrêt. La tranchée qui barre la route est consolidée, on y a placé une mitrailleuse. Je prends le commandement d'une compagnie à ma gauche qui n'a plus d'officier.

Une heure et demie. - Une sorte d'agitation, de frémissement, court d'homme en homme ; on dirait que toute la compagnie a reçu une secousse électrique, et pourtant pas un cri encore, pas un coup de fusil; tout le monde a compris néanmoins que la contre-attaque allait se déclencher.
Je suis littéralement émerveillé de la bonne humeur et de la gaieté qui règnent. Je veux dire quelques mots aux hommes sur leur conduite, mais je n'ai guère besoin de soutenir leur moral. Ils me ferment la bouche en criant : « Vive le lieutenant! » J'ai trop d'émotion pour leur répondre.
Tout à coup la fusillade éclate. Elle part sans hésitation, nette et brutale. On sent que ce n'est pas une fusillade due à l'énervement des hommes tirant dans le vide, mais que chacun vise un objectif. Je regarde à la jumelle dans la direction; c'est sur ma gauche, à trois cents mètres environ. Les Allemands, qui sont maîtres d'un boyau perpendiculaire à la tranchée, en débouchent et tentent de se ruer sur nous en colonnes par quatre. Ils ne gagnent pas un pouce de terrain. Chaque fraction de quatre est fusillée, foudroyée.
Il n'est que juste de rendre hommage à ces soldats. Toute leur compagnie y a passé, pas un ne s'est relevé, mais pas un n'a reculé. La deuxième contre-attaque se produit sur la droite dans les mêmes conditions. Les Allemands sont massés dans le boyau parallèle à la route. Un peu plus tard enfin, sur la gauche encore, l'ennemi profite d'un petit bois pour y concentrer les hommes et tenter par là une sortie arrêtée net.
Ils ont l'air de se résoudre à faire ce que nous faisons. Avec le périscope, on les aperçoit jusqu'à la ceinture. Ils fument et ils attendent. Il fait mauvais mettre sa tête au dehors. M... est couché juste en face du parapet, dans l'herbe, la figure contre terre. Il a déjà une couleur de cire, je le ferai ramasser cette nuit.

3 heures. - Le colonel m'envoie la 7e compagnie de renfort avec le capitaine D... ; je lui fais part de mon désir de rester à l'emplacement où je me trouve. Ce sont mes hommes et moi qui avons conquis ce terrain, il est à nous. Le capitaine s'installe sur la droite; au moins, je ne suis plus tout à fait seul.
Le silence complet de l'artillerie allemande ne nie dit rien qui vaille. Il y a un va-et-vient de chariots sur la hauteur, qui me semble présager un renfort de munitions. Impossible, hélas, de communiquer avec les artilleurs. Assis dans le fond de la tranchée, je commence à sentir que ma tête s'en va. On me demande des ordres et j'ai beau me creuser la cervelle, je ne trouve plus ce qu'il faut dire. J'essaie de plaisanter avec les hommes : en réalité une tristesse affreuse m'étreint, je comprends que je ne sers plus à rien.

7 heures du soir. - Ordre d'attaque : « Le troisième bataillon va se porter à l'attaque du village de Loos, en prenant comme point de direction le clocher, et se reliant à gauche avec le ... . Les éléments de première ligne : 3e, 7e, 4e et 8e compagnies, seront poussés en avant par le bataillon d'attaque. Se préparer à faire ce mouvement le plus tôt possible, mais attendre l'ordre de départ pour l'exécuter ». Signé : A...
La nuit descend rapidement. Désireux de parler au colonel avant la nouvelle attaque, si le passage est praticable, je passe le commandement à M... ; ma blessure me fait terriblement souffrir. Il me semble qu'on me tire l'épaule gauche et qu'on l'écartèle. Je doute d'arriver, mais je sais ce qu'on peut faire sous l'empire de la volonté. Hélas, je ne devais plus revoir la compagnie, pas plus que je ne devais réussir à trouver le colonel.
Chemin faisant, je vais comme un homme ivre, vacillant d'une paroi de boyau à l'autre. Tantôt, il faut franchir des pyramides de cadavres, tantôt sortir du boyau complètement, parmi le sifflement des balles et le fracas des obus qui éclatent de tous côtés. Je songe avec une certaine mélancolie à la bêtise d'être tué là, tout seul, après avoir été si miraculeusement protégé pendant le combat. Je rencontre des hommes du génie, des prisonniers, des messagers; chacun se hâte, pressé, et à chacun je répète automatiquement la même phrase : Prenez garde, je suis blessé, ne me bousculez pas. Je me demande si c'est possible de souffrir plus que je ne souffre. Une sorte de gémissement ininterrompu s'échappe de ma bouche, je n'y vois plus clair; je marche comme dans le délire.
Je tourne plusieurs fois autour du même secteur; je demande à tout le monde où est le colonel. On me dit : Quel colonel? Je ne sais plus, et puis tout devient très vague; je rencontre deux hommes, baïonnette au canon, avec trois prisonniers; ils me donnent du vin rouge et m'entraînent.
Nous passons une usine dont je vois les machines brisées se profiler dans la nuit; des brancardiers me ramassent et me portent au poste de secours voisin, d'où l'on m'expédie en ambulance aux brancardiers divisionnaires à Mazingarbe, où je passe la nuit.
L'ambulance est plongée clans une obscurité complète par crainte d'être repérée. Nos grosses pièces de 120 long tirent tout près. A chaque coup qui part les murs tremblent et les vitres sonnent. On se croirait encore en pleine bataille. Le bruit de la fusillade semble partir du jardin, et je conserve du spectacle que j'y ai vu le souvenir le plus sinistre de la journée.
Par terre, sur la paille, se détachant à peine dans la pénombre, les blessés sont alignés. On voit juste leurs silhouettes : des fantassins, des artilleurs, des tirailleurs algériens, sur lesquelles tranche le blanc des pansements, et parmi le fracas du canon, il s'élève une longue plainte et des gémissements coupés de phrases incohérentes. Tous délirent. Officiers et soldats revivent la bataille du matin, et l'on entend des commandements brefs, qui sont infiniment douloureux : « Marchez en tirailleurs, attention à droite! La mitrailleuse aux armes! » etc...
Je m'étends sur la paille dans un coin moins encombré, grelottant de fièvre. Le lendemain matin on nous embarquait pour Nœux-les-Mines, et, de là, nous prenions le train pour une destination inconnue.

FIN

Le sous-lieutenant MALLET, après une période de convalescence, il quitte le 90e RI en février 1916 et est alors affecté comme observateur à l'escadrille SPA15. En juin 1916, il passe alors à l'escadrille C43, toujours observateur.

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Le SLt Mallet à la SPA15 en 1916

 

 Sources: Etapes et combats, [Christian Mallet] – Plon - 1916

Sources http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrille015.htm

3 mai 2023

Philippe Septier, classe 1917, il en reviendra, mais ...

Bien souvent, lors de la trouvaille d’une photographie, on est obligé de se contenter d’admirer le sujet représenté. On est bien rapidement limité dans l’interprétation que l’on peut porter. Rien ne ressemble plus à un cliché de militaires du début du XXème siècle qu’un autre cliché de militaires de cette même période. Les poses, les attitudes divergeront, mais sans analyse du contexte et des détails représentés, cela restera simplement un cliché.
Afin d’aller un peu loin, il est nécessaire d’analyser et d’interpréter les détails représentés, le contexte du cliché, … L’idéal est quand le cliché est nommé. Non, que l’on puisse systématiquement identifier clairement l’individu sur le cliché, mais il se peut que ce soit alors un indice, utile pour entreprendre une recherche plus poussée.

Le cliché présenté ici est assez classique et représente un groupe de soldats du 90e RI. Le cliché a l’avantage, au verso, d’être nominatif, daté et adressé.
Commençons l’analyse du recto, le côté « photographie ».

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17 soldats prennent la pose pour le photographe. Le cliché est très codifié et correspond à une séance photo organisée, il n’y a pas d’improvisation dans ce cliché comme nous le verrons plus tard.

Nous sommes dans une cour extérieure, le long d’un mur agrémenté de 2 fenêtres à au moins 8 carreaux par vantaux. La zone, le long du mur, est pavée sur une distance d’environ 2m et ensuite le terrain est de terre battue. Cela permet d’avoir une surface « propre » et sans boue l’hiver et sans poussière l’été. Ce type de configuration doit se retrouver régulièrement dans les différentes casernes de France, tant celles-ci ont été bâties sur le même modèle au lendemain de la guerre de 1870. En tout cas, cela correspond pleinement à la configuration de la caserne Bertrand de Châteauroux comme on peut le voir sur ce cliché pris en 1904 et concernant le 2e peloton de la 6e Compagnie du 90e RI.

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Ce cliché permet de mieux visualiser les fenêtres des casernes qui étaient, en réalité ornées de 2 fois 10 carreaux sans compter ceux des impostes, dont un était ouvrable pour permettre l’aération des locaux. Les pierres d’ornement de l’entourage des fenêtres correspondent.
Difficile de cibler tel ou tel bâtiment précis au sein de la caserne Bertrand. Vraisemblablement, il s’agit d’un des 3 bâtiments cernant la cour d’honneur, bâtiments hébergeant les bataillons ou l’Etat-Major. Le lieu est en tout cas un lieu récurent pour les photos de groupe.

Intéressons-nous maintenant aux personnes présentes sur le cliché. 17 personnes sont là, mais tout de suite une se détache du lot.
Comme je l’indiquais un peu plus haut, le cliché suit un certain protocole lié à la hiérarchie. Au centre, au premier rang, assis, se trouve un gradé qui semble plus âgé. Tout autour de lui, sont présents de jeunes soldats ils portent tous la même tenue et les mêmes équipements. A la caserne …, de jeunes soldats, un gradé un peu plus vieux … on peut en déduire que nous sommes en présence de soldats à l’instruction posant avec leur instructeur.

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Il est à noter tout d’abord que notre gradé a repassé avec une craie, ses insignes tant de col que de manche. Fier de son grade et de ses chevrons, ainsi que de son numéro d’unité, il les a crayonnés de blanc pour les faire ressortir sur le cliché. En bas de manche, on peut voir les 2 galons obliques du grade de caporal (ordinairement rouges) et sur les haut de manches, on voit les chevrons de présence et de blessures.

Circulaire du 21 avril 1916 :
« Il est, en outre, créer pour les officiers et hommes de troupe de toutes armes et services ayant un temps déterminé de présence aux armées, ou ayant reçu des blessures de guerre, des insignes constitués par des chevrons en forme de V renversé de la couleur du galon à raison de :
1° - Un chevron pour une année effective de présence dans la zone des armées et un chevron supplémentaire pour chaque nouvelle période de six mois. Cet insigne porté au bras gauche.
2° - Un chevron par blessure de guerre, un chevron représentant les blessures multiples. Cet insigne sera porté au bras droit. »

Notre caporal a donc effectué une période de 18 mois en Zone des Armées et y a reçu une blessure. Cette blessure est très certainement la cause de son renvoi à l’arrière et son maintien au dépôt comme instructeur. La présence des chevrons nous indique aussi que nous sommes dans une période antérieure au mois d’avril 1916.
Un autre point qui marque son statut de « vieux briscard » et marque ainsi son autorité, il a gardé son képi modèle 1884, celui de la mobilisation de 1914.

Concernant les soldats, ceux-ci sont au nombre de 16, ce qui correspond à la structure d’une chambrée (Je prends un peu d’avance sur le verso de la carte-photo). Cela correspond à une escouade. Cette structure permet la vie courante du groupe tant dans le couchage, le ravitaillement que concernant la répartition des tâches et des équipements.
Théoriquement ils sont au nombre de 13 plus 1 caporal au sein d’une escouade de compagnie, ici, à l’instruction (peut-être uniquement pour ce cas précis), le nombre est porté à 16 soldats et un caporal. On retrouve ce même nombre de 16 sur d’autres clichés d’instruction. Il faut 16 escouades pour former une compagnie.

On notera que les soldats assis au premier rang, ont, pour certains, eux aussi crayonner leur numéro d’unité.

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Extrait du cliché qui montre bien le crayonnage. A droite, le 90 en blanc, au centre il est présent
mais la différence de couleur entre le bleu et le rouge n'est pas visible.
A gauche, l'angle et l'éclairage permettent de discerner le 90.


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Concernant les tenues, on retrouve des tenues de dépôt constituées de tuniques troupe bleu foncé de modèle 1897, on reconnait les 7 boutons bombés et les parements de manche de couleur garance (rouge). Les pantalons semblent aussi ceux de la mobilisation et les molletières sont plus ou moins bien enroulées. Concernant, les molletières, pour l’anecdote, il est à noter le soldat qui se trouve à droite de notre caporal, a ses molletières enroulées de manière idéale. Elles sont d’ailleurs mieux enroulées que celles de notre caporal. Les brodequins sont les brodequins réglementaires et sont très bien entretenus.

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A gauche, un pro de la molletière. Félicitations.

Autre point important de la tenue, le képi. Depuis la mi-1915, la tenue Bleu Horizon est de mise dans les unités au front. Au vu des manques de disponibilités en équipement, il est courant de réserver les anciennes tenues pour les dépôts et ainsi de privilégier les troupes en ligne, en nouveaux équipements.
Cependant, il est à noter que les képis de nos jeunes recrues sont tous des modèles Bleu Horizon. Les variantes étant très nombreuses, je n’indiquerai pas de modèle spécifique. S’il y a un volontaire, un pro du képi parmi les lecteurs de cet article, n’hésitez à nous informer du modèle précis

Afin de voir l’évolution des escouades d’instruction au long du conflit, tous ces éléments sont à rapprocher avec les études qui avait été réalisées en 2015 sur la Classe 1918 du Capitaine Bouverat et celle concernant la Classe 1916 à Châteauroux diffusée en 2014

Difficile d’aller plus loin concernant cette face de notre cliché. Passons maintenant au verso et intéressons-nous au contexte de ce cliché.

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Châteauroux le 5-8bre-1916
Chère Madeleine
Je t’envoie ma binette, toute la chambrée y est, tu vois nous sommes 16 par chambrée
A bientôt
Philippe

Mademoiselle Madeleine Septier, couturière
chez sa mère
La Haye-Descartes
Indre et Loire

Le texte n’est, certes, pas très prolixe, mais c’est suffisant pour avancer un peu plus dans l’identification. Un regret cependant, si Philippe indique à Madeleine Septier que l’on peut « voir sa binette » sur le cliché, 100 ans plus tard, nous, nous ne pouvons le faire. Il n’a rajouté aucune marque particulière qui nous permettrait de mettre un visage sur ce prénom de Philippe. Le cliché a certainement été pris pour le compte de l’escouade et distribué à plusieurs membres de cette escouade.

Essayons d’identifier Philippe.

Deux possibilités, Madeleine est soit une petite amie, soit un membre de sa famille. Il est donc plus facile de chercher via l’écheveau que constitue Madeleine Septier et qui demeure à La Haye Descartes.

En utilisant les données « ouvertes » (sans abonnement) du site Généanet, on trouve très rapidement notre demoiselle. 2 arbres généalogiques (jbarre2 et chuet) nous permettent de faire connaissance avec Septier Madeleine Mélanie. Celle-ci est née à La Haye Descartes en 1894 et est décédée à Tours en 1975. Elle se maria par 2 fois en 1920 et 1933. Cependant point de Philippe dans tout cela. Aurions-nous affaire à une amourette sans lendemain ?
En regardant la généalogie plus précisément, une suprise nous attend et il est alors impossible de trancher, deux scénarios s’offrent à nous avec une seule certitude, celle que Philippe Septier est le frère de Madeleine.

Mais quelle Madeleine ? Philippe a effectivement 2 sœurs qui toutes les deux se prénomment Madeleine.

Philippe Septier peut ainsi être le frère jumeau de Marguerite Madeleine. Tous deux enfants de Philippe Septier et Mélanie Marie Démée, nés le 17 juillet 1897 à La Haye Descartes.

AD37_ActNais_SeptierPhilippe1

Autre possibilité, il s’agirait alors de son autre sœur Madeleine Mélanie, née le 4 aout 1894, aussi à La Haye-Descartes.

AD37_ActNais_SeptierMadeleine1

A défaut donc de pouvoir trancher concernant la sœur concernée par le courrier, voici donc maintenant la présentation Philippe Septier.
Sa fiche matricule est présente aux AD37 en Classe 1897 du recrutement Le Blanc avec le numéro de matricule 121.

Sa fiche matricule aux AD37: https://archives.touraine.fr/ark:/37621/74sbk3rdczxn/ae33a5fc-f3e3-46c6-91bf-86b71264ce7c

Au moment de sa conscription, il est tout d’abord ajourné d’un an pour faiblesse et classé dans la liste 5 de 1915. En 1916, il est classé dans la 1ère partie.

CaptureClassementRevision

Philippe est donc incorporé à compter du 9 aout 1916. Il est affecté au 90eRI de Châteauroux pour y faire son instruction. La colonne « corps d’affectation » nous indique 2 unités le 90e et le 72e. D’après le cliché en octobre 1916, il est encore à Châteauroux au 90e. La situation n’est pas très claire mais la fiche indique un « départ aux armées le 8 mars 1917. La partie « Campagne » indique qu’il est considéré « à l’intérieur » du 9 aout 1916 au 7 mars 1917. Il est donc au dépôt. L’administration le considère « aux armées » du 8 mars 1917 au 28 octobre 1918. A cette date, il est évacué car gazé au front pour la 2e fois. Une première fois le 04 aout 1918, sans évacuation puis à nouveau le 29 octobre 1918. Cette deuxième blessure engendre son évacuation jusqu’au 01/10/1919 où il est mis en congé par le dépôt des 66e et 68e RI. Il est alors démobilisé.

Concernant les affectations, je suis parti dans l’hypothèse qu’après son instruction à Châteauroux, il fut affecté au 72e comme renfort. Aucune trace de lui tant dans le Journal de Marche et Opérations du 90e RI que dans celui du 72e, ceux-ci n’étant pas nominatifs. Cependant, à la date du 4 aout 1918, dans le JMO du 72eRI (26N659/17), il est reporté que « l’artillerie ennemie se montre assez active surtout de 1h30 à 4h30 où elle exécute des tirs violents de et gros calibres mêlés d’obus à gaz. Pertes du 3 au 4 : 1tué – 4 blessés »
Phillipe Septier serait parmi ceux-ci. Rien concernant le 29 octobre.

Au final, la fiche matricule nous apprend que Philippe décède à Azay-le-Rideau le 1er aout 1920, quasiment 4 ans après son incorporation. Or, sur son acte de décès, il est déclaré comme décédé dans la rivière l’Indre. Accident ? suicide ?

AD37_ActDC_19200802_AzayRideau_SeptierPhilippe1

Les archives départementales d’Indre et Loire ont eu la bonne idée de numériser et mettre en ligne la presse locale. Le détail de cette triste fin nous apparait dans un petit report au sein du « journal d’Indre et Loire » en date des 2 et 3 août 1920.

AD37_Presse1920_SeptierPhilippe1

Philippe Septier n’avait alors que 23 ans et aujourd’hui revit un peu grâce à une simple carte-photo retrouvée dans une brocante.

15 mars 2023

Châteauroux, "Equipe du 90ème Régiment d’Infanterie s’entrainant sur la route de La Châtre"

Lorsque vous recherchez des documents liés à la thématique ici présentée, à force de les ausculter un à un sur les étals de brocante, de les visionner sur les sites de vente en ligne, il est certains documents que vous retrouvez en nombre et de façon récurrente. Au contraire des photographies que l’on trouve rarement avec un tirage multiple, les cartes postales, elles font l'objet de forts tirages. Elles sont parfois aussi commercialisées sur de longues périodes.

Il est une carte postale que je rencontre souvent, que bien évidemment je possède dans mes albums. Mais loin de se contenter de la carte en tant que simple objet de collection, le plus intéressant est la contextualisation et en s'appuyant aussi parfois sur le recto potentiellement source d’informations supplémentaires.
A une époque, où, sur les réseaux sociaux notamment, on visualise de multiples clichés prélevés souvent sans sources d'origine, sans explications, il est parfois important de prendre son temps et d'appliquer la maxime "Analyser, interpréter, comprendre pour mieux expliquer" tout en laissant aux lecteurs des pistes ouvertes à exploiter, à explorer.

Capture
Extrait recherche Delcampe effectuée le 15/03/2023
Pour l’anecdote, à noter que la seule enchère ci-dessus dont l’image ne correspond pas à la recherche « Equipe 90 Indre » est en réalité une erreur du vendeur.

Intéressons-nous plus précisément à cette carte postale si courante.
Aucun nom d’éditeur n’a été relevé sur les 2 exemplaires que j’ai eu entre les mains, cependant dans les 2 cas, le verso pour la correspondance est particulier et n’a pas été retrouvé sur d’autres cartes en ma possession. Si vous avez une carte avec ce verso, je suis preneur d’informations.

RI090_Marche1904_rectoverso

Passons maintenant au recto, celui de la légende et de la photographie.

Sur une route linéaire et plate un groupe de soldats marche accompagnés par au moins un gradé et un cycliste. La légende précise : « Equipe du 90ème Régiment d’Infanterie s’entrainant sur la route de La Châtre. »
La notion géographique «route de La Châtre» est très évocatrice pour nombre de personnes dans le département. La Châtre est une des 3 sous-préfectures du département et la «route de La Châtre» est une artère importante de la cité castelroussine, même à cette époque où la ville s’arrêtait aux actuels « Boulevards », alors limites d’octroi.
Difficile ensuite de définir la position exacte du lieu de prise de vue. Au vu des arbres et de la plaine, en l’absence de toute habitation visible, nous sommes donc sur la route, en dehors de la ville.

BNF_Chateauroux 1892_1

 

Quelle est donc cette « Equipe du 90ème Régiment d’Infanterie » ?
Le groupe est constitué pour l’encadrement d’un officier, lieutenant, sous-lieutenant ou d’un adjudant, il est difficile d’identifier si il y a 1 ou 2 galons en bas de manche de la tunique. Parmi la troupe, qui est équipée en bas de treillis et haut avec tunique et képi, on peut entrapercevoir un sergent fourrier au centre et au moins un sergent à sa gauche. Un autre fourrier est peut-être présent encore à gauche. Le pas est élancé et certains semblent utiliser le cadencement des bras pour avancer plus efficacement. Le rythme n’est certainement pas celui de la marche ordinaire. Accompagnant nos marcheurs, deux cyclistes sont présents à l’arrière du groupe. En fond d’image dans la perspective de la route, un autre groupe est présent mais non identifiable.

Nous avons donc là un groupe de marcheurs militaires marchant sur la route de La Châtre. Dans la légende un mot est important, c’est celui d’équipe. Le groupe présenté ne serait donc pas un simple groupe de fantassins marchant, mais bien d’une équipe sportive militaire s’entrainant à la marche.

RI090_Marche1904_extrait_recto

 

Via le site Delcampe, il est à relever la présence d’une datation sur un des clichés présentés à la vente. Le texte présent sur le recto de la carte nous indique un courrier écrit en date du 16 juillet 1904. Les tenues visibles sur le cliché sont en adéquation avec la période 1900-1904. Le texte de la correspondance n'a malheureusement aucun rapport avec le cliché, l'auteur s'en excuse par ailleurs vis à vis de sa destinatrice de n'avoir que cette carte pour support de correspondance.

CaptureDelcampe_1904
Sources Delcampe

Afin de vérifier l’hypothèse de l’équipe sportive, il reste donc à trouver des informations sur cette équipe de marche du 90ème RI. La solution me vint au quasi premier coup de recherche sur Google, d’où l’importance de choisir les bons mots-clés. En indiquant « équipe marche régiment infanterie » et en rajoutant la date du courrier « 1904 », le moteur de recherche me donna en premier trouvaille un lien vers la Société d’Histoire du Vésinet intitulé « La Marche de l’Armée, 29 mai 1904 » et je lisais « Avec l’autorisation du ministre de la Guerre et de leurs chefs, tous les corps de troupe fournissaient des équipes de dix hommes par régiment »

Sources : http://www.histoire-vesinet.org/marche_armee.htm

Bingo ! Un parcours de marche militaire de Paris à Saint Germain en Laye avec retour soit environ 45 kilomètres. Le départ officiel fut donné place de la Concorde et un retour, avenue de Suffren, à l’Ecole Militaire.

J’avais donc là très certainement une carte de l’entrainement de l’équipe de marche du 90ème Régiment d’Infanterie. Il fallait donc maintenant faire le lien entre la carte et l’événement, ce qui fut assez rapide.

Tout d’abord dans « Le Matin » du 29 mai 1904, jour de la course, nous avons la liste des directeurs d’équipe. Nous apprenons ainsi que l’équipe du 90ème RI est dirigée par le lieutenant DUROUX de Châteauroux. Même si l’autre unité indrienne n’est pas concernée par la carte présentée, je signale le capitaine Henriey du 68ème RI de Issoudun. 
Il faut attendre le numéro du 30 mai 1904 du même journal pour obtenir les résultats de la « Marche de l’Armée ».
Au classement individuel, le caporal MENARD du 68ème RI est arrivé 45ème en 5h 31 min et 27 secondes, un second soldat du 68ème arriva 7 secondes plus tard. Le premier arrivé du 90ème RI ne fut classé que 104ème et n’eut pas l’honneur de voir figuré son temps de parcours. Les équipes de corps étant constituées de 10 marcheurs, un classement par équipe fut diffusé dans le numéro du 31 mai 1904, le 90ème RI figure à la 37ème place et le 68ème RI à la 38ème place.
Sur Gallica/BNF, je vous invite à relire les numéros du journal afin sur cette actualité.

Nous savons maintenant que 90ème participa, au même titre que le 74ème ou bien le 149ème. Cette dernière unité s’illustra plus particulièrement puisqu’elle fournit ce jour-là le vainqueur, le soldat Girard en 5 h 19 min 48 secondes.

Le 90ème a donc participé mais peut-on faire le lien a coup sur avec le cliché de la carte postale ?
Si je pose la question, vous vous doutez que la réponse sera très certainement positive. En effet, la réponse se trouve, toujours sur Gallica, dans la revue « Armée et Marine » du 26 mai 1904, dans son numéro 275 et qui contient notre cliché au centre de la  page 476.

ArmeeMarin_19040526
Sources BNF Gallica Journal Armee Marine

19 janvier 2023

Le 90ème RI, "1906, va-t-on faire donner la troupe contre les grévistes?"

Partir d’un texte trouvé, rechercher d’autres sources et de fil en aiguille construire un article afin de comprendre un moment de la vie d’alors, telle est l’aventure que je vous propose. Je vous laisserai cependant en tirer les enseignements, vous laissant analyser les faits. Voilà ce que j’aime dans ce type de recherche, tirant l’écheveau des faits historiques bien souvent anodins mais ayant une résonnance parfois plus nationale, voire contemporaine. Toujours à l’affut de nouveaux faits, j’ausculte des documents qui pourraient nous apporter un angle nouveau, un regard oublié sur les faits liés aux régiments de l’Indre.
Recherchant des documents sur l’impact du passage de 2 à 3 ans de service militaire et ses conséquences dans le département de l’Indre, via le net, je partis sur une autre piste et l’actualité faisant loi, je produis cet article.

Ainsi donc, dans le cadre de mes recherches, je trouvais le bulletin de « L’actualité de l’Histoire » de 1957. Cet opus est le bulletin de l’Institut français d’histoire sociale et dont le directeur était alors Jean Maitron.

ActualiteHistoire

 

Aimant les chemins de traverse, je découvre le bulletin double de Décembre 1957. Un article intéresse particulièrement le département de l’Indre, puisqu’il s’intitule :

Le socialisme et le syndicalisme dans l’Indre des origines à 1920-1922 par G. Thomas.
Cet article est d’ailleurs accompagné par un autre au titre suivant : Le mouvement ouvrier limousin de 1870 à 1939 par P. Cousteix.

Intéressons-nous tout d’abord à M. Georges Thomas. L’article nous présente l’auteur et indique : « Monsieur Georges Thomas, instituteur retraité, est l’auteur des études suivantes consacrées à l’histoire du socialisme et du syndicalisme dans l’Indre. Né le 8 décembre 1883 à Luant (Indre), il fonda, en mars 1911, le premier syndicat d’instituteurs du département et, à plusieurs reprises, en fut élu secrétaire… »
Sa fiche sur le Maitron (encyclopédie en ligne sur le mouvement ouvrier) nous détaille son parcours plus précisément.

Sa fiche matricule permet de rectifier certaines incertitudes et de compléter les informations présentes sur la fiche Maitron. On apprend qu’il fit son service au 90eRI de Châteauroux. En 1907, il fut nommé sergent et il fit ses périodes d’instruction en 1909 et 1911 à ce même régiment. De la mobilisation au 2 septembre 1914, il fut affecté au casernement étant gratifié de « campagne simple » (A l'armée, mais au sein du dépot). Le 3 septembre, il fut inclus au sein d’un des nombreux renforts nécessaires au vu des pertes. Il rejoignit alors la l'unité combattante du 90e RI et ce jusqu’au 9 mai 1915 à Loos en Gohelle. En tant que sous-officier, il reçut à ce titre une citation à l’ordre du régiment et la Médaille militaire. Il fut blessé (fracture plaie séton biceps balle) et soigné à l’hôpital de Nœux les Mines. Il parti alors en convalescence jusqu’en juin 1916 (hôpitaux puis dépôt des éclopés Caserne Bertrand de Châteauroux). Suite à une fracture du radius droit, il fut de nouveau hospitalisé de septembre 1916 à juin 1917. A ce moment, il fut alors réformé n°1 (cause de service). Entre temps, il avait été rattaché au 10ème d’infanterie le 22 octobre 1916.
On apprend aussi qu’il fut amnistié en 1921 suite à une condamnation (amende de 150 francs) pour une infraction aux lois sur les syndicats.

Revenons au texte qui nous intéresse. Après un chapitre sur le socialisme et son histoire indrienne, il en écrit un deuxième sur la naissance du syndicalisme indrien. Là, à la page 17, nous apprenons la participation du 90ème RI comme troupe de maintien de l’ordre.
L’armée et ses unités furent souvent utilisés comme troupes de maintien de l’ordre, l’affaire la plus connue étant celle du 17ème RI qui, à Béziers en 1907, leva crosses en l’air refusant de s’en prendre à la population locale.
Georges THOMAS écrit donc :

« A Châteauroux et à Issoudun, l’agitation fut assez intense pour la préparation du 1er mai 1906, date qui avait été fixée par le congrès confédéral de Bourges pour que la journée de huit heures fut exigée par tous les travailleurs.
Le 1er mai, le drapeau rouge du syndicat du Bâtiment fut arboré sur l’immeuble de la Bourse du travail de Châteauroux. Il y eut chômage complet à la manufacture des Tabacs et chômage partiel dans d’autres usines de la ville. Les ouvriers et ouvrières, qui avaient quitté le travail, défilèrent pacifiquement dans les rues en chantant « l’Internationale » et autres chants révolutionnaires.
Le 2e bataillon du 90ème Régiment d’Infanterie (les deux autres bataillons avaient été appelés à Paris pour rassurer la bourgeoisie qui croyait venue l’heure du « Grand Soir ») avait été consigné derrière les murs de la caserne Bertrand. Chacun des soldats, dont j’étais, avait reçu un paquet de cartouches à balle. Mais, heureusement, les fantassins n’eurent pas à intervenir.
A Issoudun, un cortège parcourut aussi les rues principales de la ville, drapeau rouge en tête, en faisant entendre tantôt des refrains révolutionnaires et tantôt le mot d’ordre de la manifestation : les huit heures ! les huit heures ! »

Pour corroborer le témoignage de George Thomas, il est utile de rappeler que celui-ci était né en 1883 et donc classe 1903. Ajourné en 1904 pour faiblesse, il fut incorporé pour son service militaire le 8 octobre 1905 et libéré 1 an plus tard, bénéficiant de la dispense « article 23 » d’un an au titre de l’engagement décennal en tant qu’instituteur (loi de juillet 1889). L’engagement décennal permettait alors aux instituteurs de n’effectuer qu’une année de service au lieu de deux en échange d’un engagement de 10 ans au service de l’Etat. Cet engagement existe encore de nos jours sur certaines professions publiques (Normaliens ENS, instituteurs engagés avant 1991, …)
Georges Thomas fut libéré de service militaire le 18 septembre 1906, en même temps qu’il fut nommé Caporal. Il était donc bien présent au moment des évènements de ce 1er mai 1906.
Du fait de sa conscription en cours, les rédacteurs indiquèrent la mariage de Georges Thomas, le 29 février 1915 avec MEGRAY Marie Marguerite, domiciliée à Gargilesse (36).

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Georges Thomas figure dans le Livre d'Or des instituteurs de l'Indre, dans le chapitre "Les Blessés"

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THOMAS Georges
Instituteur à Baudres

Classe 1903,
Incorporé le 3 aout 1914
SERGENT au 90e Régiment d’Infanterie
Blessé le 9 mai 1915 à Loos (Pas de Calais) – Blessure grave : bras droit atrophié

Croix de guerre Citation – 30 mai 1915
« Très bon sous-officier ; s’est toujours montré courageux dans les circonstances critiques. Belle attitude au feu pendant l’attaque du 9 mai au cours de laquelle il fut grièvement blessé. »

Médaille militaire Citation – Ordre du G.Q.G. – 13 juillet 1916
« Gradé modèle ; s’est vaillamment conduit au cours de nombreux combats auxquels il a pris part. A été blessé grièvement, le 9 mai 1915, en entraînant ses hommes à l’assaut de tranchées ennemies. La présente nomination comporte l’attribution de la Croix de Guerre avec palme. »

 

Fichtre, une participation du 90ème RI aux troupes de maintien de l’ordre, voilà une option que je n’avais pas envisagée. Je m’éloignais de la « loi des trois ans » de 1913, mais j’aurai bien l’occasion d’y revenir.

En fouinant dans mes archives liées à des recherches antérieures, je retrouvais quelques informations dans le journal hebdomadaire « L’Echo de l’Indre » (journal de La Châtre, sous-préfecture de l’Indre). La situation est tendue au niveau social. Le journal, en date du 27 avril 1906, écrit « Les grèves. Dans le Nord, la grève peut être considérée comme terminée. Dans le Pas-de-Calais, on espère que la reprise du travail aura lieu prochainement. Le calme est revenu dans les esprits et les déplorables événements de la semaine dernière ne se sont pas renouvelés. Il est vrai que le déploiement de forces mis au service de l’ordre a donné à réfléchir aux ouvriers qui ne paraissent plus vouloir écouter les fauteurs de troubles. A Lorient, la grève générale continue. Chez nous, dans l’Indre, à Buzançais et à Châteauroux, une grève s’est produite cette semaine parmi les travailleurs du livre, typographes et imprimeurs. Une entente est intervenue et le travail a repris. Il parait que, comme toujours, cette grève avait été provoquée par des meneurs étrangers au pays. »  Dans son numéro suivant daté du 4 mai, je lis : « Le premier mai – La journée du premier mai qui, d’après certains journaux, devait nous amener les pires calamités, a été relativement calme, aussi bien à Paris qu’en Province et les Parisiens froussards qui avaient fui à Genève et à Bruxelles, en ont été quittes pour la peur et pour leurs frais.
le gouvernement, il est vrai, avait abandonné la politique du laisser-faire, qui avait si mal réussi dans le Nord, et il avait pris quelques précautions qui ont donné à réfléchir aux fauteurs de troubles.
Cinquante mille hommes de garnisons voisines avaient été appelés à Paris, en vue de prévenir toute tentative de désordre. Aussi, à part quelques échauffourées, inévitables quand plusieurs milliers de manifestants sont réunis, il n’y eut rien d’anormal à enregistrer, si ce n’est que Paris, d’ordinaire si remuant, avait plutôt en ce jour de premier mai l’aspect d’une ville morte. Pas un fiacre, de rares omnibus et a plupart des magasins fermés. Il ne faudrait pas beaucoup de semblables journées pour achever de ruiner le commerce et l’industrie déjà entamés par les grèves. Deux à trois cents arrestations, dont la plupart n’a pas été maintenues ; on déjà été opérées par la police, il est bon d’ajouter que, à Paris comme dans le Nord, la plupart des individus arrêtés ne sont pas de véritables ouvriers et appartiennent à la peu honorable corporation des gens sans aveu, ceux qu’on désigne sous le nom d’ « apaches ».
En province, on a chômé dans tous les centres ouvriers : quelques bagarres ont éclaté à l’occasion de ces manifestations, pacifiques au début, mais presque toujours dirigées dans un sens violent par des meneurs venus on ne sait d’où, de l’étranger peut-être, où l’on a tout intérêt à détruire notre industrie nationale. Les ouvriers français seront ma foi, bien avancés, d’avoir obtenu la journée de 8 ou 9 heures si les commandes vont ailleurs, comme cela s’est produit à Limoges et à Issoudun, par exemple, après les dernières grèves des porcelainiers et des mégissiers. »

Voilà une vision à l’opposé de celle de notre instituteur socialiste, mais reflet de la vision conservatiste de la presse de La Châtre de l’époque. Il était donc intéressant de comparer les 2 visions. Mais qu’en est-il du 90ème RI et de ce qui se passa à Paris ? Suivons donc le fil des sources accessibles. Rien n’est accessible du côté militaire, du côté de la caserne Bertrand. Je me suis donc reporté vers la presse ancienne en ligne, notamment via Gallica.
Et là, quelle ne fut pas ma surprise ! S'il n’y avait pas vraiment de traces du 90e au niveau départemental, il en était tout autrement concernant le niveau national.

Avant de continuer, il me semble intéressant de voir le contexte politique de notre affaire.
Nous sommes dans le cadre de la IIIème République qui fut instaurée au lendemain de la guerre 1870-1871 (et qui le sera jusqu’en juillet 1940). Il s’agit d’une République dite parlementaire est liée à un gouvernement exécutif, légitimé par le parlement. En 1906, le président est Armand Fallières et le président du Conseil des Ministres est Ferdinand Sarrien qui dirige ses ministres. Parmi eux, se trouve notamment Georges Clémenceau, ministre de l’Intérieur nommé en mars 1906 et qui d’ailleurs remplacera Sarrien en octobre 1906 tout en gardant son ministère.
Un autre personnage clé est le préfet de Police de Paris. Il s’agit de Louis Lépine, celui de la création des gardiens de la paix, des « hirondelles » à vélos, celui du concours d’invention, celui qui aussi fut préfet de l’Indre en 1885/1886.

Revenons à notre affaire. A force de fureter dans la presse, je sais certains titres de la presse nationale plus pourvoyeurs que d’autres, de petites informations souvent à la limite du fait divers. Pour cela je commençais donc par le Petit Parisien qui, dans son numéro du 2 mai, titrait en première page « Après le 1er Mai » en gros titre et là je trouvais une image et un compte-rendu très intéressant des évènements au lendemain de la manifestation.
« Paris avait repris, hier matin, sa physionomie habituelle. Dès la première heure, la rue, si morne la veille, s’éveilla dans le bruit et dans le mouvement des allées et venues des ouvriers qui se rendaient à leur travail … Des incidents tumultueux du 1er mai, il ne subsistait qu’un mauvais souvenir et aussi quelques dégâts… » S’en suivait la liste des dégâts, le signalement des rassemblements encore effectifs à la Bourse du Travail, le nombre de grévistes suivant les corporations et la liste de heurts, un report des manifestations nationales. Pour cela, la deuxième page était entièrement consacrée à la manifestation. En recherchant diverses informations sur cette période, on apprend que ce sont pas moins de 6000 cavaliers et 20.000 fantassins qui ont été appelés pour maintenir De nombreux lieux ont été investis par la troupe afin de museler les lieux de rassemblement habituels. On retrouve des Dragons, des cuirassiers, des hussards dont ceux de Niort (7e), parmi les régiments d’infanterie hormis le 90ème, j’ai aussi trouvé trace du 114e de Saint Maixent également du 9ème Corps d’Armée.

CapturePetitParisen_Kiosque

En milieu de lecture, à la 3ème colonne de la deuxième page, une indication réveilla mon intérêt. Un petit encadré signalait un accident survenu à un hussard qui patrouillait et chuta de cheval. Celui-ci était du 7e Hussards, un régiment de cavalerie du 9e Corps d’Armée, celui du 90ème Régiment d’Infanterie. Il y avait donc bien des troupes de la région militaire de Tours à Paris.
L’encadré suivant fit tilt. Dès la première ligne le 90ème RI était cité.

CapturePetitParisen_Loubel1

Loubel était un soldat du 90ème, le journaliste était bien informé car effectivement le colonel Appert était bien le chef de corps du 90ème de Châteauroux qu’il commanda d’ailleurs de 1902 à 1908. Voilà une affaire à laquelle je ne m’attendais pas.
Histoire de se rendre compte de ce cas précis, il est alors nécessaire de consulter d’autres journaux aussi en ligne.

Voici donc maintenant la version par le journal Le Gaulois. Si elle apporte de nouveaux éléments confirmant la présence du 1er bataillon du 90e par exemple, elle est intéressante justement parce que le scénario diverge quelques peu.

CaptureGAulois_Loubel

A ce stade, il devient intéressant de comparer maintenant avec la version du Figaro, puis celle de l’Humanité qui ne parlera de notre affaire que le 3 mai 1906, comme le journal Le Matin. 

Ensemble

N'ayant pas les réels aboutissements de cette affaire, je vous laisse vous faire une opinion concernant les différents scénarios proposés par la presse d’alors, même si je pense que les 3 dernières versions, les plus modérées au final, les moins sensationalistes me semblent les plus plausibles.
J’ai cherché à retrouver le soldat Loubelle (Loubel ?), mais j’ai fait chou blanc jusqu’à maintenant. Pour exemple, point de Loubel(le) au 90e RI sur le Grand Mémorial, mais les fiches matricules sont bien loin d'être toutes indexées.

Je termine cet article avec quelques images des troupes de maintien de l'ordre lors des manifestations. Si je n’ai trouvé aucun cliché castelroussin, en voici de la manifestation parisienne qui fut très bien couverte par les photographes et qui en tirèrent même profit au travers de cartes postales..

19060501_FantassinsRepos

19060501_FantassinsRepos1

19060501_Lepine

Sources utilisées BNF Gallica, AD36, Fonds documentaire de l'auteur.
Merci à Cécile Ageorges pour les informations concernant Georges Thomas

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