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Indre 1914-1918 - Les 68, 90, 268 et 290e RI

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6 novembre 2022

Les premiers décédés à Argenton et dans l'Indre d'Aout et septembre 1914

Après les départs de la mobilisation, les convois de chemin de fer militaires passant en gare d'Argenton et allant vers Paris et le front, vint le temps des convois, dans l'autre sens, toujours le long de la ligne de chemin de fer, apportant des blessés évacués du front.
Nota: Dans la fin de ce message, il est intéressant de noter que concernant les 47 décès dans l'Indre, 46 eurent lieu dans des communes le long de la ligne Paris-Limoges, axe principal des transports d'alors traversant notre département.
Dès le 4 aout, 15 infirmiers militaires sont affectés à la gare d'Argenton et sont logés dans des wagons à l'arrière de l'infirmerie tout juste installée. Une ambulance fut ensuite implantée à la gare avec du personnel bénévole et l'hôpital d'Argenton se vit attribuer rapidement des soldats blessés.

2211
17 aout 1914, les officiels à l'infirmerie de la gare d'Argenton - Cliché Rollinat 2211

14 septembre 1914, les obsèques du soldat Bimes décédé le 12 septembre. Le convoi mortuaire partit de l'hôpital-hospice d'alors (ex Dispensaire, maternelle Rollinat, logements sociaux actuels) pour rejoindre le cimetière municipal.
Dès le lendemain, la population argentonnaise se regroupait de nouveau et conduisait le défunt capitaine Devin au cimetière qui lui est déclaré comme étant décédé le 11 septembre.
Un contretemps familial fit décaler au 15 septembre son inhumation et ce fut donc l'enterrement du soldat Bimes qui précéda celui du Capitaine Devin, bien que ce dernier soit décédé avant.

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Concernant Bimes, il s'agit d'un décès qui fut ensuite qualifié de non Mort pour la France (blessure volontaire)
La fiche matricule précise seulement qu'il est décédé des suites de blessures de guerre 
Pour éclaircir l'affaire, voici ce qu'écrivit Raymond Rollinat dans son journal:
"Lundi 14 septembre 1914 - Foule énorme à 9 heures, à l'enterrement du soldat Bimes Jean, qui, souffrant cruellement, s'était suicidé à l'hôpital. Beaucoup de fleurs sur le cercueil et quatre soldats du poste avec leur fusil escortaient le corbillard ..."
Rollinat écrit aussi: "Un autre soldat est mort aujourd'hui à dix heures à l'hôpital: Marcel Lucien Crételet, blessé, est mort du tétanos. Sa mère est arrivée de Paris peu après sa fin.
Un soldat d'artillerie coloniale "soulevé" par un obus mais non blessé, est mort à l'hôpital à onze heures et demie"

Le soldat Crételet est plus exactement Marcel Lucien Crétenet du 16e BCP, sa fiche indique un décès à l'hôpital de la gare d'Argenton
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239e161496c2/5242bd1f1a2a3
Sa dépouille fut vraisemblablement rapatriée à Maison Alfort par sa mère et repose toujours au sein du carré des corps restitués de cette commune.
L'artilleur est Emile Auguste Guillemette 3e RAColonial, il était originaire de Charente.
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239ed303b1b2/5242be2762ad9
Sa dépouille repose au carré militaire du cimetière Saint Paul d'Argenton
Pendant tout le mois de septembre 1914, ce sont 8 militaires qui succombèrent à Argenton:
  • Artigaut Osmin (9e RI) 13/09/1914
  • Bimes Jean (220e RI) 12/09/1914
  • Chollet Auguste (135e RI) 21/09/1914
  • Cretenet Marcel (16e BCP) 14/09/1914
  • Devin Adrien (21e RAC) 11/09/1914
  • Guillemette Emile (3e RAColoniale)14/09/1914
  • Hannequin Alfred (8e RI) 27/09/1914
  • Heban Lucien (110e RI) 27/09/1914

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Le soldat BIMES repose encore de nos jours au carré militaire du cimetière communal Saint-Paul d'Argenton

Le capitaine DEVIN repose au cimetière communal d'Argenton dans la sépulture familiale

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Concernant les lieux de soins à Argenton, on signalera donc la présence de l'Ambulance à la gare mais aussi d'autres établissements

ArgentonHopitaux

Sources: Collection auteur - Cercle Histoire Argenton
Bibliographie: Argenton 1914-1918 - Librairie Guénégaud 1999

Pour aller un peu plus loin, au niveau départemental, il est à noter 47 soldats décédés dans le département durant les mois d'aout et septembre 1914.
Les 2 premiers le furent lors de la mobilisation, alors qu'ils étaient en service de garde du tunnel de Chabenet. Ensuite vinrent des décès de mobilisés de la région militaire et affectés au sein de la garnison de Châteauroux. Le 31 aout 1914, à Châteauroux, nous trouvons le premier soldat blessé, évacué du front succombait de ses blessures.
De manière globale, nous trouvon ainsi 10 soldats décédés au mois d'aout dans le département et 37 concernant le mois de septembre. En voici donc la liste:
  • TAUVY Jean (Indre) + 02/08/1914 à Pont-Chrétien Chabenet
  • FLORENT Jean Baptiste (Indre) + 03/08/1914 à Pont-Chrétien Chabenet
  • RONDELOT Célestin (Vienne) + 04/08/1914 à Châteauroux
  • GAUTRON Henri (Indre) + 08/08/1914 à Châteauroux - Caserne Bertrand
  • BRECHET Ernest (Maine-et-Loire) + 12/08/1914 à Châteauroux
  • NAUDET Louis (Indre) + 18/08/1914 à Châteauroux - Hopital
  • DUBOIS Charles (Maine-et-Loire) + 19/08/1914 à Châteauroux - Hopital
  • LASNIER Auguste (Vienne) + 21/08/1914 à Châteauroux - Hopital
  • PAQUIER Armand (Deux-Sèvres) + 26/08/1914 à Châteauroux
  • LAURENT Camille (Meurthe-et-Moselle) + 31/08/1914 à Châteauroux

  • LEREAUX Joseph (Indre) + 02/09/1914 à Châteauroux
  • AUBIJOUX Auguste (Loiret) + 07/09/1914 à Châteauroux
  • BENET Jules (Deux-Sèvres) + 07/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • CAMBRAY Emile (Paris) + 11/09/1914 à Châteauroux - HC29
  • DEVIN Adrien (Somme) + 11/09/1914 à Argenton - Hopital
  • BIMES Jean (Gironde) + 12/09/1914 à Argenton - Hopital
  • BLOUDEAU Louis (Maine-et-Loire) + 12/09/1914 à Châteauroux
  • ARTIGAUT Osmin (Gers) + 13/09/1914 à Argenton
  • MARTINE Michel (Pyrénées-Atlantiques) + 13/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • BAHON Jean Marie (Morbihan) + 14/09/1914 à Châteauroux - HC29
  • CRETENET Marcel (Paris) + 14/09/1914 à Argenton - Hopital gare
  • GUILLEMETTE Emile (Charente) + 14/09/1914 à Argenton - Hopital
  • PINOTEAU Alfred (Cher) + 14/09/1914 à Châteauroux - HT25
  • GRUSON Jules (Nord) + 15/09/1914 à Châteauroux - Hopital mixte
  • LE GOUGE Jean (Côtes-d'Armor) + 16/09/1914 à Châteauroux - Hopital 108
  • LEMAIRE Emérant (Nord) + 17/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • MORIN Marie (Indre) + 17/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • LECLERCQ Victor (Pas-de-Calais) + 18/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • PAINS Jules (Eure) + 19/09/1914 à Le Blanc - Hopital
  • CHOLLET Auguste (Maine-et-Loire) + 21/09/1914 à Argenton - Hopital
  • BERNARD Jean Marie (Morbihan) + 22/09/1914 à Châteauroux - HC29
  • CORDIER Louis (Nord) + 23/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • GAUTRON Jean (Indre) + 23/09/1914 à Châteauroux - Hopital militaire
  • LAPLANCHE Léon (Calvados) + 24/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • PAYEUR Auguste (Meurthe-et-Moselle) + 24/09/1914 à Issoudun - Hopital
  • LEMERCIER Jules (Yonne) + 25/09/1914 à Issoudun - HT23
  • ROUSSEL Joseph (Morbihan) + 25/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • TACHON Emile (Landes) + 25/09/1914 à Châteauroux - HT1
  • TOMBETTE Georges (Calvados) + 25/09/1914 à Châteauroux - Hopital
  • LIBES Joseph (Hérault) + 26/09/1914 à Châteauroux - Hopital mixte
  • PEPIN Arsène (Calvados) + 26/09/1914 à Châteauroux - Hopital militaire
  • BREBION Emile (Pas-de-Calais) + 27/09/1914 à Issoudun - Hopital mixte
  • CHAYE Jean (Gironde) + 27/09/1914 à Châteauroux - HT25
  • HANNEQUIN Alfred (Nord) + 27/09/1914 à Argenton - Hopital
  • HEBAN Lucien (Nord) + 27/09/1914 à Argenton - Hopital
  • SALESSES Emilien (Lot) + 28/09/1914 à Châteauroux - HA7
  • JACQUIN Pierre (Indre) + 30/09/1914 à Celon
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29 septembre 2022

Hommage à Paul MOULIN de Cluis (et pour les 12 ans de @Indre1418) - réactualisé 2022

Quasi totalement accaparé par le blog des Soldats de l’Indre, j’en viens à manquer de temps pour le reste de mes activités 14/18. Cependant, une question me taraudait depuis quelques temps :

  • Que pouvais-je vous présenter pour clore cette deuxième année du Centenaire ?
  • Que pouvais je vous faire partager pour fêter dignement les 12 ans de ce blog ?

Et oui, car en cette fin décembre, nous fêtons aussi l’anniversaire (Je sais j'ai un peu d'avance) de ce qui nous regroupe ici, c’était alors le JOUR J, nous étions alors en 2004 Certes, ce n'était pas le début de l'aventure 14/18, puisqu'elle avait commencée quelques années plutôt, mais c'était bien celui de l'aventure éditoriale sur le net. Publié regulièrement, sans lasser les lecteurs et aussi sans se lasser, ce fut parfois une gageure. Certains messages furent de vraies aventures, d'autres juste des petits rappels historiques. Rencontrer, 35 ans plus tard, son ancien prof d'histoire du collège et s'entendre dire: "Jérôme, vous avez fait du bel ouvrage", cela m'a laissé pantois. En 2014, cotoyer les Historiens du département, mes idoles de lecture d'antan et d'aujourd'hui, fut aussi un grand moment. Mais le plus grand plaisir est finalement le partage et les rencontres occasionnées par ces publications.
En bref, 12 ans, ce n’est pas rien. Pas loin de 600 messages, pas moins de 1500 images partagées, mais que diable pouvais-je donc vous présenter ?

Non, je ne vous infligerai pas l'écoute de l'enregistrement audio de ma conférence au CES de Châteauroux en 2014, je le garde pour moi. Je pensais plutôt à quelque chose de plus dans les cordes de ce blog. Une bonne petite analyse de document, un de ces documents que j'adore essayer de faire parler.

En remontant dans la chronologie des publications, je me souvins d’un message autour de la mise en ligne du fonds Valois, et me rappelais que j’avais passé pas mal de temps sur le site de la BDIC à regarder image par image si d’autres clichés pourraient m’intéresser pour alimenter ce blog et vous permettre avec moi de partager la vie, la mort des combattants des régiments de l’Indre.
Après quelques recherches fructueuses, je pris donc la décision de rester en Artois, comme pour l’analyse du cliché précédent ayant trait au séjour du 68e RI dans le secteur de Loos et de vous faire partager un moment de vie et de mort.

Si la fois précédente, nous avions abordé le séjour en première ligne, cette fois, je souhaite aborder un sujet plus douloureux et qui malheureusement suivait ce séjour en tranchée, à savoir le décès, la disparition et le devenir du corps du combattant, dans un secteur jouxtant directement les premières lignes. Pour cela, je ne vais analyser qu’un seul cliché mais je vous proposerai ensuite de découvrir le reportage complet fait par l’opérateur photographique qui produisit une quarantaine de clichés sur la même période et au même endroit.

Le cliché que je vous propose est celui pris lors de l’enterrement de soldats, vers la fin mai 1915 à Noeux les Mines (62).

BDIC_VAL_305_003
Sources BDIC Fonds Valois BDIC_VAL_305_003

Pourquoi ce cliché ? Tout de suite, l’association faite entre la présence d’enfants et le port de croix de bois m’a interpellé.
En regardant plus en détail, aussitôt, un fait attire l’œil « Qu’est-il écrit sur les Croix de bois ? » La réponse me convainc de m’intéresser plus précisément à ce cliché, notamment lorsque je découvris sur la croix de droite la mention du 68ème Régiment d’Infanterie.

CaptureCroix

Aussitôt, de nouvelles questions jaillissent :

  • Quel était le contexte du secteur et pourquoi l’opérateur avait pris ce cliché précisément ? Hasard fortuit lié au passage du photographe au bon moment, mais alors pourquoi prendre tant de clichés pendant ces journées de mai 1915 ?
  • Qui était ce Paul MOULIN ? Quels étaient les combattants dont les noms apparaissaient aussi sur le cliché ?
  • Que s’était-il passé au 68e RI dans cette période ?

Je vais donc tâcher de répondre à certaines de ces questions, à partir des données collectées 100 plus tard.

Le contexte de la prise de vue:

En cette fin mai 1915, le 68e RI (Le Blanc et Issoudun) et le 90e RI (Châteauroux), formant la 33e Brigade de la 17e Division d’Infanterie sont en secteur au devant de Liévin, vers la Cité Calonne, face aux Ouvrages Blancs plus précisément. Cette cité ouvrière correspond à la carte ci-dessous

CaptureAngresLievinCalonne1Sources Eggenspieler et Géoportail IGN

Noeux les Mines est à quelques kilomètres en arrière de la ligne de front. La ville n’est pas au contact direct avec les premières lignes, mais toute l’organisation logistique du 9e CA est organisée autour de ce secteur et Noeux les Mines est un point central, notamment concernant le Service de Santé. En effet, dans les murs de l’hôpital local se trouvait un HOE (Hôpital d’évacuation) et l’ambulance 2/66 comme l’indique un schéma du secteur dans le Journal de Marche du Service de Santé du 9e Corps d’Armée.

CaptureServSante_9eCA_Mai1915
Sources SHD JMO Service de Santé du 9e Corps d'Armée 26N132-036

Dans l’album Valois, le cliché est daté du 23 mai 1915 et est situé au devant d’une église. Après une petite recherche sur le net, il apparait que plusieurs églises existent à Noeux les Mines et qu’il s’agit plus précisément de l’église « Sainte Barbe » dite « des Mines » Il est possible de la visualiser actuellement via le site Google Street View. Elle est reconnaissable notamment grâce aux 2 coupoles ornant les absides de chaque côté du porche principal.

NoeuxlesMines_EgliseSainteBarbe
Eglise Sainte Barbe de Noeux les Mines

Noeux lesMines Hopital
Hôpital de Noeux les Mines (voir aussi Clichés Valois présentés en fin de message)

 

Qui était Paul MOULIN?

Sur le cliché, 3 noms sont aisément lisibles de gauche à droite : RABUSSIERE Albert, LANERIC (LANERIE?) et MOULIN Paul. Seul pour ce dernier l’unité est clairement identifiable.
Une rapide recherche sur le site Mémoires des Hommes (M.D.H.) nous permet de retrouver 2 d’entre eux, en effet, le soldat LANERIC (LANERIE?) n’apparait pas dans les fiches du Site Mémoires des Hommes. Il n'apparait pas non plus dans les données du site MémorialGenWeb.

En regardant ces fiches M.D.H., il apparait tout de suite un hic dans la datation des clichés. Le fonds Valois date le cliché du 23 mai 1915 et les fiches Mémoires des Hommes donnent une date de décès identique aux deux soldats identifiés, à savoir le 27 mai 1915. Théoriquement, le cliché serait donc datable du 27 mai à minima.


 

Retificatif 2022: Profitant d'une modification et d'une nouvelle publication, les yeux acérés de Huguette Mauduit et Laurent Roy, par 2 canaux différents, m'informent que le soldat LANERY Georges est bien celui que j'avais en vain chercher en 2016.

Celui-ci figure bien sur Mémorial Gen Web et sur GénéanetCimetière et confirme l'inhumation au cimetière de Noeux les Mines (62)
fiche MdH http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f15973ed0
fiche matricule http://archives.nievre.fr/ark:/60877/a011410878704Gezt9g/1/728 

Un autre soldat semble identifié par Laurent et ses données correspondent aussi: Pierre MORIN, issu du 289eRI et aussi décédé à l'hopital 25 de Noeux
https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m005239f8a241f61/5242bf717f206

Laurent, continuant dans son analyse propose:
derrière Rabussière, j'ai 3 candidats en "Pet" :
- Henri Petit décédé le 26/05
- Jules Petronin décédé le 23/05 (ça fait trop tôt je pense)
- et Arsène Petitnicolas décédé le 27/05 https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=6074607

Pour terminer, je ne sais pas si c’est raisonnable, mais V… décédé le 27/05/1915, j’ai 2 candidats :
- Robert Vanson https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=5653855
- Henri Virevialle https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=1856016
https://www.memorialgenweb.org/memorial3/html/fr/complementter.php?id=8836895 un gars du 90e RI…

 


 Concernant Paul MOULIN, la fiche Mémoires des Hommes nous apprend qu’il est originaire de l’Indre et plus précisément de Cluis, autant dire qu’il est pour moi un « Pays ».

A partir de la fiche M.D.H., il est alors aisé de retrouver sa fiche matricule sur le site des Archives Départementales de l’Indre. http://archives36.fr/ark:/30439/s005a81a40d3b854/5a81a40e928c4

CaptureAD36_MoulinPaul1

Classe 1902, il est rappelé le 11 août 1914 au sein du Régiment d’Infanterie de Châteauroux. Rien ne permet de préciser une affectation au 90e ou au 290e RI. Il part « aux armées » donc au front le 22 mars 1915et est affecté au 68e RI ce même jour.
On constate alors une incohérence  sur la fiche matricule, il y est écrit « Il arrive au corps le 29 mai 1915 » et « Il décède le 27 mai ». Cette date de décès est conforme à la fiche M.D.H. La date d’arrivée au corps n’est donc pas correcte.

La fiche matricule nous permet aussi de découvrir les circonstances de la blessure et sa gravité.

« Décédé le 27 mai 1915 Hôpital temporaire de Noeux les Mines B. de guerre. Blessé le 25-5-1915 à Calonne ouvrage de cornouailles (P.deC.) Plaie lombaire plaie mollet gauche. »

CaptureAD36_MoulinPaul2

A priori, le dit « hôpital temporaire » n’est pas connu du service de Santé du 9e Corps d’Armée, il s’agit donc vraisemblablement du H.O.E. de Noeux les Mines, cité plus haut.

Le cliché représentant une scène d’enterrement, nous sommes donc dans les heures qui suivirent ce 27 mai 1915. Les corps furent ensuite emmenés au cimetière de Noeux les Mines.
Paul MOULIN y repose encore de nos jours.

 

SepNoeuxlesmines_RI068_MoulinPaul

On notera le mauvais état de la croix de béton qui ornait la sépulture lors de la prise de vue en 2005.
Un nouveau cliché pris en 2022, nous confirme que la croix a, depuis, été réparée.

MOULIN Paul de cluis à noeud les mines 01 (1)_2
Cliché Bernard GATY - Alain GIROD

Son nom figure sur le Monument de Cluis dont voici 2 clichés

 P1060926 P1060928_1

 Sa fiche sur le Mémorial du département de l'Indre (Cliquez ICI)

 

Que se passa-t-il au 68e RI vers le 27 mai 1915? 

Pour découvrir ce qui se passa les 25 et 26 mai à la cité Calonne, il est possible de s’appuyer sur diverses sources, les plus intéressantes sont bien évidemment les Journaux de Marche et Opérations (J.M.O.) des unités concernées.
L’objectif de l’attaque est d’enlever le secteur appelé « Les Ouvrages Blancs » qui est un secteur que les troupes allemandes ont fortifiés. Une mine a été creusée sous les lignes allemandes en prévision de l’attaque. L’assaut est lancé à midi 10 au moment où cette mine explose. La charge s’effectua au son du tambour et du clairon.
Pour le détail, je vous renvoie vers le J.M.O. du 68e R.I. consultable sur le site Mémoires des Hommes.

Il est à noter que dans ce J.M.O., un croquis des positions d’attaque est consultable (Sa pagination ne correspond pas au calendrier et se retrouve en fin de volume)

SHDGR__GR_26_N_657__bis_24__0073__T
Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Un autre plan avec la numérotation des points d'attaques, est consultable dans la Journal de Marche du 9e Corps d'Armée.

Dans les "Armées Françaises pendant la Grande Guerre" sur Mémoires des Hommes, 2 cartes sont consultables et concernent les Ouvrages Blancs en cette période de mai 1915

AFGG_TIII_Carte3_ExtraitAFGG Tome III Carte n°3 (extrait) - SDH/MDH

AFGG_TIII_Carte2
AFGG Tome III Carte n°2 (extrait) - SDH/MDH

Pour résumer voici ce qu’en dit la version héroïque de l’historique du régiment :

Fosse Calonne, 25 mai. - Après une période de demi calme, le 25 mai, à ces hommes qui se sont battus sans discontinuer, qui ont passé l'hiver dans une mer de boue, aux hommes de l'attaque du 9 mai, on allait demander un nouvel effort.
Le 25, à 11h50, le 68e attaque les Ouvrages Blancs dans le secteur de la Fosse Calonne. Le 3e bataillon s'empare de la première ligne ennemie et s'y maintient pendant deux jours. Laissons parler le communiqué officiel qui dit :
« Les échecs subis hier par l'ennemi, dans la région d'Angres et au nord du massif de Lorette, ont déterminé de sa part une réaction extrêmement violente. On s'est battu furieusement dans la soirée et pendant la nuit; nous avons conservé tous nos gains. Nos troupes ont fait preuve d'un courage et d'une ténacité magnifiques. Les Allemands ont d'abord contre-attaqué l'ouvrage conquis par nous au nord-ouest d'Angres et ont multiplié, pour le reprendre, des efforts acharnés. Malgré le bombardement exceptionnellement intense auquel nous avons été soumis, nous avons gardé la totalité de nos nouvelles positions. »
Et la consécration de ce succès, c'est la citation à l'ordre de l'armée du 3e bataillon :

Le 3e bataillon du 68e régiment d'infanterie, le 25 mai, sous l'impulsion énergique de son chef de bataillon, le commandant Potron, s'est emparé d’un ouvrage allemand fortement organisé et vaillamment défendu; s'y est maintenu pendant quarante-huit heures malgré un bombardement très violent, défendant le terrain pied à pied contre de nombreuses contre-attaques allemandes qui lui ont fait éprouver de fortes pertes.

Ce que ne dit pas l’historique officiel, ce fut la contre attaque, les bombardements et ce furent surtout les pertes du régiment.
Voilà telles qu’il est possible de les visualiser sur le J.M.O. du 68ème RI

CapturePertesJMO
Sources SHD JMO 68eRI 26N657-24

Et les voici telles que l’on peut les retrouver au travers des fiches du site Mémoires des Hommes :

CaptureMDHPertes

Paul MOULIN fut l’un d’eux.

Pourquoi le photographe était il là ce jour et pourquoi a t il pris ce cliché?

Le fonds Valois est un fonds photographique pris par des opérateurs patentés qui avaient pour but de documenter le conflit en cours.
Les clichés du fonds Valois nous intéressant possèdent tous un numéro de classement de la forme VAL304, VAL305, VAL306 …Cependant, il est à noter qu’il y a des discordances dans la numérotation des clichés. Ainsi, VAL305.066 date du 02/12/1917 alors que VAL305/064  date du 20/01/1918.

CaptureJCClassementValois

 

Pour notre petite enquête, les clichés sont situés en début de la série VAL305.
J’ai donc retenu une série de 42 photos, numérotées de VAL305/002 à VAL305/043 directement prises à Noeux les Mines et concernant la période allant du 21 mai 1915 au 23 mai 1915.
Ces 42 photos permettent de mieux visualiser le quotidien  d’une ville située juste à l’arrière de la ligne de front, les civils et surtout les militaires se côtoient.

Le fait marquant de ces journées pendant la période où fut présent le photographe des Armées fut un enterrement, mais pas celui de Paul Moulin et de ses camarades, mais celui du Général Jean Baptiste MOUSSY, qui était le chef de la 33e Brigade dont dépendait les 68 et 90e R.I.

Moussy

Son dossier de Légion d’Honneur sur la base LEONORE
Celui-ci décède le 21 mai 1915 à Grenay des suites de « Blessures de guerre ». Le J.M.O. du 9e Corps d’Armée, nous apprend que ses obsèques eurent bien lieue le 23 mai 1915 à 8h à Noeux les Mines.

CaptureJMO9eCA
SHD JMO 9e Corps d'Armée 26N131-2

 

Pour découvrir ce reportage photographique, je vous invite donc à vous rendre sur le site de la BDIC et de saisir les mots clés suivants dans le module de recherche :

VAL305 002, VAL305 003, …. jusqu’à  VAL305 0043 (Je vous laisse changer les valeurs dans la barre de recherche. Vous pouvez même continuer votre promenade en continuant la numérotation ... )

 

Une simple erreur de date en guise de conclusion?

Nous avons vu que si nous sommes sûr des dates de décès de chacun, tant général que simple soldat, il y a de fortes chances que l’opérateur se soit trompé dans la datation lors de la mise en album des clichés. Concernant la fiche matricule, l'erreur de date démontre l'importance des recoupements et du danger de ne s'appuyer que sur une seule source pour établir un fait.
Hormis ces erreurs que je qualifierais cependant de bénignes, il est intéressant de voir comment à partir d’un simple cliché, et à partir des sources mises en ligne récemment, il est possible de faire parler les images, de décrypter de vieux clichés et surtout de faire ressurgir la vie de ces combattants, mais aussi leurs morts.
Il est aussi à signaler qu'il est toujours agréable de se promener au gré des clichés souvent de qualités que ce fonds Valois contient.

 

Au terme de ce message, je tiens à saluer Stéphan AGOSTO, il comprendra. 12 ans, mon petit gars!
OK, c'était plutôt vers le 30 décembre, mais je préfère m'y prendre un peu à l'avance.

20 septembre 2022

Louis Meunier, le tambour-major du 90e (2011réactualisé 2022)

Régulièrement, je trouve de vieilles photos du 90ème RI. Il s'agit là d'une marotte parfois onéreuse, mais pleine de rebondissement. Bien que n'étant pas très physionomiste, il m'arrive de retrouver certains visages régulièrement.

Le dernier en date est un moustachu du 90ème RI. Pas n'importe lequel, un sous officier de la musique du régiment de Châteauroux. Par deux fois, j'ai diffusé son portrait via ce blog, mais cette fois, un troisième cliché le représente à nouveau. On fini par s'attacher.

Voici donc le tambour-chef Louis Meunier:

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Pourquoi lui? Où l'ai-je déjà vu?

Notre première rencontre se fit via l'album du régiment de 1904:


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Ensuite, deux cartes-photos me permirent de l'identifier nommément. Ces deux clichés le représentent avec ses hommes pendant des pauses casse-crôutes effectuées lors de manoeuvres en 1909 et 1910.
La carte de 1909 dont j'avais effectué la mise en ligne l'été dernier, est de sa main et permet de lui donner un nom.

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Pique-nique de la musique du 90e RI - 9 juin 1909

 


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Celle trouvée il y a moins d'un mois est celle qui a été le déclencheur de ce rapprochement. Encore lui! me suis-je alors dis.
Toujours en pîque-nique, voici à nouveau notre tambour-major:

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Louis Meunier, tambour-major de 1904 à 1910 connut il le conflit? La réponse malheureusement est très certainement oui, mais en l'absence de données concrètes, il est difficile de plus repondre.

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Rajout 30 juin 2011

Décidement, il y a des personnes comme le tambour-major Louis Meunier qui me poursuivent. Récemment, j'ai à nouveau mis la main sur une nouvelle carte où ce dernier apparait.

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L'intitulé "90e d'Infanterie - l'Ecole" est clair et précis. Notre tambour-major a en charge la formation des clairons et tambours du régiment.

La correspondance au verso est de l'ordre privé, mais nous permet de déterminer des éléments sur notre chef de musique.
Léon est vraissemblablement marié. La carte est signée "Julie Jeanne et Léon" et débute ainsi "Chers cousins". Nous sommes bien dans le cadre d'une correspondance familiale, mais rien ne certifie qu'il s'agisse bien de notre tambour, d'autant que se prénommant Louis, il serait bizarre de signer Léon.

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En réalité, il s'agit de la deuxième de ce type. Sur la précédente, je n'avais pas prêté attention à la signature "JJ et Léon"

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Dans les deux cas, la carte est adressée à la même famille (Cousins, famille) ou peut-être des amis.

A quand de nouvelles informations concernant Louis Meunier? Je ne sais. En attendant, je passe le blog en mode "vacances" et vous retrouverai certainement aux alentours de fin août, début septembre.

Rajout 20 octobre 2012

Il y a des personnes qui vous poursuivent, Louis Meunier est de ceux-là.
Regardez bien, il est là au centre de cette carte des sous-officers du 90e RI en 1906, au premier rang.

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Il s'agit donc de la quatrième photo où apparait notre tambour-major favori.

Rajout 12 juin 2015

Décidemment Louis Meunier devient la mascotte du forum. Il y a moins d'une semaine, j'ai trouvé un cinquième cliché le concernant. Ce cliché possède le même tampon encreur que sur le cliché en extérieur diffusé en 2011 où se trouve indiqué " 90e d'infanterie - L'école"

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Malheureusement, le texte accompagnant ce dernier cliché n'apporte pas d'élément supplémentaire.

Rajout 20/09/2022

Dernière nouvelles, une petite mise à jour s'impose. La fiche matricule retrouvée aux AD36, il est possible de prénommer notre tambour major. Nous avons là Louis MEUNIER, natif de Châteauroux et qui épousa aussi à Chateauroux, en 1901, Albertine Jeanne BEAUDET.
Je reviendrai plus tard avec des données complémentaires.


Sources:
Collection personnelle de l'auteur

 

 

25 août 2022

« Je compte encore du 587 demain matin après le jus et la Fuite » Auguste Loppe, les fantômes de la classe 1911

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Il est une classe d’âge que je m’efforce d’étudier, c’est la classe 1911 car elle est celle qui resta certainement le plus longtemps sous les drapeaux. Après avoir effectué un relevé statistique complet de la classe 1911 du recrutement de Châteauroux, j’avais étudié l’été dernier un cliché lié au conseil de révision à Levroux, de cette même classe.

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Cette année, je souhaite m’intéresser à un cliché récemment acquis qui concerne un soldat classe 1911 du 90e RI pendant l’année 1913, au-delà, je souhaite suivre son parcours qui fut particulier. Je vais donc m’appuyer sur un cliché souvenir de manœuvres terrain et dont la correspondance est datée du 9 février 1913, à Châteauroux.

Tout d’abord, certains lecteurs me demanderont pourquoi utiliser le terme de « fantômes » dans le titre de l’article ? Il s’agit là de ma première impression lorsque je découvris le cliché (voir photo ci-dessus). La présence de la brume, les visages flous et parfois tout juste visibles m’ont immédiatement donné cette impression. Cette impression se renforça toutes ces études et surtout tous ces soldats sont mes fantômes de cette période. On les connait, on les ignore, on les découvre, on les oublie. Ils ne me laissent pas indifférent.

C’est donc pour cela que j’ai entrepris l’étude du cliché, de la correspondance et ce d’autant que le soldat « expéditeur du courrier » était parfaitement identifiable et de la classe 1911.
Voici donc la carte que nous allons analyser :

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Un groupe de 20 soldats pose pour le photographe alors qu’ils sont en sortie terrain et qu’ils sont en train de manger. Un point particulier est à signaler dès à présent. Concernant l’image entière, on note la présence d’un repère que j’avais sciemment enlever dans le cliché « fantôme ». L’expéditeur du cliché se signale, il est donc aisé d’identifier LOPPE Auguste. Je reviendrai un peu plus tard sur son cas personnel.

Dans le détail, le groupe est constitué de 20 soldats, sur la plupart des uniformes, aucune marque nette de grade est visible. Seul le soldat assis à côté de la gamelle est un caporal. Dans tous les cas, nous avons affaire à des militaires du rang.
L’unité est rapidement identifiée, il s’agit du 90ème Régiment d’Infanterie, qui est en garnison à Châteauroux (Caserne Bertrand)

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Même s’il y a ici plus de personnes que dans l’effectif théorique, nous avons vraisemblablement ici affaire à une section d’infanterie. Suivant les règlements, l’escouade est l’élément organique le plus simple d’un régiment d’infanterie, elle est composée de 13 à 15 soldats et on trouve un caporal à sa tête (effectif de guerre). Cet effectif est ramené à 8 soldats en temps de paix. La structure de temps de paix est donc complétée au moment de la Mobilisation par l’arrivée des réservistes des classes les plus récentes.
Dans l’organigramme régimentaire réglementaire, il est nécessaire d’avoir 2 escouades pour former une demi-section (Sergent), deux demi-sections pour former une section (Lieutenant, S/Ltn ou Adj.) et 4 sections pour former une compagnie (Capitaine).
Le règlement stipule très exactement:


Article II – Formations de la section, Rassemblement, Marche sans cadence.
134 – La section comprend 2 escouades en temps de paix et quatre en temps de guerre ; elle se subdivise alors en demi-sections.
La section se rassemble et manœuvre en ligne sur deux rangs et en colonne par quatre.

 

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L’idée de l’escouade est confirmée par le rôle que tient le caporal. Etant le plus gradé, il a pour responsabilité de s’assurer que son groupe est convenablement nourri, logé, …. Sur le cliché, son rôle de responsabilité est confirmé par son attitude. Il est à côté des deux gamelles et du bouthéon, s’assurant de la bonne cuisson.

S’il s’agit bien de 2 escouades de temps de paix, il devrait y avoir un deuxième caporal parmi les militaires présents, mais le cliché ne permet d’identifier clairement si d’autres grades sont présents.

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Le caporal à gauche (Galon rouge en diagonale de bas de manche)

Nous sommes vraisemblablement le matin et il s’agit de l’heure du jus ou bien celui de la soupe. Le repas semble léger.
Les quarts et les gamelles sont de sortie. On a aussi sorti les miches de pain qui viendront compléter l’alimentation. Certains ont sorti le couteau et s’apprêtent à couper allègrement les miches.

Chaque soldat, dans sa dotation individuelle se voyait remettre une fourchette et une cuillère. Ces couverts étaient règlementaires. Le couteau est individuel et chaque soldat se devait de se fournir son propre canif. Dans le cadre des attributions individuelles, ils se voyaient aussi attribuer un quart individuel modèle 1865 et une gamelle individuelle modèle 1852.
Le bouthéon et la grande gamelle sont des équipements collectifs typiques du bivouac. La dotation réglementaire prévoyait 2 jeux pour une escouade soit 2 grandes gamelles et 2 bouthéons modèle 1887.
Concernant les tenues, les effets d’habillement sont réglementaires, ainsi que les brelages, cartouchières, ceintures, musettes. Nous avons bien affaire à des appelés affectés dans un régiment d’active, ceci à mettre en opposition avec certains clichés montrant des réservistes en sortie terrain avec des équipements déclassés.
Un soldat possède une ceinture en bandoulière que je n’ai pu identifier. Si un lecteur de cet article a une idée …

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Ce type de cliché possède une symbolique importante. Si elle constitue un souvenir d’une manœuvre avec les « copains » de la classe, elle possède aussi une signification induite. Tous ces gestes sont importants. Les soldats au travers de leurs poses envoient un message au photographe ou plutôt aux destinataires du cliché. Ces destinataires seront bien souvent la famille.
« Tout va bien », « Regardez comme on mange bien » …

Sur le cliché, il est un personnage qui m’intrigue et qui est au premier plan au centre. Il ne porte aucune gamelle, aucun quart. Il n’a pas de marques de grade, mais son attitude, bien positionné au centre, traduit un personnage important pour le groupe. A la main, il semble avoir une sorte de carnet, peut-être un portefeuille. Une intuition me dit que nous avons là le commanditaire du cliché. Celui-ci, un peu plus fortuné que ses camarades, a hélé le photographe de passage et à effectuer la commande du cliché souvenir, tout en ayant prévu plusieurs tirages qu’il a ensuite remis à ses camarades proches.
Il est à noter que le passage du photographe n’était pas nécessairement fortuit. Non, dans la campagne berrichonne, on ne rencontre pas des photographes au détour d’un chemin. Certains de ces professionnels se déplaçaient en suivant les troupes et proposaient ainsi leur service photographique aux soldats rencontrés sur le terrain. Le militaire étant un bon client, avide de souvenirs du temps passé avec les « copains » de régiment.

Après avoir détaillé le cliché, intéressons-nous donc maintenant à notre expéditeur, Auguste LOPPE.
Commençons par l’étude du texte de la missive.

« Châteauroux le 9 février 1913
Chers oncle et tante
Je mets la main à la plume pour vous donner de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes et je désire que ma carte vous trouve de même. Vous pouvez dire que je suis un peu flémard pour vous écrire. Enfin je vous dirai que je suis bien accoutumé au métier par force je vous envoie ma tête un jour que l’on a boulotter en plein air.
Votre neveu qui vous embrasse Loppe Auguste au 90e de Ligne 11e compagnie Châteauroux (Indre) »

A ce texte, il ajoute « Je compte du 587 demain matin après le jus et la fuite »

Le texte est anodin, il n’y a pas grand-chose à en tirer, si ce n’est qu’il nous informe du nom de l’expéditeur marqué au recto et nous donne son affection dans une compagnie d’active. Nous avons bien affaire à un appelé au service militaire. A partir des données, sa fiche matricule est très rapidement retrouvée grâce à la première recherche qui consiste à se poser la question « A-t-il survécu au conflit ? » La réponse est rapide et négative. Il est décédé en 1918 au sein du 68e Régiment d’Infanterie, le régiment frère de brigade et basé au Blanc et à Issoudun.

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A partir des données de la fiche Mémoires des Hommes, il ne reste qu’à rechercher la fiche matricule qui se trouve aux archives départementales d’Indre et Loire.

https://archives.touraine.fr/ark:/37621/lps9bj20vr34/14770b05-ec01-4a35-a91d-bd8d541731c2

Avant de continuer l’analyse, il est nécessaire de rappeler que l’effectif principal d’un régiment d’active, avant le conflit, n’est pas nécessairement lié le bassin local (départemental) mais qu’il faut chercher bien souvent dans la région militaire, voir la région militaire voisine. A titre d’exemple, la classe 1911 de recrutement Châteauroux se trouvait répartie ainsi au moment de son incorporation au service militaire (les proportions seront les mêmes au moment de la mobilisation d’Août 1914) :
Ainsi, pour les 1724 soldats du recrutement de Châteauroux, classe 1911, seuls 7,37% sont affectés au régiment de ce même bureau. 

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Présentons maintenant Auguste LOPPE et son parcours.

Auguste LOPPE (Loppé) est né le 27 octobre 1891 à Chenu dans la Sarthe, Il est fils de Auguste Pierre et de COMPAGNON Madeleine. Au moment de sa conscription, en mars 1912, il demeure à Villiers au Bouin dans l’Indre et Loire. Il demeure là avec ses parents. La conscription eut lieu au chef-lieu de canton à Château-la-Vallière pour une incorporation au mois d’octobre suivant. Sa fin de service militaire est donc programmée pour octobre 1914, la classe 1911 n’étant pas concernée par le passage aux 3 ans de service au lieu de 2.

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Son niveau d’instruction lui permet une correspondance sans trop de fautes et d’une écriture aisée. D’après sa fiche matricule, il a un niveau d’instruction 3 (Sait lire, écrire et compter). Cette information était transmise par l’instituteur à la mairie au moment de la préparation des dossiers en vu du conseil de révision.
Il est donc incorporé au 90e Régiment d’Infanterie à compter du 8 octobre 1912.

Cela fait donc 4 mois que Auguste est sous les drapeaux lorsque le cliché présenté est pris. Notre soldat n’attend qu’une seule chose, la « Fuite » dans 587 jours, il compte déjà le nombre de jours qui lui reste à effectuer jusqu’à son retour à la vie civile en octobre 1914.

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Mais très rapidement, la chance va tourner. Alors que tout va bien en février 1913, au moment du cliché, la fiche matricule nous apprend qu’en octobre 1913, Auguste est réformé n°2 par la commission de réforme de Châteauroux et ce pour « tuberculose pulmonaire ». La réforme n°2 sous-entend que la cause de réforme n’est pas liée au service. Il est donc renvoyé chez lui.

BNFGallica_ReformeN2_Septembre1915
Sources Gallica BNF

 

Arrive la tempête d’août 1914. Réformé, Auguste n’est donc pas concerné par la mobilisation au contraire de ses camarades restés au service, qui, eux, voient au fil du temps, disparaitrent leurs espoirs de libération pour octobre 1914.
Si Auguste n’est pas concerné par la mobilisation et l’entrée en guerre, il est très rapidement concerné par les conséquences de cette entrée en guerre. Au vu des très nombreuses pertes, il apparait très rapidement qu’il va falloir revoir les motifs d’exemption, de non-envoi au service armé. Il faut des renforts, quite à reconsidérer les modalités et les critères des exemptions jusqu'alors attribuées. Vulgairement, "on racle les fonds de tiroir".
Dans un décret en date du 9 septembre 1914, rappel tous les exemptés et réformés à passer devant un conseil de réforme afin de valider ou non la cause de réforme. Dans le cas de la non-validité de la cause de la réforme, le soldat est soit classé Service Armé, soit Service Auxiliaire.

BNFGallica_CommissionReforme_Septembre1914
Sources BNF Gallica

 

A ce titre, Auguste LOPPE passe devant le conseil de révision d’Indre et Loire le 12 octobre 1914. Le conseil maintient la cause de réforme liée à la tuberculose qui le rend inapte au service actif, Auguste reste donc chez lui.
Le temps passe, les pertes de l’armée française continue d’augmenter, la non présence au front de certains font que en 1915 avec la loi DALBIEZ puis en 1917 avec la loi MOURIER, la pêche à l’embusqué continue et se renforce. Des campagnes de presse sont régulièrement lancées pour débusquer l’embusqué.

La loi Dalbiez :

BNFGallica_LoiDalbiez1915
Sources BNF Gallica

https://combattant14-18.pagesperso-orange.fr/Club14-18/Methodologie/Dalbiez.html

N° 8961. - Loi assurant la juste répartition et une meilleure utilisation des hommes mobilisés ou mobilisables.
Du 17 Août 1915.
(Promulguée au Journal officiel du 19 août 1915.)

LE SÉNAT ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS ONT ADOPTÉ,
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE PROMULGUE LA LOI dont la teneur suit :

ART. 1erLes hommes qui, en vertu de l'article 142 de la loi du 21 mars 1905, sont autorisés à ne pas rejoindre leur corps immédiatement ou sont mis à la disposition des ministres de la guerre ou de la marine, ainsi que ceux placés en sursis d'appel pour le service des administrations publiques (État, départements, communes), seront, s'ils n'appartiennent pas au service auxiliaire ou à la réserve de l'armée territoriale, incorporés après avoir été remplacés conformément aux dispositions de l'article 2 ci-après. Si leur remplacement est de nature à entraver le fonctionnement des services, ils pourront être maintenus à leur poste, par une décision motivée du ministre de la guerre, sur la proposition du ministre compétent.

La loi Mourier:

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Sources BNF Gallica

https://combattant14-18.pagesperso-orange.fr/Club14-18/Methodologie/Mourrier.html

N° 10762. - Loi relative à la visite, par les commissions spéciales de réforme, des exemptés et réformés du 20 Février 1917
(Promulguée au Journal officiel du 21 février 1917)

LE SÉNAT ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS ONT ADOPTÉ,
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE PROMULGUE LA LOI dont la teneur suit :

 ART. 1er. Tous les hommes exemptés ou réformés n° 2 avant la mobilisation, appartenant aux classes 1896 à 1914 incluse, qui ont été visités par application du décret du 9 septembre 1914, ratifié par la loi du 30 mars 1915, et maintenus dans leur position, seront soumis à l'examen de commissions de réforme, dont la composition est déterminée à l'article 2.
Ces hommes devront faire, dans le délai de quinze jours à partir de la promulgation de la présente loi, une déclaration de situation militaire à la mairie du lieu de leur résidence actuelle.

 

A propos de la « chasse aux embusqués », je conseille la lecture de l’article Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Embusqu%C3%A9

Pour la troisième fois, Auguste passe donc devant une commission de réforme, celle d’Indre et Loire, qui le 26 mars 1917 le déclare apte au service. La tuberculose pulmonaire qui le frappait a soit été guérie, soit à été ignorés par le conseil de révision. Ce d’autant qu’il s’agit au réformé de fournir les pièces justificatives prouvant sa maladie et donc sa réforme.
Auguste est donc rappelé au service au sein du 66e Régiment d’Infanterie de Tours, qui est d’ailleurs son unité départementale où il arrive le 23 mai 1917. Par décision de la 9ème Région Militaire, il passe au 68e RI à compter du 18 octobre 1917. Sur la fiche matricule, rien n’indique le moment où celui-ci est affecté en première ligne.
Sous le drapeau du régiment d’Infanterie du Blanc, il participe aux combats et tombe le 25 août 1918 à L’Orme de Montécouvé, dans l’Aisne.

A propos de la bataille de l’Aisne et des combats de l’Orme de Montécouvé, les participations des 68 et 90e RI
http://indre1418.canalblog.com/archives/2020/04/23/38226082.html

Que devint Auguste Loppé ? Aucune dépouille ne fut rapatriée, aucune dépouille ne fut inhumée tant au pays que sur le champ de bataille.
la transcription de son décès est bien dans les registres de l’état-civil de Villiers au Bouin (37), cette transcription est accessible via le site des Archives Départementales de l’Indre et Loire.

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Sources AD37

Auguste figure sur le monument de Villiers au Bouin (37).

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On notera au passage sur ce monument récent que Auguste LOPPE est classifié sous l’entête de la bataille de la Somme (sic).

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Auguste Pierre LOPPE (1891-1918)

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Le cimetière provisoire de Montécouvé

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Général Dubail, Maréchal Fayolle, "La guerre racontée par nos généraux" (1920).

 

Quelques sources consultées ou à consulter:

  • Manuel d’Infanterie à l’usage des sous-officiers et caporaux – Editions Charles Lavauzelle – 1911
  • Mirouze – Dekerle – L’armée française dans la première guerre mondiale – Uniformes, équipements, armements (Tome 1) – 2007
  • Gazette des uniformes – L’uniforme du Poilu 1914-18 HS n°19 – 2005
  • Gazette des uniformes – L’équipement du Poilu 1914-18 HS n°24 – 2008
  • Indispensable, le site de Arnaud Carrobi: https://combattant14-18.pagesperso-orange.fr/
  • Le scandale des embusqués. Le Parlement français dans la tourmente (1914-1918) – Charles Ridel 2008https://www.cairn.info/revue-parlements1-2008-2-page-31.htm
  • Les monuments aux Morts - Lille3 https://monumentsmorts.univ-lille.fr/

 

1 août 2022

A Châteauroux, Le Blanc, Ardentes, Argenton et Eguzon: Les témoins de la mobilisation d'août 1914.

En novembre 2014, un cycle de conférence se tint à Châteauroux sous l’égide du Centre de recherches, d'études et de documentation de l'Indre (CREDI). Jean Pierre Surrault, président du CREDI, me confia la lourde tâche de faire l’ouverture de la journée, en ayant pour mission de présenter la mobilisation militaire d’août 1914. Après en avoir écouté la captation audio qu'un ami et collègue en avait fait, je me suis replongé dans les témoignages d'alors. Ce fut très rapide car, ceux-ci sont peu nombreux et de plus, sont assez brefs. Ils méritent cependant une mise en valeur.
La conférence avait fait l’objet d’une publication en 2016, au travers d’un ouvrage reprenant les versions écrites de chaque intervention. Je ne vais pas reprendre ici mon texte d'alors, mais juste en extraire la partie liée aux témoignages, juste histoire de hûmer et d'apprécier le parfum de cette période.

Le 1er août 16h00, un télégramme annonçant la mobilisation pour le lendemain est envoyé par le Ministère de la Guerre. Les unités militaires sont destinatrices de ce télégramme qui est aussitôt transmis au chef de corps.

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L'arrivée du télégramme à la caserne Bertrand de Châteauroux- SHD Journal de Marche du 90eRI 

 

En parallèle, ce télégramme est envoyé dans toutes les brigades de gendarmerie de France, chaque brigade de gendarmerie correspondant à un canton. Aussitôt, les gendarmes sortent de leur coffre-fort les enveloppes contenant les consignes à tenir en cas de mobilisation générale.
Dans cette enveloppe, les gendarmes trouvent un certain nombre d’affiches qui sont à placarder dans les communes desservies par la brigade. L’affiche de la mobilisation est accompagnée de celle ayant trait aux réquisitions. Avant d’être placardée par les gendarmes, l’affiche, d’un type imprimé en 1904, est complétée de la date effective de la mobilisation.
Une fois avertie soit par télégramme ou par les gendarmes, les municipalités font sonner le tocsin pour avertir les habitants du drame se jouant.

A propos de l'arrivée dudit télégramme dans les communes et de l'apposition des affiches de mobilisation, il est intéressant de se reporter aux documents mis en ligne par le site "Le Blanc 1418 à travers les archives"

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Extraits sources:  "Le Blanc 1418 à travers les archives"
Cliquez sur les images et profitez-en pour regarder en amont et en aval du message du 2 août

En même temps, du côté d'Ardentes et de Châteauroux, voici comment Eugène Hubert, l’archiviste départemental, décrit la situation :

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Notes Eugène Hubert AD36 R971

"Samedi 5 heures du soir - Ardentes. Proclamation de la mobilisation : vicaire d'Ardentes sonnant du clairon ; un des chantres, Aucouturier, en bras de chemise, battant du tambour, suivi d'une troupe de gamins ; le tocsin... Tristesse générale ; groupe de femmes les yeux mouillés de larmes, grande résignation, grand élan parmi les groupes d'hommes... Idem à Châteauroux. Temps superbe, sur la route d'Ardentes à Châteauroux, les moissons à peine commencées, trois faucheuses mécaniques seulement aperçues sur la route. Vers Clavières, à 5 heures, un conducteur de machine me dit « on prend mes chevaux après demain » (donc il était déjà avisé de la réquisition).
Châteauroux, samedi soir, voir Journal du Centre. Grand enthousiasme sur la place, retour de la retraite au flambeau, cris nourris de « Vive l'armée, etc ». Entrain admirable.
Samedi - Il est arrivé à Châteauroux, depuis midi jusqu'au soir, une quantité considérable de trains de voyageurs, venant de Paris, les vigies, les water-closed, les fourgons, pleins de voyageurs comme dans le métro. Dimanche, idem. Capitaine Beulay parti le dimanche pour Le Blanc à 5 heures ; pas de billet de quai.
De samedi, bruits stupides - Attaque par les Prussiens du fort de Longwy, 30 000 Allemands massacrés, 3 000 Français. Zeppelin allemand crevé par un avion qui se laisse choir dessus à Belfort (tirage au sort des aviateurs qui devront sacrifier leur vie pour détruire les dix zeppelins allemands (voir « la guerre fatale »). De tous côtés, on arrête : Châteauroux, des espions allemands qui déboulonnent les rails et placent des cartouches de dynamite pour faire sauter le pont de Notz et le pont de La Châtre. L'espion prussien, officier (pont de La Châtre), sera fusillé ce soir au verger le 4 août 1914. Alabonneau, mort depuis un an, a été tué le 2 août à Lothiers au moment où il déboulonnait les rails de chemin de fer et coupait les fils télégraphiques.

[Dimanche 2 août 1914]
À l'usine Balsan, les territoriaux et réservistes de la territoriale restent pour fabriquer du drap de troupe.
Prix des denrées - Tous se précipitent dans les épiceries pour acheter des provisions, le sucre est rare. Tandis que les Docs du Centre le vendent 16 sous au lieu de 14, Belloy le vend 24 sous. Les commandes d'épicerie sont tellement nombreuses que les épiciers ferment leurs boutiques pour avoir le temps de livrer. Je connais tel bourgeois qui le dimanche m'a montré une facture d'épicerie de 260 francs.
Idem pour le charbon sans augmentation de prix"

Notre archiviste départemental, soucieux et conscient du moment historique de l'instant, pousse son action de collectage jusqu'à récupérer des affiches et documents dans certains établissements réquisitionnés pour loger la troupe mobilisée qui ne cesse d'affluer à Châteauroux.

AD36_EugeneHubertAffiches_R971 Documents trouvés à Léon XIII - AD36 - R971 - Fonds Eugène Hubert

Au sud du département, une scène digne des grands moments des livres d'histoire se produit à Eguzon. On y joue l'union sacrée, elle y est de rigueur. Voici ce qu'écrit Alfred Garreau, le propriétaire de l'hôtel de France dans son journal, ce dernier est aussi officier de réserve et sera ensuite mobilisé au 65e Territorial de Châteauroux.

EguzonGarreau

« Eguzon 1 août 1914 La mairie est avertie par un télégramme, les affiches sont posées, le tocsin sonne, tous les habitants de notre petit bourg sont sur le pas de leur porte ; dans les rues, les femmes pleurent, et, pourquoi le taire, les hommes ont aussi les larmes aux yeux.
J
e cours aussitôt préparer mes effets militaires et faire ma valise, puis je redescends car je ne rejoins mon corps que le 2e jour, c’est-à-dire demain.
Dans la rue, je trouve Monsieur Dauthy, maire d’Eguzon, un vieil adversaire politique auquel je n’ai adressé la parole depuis bien longtemps. Il est très ému, me serre la main, et nous causons un moment sur la réconciliation nécessaire de tous les Français dans un moment aussi critique.
Triste soirée, que celle de ce 1er août 1914, car, quoique les affiches mentionnent : « La mobilisation n’est pas la guerre ! », nous savons bien que nous ne pouvons pas l’éviter. »

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Indépendant du Berry 7août 1914 - BNF Gallica



Au même moment, cette fois, à Argenton, Raymond Rollinat, comme tous les jours complète ses carnets:

« Argenton, Dimanche 2 août 1914 premier jour de la mobilisation. Un détachement de 12 hommes réservistes du 90e vient à Argenton pour le service d’ordre de la gare.
Des commerçants d’ici ayant augmenté leurs denrées dès le début de la mobilisation, M. le maire, Léon Pacton, les a, de suite, rappelé à l’ordre … ».

Fait remarquable, en tant que photographe amateur, il réalise alors une série de clichés dont un, représentant le voisin de Raymond Rollinat, Eugène Brisse posant avec sa fille, devant l’affiche de mobilisation et celle des réquisitions et qui ont été collées sur la bascule du champ de foire, dès l’annonce de la mobilisation. Il photographia aussi le départ des réservistes à la gare d'Argenton.

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 Si Raymond Rollinat prend en photo le départ des mobilisés, il est intéressant de connaitre le témoignage de l'un d'entre eux, comme l’écrit Alfred Garreau, ensuite vint le temps du départ :

« Eguzon L’aurore du 2 août me trouva debout ; la nuit a été mauvaise, et il me fallait songer au départ. Je repris mon uniforme que j’avais quitté si peu de temps avant, mais cette fois pour combien de jours ? trois mois ? quatre mois ? la fin de l’année peut-être ? Dieu que ce serait long une telle absence loin des siens !
La voiture est prête, c’est fini, adieu à tous, et, avant que les larmes ne coulent, la route.
J’arrive à la gare. Déjà un certain nombre de réservistes sont là, et je décide de monter avec eux pour abréger la route. La plupart sont tristes d’avoir quitté femmes et enfants, mais le moral semble bon, et puis, ils espèrent que tout sera finit rapidement … »

 MontageEguzon_Gare


 

 Les soldats, les sous-officiers et officiers de réserve rejoignent donc leur garnison tant à Châteauroux, Le Blanc ou Issoudun, mais aussi parfois situées dans d'autres régions militaires. En chemin inverse, des berrichons de Paris, notamment, reviennent au "pays" et rejoignent directement les casernes du département. Il en est de même pour certains officiers de réserve appelés à former l'encadrement des 68e, 90e, ainsi que leurs régiments de réserve (268e et 290e RI) et territoriaux (65e et 66e RIT). Le même schéma se produit pour les unités castelroussines comme le 9e Escadron duTrain, le dépôt de la 9e Section d'Infirmiers Militaires ou au dépôt d'artillerie de l'avenue des Marins.
Ainsi, un officier parisien, le lieutenant Sohier, mobilisé au 290e RI et qui a déjà effectué des périodes d'exercices à Châteauroux nous raconte cette arrivée:

 "Châteauroux. - La ville qui m'était toujours apparue morne et quasi déserte, est grouillante à mon arrivée. Plus de place dans les hôtels; les rues sont peuplées d'une foule un peu tourbillonnante jusque tard dans la nuit. Du mouvement, voire même de l'agitation, mais pas de bouillonnement véritable; c'est là ce que je constate. Est-ce l'anxiété du drame attendu qui coiffe les esprits? Certes, on prépare un douloureux départ. Mais à Paris aussi, et pourtant les vibrations des cœurs étaient souvent bien sonores là-bas. Non. Ici nous sommes dans le Berry, et le Berry impose son impassibilité fataliste dès que l'on y pénètre
Dès le premier soir le régiment de l'active s'embarque. Il quitte la caserne à la nuit tombée, musique en tête, drapeau déployé. A la lueur des phares d'acétylène il s'est préparé. Il défile superbement dans la ville éclairée. Les Berrichons sont remués presque jusqu’a l'enthousiasme, juste ce qu'il faut pour acclamer. Rien de trop, et le spectacle revêt une grandeur calme, émouvante.
Puis ce sont les préparatifs du départ du régiment de réserve. Je suis affecté au service téléphonique. Il faut connaître les hommes, le matériel. Les hommes : braves gens sur qui on peut certainement compter. Le matériel : c'est avec cela qu'il faudra faire quelque chose ? Car je veux faire quelque chose, je m'imprègne de mon rôle, je pompe ma théorie. Dans la guerre moderne quel rôle merveilleux devra jouer le téléphone! Oui, c'est bien cela..., je vois, j'imagine les diverses situations possibles. Puis je regarde, morne, le matériel. Quatre vieux appareils et quelques bobines de fil verni, quasi rigide. Je reste rêveur, un peu découragé. On verra bien."

En parallèle, à Châteauroux, le sergent-fourrier Marc MICHON nous raconte sa « mobilisation » alors qu’il est déjà sous les drapeaux et s’en revient à peine d’une manœuvre au camp de la Courtine avec des éléments du 90ème RI.

"Au retour de la Courtine, que nous fîmes par voie ferrée, j’eus enfin la joie d’avoir une chambre pour moi tout seul. Par l’intermédiaire d’un camarade, j’empruntai cent francs à une banque de la rue Grande, afin de pouvoir m’installer confortablement. Je fis repeindre les murs, cirer le parquet et suspendis au mur une reproduction d’un tableau d’Eugène Delacroix que j’aimais beaucoup : « Entrée des croisés à Constantinople.
A peine avais-je fini mon emménagement qu’une avalanche nous tomba sur la tête. Le premier août 1914, vers cinq heures de l’après-midi, une affiche blanche était apposée à la mairie et à l’hôtel des Postes : La mobilisation générale était déclarée.
Le premier août au soir, je gagnais Buxières à bicyclette pour aller embrasser les miens. Mon père, lui aussi avait collé la grande affiche blanche sur la porte. A l’église, le tocsin sonnait sans arrêt ; ma mère, mes sœurs pleuraient. Dans la nuit, le cœur en écharpe, je regagnai la caserne Bertrand.
Longtemps à l’avance, le plan de mobilisation avait déterminé le poste que chacun devait occuper et fixé jour par jour, heure par heure, ce qu’il convenait de faire. Etant sergent-fourrier, j’étais appelé à prendre ce poste à la 19e compagnie du 290e régiment d’infanterie, le régiment de réserve du 90e. Ainsi le destin avait voulu qu’au lieu de partir à la guerre avec mes camarades de l’active, je fusse désigné pour combattre avec des réservistes.
Malgré les événements, déclaration de guerre de l’Autriche à la Serbie, mobilisation russe et allemande, puis mobilisation française, certains voulaient encore garder l’espoir. « La mobilisation n’est pas la guerre. » Mais je ne partageais pas leur optimisme.
Tout se passait dans l’ordre. La mobilisation avait été préparée jusque dans ses moindres détails et la machine, bien huilée, tournait rond. Les corvées partaient aux heures prescrites chez l’armurier, à la manutention, pour toucher armes, munitions et vivres. Je garde le souvenir de montagnes de boites de conserve et de sucre cristallisé et je n’ai pas oublié l’odeur poivrée des potages condensés, ni celle, entêtante de la naphtaline dans le magasin d’habillement.
Au jour et à l’heure dite, chacun remplissait la tâche pour laquelle, dès le temps de paix, il avait été désigné et, bientôt, tous nos réservistes furent habillés, équipés et armés. La 19e compagnie put alors se rassembler dans la cour du quartier, sous les ordres lieutenant De la Varenne, afin de présenter les armes au régiment d’active qui partait s’embarquer. Mes meilleurs camarades me quittaient, Vidal, Theuret, Couvrat et Lavaud qui venait d’être admis à Saint-Maixent et avait été nommé aspirant la veille.
Un jeudi, mon père vint au quartier pour me voir une dernière fois. Je l’accompagnai dans la rue George Sand jusqu’à l’angle de la rue de la Manutention. Le moment était venu de se quitter. Il ma prit dans ses bras et, d’une voix qui tremblait d’émotion, me dit : « Va mon petit, fais ton devoir ». Puis, après m’avoir glissé deux Louis dans la main, mon père s’éloigna d’un pas lourd, sans se retourner pour ne pas me montrer ses larmes et je revois ses épaules un peu voutées qui marquaient tout le poids de sa peine.
Quelques jours plus tard, le treizième de la mobilisation, le tour arriva pour le 290e de s’embarquer. Entre deux haies serrées de femmes, d’enfants, de vieillards, sous les acclamations, nous gagnâmes la gare au pas cadencé".

marc-michon
Marc Michon (1893-1982)




 

RI068_Mobilisation_3eSectionMitrailleuses_Recto2
La 3ème section de mitrailleuses, au Blanc, la veille du départ pour le front

Monsieur Alexandre Triptolème
à Brissais Canton de Béruges
par Poitiers Vienne

J’ais reçu votre argent. Je vous en remercie beaucoup nous partons ce soir sur les 2 heures pour la frontière mais ne vous faites pas trop de chagrin pour moi car j’ai tout espoir de revenir
Votre fils qui vous aimera toujours Emile Triptolème
N’écrivez pas on ne peut déjà pas recevoir les lettres
Je vous conseille de garder cette carte avec précaution car ce sera un souvenir pour plus tard.


 

SIM009_9eSection_Phemoland_19140811_RectoNB
Une ambulance de la 9ème section d'Infirmiers en partance de Châteauroux


 

RIT066_1914_DepartSoldats_recto


Des "pèpères" du 66e RIT du Blanc prêts à en découdre et à aller chercher la "tête à Guillaume"

C(h)er camarade je
par demain chercher la
tête à Guillaume pour
t en apporter un petit morceau
pour en faire manger les chiens


 

Pour des raisons de praticité, d'organisation, il n'était pas possible de faire venir tous les mobilisables dès le 2 août dans les casernements, l'appel se fit donc sur plusieurs jours jusqu'au 16 aout 1914 suivant le profil tant du soldat que de son unité à laquelle il était rattaché. La date étant indiquée sur le livret de mobilisation propre à chaque soldat "Mobilisable le 3ème jour ...".

 Capture31_TableauConcordance

Sources biblio:
Alfred GARREAU - Mes mémoires de guerre - Auto-édition familiale 2011
E. SOHIER - 1914-1915 - Auto-édition non datée
Marc MICHON - "Mes guerres et mes prisons" Imprimerie Lecante - Guéret 1980


 

109530664
Credi-Editions, 90 boulevard François Mitterand, 36000 Châteauroux Tel. 02 54 08 52 92.

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14 juillet 2022

Fêtes de la Victoire, le 14 juillet 1919 à Argenton et Clion

Après le conflit, vient le temps des commémorations, de la joie du retour des soldats, de la peine du retour des défunts. Les soldats survivants seront progressivement démobilisés entre novembre 1918 et juin 1920 pour les classes les plus "jeunes". Sur ce blog, nous avons déjà abordés le retour des unités par le biais du retour du 90e RI à Châteauroux le 24 août 1919. Concernant les défunts, des retours de corps furent organisés dès 1921, sous la pression des demandes de famille.

Cet été 1919 fut un long chemin mémoriel menant à ce retour. 6 mois sont passés et on fédère la population autour des soldats survivants, mais aussi autour de ceux dont ont fait le deuil.
Dans le cadre d'un autre message, nous avions évoqué les Fêtes de la Victoire qui se tinrent dans les communes avec pour exemple l'analyse des clichés du 3 août 1919 à Martizay.

Martizay: Fêtes de la Victoire, le 3 aout 1919 (Réactualisé 2020)

Aujourd'hui, je souhaite m'intéresser au premier volet de ces Fêtes de la Victoire qui se tinrent le 14 juillet 1919.
La Fête Nationale sert alors de moment de rassemblement autour des soldats et de l'armée française, tout en restant une fête populaire "traditionnelle", au contraire du 3 août 1919 plus réglementaire et plus mémoriel.

Pour débuter,  voici un cliché issu de ma collection personnelle et concernant Clion et sa version du 14 juillet 1919.
Alors qu'à Paris, le grand défilé de la Victoire est organisé et voit les troupes victorieuses défiler à l'Arc de Triomphe et sur les Champs-Elysées, dans les petites villes des défilés populaires sont organisés.

Une simple photo datée du 14 juillet 1919 à Clion (Indre) et son pendant actuel. La place présentée fut celle où le Monument aux Morts fut érigé. La décision de cette érection est validée par la commune dès juin 1919.

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Intéressons-nous maintenant à Argenton et aux clichés Rollinat. Pour cela, j'ai repris 4 clichés de Raymond Rollinat illustrant cette journée. Ces clichés permettent de visualiser l'implication de la population argentonnaise et d'aussi visualiser  divers éléments de la ville d'alors. 
Au fil de la journée, je compléterai donc le message en retranscrivant l'intégralité de ce qu'écrivit Raymond Rollinat en cette journée dans ses carnets et qui permettront de comprendre le contexte tant ses carnets sont détaillés. Je me limite donc volontairement à une explication sommaire du contexte argentonnais d'alors.


Montage1

 


Lundi 14 juillet.
cette nuit +5° soleil et nuages A midi, à l'ombre +21° A midi, pluviométrie Eau= 0,0
C'est aujourd'hui la fête de la Victoire. La population d'Argenton saura montrer son patriotisme. A 6h du matin, salve des canons de la ville. Dès 9h30, les sociétés et groupes se rassemblent sur la place de la République et se forme le cortège qui ira se rendre au cimetière pour honorer les morts des deux grandes guerres.
A 10h départ. En tête la compagnie de sapeurs pompiers, ses tambours exécutent les roulements funèbres réglementaires. Les enfants des écoles communales, ceux des écoles libres, conduits par les instituteurs et institutrices; les mutilés conduits par le président d'honneur, M. Fernand Gautier, capitaine de la Territoriale, chevalier de la Légion d'Honneur, décoré de la Croix de Guerre et 2 fois blessé, son président M. Jules Auclair, atrocment mutilé, son vice-présidentM. Auclair avec ses deux yeux de verre. C'
est avec émotion et respect qu'on voit passer nos jeunes hommes aux jambes de bois, aux bras artificiels rigides, malgré les progrès de la science orthopédique et facilement reconnaissables. Le drapeau de l'ancienne société de tir et de gymnastique, celui que nous avions, nous les vieux, dans notre jeunesse, du temps de feu M. Pierre Juillet, maire qui l'offrit et de mon regretté ami Paul Herpin qui dirigeait cette société. ce vieux drapeau voilà de crèpe est porté et encadré par les jeunes gens du groupe d'instruction et d'entrainement physiques d'Argenton.
M. Paul Hautreux, conseiller municipal faisant fonctions de maire, ayant près de lui M. Labruère, conseiller général du canton d'Argenton et président du conseil général de l'Indre et suivi de la fraction du conseil municipal non démissionnaire, tous les fonctionnaires , la gendarmerie, etc ... formaient un groupe qui précédait les pères, mères, veuves et enfants des soldats de la commune d'Argenton morts pour la France. Puis venaient les sociétés des combattants de 1870-1871, des vétérans des armées de terre et de mer avec leurs drapeaux voilés de crèpe; la société de secours mutuels et les autres sociétés de notre ville, les soldats permissionnaires et les soldats démobilisés; plus de 3000 personnes suivaient.
La magnifique couronne offerte par la ville aux morts de la guerre 1914-1919 et la superbe palme, aussi offerte par la ville aux morts de la guerre 1870-1871 étaient portées par les mutilés ou plutôt entre le drapeau de la société de tir et de gymnastique et le groupe de mutilés.
Au cimetière, MM. Paul Hautreux, Joseph Labruère et Fernand Gautier prononcèrent des discours. Ils parlèrent de l'effroyable guerre qui vient de se terminer par notre victoire, de nos morts, de nos blessés, de la bravoure, de la ténacité de nos admirables soldats, de nos alliés, de nos devoirs pendant les longues années qui vont suivre. Je me trouvais près du groupe des parents des morts et j'entendais les sanglots des mères et des veuves, je voyais les larmes couler sur la face des pères de ceux qui ne reviendront plus.
La couronne fut placée sur la croix de de la tombe du centre de la partie réservée aux morts de la guerre qui vient de se finir; la palme fut accrocher au monument élevé à la mémoire de nos morts de 1870-1871
La foule, recueillie, émue autant qu'il est possible de l'être se retira lentement du champ du repos.Je crois qu'Argenton ne vit jamais cérémonie plus imposante. Quoique cette cérémonie n'ait aucun caractère religieux, M. le curé d'Argenton y assistait; il était près du groupe des parents des morts.
Dans la matinée, à la mairie, du pain avait été distribué aux indigents et il y avait un concours de tir pour les jeunes gens deu groupe d'instruction et d'entrainement physiques, aprsè les devirs rendus aux morts, les jeunes gens continuèrent le concors de tir.
A 1h30, allant vers le Nord, passe un train de voyageurs et à marchandises, vides et en grande partie démolis
Au train de service de 3h47, un wagon de soldats français armés et équipés.
De 3 à 4h30, courses de bicyclettes au champ de foire; foule énorme; balançoires, chevaux de bois, loteries sur les promendes et le champ de foire. A 4h30, concours de bicyclettes fleuries, défilé en ville et au champ de foire, c'est Mlle Germaine Tissier, ma voisine qui a remporté le 1er prix. A 6h, place de la République, mat de cocagne. La musique d'Argenton s'est fait entendre au cimetière, au champ de foire et sur la place de la République. La musique dans la matinée avait attendu le cortège au cimetière et avait joué une marche funèbre ...
Dans la soirée, illuminations et concert sur la place de la République; la musique joue ses plus brillants morceaux et les enfants des écoles chantent des airs patriotiques. Jamais la place de la République n'a été aussi bien illuminée. La façade de la mairie, le kiosque resplendissent de feux [illisible] des guirlandes d'ampoules électriques traversant une partie de la place, face au Pont-Neuf et à la rue Gambetta. nombre de maisons sont illuminées à l'électricité et à l'aide de lanternes vénitiennes dans la plupart des cas. Foule énorme au concertsur la place, ensuite les [illisible] se rendent aux Promenades, brillamment illuminées à l'électricité et aux lanternes multicolores en papier; on se bouscule aux loteries, aux chevaux de bois; par sacs, les confettis sont lancés sur les promeneurs. Au restaurant du champ de foire, la jeunesse danse.
Il a été impossible de se procurer un feu d'artifice, mais sur le champ d efoire, des tubes fortement chargés lancent des bombes qui éclatent en l'air. Pendant la plus grande partie de la nuit, les tapage dure. Les parents des morts de la guerre étaient pour la plupart restés chez eux."

Ensuite, Raymond Rollinat note des nouvelles de France et du Monde.

 

Le premier cliché:
Place de la République, le bâtiment des Docks du Centre qui deviendra bientôt le nouveau bureau des Postes a subi un incendie l'année dernière, la toiture a complétement disparue. Le kiosque de musique est visible sur la droite, il sera remplacé par le Monument aux Morts, décidé en 1920 et inauguré en 1922.
Aucun soldat n'est visible sur le cliché (contrairement au 3 août 1919 à Martizay). Sur les 13 plaques photographiques existantes de ce moment, trois soldats "bleu horizon" seulement sont visibles. Les drapeaux sont ceux des associations patriotiques locales et donc portés par des "civils, soit anciens combattants, soit mutilés démobilisés. La couronne de fleurs est identifiée comme étant portée par les mutilés démobilisés. Elle sera déposée au cimetière d'Argenton en hommage aux combattants.

Le deuxième cliché:
Au cimetière communal, après avoir déposer les fleurs et couronnés au pied du monument 1870-1871, les civils viennent fleurir les tombes de soldats décédés qui sont regroupées dans ce qui sera le futur carré militaire du cimetière d'Argenton.

Le troisème cliché:
Au devant de l'ancien hôtel de vielle et actuel siège du syndicat d'initiative (et du Cercle d'Histoire d'Argenton) sur la place de la République, les 6 candidates au concours de bicyclettes fleuries

La quatrième cliché:
Sous les ombrages de la place du champ de foire, la foule regarde et encourage les coureurs dans la ligne droite traversant le champ de foire. 

 

DSCN1345
Mlle Germaine TISSIER, 1er prix du concours de bicyclettes fleuries du 14 juillet 1919

 

Merci au Cercle d'Histoire d'Argenton pour la mise à disposition des clichés. J'invite les personnes intéressées à se procurer le fascicule "Argenton sur Creuse 1914-1918 La guerre au jour le jour" auprès du Cercle d'Histoire d'Argenton

25 janvier 2022

Jacques JUSSERAND, un orphelin castelroussin "adopté" par les Etats-Unis.

Au-delà d’une simple étude liée aux soldats du département, d’un simple copier/coller de données déjà existantes et juste remises en forme, je souhaite ici m’intéresser aux enfants des soldats défunts et au détail de la démarche entreprise pour reconstituer le puzzle à partir d'un cliché.

Plus ou moins directement, j’ai ainsi déjà abordé le cas de Suzanne DOIT , fille de l’adjudant DOIT du 68e RI, celui de Jeanne, fille du sergent Teinturier du 290e RI  . Aujourd’hui, intéressons-nous au cas de Jacques JUSSERAND de Châteauroux et qui correspond à une découverte sur le net effectuée il y a quelques temps déjà, que je n’avais jamais pris le temps de mettre en forme et que l'actualité me décide à aborder.

Le point de départ est un cliché daté de novembre 1918 et représentant un enfant castelroussin. Le cliché provenant du fonds de l’American National Red Cross via le site de la bibliothèque du Congrès américain (Library of Congress). Sur ce site, nombreux sont les clichés présents ayant un lien avec le département de l’Indre. L’armée américaine fut une grande pourvoyeuse de photographies de l’époque 1917-1921. Pour cela, il suffit d’ailleurs d’utiliser le moteur de recherche avec les mots clés « Châteauroux » ou « Issoudun » pour obtenir une liste conséquente de clichés tant pour le « Base Hospital » de Bitray, la vie castelroussine des soldats américains que concernant le « Américan Aviation Camp » de Volvault.

Parmi les clichés, un de ceux qui m’intéresse est celui d’un enfant posant fièrement, chez un photographe avec une Croix de Guerre ornant sa poitrine.

https://www.loc.gov/item/2017683094/

service-pnp-anrc-18100-18110v

La légende nous indique divers éléments quant à ce cliché :

« Jacques Jusserand, adopte. Address: 6 Rue des Fontaines St. Christophe Chateauroux (Indre) protege of: Fourth Platoon, Co. K, 102nd Infantry, American Expeditionary Forces digital file from original »

Le cliché retenu nous présente donc Jacques JUSSERAND demeurant au 6 rue des Fontaines à Saint-Christophe Châteauroux, Saint Christophe étant un quartier de Châteauroux, le 6 de la rue des Fontaines existe encore de nos jours. Il n’a pas été cependant entrepris de recherche dans les recensements de 1911 ou de 1921, tous les deux sont disponibles tant sur le site des Archives Départementales que sur celui des Archives Municipales de Châteauroux Métropole.

Le texte nous indique aussi qu'il est le protégé (« adopte » au sens parrainé) de la 4e section du 102e régiment d’infanterie (US) des Forces Expéditionnaires Américaines (AEF) et précise que le fichier présenté est la version numérique d’un cliché original. Le détail nous permet d’apprendre qu’il s’agit d’une plaque de verre négative de 5 par 7 in. (12,7 par 17.8 cm) et que ce cliché provient de la collection de la Croix Rouge américaine (American National Red Cross)

Dans cet article, nous nous intéresserons tout d’abord à Jacques JUSSERAND et à sa famille, puis de manière plus anecdotique à l’unité citée, le 102e Infantry.

- Qui est Jacques JUSSERAND ?

Le cliché et sa légende nous apprennent que la date de la prise de vue est le 29 novembre 1918. Symbolique récurente, le port d’une croix de guerre laisse présager qu’il s’agit d’un orphelin, comme dans le cas de Suzanne DOIT. L’enfant porte la médaille posthume du père qui n’est pas revenu.
Dans les listes des soldats défunts du département http://indre1418soldats.canalblog.com/ , le patronyme JUSSERAND apparait 6 fois et un cas seul correspond à Châteauroux, les autres concernant Les Bordes, Issoudun, Neuvy-Pailloux, Vatan et Saint Florentin.

La fiche de Georges Auguste JUSSERAND sur Indre1418Soldats

- Comment donc retrouver le lien entre JUSSERAND Georges Auguste de Châteauroux, soldat du 90e RI et Jacques JUSSERAND, enfant pris en photo en 1918 par la Croix Rouge Américaine ?

Un petit tour parmi les fiches matricules issues des Archives Départementales s’impose. Nous regardons donc la fiche 520, classe 1903 du recrutement de Châteauroux.
Georges Auguste est un soldat, ébéniste de profession, qui a été mobilisé au 13e RI, mais est passé au 90e RI le 14 mars 1915. Il participe à l’hécatombe du 9 mai 1915 à Loos. Il est finalement blessé aux Ouvrages Blancs de Loos-Liévin (62) et transporté à l’hôpital de Noeux les Mines où il décède le 28 octobre 1915. En date du 30 octobre, il est cité à l’ordre du Régiment pour ses faits d’armes lors de la journée du 9 mai et reçoit la Croix de Guerre.

La fiche matricule nous indique aussi que la veuve née Berthe LUBIN a reçu un secours immédiat (de la part de l’unité) en date du 17/12/1915 et qu’elle demeure alors à Châteauroux.
A propos des Ouvrages blancs et de Noeux les Mines, il est possible de se reporter à l’article publié en 2015 

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- Petit à petit, nous nous rapprochons de Jacques, mais comment faire le lien ?

Un petit tour sur l'essentiel mémorial virtuel de Châteauroux Métropole  s’impose maintenant pour visualiser la fiche de Georges Auguste JUSSERAND. Etabli à partir des données issues du collectage et des nombreuses et laborieuses recherches des membres de la Société de Généalogie du Bas-Berry, le site nous donne de nombreux renseignements concernant Georges Auguste. Nous trouvons ainsi la confirmation du mariage de Georges Auguste avec Berthe LUBIN, mais détail déterminant, les données de la SGBB indiquent les prénoms des enfants du défunt. Nous trouvons donc « Madeleine, Berthe » née en 1909 et « Georges, Charles, Jacques » né en 1911.

La boucle se boucle et passe donc par les registres d’Etat-civil de la commune de Châteauroux.

Un regard sur l’acte de naissance permet de confirmer les prénoms et la présence de Jacques comme 3ème prénom. L’acte nous apprend aussi que Georges Charles Jacques a été "adopté par la Nation suivant jugement du Tribunal de Châteauroux en date du 23 juillet 1918" signé le greffier en date du 14/04/1919. Ces éléments furent aussi reportés sur l’acte de naissance de sa sœur Madeleine Augustine Berthe.

Capture3E044-174p109-496
AD36 – Chateauroux 1911 – 3E044/174 page 109/496

L’acte de naissance nous donne aussi, en mentions marginales, les dates de mariage des 2 enfants et surtout la confirmation que les 2 enfants orphelins furent reconnus et adoptés par la Nation.

Via les données INSEE disponibles sur le net, il est possible de retrouver référence au décès de Georges Charles Jacques le 05/09/1996 à Saint-Maur (36) https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/fichier-des-personnes-decedees/

 

- Comment expliquer maintenant la présence de Jacques parmi les photos de la Croix Rouge Américaine ?

Dans le cadre de ses œuvres de charité, certainement aussi en vue de lever des fonds, la Croix Rouge Américaine avec l’aide des militaires de l’AEF mis en place une campagne d’adoption d’enfants français par des unités US. Le site Library of Congress comporte plusieurs centaines de portraits d’enfants adoptés.

Il est ainsi possible de retrouver 737 photos d’enfants « adopte » par des unités ou des soldats de l’AEF, voir des civils https://www.loc.gov/search/?c=150&q=adopte&sp=5&st=list


Parmi tous ceux-ci, voici les enfants indriens et leur parrain ou marraine (Attention les orthographes sont incertaines) :

Andrée Vaugis https://www.loc.gov/item/2017683541/ (Veterinary Hospital 9)
Née à Palluau en 1905 et gantière sur les recensements de Loches 37 en 1921 via Geneanet
Présente sur l'arbre Généanet de Jean-Louis Strauss

Gaston Paulumier https://www.loc.gov/item/2017683542/ (115th Field Signal Battalion)
Paulmier Gaston originaire de Villegouin et présent sur l'arbre Généanet de Jean-Louis Strauss

Jacques Jusserand https://www.loc.gov/item/2017683094/ (4th Platoon 102e Infantry)
Non trouvé Généanet en données gratuites (obligation premium)

Simone Duris https://www.loc.gov/item/2017683220/ (54e Field Artillery Brigade)
Non trouvé Généanet en données gratuites (obligation premium)

 Juliette Petouin https://www.loc.gov/item/2017666546/ (Miss Winifred Holhan – Hollywood CA)
Originaire de Arthon et retrouvée sur l'arbre Généanet de Laurence Giraud Allanic 

CaptureOrphelins

 

A propos des « Adopted Orphans » un site qui proposent 1000 portraits d’enfants orphelins, adoptés ou protégés par les troupes américaines et ayant aussi comme source les photos de la American Red Cross (LOC) : https://milanpatrick8.wixsite.com/ww1-us-photos/children-in-the-war


 

Rajout des 26 et 27/01/2022: Jean-Pierre Surrault, président de l'Académie du Centre, me signale dans les commentaires :

"Dans le même esprit d'adoption d'enfants français voir l'article d'Annette Surrault dans la Revue de l'Académie du Centre 2021: Marie de Prissac, orpheline de la grande guerre, pupille de la nation et filleule de "La fraternité franco-américaine, 1918-1952, p.92-109. Il s'agit dans ce cas de l'action de l'association Fatgerless children of France" 

https://www.lanouvellerepublique.fr/indre/la-revue-2021-de-l-academie-du-centre-est-parue

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Sources Cliché NR36

 

Cartes souvenirs du 4 juillet 1921 à Châteauroux sous l'égide du "Fatgerless children of France":

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Pourquoi s’intéresser au 102th Infantry Regiment ?
Non pour recopier l’historique de ce régiment de la 26e Division US, il se trouve assez facilement sur le net. Il n’apporterait d’ailleurs pas grand-chose à cet article et de plus, je ne suis pas assez pointu concernant les actions des unités US.
Mon intérêt s’est porté sur ce régiment, non seulment parce qu'il adopta Jacques Jusserand mais aussi à cause de sa mascotte. En effet, le 102e RIUS avait une mascotte particulière qui a connu une renommée mondiale, qui possède son nom gravé au Liberty Mémorial de Kansas City.

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https://en.wikipedia.org/wiki/Sergeant_Stubby#/media/File:Sgt_Stubby's_brick_at_Liberty_Memorial.jpg

Tout ceci en fait une mascotte unique et canine, car effectivement, il s’agit du Sergent Stubby qui se trouve être le chien de guerre le plus décoré de la première guerre mondiale.
A propos de son parcours et de ses exploits : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stubby

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29 décembre 2021

"L’heureuse fin de se tant désiré trois cent que nous atendions" - Châteauroux 1913

La tradition du Père 100 est connue de ceux qui ont effectué leur service militaire ou effectuer une formation sur une longue période. «100 jours avant la quille», «100 jours avant le bac».
En 1914, le service militaire a une durée de 3 ans, les lois de 1913 ont changées la durée su service passant celle-ci de 2 à 3ans.
Cependant, la Classe 1911, ceux nés en 1891, ne fut pas concernée par ce passage de 2 à 3 ans de service militaire. Incorporée en fin 1912, cette classe d’age ne devrait donc être libérée que vers octobre 1914.
L’Histoire devait, au final, précipiter les choses vers les mois d’aout 1914. Ils prendront donc presque 7 ans de service armé. Ils ne furent libéré que vers aout 1919.

Sur le cliché ci-dessus, les soldats de la classe 1911 de la 5e Compagnie du 90e RI de Châteauroux.

« Cher oncle et tante Je vous écrie ses quelque mots pour vous faire part de l’heureuse fin de se tant désiré trois cent que nous atendions depuis sy longtemps mais enfin s’est arrivé »

Il est à noter comme me le signale Arnaud Carrobi que l'auteur se rappelle bien que le texte de loi ayant trait à la loi des 3 ans n'applique le passage d'une année supplémentaire qu'à partir de le classe 1913 (voir gallica BNF)

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La mobilisation, la guerre n’attendront pas 300 jours et la tourmente se déclenchera dans 240 jours seulement.

Quelques photos de ce rite de passage à la vie d'adulte que constituait le service militaire, parfois à défaut de tomber sur un compte rond, on compte simplement les jours restants d'ici la fuite.

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27 août 2021

Montécouvé - Juvigny (Aisne): une renaissance indrienne programmée le 29 aout 2021

Depuis 2008 et ma découverte de ce monument disparu, je vois se réaliser un voeu longtemps resté sans suite, il ne faut jamais désespérer, 13 ans plus tard.


Ce week-end, la renaissance du monument de l'Orme de Montécouvé.
La présence actée du 90ème Régiment d'Infanterie et de l'association Magenta pour le souvenir de nos anciens
merci à eux, Merci à l'association de l'Orme de montécouvé, Merci aux municipalités concernées

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Fabrice Visbecq et son association m'ont fait une superbe surprise. Il y a deux jours, Fabrice m'a annoncé l'inauguration et la renaissance du Monument de Montécouvé programmée pour le 29 août 2021.

"90e RI - 17eDI a enlevé l'Orme de Montécouvé et l'a conservé le 23-24-25 Aout 1918"
Voilà ce que l'on pouvait lire sur le monument qui se trouvait au lieu appelé l'Orme de Montécouvé, sur le territoire de la commune de Juvigny dans l'Aisne. C'est aussi à cet endroit que le 68ème RI fut aussi engagé et y perdit son chef de corps, le lieutenant-colonel Rosset.

Ces monuments sont les témoins de l'engagement des régiments du département de l'Indre. C'est effectivement à cet endroit que le régiment de Châteauroux et le régiment du Blanc et Issoudun fournirent leur dernière grande bataille au sein de la 17ème Division d'Infanterie. Pendant plusieurs jours, ils progressèrent et tinrent position avent d'être relévés. Ce sont pas moins de 162 soldats du 90e RI et 103 soldats du 68e RI qui décédèrent pendant ces journées fatidiques qui se poursuivirent jusqu'à la fin du mois au travers d'une avancée continuelle et d'un engagement sans répit. Ce furent aussi plusieurs centaines de blessés qui décimèrent les unités.
Pour comprendre l'importance de cet engagement, il est possible de se reporter à une note du Général Mangin, commandant l'Armée

« Il s’agit de gagner la bataille.
La bataille sera gagnée si nous atteignons les hauteurs qui dominent la plaine de Laon, nous assurant ainsi le débouché en plaine et l’exploitation.
Pour y arriver, il convient de donner à la progression la forme la plus rapide possible de façon à empêcher l’ennemi de se reprendre sous les coups répétés qui lui sont portés.
La bataille devra être gagnée en un jour.
Les moyens mis en œuvre, la situation tactique, la situation morale de l’ennemi permettent d’obtenir ce résultat. »
N°1086S de la Xe Armée du 26/08/1918

Voici un extrait d'un rapport afin de résumer l'engagement des 2 régiments de la 17e Division et qui servit pour l'obtention d'une citation à l'ordre de l'Armée:

ID 17 Etat-Major n°109
PC le 25 août 1918
Rapport à l’appui d’une proposition de citation à l’Ordre de l’Armée en faveur des 68e et 90e RI

Dans la nuit du 21/22 août, l’ennemi qui, la veille, avait offert une forte résistance, quitte ses positions pour continuer son mouvement de repli.
Les 68e et 90e Régiment d’Infanterie, entrant en ligne rapidement au début du jour, entament la poursuite, refoulant les derniers éléments de l’ennemi, tournant et enlevant les nids de mitrailleuses chargées de couvrir sa retraite.
Soumis pendant toute la progression à un violent tir de harcèlement, les 2 régiments, qui depuis 15 jours, sont au bivouac et ont du faire de nombreuses marches de nuit, exécutent, suivant l’ordre reçu, un difficile mouvement de conversion à droite, en liaison avec les régiments des divisions voisines.
Ils arrivent ainsi devant la position de résistance que l’ennemi a reçu l’ordre de défendre à tout prix. Ils attaquent aussitôt, presque sans préparation d’artillerie, et progressent encore en dépit du feu extrêmement violent de nombreuses mitrailleuses.
Le 23 août, les 68e et 90e RI se portent de nouveau à l’attaque d’un seul élan, refoulant l’ennemi qui, appuyé par une nombreuse artillerie, résista avec acharnement. Sans réussir cependant à enlever d’un seul coup la totalité de la formidable position de l’ORME DE MONTECOUVE, la brusquerie de l’attaque, les heureuses initiatives individuelles du 68e et l’habile mouvement tournant du 90e parviennent à l’encercler à un point tel que l’ennemi juge sa situation compromise.
Par une contre-attaque d’une extrême violence, exécutée à la tombée de la nuit par le 7e Bataillon de Chasseurs à Pied, l’une des meilleures troupes allemandes, l’ennemi cherche à rompre la ligne qui commence à l’encercler étroitement, mais le courage, le sang-froid et la ténacité dont font preuve les 68e et 90e RI rendent inutile l’effort des Chasseurs qui refluent vers leurs lignes après avoir subi des pertes énormes.
Devant l’échec de sa tentative, l’ennemi se décide de nouveau à la retraite, rendue impérieusement nécessaire, non sans essayer de la couvrir par une attaque qui est repoussée. La vigilance des 68e et 90e ne permet pas que ce décrochage passe inaperçu et, déjà, tous espèrent que la poursuite va reprendre.
Mais tel est le prix attaché par l’ennemi à cette position qu’il ne peut se résigner à l’abandonner sans tenter encore une fois la chance. Il s’est retiré dans la nuit parce qu’il se voyait cerné, mais en même temps il faisait appel à de nouvelles troupes et, à 6 heures, se lançait à l’assaut après une violente préparation. Pliant un instant sous l’effort, les éléments avancés des 68e et 90e cèdent quelque terrain, perdant ainsi la crète.

(Nota Indre1418: Malheureusement, nous n'avons pas trouvé le verso)

Au delà du combat, pour revenir au monument de Montécouvé, le journal de Marche du 90e nous apprend ceci en date du 2 septembre 1918:

"Pendant la période du 29 août au 2 septembre, les pionniers du 90e, avec un outillage de fortune, sous les ordres de l’Adjudant-chef BAUCHE élèvent sur le sommet de la colline de Montécouvé, un monument sommaire à la mémoire des camarades tombés dans la bataille. Ce monument en forme de pyramide, dont les pierres ont été apportées de la ferme de Mareuil, mesure 3m de hauteur. La base carrée à 1m50 de côté. Il est entouré par une chaine en fer de 16m de longueur soutenue par 4 torpilles allemandes de 240mm. La face Nord porte l’inscription suivante : « Hommage à nos morts glorieux » La face Sud porte une autre inscription «17e Division – 90e RI. Le 90e a enlevé l’Orme de Montécouvé les 23-24 et 25 août 1918 et l’a conservé ».
Une bouteille déposée à l’intérieur de la maçonnerie contient les noms des pionniers qui ont élevé le monument."

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A la suite de ces faits, le 90e Régiment d'infanterie reçut une nouvelle citation:

"Superbe régiment dont la valeur s'est maintes fois affirmée sur les champs de bataille de l'Yser, de Verdun, de la Somme et du Chemin des Dames. Vient de prendre, pendant cinquante jours consécutifs, sous le commandement du lieutenant-colonel Detanger, une part sérieuse à la poursuite sur la Vesle d'abord, puis sur l'Ailette. Arrivé à l'extrème limite de la fatigue, réduit à 600 combattants, privé de presque tous ses cadres, n'en a pas moins tenu à l'honneur de prolonger son effort dans l'espoir de précipiter la retraite de l'ennemi et à attaquer violemment une forte position ennemie, progressant malgré les feux, venant sur le droite d'une hauteur dont une Division voisine ne réussissait pas à s'emparer; a atteint tous ses objectifs, faisant des prisonniers, capturant des mitrailleuses qu'il a conservées en dépit de deux contre-attaques à l'exécution desquelles l'ennemi mit un tel acharnement qu'il y eut une furieuse lutte corps à corps."

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 Non loin, à quelques dizaines de mètres, un deuxième monument, une stèle rend hommage au Lieutenant-colonel Rosset et aux soldats du 68e Régiment d'Infanterie:

Citation du 68e Régiment à l'ordre de l'Armée:
Décision du Général Commandant en Chef comprise sous le n°41415 du 28 septembre 1918.
Le 68ème Régiment d'Infanterie est cité à l'ordre de la Xe Armée pour les combats d'Aout 1918 avec les motifs suivants:
Brillant régiment qui a donné depuis le début de la campagne quantité de preuves de discipline et de sacrifice le plus élevé, et qui, partout où il a été engagé a su se faire redouter de l'ennemi. Au cours des comabts des 22, 23 et 24 aout 1918, sous l'énergique impulsion de son chef, le lieutenant-colonel Rosset, a poursuivi vigoureusement l'ennemi, refoulant les éléments avancés, malgré une résistance acharnée, s'est emparé d'une position importante que l'adversiare avait ordre de défendre à tout prix, l'a conservée en dépit des contre-attaques les plus violentes, faisant de nombreux prisonniers de 3 régiments d'Infanterie, 4 bataillons de Chasseurs et un régiment de la Garde"
Au Q.G. le 12 octobre 1918 Signé Gassouin (Note de la 17ème DI, Etat-major n°2289)

 

  Voici donc l'actuel champ de bataille.

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Or, il s'avère que, si de nos jours, la stèle dite du "Colonel Rosset" est toujours présente, le monument du 90e RI a disparu depuis l'époque de son érection. Installé en pein champ, l'agriculture a repris ses droits et maintenant ne demeurent que quelques rares clichés.
Dans notre enquète, seulement 3 clichés ont été trouvés concernant ce monument. Une carte postale fut éditée après le conflit par la société Dilecta. Un ami correspondant de longue date Laurent Mirouze me fit parvenir un cliché avec deux soldats posant à côté du monument (Qu'il en soit encore remercié). Ces 2 clichés sont visibles ci-dessus. Un troisième et dernier cliché est visible dans le journal de marche du 90e RI, à la date du 13 novembre 1918.

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Sources SHD GR26N668

Pourquoi revenir sur ce sujet qui avait déjà été abordé notamment à partir d'un message édité en 2008 sur ce blog et ayant trait au Le 3e bataillon du 90e RI à l'Orme de Montécouvé ?

Après une première tentative en 2008 afin de sensibiliser les acteurs indriens de la disparition de ce monument (mail envoyé en juin 2008 à un représentant de l'association du Magenta qui se révéla sans suite pour un rapprochement avec l'association locale Soissonnais 1418), depuis de nombreux mois, je suis en contact avec une association locale de Juvigny qui fut créée il y a quelques années autour du projet de reconstruction du monument. Cette association est présidée par Fabrice Visbecq.
A plusieurs reprises, nous avons eu l'occasion d'échanger divers documentsafin de permettre à l'association "L'Orme de montécouvé de 1914 à nos jours" de monter son dossier.
Fabrice Visbecq, au mois de janvier dernier, m'a fait parvenir un compte-rendu dans lesquels on retrouve les représentants politiques locaux comme Mme DEVILLE-CRISTANTE, Adjointe au Maire de Soissons, Conseillère Régionale des Hauts de France, Vice-présidente du GrandSoissons Agglomération, M. TORDEUX, Conseiller Départemental de l’Aisne, M GADRET : Directeur du PLIE – du GrandSoissons Agglomération et M. MORLET, Maire de la commune de Crécy-au -Mont.
Un accord a été trouvé la mairie du juvigny afin d'implanter le monument à côté du monument aux morts et ainsi en assurer la pérénité. Je remercie particulièrement monsieur DEMAIRE le maire de Juvigny pour son action qui permet de faire revivre la mémoire de nos aieux.

Le GRETA de Soissons sera en charge de la taille des pierres pour le monument, aux dernières nouvelles, les devis incluaient l'utilisation de pierre de Chauvigny (Vienne), ce qui nécessairement, même si c'est sans doute involontaire, est un symbôle important et en lien avec les soldats de la 17e Division et notamment ceux du 68e RI, bien souvent poitevins.

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Merci à l'association de l'Orme de Montécouvé, ainsi qu'à tous ses membres

De mon côté, j'ai, de suite, prévenu l'association Magenta de Châteauroux qui regroupe les anciens du 90e Régiment d'Infanterie. Monsieur le colonel LAMOUREUX a transmis ce jour l'information aux adhérents de l'association. 

Gageons aussi que des descendants de combattants qui tombèrent à Montécouvé seront intéressés de savoir que les anciens ne sont pas complétement oubliés, même si le Centenaire est terminé. Peut-être que d'autres associations de l'Indre ou même des institutions du département seront peut-être aussi intéressés.

Si ce n'est en août 2021 pour cause de calendrier professionnel déjà chargé, ce sera peut-être plus tard. En tout cas, le sac à dos, les godillots, l'appareil photo de Indre1418 sont et seront toujours prêts.

 

Une pensée particulière pour Alexandre Lamoureux d'Orsennes qui n'avait même pas 20 ans lorsqu'il tomba dans le secteur de l'Orme

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18 juillet 2021

Le conseil de révision de la classe 1911 (Suite Argenton et Eguzon)

Dans le billet récent du blog Indre1418, je me suis tout d'abord intéressé à une carte photo chinée, il y a quelques temps déjà et que j’ai essayé de « faire parler » en vue d’une publication dans le cadre du Centenaire. Cette carte fut prise à Levroux en 1912 et concerne le conseil de révision de la Classe 1911 (nés en 1891).

Même si l’idée de l’ouvrage ne survécut pas au temps passant, pour les besoins de l’analyse, j’ai donc dépouillé l’ensemble des fiches matricules « 1911 » de recrutement « Châteauroux », soit un total de 1726 fiches. 
A l’image de ce que j’ai réalisé pour le canton de Levroux dans l’article précédent, voici donc les résultats pour les cantons d’Argenton et Eguzon d’alors et qui forment l’actuel canton d’Argenton sur Creuse.

Canton Argenton (Argenton, Bouesse, Celon, Chasseneuil, Chavin, Le Menoux, Mosnay, Le Péchereau, Saint-Marcel et Tendu) : 15120 habitants

Canton Eguzon (Baraize, Bazaiges, Ceaulmont, Chantôme, Eguzon, Cuzion, Gargilesse-Dampierre, Badecon-le-Pin, Pommiers) : 7796 habitants

Nombre de conscrits recensés Classe 1911 par canton :

  • Eguzon 64 recensés soit 0,82% de la population totale.
  • Argenton 146 recensés soit 0,93% de la population totale. Seuls 141 conscrits sont concernés par le conseil de révision (décès, changement de bureau, …).

La moyenne départementale étant de 0,80%, les 2 cantons peuvent donc être considérés comme ayant potentiellement une moyenne d’âge inférieure à la moyenne des cantons du Bureau de Recrutement. 

Niveau d’instruction des conscrits :

Argenton : 2,63 et Eguzon 2,20. La moyenne du Bureau de Recrutement est de 2,43.
Pour rappel: 0 : ne sait ni lire ni écrire 1 : sait lire seulement 2 : sait lire et écrire 3 : possède une instruction primaire plus développée 4 : a obtenu le brevet de l'enseignement primaire 5 : bachelier, licencié, etc.

Taille des conscrits :

Argenton : 165,36 et Eguzon 165,90. La moyenne Bureau de Recrutement est de 166,19.

Résidence des conscrits :

  • 56,03% des conscrits d’Argenton et 51,56% des conscrits d’Eguzon demeurent dans leur commune de naissance alors que la moyenne du Bureau de Recrutement est de 53,23%.
  • 24,82% des conscrits d’Argenton et 29,69% des conscrits d’Eguzon ont changé de département alors que la moyenne du Bureau de Recrutement est de 22,42%

Le point remarquable est donc la tendance migratoire des conscrits du canton d’Eguzon, notamment vers Paris (16 cas sur les 64 conscrits soit 25% alors que le taux est de 10% pour Argenton)

 

Les conscrits morts pendant le conflit entre 1914 et 1918

  • Argenton (146 conscrits recensés, 141 présentés) : 41 soldats Morts pour la France, 1 soldat non Mort pour la France. Taux de 30.50%
  • Eguzon (64 conscrits) : 18 soldats Morts pour la France, 1 soldats non Mort pour la France. Taux de 29.69%

Ces 2 taux sont supérieurs au taux du Bureau de Recrutement pour cette même classe : 26.67%

 

Les résultats du conseil de révision :
Rappel du message précédent : Lors du passage en conseil de révision, les conscrits sont classés suivant 7 catégories. Les absents sont systématiquement classés « bon absent » et classés en catégorie 1.

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  • Argenton (146 conscrits recensés, 141 présentés) :
    Catégorie 1 : 109 « Bons pour le Service » dont 7 « Bons Absents »
    Catégorie 2 : 7 soldats sont déclarés « Bons pour le service auxiliaire »
    Catégorie 3 : 4 soldats sont engagés volontaires et ce depuis 1909-1910 (1 cavalerie, 1 Infanterie, é escadrons du Train)
    Catégorie 5 : 17 sont ajournés dont 16 pour « faiblesse ». 8 seront bons pour le service à la session l’année suivante, 3 seront exemptés et 1 est ajourné 1 an pour cause article 21 (Sursitaire études)
    Catégorie 7 : Deux sursitaires article 21 qui seront rappelés l’année suivante
    2 conscrits sont exemptés dès le conseil de révision
  • Eguzon (64 conscrits) :
    Catégorie 1 : 53 « Bons pour le Service » dont 1 « omis excusé »
    Catégorie 2 : 1 soldats déclaré « Bons pour le service auxiliaire »
    Catégorie 3 : 1 engagé dans la cavalerie légère (Hussards) depuis 1910
    Catégorie 5 : 7 soldats ajournés dont 6 pour faiblesse. 4 seront « bons pour le service » dont 1 dès la session d’août 1912. Les 3 autres seront exemptés l’année suivante.
    2 conscrits sont exemptés dès le conseil de révision.

Les affectations au moment du départ au service militaire (Octobre 1912) :

Les conscrits Classe 1911 de Eguzon et Argenton :

Matricule

Canton

N° Ordre

Nom

Prénoms

1034

Eguzon

1

ALASSOEUR

Georges Célestin Albert

1035

Eguzon

2

ALLIGNE

Edouard Maurice Albert

1036

Eguzon

3

ALLIGNE

Maximin Louis Marcel

1037

Eguzon

4

ARRETEAU

Emile Louis

1038

Eguzon

5

AUCLERT

Marie Joseph André René Gabriel

1039

Eguzon

6

AUGAY

Joseph Ernest

1040

Eguzon

7

AUGENDRE

Jean

1041

Eguzon

8

AVRIL

Clément Louis

1042

Eguzon

9

BACHELIER

Vincent Edmond

1043

Eguzon

10

BALLEREAU

Denis

1044

Eguzon

11

BEAUDET

Albert Désiré

1045

Eguzon

12

BELOEIL

Emile Alexandre

1046

Eguzon

13

BLANCHARD

Paul Raymond

1047

Eguzon

14

CHARASSON

Abel Auguste Alexandre

1048

Eguzon

15

CHARRAUD

Emile Florentin

1049

Eguzon

16

CHEROUX

Gustave Albert

1050

Eguzon

17

COLLET

Léon

1051

Eguzon

18

COQUELET

Henri Marcel Etienne

1052

Eguzon

19

DELAGE

Charles Joseph

1053

Eguzon

20

DELAGE

Louis

1054

Eguzon

21

DEVAUX

Frédéric Fernand

1055

Eguzon

22

DHIVERT

Jean Baptiste Félix

1056

Eguzon

23

DUCHATEAU

Arthur Louis Jérémie Raoul

1057

Eguzon

24

DUMONT

Charles Manuel

1058

Eguzon

25

GADEFAIT

Jean Clément

1059

Eguzon

26

GAILLARD

Julien

1060

Eguzon

27

GAUTRON

Armand

1061

Eguzon

28

GRASSET

Georges Lucien

1062

Eguzon

29

GROS

Louis Alexis Etienne

1063

Eguzon

30

GUILBAUD

André Marcel

1064

Eguzon

31

GUYOTON

Jean

1065

Eguzon

32

JACQUET

Alfred Antoine

1066

Eguzon

33

JOURNAUX

Camille Silvain

1067

Eguzon

34

JUILLET

Ernest

1068

Eguzon

35

LABESSE

Silvain Jean Baptiste Octave

1069

Eguzon

36

LAMAMY

Alexandre

1070

Eguzon

37

LAVALETTE

Silvain Armand

1071

Eguzon

38

LAVENU

Auguste

1072

Eguzon

39

LAVILLONNIERE

Henri

1073

Eguzon

40

MALESSET

Edouard

1074

Eguzon

41

MALESSET

Joseph

1075

Eguzon

42

MANCEAU

Georges

1076

Eguzon

43

MARTIN

Chéri Maurice

1077

Eguzon

44

MATHE

Désiré Silvain

1078

Eguzon

45

MAUGRION

Célestin Lucien Ursin

1079

Eguzon

46

MESNE

Jean Baptiste

1080

Eguzon

47

MEUNIER

Alphonse Silvain

1081

Eguzon

48

MICHAUD

Eugène Henri

1082

Eguzon

49

MICOURAUD

Eugène Arthène Gustave

1083

Eguzon

51

MONGEREAUD

Célestin

1084

Eguzon

52

MONGEREAU

Léonce

1085

Eguzon

53

MOREAU

Auguste

1086

Eguzon

55

NEVEUX

Félix Georges

1087

Eguzon

56

PAILLERON

Alphonse

1088

Eguzon

57

PATRY

Gabriel Henri

1089

Eguzon

58

PENNETIER

Eugène

1090

Eguzon

59

PERRIN

Ernest Pierre Joseph

1091

Eguzon

60

PIGET

André

1092

Eguzon

61

PINARDON

Henri

1093

Eguzon

62

PRIVAT

Jules Auguste

1094

Eguzon

63

VERRIER

René Raymond Gabriel

1095

Eguzon

64

CHEVAL

Emile Alexandre

1096

Argenton

1

AGEORGES

Albert

1097

Argenton

2

AINERY

Jean Baptiste

1098

Argenton

3

ALASSOEUR

Louis

1099

Argenton

4

ANDRE

Aristide Aimé

1100

Argenton

5

ANDRE

Louis

1101

Argenton

6

ARNOUX

René Gabriel Mathieu Michel

1102

Argenton

7

AUBRET

Charles

1103

Argenton

8

AUBRET

Louis Adrien

1104

Argenton

9

AUCLERT

Alphonse

1105

Argenton

10

AUCLERT

Marcel Charles

1106

Argenton

11

AUFFRAY

Joseph

1107

Argenton

12

AVRIL

Pierre

1108

Argenton

13

BALLERE

Jacques Eugène

1109

Argenton

14

BALLEREAU

Jules

1110

Argenton

15

BARBOTIN

Louis

1111

Argenton

16

BARNY de ROMANET

Marie Edmond Maurice

1112

Argenton

17

BATARD

Ernest

1113

Argenton

18

BATARD

Louis

1114

Argenton

19

BAUDAT

Paul

1115

Argenton

20

BAUDAT

Victor

1116

Argenton

21

BEIGNET

Henri

1117

Argenton

22

BERTHIAS

Henri Firmin

1118

Argenton

23

BERTHIAS

Joseph Silvain Eugène

1119

Argenton

24

BERTRAND

Georges Jean

1120

Argenton

25

BIENVENU

Eugène

1121

Argenton

26

BLANCHARD

Silvain Ernest Honoré

1122

Argenton

27

BOUQUIN

Etienne

1123

Argenton

28

BRIDOUX

Louis Silvain

1124

Argenton

29

BRUNAUD

Jules

1125

Argenton

30

CAILLAULT

René Jean Paul Léon

1126

Argenton

31

CHABENAT

Louis

1127

Argenton

32

CHAILLOT

François

1128

Argenton

33

CHARBONNIER

Alexandre Anatole

1129

Argenton

34

CHARVY

Eugène

1130

Argenton

35

CHAUDRON

Silvain Alfred

1131

Argenton

36

CHAUVIN

Charles

1132

Argenton

37

CHEVAL

Octave Jules

1133

Argenton

38

COLLINET

Joseph Alexandre

1134

Argenton

39

COURATIER

André Louis Charles

1135

Argenton

40

DAHU

Alexandre

1136

Argenton

41

DAUBORD

Charles Antoine

1137

Argenton

42

DEFAY

Emile Louis

1138

Argenton

43

DELAVOUX

Eugène Auguste

1139

Argenton

45

DEPERT

Léopold Louis

1140

Argenton

46

DOLIDIER

Louis Paul

1141

Argenton

47

DUCHEMIN

Marius Gaston

1142

Argenton

48

DUPETIT

Octave Louis

1143

Argenton

49

DUPUIS

André Louis Marie

1144

Argenton

50

DURIS

Joseph

1145

Argenton

51

DURIS

Raymond

1146

Argenton

52

DUTREILH

René

1147

Argenton

53

ESTEVENIN

Julien

1148

Argenton

54

ESTEVENIN

Lucien

1149

Argenton

55

FAUGUET

Georges

1150

Argenton

56

FEIGNON

Eugène Etienne

1151

Argenton

57

FEIGNON

Fernand Louis

1152

Argenton

58

FERRANDIERE

Auguste Blaise

1153

Argenton

59

FIAUD

Jules

1154

Argenton

60

GABILLAUD

Henri Camille Etienne

1155

Argenton

61

GAILLARD

Jacques

1156

Argenton

62

GALOPPIN

Louis René

1157

Argenton

63

GARNIER

Georges

1158

Argenton

64

GAULTIER

Georges Anatole

1159

Argenton

66

GAUTIER

Joseph Jean Marie

1160

Argenton

67

GENERAT

Maurice Achille Marie

1161

Argenton

68

GODAT

Jules

1162

Argenton

69

GREGOIRE

Albert Eugène

1163

Argenton

70

GROSSET

Louis Frédéric

1164

Argenton

71

GROSSET

Marcel

1165

Argenton

72

GUAY

Louis

1166

Argenton

74

GUYOT

Marcel

1167

Argenton

75

HEMERY

Henri Maurice

1168

Argenton

76

HEMERY

Sébastien Baptistin

1169

Argenton

77

HEMMERY

Silvain Auguste

1170

Argenton

78

HUET

Octave

1171

Argenton

79

HUGUET

Valentin

1172

Argenton

80

JARRIGE

Alexandre Fernand

1173

Argenton

81

JOUSSEAUME

Joseph Marie

1174

Argenton

82

LABERTHONNIERE

Albert Gabriel

1175

Argenton

83

LAMY

François

1176

Argenton

84

LAMY

Joseph Hippolyte

1177

Argenton

85

LASNIER

François

1178

Argenton

86

LAUMORTE

Auguste

1179

Argenton

87

LAVILLONNIERE

Silvain Ernest

1180

Argenton

88

LEBOUCHARD

Aimé

1181

Argenton

90

LECUBAIN

Jules Armand

1182

Argenton

91

LEVRAULT

Edmond

1183

Argenton

92

LIVERNETTE

Adrien

1184

Argenton

93

LURET

Léon

1185

Argenton

94

MAINGAUD

René Germain

1186

Argenton

95

MARANDON

Jean Alexandre

1187

Argenton

96

MARANDON

Jean Joseph

1188

Argenton

97

MARQUETON

Louis Henri

1189

Argenton

98

MARTIN

Armand

1190

Argenton

99

MARTIN

Eugène Joseph

1191

Argenton

100

MATHE

Fernand Octave

1192

Argenton

101

MATHE

Jean Joseph Valentin

1193

Argenton

102

MAUDUIT

Emile

1194

Argenton

103

MAUGRION

Clément Jean

1195

Argenton

104

MENARD

Georges

1196

Argenton

105

MESNE

Fernand

1197

Argenton

107

MOREAU

Camille

1198

Argenton

108

MOREAU

Jean Denis

1199

Argenton

109

MOULIN

Maurice

1200

Argenton

110

NADAUD

Emile Albert

1201

Argenton

111

NIBODEAU

Auguste

1202

Argenton

112

PENOT

Henri

1203

Argenton

114

PETIT

Maurice Lucien

1204

Argenton

115

PETIT

René Louis

1205

Argenton

116

PICHELIN

Maurice

1206

Argenton

117

PILLAIRE

Silvain

1207

Argenton

118

PINARDON

Henri

1208

Argenton

119

PINAULT

Louis Antoine

1209

Argenton

120

PINEAU

Jean

1210

Argenton

121

PINON

René

1211

Argenton

122

PION

Célestin

1212

Argenton

123

PLANTUREUX

Marcel

1213

Argenton

124

PLICAUD

Joseph Lucien

1214

Argenton

125

PONTABRY

Jacques Emile

1215

Argenton

126

PORNET

Lucien

1216

Argenton

127

PROT

Georges Albert

1217

Argenton

128

REJAUD

Jean Auguste

1218

Argenton

129

ROBERT

Louis

1219

Argenton

130

ROBINET

Joseph Maurice

1220

Argenton

131

ROUER

Louis

1221

Argenton

132

ROUER

Louis

1222

Argenton

133

SAGET

Georges

1223

Argenton

134

SEGUIN

André

1224

Argenton

135

SEMBRESQ

Jean Marius Raymond

1225

Argenton

136

SIMON

Henri Georges

1226

Argenton

137

SOLLET

Alfred

1227

Argenton

138

ESTEVENIN

Henri Octave

1228

Argenton

139

TAVERA

Georges Louis Antoine

1229

Argenton

140

TAVERNIER

Albert René

1230

Argenton

141

TOURAIN

Joseph Emile

1231

Argenton

142

TOURATIER

Jean Joseph

1232

Argenton

143

VARAILLON

Maurice Jean Jules

1233

Argenton

144

VERDY

Emile Alexandre

1234

Argenton

145

VIGET

Edouard Léon

1235

Argenton

146

VILLEDIEU

Gaston Pierre

 

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